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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 24 juin 2022 24 min

Yannick Jadot : Macron "a perdu sa boussole républicaine en étant très ambigu sur le Rassemblement national"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Jérôme Cadet, le 7-9. Bonjour Yannick Jadot, député européen, ancien candidat écologiste à l'élection présidentielle. Beaucoup de questions pour vous ce matin autour de l'actualité politique française et européenne également. J'attends les questions des auditeurs d'Inter au 01-45-24-7000. Et puis vous interpellez notre invité également via les réseaux sociaux. On a déjà de première réaction, de première question via l'application France Inter. Yannick Jadot, vous vous dites depuis longtemps parlementariste. Au Parlement européen, à Strasbourg, vous pratiquez l'art du compromis avec d'autres forces politiques. C'est la règle là-bas.

Vous devez vous réjouir de la situation née de ces élections législatives. Une Assemblée nationale enfin au cœur de toutes les attentions.

0:48
Yannick Jadot

C'est vrai, vous avez raison. C'est une bonne nouvelle pour vous ? Il y a d'abord une part sombre. Il y a une part sombre dans cette élection. C'est évidemment près de 90 députés du Rassemblement national élus dans un scrutin majoritaire. C'est-à-dire que ce scrutin majoritaire ne permet plus d'exclure une majorité d'extrême droite. C'est évidemment l'abstention qui signifie quand même une défiance vis-à-vis de la politique énorme. Mais vous avez raison, c'est une opportunité historique. Une opportunité historique. Le peuple a dit qu'il faut changer la méthode de gouvernement de notre pays.

Nous ne voulons plus un président qui décide seul dans son bureau, avec un conseil des ministres Godillot, avec un gouvernement Godillot, avec une Assemblée nationale Godillot, avec le mépris des collectivités locales, des élus, des forces vives du pays. Donc il y a une opportunité extraordinaire de changer la méthode de gouvernement. Mais ce n'est pas simplement changer les institutions du pays. C'est nous donner enfin, grâce à ces changements, grâce à remettre de la démocratie partout, le fait d'être efficace sur nos politiques publiques. De justice sociale, de lutte contre le dérèglement climatique ou contre l'effondrement de la biodiversité.

Parce que la démocratie, c'est le cœur des politiques publiques.

2:07
Présentateur

Et donc une opportunité pour un groupe d'une vingtaine de députés, comme les députés écologistes, de peser, de passer des compromis, de faire avancer leurs idées, je suppose ?

2:15
Yannick Jadot

Absolument. Et d'ailleurs, vous avez entendu nos députés, dont beaucoup sont de nouveaux députés, et c'est une excellente nouvelle, dire qu'ils vont très vite mettre à l'agenda de l'Assemblée nationale le combat contre le dérèglement climatique. On voit les impacts en matière de canicules, d'inondations, de sécheresses, de grêles, des réformes sur l'agriculture, sur la biodiversité, mais aussi, question essentielle aujourd'hui, la question du pouvoir d'achat, de la justice sociale. Il y a la perspective...

2:45
Présentateur

Donc un compromis est possible avec, ensemble, les soutiens d'Emmanuel Macron.

2:49
Yannick Jadot

Les écologistes ont toujours, au regard des urgences, dit combien nous étions prêts. Quand un texte est positif, quand ça va dans le bon sens, nous y prendrons part, et nous ferons de notre mieux. Mais la situation aujourd'hui, elle n'est pas bloquée par les groupes dits d'opposition. La situation aujourd'hui, elle est bloquée par un président de la République qui a du mal avec et l'élection présidentielle, et les élections législatives. Est-ce qu'Emmanuel Macron sera l'artisan d'une démocratie refondée, d'une démocratie enfin délibérative, où on passe des compromis, effectivement, pour changer ?

Ou est-ce qu'il restera ce président, arc-bouté, sur son pouvoir, tentant en permanence les débauchages et la soumission d'autres groupes politiques ?

