Yannick Jadot : "Nous avons une responsabilité majeure, respecter l'ensemble des règles"
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Bonjour et merci d'être fidèles à Questions politiques, le rendez-vous du dimanche de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Et une émission, vous vous en doutez, largement consacrée aux grands enjeux auxquels nous devons faire face collectivement, auxquels la République doit faire face, la lutte contre le terrorisme, évidemment la question de la laïcité qui se pose une nouvelle fois. Et bien sûr au sommaire également la lutte contre l'épidémie de Covid, un virus qui continue de se propager.
Hier les députés votaient la prorogation de l'état d'urgence sanitaire pour encore plusieurs mois, un régime d'exception pour faire face à une période qui sera longue et difficile pour reprendre les mots du ministre de la Santé. Notre invité en direct jusqu'à 13h est l'eurodéputé Europe Écologie Les Verts Yannick Jadot pour intervenir. Le hashtag QuestionPol ou l'application mobile France Inter.
France Inter, questions politiques, Alibadou.
Bonjour Yannick Jadot et bienvenue pour vous interroger l'équipe de questions politiques Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions. Bonjour Nathalie. Bonjour, bonjour à tous. Françoise Fressos du journal Le Monde. Bonjour Françoise. Bonjour Ali, bonjour à tous. Et Karine Becker de France Inter. Bonjour Karine.
Salut tout le monde.
Le virus continue de se propager, Yannick Jadot. Il continue de se propager et dans des proportions alarmantes. 46 millions de Français soumis aujourd'hui au couvre-feu, des mesures restrictives qui se multiplient et le pire serait à venir. Est-ce que pour vous le gouvernement en fait assez ?
On vit une situation dramatique. Oui, personne n'y compris, j'en discutais encore avec le professeur Delfraissy, personne n'imaginait que la seconde vague serait aussi dure et submergerait notre pays évidemment, mais au-delà pas mal de pays européens et tous ceux qui subissent cette pandémie.
Pourtant Delfraissy, date début du mois de septembre, pardonnez-moi de vous couper si vite, mais disait déjà qu'il allait falloir prendre des décisions importantes.
Vous avez raison et tout le monde avait été surpris à ce moment-là que le Premier ministre n'annonce rien.
Exactement.
Vous vous souvenez, à ce moment-là, il y avait cette idée qu'on est toujours en retard à chaque phase, à chaque annonce. On a l'impression que la réunion d'après l'annonce, c'est comment on va faire le prochain tour de vis.
Mais il y avait l'idée aussi que les élus locaux sur le terrain n'étaient pas prêts non plus à prendre des mesures très dramatiques. Comment est-ce qu'on gère quand on est élu d'un pays ?
Pour ma part, je pense qu'il y a une erreur politique au démarrage qui est de ne pas avoir construit un conseil de sécurité sanitaire qui associe autour des scientifiques l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement, comme les forces vives du pays, que ce soit les syndicats, les associations qui interviennent beaucoup en ce moment en soutien caritatif ou en soutien sanitaire, et évidemment les entreprises. Parce qu'il y ait une incertitude, c'est une évidence. Ce virus reste très mystérieux. Qu'il faille s'adapter en permanence à une nouvelle situation, c'est une évidence.
Mais au regard de ce qui s'est passé sur les masques, l'échec des masques, au regard de ce qui s'est passé sur les tests, l'échec des tests, élargir à l'ensemble des acteurs politiques et sociaux les décisions à prendre, c'est les rendre plus acceptables et c'est d'une certaine façon améliorer le respect de la règle commune qui est aujourd'hui absolument essentiel.
Mais d'où ma question, le gouvernement en fait-il assez ?
Moi je n'ai pas les éléments justement, c'est ça toute la difficulté. Moi je crois que je n'ai aucun problème à respecter toutes les règles qui sont annoncées par le gouvernement. Et j'appelle les Françaises et les Français à ne pas douter quand il y a l'obligation de respecter la règle commune. On est face à une situation dramatique. Nous commençons, tous les chiffres sur l'occupation des lits de réanimation sont très inquiétants. On s'interroge, chacune, chacun, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas plus de lits ? Pourquoi est-ce qu'on n'a pas isolé les cas qui sont testés ? Pourquoi est-ce qu'on n'a pas renforcé les personnels autour des réanimations ?
Pourquoi est-ce qu'on a laissé les gens partir en vacances de Toussaint quand la situation apparaissait déjà catastrophique ? On peut tous avoir des doutes. Bien sûr. On peut tous questionner la politique du gouvernement. Mais quand la politique du gouvernement justement apparaît aussi erratique, un, ça veut dire que s'ils sont en retard, il faut d'autant plus respecter la règle quand elle est dictée, deux, il faut changer le mode de décision et d'association encore une fois des forces vives du pays.
Pour préciser la question d'Ali, est-ce que vous trouvez, quand on entend M. Castex parler d'un novembre qui sera éprouvant, est-ce que vous trouvez que la dramatisation ou le temps employé, c'est quelque chose de justifié ou c'est quelque chose d'anxiogène ? Est-ce que vous considérez que ça peut être déprimant et dépressif à l'échange de la France ? Première question. Et deuxième question, est-ce que vous constatez également autour de vous un relâchement, notamment chez les jeunes, qui justifierait ce temps, cette dramatisation, pour essayer de faire prendre conscience à tout le monde qu'il y a urgence ?
Yannick Jadot. Ce qui est extrêmement difficile, c'est que si on ne dramatise pas, on a l'impression qu'on ne met pas suffisamment le pays sous pression, et chacune et chacun face à ses responsabilités. Si on dramatise trop, on a l'impression que ça devient inutilement anxiogène. Un, ce pays est dans l'angoisse. Ce pays est traversé au-delà de la peur. Vous le constatez autour de vous. Ce pays est traversé au-delà de la peur de la pandémie, d'une forme de déprime aujourd'hui collective, qui sont liées à cette pandémie qui dure, dont on ne voit pas le bout du tunnel.
Mais vous qui êtes élu européen, qui voyagez beaucoup, vous pensez qu'il y a une déprime française ou pas ? Spécifiquement française ?
Ce qu'on constate, partout, tout le monde en a ras-le-bol. Je veux dire, le confinement, on l'a accepté, il fallait le faire, ça a été globalement efficace face à la première vague, mais la perspective pour beaucoup de retourner dans un confinement, c'est retourner maintenant dans quelque chose de connu. Avoir ces enfants H24 à la maison, je ne pense pas qu'il y ait des parents qui aient envie de nouveau, d'avoir à gérer l'éducation.
Ne jamais les voir, ce n'est pas mieux.
Non, mais vous voyez ce que je veux dire, c'est extrêmement dur.
Il y a un sondage qui dit malgré tout que plus de la moitié, 53% des Français ont bien vécu, voire très bien vécu le confinement.
