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interviewPublic Sénat· 6 octobre 2025 24 min

Yannick Jadot : « Les électeurs sont matures pour une clarification politique »

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Yannick Jadot, merci beaucoup d'être notre invité, vous êtes sénateur écologiste de Paris, ancien candidat à la présidentielle. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest France. Bonjour Stéphane.

0:12
Invité

Bonjour Yannick Jadot, bonjour. Bonjour.

0:14
Présentateur

On va parler de ce qui s'est passé évidemment ces dernières heures. Yannick Jadot, le gouvernement, le cornu, qui a donc été nommé hier soir, quelques heures après Bruno Retailleau qui menace de claquer la porte et les critiques venues de Gabriel Attal, d'Hervé Marseille, et le socle commun qui s'effrite. Juste comment vous vous qualifiez ce qui s'est passé ces dernières heures ?

0:33
Yannick Jadot

Écoutez, on hésite entre Walking Dead et on a perdu la 7ème compagnie, mais en fait c'est pas résible parce que c'est la France, parce que vous voyez bien la crise du logement, première préoccupation des Français, ce gouvernement et ses précédentes ne s'en occupent pas, notre pays est percuté par le dérèglement climatique, on a une explosion des inégalités, des usines qui ferment et un contexte international qui nécessite que la France soit crédible sur la scène européenne et sur la scène internationale, et là on a un spectacle qui est affligeant.

On a un nouveau Premier ministre parce que l'ancien Premier ministre François Bayrou s'était auto-dissou, là on va peut-être avoir une auto-censure des Républicains, franchement c'est absolument affligeant et je crains la poursuite de la défiance des Françaises et des Français vis-à-vis de leurs responsables politiques qui voient un spectacle, encore une fois, affligeant, pitoyable, avec une faillite à tous les étages.

On a quand même celui qui était aux manettes de Bercy et donc qui a ajouté mille milliards de dettes, qui revient visiblement par la petite porte, Bruno Le Maire, faillite scientifique avec Mme Genevard à l'agriculture, qui est celle qui a défendu la loi du plomb contre toute la science, contre tous les médecins, faillite morale avec le garde des Sceaux, le ministre de la Justice qui a préféré rencontrer Nicolas Sarkozy, convaincu quand même d'un pacte corruptif avec des gens qui ont tué 54 Français, des terroristes libyens, et qui préfèrent, plutôt que de défendre les magistrats, voir Nicolas Sarkozy. Donc si vous voulez, c'est une...

2:21
Présentateur

– Il a défendu contre les attaques, pardon ? – Qu'il a défendu contre les attaques.

2:24
Yannick Jadot

– Oui, mais enfin au bout de deux jours, le président de la République au bout de trois jours, dans un moment où l'État de droit est attaqué en général par toutes les extrêmes droites, l'État de droit c'est quelque chose d'absolument précieux dans nos démocraties, c'est après la Seconde Guerre mondiale, pour éviter la remise en cause des libertés fondamentales, l'effondrement de la démocratie, on a mis des décennies à construire l'État de droit.

Et là, vous voyez bien comment ça s'effrite, avec une ministre de la Culture qui attaque le service public de l'audiovisuel, et encore une fois, des ministres en responsabilité, un président de la République en responsabilité, qui ne garantit pas la protection de la justice.

3:05
Présentateur

– Donc pour votre gouvernement, c'est une triple faillite ?

3:07
Yannick Jadot

– Ah, c'est plus qu'une triple faillite, c'est là où on est en plus encore une fois au bord du chaos, avec encore une fois un groupe, un parti politique, l'ELR, qu'Emmanuel Macron, après la dissolution, est allé sortir du fond de sa cave, où ils n'avaient même pas fait campagne, souvenez-vous, la campagne législative des LR, c'était Ciotti, la clé du siège, c'était un spectacle déjà pitoyable, et en fait, ils ne sont comptables devant personne, vous voyez bien.

Ils ne sont pas comptables devant les Français, parce qu'ils ont perdu les élections législatives, ils ne sont pas comptables d'un président de la République qui les a pourtant mis au cœur du gouvernement, et ils ne sont pas comptables vis-à-vis, encore une fois, de la France, de sa situation, en organisant ce cafouillage, ce chaos affliction.

