Fontainebleau : comment stopper le feu... et les pyromanes ? - C dans l’air - 15.07.2026
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Questions et réponses
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- 1:58OuverteRéponse directe
Est-ce que l'incendie de Fontainebleau est fixé, comme disent les pompiers ?
- 2:42OuverteRéponse directe
On a vu les images des pompiers qui tentaient de noyer l'incendie. Il faut peut-être préciser aux téléspectateurs...
- 3:24OuverteRéponse directe
Il y a des feux zombies. C'est-à-dire qu'on ne voit pas les flammes, mais au fond, la forêt se consume par les sols, la tourbe.
- 4:49OuverteRéponse directe
Dans l'histoire moderne, c'est l'un des plus grands incendies de l'Ile-de-France.
- 6:10OuverteRéponse directe
Vous êtes vous-même, experte, surprise ?
- 6:51OuverteRéponse directe
Ca flambe aussi parfois avec une intervention humaine et une forme de malveillance.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:13C.RouxFait
« Le feu est toujours en cours et serait d'origine volontaire. »
- 1:58N.BerrodFait
« On peut dire "les feux". Plusieurs ont débuté entre dimanche et lundi dans le massif de Fontainebleau. »
- 2:42N.BerrodFait
« "Fixé" ne veut pas dire "éteint". Ca mettra des semaines pour éteindre le feu le plus important qu'on ait eu dans l'histoire moderne de l'Ile-de-France. »
- 3:24A.GoutardFait
« Ce carbone, lorsque le feu est là, s'enfonce dans la terre et reste là. On sait que, dans les Landes, où il y a eu d'autres incendies, ça a pu couver pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et rejaillir d'un coup à plusieurs endroits. »
- 5:26E.HazizaFait
« On a un très bon système français de renfort de sapeurs-pompiers, de Sécurité civile, qui analyse en temps réel tout le pourtour méditerranéen et la Corse. Mais on n'est pas prêts, derrière, pour une nouvelle géographie du risque. »
- 6:51C.RouxFait
« Ca flambe aussi parfois avec une intervention humaine et une forme de malveillance. »
- 7:34G.MusquetFait
« Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de massifs forestiers qu'il n'y a pas de risque de feux de végétation. »
- 8:54C.RouxFait
« On va revenir sur la sécheresse qui touche l'ensemble du territoire et même l'ensemble de systèmes de rationnement d'eau. »
- 10:19C.RouxFait
« Cinq personnes sont encore en garde à vue ce soir dont un pompier volontaire. »
- 11:45C.RouxFait
« Certains n'ont plus le choix que d'évacuer, comme ici, au Vaudoué. »
- 12:29C.RouxFait
« Parmi les suspects, un homme de 46 ans interpellé hier soir sur place avec un briquet et des feuilles de journaux dans sa voiture. Egalement un homme de 18 ans qui a reconnu avoir accidentellement mis le feu en ayant jeté sa cigarette. »
- 13:50C.RouxFait
« Le Code pénal sanctionne également plus fermement les feux de forêt et les dommages irréversibles à l'environnement. »
- 25:05C.RouxFait
« On rappelle systématiquement les gestes classiques: ne pas jeter son mégot de cigarette, etc. Ne pas faire de barbecue en alerte sécheresse. »
- 25:48A.GoutardChiffre
« Lorsque l'incendie est provoqué par négligence, c'est jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Des peines qui peuvent être aggravées s'il y a mort d'homme, lésion ou blessure. »
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après chaque rasage. - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. La bataille n'est pas terminée. 600 pompiers sont toujours à pied d'oeuvre pour éteindre l'incendie qui a ravagé plus de 2000 ha de bois dans la forêt de Fontainebleau. Des images inimaginables il y a encore quelques années, celles de canadairs ravitaillés dans la Seine, celles de pompiers du Sud venant en renfort... Le feu est toujours en cours et serait d'origine volontaire. Un pompier de Seine-et-Marne est en garde à vue. Le phénomène est bien connu. Des pyromanes qui s'ajoutent aux nombreuses négligences. La quasi-totalité du territoire est désormais en alerte sécheresse. C'est le thème de notre émission. Avec nous pour en parler, A.Goutard. Vous êtes grand reporter à France Télévisions
et spécialiste des faits de société. E.Haziza, vous êtes hydrologue et docteure de l'Ecole des Mines à Paris. G.Musquet, vous êtes météorologue et expert en prévention des risques majeurs. N.Berrod, vous êtes journaliste au "Parisien-Aujourd'hui en France". Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à cette émission en direct. N.Berrod, les mots ont un sens quand on parle d'incendies. Est-ce que l'incendie de Fontainebleau est fixé, comme disent les pompiers? - N.Berrod: On peut dire "les feux". Plusieurs ont débuté entre dimanche et lundi dans le massif de Fontainebleau. Leur origine est différente. Hier soir, la préfecture annonçait que les 2 feux principaux qui ont parcouru à peu près 2000 ha avaient été fixés. Aujourd'hui, on a appris qu'il y avait des débuts de reprises de feu sans que ça remette en cause le caractère fixé des 2 foyers majeurs des derniers jours. Ca montre bien que, d'une part, le combat est très loin d'être terminé. "Fixé" ne veut pas dire "éteint". Ca mettra des semaines pour éteindre le feu le plus important qu'on ait eu dans l'histoire moderne de l'Ile-de-France. Le feu survient dans un contexte de sécheresse majeure.
