Yannick Jadot : "Il y a un refus d’obstacle de nos sociétés sur les questions écologiques"
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– Bonjour Yannick Jadot, merci beaucoup d'être…
– Bonjour, nous visions que vous n'allez pas féliciter M. Gréminier pour sa cravate.
– C'est une faute, c'est une faute. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, sénateur écologiste de Paris. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Fabrice Vesserudon du groupe Ebra, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice. – Bonjour Auriane, bonjour Yannick Jadot. – Bonjour. – On va évidemment parler d'écologie, de la loi Gréminier, de la loi Duplomb en quelques instants, mais d'abord Yannick Jadot, on a appris hier la disparition d'Olivier Marlex, l'ancien président du groupe LR à l'Assemblée. Il était toujours député, il a mis fin à ses jours, il avait 54 ans.
Alors c'était l'un de vos opposants politiques, mais qu'est-ce que vous retenez de lui ?
– Certainement pas que c'était un opposant politique. On retient qu'une personne dans des conditions dramatiques, a priori a mis fin à ses jours, et que c'est dramatique, qu'on ne peut apporter notre soutien, notre sympathie, nos condoléances à la famille, aux proches et à sa famille politique.
– Vous avez déjà débâché ?
– Je ne le connaissais pas beaucoup, non, je ne le connaissais pas beaucoup. Il a pesé, il a pesé chez les Républicains, avant évidemment à l'UMP et dans toute l'histoire de la droite française. Nous en parlions juste avant d'entrer en plateau. C'était aussi quelqu'un qui connaissait extrêmement bien les territoires et la carte électorale. Et ce sont toujours des personnes qui sont généralement très soucieuses justement de la question des territoires, de la question des légitimités locales et de l'ancrage de nos politiques au plus proche de nos concitoyens.
– On va parler d'écologie. D'abord une question, Fabrice Général, sur les deux lois qui arrivent et qui sont aujourd'hui au Parlement. – Eh bien oui, la loi Grémié, on vient de voir son instigateur, la loi Duplomb aussi par ailleurs. Que disent ces deux lois de la situation politique de notre pays, Yannick Jadot ?
– Elles disent qu'il y a un refus d'obstacle aujourd'hui de nos sociétés sur les questions écologiques. Pendant une dizaine d'années, incontestablement ça a progressé. Il y a eu une forme de prise de conscience collective, de responsabilité collective. Tout le monde allait s'y mettre. L'écologie avait gagné la bataille culturelle. L'écologie, pas l'écologie politique, mais l'écologie. Tout le monde savait qu'il fallait agir. Peut-être à un moment donné, c'est aussi devenu une norme sociale, une norme morale. Et qu'au moment d'agir, on a pu distinguer celles et ceux qui étaient convaincus et celles et ceux qui suivaient l'opinion. Et donc, on l'a vu sur les ZFE, on l'a vu sur le ZAN.
C'était des lois qui étaient portées, ce sont des lois nécessaires. C'est la protection de la santé contre la pollution de l'air. C'est maintenir nos terres agricoles. On voit à quel coin, dans les inondations, on a besoin de maintenir des terres qui ne sont pas artificialisées. Et finalement, ceux qui nous gouvernent, qui n'étaient pas convaincus, ont échoué à mettre en route ces lois. Ils ont échoué essentiellement, d'ailleurs, faute d'accompagnement social, d'accompagnement industriel.
C'est-à-dire qu'en fait, que ce soit sur les ZFE, je le vois avec mes collègues élus à la métropole de Lyon, comme à Strasbourg ou ailleurs, beaucoup de choses ont été faites pour accompagner la mise en place des ZFE, avec une vraie réduction de la pollution de l'air. C'est des aides pour changer de véhicule, c'est le développement des transports collectifs. Donc, beaucoup de choses ont été faites, mais le gouvernement lâche. La réalité, c'est qu'on a des gouvernements qui faillissent aujourd'hui sur ces politiques-là, ces dramatiques.
