Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com 56 min

Le Grand Entretien du Bureau des Médias avec Yannick Jadot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à tous. Bonjour Yannick Jadot. Bienvenue. Nous sommes très heureux de vous recevoir à Sciences Po Bordeaux. Pour nous, au bureau des médias, c'était particulièrement important de proposer aux élèves de notre IEP de rencontrer un candidat, de s'informer et de s'intéresser de près à l'élection présidentielle. Donc au cours de ce grand entretien, nous évoquerons bien sûr votre programme et les grands enjeux politiques de l'élection. Mais d'abord, un mot sur votre parcours. Vous rêvez d'être le premier président écologiste de France. Vous êtes député au Parlement européen et militant écologiste depuis plus de 20 ans. Vous avez suivi des études d'économie à Paris-Dauphine.

Avant de vous engager en politique, vous avez travaillé pour l'ONG Solagral, qui vous amène pour des missions humanitaires au Bangladesh et au Burkina Faso. Vous adhérez au parti des Verts en 1999 et de 2002 à 2009, vous êtes directeur de campagne pour Greenpeace. Déjà engagé contre le nucléaire, c'est à cette période que vous participez à une incursion en Zodiac dans la base des sous-marins nucléaires de l'île longue, ce qui vous vaudra une condamnation pour atteinte aux intérêts supérieurs de la nation. En 2009, vous quittez finalement Greenpeace pour vous engager en politique aux côtés d'Europe Écologie-Les Verts, aux côtés de Daniel Cohn-Bendit ou Eva Jolie.

Ce n'est pas la première fois que vous vous présentez à l'élection présidentielle. En 2017, vous êtes le candidat écologiste, mais vous retirez finalement votre candidature pour soutenir celle de Benoît Hamon. En 2021, vous remportez la primaire écologiste une nouvelle fois qui vous oppose à Sandrine Rousseau. Cette fois, vous l'avez dit, vous irez jusqu'au bout. Sans transition, notre première question, Yannick Jadot. 13,5% à l'élection européenne de 2019. On parle de vagues vertes pour les élections municipales de 2020. Et pourtant, Europe Écologie-Les Verts semble patiner quand il s'agit de l'élection présidentielle. On vous crédite seulement 6 à 8% des intentions de vote.

Comment expliquez-vous cette sorte de plafond de verre quand il s'agit de l'élection présidentielle pour les écologistes ?

2:07
Yannick Jadot

Bonsoir. Bonsoir et bonsoir à toutes et à tous. Merci infiniment de me recevoir. Bonsoir à celles et ceux qui, je crois qu'il y a un autre amphi, ou qui nous regardent par visio. L'histoire n'est pas écrite. Alors, vous êtes des étudiantes et des étudiants de sciences politiques. Je pense que vous avez pu étudier, y compris dans votre cursus, le sens, l'intérêt et la véracité des sondages. Sans revenir à Bourdieu, mais enfin, il y a eu quand même beaucoup de travail sur les sondages. Vous avez mentionné l'élection européenne de 2019. Le matin même, on recevait encore les sondages confidentiels, parce qu'on n'a plus le droit de les publier.

On était 5 points au-dessous du résultat qu'on a fait réellement. Et puis, on a vu à chaque élection, les sondeurs se planter quand même dans les grandes largeurs. Mais étonnamment, dès le lendemain, ils deviennent de nouveaux prescripteurs du débat politique, avec un fonctionnement presque comme les algorithmes des réseaux sociaux aujourd'hui. On fait monter quelqu'un, on fait descendre, au fond, pour faire vivre l'actualité et l'activité des sondeurs. Mais de manière plus sérieuse sur votre question. L'écologie est arrivée à un stade aujourd'hui où elle est prête à gouverner. Ça n'a pas toujours été le cas. On ne va pas se raconter d'histoire. Ça n'a pas toujours été le cas.

Y compris parce qu'elle a l'expérience acquise au fil des mandats, aux différents stades de notre société, de notre démocratie, qu'elle soit française ou européenne. Parce que surtout, aujourd'hui, le monde a profondément changé. C'est très sympa de passer Noël en T-shirt, mais on sait toutes et tous ce que ça signifie en termes de dérèglement climatique et de la catastrophe qui est en train d'advenir si on n'agit pas. J'étais tout à l'heure avec les banques alimentaires, y compris des jeunes, qui, avec le Covid notamment, se sont organisés pour que vous, une partie des étudiants, puissiez manger pendant la pandémie, avec l'augmentation de la précarité, précarité scolaire, précarité sociale.

Vous savez combien l'enseignement supérieur a été victime ces dernières années des baisses de budget, des baisses d'investissement par étudiant au moment où la société a une richesse, une richesse, pour construire son avenir ? C'est sa jeunesse, son éducation, ses engagements, sa capacité à s'épanouir, à s'accomplir. Tout ça pour dire quoi ? Qu'en 2022, il faut que les écologistes gagnent l'élection présidentielle. Parce que sinon, c'est 5 ans d'inaction de plus sur le climat. C'est 5 ans de régression sociale en plus. C'est 5 ans d'affaissement démocratique qui vont nous amener où, à un moment donné ? Si ce n'est pas Zemmour, ce sera Marion Maréchal-Le Pen.

Et donc, il nous faut porter ce projet avec sa crédibilité aujourd'hui, avec sa capacité à dire combien le dérèglement climatique impératif en matière d'action publique, combien l'effondrement du vivant impératif en matière d'action climatique, et combien la justice sociale, peuvent être au cœur d'un projet qui est un projet de reconstruction économique, qui est un projet de protection sociale, qui est un projet d'aménagement de nos territoires, qui est un projet de culture et de démocratie. C'est ça l'enjeu de 2022. Et les écologistes sont prêts et le temps de l'écologie est venu.

6:06
Présentateur

Mais justement, l'enjeu écologique semble bien compris par la population et notamment par la société civile. Il y a de grandes mobilisations, notamment au niveau des jeunes. Et pourtant, c'est parfois même au niveau des jeunes qu'on retrouve beaucoup d'abstention. Comment vous expliquez que cet intérêt pour l'écologie n'arrive pas à se traduire en politique ? Est-ce que vous arrivez à le traduire au niveau de votre parti ?

6:26
Yannick Jadot

Alors, aux Européennes, qui était le dernier scrutin qui s'est déroulé dans des conditions normales, qui est un scrutin national, le vote écologiste a été le premier vote des jeunes devant le Rassemblement national. Et je n'étais pas peu fier, comme tête de l'IS, qu'il y ait un vote de cœur qui soit au-dessus du vote de peur. Les jeunes, vous l'avez dit, ont une défiance plus forte que le reste de la société encore vis-à-vis de la politique. Cette défiance, les colères, les angoisses, les déceptions vis-à-vis de la politique, je les comprends en fait. Je les fais miennes assez largement.

