Xavier Iacovelli : « J’espère que Sébastien Lecornu sera rappelé à Matignon »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Xavier Iacovelli. Bonjour. Merci d'être notre invité sénateur des Hauts-de-Seine, vice-président du Sénat et vous présidez le Parti démocrate et progressiste. Pour expliquer, vous représentez un peu l'aile gauche du camp présidentiel. On va évidemment revenir longuement sur l'intervention hier de Sébastien Lecornu. On va le voir, c'est à la une de nos journaux régionaux, à la une du Dauphiné libéré, un premier ministre et pas de dissolution. Sébastien Lecornu qui a entre autres affirmé qu'une majorité absolue à l'Assemblée refuse la dissolution. L'autre une, c'est Emmanuel Macron en une du Télégramme.
Macron seul face aux Français avec un président de la République de plus en plus isolé. Et puis la dernière une, on en parlait dans le journal, une icône de la justice au Panthéon, Robert Badinter, qui sera donc panthéonisé ce soir, jour anniversaire de l'abolition de la peine de mort. Quelle une choisissez-vous ?
Écoutez, aujourd'hui, je ne peux pas ne pas choisir la panthéonisation de Robert Badinter. Ce grand garde des Sceaux, ce sénateur, sénateur des Hauts-de-Seine de mon département et qui, j'avais eu la chance quand j'étais tout jeune candidat à l'élection municipale de Surenne. C'était mon premier président du comité de soutien. Donc j'avais eu la chance de le rencontrer, de le côtoyer. Et voilà, c'est un grand homme, un grand homme qui a fait rentrer la justice dans la lumière, la République dans la lumière, et puis qui a œuvré toute sa vie pour que la justice ne soit pas la vengeance, que la vie, effectivement, mérite d'être vécue.
Et donc voilà, je pense que c'est un grand moment aujourd'hui, un grand moment pour justement la République. Et dans des moments un peu troubles qu'on vit actuellement, je pense que c'est bien de rappeler notre histoire et de rappeler que des grands hommes ont fait aussi de la politique et que la politique, il n'y a pas que le chaos qu'on peut connaître aujourd'hui.
Et on en revient justement à cette crise politique. Ma mission est terminée, a dit hier soir Sébastien Lecornu. Vous regrettez qu'elle ait été aussi brève ?
Oui, je regrette parce que pour le coup, Sébastien Lecornu, je pense que c'est un homme d'État. Il l'a démontré dans ses ministères respectifs et notamment aux armées. Et je pense que c'est du gâchis aujourd'hui de ne pas l'avoir en tant que Premier ministre. Il avait cette capacité à parler à tout le monde et il a cette capacité à parler à tout le monde. Parce que si nous arrivons, et je le souhaite, à un accord ce soir ou d'ici demain, c'est en grande partie grâce à lui, grâce à sa capacité à trouver des compromis. Alors un compromis, c'est que forcément personne n'est gagnant.
C'est la France qui est gagnante, mais forcément les camps et les partis ont été obligés de faire un pas vers l'autre. Et donc je pense qu'on avait besoin effectivement d'un homme comme lui à Matignon.
Il peut encore être nommé demain par Emmanuel Macron ?
Alors si ça ne tenait qu'à moi, je dirais oui. J'espère qu'il sera de nouveau nommé. Je ne sais pas si les conditions sont remplies pour qu'il puisse de nouveau être rappelé à Matignon. Et je ne sais pas si dans le cadre des discussions qu'il a eues avec les chefs de parti, c'est une option possible. Ça encore une fois, seul le président de la République décide qui il nomme à Matignon. Mais en tout cas, effectivement, je pense que ça peut être une des solutions. En tout cas, je souhaite qu'il puisse, dans les années à venir, dans les mois à venir, et pourquoi pas dans les jours à venir, continuer à œuvrer pour le gouvernement et pour la France.
Alors si ce n'est pas lui, Emmanuel Macron s'est engagé à nommer un Premier ministre d'ici demain soir. Est-ce qu'il a d'autres choix désormais que de nommer un Premier ministre de gauche ?
– Moi j'ai envie de dire, au moins on aura tout essayé. Au moins on aura tout essayé.
– Donc non moins Premier ministre de gauche.