Il y a une nouvelle canicule qui se termine dans les prochains jours. Il y a du vent et une quasi-absence de pluie. Ca fait plusieurs semaines qu'on a très peu de pluie en Ile-de-France et quasiment partout en France. On avait des conditions propices. La Seine-et-Marne faisait partie des très nombreux départements à risque très élevé de feux de forêt. Les 2 foyers majeurs ont été fixés. Mais il y a des rechutes. - C.Roux: On a vu cet après-midi les images des pompiers qui tentaient de noyer l'incendie. On a des reprises... Il faut peut-être préciser aux téléspectateurs...
Il y a des feux zombies. C'est-à-dire qu'on ne voit pas les flammes, mais au fond, la forêt se consume par les sols, la tourbe. - A.Goutard: Et ça monte à une température très élevée. Cette tourbe date de 30 millions d'années, à l'époque où la forêt de Fontainebleau était sous l'eau. Vous avez donc un sol très particulier, chargé de carbone. Ce carbone, lorsque le feu est là, s'enfonce dans la terre et reste là. On sait que, dans les Landes, où il y a eu d'autres incendies, ça a pu couver pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et rejaillir
d'un coup à plusieurs endroits. C'est pour cela que ça s'appelle un feu zombie. C'est un feu mort mais vivant quand même qui continue à se propager. Pour les pompiers, c'est une catastrophe et ça demande une présence permanente. - C.Roux: E.Haziza, sur ce feu? Il y a des images qu'on n'imaginait pas voir il y a encore des années, même si les pompiers s'étaient préparés à utiliser les canadairs dans la Seine. Dans l'histoire moderne, c'est l'un des plus grands incendies
de l'Ile-de-France. - E.Haziza: Le plus grand. C'est surtout la géographie qui choque. On sait que ce sont des pins sylvestres installés massivement au XIXe siècle. On est dans un contexte typique méditerranéen, mais sans le climat pour croiser un tel risque. Là, on voit très bien que la sécheresse de ces dernières semaines est venue aggraver une situation au sol qui fait que, vraisemblablement, on a différents types de départs de feu. Certains sont humains, d'autres viennent de travaux. La moindre étincelle va accentuer un problème...
On avait déjà des signes très clairs. Je me rappelle déjà des départs en plein champ en juin 2019, quand il y avait 42 degrés quasiment atteints à Paris. On a un très bon système français de renfort de sapeurs-pompiers, de Sécurité civile, qui analyse en temps réel tout le pourtour méditerranéen et la Corse. Mais on n'est pas prêts, derrière, pour une nouvelle géographie du risque. Bien que ce soit inflammable, on n'imaginait pas croiser tous ces éléments. - C.Roux: Même si on avait des anticipations, des modélisations...
