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interviewPublic Sénat· 12 janvier 2026 3 min

« On refuse chez nous ce qu’on impose aux autres »

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Yannick Jadot

Si nous imposons des restrictions aux échanges parce qu'ils ont des produits qui contiennent des pesticides qui sont interdits chez nous, il va falloir compenser financièrement les pays du Mercosur pour la protection de l'environnement, de la santé ou de nos filières.

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Présentateur

Alors vous avez qualifié cet accord d'accord d'Innozor. Pour vous, il ne présente aucun avantage pour l'économie. Vous l'avez dit, 0,05% de croissance d'ici 2040. Mais pourtant, il y a quand même certaines filières, y compris agricoles en France, qui peuvent en profiter. Je pense à la viticulture, le lait.

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Yannick Jadot

Pourquoi est-ce que les Français et l'opinion publique dans beaucoup de pays européens sont remontés contre cet accord ? Parce qu'en fait, on ne veut pas voir nos fermes, et notamment les plus petits des paysans, disparaître. Le bénéfice qu'auraient les Européens en matière, par exemple, laitiers, c'est d'exporter de la poudre de lait. Qui va supporter le coût de nos exportations de la poudre de lait, notamment au Brésil ? Le lait au Brésil, ce n'est pas du tout la production de bœuf. La production de bœuf est très industrielle, avec des cheptels gigantesques dans des conditions dramatiques. Le lait au Brésil, c'est les petites fermes familiales, en fait.

Et donc, exporter le bénéfice que nous aurions, c'est la disparition des petits paysans familiaux brésiliens qui produisent le lait et qui rejoindraient les favelas. C'est ça qu'on veut. En fait, ce qu'on ne veut pas pour nous, on trouve que c'est intéressant de le faire aux autres. De la même façon, en fait, c'est un accord, on l'a souvent dit, voiture, allemande, bœuf, brésilien. Qu'est-ce qu'on veut faire, nous, pour notre industrie automobile ? Pour notre industrie automobile, on veut aujourd'hui essayer de relocaliser, protéger nos usines, et autour de l'électrification, encore une fois, réindustrialiser, relocaliser notre industrie automobile.

Ce qu'on gagne dans cet accord, effectivement, si c'était considéré comme un gain, c'est, au fond, d'empêcher que la production automobile en Amérique du Sud se fasse localement. Aujourd'hui, dans le système des pays du Mercosur, si vous voulez vendre beaucoup de voitures dans les pays du Mercosur, il faut produire localement. Ce n'est pas idiot, c'est ce qu'on veut faire pour l'Union européenne. Et ce que nous gagnons, c'est, au fond, de casser cette dynamique d'industrialisation chez eux, comme d'industrialisation chez nous. Et enfin, vous avez dans cet accord un mécanisme qu'on appelle mécanisme de rééquilibrage.

Le nom est APSCON, mais ça veut dire que, dans cet accord, si, par exemple, nous appliquons les clauses de sauvegarde, qui sont censées protéger le secteur agricole en cas d'augmentation très forte de nos importations agricoles des pays du Mercosur, ou si nous imposons des restrictions aux échanges parce qu'ils ont des produits qui contiennent des pesticides qui sont interdits chez nous, il va falloir compenser financièrement les pays du Mercosur pour la protection de l'environnement, de la santé ou de nos filières. Donc, encore une fois, c'est un accord qui est totalement déconnecté des impératifs du monde d'aujourd'hui. Merci.

2:57
Locuteur

Merci.

« On refuse chez nous ce qu’on impose aux autres » — Yannick Jadot · Pourquijevote