3:46
Présentateur

Mais est-ce que vous dites ce matin, Yannick Jadot, ok, top là, on est prêts à des compromis ?

3:51
Yannick Jadot

Mais nous sommes toujours prêts à des compromis. Nous dirigeons des exécutifs locaux, nous dirigeons des villes. Est-ce que vous croyez que dans les régions, dans les villes, on fonctionne par verticalité, comme on le fait dans la République française ? Évidemment non. Et puis de toute façon, les compromis sont d'abord à passer avec la société. Quand vous avez de telles transformations engagées pour sauver le climat, pour sauver la biodiversité, pour remettre de la solidarité et de la justice sociale, pour transformer, pour réindustrialiser, relocaliser notre économie, qui est une des raisons, à mon avis, du vote du RN. Il faut passer des compromis avec la société. Nous y sommes prêts.

Mais le président de la République, encore une fois, dont on a vu à quel point, moi je le trouve, je l'avais vu dans l'élection présidentielle, on l'a vu dans la campagne Les Jatis, je le trouvais dans son discours, je trouve qu'il est sec, ce président de la République. Il ne sait plus ce qu'il veut pour le pays. Il est dans le déni quand il considère qu'il a été élu sur un mandat, sur un projet. J'ai fait partie de ceux qui ont appelé immédiatement à voter Emmanuel Macron, mais pas pour son projet, pour éliminer Marine Le Pen.

Donc, il n'a pas de projet, il n'a pas de majorité, il a perdu sa boussole républicaine en étant très ambigu et en continuant d'être très ambigu sur le Rassemblement national. Donc, tant mieux si le pouvoir revient à l'Assemblée nationale, mais il doit, non pas poser des ultimatums, non pas dire, vous êtes des enfants, vous avez 48 heures pour ranger votre chambre. Non, il doit, lui, porter des choix de société, porter un changement de méthode et les groupes se positionneront par rapport à ça.

5:31
Présentateur

Je prends un exemple, Yannick Jadot, il y a un projet de loi d'exception qui est en préparation pour déployer plus vite les énergies renouvelables, solaire, éolien, notamment, il doit être présenté cet été. Est-ce que les députés Europe Écologie Les Verts doivent le voter ?

5:43
Yannick Jadot

Mais si c'est un bon texte, évidemment. On se bat, vous savez, les énergies renouvelables, on le voit, sont les seules énergies qui permettent de lutter efficacement pour le climat. Et ce sont en plus des énergies de paix, de sécurité, quand on voit les atrocités qui sont perpétrées encore en Ukraine. Donc, si ça va dans le bon sens, si enfin, on met des panneaux photovoltaïques sur les toits plats des zones commerciales, des parkings, dans les projets de construction, que ça nous permet à la fois de créer de l'emploi local, des entreprises locales et évidemment d'être indépendants énergiquement. Même si ce n'est pas au niveau idéal où vous l'estimiez. On verra. Mais attendez, la question...

Compromis, compromis, Yannick Jadot. Moi, vous savez, je suis au Parlement européen. J'ai voté hier et avant-hier. Nous passons toujours des compromis. Nous avons la volonté de transformer l'Europe, de transformer ce pays pour améliorer la vie de nos concitoyens.

6:39
Présentateur

Mais ça s'appelle une opposition responsable, ça, Yannick Jadot ? J'en sais rien.

6:44
Yannick Jadot

Vous l'appelez comme vous voulez. Ce qui est certain, c'est qu'encore une fois, la question n'est pas de sauver les partis politiques. La question aujourd'hui n'est pas de sauver un président de la République en panne. C'est de sauver la France. C'est de sauver le climat. C'est de sauver la République et la solidarité dans notre pays. Et les écologistes y sont toujours prêts.

7:05
Présentateur

La NUP ne renvoie pas cette image-là pour l'instant. En tout cas, dans le discours, c'est pas ce qu'on a entendu depuis lundi. Est-ce que, si jamais les insoumis ou les communistes ou les socialistes font un autre choix que le vôtre, il faudra tout de même faire des compromis avec Emmanuel Macron ? Et se désolidariser peut-être de ses partenaires ?

