Dire que vous êtes une figure incontestable de la droite aujourd'hui, depuis quelques années, est-ce que ça vous paraît juste ou excessif ?
Réponse directeNon, c'est pas à moi de le dire. En tout cas, j'ai des convictions. Moi, ce qui me motive dans la politique, il y a deux choses. Très tôt, finalement, j'ai eu le sentiment, parce que j'ai eu, bien sûr, mes parents étaient de conditions plutôt modestes, mais on n'a manqué de rien. J'ai eu une enfance et une jeunesse qui étaient heureuses. Mais j'avais cet enracinement. J'étais vendéen. Et paradoxalement, puisqu'on peut dire que la Vendée a développé une tradition à la fois vis-à-vis de la République méfiante, mais non, au contraire. Je me sentais profondément vendéen et aussi français. Cette histoire de la Vendée, de la France, de la Révolution, me passionnait. Et j'avais le sentiment d'un e…
« Non, c'est pas à moi de le dire. En tout cas, j'ai des convictions. Moi, ce qui me motive dans la politique, il y a deux choses. Très tôt, finalement, j'ai eu le sentiment, parce que j'ai eu, bien sûr, mes parents étaient de conditions plutôt modestes, mais on n'a manqué de rien. J'ai eu une enfance et une jeunesse qui étaient heureuses. Mais j'avais cet enracinement. J'étais vendéen. Et paradoxalement, puisqu'on peut dire que la Vendée a développé une tradition à la fois vis-à-vis de la République méfiante, mais non, au contraire. Je me sentais profondément vendéen et aussi français. Cette histoire de la Vendée, de la France, de la Révolution, me passionnait. Et j'avais le sentiment d'un endettement, finalement, vis-à-vis de mes semblables. Et je voulais rendre ce que j'avais reçu. J'avais vraiment conscience d'être privilégié. Pas au sens matériel du terme. Mais j'étais heureux. Et, comment dirais-je, le service des autres me disait quelque chose. J'avais créé, j'avais une vingtaine d'années, j'étais passionné de musique. Je pratiquais le piano, la trompette et autres. Et je trouvais que c'était injuste dans le milieu rural que les jeunes ne puissent pas accéder à des cours. Donc, j'avais, par exemple, créé une école de musique très tôt. Donc, j'avais ce goût, si j'ose dire, du service public. En tout cas, ce goût de l'engagement public au fond de moi. Et puis, bien sûr, Sciences Po, ça m'a permis de... Voilà. Mais ça, c'est l'enracinement. Et puis, il y a les convictions. Et j'ai toujours considéré, notamment en France, au sein d'une droite qui a souvent été en retrait dans le débat d'idées. Parce qu'elle a subi une domination, une hégémonie idéologique, intellectuelle, culturelle et même politique de la gauche pendant des décennies et des décennies. Ce qui fait qu'elle s'est retranchée, finalement, du débat des idées. Moi, j'ai, au contraire, toujours considéré que le débat des idées, c'est important. Je m'y suis beaucoup investi ces dernières années. Et évidemment, quand vous êtes président d'un groupe parlementaire qui est le plus important au Sénat, le Sénat qui a retrouvé un rôle, je trouve, notamment avec Emmanuel Macron, d'équilibre des pouvoirs. Puisque vous savez que désormais, malheureusement, la Ve République, puisqu'on célèbre Charles de Gaulle aujourd'hui, a été dénaturée, je pense, à la fois par le quinquennat, mais surtout par l'inversion du calendrier. Ce qui fait que désormais, les députés sont élus parce qu'ils ont mis la photo du président de la République sur leur affiche électorale. Ils doivent leur élection à l'exécutif. Et ce qui fait qu'aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de séparation des pouvoirs, en réalité, en France, entre l'exécutif et l'Assemblée nationale. Ce qui fait que la séparation des pouvoirs est assumée par le Sénat, qui n'est pas élu, qui n'est pas, dans