3:58
Invité

– Alors, cafouillage, chaos, comment est-ce que vous expliquez quand on soit arrivé là ? Pourquoi Sébastien Lecornu a consulté pendant quatre semaines pour reprendre le gouvernement Bayrou, ou presque ?

4:07
Yannick Jadot

– Écoutez, ce que je trouve très inquiétant, dans ce moment, c'est que finalement, ils essayent, malgré les échecs successifs, de prolonger la même politique, avec les mêmes personnes, vous vous rendez compte ? Le premier discours du nouveau Premier ministre, c'est rupture. Il remet exactement les mêmes, et il va rechercher ceux qui avaient échoué. On est quand même dans la récompense de l'échec dans ce gouvernement. – On prend les mêmes, donc forcément on va commencer la même chose. – Tout ça pourquoi ?

– Parce que finalement, le président de la République, et cette majorité, en tout cas ce n'est pas une majorité, puisqu'elle est toute relative, refuse de mettre un peu de justice fiscale dans notre pays, simplement de taxer un peu plus les milliardaires, refuse de s'attaquer à l'explosion des inégalités, plus 650 000 personnes sous le seuil de pauvreté l'année dernière, plus 650 000, on atteint 12 millions, et qui refuse, encore une fois, de prendre la science pour ce qu'elle dit sur le dérèglement climatique, ce qu'elle dit sur l'impact des pesticides sur notre santé, pour améliorer notre santé et faire que notre pays soit plus résilient vis-à-vis du dérèglement climatique.

C'est ce refus-là que nous payons.

5:29
Présentateur

– Juste sur le gouvernement, vous dites on prend les mêmes et on recommence, mais est-ce qu'il y avait d'autres candidats ? Est-ce que vous, vous avez été sollicité pour entrer au gouvernement ? – Non. – Aucun appel de Sébastien ?

5:36
Yannick Jadot

– Non, non, non, aucun appel, mais franchement, moi je l'ai dit depuis le début, je pense porter une logique qui me semble être une logique de responsabilité, je l'avais déjà dit quand le gouvernement Barnier était tombé, faisons une entente républicaine entre la gauche et les écologistes qui veulent gouverner et le bloc central, franchement, autour des déserts médicaux, est-ce que vous faites une réunion de famille, une réunion d'amis où il n'y a pas évoqué le sujet des médecins, des spécialistes qu'on n'arrive pas à consulter ?

Je l'ai dit autour du logement, depuis le Covid on a perdu 100 000 emplois, au moins 100 000 emplois dans le bâtiment, dans le logement, alors c'est la première préoccupation, y compris du point de vue budgétaire, vous mettez un euro dans le logement, le bâtiment, en recette fiscale, ça vous donne deux ou trois, donc sur ces choses-là, on doit pouvoir trouver des majorités au service des Françaises et des Français pour réparer le pays, pour s'occuper des Françaises et des Français, mais ce gouvernement le refuse. Et c'est le Président de la République qui le refuse.

6:48
Invité

– C'est le Président de la République, c'est le Premier ministre qui le refuse, parce qu'en fait au cours des quatre semaines de négociations qui ont eu lieu, il y a eu quand même cette volonté ou cette recherche d'ouverture, elle n'a pas existé ? Il y avait des gens au sein même du bloc central, donc par exemple Gabriel Attal, qui préconisaient une ouverture vers la gauche. Est-ce que Sébastien Lecornu a vraiment recherché cette ouverture ?

7:09
Yannick Jadot

– Je ne fais pas de psychanalyse ou de psychologie sur qu'est-ce qu'il a vraiment voulu faire. – En tout cas, on n'y est pas… – Il est arrivé, si vous voulez, l'idée dès départ d'avoir ce qu'on appelle un préfigurateur, c'est-à-dire qu'en fait, un Premier ministre qui ne nomme pas immédiatement un gouvernement, mais essaye de voir quelles sont les majorités qui sont possibles à l'Assemblée. Donc cette idée-là, pourquoi pas ? Évidemment, le Président de la République, en nommant l'un de ses plus proches, donnait, envoyait un très mauvais signal. Mais OK, laissons-lui sa chance.