– Non moins Premier ministre de gauche, ça tiendra ce que ça tiendra. Moi je souhaite effectivement que pour la France, on puisse avoir un budget, c'est quand même la priorité. C'est ce que je disais hier sur votre plateau. Moi que ce soit de droite ou de gauche, ce n'est pas mon problème. Ce que je veux, c'est que les Français aient un budget. Parce que l'impact d'avoir un non-budget, et je pense que vous en parlerez tout à l'heure avec mon collègue des Hauts-de-Seine, le député Juvain.
– On peut en parler avec vous aussi.
– Voilà, mais on peut en parler, mais l'impact de ne pas avoir de budget, il sera catastrophique. Rien que, j'en parlais hier aussi, mais avant même une dégradation potentielle de notre budget et de nos finances, nous aurons plus 8 milliards d'intérêts de la dette à partir de 2026, 5 milliards de plus automatiquement au niveau des dépenses de santé par l'augmentation naturelle des dépenses de santé.
– Mais est-ce qu'en refusant de nommer avant un Premier ministre de gauche, Emmanuel Macron, il n'a pas aussi conduit à cette crise-là ?
– Honnêtement, les conditions n'étaient pas non plus remplies auparavant. Je pense qu'il y a une accumulation de crises, peut-être certainement des fautes de part et d'autre. En fait, collectivement, je pense qu'on a été irresponsables. Ça fait plus d'un an qu'on est incapable, collectivement, de se mettre autour d'une table et de se dire, maintenant, l'intérêt supérieur du pays, c'est d'avoir un budget, c'est de faire en sorte qu'on se mette d'accord sur 5, 6 points jusqu'à la présidentielle, pour faire en sorte que notre pays tourne, que nos entreprises continuent à investir, que nos collectivités continuent à protéger les Français et que les Français puissent mieux vivre de leur travail.
Honnêtement, si on n'est pas capable de se mettre d'accord sur ces quelques points-là, effectivement, je pense qu'on n'est pas à la hauteur des enjeux et de la France.
– Sur les retraites, Sébastien Lecornu a dit hier soir, il va falloir trouver un chemin pour que le débat ait lieu, il y a des blessures démocratiques. Vous partagez ce qu'il dit ?
– Oui, il y a des blessures démocratiques. Moi, vous aviez, j'étais chef de file pour mon groupe au Sénat pour cette loi. Ça a été dur pour moi de porter cette loi parce que demander aux Français de travailler plus, de faire des efforts supplémentaires, c'est jamais agréable. C'est jamais agréable et en même temps, c'était nécessaire parce qu'il n'y avait pas d'autre solution que cette réforme. Et on voit bien que presque trois ans après, deux ans et demi après, on se rend compte qu'elle n'est même plus assez efficiente. Et donc, on devra de toute façon refaire une réforme des retraites.
– Sébastien Lecornu, il a un peu pointé le goût amer qui a aussi laissé la méthode, ce sentiment qu'il n'y a pas eu de vote,
ce sentiment de passage en force. – Mais il y a eu un passage en force qui n'est pas un passage en force parce que je rappelle quand même que le 49-3, quand on n'est pas majoritaire dans l'Assemblée nationale, c'est tout sauf un passage en force. – Il y a eu ce sentiment dans l'opinion. – Il y a eu ce sentiment qui a été alimenté notamment par LFI et le Rassemblement national. Clairement, ils ont œuvré là-dessus. Mais il y a eu aussi un problème, y compris à l'intérieur du socle commun qui n'existait pas encore, mais avec les LR qui au Sénat avaient œuvré pour travailler sur cette réforme et qui avaient voté cette réforme et à l'Assemblée nationale qui ne l'avaient pas faite.
Et donc, du coup, qui avait provoqué ce 49-3 de la part du gouvernement Borne. Et donc, oui, effectivement, il y a un échec collectif, un sentiment d'être passé en force alors même qu'il y a eu un vote à l'Assemblée nationale. Et donc, on a besoin peut-être de retrouver de la sérénité. Moi, je vous le dis et je le dis depuis deux jours, je pense que suspendre est une erreur, est une erreur économique. Parce que c'est 13 milliards à horizon 2035 si on suspend cette réforme. Que nous allions dans une nouvelle réforme des retraites, moi, je n'ai pas de problème à débattre. C'est notre boulot en tant que parlementaire de débattre.
Donc, débattons, avançons sur une nouvelle réforme qui soit plus protectrice, qui ensuite puisse aussi être finançable. Parce qu'aujourd'hui, je rappelle que nous dépensons 400 milliards pour les retraites et nous recevons en cotisation 260 milliards seulement. Donc, il y a bien un problème. Je veux dire, n'importe quel foyer français ne pourrait pas assumer cela.