l'élection des sénateurs, n'est pas une réplique sismique de l'élection présidentielle, parce qu'il y a un agenda qui est différent, parce que le corps électoral est différent. Donc le Sénat assume ce rôle-là, qui est le rôle de la séparation des pouvoirs, qui est un rôle extraordinairement important. Et ça me permet de dire, à ceux qui nous écoutent, qu'une démocratie, bien sûr, que c'est la définition, c'est le suffrage universel. Mais si ça n'était que le suffrage universel, à ce compte-là, M. Poutine ou M. Erdogan seraient deux grands démocrates. Il faut aussi une séparation des pouvoirs. Donc, peut-être que j'anime le débat d'idées, peut-être que je suis à la tête de ce groupe au Sénat, et finalement, ça m'expose. Je considère, y compris dans la crise, vous avez à droite et à gauche différentes stratégies, différents comportements. Il y a ceux qu'on n'a pas vus du tout, parce qu'ils considèrent que le temps de la crise, c'est le temps de l'exécutif, et qu'il faut laisser l'exécutif. Non, moi, je considère qu'un homme politique, quel que soit le temps, le temps de paix, le temps calme, ou la tempête, ou la crise, on doit se porter, on doit toujours être aux avant-postes, parce que c'est notre mission. On le fait pour le service de la France, des Français, et notre mission, ce n'est pas d'être aux arrières, c'est d'être en première ligne. Voilà, donc, c'est peut-être ce qui vous donne ce sentiment d'une mise en avant. La gauche a-t-elle jamais été une tentation pour vous ? Elle ne l'a jamais été. Elle ne l'a jamais été. Pourtant, je suis arrivé à ma majorité avec l'élection pratiquement de François Mitterrand. Et pour nous, à l'époque, dans ma tradition familiale, qui était plutôt goulienne comme tradition, je me souviens avoir pleuré au moment où j'avais appris la mort du général de Gaulle, bien qu'il n'y avait pas de photo du général de Gaulle accroché au mur de la salle à manger familiale. Mais, dans notre tradition vendéenne, évidemment, voir François Mitterrand allié au Parti communiste à l'époque, ce n'est pas quelque chose qui nous réjouissait. Donc, non, cette tradition, en tout cas cette tentation, ne m'a jamais habité parce que j'avais, en plus, soyez, cette formation intellectuelle que j'avais reçue et le fait de cet enracinement vendéen qui m'avait fait, j'avais beaucoup suivi. D'ailleurs, c'était mon professeur d'histoire, François Furet, à Sciences Po, à l'époque où il écrivait, où il venait d'écrire son grand livre « Pensez à la révolution française », mais je connaissais trop les travers d'une certaine gauche pour pouvoir succomber, justement, à cette tentation-là. Non, non, je me suis tenu à l'écart. Je n'ai jamais, par tempérament aussi, parce que c'est aussi l'Ouest, je pense que l'Ouest est peut-être défini comme un esprit d'équilibre. Vous voyez, il y a une forme de climat tempéré, aussi bien au sens propre du terme, de la géographie. Il n'y a pas de grande montagne. Le Mont des Alouels culmine à 230 et quelques mètres, vous voyez. Nous sommes face à l'océan aussi. Mais il y a cet équilibre. Il y a cet équilibre dans tous les sens du terme, à la fois géographique. Donc, moi, je suis un boquin, donc un Vendéen de l'intérieur, mais ça favorise sans doute cette idée des racines. Mais en même temps, quand on est Vendéen, c'est à la fois cet enracinement, cette profondeur dans le racinement. Mais en même temps, nous sommes des gens de l'Ouest et des gens de l'Atlantique. Et l'esprit de clocher voisine aussi avec l'esprit du grand large, vous voyez, des grands horizons. Voilà. Donc, cet équilibre-là m'a prémuni de toute tentation, que ce soit à gauche ou vis-à-vis des extrêmes. »
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