Non, mais Goncon, si vous voulez, moi je vois encore une fois la déprime s'installer. Et effectivement, les jeunes qui, depuis mars, on leur dit, vous allez, si vous attrapez la maladie, ce n'est pas grave, mais vous devez vous responsabiliser au nom de la société. C'est très difficile pour des jeunes. Moi, j'ai des enfants qui sont étudiants, je ne suis pas sûr qu'ils respectent en permanence les gestes barrières, et la distanciation sociale, y compris l'absence de liens. Et vous les comprenez d'une certaine manière. Je les comprends.
On ne peut pas sacrifier une génération dont on dit, ça va être la précarité professionnelle quand tu vas sortir tes études, parce que nous vivons une crise économique et sociale profonde. Il y a les attentats, il y a le dérèglement climatique. Franchement, l'avenir qu'on leur promet, il n'est pas toujours radieux.
Donc vous comprenez même les fêtes clandestines, par exemple, et on voyait un reportage de France, on voyait spécial jeudi soir.
Moi, je dis à mes enfants en permanence, faites gaffe. Je dis à mes enfants en permanence, portez le masque. Pas plus de 6 à la maison. Et n'allez pas voir votre grand-mère, parce que c'est la personne la plus proche de moi et la plus fragile, n'allez pas voir votre grand-mère dans le contexte. Mais c'est très difficile aussi pour la grand-mère de ne pas voir ses petits-enfants et pour les petits-enfants de ne pas voir leur grand-mère.
Donc aujourd'hui, nous avons une responsabilité majeure qui est de respecter l'ensemble des règles édictées, demandées par le gouvernement, en, je l'ai dit, en espérant que certains, ce qui apparaît un peu comme des angles morts aujourd'hui des recommandations, soient renforcés. Je pense notamment à la question du télétravail. Il me semble que les instructions du gouvernement vis-à-vis des entreprises et des administrations sur le travail ne sont pas assez fermes.
J'entends beaucoup de salariés qui voient à la fois la recommandation de télétravail être diffusée sur les listes internes, parce que c'est une obligation, mais dans les services, en train de dire, « Et moi, je veux que dès lundi, tu sois là. »
Mais justement, Emmanuel Macron, dès le début du mois de septembre, peut-être même dès la fin du mois d'août, disait, « Il faut qu'on apprenne à vivre avec ce virus. »
On n'a pas le choix.
Oui, mais enfin, au final, on a l'impression qu'on n'a pas réussi, ou qu'on n'y arrive pas. Donc, pourquoi est-ce qu'on ne prend pas les bonnes mesures pour ça ? Et est-ce que les Français sont trop indisciplinés pour y arriver ?
Non, je ne cherche pas à culpabiliser les Français. Je pense que nous vivons tous une situation extrêmement difficile. Moi, j'ai quand même l'impression que, à 9h moins le quart, quand vous êtes francilien, tout le monde est en train de se dépêcher, de rentrer chez soi pour respecter le couvre-feu. C'est une situation, encore une fois, humainement, socialement, extrêmement compliquée pour protéger les corps biologiques de santé, pour éviter la pandémie. Nous mettons en danger en permanence le corps social, parce que moins de relations sociales, difficultés économiques,
est-ce que vous diriez qu'on va même jusqu'à mettre en danger notre démocratie ? C'est le président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, Jean-Marie Burguburu, qui était interrogé par le journal Le Monde, et qui disait la chose suivante. L'état d'urgence, il parlait de l'état d'urgence sanitaire, dit-il une forme de poison démocratique. De poison démocratique, on n'en sort jamais comme on y est entré. Il estime que la banalisation de mesures restrictives des libertés n'est pas admissible. Vous reprendriez ces mots ou pas ?
Non, il est dans son rôle, et il a raison de se plaindre que la CNDH ne soit pas interpellée. Il faut savoir que la CNDH est installée auprès du Premier ministre. Ils ne sont jamais interpellés pour savoir quel est le respect démocratique autour de tous ces états d'urgence. Évidemment, il ne faut pas s'installer de manière permanente dans l'état d'urgence. Mais moi, ce que je regrette, c'est qu'on entend aussi des juristes dire la question du couvre-feu, la question du confinement pourrait se faire dans un cadre légal classique. Et ce que je regrette, c'est que... Ce qui est paradoxal, c'est que vous venez d'un camp, Yannick Jadot,
qu'on associe assez régulièrement, en tout cas, à la défense des libertés, en tout cas dans l'équilibre liberté-sécurité. Vous avez, dans votre idéologie, dans votre logiciel, plutôt tendance à enfoncer le coin sur le côté des libertés.
Mais c'est la santé. Pour les écologistes, la santé, c'est... Qu'est-ce qu'on se souhaite ? Je ne sais pas dans quelles conditions on pourra se souhaiter bonne année le 31 décembre. Mais qu'est-ce qu'on se souhaite d'abord ? Bonne santé. Le matin, comment ça va ? Donc la question de la santé, elle est primordiale. Et donc la question du couvre-feu, la question du confinement, ne me choque pas à partir du moment où c'est une mesure efficace. Mais pour revenir sur la question des ordonnances ou la question de l'état d'urgence sanitaire, si tous les matins on tombe de notre chaise en disant franchement, à chaque fois qu'ils prennent une décision, c'est incroyable ce que c'est efficace.
Ils nous prévoient dans trois mois un million de tests. Ah ben, ils sont déjà en train de former ceux qui vont nous mettre dans le nez des écouvillons.
Il faut dire que la situation est catastrophique partout en Europe, pour être juste.
Non, ce que je veux dire, c'est que quand on se donne trois mois pour avoir un million de tests, on s'organise. Non, il y a beaucoup de pays où vous avez des tests et vous avez des personnes pour faire des tests.
Sur le rebond de la deuxième vague, on est tous remis à niveau.
On est tous plus ou moins remis à niveau. L'Allemagne a quand même deux fois moins de cas de contamination. Et il y a quand même trois à quatre fois moins de morts en Allemagne. Donc, mais vous avez raison. Mais il faut être extrêmement modeste. Il faut être extrêmement humble. Je l'ai dit, nous avons une exigence de respect de la règle commune telle qu'elle est dictée. À partir du moment où le Conseil scientifique fait des recommandations que le gouvernement donne un certain nombre de règles, j'appelle les Françaises et les Français à les respecter strictement. Françoise Fresseuse.
Vous dites, bon, on n'est pas très inquiet pour les libertés. Ça se passe plutôt bien. Mais vous êtes quand même élu de l'opposition et vous êtes quand même soumis depuis plusieurs mois à une situation assez exceptionnelle. Comment est-ce que vous vivez et comment vous vous réinventez dans ce contexte-là pour quand même faire passer vos messages ? Comment vous, vous vivez en tant qu'élu politique ces restrictions à la fois de meetings, de réunions, d'interpellations ?