Vous êtes vous-même, experte, surprise? - E.Haziza: Oui et non. Ca fait depuis 2017 que je me rends bien compte que ça ressemble à plus rien de ce que j'ai pu voir depuis que j'analyse ces données, en 2003. J'ai 23 ans de recul. On bascule à chaque fois dans des états nouveaux. Chaque année nous raconte une nouvelle histoire. Ce qui est violent, ce sont les bascules des excès d'eau avec un switch vers des phases de sécheresse extrême, et surtout des territoires nouveaux. Je prends le nord de la France. L'un des territoires les plus touchés par les sécheresses, c'est le Luxembourg, la Belgique. L'Angleterre s'est mise à avoir des températures autour de 40 et flambe aussi. - C.Roux: Ca flambe aussi parfois avec une intervention humaine
et une forme de malveillance. Nous serons avec Christophe Peigne. C'est très intéressant de savoir comment on travaille. G.Musquet, il y avait cette question. - G.Musquet: Quand on regarde la végétation présente dans les zones urbaines, moi qui travaille à La Défense, je peux vous montrer des photos de 3 terrasses végétalisées de bâtiments à La Défense totalement desséchées à cause de l'effet sèche-cheveux. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de massifs forestiers
qu'il n'y a pas de risque de feux de végétation. C'est là où il faut être vigilant. On a quelques photos qui défilaient tout à l'heure sur Fontainebleau. Ce qui a brûlé au sol et qui est parti au début, c'est pas les pins ou les arbres mais les fougères qui ont prospéré cet hiver et cet automne au gré des pluies importantes que l'on a eues. Effet sèche-cheveux. Cette végétation, on la retrouve en Normandie, en Bretagne. Et souvent, on a vu que ce sont ces feux qui mettaient... Ces brasiers sont à l'origine des feux qu'on a pu avoir
en Normandie et en Bretagne. - C.Roux: Est-ce que c'est déjà une série noire? - G.Musquet: Complètement. La saison n'est pas finie. - C.Roux: Bien sûr. On est au début de l'été. - G.Musquet: On a quand même une atteinte assez forte. On est sur un effet spectaculaire. Il faut imaginer la conséquence sur la faune, sur les animaux et sur les arbres. Si vous traversez le bois de Vincennes, le bois de Boulogne, regardez la quantité de feuilles mortes que vous avez au sol. On se croirait en automne. Les végétaux ont souffert. - C.Roux: On va revenir sur la sécheresse qui touche l'ensemble du territoire
et même l'ensemble de systèmes de rationnement d'eau. - G.Musquet: On va avoir des orages qui vont rafraîchir une bonne partie de la France. On attend les sorties de modèle, mais la chaleur risque de se représenter dans les prochains jours. Il faut que ces modèles convergent. Météo-France, depuis le début de ces épisodes, reste très prudent. On ne peut pas être certains de ce qui va se passer. Ce qui est certain, c'est ce que la patronne de Météo-France donnait comme bilan de ce qui nous attendait. 70 % de probabilité qu'on ait un été qui reste chaud. - C.Roux: Mais pas de canicule anticipée à ce stade? - G.Musquet: On va attendre les autres modèles à plus long terme qui nous diront, dans 3 ou 4 jours, à quelle sauce on sera mangés. - C.Roux: Merci. Dans la forêt de Fontainebleau, les 600 pompiers sur place n'en ont pas fini avec cet incendie qui a dévasté 2000 ha. Cinq personnes sont encore en garde à vue ce soir dont un pompier volontaire. - Ce matin encore, la forêt de Fontainebleau lézardée par les flammes. Quatre jours désormais que le massif se consume.
- Brûlé ou non brûlé, on y va à fond. - Si les 2 incendies principaux ont été fixés, plusieurs reprises de feu ont continué à mobiliser les 800 pompiers sur place. - Les tourbières, c'est le feu qui va pouvoir se cacher dans le sous-sol et ressortir même plusieurs jours après à différents endroits. Pour l'éteindre, il faut mettre de l'eau très profondément. - Depuis ce week-end, images irréelles d'un feu aux portes de Paris. Près de 2000 ha partis en fumée... Plus aucun bruit, dans cette forêt considérée comme un trésor de biodiversité et symbole national. Des canadairs dans le ciel francilien
et des hélicoptères ravitailleurs au château de Fontainebleau. Il faut empêcher le feu de toucher les habitations, parfois avec les moyens du bord. Certains n'ont plus le choix que d'évacuer, comme ici, au Vaudoué. - Je suis devant ton portail! - Les élus sonnent à chaque porte. Personne ne doit rester. - Les gens, on leur a demandé de partir, mais ils reviennent. - On a laissé exprès le portail, parce qu'il y a une piscine, si vous en avez besoin. Il arrive par derrière, donc on se barre avant d'être brûlés. - La forêt de Fontainebleau, joyau national, a-t-elle été la cible d'un incendie criminel? Sur le terrain, inspecté comme une scène de crime, les gendarmes spécialisés recherchent le moindre indice. - Ca permet de rechercher des traces d'hydrocarbures de tous types comme essence, alcool à brûler... Là, ça commence à s'accélérer. Ca peut indiquer une présence de produit accélérant. - Les prélèvements de terre seront ensuite analysés dans un laboratoire pour savoir si le sol a bien été imbibé de produit inflammable. Des preuves indispensables, alors que 5 personnes
sont actuellement en garde à vue. Parmi les suspects, un homme de 46 ans interpellé hier soir sur place avec un briquet et des feuilles de journaux dans sa voiture. Egalement un homme de 18 ans qui a reconnu avoir accidentellement mis le feu en ayant jeté sa cigarette. Mais le profil qui interroge le plus, c'est ce jeune pompier volontaire interpellé avec un briquet et de la suie sur les mains. Effroi du côté des soldats du feu. - Ils ont un sentiment de trahison à travers cet acte malveillant. On a parmi nous des profils qui sont déviants. - Qu'est-ce qui pousse les pyromanes à allumer un incendie? La fascination pour le feu, mais pas seulement.