Quand les jeunes sont les exclus du quoi qu'il en coûte, un gouvernement incapable, y compris de mettre le RSA des 18 ans, de construire l'autonomie des jeunes. Quand, je l'ai dit sur l'enseignement supérieur, on pourrait parler de la formation professionnelle de la même façon. Bref, l'enjeu, c'est à la fois de construire notre projet avec les jeunes, avec vous, pour que vos intérêts, vos envies, vos projets, vos colères irriguent notre projet. C'est de mener campagne, je l'espère, avec vous ou une partie d'entre vous. Je n'ai jamais prétendu recueillir 100% des voix et que surtout, on mette au cœur de notre projet la réconciliation avec notre futur.

Parce que le seul projet qui soit un projet qui, encore une fois, nous évite les polémiques sur le passé, qui évite les invectives, qui évite les nostalgies régressives et toutes les régressions. C'est un projet qui nous réconcilie avec l'avenir. C'est quoi, nous réconcilier avec l'avenir ? C'est au fond faire des grands défis auxquels nous sommes confrontés. Le climat, la biodiversité, la solidarité. De faire de ces grands défis le cœur des politiques publiques. Si on y arrive, si on y arrive, et ça c'est notre projet, si on y arrive, c'est nous permettre justement d'avoir un avenir bienveillant, plus serein.

C'est nous permettre de sortir de cette éco-anxiété dont statistiquement vous êtes les premières victimes. C'est nous redonner, remettre la solidarité, l'entraide, la bienveillance, la culture au cœur de la société. À partir du moment où on se réconcilie avec notre futur, à partir du moment où on se projette collectivement dans ce futur, évidemment, on a un regard beaucoup plus lucide, serein sur notre passé. On n'a pas besoin de réécrire l'histoire. On s'inspire des plus belles pages de l'histoire et on tire des leçons des plus sombres. L'écologie, c'est cette réconciliation avec le futur, mais surtout l'écologie, c'est aussi une réconciliation avec le lieu où on habite.

9:56
Locuteur non identifié

On reviendra sur toutes ces questions, Yannick Jeannot. Je suis désolé de vous couper. Je suis désolé. Mais je vous en prie. Vous parliez d'y arriver. Il faut que vous y arriviez. Mais pour y arriver, il faut une certaine crédibilité. Aujourd'hui, 26% des Français perçoivent Europe Écologie Les Verts. Seulement 26% les perçoivent comme capables de gouverner le pays. Seulement 28% vous font confiance en termes d'économie. Comment vous l'expliquez ?

10:23
Yannick Jadot

La campagne est devant nous. Et la campagne va être le moment où on va présenter notre projet. On va faire vivre notre projet et on va démontrer cette crédibilité. Mais vous savez, je suis toujours surpris. On dit tiens. Alors, vous êtes Sciences Po. Vous n'êtes pas encore l'ENA. Mais peut-être certains vont vouloir y aller. C'est très bien. Moi, je suis très heureux des énarques que nous avons autour de nous. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on donne plus de crédibilité à ceux qui ont déjà gouverné. D'en tact, mais franchement, entre nous, entre nous, ceux qui ont gouverné, le président actuel et son équipe, le président précédent et son équipe, le président encore d'avant et son équipe.

Tous, tous, dans l'inaction climatique, tous, dans le déni de l'urgence climatique. Tous, ils ont soutenu le nucléaire contre l'investissement dans la rénovation des logements et l'efficacité. Ils ont soutenu le transport routier plutôt que le fret ferroviaire. De Sarkozy, moi, j'étais au Grenelle de l'environnement quand j'étais à Greenpeace. On avait prévu de réduire d'ici 2020, donc il y a un an, deux ans, de 50% les pesticides. Sous Sarkozy, sous Hollande, sous Macron, les pesticides ont augmenté. L'injustice sociale s'est renforcée. On a de plus en plus de pauvres. Les riches se sont enrichis, les plus riches se sont enrichis, les plus pauvres se sont appauvris.

On a eu les gilets jaunes qui marquent la désertification des services publics sur plein de territoires. On a une démocratie qui fonctionne de moins en moins. Et on va dire que c'est eux qui ont la crédibilité. Eh bien non, ils n'ont pas la crédibilité de gouverner 50 plus quand on a de telles urgences écologiques, sociales, démocratiques. Ils n'ont pas la légitimité parce qu'au fond, ils ont fait beaucoup de promesses, qu'ils ont trahi énormément de ces promesses. Et qu'aujourd'hui, malgré ça, ils continuent à nous faire des leçons. Eh bien moi, je suis très heureux que les militants écologistes, ils ne sortent pas tous de la même promotion de l'ENA.

Alors les militants écologistes, ils piquent un peu parfois, c'est vrai. Parfois, ils disent des conneries, c'est vrai aussi. J'en dis aussi, c'est vrai aussi. Mais ils ont une force. Ils ont une force. C'est qu'ils ont combattu. Ils ont combattu sur le terrain. Eh oui, ils ont arraché les OGM. Eh oui, ils ont combattu le nucléaire ici et ailleurs. Eh oui, ils ont combattu les pollutions chimiques. Et ils ont combattu l'agriculture industrielle, l'élevage industriel. Ça, c'est notre force. Et maintenant, on a les propositions.

13:07
Présentateur

On va parler du nucléaire. Mais d'abord, on voudrait revenir sur cette crédibilité en économie. Et vous posez quelques questions sur votre programme en économie. Alors, défendez-vous tout d'abord une transition écologique par la croissance ou la décroissance ?

13:21
Yannick Jadot

Ce n'est pas le sujet. Non, je vais vous dire, je vais vous dire, je vais vous dire pourquoi ce n'est pas le sujet. Pourquoi ce n'est pas le sujet ?

13:30
Locuteur non identifié

Pourtant, dans votre campagne, vous avez des porte-parole qui défendent la décroissance.

13:33
Yannick Jadot

Oui, mais... Défendez la croissance ou la décroissance, M. Jadot. Mais oui, mais oui, c'est peut-être... Mais parce que, les amis, si on peut... Mais oui, c'est un vrai sujet. Mais non, en fait. Vous allez voir pourquoi. Pourquoi ? Parce que quand, à Lyon, notamment, les chercheurs, les intellectuels comme Latouche, Ariès, ont lancé le terme de décroissance, qu'est-ce qu'ils ont dit ? Ils ont dit que la décroissance n'est pas un objectif en soi. Ils ont dit que la décroissance est un mot au but pour nous interroger sur le sens de la croissance.

Quand on fait de la croissance des énergies renouvelables, quand on fait de la croissance de la culture, quand on fait de la croissance des services publics, quand on fait de la croissance de l'agriculture biologique, c'est génial. Mais quand on fait de la croissance des énergies fossiles, quand on fait de la croissance des pesticides, quand on fait de la croissance des polémiques, tout ça est nul. Ce que je veux dire, c'est que notre responsabilité, et ça fait partie de notre projet, c'est qu'on aura de nouveaux indicateurs de prospérité.

D'ailleurs, c'est dans la loi portée par une écologiste en 2000, sous le quinquennat précédent, sous le mandat précédent, c'est la loi Evassas, qui disait quoi ? On connaît la prospérité ou on calcule la prospérité d'une société à la qualité de son éducation, à son empreinte écologique, à la réduction des violences faites aux femmes, à la façon, encore une fois, de la qualité de notre environnement, à la répartition des richesses. C'est de ça dont on doit parler. Même Sarkozy !