C'est extrêmement dur pour l'ensemble de la société. On parlait des jeunes tout à l'heure, mais pour tout le monde. Pour tout le monde, le fait d'être bloqué dans ces relations sociales, y compris toutes les enquêtes internationales sur ce qui nous fait apprécier la vie. Ce n'est pas d'acheter le dernier iPhone ou le dernier, je ne sais pas quoi, Huawei. Moi, je suis pour les virés d'Europe, donc je ne recommanderais pas d'acheter Huawei. Donc, c'est le lien social. C'est comment on est en famille, c'est comment on est entre amis et comment on est des relations sociales, d'épanouissement dans son travail. C'est tout ça qui fait la vie.
Donc, on est tous absolument percutés par cette pandémie à laquelle on ne s'attendait pas et vis-à-vis de laquelle il nous faut en permanence, en permanence, nous adapter. Mais vous ne répondez pas, François,
comment faire de la politique dans cette situation ? Écoutez, je suis chez vous.
Je suis chez vous. Moi, je suis député européen. Donc, je ne suis pas élu d'opposition en France. Je suis député européen au groupe vert régionaliste. Ça ne nous a pas empêché, la semaine dernière, de nous battre bec et ongle sur la révision de politiques agricoles communes parce que derrière la pandémie, il y a des secteurs économiques qui doivent évoluer, y compris du point de vue social, pour ne pas perdre plus de paysans. J'ai présenté la semaine dernière, mais c'était sur un mode visio, j'ai fait la conférence de presse pour présenter mon rapport sur la taxe carbone puisque je porte pour le Parlement européen la taxe carbone aux frontières de l'Europe qui est un enjeu extraordinaire
de résilience,
de souveraineté et de décarbonation de l'économie et de sauvetage d'emplois et de relocalisation. Tous ces sujets-là, on continue à les travailler. Heureusement que la vie ne s'est pas arrêtée. Mais pour faire de la politique, c'est moins simple.
Mais cette crise, ça vous fait réinventer votre logiciel politique ou pas ? Parce que derrière la question de Françoise, il y avait ça aussi. Est-ce que finalement, ça vous interroge sur la manière dont vous faites de la politique et sur les sujets qu'il faut aborder, sur les nouvelles propositions qu'il faut faire ?
Écoutez, les sujets notamment de résilience, souveraineté qu'on a toujours porté sont évidemment au cœur de l'agenda. Mais ce qu'on voit aussi pendant cette crise, vous savez, dans le logiciel écologiste, il y a cette idée qu'à la fois, il faut se réconcilier avec la communauté humaine et la mondialisation, vous le savez, est perçue comme quelque chose aujourd'hui d'extrêmement prédateur. Donc, s'attaquer aux défis de la santé, du climat, de la biodiversité, de la solidarité, c'est se réconcilier avec le global.
Vous savez, et je pense que c'est une des raisons qui nous ont fait réussir les élections municipales, les déplacements, l'accès à des services publics, l'alimentation, le logement, c'est se retrouver confiance dans son lieu de vie et c'est réconcilier avec son lieu de vie. Mais il y a un enjeu essentiel dans la société aujourd'hui. C'est réconcilier le particulier avec ce qui fait commun. C'est l'intérêt privé et l'intérêt général. Et ce qu'on voit dans cette épidémie comme dans l'écologie, c'est que nos gestes individuels sont une parcelle essentielle de notre responsabilité collective et de notre vivre ensemble.
De la même façon que quand vous mettez un masque, vous protégez la santé publique, vous vous protégez, mais c'est la santé publique, et bien de la même façon que quand vous ne vous jetez pas votre mégot sur le trottoir ou que vous triez vos déchets ou que vous économisez l'énergie, c'est bien pour vous, c'est bien pour le commun.
Autre enjeu, évidemment, majeur auquel doit faire face la République, Nathalie Saint-Cricq ?
Après l'attentat épouvantable et la décapitation de Samuel Paty, certains ont émis l'idée que les démocraties étaient un peu démunies face à ce phénomène et que la France n'avait rien vu venir ou avait été un peu béate ou un peu innocente. Est-ce que vous partagez ce diagnostic ?
Non. On ne peut pas dire que la France est béate et innocente et naïve en matière de terrorisme. Les attentats terroristes nous ont tellement coûtés. On fait tellement victimes dans notre pays que notre pays ne peut pas être innocent et l'État n'est pas innocent, naïf ou béat. Ce qui frappe terriblement avec cet attentat, c'est évidemment l'abomination de l'attentat. Une décapitation, c'est abominable. Ce qui frappe l'ensemble des Françaises et des Français, c'est que ce soit un enseignant, un professeur qui enseignait la liberté d'expression et la construction d'un esprit critique.
Ce n'est pas simplement la liberté d'expression, c'est la construction d'un esprit critique, y compris vis-à-vis des religions. Ce qui a marqué les Françaises et les Français, c'est qu'on s'attaque à l'école, qui est un sanctuaire, le sanctuaire de la démocratie et de la laïcité. Mais ce qui a, je crois aussi, marqué les Françaises et les Français, c'est qu'on a l'impression que dans cet attentat, il y a eu une série de failles qui n'ont pas permis de prévenir l'attentat et de protéger lesquelles.
On le voit peut-être et les enquêtes le diront, dans l'ensemble de l'éducation nationale, entre un enseignant qui, pour le coup, lui, maîtrisait son sujet d'éducation morale et civique, puisque c'est ce secours-là qu'il était en train de faire. Mais on a l'impression que parfois, dans la hiérarchie, dans les conseillers laïcités, dans l'accompagnement,
qui exasper Jean-Michel Blanquer,
l'accompagnement de cet enseignant, on verra. Mais on n'a pas l'impression que ça a été aussi solide qu'on le voudrait.
Est-ce que la France n'a pas été aveugle et béate ? Si on se rend compte de ça aujourd'hui, c'est peut-être parce que ça fait 15 ans que ça se passe ainsi et qu'on préfère ne pas le savoir.
Et il y a eu des alertes sur les réseaux sociaux auprès de Pharos, la plateforme qui collecte ces alertes. Il y a eu quand même des types fichiers S reconnus comme des militants islamistes par l'ensemble de nos systèmes qui ont quand même été portés plainte contre un enseignant. Pour vous comprendre, l'institution a failli Yannick Jadot. Répondez clairement. Est-ce que pour vous l'institution a failli ? À partir du moment où un professeur est décapité, l'institution et l'ensemble des dispositifs qui sont censés être complets, ça a failli. Et d'où, et moi je soutiens, le renforcement de Pharos.
Le fait que nous le savons aujourd'hui, j'entends, et il faut le faire, si dans des mosquées il y a des imams qui prêchent en rupture avec les valeurs de la République, il faut être intransigeant, intransigeant, d'une fermeté très très forte. Donc la stratégie
du harcèlement du gouvernement c'est la bonne stratégie, il faut y aller à fond.
Mais on sait que c'est aujourd'hui le combat, il est sur les réseaux sociaux. Oui. Là où se construit la radicalisation.
