Dérèglement climatique : colère politique, colère des Français
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
dont disposent les pompiers. Le feu n'était pas fixé que la politique s'enflammait déjà à cause du manque d'anticipation et de moyens d'intervention pour les pompiers. J.-L.Mélenchon et G.Attal sont entrés depuis quelques heures dans un bras de fer sur le sujet. - A mesure que les incendies progressent en France, le débat politique aussi s'enflamme. - J.-L.Mélenchon: Il y a aussi monsieur Attal... - Hier, J.-L.Mélenchon s'en est pris directement à son concurrent dans la course à la présidentielle. - J.-L.Mélenchon: Il a encore fait mieux.
Comme il ne savait pas où économiser, il a dit "les canadairs, tout le monde s'en fout" et il a coupé. Nous sommes la nation capable de faire le meilleur avion de guerre du monde, le Rafale, mais nous ne sommes pas capables de faire un avion qui va prendre de l'eau pour la jeter sur des arbres. - Au coeur de la polémique, ce décret.
Il montre une coupe budgétaire de 10 milliards d'euros signée par G.Attal en 2024. Parmi les économies effectuées, 52 millions de reprises sur le budget de la Sécurité civile.
Malaise. - G.Attal: On voit que J.-L.Mélenchon ne sait plus quoi faire pour faire parler de lui.
Donc il fait du trumpisme et raconte absolument n'importe quoi. On le voit depuis plusieurs jours. Citez-moi le gouvernement qui, depuis 20 ans, a commandé des nouveaux canadairs pour la France.
Il y en a eu un: le gouvernement que j'ai eu l'honneur de diriger. - La flotte française de canadairs est-elle suffisante? Elle en compte 12 aujourd'hui, dont deux sont en maintenance ou hors service.
Des avions vieillissants avec une trentaine d'années de vol au compteur. Une réalité bien loin des promesses faites par E.Macron au début de son mandat. - E.Macron: Nous en avons 12 aujourd'hui.
Nous allons investir massivement pour que, d'ici la fin du quinquennat, ils soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu'à 16, ce qui est un volume de commande inédit quand on regarde ce que nous avons fait ces dernières décennies. - Quatre ans plus tard, où sont les 16 canadairs tout neufs promis par l'Elysée? Le gouvernement se défausse. - M.Bregeon: Il faut laisser le temps à l'outil de production de nous livrer ces canadairs. - J'imagine qu'il avait ces informations.
Pourquoi il nous a dit qu'il y aurait 16 canadairs avant la fin du quinquennat s'il savait tout ça? - M.Bregeon: D'abord, la réalité industrielle, les tensions qu'il peut y avoir sur les lignes de production, lorsqu'une entreprise fait face à de nombreuses commandes, ne sont pas toujours prévisibles. - Le débat s'infiltre même jusqu'à l'Hémicycle, cet après-midi.
L'extrême droite demandent des comptes. - Depuis des années, les alertes se succèdent. Voilà où mène l'absence d'anticipation.
La honte. - L.Nunez: Sur nos moyens aériens, je ne peux pas vous laisser dire cela.
Nous avons une flotte de 12 canadairs, 8 avions Dash. On a une des flottes européennes parmi les plus performantes d'Europe. - Chez nos voisins, les polémiques enflent également.
L'Espagne lutte actuellement contre les incendies les plus meurtriers de son histoire récente. 13 morts dont une française. Le mari de la victime accuse les autorités espagnoles. - On habitait sur une crête de collines, on était les premiers à se poser.
Les autorités auraient dû organiser des passages, du porte-à-porte, communiquer avec un mégaphone pour demander d'évacuer. Rien n'a été fait. - Le gouvernement espagnol étrillé par l'opposition, allant de la gauche jusqu'à l'extrême droite. - En Andalousie, avec les vagues de chaleur, les feux de forêt ne sont plus une surprise de dernière minute.
Ils peuvent être anticipés et combattus grâce à un personnel suffisant. Cet été, nous aurons 96 agents de moins que l'an dernier. - L'Espagne possède 21 canadairs, soit presque le double de la France, mais elle subit des incendies en moyenne 10 fois plus grands que l'Hexagone. - C.Roux: Est-ce qu'on n'est pas dans la fausse polémique?
Est-ce que compter le nombre de canadairs, c'est ça, l'enjeu des prochains mois et des prochaines années? On est dans une forme d'instrumentalisation d'une actualité ou est-ce qu'il y a vraiment un sujet de ce qu'il y ait le plus vite possible des canadairs pour éteindre les incendies? - N.Berrod: La question des moyens se pose forcément.
Il faudrait pas réduire le débat à cette question des canadairs...
Il y en a aujourd'hui 12. Il était prévu d'en commander 4 supplémentaires. Ce sera finalement, dans un premier temps, grâce à une commande européenne et une commande officialisée en juin...
On aura les 4 nouveaux d'ici 2033. Les 12 canadairs qu'on a aujourd'hui sont vieillissants. Ils ont une trentaine d'années d'âge.
Il y en a souvent qui sont en réparation...
On a un dispositif européen qui permet de se prêter des canadairs et des hommes. Nous avons des pompiers polonais ou roumains qui viennent souvent en France, notamment dans le Sud. Ce n'est pas qu'une question d'instrumentalisation politique, le débat est sain, mais il ne faudrait pas que ça fasse oublier toutes les préventions en amont, toutes les mesures pour s'adapter à un climat qui change.
Vous parliez du bilan humain. En France, on a une chance, ce qui semble miraculeux...
Il y a très peu de victimes mortelles. En Espagne, on a vu les 13 décès. En France, c'est heureusement très rare.