– Ce sont aussi des votes au Parlement, mais je citais la semaine dernière une étude de l'ADEME qui disait qu'il avait fait une enquête auprès des parlementaires en 2020, donc ça n'avait pas si longtemps. Et cette étude montrait qu'un élu de droite sur deux, 44%, un élu de droite sur deux, était climato-sceptique. Pas qu'il contestait le dérèglement climatique, le fait qu'il y ait un dérèglement climatique, mais il doute de l'origine humaine du dérèglement climatique.
Quand vous avez un parlementaire sur deux qui doute de l'origine humaine, et je n'ose pas imaginer ce que serait une enquête menée auprès des parlementaires de droite aujourd'hui sur les liens entre pesticides et santé, vous avez un débat qui s'effondre du point de vue de sa rationalité, de sa base scientifique. C'est ça le problème. Le problème de la loi Duplomb, c'est que c'est une loi évidemment de la FNSA, ça a été dit, c'est une loi qui sert une ultra minorité des agriculteurs qui vit très bien. Sur les méga-bassines, c'est quelques dizaines d'irrigants. Sur les fermes-usines, c'est moins de 3% des éleveurs.
Donc c'est une ultra minorité qui en profite, mais qui en profite aussi parce qu'il y a une forme d'affaissement dans notre pays, de la relation à la science, de la relation à la rationalité, ce qui fait qu'il se passe n'importe quoi. Et puis il y a un autre élément.
Par exemple, sur la loi Duplomb, sur le pesticide qui est réintroduit de manière temporaire, ce que vous entendez, les agriculteurs qui disent, mais ce pesticide, il est autorisé dans tous les pays de l'Union Européenne, pourquoi il ne serait pas autorisé chez nous ?
– Mais à partir du moment où la science, la communauté médicale, nous dit que ce néonicotinoïde est un tueur d'abeilles et de pollinisateurs, 84% des cultures végétales de l'Union Européenne dépendent des pollinisateurs. Donc ce n'est pas simplement protéger l'abeille parce qu'on trouve ça joli, parce qu'on aime le miel. C'est existentiel pour l'agriculture. Et que ces néonicotinoïdes et ces autres pesticides génèrent des maladies neurodégénératives comme Parkinson, des lymphomes, des cancers de la prostate, des cancers pédiatriques, des problèmes de développement neurologique des enfants. Et bien on fait tout ce qu'il faut pour changer, pas simplement la molécule, le modèle.
Parce que la façon de se planquer de l'agrochimie avec cette minorité d'agriculteurs, c'est de dire tant qu'il n'y a pas de solution, il n'y a pas d'interdiction. Mais la solution qu'ils veulent, c'est la molécule qui rendrait exactement le même service que la molécule dangereuse sans rien changer.
– Mais vous qui avez été longtemps députés européens, est-ce que ce n'est pas au niveau européen que ça doit se jouer ? Est-ce que là les agriculteurs qui disent qu'il y a une concurrence déloyale au sein de l'Union européenne, est-ce qu'il ne faut pas les entendre ?
– Ils sont de nouveau réévalués au niveau européen. Mais quand on sait que c'est dangereux, et bien le principe de précaution, quand on voit à quel point on a, regardez dans tous les pays du monde, notamment dans les pays d'agriculture intensive, une explosion d'un certain nombre de cancers, y compris aujourd'hui chez les jeunes, il y a un moment donné, on fait l'effort.
– Même s'il s'est autorisé de l'autre côté de la frontière ?
– Mais on se bat pour que ce soit interdit aussi de l'autre côté de la frontière. La France n'est pas le dernier pays à penser la santé, à penser le climat.
– L'échec est peut-être au niveau européen, pour bandir sur la question d'Oriane.
– Oui et non, parce qu'en matière d'agriculture, vous savez, depuis que la politique agricole commune existe, en réalité c'est la France qui décide de notre politique agricole. La France a toujours fait de l'agriculture son champ de bataille au niveau européen, et la France le fait avec la FNSA. D'ailleurs c'est la France et la FNSA qui ont cassé les quotas litiers, qui ont cassé le protocole sucrier qui protégeait les producteurs pour essayer de conquérir des marchés internationaux. Donc on a une agriculture qui perd 100 000 fermes toutes les décennies.
