Rencontre avec des habitants de Rouen après l'incendie de l'usine Lubrizol
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:29Invité politiqueFait
« Est-ce que c'est le boulot d'une femme de ménage de dépolluer une... Est-ce que c'est pas plutôt des professionnels de la dépollution qui doivent venir apporter leur soutien et leurs conseils ? »
- 3:02Invité politiqueChiffre
« Clairement, on a respiré 8 000 m² de toiture amiantée, qui est partie et qui s'est volatilisée. »
- 3:02Invité politiqueFait
« Il y avait aussi bien sûr les produits carbonés d'hydrocarbures et autres. Il y a eu aussi de l'arsenic, vraisemblablement. »
- 7:57Invité politiqueFait
« Il y a déjà eu des soucis en 2013, qui ont été minimisés. On n'a laissé aucune information à la population. »
- 9:12Invité politiqueFait
« On a laissé les gens sous un nuage d'espoir. »
- 11:34Invité politiqueFait
« Le conseil départemental de Seine-Maritime... Ils se sont bougés un peu ? Le conseil régional de Normandie ? — Là aussi, c'est assez défaillant. »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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Bonjour à toutes et à tous. Nous sommes le dimanche 29 septembre 2019. Donc je suis à Rouen. Je suis venu voir sur place les suites de l'incendie de cette usine, donc de Lubrizol, qui émeut beaucoup les Rouennais. Autant jeudi matin, jusque avant l'arrivée de Castaner, qui est arrivé à 11h30, 12h00, France Bleu, France 3 Normandie apportaient de l'information. Il y avait quand même des gens qui communiquaient sur ce qu'il fallait. On savait qu'on respirait des fumées. Et les images sont impressionnantes. Vous les avez diffusées sur UPR TV. Ce nuage noir, on se l'est respiré. C'était âcre. On avait du mal à respirer. On avait les yeux qui piquaient. Il y avait beaucoup de vomissements.
Donc clairement, on s'est fait intoxiquer à ce moment-là. Mais ce qui a vraiment fait peur aux Rouennais, c'est du coup, à partir de jeudi midi, qu'il n'y avait vraiment plus du tout de communication là-dessus, et qu'il a fallu attendre vendredi dans l'après-midi pour que des ministres reviennent sur le terrain. On en a eu trois. Il y a eu Blanquer qui est venu. Il a eu Buzyn, et il y a eu Borne. Donc finalement, on aura eu sur 24 heures effectivement 4 ministres. Bon, soit dit en passant, le Président n'a toujours pas pris renseignement de l'état de la vie rouennaise. C'est quand même assez particulier. — Ah bah il préfère la solidarité européenne à la solidarité française.
— Ça doit être ça. Mais en attendant, aujourd'hui, même si le préfet communique, on voit bien que le préfet communique mal. On voit bien que dans les réseaux sociaux, il y a énormément d'inquiétudes qui s'installent. On voit aussi qu'il y a des choses qui sont pas claires. Qu'on nous cache à dessein ou autre, je ne sais pas. Mais en tout cas, on ne veut pas nous dire toute la clarté. Et ça, franchement, c'est assez inquiétant pour la suite. Donc je pense a minima qu'il faut vraiment qu'on invite tous nos députés à constituer une enquête parlementaire : un minimum, ce que vous aviez préconisé effectivement : une enquête parlementaire indépendante...
— Technique aussi, avec des professionnels indépendants. — Il nous faut des techniciens. Il nous faut des professionnels aussi de la santé. Il faut vraiment quelque chose qui soit transpartisan pour qu'on puisse effectivement apporter une solution rapide, s'il doit y avoir des solutions. On peut pas laisser par exemple... Lundi, il y a encore des petites écoles primaires qui vont devoir être nettoyées et dépolluées par des femmes de ménage. Est-ce que c'est le boulot d'une femme de ménage de dépolluer une... Est-ce que c'est pas plutôt des professionnels de la dépollution qui doivent venir apporter leur soutien et leurs conseils ? Bah voilà. On voit vraiment que c'est...