Alors justement, question très précise, est-ce qu'il faut rompre l'anonymat sur les réseaux sociaux ? Est-ce qu'il faut faire une législation ? On sait que la précédente il y a eu une tentative qui a été censurée par le Conseil constitutionnel au nom de la liberté d'expression. Est-ce qu'aujourd'hui, au regard de ce qui s'est passé, il faut en finir avec l'anonymat ?
C'est une fausse bonne idée. Vous savez, si madame, là, pendant l'émission, vous tweetez « je prépare un attentat », dans deux heures, il y a les forces de police qui sont là pour vous neutraliser. Ce que je veux dire, c'est que l'anonymat n'existe pas, en réalité, sur les réseaux. La question qui doit se poser, c'est ce qu'on appelle le pseudonymat. Quand vous émettez un signal à partir de votre téléphone, de votre ordinateur, on vous retrouve. Et d'ailleurs, il ne vous a pas échappé qu'il y a eu une dizaine d'arrestations, y compris rapidement, quasiment de condamnations, des personnes qui sont intervenues pour valoriser l'attentat. Donc, si on veut, on retrouve les personnes.
Le sujet, c'est le pseudonymat. Est-ce qu'on accepte que sur les réseaux, il y ait des personnes avec des pseudonymes ? C'est celui de la haine
sur Internet, que vous ayez des pseudos ou que vous ayez des comptes anonymes, en l'occurrence, c'est une question très difficile à contrôler.
J'essaye de répondre à François Sfézos qui me pose une question précise. Donc, c'est la question du pseudonymat. Il y a un certain nombre de professions où conserver un pseudonyme est une nécessité. Quand vous êtes policier, potentiellement quand vous êtes enseignant, juge, ou quand vous êtes dans votre droit d'alerte sur ce qui se passe dans votre entreprise ou dans votre administration, vaut mieux avoir un pseudonyme. Ce qu'il faut, et pour le coup, le projet du commissaire européen breton sur sa loi sur les services numériques va dans le bon sens. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut un, qu'il y ait une représentation légale en Europe des plateformes.
Aujourd'hui, si vous voulez poursuivre Twitter, vous êtes obligés de renvoyer à un juge américain qui soit ne vous répond pas, soit clairement dit le premier amendement. Mais il faut une représentation légale de ces plateformes en Europe pour qu'on puisse un, imposer évidemment une obligation de résultat sur tout ce qui relève évidemment de la pédopornographie, tout ce qui relève de la haine, du racisme et évidemment du terrorisme. Deux, il faut pouvoir les sanctionner, les sanctionner très durement si elles ne respectent pas la loi. Mais il faut le faire au niveau européen pour pouvoir taper les plateformes comme elles le méritent, il faut le faire au niveau européen.
Mais je ne vois pas le rapport entre une vidéo postée par un père en l'occurrence sur Facebook et qui n'avait absolument rien d'anonyme, la prédication d'un autoproclamé prédicateur sur Internet face caméra qui ne se cache pas et à partir de là démarrent des discours de haine qui se répondent, qui s'amplifient, qui se multiplient sur Internet.
Un autre élément sur lequel il faut agir, c'est la question des algorithmes des plateformes. Aujourd'hui, on sait parce qu'ils gagnent de l'argent en collant de la publicité aux discours les plus haineux, aux vidéos les plus trash, les plus abominables. Donc vous avez les plateformes qui gagnent de l'argent avec la haine, avec l'horreur sur les réseaux sociaux. Donc ça, il faut, y compris les combattre, en définissant un nouveau statut pour les plateformes, ce ne sont plus que des hébergeurs, ce sont aussi pour partie des éditeurs. C'est ce qu'on appelle le statut intermédiaire pour justement imposer leurs responsabilités. Mais là où, M.
Badou, vous avez raison, il y a un enjeu extraordinaire dans le moment, c'est le réarmement idéologique sur les réseaux. Nous avons un problème sur les réseaux, 95% des messages autour de l'islam sur les réseaux relèvent de l'islamisme radical. 95% des messages relèvent de l'islamisme radical.
Et donc, on fait quoi, là ?
Donc, il faut absolument soutenir toutes les associations, tous les intellectuels qui, évidemment, comme c'est la majorité des musulmans, sont modérés. Il faut porter le combat sur les réseaux sociaux, sur ce qu'est l'islam aujourd'hui. Laissez les salafistes tenir les réseaux sociaux, c'est une faute politique lourde. C'est comme ça
qu'on combattra... C'est le gouvernement français qui va dire aux musulmans exprimez-vous sur les réseaux sociaux.
C'est compliqué, hein ? Oui, c'est compliqué. Mais, bon, l'islam n'est pas organisé comme la religion catholique, par exemple, avec une verticalité, une hiérarchie, tout ça. Il n'y a pas de clair, dans l'islam sunnite. Il n'en demeure pas moins. Dans la société française, il y a eu un débat sur la religion catholique. Vous avez des organisations, les jeunesses agricoles chrétiennes, les jeunesses ouvrières chrétiennes, la CFDT, et toute une série d'associations qui ont porté le débat en interne sur ce que devait être la religion catholique dans une république laïque. Il y a eu ce débat-là.
Eh bien, il faut promouvoir tous les espaces, tous les porteurs de messages et les porteuses de messages sur les réseaux sociaux pour casser cette idée que le seul message sur les réseaux sociaux autour de l'islam, il est salafiste. Mais ça prend beaucoup de temps sur la laïcité. C'est structurel. C'est structurel. Mais vous savez, on a, si je peux me permettre, juste...
Et je veux qu'on aborde la question de la laïcité parce que tout ne se résume pas à la gestion des réseaux sociaux où il y a une grande impuissance du politique face au GAFA. On se demande d'ailleurs si on propose aujourd'hui
tout simplement possible. Ah oui. Alors, au niveau européen, c'est possible. C'est pour ça qu'il faut soutenir la démarche du commissaire Breton et il faut soutenir l'idée que c'est à travers l'Europe aussi qu'on va pouvoir réguler les plateformes. Mais sûr, là, vous avez raison, c'est que notre première priorité aujourd'hui, ça doit être de combattre l'islamisme radical sans trembler, avec intransigeance, avec fermeté sur les financements et les soutiens internationaux, sur la formation des imams, sur le statut des associations, sur tous ces sujets-là, et évidemment sur les réseaux, il nous faut être intransigeants et équipés juridiquement.
Deuxième chose, si vous me permettez, deuxième chose, on ne réussira à combattre les ennemis de la République que si on tient la promesse républicaine. si on laisse la ghettoisation dans les quartiers, si on laisse les discriminations économiques, sociales, territoriales, ethniques, religieuses, continuer à s'installer, à s'empirer, à ce moment-là, toutes les associations islamistes progressent, pullulent, gangrènent ces quartiers. Donc, si on ne tient pas la promesse républicaine, on n'arrivera pas à combattre les ennemis de la République. Justement, vous dites qu'il ne faut pas
avoir la main qui tremble. Est-ce que quand Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, François Hollande dénoncent une certaine forme de complaisance avec ce qui est très à la mode aujourd'hui, à savoir les dérives communautaristes des islamo-gauchistes, est-ce que vous êtes sûr que toutes vos troupes, les troupes écolos, sont derrière vous et partagent ce même message de dureté et de fermeté ? Yannick Jadot.