Elisabeth Borne, elle a fait une erreur en mettant elle-même sur la table la suspension de sa réforme.
Moi, je pense que ce n'était pas à elle de le faire. De toute façon, il y avait un négociateur qui avait été nommé. C'était Sébastien Lecornu. C'était à lui de faire des propositions aux différents chefs de parti. Ce n'est pas aux ministres démissionnaires de faire des propositions en public.
Le compromis avec la gauche, il peut se trouver sans suspension de cette réforme des retraites ?
Je ne sais pas. Aujourd'hui, je ne sais pas quel est l'état des discussions avec Sébastien Lecornu.
Vous dites qu'il faut que tout le monde fasse des compromis qui ne font pas plaisir à ce que vous.
Il va falloir faire des compromis. Je pense que personne n'a intérêt à la dissolution. Non pas parce qu'on a peur d'aller au vote. Mais je pense qu'économiquement, socialement, politiquement, ça serait intenable d'avoir une nouvelle dissolution dans les jours à venir. Et donc, oui, on a intérêt tous, en tout cas tous ceux qui aspirent à l'intérêt supérieur du pays, on a intérêt effectivement à trouver un compromis. Et donc, forcément, c'est des moments où on n'est pas d'accord complètement avec ce que nous devons accepter.
Avec un risque de fracturer le bloc central, Horizon, ou ce qu'il en reste, tout du moins Horizon, les Républicains, ne veulent pas de cette suspension de la réforme des retraites ?
Je ne le souhaite pas. Mais moi, je vous le dis, je ne le souhaite pas. Mais est-ce qu'on est… Je ne souhaite pas cette suspension. Mais est-ce qu'on va aller jusqu'à la censure d'un gouvernement qui va créer de nouveau l'instabilité et le chaos dans notre pays ? Je ne suis pas sûr qu'on est prêts à assumer ça.
Autre déclaration hier soir de Sébastien Lecornu. Il estime qu'on s'éloigne de la dissolution, André.
Oui, et pourtant, pas du tout. D'après Marine Le Pen, la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale, qui estime que le Premier ministre est trop optimiste sur l'éloignement d'une dissolution. Elle entend siffler la fin de la récréation et le début de la campagne. Ce sont ces mots, on l'écoute. Je censure tout. Là, maintenant, stop. La plaisanterie a assez duré, d'accord ? On fait courir les Français derrière des babales, tout ça pour gagner du temps. C'est inadmissible.
Qu'est-ce que vous pensez de cette déclaration ?
En off, je disais que ça me fait penser à Mélenchon qui disait au-dessus de 3 000 euros, je prends tout. Elle, elle censure tout. Honnêtement, je pense que ce n'est pas à la hauteur ou non plus. C'est censuré a priori. Ça montre bien, encore une fois, qu'à la fois Jean-Luc Mélenchon et à la fois Marine Le Pen sont dans une volonté de chaos parce qu'ils n'ont qu'une seule obsession, c'est l'élection présidentielle. Il n'y a que cinq qui comptent. Ce n'est même pas l'intérêt des Français.
Et ils ne se rendent même pas compte aujourd'hui qu'une dissolution provoquerait une loi d'urgence, une loi spéciale sur le budget et qui aurait des conséquences économiques pour le quotidien des Français, pas seulement pour le pays.
Mais vous pensez qu'elle est évitable à court terme, cette dissolution ?
Moi, je le souhaite. Encore une fois, c'est de la responsabilité des partis.
Vous le souhaitez ou vous pensez que ça va ? Hier, Sébastien Lecornu dit qu'il y a une majorité absolue contre la dissolution.
Aujourd'hui, je pense qu'il y a une majorité contre la dissolution. Après, est-ce qu'ils sont capables de tous se mettre d'accord pour éviter la dissolution ? Parce qu'encore une fois, ce n'est pas le Parlement qui décide de sa propre dissolution. C'est le président de la République qui montre, qui part constater un chaos et en tout cas une inaction du Parlement, va dissoudre l'Assemblée nationale. Voilà. Est-ce que le Parlement, est-ce que l'Assemblée nationale est capable de se mettre d'accord sur des textes, sur un budget et sur l'avenir des Français pour les 18 mois à venir ? Ça, il faudra le demander aux députés, notamment celui qui me...