En fin juin, on estime entre 5000 et 6000 décès...
L'excès de mortalité...
Ce sera sans doute l'été le plus meurtrier lié au climat. Il y a beaucoup de prévention. Il ne faut pas oublier que beaucoup des incendies les plus importants ne sont qu'un symptôme du dérèglement climatique et de ses conséquences beaucoup plus larges. - C.Roux: Sur cette affaire de canadairs, E.Brocardi...
Est-ce que le sujet, c'est un manque de moyens d'intervention pour les pompiers? - E.Brocardi: Je crois que le canadair est assez stigmatisé d'un point de vue médiatique et d'un point de vue de l'exceptionnel.
Ca va faire le jeu politique, effectivement. Dans la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, on invite l'ensemble des futurs candidats et candidates à la présidentielle de venir un peu s'exprimer le 17 mars prochain devant l'ensemble des sapeurs-pompiers pour connaître leur ambition et leur programme en faveur des sapeurs-pompiers, mais plus généralement sur le système de protection civile en France. C'est le 1er point.
Nous l'avons déjà fait en 2022. Pas tout le monde n'est venu s'exprimer, pourtant. Il faut prendre en compte aussi la notion du vocabulaire employé.
Canadair est une entreprise, une marque, qui est au Canada. Ca ne peut fonctionner que s'il y a un carnet de commandes bien remplie. Nous avions des Dash supplémentaires.
Il faut parler de ce que l'on sait, au sens que la flotte aérienne a été renforcée par des Dash, ces avions qui peuvent transporter du retardant mais aussi de l'eau par alternance, mais aussi du transport de personnel quand il y a des catastrophes ou des besoins sanitaires ailleurs...
La flotte a été renforcée. Maintenant, qu'elle soit suffisante...
On va toujours vous dire que non, au regard de ce qui a été réclamé à la suite des incendies de 2022. Les incendies multisites vont devenir un enjeu. On parle de Fontainebleau, du Sud-Méditerranée...
Ca devient des enjeux importants. - C.Roux: Il faut anticiper.
C'est ce que vous nous dites. Et ça ne va pas s'arranger. C'est ce qu'on a compris.
Vous voulez ajouter quelque chose? - E.Brocardi: Oui.
La lutte ne se fait pas uniquement dans les airs, mais aussi sur le sol et de manière préventive. Les seuls moyens aériens ne feront pas éteindre un feu. C'est sur conjugaison avec les moyens terrestres.
L'aménagement des territoires, des massifs, créer des ceintures de sécurité autour des villes et des villages, ça va devenir un enjeu. - C.Roux: Merci beaucoup.
Des moyens d'intervention aériens, au sol...
La ministre de la Transition écologique a annoncé un plan forêt. - A.Goutard: C'est comme le plan canicule et lorsque le Premier ministre organisait réunion de crise sur réunion de crise...
On a l'impression qu'il faut attendre d'être au pied du mur pour que des décisions soient prises. Là encore, c'est très symptomatique de notre façon de penser l'écologie et l'environnement et les crises, cette crise que nous prenons comme un mur en pleine figure et qui va se renouveler. Monsieur Brocardi a tout à fait raison...
On va voir ce que les candidats vont dire face aux pompiers. Les pompiers ont manifesté à plusieurs reprises ces dernières années en expliquant qu'ils avaient besoin de plus de moyens, de plus de reconnaissance, d'un statut...
Ils ont donné leurs mots d'ordre alors qu'ils sont les soldats du feu, les soldats de la crise de demain. - G.Musquet: Il y a plusieurs échelons.
Qu'on attende des candidats à la présidentielle des actions, c'est une chose, mais les pompiers dépendent des départements. On a l'échelon régional...
Rien ne se fait aussi sans ces élus sur les strates intermédiaires. Quand on regarde qui est responsable de la forêt aujourd'hui, on regarde beaucoup d'agences qui ont perdu des ressources humaines et des moyens, l'OFB pour la biodiversité, l'ONF, et l'Agence des espaces verts, qui est pour l'Ile-de-France l'agence qui gère les forêts. - C.Roux: Est-ce que c'est un réveil?
Est-ce que la tentation qu'on va avoir, et je mets les journalistes dans le lot, c'est de dire qu'il y a les canicules, qu'on n'a pas assez parlé de la sécheresse qui va conduire à de nombreuses restrictions d'eau dans toute la France, avec des inquiétudes sur les récoltes agricoles, et autres? Est-ce que c'est un réveil? Vous croyez à un réveil collectif?
Je nous mets tous dedans. En tout cas, sur la volonté de prendre maintenant des mesures et des décisions budgétaires pour plus tard, pour dans 5 ans ou dans 10 ans... - E.Haziza: Les politiques publiques ont évolué, ces 20 dernières années.
On a 20 ans de longueur d'avance sur l'adaptation aux risques d'inondation. On a eu Nîmes en 98, Vaison-la-Romaine...
Ca a marqué la politique publique. Je sens surtout une colère de la population générale. Ca s'est vraiment généralisé. - C.Roux: 74 % des Français se disent mécontents de l'action du gouvernement en matière écologique depuis 2017. - E.Haziza: Je croise tous les jours des gens à bout qui se demandent ce qu'il faut faire, ce qu'on a fait pour prévenir et anticiper toutes ces années...
On a 9 à 10 ans de recul sur la bascule de la France. Ca ne date pas d'hier. Et j'ai le sentiment qu'il y a un manque de moyens, d'organisation.
C'est comme pour le système hospitalier...
La gestion des canicules, de nos sols, de nos forêts...
Gabriel Attal