Les écologistes sont comme l'ensemble des Français. Ils sont laïcs. Vous savez, moi, mes deux parents étaient instituteurs, mon père après formateur à l'école normale et d'ailleurs, à l'époque, la France n'avait pas du retard comme elle a aujourd'hui sur la formation des enseignants parce qu'on peut dire ce qu'on veut, on laisse les enseignants aller au combat sur ces sujets-là à peine équipés, à peine équipés. Donc, les écologistes sont laïcs et aujourd'hui, ils doivent être sans, encore une fois, sans aucun accommodement, sans aucune complaisance, donc les gauches
sont réconciliées. La fameuse phrase sur les deux gauches irréconciliables.
Non, non, le sujet, ce n'est pas les gauches. Là, le sujet, c'est le combat pour la défense des libertés, c'est le combat pour la République. Donc, là, le sujet aujourd'hui, ce n'est pas les gauches. Que la droite, et y compris ces représentants qui étaient hier dans le gouvernement Sarkozy ou dans l'équipe Sarkozy, qui aujourd'hui sont avec Emmanuel Macron. Je pense à Bruno Le Maire, je pense au Premier ministre, Castex, je pense à M. Darmanin. C'est quand même extraordinaire. Ils ont gouverné avec Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy a supprimé 13 000 postes de policiers, de gendarmes. Il a déstabilisé tous les acteurs du terrain sur leur renseignement. Il a précarisé les services de police.
Il a mené une guerre en Libye qui a armé tous les terroristes du Sahel. Il a, vous souvenez-vous, il était tellement content quand le Qatar investissait 50 millions d'euros dans les quartiers. Donc, pas de leçon. Pas de leçon de cette personne qui nous ont désarmé.
Au ministère de l'Intérieur, c'est ça ?
Qui nous ont désarmé sur la question du terrorisme. La seule chose qu'attendent les Françaises et les Français, ce n'est pas les discours de Blanquer qui dit que l'université, bientôt, c'est le berceau du terrorisme islamiste. Ce n'est pas les invectives de Gérald Darmanin ou du Premier ministre. Ce qu'ils attendent, les Français, c'est l'unité, le rassemblement et la fermeté autour de deux choses, je l'ai dit. L'islamisme radical, la promesse républicaine avec deux choses qu'il faut absolument éviter. Les complaisances, les arrangements et deuxième chose, l'agitation. Et là, du côté du gouvernement, il y a trop d'agitation au moment où nous devrions être tous seuls. C'est quoi l'agitation ?
Vous pouvez préciser juste ? Quand le... Par exemple, le ministre Darmanin, il a raison sur une partie du renforcement et de notre détermination à combattre l'islamisme radical. Et d'un seul coup, il dérive sur le halal dans les magasins. Ça veut dire qu'il passe la frontière qu'il ne fallait absolument pas traverser. C'est celle de la lutte contre l'islamisme radical a d'un seul coup la stigmatisation des musulmans. Pourquoi il faut lutter contre l'islamisme radical ? C'est aussi pour protéger les Françaises et les Français de confessions musulmanes ou de cultures musulmanes. Ils en ont marre de Zemmour, ils en ont marre des islamismes radicaux.
Eh bien, tenons la promesse républicaine, luttons avec fermeté contre l'islamisme radical, évitons les agitations et maintenant, mettons un terme définitif à toutes les complaisances qu'il y a pu avoir dans les mairies avec des associations ou ce gouvernement comme les précédents avec l'Arabie saoudite. Je voudrais écouter, si vous le permettez, le juge Trévidic. Oui, ancien juge antiterroriste. L'ancien juge antiterroriste qui disait comment on peut prétendre lutter contre l'islamisme radical et être aussi complaisant vis-à-vis de l'Arabie saoudite parce qu'elle nous achète des armes mais qu'elle exporte, nous le savons, une vision totalitaire et mortifère de la religion.
François Spressoz.
Mais quand vous dites combat implacable contre l'islamisme radical en début de semaine le gouvernement annonce la dissolution du collectif contre l'islamophobie en France. Vendredi, Conseil de défense, on apprend que le collectif n'est pas encore dissous parce que visiblement il manque des bases juridiques. Donc, jusqu'à quel point on peut remettre en cause, faut-il remettre en cause notre état de droit pour lutter contre l'islamisme radical ? Est-ce qu'il faut prendre des mesures spécifiques et lesquelles ?
S'il était avéré que le CCIF avait participé d'une quelconque manière à ce climat de menaces contre Samuel Paty ou de complaisance vis-à-vis du terrorisme, l'État aurait parfaitement raison de fermer cette association. Il aurait peut-être raison, mais peut-être qu'il n'a pas la base juridique. À un moment donné, s'il n'y a pas d'éléments pour fermer une mosquée, s'il n'y a pas d'éléments pour fermer une association, vous ne pouvez pas inventer un droit qui invente des éléments à charge. Mais non ! Jean-Michel Blanquer
explique que quelques fois pour fermer des écoles hors contrat, ils sont obligés de trouver une histoire de prise de courant qui n'est pas aux normes pour pouvoir la fermer parce qu'on n'est pas outillés. Vous savez très bien, vous avez parlé de l'expulsion tout à l'heure d'un certain nombre de prêcheurs, encore pour les expulsions faut-il qu'ils aient deux nationalités. Et vous savez très bien que le pays d'origine ne délivre pas des laissés-passés consulaires parce qu'ils ne veulent pas les récupérer. Donc c'est plus compliqué que ça. Donc faut-il charger le droit pour reprendre la question de François ?
Si à un moment donné, il faut adapter le droit et je suis comme vous, je n'ai pas le texte du projet de loi sur les séparatismes, s'il faut adapter le droit pour être efficace, je n'ai aucune difficulté avec ça. Aucune difficulté avec ça. Je l'ai dit, nous avons des ennemis de la République, il y en a un, c'est l'islamisme radical, il faut le combattre.
Mais il ne faut pas simplement le combattre, je l'ai dit de manière visible au sens, dans le court terme, il faut se donner, il faut nous donner les moyens d'un réarmement idéologique pour le combattre sur sa vision de la religion, il nous faut nous donner les moyens d'un réarmement social des quartiers, c'est quand même ce président de la République qui a mis de côté le plan Borloo qui avait été fait avec les associations, avec les élus pour apporter une réponse sociale républicaine au quartier, c'est ce président de la République qui a poursuivi la suppression des emplois aidés, il y avait quand même 300 000 emplois aidés dans des associations laïques de foot, caritatives et machin, quand le terrain est abandonné par la République, ils font toujours la même chose des islamistes, ils le font toujours la même chose, ils commencent par le social pour organiser un écosystème idéologique contraignant totalitaire.