- Les pyromanes sont souvent des hommes qui ont, dans leurs traits de caractère, des difficultés à gérer certains états internes comme la frustration, la tension, et ils peuvent avoir aussi un certain degré d'impulsivité. La plupart des pyromanes que j'ai eu à examiner, ils avaient un plein discernement. Au moment où ils déclenchent un départ de feu, ils sont tout à fait conscients du caractère transgressif et interdit de ce qu'ils sont en train de faire. Encourt jusqu'à la réclusion à perpétuité si le feu a entraîné la mort d'une ou plusieurs personnes. Le Code pénal sanctionne également plus fermement les feux de forêt et les dommages irréversibles à l'environnement. - C.Roux: On va y revenir. Mais d'abord, cette question pour boucler le sujet de l'incendie à Fontainebleau. - E.Haziza: Eh si. Ce qui va se passer, c'est que toute la zone qui va brûler va devenir hydrophobe. Les prochaines pluies qui arriveront vont s'écouler en surface alors que dessous, ce sont des sables.
C'est un ancien océan qui est là. Ces sables sont très purs. Ils filtrent de l'eau. Il y a un risque de contamination. Quand on va mettre un certain nombre de produits chimiques pour fixer le feu, ces feux, les prochaines pluies vont infiltrer ces... Il y a un enjeu réel là-dessus. 2e enjeu: on voit à quel point on a une forêt posée sur une nappe phréatique extrêmement fragile et vulnérable. Pour l'instant, c'est ça qu'on sait par rapport à la taille
de la forêt de Fontainebleau, mais il n'empêche que ça préfigure de ce qui pourrait se passer dans les années à venir. L'aqueduc qui amène sur Paris n'a pas été touché, vraisemblablement. Mais derrière, c'est un risque qu'il ne faut pas éluder. - C.Roux: Et dans l'air? Les particules fines? - N.Berrod: Il y a un risque pour la santé humaine. L'agence régionale de santé et la préfecture de Seine-et-Marne recommandent aux riverains directement exposés aux feux ou fumées de porter des masques FFP2 ou FFP3,
dont on parlait beaucoup pendant le covid. Il est recommandé de ne pas utiliser d'appareils de type souffleurs mais d'utiliser des linges humides. Il ne faut pas utiliser les légumes du jardin s'il y a eu des émanations de fumée. Autant le feu peut être fixé sur une surface plus petite, mais le feu, on ne peut pas le contrôler. C'est pour ça qu'on a eu dans le Loiret des émanations de fumée qui ont été ressenties. On se demandait si le vent aurait pu atteindre Paris. Fontainebleau étant au sud-est de Paris, les vents qui étaient plutôt en provenance du nord-est ne se dirigeaient pas directement vers Paris. Les flammes auraient tendance à se rapprocher de Paris.
Les fumées sont plutôt allées vers le Loiret. Il y a aussi ce côté émanations et impact sur la santé réel. - C.Roux: Lutter contre les incendies et les pyromanes... Nous sommes en direct avec C.Peigne. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Vous êtes affecté dans le 83 et vous collaborez aux cellules de recherche des causes et circonstances des incendies. Ce qui était fascinant dans ce qui s'est passé à Fontainebleau, c'est que c'est allé assez vite. Assez vite, le ministre de l'Intérieur a pu parler de départ de feu d'origine humaine, en tout cas volontaire. Comment est-ce que vous travaillez, qu'il s'agisse de cet incendie ou de n'importe lequel, comment vous intervenez? Vous intervenez après l'incendie ou au moment du déclenchement de l'incendie? - C.Peigne: Bonsoir. Merci de m'avoir invité. Je fais partie de l'équipe de recherche des causes et circonstances des incendies de forêt du Var. On intervient dès que le feu est en action pour faire des constatations. - C.Roux: Quel type de constatations? Qu'est-ce que vous allez chercher? On peut retrouver un mégot de cigarette?