7:23
Yannick Jadot

Aujourd'hui, moi, ce que je sais, c'est que la NUP a doublé le nombre de parlementaires de gauche et écologistes à l'Assemblée. Nous avons de nouveau un groupe parlementaire. C'est une excellente nouvelle. Donc, de ce point de vue-là, la NUP est un succès. Mais la NUP, on est à la moitié de la majorité absolue. Donc, ça n'a pas permis de gagner l'élection. Et donc, de toute façon, il va falloir continuer à travailler ensemble, mais aussi faire vivre la diversité des sensibilités politiques qu'il y a dans la NUP, dans cette coalition. Nous, nous sommes régionalistes.

8:06
Présentateur

Tout le monde ne sera pas obligé de voter, ne doit pas être obligé de voter de la même façon à chaque fois au sein de la NUP. C'est ce que vous nous dites.

8:11
Yannick Jadot

C'est une évidence. Et j'espère qu'on va voter ensemble. Mais c'est une évidence que nous avons notre autonomie. C'est une évidence que les écologistes, et je pense que si on est si loin de la majorité absolue, malgré le fait, encore une fois, que c'est un succès en termes d'élus, c'est aussi peut-être parce qu'on n'a pas su assez faire vivre la diversité politique de cette coalition. Et moi, je reste convaincu, et je vais continuer à travailler à ce qu'émerge dans notre pays.

Une sensibilité qui soit à la fois pro-européenne, qui soit cette façon de voir la démocratie avec les forces vives, qui renforce la décentralisation, qui renforce une politique internationale au service des droits de l'homme.

8:58
Présentateur

Est-ce que ça peut aller, par exemple, par une entrée dans un gouvernement ?

9:01
Yannick Jadot

Non, ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Le sujet aujourd'hui, ce n'est pas la composition du gouvernement. C'est un, est-ce que... La ministre de la Transition écologique va partir dans quelques jours. Qu'est-ce que le président de la République propose aux Françaises et aux Français, et aux formations politiques représentées à l'Assemblée nationale ? Pour l'instant, il dit « mon projet, seulement mon projet ». Donc ça, évidemment, il organise le blocage de nos institutions. S'il dit « voilà mon projet », et bien chaque groupe politique se définira. Est-ce qu'on fait partie d'une coalition ? Est-ce qu'on vote au cas par cas ?

Et ça, c'est d'abord le président de la République qui doit prendre l'initiative. C'est comme ça que ça se passe dans toutes les démocraties européennes.

9:45
Présentateur

Mais vous ne fermez pas la porte à une coalition, Yannick Jadot, ce matin ?

9:48
Yannick Jadot

Non, je ne ferme la porte à rien, parce que le président de la République n'a parlé de rien. Mais si aujourd'hui, si demain, il continue sur le même projet politique, et vous voyez bien qu'au fond, les appels du pied dans son discours, c'est clairement à la droite, non pas à la gauche et aux écologistes. Vous le regrettez ? Bien sûr. Moi, je regrette que dans ce pays, on ne s'attaque pas aux dérèglements climatiques, à l'agriculture, au pouvoir d'achat et à la démocratie. Mais s'il proposait ça, eh bien évidemment, il faudrait y réfléchir. Mais aujourd'hui, ça n'est pas la position du président de la République.

10:25
Présentateur

Yannick Jadot, vous nous dites, la NUP, l'Alliance de Gauche, a permis de doubler le nombre de députés à l'Assemblée nationale. Quand on regarde le pourcentage des voix obtenues, il est stable par rapport à 2017. C'est 25%, ce qui reste l'un des plus mauvais scores de la gauche pour une élection législative. Comment expliquer cet échec en nombre de voix ?