Est-ce que vous auriez pu signer la tribune qui est publiée aujourd'hui dans le journal du dimanche 48 personnalités qui en appellent à une laïcité pleine et entière, Elisabeth Baninter, Richard Malka, Caroline Fourest, Marcel Gaucher pour ne citer que cela et qui parle en l'occurrence d'institutions et on imagine qu'il pense à l'observatoire de la laïcité en implant le président de la République, non mais c'est ce qu'on comprend en lisant le texte pour que le président de la République s'empare du sujet et remplace ceux qui ont fait leur temps, je cite le papier, et dont l'esprit, les objectifs, l'organisation, les travaux ne correspondent plus aux ambitions nouvelles, ceux-là qui se sont écartés de la défense de la laïcité allant jusqu'à prendre constamment le parti de ses adversaires, de tribunes en préface, de critiques des laïcs les plus respectés en prise de position les plus ambiguës ?
Toutes nos institutions, toutes nos institutions et ça devrait être le cas de tous les responsables politiques et y compris parce que c'est comme ça que la société se mobilisera. On doit être ferme sur le combat contre l'islamisme radical, les atteintes à la laïcité et la promesse républicaine. À partir du moment où les institutions de la République répondent à ce mandat-là, moi, j'ai pas de question... L'observateur de la laïcité, par exemple, répond ? La réalité, c'est que...
C'est un objectif ?
Là, si vous voulez, moi, j'ai pas aujourd'hui les éléments pour savoir si l'observatoire de la laïcité a, à un moment donné, été en rupture avec ce mandat-là essentiel ou pas. Donc, moi, je n'ai pas les éléments pour disqualifier l'observatoire sur la laïcité. Ce qui est très... Il faut faire attention en ce moment parce que la période est à la disqualification de l'autre. Elle est à l'invective. Vous vous rendez compte que ce grand parti de la résistance qui est le Parti communiste a vu son siège tagué en disant collabo. Enfin, je veux dire, on est... De ce point de vue-là... Le siège du PSC... Et je le rappelle... Le plénal Fabien Paris.
Les Françaises et les Français nous jugeront de manière extrêmement sévère si, dans ce moment, face à ces menaces, le jeu est à l'invective, le jeu est à la disqualification de l'autre et non pas au rassemblement à l'unité autour d'un projet extrêmement intransigeant, ferme et social. Oui, mais Yannick Jadot, vous vous appelez
au rassemblement à l'occuménisme et en fait, le débat, il est au sein des laïcs. Vous avez les laïcs offensifs et les autres. Et puis, vous avez un débat au sein de la gauche très fort où on voit François Hollande, Bernard Cazeneuve attaquer très fortement les insoumis sur le thème « Vous avez été des ennemis de la République parce que vous n'avez pas adhéré au fond à la laïcité telle qu'on la conçoit. » Donc, on est là sur une querelle à gauche extrêmement forte et violente.
Elle est dure, mais pour ma part, si on n'est pas capable, après ce qui s'est passé à Conflans, si on n'est pas capable aujourd'hui d'être toutes et tous très claires sur la défense de la laïcité, de la laïcité pleine et entière, vous reprenez les mots. La transigeance. Mais je ne sais pas ce que c'est la laïcité. Moi, je ne veux pas la qualifier. Il y a la loi de 1905. Il n'y a pas besoin d'adjectif. Il y a la loi de 1905 qui la qualifie. J'entends même des propositions qui est de dire qu'il faut faire un référendum sur la Constitution. Elle est dans l'article premier de la Constitution. La France est une république indivisible, sociale et laïque. Donc, le sujet, c'est d'appliquer la loi.
On se bat même mes collègues écologistes quand ils sont allés voir Darmanin, c'est eux-mêmes qui ont rappelé qu'on ne peut pas avoir de réunion politique dans des lieux religieux. Et que c'était déjà dans la loi de 1905. Vous voyez, le sujet, ce n'est pas de rajouter des lois pour rajouter des lois. Ce n'est pas d'invectiver les autres pour, y compris, masquer son propre bilan. Le sujet, après cet attentat, c'est de rassembler les Français autour de la République, autour de l'école. Et il y a beaucoup à faire. Juste si on peut dire un mot sur l'école, quand même. Bien sûr.
Si vous me permettez, quand on parle aux enseignants, ils ont la trouille de la rentrée la semaine prochaine, pour partie. Oui,
mais on les protège comment ? On fait quoi ? Non,
ce n'est pas la trouille forcément de l'attentat. C'est comment les élèves ont réagi à ce sujet-là. Comment ils vont revenir de leur discussion en famille ? Comment ils vont revenir de leur discussion entre copains ? Et moi, je regrette que, dans le plan de rentrée du ministre Blanquer, il n'y ait pas aussi une réunion avec les parents d'élèves où la directrice, le directeur principal, proviseur, s'exprime fermement auprès des parents d'élèves sur ce qu'est l'enseignement, sur ce qu'est l'école. Parce que tout le monde redécouvre, et c'est très bien, que l'école, c'est là où on construit les citoyens libres.
J'ai écouté, comme vous, le discours du président de la République et de tout le monde.
Vous l'avez apprécié, le discours ? Bien sûr.
C'est un discours émouvant, c'est un discours fort, c'est un discours qui défend l'école. Moi, j'avais eu la chance, pendant l'été, de relire La République de Jaurès. Magnifique. C'est ce texte-là qu'il faut étudier en classe. Magnifique. Discours de 1910 sur l'école. Mais attention, ça fait combien de temps qu'on a sacrifié la formation des enseignants ? On est un des pays européens qui forment le moins ces enseignants, qui les rémunèrent le moins.
Est-ce qu'on peut imaginer des enseignants qui sont à peine formés, qui sont balancés dans les quartiers les plus difficiles, face au public les plus difficiles, sans même la construction intellectuelle de ces sujets-là, au-delà de l'outil pédagogique, et penser que tout va bien se passer ? Eh ben non. Eh ben, il faut réinviter.
Il faut quand même rappeler que Samuel Paty, lui, faisait ce travail-là et il le faisait de manière construite et consciencieuse.
Il n'avait pas 23 ans. Il n'avait pas 23 ans. Une toute petite question. Nathalie Sainte. Puis si vous parlez de la rentrée du 2 novembre, Manuel Valls, mais il n'y a pas que lui à appeler à ce qu'on republie les caricatures, que tout le monde les publie, tous les journaux, toute la presse, de manière à immuniser tout le monde et que tout le monde en soit responsable. Ça a été une fine effet par L'Express en page intérieure, Marianne en page intérieure et à la une, un seul journal de PQR, la Nouvelle République. Est-ce que vous trouvez que les gens ont eu peur ou que c'était de la provocation au nom de il ne faut pas mettre d'huile sur le feu ? Juste une question.