Oui, mais justement, est-ce que vous, vous seriez prêt encore à travailler avec les publicains ? Ou après ce qu'a fait Bruno Retailleau dimanche, vous dites nous...
Non, mais moi, j'ai regretté les prises de position de Bruno Retailleau qui a, à mon sens, créé aussi le départ de Sébastien Lecornu. J'ai regretté des positions vis-à-vis, notamment, des législatives partielles dans le Tarn-et-Garonne ou quelques sorties de Sophie Prima. J'ai regretté les positions des RR.
Bruno Retailleau qui, dans le Tarn-et-Garonne, dimanche, appelle à faire barrage à la gauche. Voilà, à faire barrage à la candidate socialiste, je précise,
à la candidate socialiste face au RN. Bon, honnêtement, je trouve que ce n'était pas à la hauteur, mais ça ne m'empêche pas de dire qu'il va falloir de toute façon travailler avec les LR. Moi, je n'ai pas de problème à travailler avec la droite comme je n'ai pas de problème à travailler avec la gauche, en tout cas, celle de gouvernement, c'est-à-dire les socialistes. Donc, moi, je pense qu'on a intérêt aujourd'hui, dans la situation que nous sommes, de travailler tous ensemble et de trouver un intérêt commun. C'est celui des Français.
Il y a une autre question qui se pose dans le débat. Est-ce que la solution passe par un départ d'Emmanuel Macron ?
C'est ce qu'appelle de ses voeux la France insoumise, qu'il a rappelé hier par la voix de Mathilde Panot, la présidente du groupe à l'Assemblée nationale. On l'écoute. La situation peut se débloquer par un fait et un seul fait, le départ d'Emmanuel Macron. Ceux qui proposent encore une cohabitation sont ceux qui proposent de sauver Macron et qui font perdre du temps au pays. Nous n'avons plus le temps et donc nous voulons une élection présidentielle anticipée qui permette au peuple français de trancher entre les grandes options politiques du pays.
Est-ce qu'aujourd'hui, le problème, c'est Emmanuel Macron ?
Est-ce que vous avez entendu une seule fois Mathilde Panot parler des Français ? De parler de l'intérêt des Français ? De parler du quotidien des Français ? Non, leur obsession, c'est l'élection présidentielle de faire chuter le président de la République qui a été démocratiquement élu. On peut ne pas apprécier la politique d'Emmanuel Macron. On est dans une démocratie, on a une liberté d'expression, je n'ai pas de problème avec ça.
Mais demander de créer un précédent qui ferait que le président de la République, dès qu'on n'est pas content de lui, on le démet de ses fonctions, dans ces cas-là, on peut le faire aussi avec les maires, on peut le faire avec les députés, avec les sénateurs, et en fait, on est dans un chaos institutionnel. Donc, honnêtement, faisons-en...
Là, ça vient aussi de votre camp, les critiques vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Gabriel Attal, le patron de Renaissance, qui dit qu'il ne comprend plus ses décisions. Édouard Philippe, qui demande une présidentielle anticipée après le budget. Il est isolé aujourd'hui, le chef de l'État ?
Mais je pense qu'on est effectivement dans une situation très compliquée politiquement, où chacun essaye de chercher un peu ses marques. Je pense qu'il faut apaiser...
Chacun a cherché marche, ou chacun vise déjà 2020 ?
Oui, mais justement, je pense que... Et d'ailleurs, Sébastien Lecornu a complètement raison. Je pense qu'il faut maintenant arrêter avec les ambitions présidentielles. Le débat présidentiel, il est légitime, les ambitions sont légitimes. Maintenant, on doit se mettre d'accord pour un budget, pour la France et pour les Français. C'est ça, la priorité. Et donc, quand il fait la proposition hier soir d'avoir un gouvernement en dehors des ambitions présidentielles et composé avec des gens qui n'ont pas d'ambition présidentielle, alors peut-être qu'elles viendront après, parce que quand on est au ministre, peut-être qu'on a envie après d'être président de la République.
Mais je pense que la priorité, encore une fois, c'est de travailler pour l'intérêt des Français et pas pour son propre intérêt.
Édouard Philippe, vous regrettez qu'il ait dit ça ?
Moi, j'aime beaucoup Édouard Philippe. J'aime beaucoup Édouard Philippe. Je suis rentré dans la majorité présidentielle quand il était Premier ministre. Donc, je n'ai pas de problème politique avec lui. Je ne suis pas sûr que c'était le bon moment, le bon timing pour demander la démission du président. En tout cas, demander une présidentielle anticipée. Il n'a pas demandé la démission, il a demandé une présidentielle anticipée.