— Alors qu'est-ce qu'on dit sur les produits ? Parce que moi, j'ai vu des choses qui circulent. Il y aurait des produits... De l'amiante brûlée, ... — Alors clairement, on a resp... — ...ce qui est très grave pour... — Voilà. Clairement, on a respiré 8 000 m² de toiture amiantée, qui est partie et qui s'est volatilisée. Donc ça, on ne l'a su paradoxalement pas le jeudi, mais qu'à partir du vendredi. Donc là aussi, dans les fumées que nous respirions dès jeudi, on avait cela. Il y avait aussi bien sûr les produits carbonés d'hydrocarbures et autres. Il y a eu aussi de l'arsenic, vraisemblablement.
Et paradoxalement, depuis hier, alors que les premiers résultats sortent et que l'État veut les minimiser, il commence à se faire jour le fait qu'on n'aurait pas cherché les bons polluants non plus. Donc on n'aurait pas non plus les bons résultats au jour d'aujourd'hui. Peut-être y a-t-il d'autres produits polluants. Et alors ce qui inquiète aussi les Rouennaises et les Rouennais, c'est que depuis jeudi, on n'a eu aucune interview du personnel de cette usine. A minima, je pense qu'il faudrait maintenant que le personnel puisse avoir le droit de s'exprimer, parce que clairement, je pense (qu'ils n'ont pas le droit de s'exprimer).
Je pense qu'il faudrait maintenant qu'ils nous expliquent réellement quels produits ils utilisaient, quelles étaient les mesures de précaution qu'ils avaient, parce qu'ils en avaient forcément dans leur usine. Et donc ça mettra aussi un petit peu plus en cohérence les propos. — Vous travaillez où, vous ? — Alors bah sur tout Rouen. Je livre à vélo des repas. — D'accord. — Et du coup, jeudi, par sécurité, j'ai préféré pas sortir du tout. Mais d'ailleurs, il y a quand même quelque chose à dire là-dessus. C'est que... Donc nous, on est prestataires de services. On livre à vélo. Et on travaille pour potentiellement plusieurs entreprises.
Et elles prennent pas toutes autant soin de leurs prestataires les unes que les autres, parce que Deliveroo a fermé à Rouen, ils ont dit : « Bah non, du coup, il y a un accident, il faut pas sortir, donc on ferme », alors qu'Uber Eats, ils ont juste envoyé un message : « Attention ». Donc fallait pas sortir, clairement. Donc ils prennent pas leurs responsabilités. — D'accord, les entreprises n'ont pas réagi de la même façon face... — Voilà. — Face d'ailleurs à une communication de l'État, de la région et du département défaillante, et de la mairie. En fait, tous les échelons administratifs ont... — {Jean-Christophe Loutre :} ...été défaillants. — Voilà. Tout a été défaillant.
C'est « Courage, fuyons ! », quoi. — On parle de produits radioactifs. Est-ce que c'est exact ? — Malheureusement, on n'a pas encore de retours par-dessus... — C'est des rumeurs. — Voilà, c'est ce qui commence à transparaître dans les réseaux sociaux, et qui va se faire jour malheureusement dans les jours, dans les semaines qui vont venir. Mais je pense qu'on est à l'aube d'un scandale impressionnant. Je pense que le fait aussi de... Cette communication d'État qui n'est pas rassurante, elle est aussi là à dessein pour nous cacher – je pense – des choses.
Parce que Buzyn, par exemple, quand elle est arrivée vendredi soir, nous a clairement dit, alors que la veille, le préfet nous disait « Tout va bien », que Rouen était clairement pollué. À partir du moment où, maintenant, on commence... On dit que c'est clairement pollué, il faut dépêcher des moyens qui ne seront pas les moyens de l'État. Dans ces cas-là, faut faire payer... Le principe du pollueur payeur. Faut demander aux pollueurs de venir dépêcher des professionnels pour venir dépolluer les sites. — Ça rappelle effectivement ce qui s'est passé sur l'affaire de Tchernobyl, le nuage de Tchernobyl, sur l'affaire d'AZF.