On peut retrouver une solution inflammable qui aurait été utilisée pour un départ de feu? - C.Peigne: La particularité de ces équipes, c'est d'essayer de déterminer l'origine du feu et son point de départ. Si on trouve le point de départ, on peut faire des recherches plus précises au niveau du sol pour trouver des objets qui auraient pu être laissés ou d'autres indices. - C.Roux: Comment vous trouvez le point de départ? Vous travaillez avec l'ONF? Vous avez des partenaires qui peuvent vous donner une cartographie précise? Ca paraît très difficile de comprendre comment on peut savoir où est le point de départ d'un incendie. Là, on parle de la forêt de Fontainebleau. C'est énorme, 2000 ha partis en fumée. Comment cette enquête a pu aller aussi vite
pour identifier soit une personne qui a jeté son mégot de cigarette, soit une autre, un pompier volontaire, qui aurait volontairement déclenché le feu? - C.Peigne: Depuis 5-6 ans, avec le réchauffement climatique... A l'origine, on avait des équipes de recherche dans le sud de la France et, maintenant, les gens sont formés dans la France entière. Ce sont des gens issus de services de gendarmerie. Il y a notamment des personnels de sapeurs-pompiers.
On va travailler uniquement sur les vestiges laissés... - C.Roux: Quelles traces laisse le passage du feu? - C.Peigne: Sur les gros objets, comme les arbres ou les arbustes, on va observer des phénomènes de pétrification des branches. Il y a une ligne de carbonisation. Les troncs d'arbres vont être marqués uniquement sur les zones de départ d'une certaine façon. - C.Roux: Question d'un téléspectateur. - C.Peigne: Le pyromane, c'est une personne qui souffre d'une maladie. Il est capable de mettre le feu devant vous et il est pas obligé de revenir. Il arrive que les gens reviennent. - C.Roux: On entendait dans le reportage un psy qui disait: "Ce sont souvent des hommes." Vous avez pu faire cette constatation avec votre expérience, sur le profil... Quand on entend un pompier volontaire d'une vingtaine d'années qui va en forêt de Fontainebleau pour allumer un feu, on a du mal à comprendre.
On a vu que ça pouvait mettre ses collègues en colère. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur le profil de ces incendiaires ou de ces pyromanes? - C.Peigne: Je suis dans cette partie-là depuis une vingtaine d'années. A plus de 80 %, ce sont des hommes qui vont agir. On a beaucoup de mineurs qui font ça, sous forme de jeu. Dans le cas de ce pompier, je ne sais pas quelle est sa volonté, mais ça arrive de temps en temps, d'avoir des gens comme ça, qui combattent le feu et qui mettent le feu. - C.Roux: Est-ce qu'on sait toujours l'origine d'un incendie?
Est-ce qu'on arrive toujours à savoir si c'est un barbecue, un mégot de cigarette jeté de la voiture, si c'est quelqu'un qui est venu volontairement mettre le feu? On sait toujours? - C.Peigne: Nous, on s'efforce de faire un maximum d'interventions. Il y a des moments où on a des possibilités sur les origines de feu. Parce qu'on n'a pas d'éléments probants trouvés sur les lieux. - C.Roux: Ca vous met encore en colère, quand vous voyez 2000 ha partis en fumée et que vous arrivez à aller au bout de l'enquête et que vous voyez