J'ai défendu toujours la liberté de Charlie Hebdo de publier, évidemment, et le droit au blasphème. Il ne faut pas non plus que l'ensemble de l'enseignement moral et civique sur la question de la laïcité, ce soit juste les caricatures de Charlie. À un moment donné, il faut... Je parlais du texte de Jaurès, je pense qu'on pourrait en faire beaucoup d'autres. Il y a des choses aussi qui doivent structurer l'esprit critique de nos enfants. Et puis, je le rappelais, moi, mon père était à l'école normale, il était formateur à l'école normale. À l'époque, il y avait le temps pour que les enseignants se construisent sur ces sujets-là, qu'ils soient accompagnés dans l'école.
Nicolas Sarkozy, une fois encore, il a supprimé les IUFM. Ça a été quand même une catastrophe pour la formation de nos enseignants.
Les enseignants universitaires de formation des maîtres, mais il faut dire que personne n'a jamais été préparé à affronter ce qui se passe aujourd'hui dans certains établissements.
Mais raison de plus, raison de plus pour qu'on se donne le moyen en formation continue, si ce n'est pas la formation initiale, pour que nos enseignants soient équipés pour faire face à ces problèmes-là. Parce que j'en entends aussi beaucoup qui disent « Waouh, c'est compliqué, j'ai quand même tendance à contourner une partie du cours parce que je ne suis pas très à l'aise ». Eh bien, ça, c'est pas... Il faut rendre nos enseignants forts sur ces sujets-là aussi.
L'eurodéputé Europe Écologie Les Verts, Yannick Jadot est l'invité de France Inter, du journal Le Monde et de France Info.
Question politique sur France Inter.
Votre portrait, Yannick Jadot, il est signé Karine Becker.
Vous devriez apparaître, Yannick Jadot, comme le leader naturel des écologistes parce que vous êtes l'un des membres fondateurs d'Europe Écologie Les Verts, parce que grâce à vous, les écolos sont arrivés troisième aux dernières européennes, vous avez un discours politique, vous êtes un petit peu médiatique et pourtant, à l'intérieur de votre propre parti, rien n'est encore gagné, pas sûr que vous réussissiez à vous imposer. Pourquoi ? Reprenons toute l'histoire à la base. Au départ, vous êtes un militant, Yannick Jadot, un militant associatif, un militant de terrain, ce qui n'est pas pour déplaire, au contraire, aux mouvements écolos.
Jeune, vous avez une période alter-mondialiste et puis vous entrez dans une très grosse ONG, Greenpeace France, vous en dirigez les campagnes, des campagnes souvent radicales. Pendant six ans, vous bossez sur le fond, vous apprenez et vous connaissez votre dossier.
En période de canicule, on n'arrive plus à refroidir les centrales, on rejette dans les rivières de l'eau très très chaude qui est un vrai problème environnemental et surtout, ça devient un problème de sécurité des centrales nucléaires.
Janvier 2007, vous avez 39 ans et vous n'êtes pas encore... Ça fait longtemps,
on a l'impression que ça fait très longtemps quand même.
Et vous n'êtes pas encore pleinement éloquent. Ensuite, place à la politique. Vous êtes repéré par Daniel Cohn-Bendit, devenu député européen sous François Hollande, vous vous seriez bien vu devenir ministre. Et puis, à 49 ans, Yannick Jadot, en 2017, vous déjouez tous les pronostics. Face à l'indéboulonnable figure du parti, Cécile Duflo, c'est vous qui l'emportez à la primaire des Verts. Pour les écolos, c'est évident, vous apparaissez moins ambitieux, moins politique. Vous êtes issu de la société civile, donc plus sympathique. Seulement, tout a changé depuis les récentes élections européennes. Vous étiez tête de liste, vous terminez troisième.
Les Français vous ont porté bien plus haut que ce qui était annoncé.
Ils veulent que l'écologie aussi soit au cœur de notre vie,
au cœur du jeu politique. Et ce message, comme je l'ai dit, a été lancé dans toute l'Europe.
A partir de ce soir-là, Yannick Jadot, du 26 mai 2019, j'ai envie de dire tout bascule. Dans Paris Match, vous dévoilez en réalité votre appétit présidentiel. Du coup, pour les Verts, vous n'êtes évidemment plus le même. Ajoutez à cela, depuis, quelques déclarations, quelques propositions qui ont fait de vous presque un centriste, pour ne pas dire un quasi-macroniste. Votre parti, qui rêve maintenant d'autonomie, ne vous suit plus, même quand vous tendez la main à la rentrée à Blois, à vos anciens amis socialistes.
Moi, la gauche, c'est ma famille. Moi, je ne veux pas la fin du Parti Socialiste. C'est débile. Le Parti Socialiste a toute son histoire. Il a toutes ses identités que vous avez rassemblées. Pourquoi je voudrais la fin du Parti Socialiste ?
Alors, obtiendrez-vous, Yannick Jadot, à 53 ans, l'investiture d'Europe Écologie Les Verts pour disputer la prochaine présidentielle ? Y croyez-vous vraiment ? Parce que, plus vous tenterez d'élargir à gauche et au centre votre électorat, ce qui, pour gagner à la fin, est assez nécessaire, moins vous décrocherez, et vous le savez, le soutien des Verts.
Réaction, Yannick Jadot ? C'est difficile, parce que, c'est vrai que je pense qu'il y a un chemin pour cette écologie sociale que je porte avec beaucoup pour gagner en 2022. Et quand on voit le dérèglement climatique, quand on voit l'explosion de la pauvreté, quand on voit l'affaissement politique et la déprime de notre pays, il nous faut un projet d'enthousiasme, il nous faut un projet d'espoir, il nous faut un projet qui relocalise l'économie. C'est ce que je fais à travers la taxe carbone au Parlement européen. Il nous faut un projet qui nous permet de retrouver le contrôle de nos vies. Donc, je suis convaincu que nous pouvons gagner. Et je suis convaincu que c'est une ardente nécessité.
On ne peut pas laisser le président Macron.
Et vous êtes convaincu d'incarner cette candidature verte ?
On est en octobre 2020. On a parlé de l'attentat. Il y a la Covid qui continue à nous percuter. Des morts liées à cette maladie. Il y a les inégalités qui se développent. Il y a un sentiment profond de déprime qui s'empare de notre pays. Alors qu'il y a des choses extraordinaires, des énergies vitales dans les quartiers, dans les centres de recherche, dans les entreprises. J'en visite en permanence. C'est extraordinaire. L'appétit, l'aspiration populaire à transformer la société. Mes débats de la présidentielle 2022 maintenant, j'ai du mal. Alors, il y a des questions quand même malgré tout. Ce qui nous reste peu de temps. Je pense que les Français s'en foutent en fait.
Ils s'en foutent peut-être, mais ils s'en foutent peut-être pas. Je ne vous dis pas que ça ne m'intéresse pas.
Mais je pense que ce n'est vraiment pas la préoccupation des Français.