On a l'impression que la première réaction des pouvoirs publics, c'est d'essayer de... — D'étouffer. — D'étouffer l'affaire, qui... S'il s'agit de quelque chose de grave, ne fait de toute façon que rebondir ultérieurement. — C'est vraiment l'attitude qu'on a, oui, tout à fait. — Mais ce qui est assez choquant aussi, c'est le silence de l'entreprise, quand même. — Alors le silence de l'entreprise...
Alors objectivement, le directeur de l'entreprise est venu parler vendredi après-midi, mais dans une conférence qui a été assez peu reprise et absolument pas convaincante, et surtout démentie par des professionnels également de la santé, qui ont eu à vivre ou à connaître des accidents industriels de ce type-là et qui disaient clairement que naturellement, quand ce genre de produits brûle, la population est intoxiquée gravement là-dedans. Donc là, aujourd'hui, je pense qu'il faut aussi que les Rouennaises et les Rouennais en soient conscients. Ce qu'ils ont respiré ne va pas forcément déclencher des maladies immédiatement.
Mais il est fort probable que malheureusement, dans 10 ans, dans 15 ans, on déclenche des maladies des suites de cet accident industriel là. Et là, pour le coup, peut-être aura-t-il fallu qu'on préconise des systèmes de défense, d'action communes et autres pour essayer de se prémunir de ça et de condamner Lubrizol, clairement, qui est défaillant dans cette crise. — Oui, bah c'est quand même un site Seveso. — C'est un site Seveso ++, très très... — ++, en plus. — Oui, c'est ça. C'est un site Seveso haut niveau, en fait. — Et on commence à savoir comment ça a pu se déclencher ?
Parce que j'ai vu une déclaration du directeur de l'usine, qui n'en revient pas que le feu ait pris dans un endroit – paraît-il – où il n'y avait personne, où il n'y avait aucune raison. C'est un... — Et à 2h40 du matin. — C'est un attentat ? C'est un acte criminel ? C'est un accident ? C'est quoi ? Qu'est-ce que... — Alors maintenant, tout est ouvert. Le procureur a élargi l'enquête aussi de façon à ouvrir toutes les pistes d'enquête possibles. Donc ce qui était fermé sur une partie visiblement accidentelle, maintenant, s'est rouvert. Donc tout est possible, effectivement. On peut malheureusement...
— J'ai vu qu'il y a également des personnes qui ont commencé à porter plainte contre X pour empoisonnement. — Exactement. Alors là, ça, c'est mon inquiétude aussi. C'est que les gens avancent individuellement. S'ils avancent individuellement, malheureusement, ça... Il faut vraiment une action collective. Je pense qu'il faut qu'on conseille aux habitants de se monter en association, et qu'on puisse avoir une action commune de défense pour qu'on soit vraiment écoutés, entendus, et qu'on ait des chances de condamner Lubrizol. — Bah en effet, ce site... Moi, ce qui me fait une grande inquiétude, c'est qu'il y a déjà eu des soucis en 2013, qui ont été minimisés.
On n'a laissé aucune information à la population. — Vous, vous travailliez sur... — Moi, je travaillais à l'époque... Non, moi, je travaillais pas très loin non plus, à l'époque. — Vous travailliez pas dans... — Non, non, non, non. Il y avait eu des odeurs, de fortes odeurs... — Hmm hmm. — ...qui restaient, qui imprégnaient les vêtements, etc. Ils avaient lâché des produits chimiques. Le résultat, c'est qu'ils ont eu une amende pour négligence de 4 000 €, puisqu'ils ont... Comment dire ? Le motif d'inculpation a été réduit. Au lieu de mise en danger... Enfin voilà, il y a eu un motif d'inculpation réduit à l'époque.