10:42
Yannick Jadot

Écoutez, on a un travail. On a du travail à réaliser, notamment avec les forces vives du pays, pour essayer d'avoir un projet qui soit de nouveau attractif. Et je l'ai dit, il faut reconnaître à Jean-Luc Mélenchon le talent, l'ambition de construire cette coalition, encore une fois, qui a permis de doubler le nombre de députés avec le même score. Avec le même score par rapport à 2017, on double le nombre de députés.

11:10
Présentateur

Oui, mais il y a une forte défiance vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Elle a profité à l'abstention et au Rassemblement national.

11:16
Yannick Jadot

Il y a la défiance vis-à-vis d'Emmanuel Macron, effectivement, aujourd'hui a fait que le peuple français a tranché dans cette élection législative en disant, nous voulons changer la méthode de gouvernement de ce pays. Mais nous voulons qu'on travaille différemment. Nous voulons des changements institutionnels qui nous font croire de nouveau en la politique, de nouveau en la puissance publique, de nouveau dans nos territoires, dans nos élus. Et ça, il va falloir que le président de la République l'acte et qu'on aille vers une révision de nos institutions qui permettent une participation beaucoup plus forte des citoyennes et des citoyens à la vie de la société.

11:53
Présentateur

Pour parler de la gauche, dans votre département de l'Aisne, Yannick Jadot, il n'y avait pas de député du Rassemblement national en 2017. Il y en a 3 sur 5.

12:02
Yannick Jadot

C'est terrible.

12:03
Présentateur

Désormais, est-ce que vous entendez les analyses de Fabien Roussel, de François Ruffin cette semaine qui disent au fond, la gauche, elle parle trop peu à la ruralité, au bourg et au champ ?

12:11
Yannick Jadot

C'est vrai.

12:12
Présentateur

Alors comment vous faites pour changer ça ?

12:15
Yannick Jadot

Écoutez, il y a une, c'est même plus, on parle souvent de fractures territoriales ou de fractures sociologiques dans notre pays. Là, c'est une rupture entre les villes et puis les territoires ruraux où le Rassemblement national fait un carton incontestablement. Et il va falloir à la fois, on le sait, la question dans toutes les analyses, les études, les travaux qui ont été faits sur ces votes, il va falloir remettre de la sécurité économique et sociale sur nos territoires, sortir de ce sentiment d'abandon.

Mais ça veut dire, très clairement, vous savez, quand on porte en ruralité, remettre des commerces de proximité, remettre des services publics, relocaliser l'économie autour de ce qui est essentiel, on parlait des énergies renouvelables, un enjeu essentiel, c'est le bâtiment. Vous le savez, si on veut payer moins de factures de chauffage et d'électricité, avoir moins froid l'hiver et moins chaud l'été, c'est investir sur le bâtiment. Tout ça, c'est des artisans, des entreprises sur tous nos territoires.

Et quand on a de l'activité économique, de l'emploi de qualité, le plus souvent, on a des services publics, on a de la culture, on a de la démocratie, et le Rassemblement national est renvoyé à sa portion congrue. Donc c'est un investissement majeur. Mais quand je parle de changement institutionnel, la décentralisation, c'est un enjeu majeur pour que les Françaises et les Français retrouvent le contrôle de leur vie, de leur destin, à l'échelle locale. Et bien effectivement, ça veut dire que ça aussi, on doit s'en emparer.

13:45
Présentateur

Les Verts ont trop parlé aux électeurs des métropoles ces dernières années ?

13:48
Yannick Jadot

Non, parce qu'on est très présent dans les quartiers populaires, on est très présent dans les zones rurales, dans les petites et les moyennes villes. Moi, j'ai beaucoup été soutenir nos candidates et nos candidats pour cette législative. Évidemment, il y a eu la campagne présidentielle. Et j'étais très présent dans les zones rurales. Mais il y a un tel sentiment d'abandon que ça prendra du temps. Il y a un tel sentiment que Paris, parce que c'est souvent la caricature du pouvoir central, ne fait plus que passer dans ces territoires, ne s'y arrête plus. Il faut travailler.