Mais vous voyez bien que, encore une fois, sur la fiscalité, ce qu'il propose, c'est 10% de ce qu'on toucherait avec la taxe Zuckman. Vous voyez bien que sur l'agriculture, le climat, ils ne veulent rien faire. Ils continuent à déstabiliser les artisans, toutes les filières. Vous voyez bien que sur la question sociale, on est plus proche de dérembourser un certain nombre de soins, y compris sur les affections de longue durée, sur des choses quand même extrêmement sensibles, que de soutenir la santé dans notre pays.

Donc on est dans un moment politique où, malheureusement, on a l'impression, y compris de ce qu'on a vu la semaine dernière, ils sont plus proches d'un accord bancal, ô combien bancal, avec le RN, qu'avec celles et ceux qui tiennent à la République, qui tiennent à notre contrat social, qui tiennent à la Sécu dont nous fêtons les quatre ans avant.

8:34
Présentateur

– Donc oui, ils cherchent un accord avec le RN, c'est pas sûr.

8:36
Yannick Jadot

– Écoutez, ce qui s'est passé à l'Assemblée, où les uns et les autres, le Bloc central, le socle commun et le RN se sont répartis les postes au détriment de la gauche et des écologistes, franchement, c'est une telle gifle à celles et ceux qui se sont déplacés en juillet 2024 pour que le RN ne dirige pas ce pays. Donc il y a quelque chose de malsain, j'allais dire, dans ce qui se passe aujourd'hui. – Le RN qui a deux vice-présidences. – Et du coup, le socle commun a récupéré toutes les présidences de commission, alors qu'évidemment, encore une fois, ils n'ont pas de majorité.

Et donc on a une situation extrêmement malsaine et je crains, comme toujours, dont on le voit dans toutes les démocraties, quand la représentation politique, quand le gouvernement, quand le président de la République s'affranchisse à ce point, de la base du fonctionnement démocratique, c'est tous ceux qui n'ont plus grand-chose à faire avec la démocratie qui gagnent, et je pense à l'extrême droite.

9:45
Présentateur

– Mais pardon, mais est-ce que c'est uniquement la responsabilité de Sébastien Lecornu ? Est-ce qu'en renonçant au 49-3, il ne donnait pas justement l'occasion aux parlementaires de se mettre d'accord sur un texte ?

9:54
Yannick Jadot

– Mais vous avez bien vu que quand le Premier ministre fait cette annonce ?

10:00
Présentateur

– Vous l'avez salué, cette annonce ?

10:01
Yannick Jadot

– Oui, quand le Premier ministre fait cette annonce, la gauche et les écologistes qui sont prêts à prendre leur responsabilité dans une situation extrêmement compliquée du pays, extrêmement compliquée, extrêmement inconfortable, ont salué. On dit, peut-être allons-y. De toute façon, c'est ce que nous réclamons depuis le début. Moi, je suis un parlementariste. Donc évidemment, à chaque fois qu'on donne le pouvoir au Parlement, je suis content, même dans une situation extrêmement compliquée.

Mais ce signal-là, là pour le coup, il vient d'être éteint, j'allais dire, et par la nomination du gouvernement qui va complètement à l'opposé de la prétendue rupture, de l'irresponsabilité du mouvement politique, l'ELR, et encore une fois, de la faillite morale d'une partie des membres du gouvernement.

10:58
Invité

– Et pourquoi vous ne laisseriez pas le débat parlementaire décider du budget ou de possibles réformes s'ils sont possibles en faire d'ici 2027 ? – Honnêtement, on ne sait même pas s'il va y avoir

11:08
Yannick Jadot

une déclaration de politique générale demain. Vous vous rendez compte de la situation ? C'est-à-dire qu'on a un gouvernement qui est nommé, logiquement, les oppositions critiques, le gouvernement, parce que, voilà, parce que, y compris depuis le début, ça ne correspond pas aux résultats du scrutin de juillet 2024, mais là, c'est les premières critiques viennent de ceux qui sont au gouvernement, qui ont des postes absolument stratégiques dans ce gouvernement et qui, au fond, depuis la dissolution, c'est quand même l'ELR qui fixe la ligne politique du gouvernement.

Moi, je veux bien qu'on m'explique, il y a des représentants de la gauche, de la Macronie, on ne sait plus très bien ce que ça veut dire, mais enfin, il ne pèse rien. La réalité, c'est qu'il ne pèse rien dans ce gouvernement. Donc, on est, encore une fois, dans ce moment d'affaissement. Moi, je suis pour le débat, mais attention. Un, on va voir, encore une fois, quel est le discours de politique générale. Notre position, c'est d'attendre le discours de politique générale pour voir les orientations.