Qu'il organise son départ.
Qu'il organise son départ. Honnêtement, je ne suis pas sûr que ce soit le bon timing pour ça.
On parle d'un sujet de préoccupation, c'est la question du budget. On y revient compte tenu de la certitude politique. On ratons un budget dans les temps ? C'est votre éclairage, Audrey. Audrey, on parle de la crise politique. Mais évidemment, ça ne doit pas nous faire oublier que le compte à rebours, il tourne pour doter la France d'un budget d'ici la fin de l'année.
Tout à fait, Oriane. Et ça doit être fait avant la fin de l'année. Hier, invité au journal de 20h de France 2, le premier ministre démissionnaire était en tout cas optimiste. On l'écoute. J'ai dit à chacune des forces politiques que je voyais deux urgences. Trois, un budget pour l'État, un budget pour la Sécurité sociale. Et tout le monde dit qu'on ne pouvait pas prendre le risque d'avoir, enfin toutes celles qui sont venues me voir, pour être précis, donc Aurélefi et Rassemblement National, pardonnez-moi, tout le monde dit qu'il ne fallait pas prendre le risque de ne pas avoir de budget au 31 décembre.
Donc voilà, il y a un consensus, mais dans les faits, on est déjà en retard, Oriane, car le projet de loi doit normalement être déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale le 1er mardi du mois d'octobre. Si vous reprenez vos calendriers, c'était il y a deux jours. Exactement. Dans la pratique, on peut quand même pousser un peu à aller jusqu'au 13 octobre, mais pas plus, parce qu'après, il faut que les parlementaires aient 70 jours minimum pour pouvoir débattre du texte. Alors, il existe un projet de budget, on ne parle pas d'une feuille blanche, il a été rédigé par Sébastien Lecornu, et il est prêt à être déposé si besoin sur le bureau de l'Assemblée nationale.
J'ai veillé, il ne sera pas parfait par définition, j'avais été nommé il n'y a pas très longtemps, c'est le seul moment d'indulgence que je demande aussi. Donc, ce n'est pas un budget qui sera parfait, c'est un budget dans lequel même il y a beaucoup à débattre, parce que c'est un budget qui avait été plutôt imaginé aussi pour que le débat ait lieu, une copie à 4,7% du déficit, avec des mesures d'économie qui sont courageuses, d'autres qui peuvent avoir un impact social à débattre, et moi-même d'ailleurs j'avais mis cette question sur la table, mais ça veut dire aussi qu'il faut que les débats démarrent.
Le problème, c'est qu'il ne nous aura pas échappé que Sébastien Lecornu et son gouvernement sont démissionnaires pour pouvoir déposer ce fameux budget. Il faut donc nommer un Premier ministre et un gouvernement avant lundi soir dernier, des carats pour que ce soit sur le bureau de l'Assemblée nationale. On n'est pas loin de la mission impossible. Et que sera-t-il si on n'arrive pas ? Eh bien, il faudra en passer par une loi spéciale, vous l'avez évoquée, c'est ce qui a été fait l'an dernier, souvenez-vous, quand Michel Barnier a été renversé, et cette loi spéciale, elle aura forcément des conséquences financières pour les Français.
On commence par les impôts, chaque année, les tranches d'impôts, elles évoluent pour suivre l'inflation. Sans budget, l'inflation n'est plus prise en compte, ça veut dire, voilà, normalement ça suit l'inflation, ça veut dire que si l'inflation n'est plus prise en compte, une personne qui aura obtenu une petite augmentation en fin d'année, par exemple, peut carrément changer de tranche d'impôts et donc payer beaucoup plus d'impôts si on ne revoit pas ces bougies-là.
Il y a aussi des conséquences sur les retraites et les minimas sociaux comme le RSA, là c'est positif, ils seront forcément revalorisés, eux, sur l'inflation, 1% environ pour une retraite, on parle en général de quelques dizaines d'euros bruts par mois, mais il faut aussi élargir un peu le prisme, une absence de budget, c'est de l'incertitude pour les marchés, ça n'encourage pas non plus les entreprises à investir ou à embaucher. Alors, vous, est-ce que vous y croyez, à ce qu'il y ait un projet de budget déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale lundi ? Lundi, c'est dans quelques jours.