14:17
Présentateur

Corinne, question posée via France Inter.fr, puisque vous parlez de la campagne législative, vous pose cette question. Pourquoi avez-vous été absent pendant la campagne législative ?

14:26
Yannick Jadot

Vous savez, c'est toujours étonnant. C'est une partie des médias...

14:29
Présentateur

On a plusieurs témoignages dans ce sens.

14:30
Yannick Jadot

Tout à fait. Mais c'est une partie des médias nationaux ou des médias parisiens qui ont dit Jadot, il est invisible, Jadot, il est silencieux. Quand je suis sur le terrain, en région, je ne suis pas invisible. Quand je parle à la presse quotidienne régionale, aux médias régionaux, France Bleu, France 3, toute la PQR qui est très importante en région, à Paris, on considère que je suis silencieux.

14:54
Présentateur

Là, ce sont des auditeurs qui se font cette réflexion, Yannick Jadot.

14:57
Yannick Jadot

J'entends, mais vous savez aussi pourquoi ? Parce que j'ai considéré que c'était ma place. Parce que pendant la période législative, parler dans les médias nationaux, comme votre antenne, au fond, c'était parfois refaire la présidentielle. Moi, je me suis mis au service des candidates et des candidats et j'ai été les soutenir partout sur nos territoires. J'ai fait beaucoup, beaucoup de déplacements et je suis très fier du nombre de députés que nous avons aujourd'hui et de ce qu'ils portent comme combat.

15:24
Présentateur

Alors, l'actualité européenne, Yannick Jadot, hier, les 27 ont enterriné à Bruxelles la candidature de l'Ukraine et de la Moldavie à l'Union Européenne. Quatre mois après le début de l'invasion russe en Ukraine, l'Europe n'avait pas le choix. C'était une obligation de prendre cette décision, Yannick Jadot ?

15:38
Yannick Jadot

Oui, et hier, ça a été aussi voté très massivement au Parlement européen, le statut de candidat pour l'Ukraine et aussi, vous le savez, notamment pour la Moldavie. C'est essentiel d'envoyer ce signal, mais il faut continuer à faire plus, parce que les atrocités perdurent, parce que les massacres, parce que ce que certains aujourd'hui appellent un génocide, continue en Ukraine. Et donc, nous continuons à soutenir, pour la paix en Ukraine et pour le climat, un embargo sur le gaz et le pétrole russe.

Et vous savez qu'il y a un grand sujet qui arrive au Parlement européen, c'est la question de ce qu'on appelle, alors c'est terrible pour les auditeurs, c'est la question de la taxonomie, c'est l'idée d'un label vert sur les investissements dans l'énergie. Quelle énergie est verte ? Quelle énergie ne l'est pas ? Exactement, et donc ça permet des financements plus abordables, plus meilleurs pour ces énergies-là. Et jusqu'à aujourd'hui, sous la pression de la France et d'un certain nombre de pays, le gaz et le nucléaire étaient considérés potentiellement par la Commission européenne comme des énergies vertes.

Il faut savoir que les seules énergies de paix durables sont les énergies renouvelables. Mais quand il va falloir voter dans dix jours au Parlement européen sur cette taxonomie, c'est des milliards qui iront ou pas à la Russie. La taxonomie avec le gaz et le nucléaire, c'est des dizaines de milliards d'euros d'argent public qui iront financer Poutine. Donc chaque député européen convaincu qu'il faut se battre contre la guerre en Ukraine.

17:12
Présentateur

Financer le nucléaire, c'est financer la Russie.

17:15
Yannick Jadot

Vous croyez qu'il vient de où l'uranium ? Uniquement de Russie ? Très largement pour l'Europe de Russie. Pour nous, ça vient aussi de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan, qui sont des pays quand même sous contrôle russe. Vous savez que la France continue à faire des partenariats avec Rosatom, qui est l'entreprise publique du nucléaire russe très liée à Poutine. Et puis surtout, c'est le gaz. Encore une fois, financer, considérer que le gaz, puis c'est une énergie verte quand on a les canicules, les inondations, les sécheresses, les phénomènes météo extrêmes, c'est une aberration absolue. Il faut financer les énergies renouvelables et nos logements.