que ce sont des gens qui sont soit négligents, soit, qui, volontairement, vont embraser une forêt? - C.Peigne: Ce qui me met en colère depuis des années... Les feux criminels dans le département du Var, c'est entre 35 et 60 %. Jeter son mégot ou autre... En 2021, on a eu 2 morts. - C.Roux: Merci beaucoup d'avoir été en direct avec nous. Merci de nous avoir expliqué comment vous travaillez. Il y a encore des gens qui, par négligence, par bêtise, vont occasionner la mort et faire des victimes? - A.Goutard: L.Nunez l'a dit: 9 incendies sur 10 sont d'origine humaine. Ca peut être accidentel, mais dans 30 % des cas... Le monsieur parlait de la "connerie". Il y a le barbecue, le mégot... Dans l'affaire de Fontainebleau, c'est un chantier. L'utilisation d'une meuleuse aurait provoqué... Les 2 ouvriers sont en garde à vue... Ca aurait provoqué le 1er incendie, l'incendie ultrapuissant du 12 juillet. Sur l'incendie du 13 juillet,
il s'agit de profils plus pyromanes. Pyromane, c'est le jeune homme étudiant qui avait son mégot et ce jeune pompier qu'on vient d'évoquer. Pyromane, c'est un trouble mental. On compare souvent les pyromanes aux cleptomanes et aux joueurs compulsifs. C'est pas une pulsion comme ça, c'est une organisation, au départ, avec la volonté de trouver le meilleur lieu, d'organiser la meilleure façon de faire voir ce que l'on fait. Ensuite, il y a un vrai plaisir à mettre le feu. C'est ainsi que les psychologues expliquent le geste du pyromane. - N.Berrod: Il y a la grande catégorie des incendiaires, ceux qui mettent le feu de façon volontaire,
mais tous ne sont pas des pyromanes. Les autres incendiaires qui mettent des feux délibérés, ça peut être par vengeance, pour des raisons financières, ça peut être le jeune qui veut "s'amuser", évidemment à tort... Les pyromanes, la littérature scientifique... Problème de micro. Il y a souvent d'autres troubles mentaux associés. Les pyromanes ne sont qu'une petite partie des incendiaires... - C.Roux: Alors... On a un petit problème de son avec votre micro. On va vous changer le micro. On va en profiter pour rappeler les peines encourues lorsqu'on déclenche un incendie volontaire
ou involontaire. - A.Goutard: Lorsque l'incendie est provoqué par négligence, c'est jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Des peines qui peuvent être aggravées s'il y a mort d'homme, lésion ou blessure. Lorsque c'est un auteur volontaire, ça peut être puni de 10 ans de prison et jusqu'à 150 000 euros d'amende. La réclusion à perpétuité peut être possible si une personne a perdu la vie. - C.Roux: Il faut continuer les messages de prévention avec la sécheresse qui s'annonce comme étant... Je ne sais pas si elle sera historique, mais elle impacte l'ensemble du territoire.
On rappelle systématiquement les gestes classiques: ne pas jeter son mégot de cigarette, etc. Ne pas faire de barbecue en alerte sécheresse. Ca rentre ou pas? - E.Haziza: J'étais en train de penser à ça. J'ai fondé une association il y a 15 ans qui a formé plus de 150 000 enfants aux enjeux de l'eau. A l'époque, on disait que ça servait à rien parce qu'il n'y avait pas de problème d'eau. Le fait d'être intervenus dans les classes, chaque année, on s'est rendu compte que ça rentrait dans la culture du risque. Je crois que peut-être, il va falloir, dès la rentrée, mettre en place des programmes de sensibilisation en milieu scolaire. Ca existe peut-être déjà, mais pas assez. Il faut le faire pour les peines encourues,
pour que, dans le subconscient des enfants, tout le monde grandisse avec le risque d'un nouveau climat qui n'a plus rien avoir en termes de conséquences. Il faut que chaque citoyen et futur citoyen puisse au moins intégrer ces données. Pour la population adulte, je me demandais ce qu'on pouvait faire. - C.Roux: J'ai l'impression que ça fait longtemps qu'on dit ces choses-là, l'été, en vacances... - E.Haziza: Oui, mais on est dans un climat hors normes. La moindre étincelle a des conséquences, potentiellement, de vie humaine. - C.Roux: Il faut renforcer les punitions? - A.Goutard: Il y a un point très intéressant. Une étude a été faite.