Donc ils avaient juste 4 000 € d'amende pour avoir mis en danger déjà en 2013 toute la population... — C'est incroyable. 4 000 € d'amende pour... — Voilà. — ...avoir mis en danger... En 2013, c'est ça ? — Là, on se réveille en pleine nuit. Donc moi, je donnais un biberon à 5h30. Et j'entends « Boum ! Boum ! Boum ! ». Ça pète. Bon, on regarde la télé, la radio. Et on voit que c'est Lubrizol. Et là, premier réflexe : connaissant le site et son histoire, on se dit : « On ferme tout, on reste chez soi ». Et on s'aperçoit qu'on n'a pas de communication des villes, de la préfecture.
On laisse les gens aller au travail, prendre les transports, passer en TEOR – enfin les trains et les transports locaux – sous le nuage. Enfin voilà, c'était : la vie continue. Les crèches, elles accueillaient les enfants à 7h30. Jusqu'au moment où, à 8h30, on a dit : « Bon bah on ferme tout ». Mais il y a tout un mouvement qui a été mis en branle. On a laissé les gens sortir, connaissant sciemment les risques. Enfin moi... Et ce qui fait surtout très peur – ce que disait tout à l'heure Jean-Christophe Loutre –, c'est qu'on a beaucoup de sites sur la région, et qu'en cas vraiment... Là, c'était vraiment une bonne alerte.
Mais s'il y a encore d'autres soucis comme ça, on n'est pas organisés, on sait pas prévenir les populations. Il s'avère qu'on dit : « Oui, les sirènes... ». Les sirènes ont sonné. Au lieu de sonner à 2h40, 3h00, au moment de l'incendie, ça a sonné à 7h30 ou 7h45, ça dépend, et pas dans toutes les villes. On met l'alerte sur 13 communes et on sonne dans deux uniquement. Moi, j'étais à Canteleu. Ils ont fermé les écoles à 8h30. Mais à aucun moment, il n'y a eu de sirène pour nous dire : « Renseignez-vous, restez chez vous », etc.
Donc c'est vraiment ce manque d'organisation et d'informations vers les gens, plus les informations contradictoires qu'on peut trouver entre différentes pages internet, etc... Voilà. Il faut une source fiable. Et donc on se retrouve à se mettre en danger pour rien. La seule chose, c'est la bonne conscience des gens, qui se disent : « Bah je vais rester confiné ». Mais si on compte sur l'État pour nous aider, il faut... Voilà, pas de... — Mais le préfet a quand même fait des déclarations. Il a dit qu'il y avait eu 78 mesures qui avaient été prises, que c'était rassurant.
— Moi, quand je voyais la police municipale le matin avec son petit masque sous le nuage, je trouvais pas ça rassurant pour eux déjà. (Rire). — Vous avez trouvé que la communication de l'État a été défectueuse... — Oui, enfin c'est clair. Et puis les mesures, à mon avis, elles sont trop légères. — En fait, ils ont rien fait, quoi. — Bah non, non, c'est clair. On a laissé les gens sous un nuage d'espoir. — C'est quand même grave, parce qu'il y avait... — Quand vous dites que... Allez-y. — Non, non. Avant, il y avait les plans ORSEC, ... — C'est ça, c'est ça, c'est... — ...il y avait des choses comme ça. Il n'y a pas eu de plan ORSEC qui a été... — Je me suis aperçu de quelque chose.