12:07
Présentateur

– Donc, il n'y a pas de censure automatique ?

12:09
Yannick Jadot

Écoutez, il n'y a pas de censure automatique chez nous. On va attendre, mais reconnaissons que tous les signaux envoyés par le Premier ministre, le Cornu, nous poussent, au fond, à se résoudre à ça. Et ce n'est pas une bonne nouvelle. Franchement, c'est une très mauvaise nouvelle. Et puis, encore une fois, je veux dire, il y a des choses sur lesquelles on pourra avancer d'ici la présidentielle. Évidemment, on ne va pas trancher la réforme des retraites dans le moment politique que nous vivons. On ne va pas trancher d'autres très grands sujets autour, je ne sais pas quoi, de la fiscalité, de l'énergie. On voit bien l'effondrement.

12:52
Présentateur

– Mais juste sur la réforme des retraites, ça veut dire qu'un bouger sur la réforme des retraites, pour vous, ce n'est pas une condition au nom de censure ? Ce n'est pas le moment ?

12:57
Yannick Jadot

– La logique, c'est la suspension. Ce n'est pas l'abrogation. – Mais ce n'est pas l'abrogation. – On aurait la majorité pour faire voter l'abrogation, en vrai, à l'Assemblée. – Mais avec le RL. – Avec le RL. Mais on voit bien que notre pays a besoin d'un grand débat politique. C'est aussi pour ça que je ne suis pas pour la destitution. Notre pays est terriblement frustré de ne pas avoir eu de campagne électorale en 2022.

– Comme c'est l'élection maire de notre République, les Françaises et les Français ont besoin que ce qui est leur préoccupation quotidienne, l'école, la santé, le logement, le travail, les déplacements, et puis les grands défis, celui du climat, celui de la place de la France dans l'Europe et dans le monde, que ce soit débattu. Et en 2022, ça n'a pas été possible, c'était le choix du président de la République. Là, on ne peut pas faire une campagne électorale en quelques semaines.

13:52
Présentateur

– Mais juste vous dites, je ne suis pas pour la destitution, il y a des écologistes qui ont voté la demande de destitution, et maintenant, le LFI, ils ont eu tort.

13:58
Yannick Jadot

– Non, ce n'est pas ma ligne. Moi, si vous voulez, y compris, je pense que dans le moment politique que nous vivons, une campagne en quatre semaines, pour moi, c'est donner un avantage supplémentaire au RN, parce que le RN est prêt à cette campagne présidentielle. Qui est prêt à cette campagne présidentielle ? Le RN et Mélenchon. OK ? Nous, cette partie, cet espace politique que je défends, qui est l'écologie ou la social-écologie, peu importe comment on l'appelle, mais qui est cet espace politique que je défends, cet espace n'est pas prêt.

Donc, en fait, on va se faire engloutir en quatre semaines de campagne en donnant une chance supplémentaire au RN de gagner, alors que nous ne sommes pas prêts. Et qu'on va se retrouver, nous, coincés, y compris avec un Jean-Luc Mélenchon dont on connaît la relation dégradée qu'il a à la démocratie aujourd'hui.

14:51
Invité

– Alors, avant la dissolution, avant la destitution ou les démissions du président de la République, il y a une possible dissolution de l'Assemblée nationale. Ça, par contre, les écologistes sont prêts à faire campagne ? – Écoutez… – Vous y êtes préparés ?

15:02
Yannick Jadot

– Oui, on s'y prépare. – Pour vous, c'est inévitable. – On ne peut pas avoir peur du vote des Françaises et des Français. Donc, évidemment, on s'y prépare dans un contexte qui va être encore différent de celui de juillet 2024, avec peut-être un affaissement du Front républicain, parce que je pense que les Françaises et les Français, au fond, même si ce n'est pas un vote à la proportionnelle, ils ont mis trois blocs à l'Assemblée, en leur disant « Débrouillez-vous, mais occupez-vous de nous ».

La responsabilité du président de la République est immense dans le chaos et l'instabilité permanente depuis, mais malheureusement, vous savez comment ça fonctionne avec les populistes, c'est-à-dire qu'en fait, ils nous mettent tous dans le même panier à un moment donné. Qu'on soit ou pas comptable de cette instabilité, toutes celles et tous ceux qui veulent gouverner avec sincérité et responsabilité sont reconnus, sont trouffables.