15:11
Présentateur

Justement, c'est ça la question. Ce qui fait peur aux Français, c'est peut-être de comprendre comment on concilie une écologie avec une économie aujourd'hui, avec notre système économique actuel, et vous proposer des choses pour réguler l'économie. C'est ça la question, et c'est ça qui fait peur sûrement aux Français aujourd'hui.

15:25
Yannick Jadot

Non, je ne pense pas, en fait. Je vais vous dire, si vous voulez, quand on fait des enquêtes, non, mais permettez-moi, quand on fait des enquêtes sur est-ce qu'au fond, l'écologie est l'ennemi de l'emploi, l'écologie est l'ennemi de la justice sociale, l'écologie est l'ennemi de l'économie, en fait, les Français, ils n'avalent plus ce bullshit-là. Les Français ont compris, parce qu'ils le vivent, y compris dans leurs amis, dans leur cercle, de plus en plus de personnes travaillent dans des entreprises liées à la transition écologique.

Enfin, quand vous regardez toutes les statistiques, même les statistiques de notre État, de notre administration, de l'Union européenne, ou les statistiques internationales, les secteurs qui créent de l'emploi, les secteurs les plus dynamiques aujourd'hui, sont les secteurs de la transition écologique. Ça crée plus d'emplois et d'économies de faire du bio plutôt que d'utiliser du glyphosate. Ça crée plus d'emplois et plus d'entreprises à l'échelle locale de faire des énergies renouvelables ou d'investir sur la rénovation des logements plutôt que de faire des énergies fossiles ou de faire du nucléaire.

L'économie circulaire, qui est cette économie, au fond, de la sobriété, où on arrête la prédation sur les ressources, on arrête le gaspillage, on arrête le jetable, cette économie de la réparation, cette économie de la réutilisation du recyclage. C'est une économie de l'intelligence. C'est une économie de l'innovation. Donc, vous savez, je passe mon temps avec les entreprises, avec les syndicats, avec les salariés, avec les dirigeants, avec ce qu'est l'entreprise. Vous savez, les entreprises, c'est pas simplement le patron de Monsanto. Et l'entreprise, c'est un écosystème. C'est des entrepreneurs, c'est des salariés, c'est des parties prenantes autour de l'entreprise.

Bon, je passe mon temps. Aujourd'hui, elles savent, ces entreprises, beaucoup, que l'écologie est un incroyable levier d'innovation. C'est pas simplement une responsabilité. C'est un incroyable levier d'innovation. C'est un incroyable levier d'intéressement, d'engagement, d'investissement des salariés pour avoir des entreprises qui ont du sens. Ça redonne du sens au travail. Ça redonne du sens à l'engagement. Et quand je discute, j'étais hier avec la Fédération nationale des travaux publics. Donc, c'est les routes, les infrastructures pour l'énergie, pour les télécommunications, tout ça. Enfin, mais je ne vais pas vous le dire, je ne devrais pas vous le dire.

Là, il y a beaucoup de médias quand même. Je ne vais pas le dire. Mais ce que je veux dire, c'est que les personnes qu'on a rencontrées, elles sont convaincues que c'est la transition écologique qu'il faut faire. Elles en sont absolument convaincues. On ne va pas faire le moins-disant social, le moins-disant environnemental et même espérer conserver une seule entreprise face aux Brésiliens, aux Chinois, aux Russes. Ça n'existe pas. Et donc, tous les secteurs économiques que je rencontre aujourd'hui, ou en tout cas, une partie de ces secteurs économiques, savent bien qu'il faudra faire la transition écolo. Mais il y a trois enjeux.

Je me permets, je suis un peu long tout le temps, mais c'est comme ça. Non, mais j'essaye de... La transition écolo, il faudra la faire. La transition écolo, il faudra la faire. Il n'y aura pas le choix. On ne va pas laisser les sociétés rentrer dans le chaos climatique. La première question à laquelle on doit répondre, c'est est-ce qu'on l'a fait dans le bon timing ? Est-ce qu'on l'a fait maintenant, quand on peut encore gagner la bataille du climat, ou on l'a fait trop tard et on subira le chaos climatique ? Ça, c'est la première question. La deuxième question, c'est est-ce qu'on la fera dans la justice sociale ou pas ? Alors justement, notre prochaine question, c'est sur la... Je finis.

Non, je pense que c'est le truc. Et la troisième question, pour finir sur les entreprises, c'est qui la fera cette transition écologique ? Est-ce qu'on laissera les Chinois, les Américains, les Allemands avoir les entreprises qui ont fait le virage de la transition écologique, ou on aura des entreprises françaises qui seront leaders de la transition écologique ? Eh bien moi, je choisis la troisième option.

19:22
Présentateur

Sur la justice sociale, aujourd'hui, vous êtes venu rencontrer des jeunes qui n'ont pas toujours beaucoup de ressources. Comment est-ce qu'on peut proposer une transition écologique à court terme qui soit équitable ? C'est la fameuse question, comment concilier fin du mois et fin du monde ?

19:37
Yannick Jadot

Alors il y a plusieurs aspects. J'en ai déjà mentionné quelques-uns. L'écologie est aujourd'hui le programme qui est le plus dynamique en création d'emplois de qualité, parce que c'est des secteurs intensifs en emploi plus qu'en capital. Bon. Donc ça, la question de l'emploi, c'est une première question sociale. L'écologie, aujourd'hui, c'est le meilleur allié du pouvoir d'achat. Moi, ce que j'ai dans mon programme, c'est ce que j'appelle le 13e mois écolo. C'est quoi le 13e mois écolo ?

C'est que quand vous investissez sur la rénovation thermique des logements, vous créez non seulement des emplois d'artisans, vous économisez l'énergie, vous êtes un peu plus indépendant vis-à-vis de la Russie, mais vous économisez 5 à 600 euros par an, par famille. Quand vous investissez sur les transports collectifs, quand vous rendez ces transports collectifs plus accessibles aux familles en difficulté et aux jeunes, vous augmentez le pouvoir d'achat des personnes qui sont concernées. Quand vous investissez sur le logement social, et on a besoin dans ce pays d'investir sur le logement social qui a été sacrifié particulièrement dans ce quinquennat, vous rendez aussi du pouvoir d'achat.

Et donc il y a déjà cette partie emploi, cette partie pouvoir d'achat liée à la justice sociale. Les mesures, la première mesure que je propose pour sortir de la grande pauvreté, pour éradiquer la grande pauvreté, c'est d'instaurer un revenu citoyen automatique dès 18 ans à 880 euros, c'est-à-dire au niveau du seuil de pauvreté. Et on suivra le seuil de pauvreté. C'est-à-dire qu'en fait, pas un seul jeune au-delà de 18 ans, parce que nous on est favorable à l'autonomie, nous on veut construire l'autonomie des jeunes, on veut construire leur émancipation individuelle pour construire de l'émancipation collective. Donc dès 18 ans, vous serez autonome.