J'ai regardé sur le plan de ma commune le plan de prévention des risques industriels. Et donc vous trouvez tous les sites qui sont le long de la Seine. — Oui. — Et puis Lubrizol n'y est pas. Il y a des seuils hauts, d'autres seuils hauts, donc Grande Paroisse, etc. Et puis il n'y a pas Lubrizol. Comment ça se fait que les communes limitrophes n'ont même pas le plan de prévention des risques industriels fourni par cette société et qu'(elles) ne l'ont même pas intégré à leur plan ? — On a eu le sentiment aussi qu'il y avait eu une communication anarchique aussi. Parce qu'ils parlaient tout à l'heure de treize communes qui étaient... — Au matin, c'était moins que ça.
— Au matin, c'était moins que ça. Et à l'arrivée, hier, ils ont communiqué 102 communes qui sont touchées. — 102 ! — 102 communes qui sont touchées. Et on voyait que c'était anarchique jeudi, parce que vous aviez des communes – typiquement Bois-Guillaume, par exemple – qui interdisaient les manifestations publiques sur la commune de Bois-Guillaume, comme ici sur Rouen jusqu'à aujourd'hui, alors que d'autres communes qui étaient à côté et qui ont été traversées par le même nuage n'interdisaient rien. On avait le personnel de ville qui était confiné dans la mairie avec aucun accès possible.
Bon, ce personnel-là, s'il était confiné, il aurait peut-être fallu les sortir de là, parce que même confinés, les malheureux, ils ont respiré la même chose que nous, quoi. Donc c'était... — Et à part l'État... On parle toujours de l'État. Le conseil départemental de Seine-Maritime... Ils se sont bougés un peu ? Le conseil régional de Normandie ? — Là aussi, c'est assez défaillant. La présence de nos élus locaux est assez défaillante et assez inexistante. Ils sont en train de se réveiller effectivement depuis hier, voyant que le tollé prend dans les médias, dans l'opinion publique française, de ce blackout médiatique total.
Mais non, on peut dire qu'aujourd'hui, ils ont été clairement défaillants. Le président du département, on ne l'a pas du tout entendu parler. On a un petit peu entendu le maire de Rouen. Mais tous ces gens-là se réfugient sous les décisions du préfet. Donc il y a des associations qui commencent à se monter de gens qui sont en colère contre la gestion de cette communication. — Qui êtes-vous, alors ? — Moi, je m'appelle Francine. Je suis secrétaire médicale. Donc je travaille à Paris. Et j'ai été respirer le bon air de Paris vendredi.
Mais j'ai une collègue qui travaille au CHU, qui est secrétaire, et qui effectivement, m'a dit qu'ils avaient eu beaucoup de mal à respirer, des barres au milieu de la tête, des vomissements. Enfin ça a été irrespirable. Et moi, je peux témoigner que vendredi, quand j'ai pris le train d'Yveteaux pour aller à Paris, c'est vrai qu'en arrivant, au niveau des tunnels de Rouen, même sans descendre du train, on a eu vraiment une très grosse odeur d'hydrocarbures qui a envahi tout le train. Donc c'est quand même assez significatif, aussi bien le matin que le soir, de toute façon.
Je pense que la gare de Rouen, comme elle est un petit peu en sous-sol, ils ont eu toutes les retombées de la fumée et des odeurs d'hydrocarbures. Donc c'est vrai que ça sentait très fort. Donc j'imagine très bien que les gens qui ont vécu ça en direct, c'était quand même... Et là, j'ai eu des témoignages ce matin en prenant le bus qui disaient qu'ils avaient été obligés de tout calfeutrer dans les appartements, toutes les bouches d'aération, parce que c'est irrespirable dans les appartements, tout rentre dans les appartements, et c'est insupportable. — Et puis une fois que c'est entré, après, ça reste, ... — C'est ça. — ...il y a des odeurs permanentes pendant... — C'est ça.
Donc les gens ont peur, quoi, et se demandent ce qui se passe. Et ils se sentent vraiment abandonnés, quoi. On sent que les gens bah ne demandent qu'à parler. Ils s'expriment comme ils peuvent. Et c'est vrai que ça fait quand même mal au cœur de voir tout ça. — Il y a eu un exode de population ? — {Jean-Christophe Loutre :} Il y a des gens qui ont fui. — Apparemment. Moi, j'ai vu – oui – des gens qui ont fui sur Facebook, oui, qui ont demandé s'ils pouvaient se faire accueillir dans de la famille.