16:09
Présentateur

– Vous vous préparez aux législatives anticipées, mais sur quelle ligne ? Est-ce que c'est un accord NFP, comme c'était le cas où il y a un an, ou est-ce que c'est sans la France insoumise ?

16:17
Yannick Jadot

– Pour moi, c'est sans la France insoumise.

16:19
Présentateur

– Ce n'est pas vraiment la ligne de Marine Tondelier ?

16:20
Yannick Jadot

– Ça ne m'a pas totalement échappé.

16:23
Présentateur

– Elle fleure trop avec la France insoumise ?

16:25
Yannick Jadot

– Non, je ne vais pas, la question c'est, je, je… Si vous voulez, on défend la démocratie en ce moment, elle est menacée. En fait, on parle souvent de tripartition de la vie politique, effectivement sur les sujets de fiscalité, sur les sujets sociaux, sur les sujets environnementaux, on le voit, il y a une tripartition. En vrai, il y a aussi une forme de bipartition de la vie politique autour de l'État de droit et de la démocratie aujourd'hui. Et que, vous le voyez bien, sur l'Ukraine et la Russie, où M. Mélenchon considère que c'est quand même Volodymyr Zelensky qui est responsable de la guerre, où on nous explique que le parti communiste chinois est un parti démocrate.

Vous voyez bien la relation de Jean-Luc Mélenchon au syndicat, à la démocratie sociale, et je ne parle même pas de sa démocratie interne. Donc, en ayant une relation aussi dégradée à la démocratie, on a besoin d'une clarification politique. Et pour moi, l'antifascisme est un combat essentiel dans le monde d'aujourd'hui. Les fascistes reviennent. On a besoin du combat antifasciste. Mais ce n'est pas un projet. Ça ne marche pas comme projet. Vous voyez bien aux États-Unis, vous le voyez bien ailleurs. Il ne suffit pas de contester, critiquer, dénoncer l'arrivée possible de l'extrême droite pour convaincre les Françaises et les Français qu'on va enfin s'occuper d'eux.

Donc, pour ma part, les législatifs, s'il doit y avoir des solutions, devaient être un moment de clarification. Et non pas d'enterrer, de mettre sous le tapis, les divergences profondes qu'on peut aujourd'hui avoir avec Jean-Luc Mélenchon.

18:09
Présentateur

Et y compris pour la présidentielle où Marine Tondelier appelle à une primaire commune, vous dites que ce n'est pas possible. Non.

18:15
Yannick Jadot

Pourquoi ? Un, parce que ça ne va pas se passer. Un. Vous savez, moi j'ai fait quand même, j'ai travaillé sur la question présidentielle deux fois, en 2017. Après, je me suis rallié à Benoît Hamon et en 2022. Y compris, j'en ai parlé plusieurs fois avec Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon, il a toujours théorisé l'idée qu'il y avait deux gauches. Une gauche radicale et puis une gauche sociale, écologique, j'allais dire de gouvernement. Bon. Et donc, il ne la fera pas. Et d'ailleurs, reconnaissons qu'il n'en a pas pâti, le fait de rejeter l'union. D'accord ?

Évidemment, on n'imagine pas une primaire du NPA de Poutou à Hollande, en imaginant que si c'est Hollande qui gagne, Poutou va soutenir, ou si c'est Poutou qui gagne, Hollande va soutenir. Donc tout ça n'arrivera pas. Donc on répond, on prétend répondre à l'attente d'union des Françaises et des Français engagés à gauche ou pour l'écologie, qui évidemment veulent rassemblement. Mais on sait que ça n'arrivera pas. Donc on crée quelque chose qui va être déceptif. Parce que ça n'arrivera pas. Moi, je préfère qu'y comprise avec ce que j'ai dit de Jean-Luc Mélenchon, sa relation dégradait la démocratie qui est quand même au cœur des valeurs qu'on défend.

Je préfère qu'on dise non à Jean-Luc Mélenchon plutôt que d'attendre qu'il dise non à la primaire pour lui refiler le mystic gris de la division. Moi, je pense que les électrices et les électeurs de gauche et écologistes aujourd'hui sont suffisamment matures, sont suffisamment intelligents pour qu'on leur fasse confiance sur cette clarification politique.