17:53
Présentateur

Précisément sur cette question du nucléaire, question de Noah, qui nous appelle de Besan. Bonjour Noah.

17:58
Auditeur

Bonjour, merci de prendre la question. Bonjour M. Jadot. Bonjour M. J'avais une question par rapport au nucléaire, parce que vous vous dites, je peux vous dire sur le courant de l'Ouzbékistan, mais ça a été le choix de l'Allemagne il y a 10 ans. Aujourd'hui, elle rouvre des centres de charbon, donc est-ce que ça ne manque pas au final l'importance du nucléaire ? Surtout que les pays qui mettent le moins de CO2, c'est les pays comme la Finlande ou la Norvège, qui ont fait le choix d'un nucléaire et renouvelables justement.

18:17
Présentateur

Voilà, question de Noah sur le nucléaire. Je précise juste parce qu'on n'a pas tout entendu dans votre question, Noah. L'Allemagne qui a recours au charbon en ce moment et qui s'interroge sur la fermeture de ces trois derniers réacteurs nucléaires qui doivent intervenir normalement à la fin de l'année. Yannick Jadot.

18:34
Yannick Jadot

Noah a raison d'une certaine façon. On n'est pas allé assez vite sur les renouvelables et sur les économies d'énergie. Avec les verts en Allemagne, les renouvelables sont passés à 40% du mixte énergétique en 10 ans. C'est majeur. C'est 300 000, 400 000 emplois sur le territoire. Mais on sait combien Angela Merkel et puis les sociodémocrates, notamment avec Gerhard Schröder, ont été des alliés de la Russie et du gaz. Et on construit cette dépendance. Donc il faut en sortir, mais en France aussi. Vous savez, aujourd'hui, on a la moitié...

19:03
Présentateur

Mais heureusement qu'on a le nucléaire aujourd'hui, Yannick Jadot.

19:05
Yannick Jadot

La moitié de nos centrales nucléaires.

19:08
Présentateur

Se passer du charbon, se passer du gaz russe.

19:10
Yannick Jadot

Eh bien oui, c'est les énergies renouvelables. Il y a des scénarios 100% renouvelables. C'est ça qu'il faut faire. Après demain ? Non, non. Il faudra le... Mais si on ne le fait pas, si on ne le démarre pas aujourd'hui, ça n'arrivera jamais. Non, mais on a besoin d'électricité aujourd'hui. Vous avez raison. Et on a la moitié de nos réacteurs nucléaires qui sont à l'arrêt. La moitié de nos réacteurs nucléaires qui sont à l'arrêt. Aujourd'hui, on n'a pas... Une partie pour un entretien régulier, Yannick Jadot. Non, non. Pas simplement un entretien régulier. Il y a beaucoup de problèmes de corrosion. D'où j'étais il y a quelques jours à Sivaud.

La dernière centrale nucléaire ouverte dans notre pays, elle est à l'arrêt pour des problèmes de corrosion. Et elle est en bordure de la Vienne, qui est un fleuve dont on sait qu'aujourd'hui, il baisse, notamment parce qu'il y a moins d'eau. Et donc, on va avoir énormément de problèmes sur nos réacteurs nucléaires. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? La question n'est pas de tout fermer maintenant.

Est-ce qu'on investit sur un nucléaire très cher, mis en danger par le dérèglement climatique, qui est toujours risqué, ou est-ce qu'on investit sur des énergies renouvelables qui nous permettent d'être vraiment souverains, d'être vraiment indépendants, et de développer les emplois, les entreprises, sur tous nos territoires ? On parlait de la question du rassemblement national et de la désertification économique de nos territoires. La transition énergétique, c'est un levier extraordinaire.