Un modèle qui isole, qui pousse au suicide un agriculteur presque tous les jours, ou tous les deux jours, qui rend les sols infertiles, secs. Et ce modèle-là, ils ne veulent pas le changer, c'est une aberration. Encore une fois, c'est un recul de la science, et c'est un recul d'un fondement autour de la santé, autour de paysannes et de paysans nombreux dans nos campagnes. Mais vous voyez bien la situation, vous disiez, qu'est-ce que ça dit Grumillet et Duplomb ? Un, ça dit que le gouvernement ne fait pas son boulot. Parce qu'en fait, on parle de lois qui sont uniquement issues du Parlement. Qu'est-ce que ça veut dire quand c'est issu du Parlement ?
Ce n'est pas le problème de l'initiative parlementaire. Ça veut dire qu'en fait, vous n'avez pas d'études d'impact. On n'étudie pas les conséquences d'une loi qui, sur la loi Grumillet, projette la France sur le reste du siècle en matière d'infrastructures énergétiques. Il n'y a pas d'études d'impact. C'est une aberration absolue. Mais ça dit aussi que la droite, qui il y a un an, était dans le noir au fond d'une cave, à qui Emmanuel Macron a donné le pouvoir, est ivre de son pouvoir. La droite dans notre pays est ivre de son pouvoir. Ils n'ont pas fait les élections. Vous vous souvenez, il y a un peu plus d'un an, vous aviez Ciotti qui était reclus au siège des Républicains.
Ils n'ont pas fait campagne, ils ont perdu ces élections. Donc en fait, ils n'ont de compte à rendre à personne, les LR, ni aux électeurs, puisqu'ils ont perdu les élections. Comme ils ne se sentent pas comptables de Macron, ils tapent sur Macron comme s'il n'appartenait pas au gouvernement, à la majorité, enfin en tout cas au socle commun. Et puis, ils sortent des lois, les unes après les autres, sans études d'impact.
– La loi Gréminier, elle a eu tort de sortir en l'absence de loi de programmation pluriel de l'énergie ? Il n'aurait pas fallu faire ça ?
– C'est parfaitement scandaleux de la part du gouvernement. Ça fait deux ans que le gouvernement aurait dû sortir une loi. D'ailleurs, au départ, Daniel Gréminier, il dit, il fait cette proposition de loi pour dire « Eh, le gouvernement, faites votre boulot ! » et puis finalement, le gouvernement ne fait pas son boulot et la loi Gréminier devient la base, mais sans, encore une fois, sans aucune étude d'impact. C'est-à-dire qu'en fait, on est en train de programmer, ils veulent programmer 14 EPR2, les réacteurs de nouvelle génération. Ces réacteurs, c'est une pile de papier un peu plus importante que celle de votre collègue. Mais ça n'est qu'un design aujourd'hui qui n'est même pas finalisé.
Selon la Cour des comptes, on est à 16 milliards d'euros l'EPR2 pour une électricité qui va être deux fois plus chère que ce qu'ont produit les énergies renouvelables. Dans l'état financier de notre pays, s'engager à construire des EPR dont on ne sait même pas à quoi ils vont ressembler totalement, avec une somme aussi astronomique pour des EPR qui ne feront rien, qui ne seront jamais installés avant 2040, et en attendant, on fait quoi ? Rien ! On combat les énergies renouvelables, on réduit les investissements sur l'isolation des logements, on réduit les investissements sur l'électromobilité.
Et donc les canicules, la souffrance des gens dans leur appartement, dans leur logement, l'absence d'alternatives aux voitures polluantes, tout ça, ça va rester en l'état. C'est une forme d'immobilisme absolu.
– Du coup, est-ce que vous demandez que le gouvernement publie le décret sur la programmation pluriannuelle de l'énergie avant la fin de la navette parlementaire ? – Mais bien sûr, d'ailleurs… – Donc quoi, avant la fin de l'été ?
– Mais à chaque fois qu'on écoute le gouvernement, il change d'avis. Il y a eu un débat, ce qu'on appelle un débat 50-1, peu importe, il y a eu un débat sur l'énergie, un peu formel, dans les deux assemblées. À ce moment-là, le ministre nous a dit, de toute façon, les décrets sortiront avant l'été. Il y a 15 jours, aux questions au gouvernement, le ministre a dit exactement l'inverse en disant, on attend la fin du travail parlementaire. Qu'est-ce que ça veut dire, cette attente ? Ça veut dire que vous avez des centaines d'entreprises dans notre pays des énergies renouvelables.