Oui, et en même temps, vous avez entendu que Sébastien Lecornu a annoncé que le président de la République allait nommer un Premier ministre dans les 48 heures, donc ça veut dire 48 heures, vendredi soir, donc il suffit d'avoir un Premier ministre et non pas un gouvernement complet pour déposer le projet de loi, et donc, oui, je pense qu'on peut encore y arriver, mais encore faut-il que nous ayons un accord de principe.
Parce que si c'est un Premier ministre de gauche, est-ce qu'il va vouloir déposer ce budget-là ?
Alors, de toute façon, il faudra que le Premier ministre qui soit nommé soit responsable. On a 70 jours dans la Constitution pour examiner ce budget. Si on a 70 jours, c'est encore une fois le Parlement qui décide, c'est le Parlement qui amende. Donc, rien n'empêche à la fois, d'ailleurs, le gouvernement d'amender son propre budget en séance et les parlementaires d'amender également ce budget. Donc, on va avoir ce débat parlementaire. Encore une fois, c'est notre première responsabilité en tant que parlementaire de faire ce budget, de débattre. Donc, on aura 70 jours pour pouvoir étudier ce budget à la fois de la Sécurité sociale et le budget de l'État.
Donc, je pense qu'on est encore dans les temps. On est très court dans les temps, mais on est encore dans les temps. Mais oui, il faut maintenant aller vite.
Donc, c'est ça l'alternative à la loi spéciale. On dépose cette copie un peu brute et ensuite, on se met au travail.
Oui, encore une fois, la copie du gouvernement n'est pas la copie finale. Heureusement, parce que sinon, on ne servira à rien. en tant que parlementaire. Donc, on aura ces 70 jours de débats et d'amendements et de propositions à la fois de la Chambre haute et de la Chambre basse.
Est-ce que ce budget, il doit contenir une taxation des plus riches ? Est-ce que ça, ça fait partie des points sur lesquels Emmanuel Macron…
Mais ça a déjà été dit. Enfin, Sébastien Lecornu, d'ailleurs, avait ouvert la porte à cette taxation pour les plus hauts revenus dans une question de justice fiscale. C'est-à-dire que je pense qu'il avait dit, d'ailleurs, on peut augmenter les impôts pour certains, diminuer les impôts pour d'autres. Et c'est ça, la justice fiscale.
Donc, ça, c'est acté ?
En tout cas, je pense, moi, en tout cas, je le souhaite. Je pense qu'on peut avoir plus de justice fiscale en faisant en sorte que les plus hauts revenus ne payent pas moins proportionnellement que les classes moyennes.
Est-ce que le prochain Premier ministre, Sébastien Lecornu, devra s'engager à ne pas utiliser le 49-3 pendant les débats budgétaires, selon vous ?
En tout cas, ça a été évoqué par Sébastien Lecornu. Je crois que la gauche a une volonté aussi de ne pas utiliser le 49-3. Qui dit 49-3 dit, on ne peut pas faire n'importe quoi, puisqu'il y a quand même une obligation qui est la nôtre en tant que parlementaire de ne pas aggraver le déficit de l'État et donc aggraver les charges. Et donc, on devra faire attention aussi à ce qu'on fait. Mais je pense que la Constitution de la Ve République est faite pour justement avoir des garde-fous et ne pas faire n'importe quoi.
– Alors Sébastien Lecornu, qui on l'a entendu, a fixé deux priorités, avoir des budgets et également travailler sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Et justement, on va aller à Nouméa, on retrouve Nicolas Vignol. Bonjour Nicolas, merci beaucoup d'être avec nous, journaliste à la Voix du Caillou. En quoi le dossier néo-calédonien est-il central dans les pourparlers actuels ?
– C'est sans doute la question que se posent vos téléspectateurs. Pourquoi la Nouvelle-Calédonie a-t-elle été érigée en priorité au même titre que le budget de la France par Sébastien Lecornu ? Pour trois raisons. La première, c'est que même si on ne sait pas où c'est, même si on ne s'y intéresse pas, la Nouvelle-Calédonie est un enjeu stratégique pour la France et pour l'Europe. La seconde raison, c'est qu'il y a un peu plus d'un an, la Nouvelle-Calédonie a été le théâtre d'une inséduction violente qui visait à arracher l'indépendance par la force et non par les urnes. Le risque de reprise est pour l'instant écarté, il n'est pas éteint pour autant.