20:28
Présentateur

Vous notez que dans cette Assemblée nationale, Yannick Jadot, il y a une majorité favorable à la construction de nouveaux réacteurs, du Parti communiste à Ensemble, les Républicains, jusqu'au Rassemblement national.

20:38
Yannick Jadot

Et alors ?

20:39
Présentateur

Ça traduit le vote des Français aussi.

20:41
Yannick Jadot

Et alors ? Moi, si vous voulez, ça ne m'empêche pas de défendre mes convictions. Ça ne m'empêche pas de considérer que quand on met 20 milliards pour un EPR à Flamanville, c'est autant qu'on aurait pu être mis dans les logements. Ces mêmes groupes politiques que vous mentionnez, Ensemble et la droite, ils ont gouverné ce pays. Les Français, aujourd'hui, sont percutés par l'absence de transport collectif qui fait qu'ils ne dépendent que de la voiture. Les Français sont percutés par leurs factures de chauffage parce qu'on n'a pas investi dans leurs logements. Ils sont percutés par la hausse des prix parce qu'on n'a pas investi dans ce qui va bien pour les Françaises et les Français.

Eh bien, moi, je continuerai à défendre le pouvoir d'achat des Français, le climat et l'emploi dans notre pays.

21:24
Présentateur

Sur le prix de l'énergie, question de Philippe qui nous appelle de Marseille. Bonjour Philippe.

21:28
Auditeur

Oui, bonjour. Je voulais poser une petite question. C'est qu'il y a quelques mois, sur les ondes de France Inter, j'ai entendu un résonant au niveau écologique comme quoi seul un prix élevé des carburants permettrait d'avoir un effet sur la consommation et donc sur le réchauffement climatique. Aujourd'hui, nous avons un prix des carburants qui est élevé, bien sûr pour d'autres raisons, et tout le monde veut absolument le baisser pour préserver notre pouvoir d'achat. Donc il y a quelque chose que je ne comprends pas.

21:57
Présentateur

Merci Philippe pour cette question. Yannick Jadot, est-ce qu'il faut continuer de baisser les taxes ou de faire une ristourne sur les carburants comme c'est le cas en ce moment ?

22:06
Yannick Jadot

Vous savez, moi y compris dans la campagne, j'ai défendu ce qu'on a appelé historiquement la TTIP flottante, c'est-à-dire l'idée que quand les prix de l'énergie montent, on baisse les taxes pour qu'il n'y ait pas d'impact sur le pouvoir d'achat. Et puis quand ils sont, et ça arrive parfois, les prix sont très bas, on réaugmente les taxes à ce moment-là pour assurer une forme de stabilité des prix. Mais l'enjeu, il est à la fois aujourd'hui de protéger le pouvoir d'achat. Et on sait que beaucoup de Françaises et de Français qui ont à se déplacer payent très cher. Mais c'est surtout de mettre en place ces alternatives.

Quand je parlais de l'abandon du rail et des transports collectifs, ça c'est une grande politique publique sur laquelle tous les partis devraient se mettre d'accord. Quand nous portons l'idée que le covoiturage organisé dans les entreprises devienne gratuit, c'est aussi une façon de s'organiser à la fois pour dépenser moins, pour polluer moins.

23:00
Présentateur

Mais là il faut poursuivre la ristourne pendant plusieurs mois, il y a déjà d'autres.

23:03
Yannick Jadot

Aujourd'hui, nous, nous savons que nous sommes favorables à un blocage des prix pour justement favoriser à la fois le pouvoir d'achat, et puis en le finançant par les surprofits de Total. Total qui continue à aligner des milliards et des milliards qu'il distribue à ses actionnaires sur le dos des Français et sur le dos du climat. Et bien c'est ça, le modèle économique aussi fossile qu'il faut changer. Merci à vous, Yannick Jadot, invité de France Inter ce matin. Bonne journée à vous.

Yannick Jadot : Macron "a perdu sa boussole républicaine en étant très ambigu sur le Rassemblement national" — Yannick Jadot · Pourquijevote