Vous avez 100 000 salariés des énergies renouvelables aujourd'hui, qui ne savent pas si demain, avant déposer le bilan, parce qu'il y a ce climato-scepticisme, de bas de front, de Retailleau et des autres. Aussi, comme le reste du monde, nous allons enfin nous emparer des énergies renouvelables. Dernier rapport de l'Agence internationale sur les énergies renouvelables, 93% des nouvelles capacités de production électrique installées en 2024. Donc, ce qu'on a mis en place pour produire de l'électricité dans le monde, 93% sont des énergies renouvelables. Ça crée des emplois partout. La Chine est en train de s'emparer de ça.
Et vous avez la droite française, avec le gouvernement, qui disent les énergies renouvelables, bof, bof, bof, bof, bof. Vous savez quels sont leurs alliés ? Trump, Poutine, Orban, Mélanie. C'est eux qui combattent les énergies renouvelables. Le reste du monde s'en en peint parce que c'est la compétitivité et la souveraineté énergétique de demain.
Mais est-ce que relancer le nucléaire, ce n'est pas aussi assurer notre souveraineté énergétique ? Pour quand ? Pour les années à venir.
Quels années à venir ?
Pour 2030, pour 2050, pour les années à venir.
On va construire des réacteurs nucléaires d'ici 2030 ? Non. Est-ce qu'on va construire des réacteurs nucléaires d'ici 2040 ? On peut aussi ne pas en fermer. Ah mais de toute façon, là...
Ce qui était prévu dans l'actuelle loi de programmation énergétique. Est-ce qu'il faut arrêter la fermeture de ces réacteurs ou est-ce qu'il faut arrêter de fermer des réacteurs ?
Soyons clairs. Aujourd'hui, on a 75-80% de notre électricité qui vient du parc nucléaire. On ne peut pas s'en passer. Il faut être clair. Aujourd'hui, il perd question de fermer demain des centrales nucléaires.
Mais il faut fermer des réacteurs.
Il faut sécuriser, investir dans les réacteurs d'aujourd'hui pour ne pas qu'ils tombent en panne parce qu'il y a un risque lourd de tomber en panne et pour que la sécurité et la sûreté des Français soient protégées. En revanche, ce qu'on sait, puisqu'il nous faut électrifier notre société pour ne pas dépendre à 60% des énergies fossiles, c'est ça, notre pays. C'est 65 milliards d'euros tous les ans de factures énergétiques à Poutine, à Trump et aux autres.
Mais juste pour qu'on soit bien clair, on arrête de fermer des réacteurs ?
Là, on ne les ferme pas. C'est sûr que dans les années qui viennent, on ne les ferme pas. En revanche, si on veut satisfaire notre demande d'électricité et si on ne veut pas dépendre de Poutine ou de Trump, il faut développer les énergies renouvelables et puis investir, ce que refuse de faire aujourd'hui le gouvernement, dans l'isolation des logements. La meilleure façon, évidemment, d'être souverain énergétiquement, c'est d'en consommer le moins possible et isoler les logements, c'est consommer moins d'énergie, mais c'est surtout faire en sorte qu'il ne soit pas des bouloirs l'été et des frigos l'hiver.
Mais quand dans leur tribune, Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy notamment disent que l'intermittence des énergies renouvelables fait courir un risque de blackout, ils n'ont pas raison ?
– Ça, c'est vraiment, pardon, c'est vraiment les arguments débiles qu'on entendait il y a 30 ans. Non mais c'est bien, Retailleau, Bellamy, ce sont les amis, vous savez, c'était les plus proches de François Fillon. François Fillon, en 2010, il fait un moratoire sur les photovoltaïques. 15 000 emplois détruits, 15 000 emplois détruits, il a fini où François Fillon ? Il a fini avec les pétrogasiques russes. Il a fini payé par les russes. Alors si c'est ça notre avenir énergétique, je leur laisse qu'ils fassent leur alliance avec le RN dans le climato-scepticisme et dans le combat, en fait dans le rejet d'une vraie souveraineté énergétique qui ne dépend pas de Poutine.