Et chaque Française et chaque Français aura au minimum un revenu citoyen automatique de 880 euros. Donc nous éradiquerons dans notre pays la grande pauvreté. Et puis, je l'ai dit, le pouvoir d'achat, je l'ai dit, la création d'emplois, je l'ai dit, la renégociation obligatoire des salaires dans tous les secteurs, ce qu'on appelle, vous savez, il y avait la première ligne, il y a eu la deuxième ligne, tous ces secteurs essentiels, essentiels à notre société.

Eh bien, il y aura des négociations salariales obligatoires dans ces secteurs pour que les infirmières, pour que les aides-soignantes, les aides à domicile, pour que les éboueurs, pour que les caissières touchent des revenus décents et des conditions de travail

22:14
Locuteur non identifié

décentes. Puisque vous avez parlé de jeunes, j'aimerais vous poser cette question. Vous avez présenté un contre-projet à celui d'Emmanuel Macron pour la présidence tournante de la France de l'Union européenne, dans lequel vous exigez notamment un plan de 2 000 milliards pour le Green New Deal. C'est ambitieux, mais concrètement, qui en paiera les frais ? Ce sera les jeunes, non ?

22:34
Yannick Jadot

Non. Non, pourquoi ? Qui donc ? Là, aujourd'hui, alors le plan de 2 000 milliards, vous savez, le plan a été de

22:42
Locuteur non identifié

750 milliards. C'est ça, et les débats qui ont suscité ces 750 milliards concernant qui paiera la dette ont été vraiment roulues. J'arrive, j'arrive, j'arrive.

22:50
Yannick Jadot

Ce que je veux dire, c'est que c'est le plan qui a été adopté, 750 milliards. Quand je parle de 2 milliards, c'était la position du Parlement européen. C'est-à-dire que ce n'est pas la position à ce moment-là même des Verts au Parlement européen. C'est la position du Parlement européen dans sa majorité. Donc pour dire que ces 2 000 milliards restent absolument nécessaires si on veut réparer notre société. Moi, je propose un plan d'investissement à 50 milliards par an dans notre pays, 25 milliards pour réparer les services publics, notamment, et 25 milliards pour reconstruire notre économie, le logement, les transports, tout ce que j'ai raconté, l'agriculture et tout ça. Bon. 2 000 milliards.

Aujourd'hui, ces 750 milliards, et ces 2 000 milliards dont je parle pour le plan européen, c'est de la dette BCE. OK ? C'est de la dette BCE. La dette BCE aujourd'hui, c'est de la dette à 0% à 40-50 ans. Quand je vois la réalité du chaos climatique, quand je vois l'état de l'hôpital, l'état des universités, l'état de l'école, l'état des commissariats, l'état des tribunaux, mon enjeu, ce n'est pas de me poser la question comment on rembourse une dette dans 60 ans qu'on emprunte à 0%, mais comment on se donne les moyens d'investir de manière rentable pour avoir une société qui va mieux ? Quand vous investissez sur la rénovation thermique des logements, au bout de 25 ans, c'est rentable.

Regardez les statistiques, y compris l'analyse du Conseil d'analyse économique sur l'investissement dans l'enseignement supérieur. C'est extrêmement rentable pour une société d'investir de l'argent public dans l'enseignement supérieur. Ma priorité, ce n'est pas de m'interroger sur qui va rembourser dans 60 ans une dette de la BCE, de la BCE, la Banque Centrale Européenne. Ce n'est pas des opérateurs privés. La banque est maîtrise de monnaie à l'échelle européenne. Ce n'est pas mon sujet. Moi, je n'ai pas envie d'avoir la catastrophe climatique. On sait qu'il faut agir dans les 5 ans qui viennent.

Et je n'ai pas envie d'avoir l'extrême droite dans 5 ans ou dans 2 mois, 3 mois au pouvoir parce qu'on aura abandonné l'hôpital public et qu'on aura divisé à coups de régression, de racisme, de révisionnisme et d'antisémitisme notre société.

25:11
Présentateur

Toujours à propos de l'Europe, sur le sujet des voitures thermiques, vous proposez l'interdiction dès 2030 alors que l'Union Européenne a fixé horizon 2035. Comment est-ce qu'on peut adopter des mesures ambitieuses au niveau national sans être pénalisé parce qu'on est en avance au plan international ?

25:29
Yannick Jadot

Parce que dans le droit européen, quand il s'agit de protection de l'environnement et de la santé, vous pouvez toujours être en plus du droit européen. Vous pouvez toujours faire mieux que le droit européen quand il s'agit d'environnement et de santé. Et là, c'est un enjeu majeur. Dans notre pays, on a quand même 67 000 selon les différentes évaluations, mais il y en a une qui fait un peu plus référence que l'autre. 67 000 morts prématurées liées à la pollution de l'air. On a le secteur de transport en Europe et dans notre pays qui est le seul secteur qui ne tient pas ses engagements en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

Et on a des villes qui vont progressivement interdire les véhicules thermiques les plus polluants dès 2024. On a des pays qui vont commencer à les interdire aussi. Et donc, au fond, c'est quoi l'enjeu ? L'enjeu, c'est que notre secteur automobile et nos constructeurs automobiles prennent ce virage de la manière la plus responsable, la plus rapide et, j'allais dire, la plus enthousiaste possible. Quand vous regardez les études, par exemple, néerlandaises, à partir de 2025, 2026, vous allez avoir de parité de prix entre les voitures électriques et les véhicules thermiques.

Moi, je ne veux pas, je ne veux pas qu'après 2030, on achète uniquement des bagnoles allemandes, des bagnoles chinoises pilotées par Google parce que notre industrie automobile n'aura pas pris le virage de la responsabilité. Les transports, ce n'est pas que la voiture, on est d'accord. C'est les transports collectifs, c'est les vélos, c'est tout ça. Bon, bref. Mais en ce qui concerne l'industrie automobile, moi, je ne veux pas que la France continue à perdre des emplois, à perdre des entreprises simplement parce qu'on se met en retard.

Il y a un consensus national qui est en train de s'installer en Allemagne avec Volkswagen, avec BM et tout ça pour prendre le grand virage de la transition écologique sur l'automobile. Est-ce qu'à un moment donné, on peut, nous, en France, être les leaders d'une transition économique, industrielle essentielle et en tirer les bénéfices ? Ça renvoie à ce que je disais tout à l'heure. Moi, je veux que ce soit des entreprises françaises qui soient leaders en Europe, en France et dans le monde sur la transition écologique.

28:01
Locuteur non identifié

On aimerait à présent parler de transition énergétique cette fois-ci. Est-ce que vous préconisez le passage au tout renouvelable ? Oui. Je peux être super bref. Ce qui amène parfaitement à ma deuxième question. Peut-on réellement faire fi du nucléaire pour atteindre l'objectif de neutralité carbone en 2050 ? Oui. Donc ?

28:30
Yannick Jadot

Ah, vous voyez, vous êtes... Non, mais je vous explique. Vous avez raison, je vous taquine. C'est quoi l'enjeu ? Non, je dis ça par rapport au rapport RTE. Non, non, mais c'est quoi l'enjeu ? C'est quoi l'enjeu ? L'enjeu, c'est de décarboner totalement notre système énergétique, d'accord ? Et on commence, ça va être le plus rapide quand même, de décarboner le système électrique. Et donc, notre objectif, c'est évidemment d'arriver à à la fois fournir l'électricité dont on a besoin. Et moi, je garantis qu'il n'y aura pas de coupure d'électricité, ni pour les ménages, ni pour les entreprises, du fait de la transition énergétique que nous allons engager.

Mais c'est de faire les bons choix technologiques. Au début des années 70, vous le savez, avec le premier choc pétrolier, la France a fait le choix du nucléaire contre le pétrole. Elle a mis tous ses moyens. On a les meilleurs ingénieurs, les meilleurs ouvriers. On a mis de l'investissement public. On s'est donné la capacité de construire un incroyable parc nucléaire, d'accord ? Sur une option politique, une option politique, qui était de dire il faut mettre le nucléaire contre le pétrole. Aujourd'hui, c'est quoi la situation ? Il faut évidemment sortir du carbone. Il faut évidemment verdir totalement notre électricité. Et on fait quel choix technologique pour y arriver ?

Eh bien moi, on n'est pas dans les années 70. Et le sujet, ce n'est pas le nucléaire contre les énergies renouvelables. Aujourd'hui, les technologies qui sont les moins risquées, qui créent le plus d'emplois, qui créent le plus d'entreprises sur nos territoires, ce sont les énergies renouvelables. Et le plus de dépendance ? Alors, on va parler de dépendance. Alors, je ne sais pas de quelle dépendance vous parlez. Mais si c'est la dépendance par rapport à l'uranium du Niger, ça s'appelle le nucléaire. Et la dépendance

30:37
Locuteur non identifié

énergétique envers le polysilicium de Chine ? Non, mais vous avez raison. Vous avez raison

30:44
Yannick Jadot

sur le silicium. Vous avez parfaitement raison sur le silicium. Je vais vous raconter une histoire qui est liée. Mais on reviendra sur le nucléaire pour que je vous donne le truc. Vous savez, il y a un groupe en France et en Europe qui s'appelle Ferroglobe. Il a des usines qui sont des usines ferropèmes, notamment en Savoie. Le groupe Ferroblog, qui, à force de faire des fusions, acquisitions, tout le capitalisme que vous connaissez, où c'est les financiers et le court terme qui dirige notre industrie, a décidé de fermer deux sites. Deux sites de production de silicium en Savoie. On a besoin de silicium, vous avez dit, pour les panneaux photovoltaïques, pour les batteries électriques.

On en a besoin pour faire des aciers haute performance. On en a besoin dans la santé. Et ce gouvernement, ce gouvernement accepte la fermeture d'une usine de production de silicium. 357 salariés et leur famille à Château-Foyer. Et vous savez d'où on va importer le silicium ? Du Xinjiang, là où les Ouïghours sont mis en esclavage. Et bien ça, ça s'appelle une politique industrielle. Ce pays n'a plus de politique industrielle. L'Europe n'en a jamais eu dramatiquement, mais ce pays n'a plus de politique industrielle. Et bien oui, avec les écologistes, on maintiendra les usines de silicium dont on a besoin.

Je ne vous dis pas que les batteries électriques, le lithium, le cobalt, tout ça, soient totalement écolo. Mais il faut inventer des filières de recyclage pour éviter la prédation. Vous avez raison. Mais quand on parle du nucléaire, franchement, vous étudiez, vous êtes Sciences Po, vous étudiez l'économie, vous étudiez plein de choses, des choses, voilà. Quand, donnez-moi un acteur privé, donnez-moi une entreprise privée qui investit dans le monde dans le nucléaire. Une seule. Une entreprise privée qui investit dans le nucléaire. Donnez-moi une. Eh bien, il n'y en a pas. Et ça ne vous pose pas problème. Vous ne vous dites pas, tiens, peut-être que ce truc économiquement n'est pas rationnel.

Et pourtant, il y a des milliards, des centaines de milliards investis dans les énergies renouvelables aujourd'hui. Ça, ce sont des opérateurs privés. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Quand vous faites un EPR à Flamanville, que vous le vendez aux Français et aux contribuables à 3,3 milliards pour être mis en service en 2012. Qu'en 2022, il n'est toujours pas mis en service. Qu'il a coûté 17 milliards d'euros supplémentaires aujourd'hui. Aujourd'hui, hein. Donc il n'est pas installé. 17 milliards de surcoûts. Et qu'est-ce que propose Macron ? Eh bien, d'un fiasco, on va faire 6 fiascos. Et 6 fiascos, ça donne un résultat, ça donne un succès. Mais de où ça arrive, ça ?

De où ça arrive que 6 fois un fiasco, ça pourrait faire un succès ? 6 fois un fiasco, ça fait 6 fiascos. Et aujourd'hui, moi, j'ai en responsabilité. Je ne dis pas on ferme demain le nucléaire. Je dis 1. Notre responsabilité, c'est qu'on consomme moins d'énergie. C'est là qu'elle est notre souveraineté énergétique. La première souveraineté énergétique. Vous savez que si le projet européen, l'ambition européenne aujourd'hui sur l'efficacité énergétique, donc toutes les politiques autour de notre réduction et de la maîtrise de l'énergie, c'est 32,5%. Bref. On les porterait à 40%. C'était le projet du Parlement et de la Commission européenne contre les États. On le porterait à 40%.

Le delta entre 32,5% et 40% d'objectifs d'efficacité 2030. C'est le gaz qu'on importe de Russie. Vous voyez l'enjeu de souveraineté ? Et la deuxième souveraineté, c'est plutôt d'investir sur des filières énergie renouvelable et pas qu'une seule. L'éolien, bien sûr. L'éolien offshore. On a une éolienne offshore en France. Une. En Europe du Nord, 5500. 5500 en Europe du Nord. Une en France. Mais c'est des énergies intermittentes. Comment on les stocke ? On ne s'est pas stocké en France. Vous avez raison. C'est aussi une énergie intermittente. Donc on va faire aussi du photovoltaïque. Donc on fait aussi de l'hydraulique. Donc on fait aussi de la géothermie.

Donc on a un mixte énergétique français et européen qui est solide. Même RTE dit qu'il y a des scénarios, des scénarii 100% énergie renouvelable.

35:11
Locuteur non identifié

Bien sûr. Mais ils coûteront de 17 à 20 milliards d'euros de plus par an.

35:15
Yannick Jadot

Mais non. Excusez-moi. Le scénario RTE... C'est RTE ? Oui. Le scénario RTE, il est gentil. Vous le contestez ? Oui. Je le conteste. Pourquoi je le conteste ? Un. Ils ne prennent pas en compte les 17 milliards supplémentaires à Flamanville. C'est quand même un sujet. Et en plus, dans les scénarios RTE, excusez-moi, on va faire un peu de technique. Ce n'est pas les EPR. C'est des EPR 2. Ils ne sont même pas encore en plan. Ils ne sont même pas dessinés. Donc ils inventent un prix du nucléaire qui aujourd'hui, par rapport à des réacteurs qui n'existent pas et qui au mieux seront en place en 2045. C'est ça la réalité.

L'urgence climatique, l'urgence du pouvoir d'achat, l'urgence industrielle, elle est maintenant. Elle n'est pas en 2040, elle n'est pas en 2045. Ça, c'est Meryl Streep dans Don't Look Up. Ça, c'est Macron. Don't Look Up. Notre urgence, elle est maintenant. Non mais sérieusement. Attention, quand vous avez une telle gabegie, l'EPR de Flamanville, c'est de l'électricité à 120 euros le mégawatt-heure. OK ? L'éolien offshore qu'ils vont installer au large de Dunkerque, on est à 50. C'est le coût total. C'est deux fois moins cher. Et quelle est l'énergie ? Oui ! Quelle est l'énergie intermite ? Non mais attendez. Je ne vous fais pas le coût total du nucléaire.

Entre le démantèlement, les déchets, tout ça, personne ne sait. Mais quelle est aujourd'hui l'énergie intermite dans notre pays ? C'est le nucléaire ! 17 réacteurs fermés sur 56. On a un problème de maintenance de centrales vieillissantes et on peut avoir potentiellement des problèmes génériques sur les dernières centrales, notamment celles de choses. Ce que je veux dire, c'est qu'on a un choix qui n'est plus un choix technologique, on peut tout faire. C'est un choix politique. C'est un choix politique qui se fonde sur le risque, qui se fonde sur la rationalité économique, qui se fonde sur la rationalité sociale. Mais à un moment donné, c'est aussi un choix moral.

Pardonnez-moi, mais le nucléaire, ça donne des déchets pour des centaines de milliers d'années. Et à une centrale nucléaire, ça peut exploser. Ça a déjà existé. Une éolienne, ça tombe. Au pire, c'est un lapin mal placé. Une centrale nucléaire, ça pète. C'est une région

37:32
Locuteur non identifié

que vous fermez. Il faut 54 110 éoliennes pour que la France puisse...

37:38
Yannick Jadot

Non, mais ça, c'est Jean Covici. On le connaît par cœur. Je sais qu'il est très célèbre chez vous. Mais ce que je veux dire, c'est que personne... La question, c'est pas de remplacer l'ensemble du parc nucléaire par des éoliennes. Déjà, un, j'ai jamais entendu Jean Covici dire, on a 100 000 pylônes à haute tension, ça me pose un problème. Je l'ai jamais entendu dire, il y a 16 000 châteaux d'eau, ça me pose un problème pour mes paysages. Ce que je veux dire, c'est que notre priorité, je le répète, c'est d'abord les économies d'énergie. D'abord, les économies d'énergie et notamment dans le logement pour faire gagner du pouvoir d'achat. Et puis, c'est un mixte énergétique.

C'est pas simplement... On remplace que par des éoliennes. Voyez ? On remplace... Je l'ai dit, on met des panneaux photovoltaïques, franchement. On met des panneaux photovoltaïques sur les écoles. Ça fait de mal à personne. C'est plutôt malin. Surtout, ces panneaux, on les assemble en France ou en Europe. On fait des pompes à chaleur, on fait de la géothermie, on fait des énergies marines, on fait de la biomasse. C'est tout ça, le mixte énergétique. Et quand vous avez un mixte énergétique comme ça, tous les scénarios le disent, même RTE. C'est un scénario énergétique stabilisé, qui garantit l'offre. Je l'ai dit, il faudra probablement 20 ans, peut-être plus, pour sortir du nucléaire.

Mais il faut s'y engager. On peut pas avoir des centrales vieillissantes qui peuvent nous péter à la gueule et qui nous coûtent aujourd'hui très cher.

39:02
Présentateur

L'Europe vient pourtant de classer le nucléaire comme énergie verte. Ça aussi, c'est politique ?

39:08
Yannick Jadot

Alors un, c'est pas l'Europe, c'est la Commission européenne. Non, non, attention, parce que le Parlement européen n'était pas d'accord avec cette classification-là. Le problème, c'est que, si vous avez étudié un peu, c'est un acte délégué. Donc en fait, le Parlement européen n'avait pas du tout classé le nucléaire ni le gaz comme des énergies vertes, mais c'est la Commission européenne. Et je vais vous raconter comment ça se passe. Et là, j'ai aucun souci que ça soit complètement public. La France a fait l'alliance avec la Pologne de Kaczynski et la Hongrie d'Orban pour vendre son nucléaire à l'Europe. C'est profondément choquant.

Ces pays-là se battent tous les jours pour réduire l'ambition européenne sur le climat. Ils se battent tous les jours pour défendre le charbon et le gaz. Et que le président de la France, qui a accueilli la COP 21 sur le climat, qui est le pays de l'accord international sur le climat, fassent des alliances contre nature avec des régimes, franchement, qui sont assez peu fréquentables, fassent des alliances avec le pétrole, le charbon, le gaz pour sauver son nucléaire. Ça en dit long sur l'état du nucléaire. Vous savez, j'étais à la COP 26. Des COP, j'en ai fait beaucoup. La COP 26, on ne choisit pas, on ne tire pas au sort le numéro 1. C'est que c'est la 26e.

C'est pour dire que des fois, on n'avance pas vite. Mais j'en ai fait beaucoup des COP. Pour la première fois, pour la première fois dans une COP, 5 pays européens dans l'Allemagne ont fait une conférence de presse à niveau ministériel pour dénoncer l'attitude de la France, pour dénoncer l'attitude de la France qui remet en cause l'ambition climatique européenne. C'est ça, parfois, la défense du nucléaire. Et je peux vous dire qu'à Bruxelles, c'est un secret de polychinelle. Macron a dit, si à la commission à Ursula von der Leyen, si tu ne mets pas le nucléaire dans les énergies vertes, je te bousille tout ton programme sur la transition énergétique.

Et bien ça, franchement, ce n'est pas à la hauteur de la France, ce n'est pas à la hauteur de la lutte contre le dérèglement climatique, ce n'est pas à la hauteur de ce que doit faire l'Europe.

41:18
Présentateur

Alors, on passe aux questions sur les institutions et la société. Alors, vous avez annoncé une première ministre. Au-delà de cette mesure symbolique, quelle mesure pour la parité ?

41:31
Yannick Jadot

Pour la parité, deux réformes majeures. Un, parité de sortie à l'Assemblée nationale. C'est ce qui se passe au Mexique, c'est ce qui se passe dans d'autres pays d'Amérique latine. C'est-à-dire qu'en fait, vous avez un scrutin à la proportionnelle. Et donc, il ne s'agit pas simplement d'avoir la parité sur les listes, qui est obligatoire aujourd'hui, mais vous avez une parité de sortie. C'est-à-dire que tant qu'on n'est pas à 50-50 dans l'hémicycle, les parties doivent s'adapter et faire monter des femmes, si ce n'est pas le cas, ou les faire redescendre pour qu'on soit à 50-50. Ça, c'est la parité de sortie à l'Assemblée nationale.

Et effectivement, moi, je souhaite que ce soit, puisque nous voulons déprésidentialiser, nous voulons renforcer le pouvoir du Parlement. Je souhaite que ce soit non seulement un Parlement puissant qui légifère, avec un gouvernement comptable devant le Parlement, la parité dans l'hémicycle et une présidente de l'Assemblée nationale. Dans les entreprises, c'est le système à l'islandaise. Vous savez qu'aujourd'hui, vous avez des règles sur l'égalité femmes-hommes dans l'entreprise. Mais c'est souvent la femme qui est obligée de démontrer qu'elle a été l'objet de discrimination à compétence ou à responsabilité équivalente. En Islande, c'est l'inverse.

Donc c'est l'entreprise qui doit démontrer pourquoi elle ne paye pas autant les femmes que les hommes. Et je peux vous dire que ça crée une dynamique de rattrapage de la parité qui est extrêmement intéressante. Donc on peut légiférer pour construire de la parité.

43:07
Locuteur non identifié

Voilà. Pardon. On a une petite question à vous poser. Mais je vous en prie. En deux minutes. En deux minutes. En deux minutes. Yannick Jadot, pourquoi feriez-vous un bon président ?

43:21
Yannick Jadot

Je ferai un bon président parce que je ne présiderai pas seul, parce que ce sera une présidence collective, parce qu'il est allant partout dans la société et qu'aujourd'hui, on a besoin de redonner le pouvoir aux Françaises et aux Français. Et on a besoin d'écouter, d'entendre les envies, les projets, les colères. Ça ne veut pas dire que la responsabilité du président s'arrête est là. Le président est là pour fixer un cap. Il est élu pour fixer un cap. Mais il doit faire ça. La deuxième chose, c'est je serai. Je suis le seul candidat aujourd'hui qui met le climat, la biodiversité et la justice sociale au cœur de toutes les politiques publiques qu'on ne peut plus procrastiner.

On ne peut pas reporter une nouvelle fois les enjeux du climat, de la biodiversité et de la justice sociale parce que je serai un président de la République qui légalisera le cannabis. Combien d'entre vous ont déjà fumé une fois ? Levez la main. Vous avez le droit à la police, c'est pas venu. OK. Si vous ajoutez cannabis et CBD, ça fait quoi ? Levez la main. Moi, j'ai la main aussi, j'ai pas de problème. Eh bien, nous légaliserons le cannabis. Pourquoi nous légaliserons le cannabis ? Pas parce que c'est un phénomène où vous avez l'air bien tranquille et la fumette récréative ne pose aucun problème, ce que nous savons tous. Mais parce que c'est un enjeu de santé et de sécurité.

Parce qu'on ne peut pas laisser des gamins de venir entrer dans l'addiction par rapport à des produits de qualité médiocre qui leur bousillent le cerveau et sans être suivis par une politique de santé. Donc moi, j'ai une politique de santé. Je veux sortir les quartiers des mafias, des deals de shit. Et donc, on légalisera le cannabis.

45:14
Présentateur

Merci. Alors, on a un...

45:17
Yannick Jadot

Je vois que là, franchement, quand vous voyez Darmanin, qui est capable aujourd'hui...

45:22
Présentateur

On n'a plus beaucoup de temps.

45:24
Yannick Jadot

Non, je suis quand même. Darmanin, qui est capable d'interdire... Très vite, très vite. Qui est capable d'interdire aujourd'hui le CBD, qui n'est même pas psychotrope. Enfin, franchement, quel délire. On mettrait en place une belle filière bio du cannabis. Ça mettrait des paysans, des recettes fiscales. Et franchement, on réglerait un gros problème.

45:43
Présentateur

Merci. On vous propose maintenant de répondre à... On vous propose maintenant de vous exprimer sur des sujets de manière très rapide en une minute. On va vous montrer quatre...

45:54
Yannick Jadot

Ça marche mieux le cannabis que le climat. Pourtant, franchement, on se fait plus mal avec le climat qu'avec le cannabis.

46:00
Présentateur

Alors, on va vous montrer quatre images sur quatre thématiques. Vous y réagissez. Vous avez une minute, moins d'une minute par image.

46:12
Yannick Jadot

Moi, je suis très fier du drapeau européen. Moi, je suis un européen. Mais il ne suffit pas d'avoir un drapeau européen pour avoir résolu les problèmes de l'Europe. Quand vous avez aujourd'hui... C'est dans ma minute. Ensuite, hein. Quand l'Europe... Quand l'Europe... Quand l'Europe est en panique parce que vous avez 4000 réfugiés à la frontière polonaise, qu'on laisse dormir dans le froid dans la forêt biélorusse, quand l'Europe est en panique parce que vous avez quelques centaines de migrants à Calais... Franchement, ce n'est pas cette Europe-là qu'on veut, quoi. Franchement, vous vous rendez compte ?

Je prends toujours cette jeune femme sur les 27 migrants qui sont morts dans la Manche il y a quelques semaines. Elle s'appelle Mariam. Elle est kurde irakienne. Kurde irakienne. Ils ont combattu l'État islamique. Ils ont été abandonnés par l'Occident. Une jeune femme de 21 ans qui retrouve son fiancé en Angleterre et qui est obligée de monter dans un bateau dans les pires conditions parce que Macron envoie les flics arracher les tentes, parce qu'il refuse qu'il y ait des associations qui apportent un café chaud, parce qu'il refuse qu'il y ait des médecins qui puissent voir ces réfugiés qui ont vécu des vies et des mois terribles. Ça ne peut pas être cette Europe-là, la nôtre.

C'est une Europe de l'accueil et de la dignité. Voilà. Donc je suis fier du drapeau européen quand il fait ça. C'est quoi ? C'est du pâté ? C'est du foie gras. J'adore le pâté, j'adore le raisin. C'est du foie gras. Et le foie gras ? Ouais. Mais vous savez, c'est quoi cette polémique ? Franchement, vous êtes contribuables pour certains. Vos parents sont contribuables. Vous avez envie que l'argent public aille dans du foie gras, dans les cocktails, dans les mairies ? Pas moi. Moi, de foie gras, j'en mange. Du foie gras artisanal. Le problème, ce n'est pas le foie gras, c'est les conditions du gavage. C'est comme l'élevage industriel dont je parlais tout à l'heure.

Vous pourriez mettre des poules, des oeufs de poules ? Eh bien, je suis contre les oeufs de poules quand les poules, elles vivent leur vie de pondeuse dans ça, dans cet espace-là toute leur vie. Ça, plus une carte postale. Eh bien, il faut en sortir. Pour le bien-être animal, il faut en sortir. Le pass vaccinal.

48:40
Locuteur non identifié

Est-ce qu'il faut emmerder les non-vaccinés ? Les non-vaccinés, pardon. Les non-vaccinés.

48:43
Yannick Jadot

Sérieusement, là-dessus, parce que c'est quand même une pandémie très, très lourde, un président de la République dont la responsabilité devrait être d'investir sur l'hôpital public, pas de fermer des lits en réanimation, pas de laisser les infirmières partir parce qu'elles sont en burn-out, ou les médecins, ou les aides-soignants, ou même les personnels administratifs qui n'en peuvent plus non plus. La responsabilité du président de la République, ça devrait être d'augmenter les salaires des infirmières et des infirmières au-delà d'une prime qui n'est pas à la hauteur. Et surtout, on a besoin, on sait, de recruter à l'hôpital. On a besoin de mettre des capteurs de CO2.

Blanquer a trouvé que 5 ans au ministère de l'Éducation, c'était trop long. Ils s'emmerdent, ils ne travaillent pas, c'est dommage, parce que l'université va mal, parce que les écoles vont mal, parce que les enseignants aussi en ont marre d'être méprisés. Ils devraient lever les brevets pour qu'on puisse vacciner dans le monde, parce que tant qu'on aura moins de 10% de vaccinés en Afrique et dans d'autres pays du Sud, évidemment, on aura des variants et on n'en finira pas avec la pandémie et on n'aidera pas ces pays-là à sortir de la pandémie.

Donc un président de la République, plutôt que de trouver un bouc émissaire, plutôt que de diviser les Français, les insulter, devrait travailler à les réunir, à les réconcilier et à les protéger.

50:17
Présentateur

Mais si on parle de solutions, quelle est votre position exactement sur l'obligation vaccinale ?

50:22
Yannick Jadot

Moi, je pense qu'aujourd'hui, moi, je défends, même avant que les vaccins pour le Covid arrivent, j'ai défendu la vaccination maximale, parce que c'est un levier extraordinaire de protection, y compris au regard des places qu'on a dans l'hôpital public.

Mais aujourd'hui, ce qui est le projet de loi, où on n'a pas de fin de l'état d'urgence sanitaire, où on va demander à des entreprises, à des cafetiers de contrôler l'identité des personnes, de contrôler l'identité des personnes, et où on ne se donne pas les moyens d'aller chercher les personnes qui sont éloignées de la vaccination, parce qu'éloignées de la santé publique depuis longtemps, éloignées des services publics depuis longtemps, je trouve que c'est une faute politique, ce n'est pas à la hauteur de l'efficacité d'une campagne vaccinale. Et puis, dernier point, vous savez, les écologistes, c'est la science.

L'Organisation mondiale de la santé et le Conseil scientifique disent qu'il faut préférer convaincre que de contraindre. Eh bien, moi, je suis la science. Et la dernière image ? C'est quoi ? La primaire populaire.

51:33
Présentateur

Dernier appel pour la primaire populaire.

51:34
Yannick Jadot

Ah, il y a primaire populaire aussi dedans.

51:35
Locuteur non identifié

Vous allez répondre à cet appel, finalement.

51:36
Yannick Jadot

Ah, mais oui ! Je vais répondre à cet appel, c'est non. Non, mais, les amis, on va se le dire franchement. Là aussi, je sais que ça anime beaucoup les discussions entre les personnes qui s'intéressent à la politique. Je le comprends. Est-ce qu'il faut rassembler ? Oui. Est-ce que j'ai essayé de rassembler ? Oui. Le printemps dernier, je suis le seul à avoir mis tout le monde autour de la table. Mais pour travailler sur un projet. Pour travailler sur un projet. Aujourd'hui, ce matin, ce matin, les socialistes et les communistes sont abstenus à l'Assemblée nationale sur l'interdiction du glyphosate. J'ai parlé du quinquennat Hollande.

Je pourrais vous parler de la gestion de la Nouvelle-Aquitaine, avec les bassines, avec la chasse, avec l'agriculture industrielle. Je pourrais vous parler des lois travail. Je pourrais vous parler de plein de choses. Moi, je veux rassembler. Je veux rassembler les progressistes. Je veux rassembler les humanistes. Mais sans transiger sur le climat, sur la biodiversité et sur la justice sociale. Et pardonnez-moi. Moi, je ne suis pas là pour sauver le Parti Socialiste. Je vous le dis tel quel. Je ne suis pas là pour sauver le Parti Socialiste.

Ça ne peut pas être l'objectif, aujourd'hui, de la primaire populaire et de celles et de ceux qui continuent de la soutenir, au fond, de donner une porte de sortie à Anne Hidalgo. Enfin, franchement, ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Il y a cinq ans, quand la situation politique, c'était que les écologistes rejoignent la candidature de Benoît Hamon. Je n'ai pas dit « Et si on faisait une primaire populaire ? » Je n'ai pas dit « À 90 jours de l'élection, 100 jours de l'élection, et si on organisait des débats juste entre nous ? » Qu'est-ce que j'ai dit ?

J'ai dit « Bah oui, je négocie avec Benoît Hamon un contrat de gouvernement et je retire ma candidature pour qu'il y ait une perspective de rassemblement. » Je l'ai fait. Donc mon problème, ce n'est pas mon égo. J'ai sacrifié ma candidature. Les écologistes ont sacrifié la candidature. Donc aujourd'hui, un peu de panache. Et on ne peut pas, le quinquennat prochain, pardonnez-moi, refaire un quinquennat Hollande. Vous avez un certain âge quand même. Il y a cinq ans, je pense qu'il y en a une partie d'entre vous qui manifestait contre la déchéance de nationalité, qui manifestait contre les lois travail, qui manifestait déjà pour que les gouvernements agissent pour le climat.

Alors on ne peut pas jouer comme si tout était équivalent. Toutes les candidatures ne se valent pas. Moi, je veux rassembler, je veux réunir les progressistes, les humanistes, mais sur un projet clair. Une ligne claire, c'est l'écologie, climat, biodiversité, justice sociale, démocratie.

54:21
Locuteur non identifié

Merci Yannick Jadot.

54:25
Yannick Jadot

Merci. C'est fini ?

54:28
Présentateur

Vous n'aurez aimé prendre...

54:33
Yannick Jadot

Eh bien, merci infiniment. Et puis, n'oubliez pas de voter. Votez pour qui vous voulez, mais votez. Parce que franchement, juge, encore une minute si vous me permettez, franchement, un pays, un pays aujourd'hui, qui n'investit pas sur sa jeunesse, un pays qui ne fait pas de sa jeunesse et de ses jeunes, sa richesse, qui n'investit pas sur l'épanouissement, sur l'accomplissement, sur les libertés, sur l'autonomie, ce n'est pas un pays qui croit dans son avenir. Alors cette élection, il va se jouer tellement de choses dans cette élection, tellement nos conditions d'existence au présent, tellement notre futur. Qu'emparez-vous de cette élection ? Franchement, emparez-vous de cette élection ?

Alors je sais qu'ici, par votre formation, vous êtes passionné de la chose politique, donc je pense que vous irez voter. Mais ne laissez pas cette élection aux vieux et aux plus riches. Une plutocratie, ça n'a jamais été une démocratie.