Peut-être pas. Mais en l'occurrence, comment adopter des mesures ambitieuses en faveur de l'environnement sans nuire au pouvoir d'achat des plus modestes ? Je ne pense pas que ce soit une question qui soit étrangère à beaucoup d'esprit. On y travaille dès aujourd'hui.
On y travaille dans nos mairies. On y travaille au Parlement européen. Et c'est effectivement une des réformes que nous portons avec ambition. J'étais dans un CFA, un centre de formation des apprentis il y a quelques jours avec les professionnels du bâtiment. C'est extraordinaire de voir ces jeunes aujourd'hui dans un cadre choisir un métier manuel. Ils le font beaucoup par plaisir, par volonté de s'épanouir dans ces métiers-là. Et notre responsabilité politique, y compris en tant qu'écologiste, c'est d'outiller tous ces jeunes pour qu'ils aient un bel avenir et une belle vie.
Alors, pour qu'ils aient un bel avenir, vous avez vu les révélations autour de l'actalis, du géant français du lait notamment, qui polluerait des rivières impunément, comme l'ont montré le site Disclose et Envoyé Spécial, des accusations qui concordent. 38 usines sur les 60 recensées dans le cadre de l'enquête ont été ou sont toujours en violation du code de l'environnement. Que faire ?
Il faut intervenir beaucoup plus sérieusement auprès de l'actalis. Le problème, c'est que vous vous souvenez de Stéphane Le Foll qui, au moment de la crise du lait, au moment de la violence, au moment de la contamination du lait infantile, disait « Moi, j'ai un problème, je n'ai pas le téléphone du patron de l'actalis. » C'est-à-dire qu'on a laissé s'installer dans l'agriculture française une entreprise familiale qui ne rendait compte à personne, ni aux éleveurs laitiers, ni à l'autorité de l'État, qui se permet effectivement de mal payer les éleveurs laitiers, qui se permet de polluer, qui se permet de ne pas publier ses comptes.
Eh bien, il faut, à un moment donné, comme vis-à-vis de l'agriculture la plus industrielle, il faut que l'État reprenne la main. Ça tombe bien, c'est une demande des citoyennes et des citoyens. Ça tombe bien, il y a une explosion de demandes pour les circuits courts, pour une agriculture de qualité. On pourrait installer près de 200 000 jeunes en agriculture en changé de modèle. Mais c'est le modèle que nous portons. Celui de l'agriculture,
lorsque vous regardez la réforme de la PAC qui vient d'être adoptée par les eurodéputés, c'est dramatique, elle est dramatique, mais malgré tout, elle fournit le cadre dans lequel nous allons voir évoluer l'agriculture dans les années qui viennent. Et vous êtes au Parlement européen.
M. Badou, depuis 1962, nous avons la politique agricole commune. Nous avons tous les ans près de 9 à 10 milliards d'euros d'argent public européen pour financer l'agriculture française. En 20 ans, on a perdu la moitié de nos paysans. Et les obligations environnementales ? On a un suicide tous les jours ou tous les deux jours. On a une précarisation très forte de nos paysans à coups de milliards d'euros. Il va peut-être falloir quand même à un moment donné que l'argent public, c'est ce que nous avons défendu dans cette réforme de la PAC, aille vers les paysans qui respectent l'environnement, qui ont des revenus décents, qui respectent les consommateurs, qui aménagent...
Ce sera pour une autre fois. Non, parce qu'on va continuer à se battre. Oui, je vous dis, ce sera pour une autre fois. On va continuer à se battre parce qu'il n'est pas acceptable qu'on mette autant d'argent public dans un tel fiasco environnemental et social. On ne défend plus les paysans dans notre pays. Il nous reste 3 minutes. les premiers forts
de Barbara Pompili, vous les jugez. Comment ? Elle est trop conciliante, elle fait ce qu'elle peut ou vous la plaignez ?
Yannick Jadot. C'est Emmanuel Macron qui décide. Il décidait quand c'était Nicolas Hulot. Il décide quand c'est Barbara Pompili. Je pense que ce n'est pas Barbara Pompili qui est venue voir Emmanuel Macron en disant « Et si on réintroduisait les néonicotinoïdes ? Et si on rompait tous les engagements que vous avez pris sur le glyphosate ? » Je pense qu'elle fait ce qu'elle peut. Je constate malheureusement que sur la question de l'écologie, de la protection de l'environnement, ce sera un quinquennat perdu, ce qui est dramatique. Tous les scientifiques disent que sur le climat, sur la biodiversité, nous n'avons plus que quelques années pour éviter le chaos.
Le quinquennat d'Emmanuel Macron sera un quinquennat perdu pour l'écologie et pour tous les emplois.
Perdu ou catastrophique ? Est-ce que vous comprenez que l'impact de la crise économique incite le gouvernement parfois à être abandonné ou à atténuer certaines mesures ?
Non, c'est inacceptable.
Pour vous, c'est inacceptable ?
Mais franchement, on a 10 millions de baisses d'impôts de production par an dans notre pays pour les entreprises. D'accord ? On va baisser les impôts d'Amazon qui a gagné beaucoup d'argent et sans discriminer positivement les libraires qui sont en quasi-faillite et qui sont tués par Amazon. C'est totalement absurde. 90 milliards du CICE. Pas d'emploi, pas d'investissement. Et on continue dans ce même enfermement idéologique. investir sur la rénovation thermique des logements, investir sur les transports collectifs.
J'ai proposé, et je conclurai là-dessus, 30 milliards de plans de relance, comme en Allemagne, pour les populations sous le revenu médian, en démarrant à 2 000 euros par personne sous le seuil de pauvreté. Mais avec des chèques alimentaires, le bio, les circuits courts, des chèques transports collectifs, des chèques énergie, des chèques logements, pour à la fois faire de la justice sociale et favoriser la relocalisation de l'économie autour de conditions sociales et d'ancrage territorial de nos entreprises.
Est-ce qu'il faut abandonner l'idée de voir aboutir le référendum pour les animaux ?
Écoutez, j'ai l'impression que là-dessus, le gouvernement continue d'être totalement manipulé par l'élevage industriel, comme il est manipulé par la chasse, comme il est manipulé par les pesticides ou par le nucléaire. Je pense que nous ne verrons pas la lumière au bout du tunnel, malheureusement, pendant ce quinquennat sur ces sujets-là.
Ce sera le mot de la fin. Merci Yannick Jadot. Ce n'est pas un mot souriant, mais en tout cas, c'est un mot qui conclut cette émission et qui prend évidemment la mesure de tous les enjeux auxquels nous devons faire face. Bon dimanche. Merci d'avoir été l'invité de Questions politiques. Merci à toutes les trois. Karine, à demain matin puisqu'on se retrouvera pour le 7-9 d'Inter. Merci à Alexandre Gilardi et à l'équipe technique de Questions Paul. On vous retrouve évidemment dimanche prochain. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yannick Jadot