– On va parler des municipales, Fabrice. – Oui, avec la loi PLM qui est de retour au Sénat cette semaine, elle sera mise en oeuvre, cette loi ?
– Je crains que oui. J'ai l'impression que le Premier ministre est très déterminé. Il a une majorité à l'Assemblée. Et c'est vrai que du côté du Sénat, moi, j'ai pas de... Pour revenir au point de départ, j'ai pas de problème particulier, au contraire, sur le fait que le Conseil de Paris comme le Conseil de Lyon, ou le Conseil municipal de Marseille, soit élu directement. On a toujours eu chez les écologistes, à partir du moment où vous avez un étage de responsabilité au niveau des collectivités locales, où il y a d'importantes compétences, il est normal que les citoyens s'expriment directement. En revanche, là, reconnaissons que ça a été fait un peu à l'envers.
On sait pas quelles vont être les responsabilités des arrondissements ou des mairies de secteur, comme on dit, plutôt du côté de Marseille. Et donc, il y a une forme de précipitation autour de cette réforme qui va pas aider. – Pour vous, il y a un problème de calendrier, c'est trop court. – Oui, il y a un problème de... Non, mais à la fois, il y a un problème de calendrier, mais il y a surtout un problème de légitimité. – C'est-à-dire ? – Je l'ai dit, nos concitoyens et les élus locaux, vous savez, sont les derniers à avoir la confiance de nos concitoyens. Donc, il faut en tenir compte.
Vous avez aujourd'hui des mairies d'arrondissement, des mairies de secteur dont les compétences sont très peu claires dans la loi. À Paris, ils ont d'importantes compétences, mais au fond, qui sont plus de la... qui relèvent plus de la jurisprudence. Il y a très peu de compétences à Marseille sur les secteurs. C'est ça qu'il fallait renforcer. À partir du moment où l'élu de l'arrondissement du secteur est clair dans ses responsabilités, dans ses engagements, parce qu'il se fait élire sans savoir, en fait, vraiment quelles compétences valoriser. Il reconnaissait que c'est un peu débile.
Donc, il fallait renforcer ça, asseoir la légitimité et les compétences des mairies de secteur et d'arrondissement. Et là, aller, encore une fois, pour une élection directe du Conseil de Paris ou des autres de Lyon, de Marseille. Donc, c'est dans ce sens-là qu'il fallait faire.
– On va parler justement des municipales à Paris. Ça y est, la gauche a ses candidats. Il y a Emmanuel Grégoire pour le PS, David Béliard pour les écologistes, Yann Brossard pour les communistes. Il y a même un candidat place publique. Est-ce que pour vous, il faut l'union dès le premier tour ?
– L'union de la majorité municipale sortante. C'est toujours ce que j'ai défendu.
– Dès le premier tour ?
– Oui, je pense, parce qu'y compris si la loi BLM passe, ça va quand même renforcer la visibilité de l'élection directe à l'hôtel de ville. Et donc, on a Mme Dati qui va porter une droite unie. Alors bon, je sais bien, j'ai des collègues ici qui disent, mais si, je serai candidat, tout ça. Je pense que quand Mme Dati arrivera et qu'elle fera 30-35% dans les sondages qui feront 6-7 et que ça fait 25 ans qu'ils ont perdu Paris, je pense qu'à un moment donné, il y a une sorte de réalisme qui va s'imposer. Donc elle va être unie.
– Vous nous dites que c'est une bonne candidate de droite, dans votre année.
– Ah, c'est vraiment la droite d'aujourd'hui. C'est la droite d'aujourd'hui, c'est-à-dire que c'est populiste, ça raconte tout et n'importe quoi. « Je fais campagne, je vous vois vous dans la rue, et oui, on va agir sur les quartiers populaires, c'est très important, on va mettre le paquet, et puis je vous vois vous, et puis dire, vous savez, les pauvres, on va les sortir. Quelle honte de tous ces pauvres à Paris ! » Donc c'est quand même la droite qui veut remettre de la bagnole, c'est la droite qui, je l'ai dit, est globalement climato-sceptique aujourd'hui, c'est la droite qui, culturellement, est en train de nous abîmer profondément. C'est une droite de l'exclusion sociale.
Regardez la mairie du 7e arrondissement, c'est quasiment la mairie de Paris où il y a le moins de logements sociaux, où elle se bat contre les logements sociaux. Quand on connaît les difficultés à se loger à Paris, reconnaissez que c'est une candidate antisociale. Donc voilà, à nous de faire en sorte que Paris reste à gauche et poursuive sa transformation écologique.
– Comment vous désignez le candidat de l'Union ?
– Ah ben ça, un, il faut être clair, pour moi, je l'ai dit, ça ne peut pas être avec Mme Chikirou. Il n'y a pas de la France insoumise, c'est la patronne des insoumis à Paris. ses prises de position, son éthique personnelle, pour moi, sont totalement incompatibles avec nos valeurs. Et donc, il faut, cette majorité municipale
a plutôt bien travaillé. – Comment vous gagnez Paris sans la France insoumise ? Qui risque de gagner des arrondissements.
– Non, je ne crois pas. – Pour vous, la France insoumise ne gagnerait aucun arrondissement ? – La dernière fois, on a gagné sans les insoumis. Je pense qu'aujourd'hui, il y a un intérêt à être ensemble dès le premier tour, donc avec les socialistes, avec les communistes, et toutes celles et tous ceux, place publique, génération écologie, et toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette majorité municipale, pour à la fois poursuivre l'œuvre engagée, et puis redonner un nouveau souffle. Il faut que ce soit un nouveau cycle. – Mais alors, quel candidat ?
– Quand vous avez une fin de cycle… – Mais quel candidat ?
– Écoutez, ça, que je ne sais pas, est-ce qu'il faut une primaire ? Est-ce qu'il faut un autre processus à imaginer, à créer pour qu'il y ait une candidature commune ? Ça, c'est les prochains mois. On a encore un peu de temps pour trouver cette candidature. – Mais ce n'est pas forcément
David Béliard ? C'est-à-dire, ça pourrait être Emmanuel Grégoire, le candidat communiste ?
– C'est le résultat de ce processus. – Vous ne dites pas,
absolument que ce soit un écologiste.
– Moi, j'aurais souhaité que ce soit un écologiste, évidemment. Il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus. Mais encore une fois, parce que le risque, c'est quoi ? C'est d'avoir Rachida Dati à la fin du premier tour. Alors, c'est un scrutin par arrondissement, c'est quand même très particulier. Mais bon, Rachida Dati au premier tour à 30-35, et puis trois listes de gauche en dessous les 20 %, vous avez à un moment donné un problème de dynamique politique. Ce n'est pas simplement l'addition de votre premier tour qui vous donne les voies du second tour.
Il y a aussi des dynamiques politiques, et je pense qu'on a besoin d'une dynamique politique à Paris plus forte, et qui ne soit pas simplement une dynamique de… on va poursuivre ce qu'on a entamé.
– Est-ce que vous pourriez être celui qui incarne cette dynamique, cette union, si les trois candidats
ne se mettent pas d'accord ? – Et à un moment donné, je vais proposer. Ça n'a pas été souhaité par les Verts parisiens, donc dont acte.
– Mais c'est trop tard ?
– Non, vous savez, en politique, évitons les termes irréversibles, irrévocables, jamais.
– Ça veut dire que si d'ici décembre, il n'y a pas d'accord ? Vous pourriez être ce candidat ? – Effectivement,
il y a un candidat socialiste, s'il y a un candidat écologique, s'il y a un candidat communiste. Moi, je souhaite qu'ils travaillent ensemble à, encore une fois, à faire une liste commune. Après, s'il y a un processus ouvert, on verra en fonction des situations. Mais pour l'instant, il y a des candidats qui sont désignés par leur camp, qu'ils s'organisent pour maintenir cette ville à gauche et dans sa transformation écologique. C'est absolument essentiel. Enfin, regardez la météo qu'on a eue au mois de juin.