19:56
Présentateur

– Et c'est la ligne que défend notamment Raphaël Luxman. Est-ce que vous seriez tenté de rejoindre Raphaël Luxman ?

20:00
Yannick Jadot

– Non, moi, je suis écologiste.

20:02
Présentateur

– Et vous resterez au sein des écologistes, malgré vos divergences avec Marine Tondelier ?

20:08
Yannick Jadot

– Oui, c'est un débat qu'on peut avoir quand même au sein de la famille écologiste au regard, encore une fois, de l'état du pays. Mais il est évident que moi, j'ai toujours mis, et c'est, je pense, l'honneur de la politique, de mettre ces idées en avant, de défendre ces convictions quand notre pays…

20:33
Présentateur

– Mais elle ne correspond pas aux convictions de Raphaël Luxman, vos convictions ?

20:36
Yannick Jadot

– Non, mais Raphaël Luxman, il fera partie de l'équation de 2027, c'est évident. Moi, je souhaite qu'il y ait un rassemblement…

20:43
Présentateur

– Vous êtes le candidat de la gauche sociale démocrate européenne ?

20:45
Yannick Jadot

– Moi, j'avais voulu, vous savez, avant l'élection de 2022, j'avais rassemblé toute la gauche, sauf Jean-Luc Mélenchon. Avant, en disant, travaillons ensemble un programme et essayons d'avoir une candidature commune. Bon, voilà, ça n'avait pas marché. Mais je reste sensible à cette question du rassemblement. Donc il va falloir qu'il y ait toute cette gauche, encore une fois, sociale, écologique, qui se rassemble, mais qui se rassemble dans la clarification, notamment vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon.

21:15
Présentateur

– Un dernier mot sur la mairie de Paris, Stéphane.

21:17
Invité

– Oui, j'imagine que vous avez toujours un œil sur les municipaux à Paris. – Mais je suis sénateur de Paris. – Est-ce que les nouvelles règles de scrutin Paris-Lyon-Marseille peuvent entraîner une bascule de la ville et vont changer la donne ?

21:30
Yannick Jadot

– Incontestablement, ça va pousser quand même à une personnalisation de l'élection municipale, puisque, comme vous le savez, je pense qu'une partie des téléspectatrices et des téléspectateurs ne savent pas qu'à Paris, on vote pour, au fond, la liste du maire d'arrondissement. – Voilà. – Et que sont désignés des conseillers de Paris qui élisent la maire ou le maire de Paris. Donc là, il va y avoir une forme de scrutin direct sur le conseil de Paris. Pas sur le maire, sur le conseil de Paris. Donc, ça va un peu personnaliser les choses.

Moi, vous savez que j'ai défendu une ligne qui était de rassemblement de la majorité municipale, parce que je pense que Mme Dati, qui, y compris son procès, arrivera après l'élection municipale. Ce qui n'empêchera, ça ne lui donnera aucune immunité. Donc, on peut potentiellement avoir une situation, encore une fois, totalement…

22:31
Présentateur

– Mais pardon, est-ce que cette personnalisation va permettre un accord entre socialistes et écologistes au premier tour ?

22:35
Yannick Jadot

– Écoutez, ça, je sais qu'ils se voient, je sais qu'ils en discutent. – Et que c'est compliqué. – Et voilà.

22:41
Invité

– Et vous, vous y travaillez personnellement ?

22:43
Yannick Jadot

– Non, moi, je n'y travaille pas personnellement. Je veux dire, j'ai fait une proposition, qui était une proposition, encore une fois, de rassemblement de la majorité municipale. Ma proposition a été rejetée par les écologistes. Mais je veux faire confiance aux écologistes, aux socialistes, aux communistes de la majorité municipale, pour trouver les moyens que cette ville reste à gauche avec un agenda écologique puissant.

23:08
Présentateur

– Merci beaucoup, Yannick Jadot. Merci d'avoir été notre invité ce matin. Stéphane, la Une de Ouest France, Gouvernement, la rupture, mais dans la continuité. C'est la Une de votre journal.

23:19
Yannick Jadot

– C'était un titre avant la réaction de Bossaillon ? – Bonne question.

23:23
Présentateur

Merci beaucoup.

23:24
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada