L'invitée d'Apolline Matin : Alma Dufour - 18/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. La politique et cette interdiction de ce concert militant d'LFI lors de la fête de la musique de dimanche soir. Est-ce que la fête de la musique, c'est la fête de la musique ou c'est une fête politique, Alma Dufour ? Vous êtes députée LFI de Seine-Maritime. Pourquoi ce ne serait pas juste la fête de la musique dimanche ?
C'est la fête de la musique parce que c'est surtout un concert qu'on organise. Déjà, ce qui est très affligeant, c'est le niveau d'amateurisme de la préfecture de Paris puisqu'on a lu l'arrêté d'interdiction qui est motivé par la présence de gens qui ne performent pas à ce concert. Très concrètement, ils visent des artistes qui ne sont pas dans la programmation.
Mais qui seront présents, qui devraient être présents ? Non, ils évoquent par exemple Médine ?
Non, en fait, il y a une marche antiraciste plus tôt dans la journée à 14h à Barbès à laquelle se joignent beaucoup de personnalités. Qui est autorisée d'ailleurs. Qui est autorisée. J'invite tout le monde qui est concerné par la montée du racisme et des agressions racistes en France à se joindre à nous. C'est à l'appel de Bali Bagayoko, du coup, notre nouveau maire de Saint-Denis. Non, il y a effectivement des personnalités qui se rendront à cette marche. Donc, je crois Médine, Assa Traoré, qui sont citées dans l'interdiction de la préfecture. Mais ce n'est pas du tout les artistes qui vont performer le soir même Place de la République. Donc, on est consterné. On est consterné.
On y voit une commande politique parce que nous, on est en plus en discussion avec la préfecture, évidemment, depuis au moins deux mois. On ne fait pas un concert Place de la République à Paris avec tout ce que ça implique en termes de sécurité, d'investissement, etc. sans avoir eu l'autorisation préalable des services de l'État. C'était le cas. Vous les aviez prévenus. Aviez-vous eu pour autant l'autorisation ?
Les services de l'État disent, oui, oui, on était prévenus, on a reçu des lettres.
Mais évidemment. Sinon, on ne peut pas faire ça. On ne peut pas engager de telles dépenses. Et c'est ça que je veux dire. C'est-à-dire qu'on offre un spectacle, on offre un concert gratuit d'artistes quand même de haut niveau, d'artistes qui se produisent dans tous les festivals de France, à la jeunesse notamment parce qu'on a fait une programmation ciblée aussi sur les jeunes.
Après, pardon, je vous arrête tout de suite parce que vous dites, vous avez commencé par dire, c'est surtout un concert. Oui, mais ce n'est pas que un concert. C'est un concert. Non, vous avez dit la phrase, c'est surtout un concert. C'est un concert qui véhicule des valeurs antiracistes. Telle qu'elle était annoncée, c'était prise de concert et prise de parole militante.
Il devait y avoir trois prises de parole. Il doit y avoir trois prises de parole.
Mais est-ce que vous seriez prêt à lui annoncer à ça en disant, faites de la musique, ok, on fait un concert ?
En fait, en même temps, il n'y a aucun article de la Constitution ni aucune loi qui interdit à des gens militants de s'exprimer dans la rue dans le cadre de la fête de la musique. La fête de la musique, justement, le principe, c'est vraiment que c'est ouvert à tous, que c'est gratuit et que tout le monde peut l'organiser. Dans ce cas-là, pourquoi la préfecture de Paris n'interdit pas un concert qui se tient à place du Trocadéro, si mes informations sont bonnes, qui est un concert organisé par des soutiens de la politique du gouvernement de Netanyahou ? C'est assez choquant. C'est un concert qui est destiné à... Le soir de la fête de la musique ?
Oui, à redorer l'image d'Israël en plein génocide. Si on va commencer à discuter de qui a le droit de faire un concert ou pas, je peux vous dire qu'il y a quand même pas mal de choses. Vous demandez l'interdiction de ce concert ? Je n'ai jamais entendu parler de ce concert, donc je ne sais absolument pas de quoi vous parlez. Mais moi, je vous le dis, vous pourrez vérifier. Non, je ne demande pas l'interdiction, parce qu'en fait, on n'en est pas là. C'est un concert de soutien à Netanyahou ? Oui, c'est un concert de soutien à Israël. Ce n'est pas marqué soutien au gouvernement israélien actuel, évidemment. Oui, mais alors ça veut dire que vous estimez effectivement
que le soir de la fête de la musique n'est pas un soir qui doit être politique. Donc en fait, montre l'exemple.
Mais non, est-ce que j'ai demandé l'interdiction ? Je n'ai pas du tout demandé l'interdiction. Nous, on veut que notre concert ait lieu. On veut que notre concert ait lieu. Je pense qu'il est attendu par beaucoup de jeunes. C'est un concert gratuit. Regardez, on en est aujourd'hui. La gauche, notamment la France, c'est la fête de la musique. Oui, mais ce que je veux dire, c'est que les artistes qui performent n'auraient pas performé gratuitement si on n'avait pas payé les déplacements, si on n'avait pas fait des frais pour organiser un système son. Je veux dire, nous, on en est pour plusieurs dizaines de milliers d'euros de notre poche. Tout ça pour faire plaisir aux gens.
Enfin, c'est quand même un peu fort de gare.
Emmanuel, vous nous appelez de Bordeaux, en Giron. Vous avez 47 ans. Vous êtes assistant juridique. On fait ça pour faire plaisir aux gens. Voilà ce que nous dit Alma Dufour. Et aux jeunes, notamment. Et aux jeunes. Est-ce que vous dites merci ?
Moi, je ne dis pas merci du tout. C'est très instructif ce que cette dame nous apprend. On a l'habitude des coups d'éclat de LFI, de M. Bakayoko, là, récemment. La récupération foireuse, pardon pour le vocabulaire, aussi récemment, du maillot de l'équipe de France. Mais moi, au-delà de ça, il y a une question que je me pose, qui est toute simple, par rapport à LFI, qui ressemble plus à une nébuleuse qu'à un parti politique. C'est qui le finance et comment ?
Vous savez quoi ? Je pose la question tout de suite à Alma Dufour. Qui finançait ce concert ?
Les adhérents. On a un parti politique avec des financements. C'est tout simplement ça. Et vous savez, monsieur, la loi de financement des partis politiques, heureusement, en France, est bien plus stricte et bien plus encadrée qu'aux Etats-Unis, par exemple. Ça n'empêche pas, des fois, qu'il y ait des affaires, comme l'affaire Big Malion, par exemple, qui visait la droite, ou certaines affaires concernant l'affaire Alstom, concernant M. Macron et sa campagne de 2017. Mais nous, si vous regardez, on n'a jamais eu de problème d'ingérence étrangère, de financement douteux.
Je vous rassure, il n'y a aucune multinationale du CAC 40 qui a vraiment envie, malheureusement pour nous, qu'on arrive au pouvoir parce qu'on est là pour la justice sociale. Donc, ne vous inquiétez pas, c'est vraiment les cotisations de nos adhérents qui sont très contents, justement, d'offrir un concert à la jeunesse d'île de France.
Réponse d'Alma Dufour. Et Emmanuel, je crois que vous évoquiez aussi, vous parliez des éventuelles questions de Bali Bagayoko. Une question pour vous, Alma Dufour. Il a déclaré hier dans la presse que siffler la Marseillaise, je cite, siffler la Marseillaise, quand la France se déshonore par ses actes à l'international, c'est un droit à la réplique populaire. Et il précise parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici, dans les grands stades, sont citoyens d'ici, mais aussi de là-bas. Ça veut dire quoi ?
Mais ça veut dire, on est déjà, il dit que c'est un droit et pas que c'est ce que nous, on aimerait faire, parce que je rappelle quand même que la France insoumise...
Vous ne le souhaitez pas, vous ne trouvez pas souhaitable de siffler la Marseillaise ?
Non, parce que je vous dis, par exemple, au meeting de Saint-Denis, il y a à peine dix jours, on a tous chanté la Marseillaise. Donc, on chante la Marseillaise à la fin de tous nos meetings, tous les meetings de la France insoumise. On brandit des drapeaux français, donc on a le mot France, d'ailleurs, dans notre parti. On est un parti extrêmement patriote de la France insoumise. Et de condamner le fait de siffler la Marseillaise ? Parce qu'à un moment donné, il faut savoir si on est Charlie ou si on n'est pas Charlie. Je veux dire, est-ce qu'on a le droit de critiquer, de blasphémer même ? Je ne vois pas le rapport.
Le rapport, c'est qu'en fait, c'est sacré la Marseillaise, parce que ça représente l'identité nationale. Est-ce que pour des raisons politiques, des raisons de critique de l'action d'un État, on peut estimer que des gens ont le droit de siffler la Marseillaise ? Moi, ce n'est pas mon cas, je n'ai jamais sifflé la Marseillaise. Et comme je dis, je la chante à tous les meetings. Et tous les membres de la France insoumise, y compris Baili Bagayoko, la chantent et l'ont chanté il y a dix jours. Mais c'est inquiétant. Imaginez-vous, dans un autre pays, on dirait, est-ce qu'on doit poursuivre pénalement ? Parce que c'est ça le débat qui a été même soulevé par l'Etat.
Non, non, mais là, la question n'était pas posée. C'était pas celle-là.
C'était la question de, est-ce qu'on condamne le fait de siffler la Marseillaise ?
Moi, je vous réponds que ce n'est pas ce que nous faisons. Nous ne sifflons jamais la Marseillaise, nous la chantons. Après, je pense que des gens ont le droit légitime de critiquer la politique de l'Etat français.
Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici, dans les grands stades, sont citoyens d'ici, mais aussi de là-bas. Pardon, je n'ai pas compris.
Eh bien, je pense qu'il évoque le cas des binationaux. Je pense qu'il évoque le cas des binationaux français. Donc, on peut comprendre du coup qu'ils sifflent la France ? Non, ce n'est pas ça, mais on peut comprendre aussi que, sur certains pays en tout cas, le gouvernement, et ces dernières années, je pense notamment à l'Algérie, a considérablement manqué d'égard au ressenti des personnes binationales, qui peuvent avoir un affect énorme.
Et vous ne trouvez pas que l'Algérie a manqué d'égard vis-à-vis de la France, là ?
Franchement, honnêtement, vous voulez que je vous refasse l'historique ? Je peux vous parler de Christophe Glez, vous voulez ? Non, mais l'historique de la relation franco-tunisienne depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron est quand même, honnêtement, un historique très compliqué pour la Macronie.
Mais vous trouvez qu'aujourd'hui, il est davantage souhaitable d'avoir le fonctionnement démocratique de l'Algérie que de la France ? Pas du tout, pourquoi vous dites ça ? Non, parce que vous dites la France...
Par exemple, les États-Unis, est-ce que vous trouvez souhaitable d'avoir le président Trump ? Et pourtant, je ne vais pas dire qu'il faut insulter le président Trump. Ça fait deux jours qu'on se pose tous la question de savoir s'il fallait l'inviter à Versailles. Je ne vais pas dire qu'il faut insulter le président Trump qui vient signer à Paris un accord. Je veux dire, les relations diplomatiques, c'est plus compliqué que juger avec un score Nutri-Score les régimes démocratiques des pays. Est-ce qu'on peut justifier ? Est-ce qu'on se pose les mêmes questions sur l'Arabie saoudite, sur le Qatar ?
Il y a énormément de pays qui ont des gros problèmes de droits humains, de respect des droits de l'homme, de régimes démocratiques. La question, c'est qu'en France, on a une très grande communauté binationale concernant les Algériens. Et que notamment, dans la personne de M. Retailleau, le ministre de l'Intérieur, ce pays a fait l'objet d'une surfocalisation et d'attaques constantes qui sont très maladroites, je vais m'arrêter là, par rapport au ressenti d'une partie des binationaux. Et donc, vous comprenez que ces gens-là, en tout cas, vous ne condamnez pas l'idée
que c'est pas la Marseillaise.
Je ne condamne pas, moi, encore une fois, je ne le fais pas. Et encore une fois, il y a beaucoup de binationaux dans nos meetings qui chantent la Marseillaise. Ils chantent aussi l'International Communiste, d'ailleurs, si ça vous intéresse.
Effectivement, il y aura les deux. Et puis, ça peut être une autre manière de faire la fête de la musique. Merci, en tout cas, Alma Dufour, d'être venue répondre à mes questions ce matin et à celle d'Emmanuel.
Alma Dufour