S'il n'y a pas une urgence absolue que notre cadre de vie soit transformé pour nous protéger du dérèglement climatique, pour nous protéger de l'effondrement de la biodiversité, à ce moment-là, on n'y arrivera pas.
– Est-ce qu'aujourd'hui, les écologistes de Marine Tondelier ne sont pas plus proches de la LFIC du PS ?
– Non, je ne sais pas. Je ne dirais pas ça.
– Vous l'appelez une rupture franche avec Jean-Luc Mélenchon ?
– Écoutez, moi, je crois qu'il y a… Moi, ce qui me guide en politique, ce sont d'abord les valeurs. Après, il y a un programme, un projet. Et moi, j'ai un problème de valeur aujourd'hui avec Jean-Luc Mélenchon. Pas avec les électeurs insoumis. D'ailleurs, vous savez, les électeurs de gauche, ils ne sont absolument pas irréconciliables. On l'a vu, ils vont voter utile aujourd'hui, ils veulent l'Union, ils vont voter utile. Mais je crois qu'il y a un risque à raconter qu'on peut faire ensemble avec Jean-Luc Mélenchon. On avait essayé de le faire avec Piketty, KG, Médat, Duval, Cohn-Bendit et tout. En 2016, on avait voulu faire la grande primaire.
Ça a été la même chose un peu d'une autre manière avant 2022. La réalité, c'est que Jean-Luc Mélenchon n'en veut pas. Et la réalité, c'est que pour une bonne partie de la gauche, on ne veut pas de Jean-Luc Mélenchon. Et je pense que ne pas dire, ne pas expliquer aux électeurs de gauche que ce n'est pas une question d'égo, que c'est une question de valeur, on va vers quelque chose qui va être déceptif. Parce que les électeurs de gauche, oui, ils veulent l'Union, ils veulent gagner surtout. Mais ne pas marquer qu'il y a un problème de valeur aujourd'hui avec Mélenchon. Faire croire que on pourrait, et c'est une partie du discours, faire une grande primaire dans laquelle il est invité à venir.
Et s'il gagne ? Et s'il gagne ? Donc en fait, on fait de la tactique. On dit, on ouvre à Mélenchon, mais comme il ne veut pas, il ne va pas venir, donc il portera le mystique gris de la désunion, et donc tactiquement, on est malin. Sauf qu'on perd énormément de temps et on n'est pas clair sur la question des valeurs. Donc moi, je préfère qu'on dise, on ne fera pas avec Jean-Luc Mélenchon, il fera son premier tour, de toute façon, de toute façon, il fera son premier tour. et maintenant, créons ce pôle sans Mélenchon, de la gauche réunie sans Mélenchon et surtout, travaillons à son projet et à son incarnation. Parce que si on attend... – Vous voyez,
pour cette incarnation, vous préparez pour le 2021 ?
– Non, moi, j'ai passé mon tour. Non, mais voilà, vous savez, c'est un truc un peu dingue d'être candidat avec son présidentiel, si vous voulez. Bon, il y a beaucoup de mégalomanie, certainement. Puis à un moment donné, on se dit, je suis prêt. C'est maintenant, en fait. Il y a quelque chose et on y travaille énormément, énormément. C'est beaucoup de travail, beaucoup, beaucoup de travail. Ceux qui ne travaillent pas, ça ne marche pas. Regardez Montebourg, regardez Taubira quand elle a voulu revenir, regardez même Sarkozy. Tous ces gens-là qui avaient arrêté de travailler, ça n'a jamais marché, leur retour. Donc, il faut beaucoup travailler.
Et donc, d'autres s'y préparent davantage que moi et c'est une bonne nouvelle pour la gauche et pour l'écologie.
Merci, Alic Jadot. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. La une du bien public, Fabrice, victime de pesticides des agriculteurs, témoigne. C'est à la une de votre journal.
On est en plein à l'actualité. Les premières victimes sont toujours les agriculteurs, mais c'est l'omerta. Malheureusement, dans le monde agricole, c'est l'omerta sur les cancers des agriculteurs. C'est triste.
Et c'est à l'air dans le bien public. C'est à l'air dans le bien public.
C'est à l'air dans le bien public.
Yannick Jadot