Lorsqu'il y a sanction, ça marche. A peine 6 % des auteurs de ce type de délit récidivent. 6 %, c'est peu, contrairement à beaucoup d'autres criminalités où vous avez des récidives beaucoup plus récurrentes. Là, 6 %, ça veut dire que la sanction fonctionne, que la prévention, et surtout la compréhension de son acte... Vous parliez des mineurs qui, pour rigoler, démarrent un feu. Si vous faites de la prévention et que vous leur expliquez les conséquences de leur acte... En garde à vue, souvent, les gens réalisent que leur acte a provoqué 100 ou 200 ha brûlés... Ca, ça fonctionne. - C.Roux: Je crois qu'E.Brocardi est avec nous. Vous êtes porte-parole de la Fédération nationale
des sapeurs-pompiers de France. Je voudrais bien avoir votre avis. On va parler des moyens des pompiers, pour savoir s'il faut changer de braquet... Pardon de le dire comme ça. Quand on a entendu le profil de ces incendiaires, de ces pyromanes, les négligences... On a évoqué les sanctions, la prévention. Vous dites quoi? - E.Brocardi: Ce que je dis, c'est qu'on prend quand même la parole, nous, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France,
même si certains ont visiblement trahi leur acte d'engagement. Il faut dissocier la notion de l'humain et de l'uniforme. C'est un acte très isolé qui ne doit pas venir bafouer le travail des centaines de milliers de sapeurs-pompiers qui oeuvrent au quotidien. Est-ce qu'il faut aller plus loin dans le cadre des sanctions? Oui. Il faut aller encore plus loin. Pour autant, et ça a été bien noté tout à l'heure par Nicolas, c'est le sujet, d'avoir 2 définitions très claires entre l'incendiaire et le pyromane. C'est pour ça qu'on ne peut pas donner une correction homogène sur ce type... En fonction de la caractéristique de l'individu, on va devoir sévir. On va devoir continuer à faire des actions de prévention. Et nous, on doit continuer de détecter encore mieux
pour permettre de retirer des individus qui n'ont pas le sens des valeurs et qui perdent le sens des valeurs des sapeurs-pompiers. Il faut toujours être vigilant et prudent dans le cadre de nos actions de management. - C.Roux: On était tout à l'heure avec C.Peigne, un gendarme qui enquête pour connaître les conditions de départs de feu. Est-ce que pompiers et gendarmes collaborent? Est-ce que, en intervention, vous avez à l'idée de surveiller les éléments qui peuvent permettre de savoir si c'est un départ de feu volontaire ou pas? - E.Brocardi: Que ce soit dans les feux de type espace naturel ou dans les feux de type urbain, nous avons toujours la notion de prendre en compte tout ce qui pourrait permettre de faciliter le travail
des enquêteurs et, forcément, de ne pas noyer ou marcher sur l'origine de l'ensemble des paramètres qui peuvent déclencher un incendie. Nous sommes très vigilants et nous contribuons, avec les forces d'enquêteurs, à leur apporter des éléments supplémentaires, que ce soit au niveau du bruit, de l'odorat ou autre. Ce sont des éléments qui peuvent être prépondérants dans l'enquête. - N.Berrod: On ne peut pas du tout punir de la même façon un pyromane, une personne qui a un problème de santé mentale...
On ne peut pas comparer ça à un ouvrier de chantier. En termes de prévention, je ne serais pas étonné qu'à terme, des massifs soient interdits une partie de l'été comme c'est déjà le cas, chaque été, sur le littoral méditerranéen. Vous avez régulièrement une partie des massifs forestiers qui sont tout simplement fermés. Ca veut pas dire qu'il y aura forcément des feux, mais que le risque lié aux conditions météo est tellement important qu'on ne peut pas prendre le risque... La chance qu'on a, entre guillemets, dans ce malheur, c'est qu'en ce moment, on n'a pas des milliers d'hectares qui brûlent ailleurs en France qu'à Fontainebleau.
On n'arrête pas d'alerter sur le fait que le risque de feu est plus important dans le nord de la France, mais il n'est pas moins important au Sud. - C.Roux: Question. - E.Brocardi: Tout le monde peut passer sous les écrans radars. Moi-même, j'ai parfois été alerté par des renseignements territoriaux sur des comportements déviants à l'extérieur de la caserne. Ca nous a permis d'isoler une personne dans les rangs depuis 2 ans. Heureusement qu'il y a tout ce travail d'enquête. Heureusement qu'il y a la solidarité de notre corporation
qui peut permettre de détecter les enjeux et les comportements déviants par rapport au sujet des valeurs des sapeurs-pompiers qui ne correspondraient plus au code. - C.Roux: Comment vous l'avez identifié? - E.Brocardi: Ca a été une alerte liée aux renseignements territoriaux qui nous ont permis de voir l'individu et de comprendre ses agissements. On a pu faire un travail interne strictement confidentiel qui a permis de l'écarter petit à petit des gardes en terminant son cursus de formation et en mettant un arrêt à son contrat d'engagement. - C.Roux: Merci. Si vous voulez rester avec nous, ça m'intéresserait d'avoir votre avis sur la question des moyens et de tout ce qu'on pourrait mettre en place pour faire face à ce dérèglement climatique qui coûte cher,
parfois en vies humaines, quand on parle de canicule ou en hectares de forêt, et j'en passe. - G.Musquet: Les sanctions sont nécessaires, sur la prévention, mais ce n'est pas suffisant. La prévention est le parent pauvre. Le meilleur moyen que l'on ait aujourd'hui, ce sont les exercices. On a, dans les collectivités, une obligation de faire des exercices tous les 5 ans. Une population qui vit dans sa chair, y compris des enfants... Ca va leur demander d'évacuer, en cas de feu. En Martinique, on l'a fait sur des tsunamis, sur des feux dans des crèches. Dès la crèche, on apprend à se comporter correctement
face au feu. Une réserve communale a été créée. On a créé une réserve communale junior pour les enfants de 10 à 18 ans. Ce sont des enfants qui sont dans des quartiers, dans des associations... Accompagner ces enfants... Evidemment qu'il est trop tard pour cet enfant de 19 ans qui, malheureusement, a mis le feu à cette forêt, mais avant d'en arriver à de telles extrémités, c'est très important d'avoir nos enfants... - C.Roux: On a aujourd'hui des préparations dans les établissements scolaires aux risques attentats, quasiment toutes les années.