Et puis la troisième raison, c'est parce qu'il y a un accord, on l'appelle l'accord de Bougival, qui a été signé par tous les partis politiques calédoniens, et je dis bien tous les partis politiques calédoniens, parce que le FLNKS, sous la pression des militants, dont Sébastien Lecornu a récemment parlé dans une de ses déclarations, sous la pression de ses militants, a retiré sa signature. Et maintenant, il faut mettre en œuvre cet accord de Bougival, une mise en œuvre qui est contrariée, qui est bloquée, qui est paralysée par la situation politique nationale. Et le temps joue contre Bougival.
Alors c'est le Sénat, et votre invité le sait bien, qui a impulsé un mouvement en proposant un projet de loi organique pour reporter les élections provinciales à mai 2026. Et Gérard Larcher, que vous receviez récemment sur votre plateau, indiquait que le Sénat examinerait ce projet de loi sans retard, une fois qu'il y aurait évidemment un Premier ministre et un gouvernement installé. Et puis il faudra ensuite adopter une loi organique spéciale, puis réunir le Congrès à Versailles pour modifier la Constitution. Alors, ma question à votre invité, M. le Sénateur, est la suivante.
Pensez-vous que nous arriverons, c'est-à-dire à être d'une part dans les délais et d'autre part de trouver les majorités nécessaires pour que l'accord de Bougival se mette en œuvre jusqu'à sa ratification par les Calédoniens par référendum en février 2026 ?
Alors, effectivement, on avait ce projet de loi, enfin cette proposition de loi qui était proposée normalement pendant la session extraordinaire du mois de septembre. La chute du gouvernement Bérou a fait que la session extraordinaire n'a pas pu se tenir et l'absence de Premier ministre, en tout cas de stabilité gouvernementale, fait que nous n'avons pas pu encore commencer l'examen de ce texte.
Un texte qui est effectivement, vous l'avez rappelé, très important, c'est la création d'un État de Nouvelle-Calédonie avec une nationalité calédonienne et donc c'est aussi un changement de notre Constitution parce qu'on va inscrire dans la Constitution la création de cet État rattaché à la France et donc c'est un changement de Constitution qu'il va falloir acter, vous l'avez dit, en congrès à Versailles entre les deux chambres. Donc oui, on est un peu en retard par rapport au planning qui était prévu, ce n'est pas complètement catastrophique, c'est-à-dire qu'on a encore le temps de le faire pour permettre effectivement cette consultation des Calédoniens à partir de février 2026.
Je suis optimiste parce qu'il y a une volonté du président Larcher de tenir les délais, mais il ne faut pas tarder parce qu'il y a entre l'examen du budget de la Sécurité sociale, le budget de l'État, la Nouvelle-Calédonie et je rappelle quand même aussi une loi importante, le projet de loi sur la fin de vie qui était prévu à partir de sept semaines normalement au Sénat. Tout ça, on risque d'avoir un embouteillage législatif au Sénat.
Juste après, la fin de vie, ça a été basculé dans la deuxième quinzaine d'octobre du 20 au 27-28. Est-ce que vous pensez que ce calendrier sera toujours tenu ?
Honnêtement, on n'a pas eu encore la conférence des présidents pour déterminer le planning parce qu'on a aussi un problème.
Mais pour vous, ça doit être une priorité ? Ça doit rester dans ce calendrier-là ?
Moi, je pense que ça doit être une priorité. La Nouvelle-Calédonie en priorité. Ensuite, la loi sur la fin de vie et bien sûr, en parallèle, le budget.
Et la loi sur le statut de l'élu ?
Oui, mais ça, ça peut... Le statut de l'élu, c'est important qu'on le fasse avant les élections municipales de mars 2026. Donc oui, il faut que ça arrive également à côté. Mais tout ça, le statut de l'élu, ça peut aller très vite dans l'hémicycle. C'est-à-dire qu'en deux jours, honnêtement, on peut voter cette proposition de loi parce qu'il y a quand même un consensus sur ce statut de l'élu.
Merci Nicolas Vignol. Merci beaucoup d'avoir été avec nous depuis la Nouvelle-Calédonie. On regarde la une de votre journal La Voix du Caillou. Le dossier calédonien reste en haut de la pile. C'est donc à la une de votre journal. Merci beaucoup Nicolas Vignol d'avoir été notre invité. Merci Xavier Iacovelli pour cette demi-heure. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Xavier Iacovelli