Et il y a même des sites – moi, j'ai vu – sur Facebook qui se sont créés, des discussions, pour des gens de toute part de la France qui voulaient bien accueillir des gens qui étaient sinistrés, qui pouvaient plus rester dans leurs appartements parce que... — {Jean-Christophe Loutre :} Là aussi, dans la communication, jeudi, on avait fait un périmètre de sécurité de 500 mètres. Donc ça touchait très peu d'habitants, finalement, ... — Bah oui. — ...alors que le nuage est allé à presque 250 km, puisqu'on a ressenti vendredi des odeurs... — {Hors champ :} [*] — ...chimiques et polluées même sur Lille. Donc... — Ah oui. — Le nuage remontait là-bas.
Non, effectivement, comme disait madame, ce qu'on a vraiment vécu jeudi, c'était ce sentiment d'avoir du mal à respirer ces odeurs âcres, les yeux qui piquent, les maux de crâne et toutes ces choses-là qui font qu'effectivement, c'était peut-être les produits les plus nocifs que nous respirions à ce moment-là. Derrière, la solidarité, bah elle se met en place effectivement, comme disait madame, sur la possibilité d'accueillir des gens. J'ai l'exemple de collègues qui sont partis se réfugier dans des communes absolument pas touchées pour emmener femme, enfants dormir. — Hmm hmm.
— On a nous-mêmes notre propre délégué de Seine-Maritime qui, lui, en ce moment même, est à Reims, parce qu'il a des enfants en bas âge et qu'il a préféré mettre sa famille à l'abri, ce que je peux comprendre effectivement, et qu'il n'entend pas les ramener tout de suite sur la périphérie de Rouen, pour l'instant. Bah moi, j'ai quelques traces d'hydrocarbures. Enfin là, ça a été lavé, mais il y en a là. Vous en avez un peu plus loin si vous vous promenez sur la terrasse. Maintenant, tout est trempé. On ne va peut-être pas tout sortir. Le bas de pied de piscine qui est... Là, on voit encore quelques traces. Mais il y en avait sur à peu près 50 cm tout du long.
Et puis bah l'infiltration qui doit être complètement morte, quoi, H.S, quoi. Mon épouse a pris les photos de sa voiture. Elle était immaculée, noire. Ensuite, là, vous entendez plus les oiseaux, parce que tous les jours, les matins, on entend les oiseaux, on entend les pies. Enfin il n'y a plus un seul oiseau. On n'a plus d'insectes. J'ai un voisin qui est un peu plus loin qui a des ruches. Je sais même pas dans quel état sont ses abeilles. Faut que j'aille voir avec lui, savoir si... Bon, moi, je vois plus les abeilles. Donc je me pose vraiment de grosses questions sur l'écologie sur la catastrophe. — Bon, donc on est effectivement devant les locaux de France 3 Normandie.
Alors les locaux de France 3 Normandie, en fait, ont été évacués depuis vendredi. Le personnel ne peut plus y travailler, parce qu'ils sont là à 500 mètres à vol d'oiseau du site qui vient de brûler. Donc ils respiraient – on le sent nous-mêmes – des odeurs encore très âcres. J'imagine que dans les locaux, ça doit être impossible pour le personnel de travailler. D'ailleurs, on peut constater que même les journaux n'ont pas été pris ce matin. Donc non, non, il n'y a pas d'accueil, il n'y a rien. Bon, ça, c'est un des rares endroits de Rouen où le personnel est mis à l'abri. — En fait, les seuls qui ont été évacués, c'est les journalistes de France 3, quoi. En gros, c'est ça. (Rire).
— Donc on peut raisonnablement s'inquiéter du fait qu'il y a eu assez peu de communication alors que France 3 a été évacuée. Et il y a eu quelques images aussi qui tournent de policiers qui sont aux abords du site qui – eux – ont des masques à oxygène, alors que bon... — Alors je sais pas... Vous êtes peut-être habitué, mais donc moi, venant de Paris... On est quand même frappés par l'odeur très âcre qu'il y a même actuellement. — C'est absolument pas habituel. — Et il y a une odeur quand même un peu... Ça ressemblerait un peu – c'est assez écœurant – à des pneus brûlés, des choses comme ça, mélangés avec des hydrocarbures.
— D'ailleurs, ce que je vois, c'est qu'on est dimanche, et tout est fermé. Alors je sais pas si c'est normal, mais il n'y a absolument personne tout le long de ce quai de la Seine que l'on voit ici. Voilà. Et alors si j'ai bien compris, l'usine en question, elle est juste en fait de l'autre côté de la Seine... — [*] — Elle est par là. C'est ça. — Elle est complètement derrière le pont qui est devant nous. — Voilà. — Le pont Flaubert. Et donc du coup, vous allez retrouver l'usine Lubrizol là-bas. Et quand vous veniez ici jeudi, vous aviez ce gros panache noir énorme qui montait qui était là. Donc là, on était complètement dans l'axe.
Et dans l'axe où nous sommes, vous avez Bois-Guillaume, Mont-Saint-Aignan et le nord de la France. — C'est allé jusqu'à Lille, vous avez dit. — C'est allé jusqu'à Lille, oui. — C'est incroyable. — C'est allé jusqu'à Lille. — Incroyable. On va aller se rapprocher. — On va essayer de s'approcher du site. — On va essayer de se rapprocher du site. — Oui. — Ils sont en train d'arroser. Il y a des... On le voit au fond. Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'il n'y a aucune force de l'ordre, il n'y a absolument rien. Et alors on me dit que là... C'est ça que vous disiez. C'est que juste ici, à côté... — Tous les terrains qui sont autour sont censés devenir un écoquartier. — Un écoquartier.
Donc qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont apporté de la terre ? — Non. Ils ont désamianté, déjà, avant. — Ils ont désamianté. — Voilà, parce qu'il y avait des constructions industrielles, et ensuite rapporté de la terre d'un peu partout pour essayer de refaire un sol convenable. — Un sol convenable. Maintenant, ça se trouve à 100 mètres de l'usine qui a... — {Hors champ :} C'est clair. — Voilà. — {Jean-Christophe Loutre :} À 100 mètres à vol d'oiseau d'une usine Seveso [*] usine Seveso. — {François Asselineau :} C'est incroyable. — {Jean-Christophe Loutre :} Tout le long, ici, ce ne sont que des usines Seveso. — Tout le long, c'est... Voilà.
— {François Asselineau :} Faire un écoquartier à 100 mètres de plusieurs usines classées risque Seveso, c'est quand même... — Il y a deux usines seuil bas qui sont juste à côté du Seveso seuil haut qu'est Lubrizol. — Seuil haut, c'est-à-dire l'un des plus importants dangers. — Voilà. Et juste à côté, vous en avez deux « seuil bas », donc qui sont quand même Seveso. — On voit qu'ils sont en train encore d'envoyer de l'eau. Il y a des donc tubes jaunes là pour continuer à noyer le site sous l'eau. On est à 100 mètres. Voilà. Et puis ici, donc, c'est l'usine Lubrizol, voilà.
Et alors ce qui est drôle, c'est qu'il y a encore une de nos affiches de la campagne pour les européennes qui a été collée et qui s'est un peu décolorée. Voilà. Ce qui est quand même assez fascinant, c'est qu'on est juste à côté de l'usine et qu'il n'y a absolument aucune force de l'ordre. Les enfants peuvent continuer à faire du vélo juste à côté.
François Asselineau