Est-ce qu'on a une formation pour lutter contre les incendies et savoir comment agir en cas d'incendie? Je ne sais pas. - G.Musquet: Aujourd'hui, on a ça sur d'autres types d'aléas. Mais c'est multirisque. On parle de feu mais on peut aussi parler d'inondation. Des aléas qui demandent des réactions aussi rapides, c'est très important de savoir que des formations dessus existent. Il y a des journées de formation en octobre. Ca sert à accompagner les jeunes publics et les adultes... On le voit au Chili. Madame Bachelet, quand elle était au pouvoir,
a créé un programme, Familia Preparada. C'était axé sur la cellule familiale. C'était pour savoir comment, en famille, qu'importe le risque, on va pouvoir être résilients. - E.Haziza: On a mis en place, sur tout le pourtour méditerranéen, dans les classes du CE2 jusqu'à la 5e, des programmes pour permettre de connaître les gestes qui sauvent en cas d'inondation. Je sais que la Sécurité civile travaille aussi dans la sensibilisation des enfants dans les écoles. Il faut le généraliser sur tout le pourtour méditerranéen et poser
la question au niveau national. - C.Roux: Le débat s'est déporté. C'est devenu un bras de fer politique. Est-ce que les pouvoirs politiques ont conscience de cette bascule, qui est que ce n'est plus pour le pourtour méditerranéen uniquement, mais pour l'ensemble du territoire? Sur le risque incendie, notamment? - E.Haziza: Je ne sais pas... En tous les cas, j'ai été beaucoup auditée en expliquant que, derrière, on voyait très bien des départs de feu dans les territoires dans lesquels on n'était absolument pas prêts. Les Hauts-de-France vivent des sécheresses de plus en plus extrêmes. Tous ces territoires... Il y a besoin d'anticipation, de moyens, de mesures.
Ca coûte très cher et il y a un problème sur le plan matériel. Quand on veut se faire livrer du matériel pour tenir, il faut parfois plusieurs années pour l'obtenir. Il faut mettre les bouchées doubles, dès la transformation... - C.Roux: On va parler du matériel. On va parler de la polémique sur les canadairs, sur les moyens dont disposent les pompiers. Le feu n'était pas fixé que la politique s'enflammait déjà à cause du manque d'anticipation et de moyens d'intervention pour les pompiers. J.-L.Mélenchon et G.Attal sont entrés depuis quelques heures dans un bras de fer sur le sujet. - A mesure que les incendies progressent en France, le débat politique aussi s'enflamme. - J.-L.Mélenchon: Il y a aussi monsieur Attal... - Hier, J.-L.Mélenchon s'en est pris directement à son concurrent dans la course à la présidentielle. - J.-L.Mélenchon: Il a encore fait mieux. Comme il ne savait pas où économiser, il a dit "les canadairs, tout le monde s'en fout" et il a coupé. Nous sommes la nation capable de faire le meilleur avion de guerre du monde, le Rafale, mais nous ne sommes pas capables de faire un avion qui va prendre de l'eau
pour la jeter sur des arbres. - Au coeur de la polémique, ce décret. Il montre une coupe budgétaire de 10 milliards d'euros signée par G.Attal en 2024. Parmi les économies effectuées, 52 millions de reprises sur le budget de la Sécurité civile. Malaise. - G.Attal: On voit que J.-L.Mélenchon ne sait plus quoi faire pour faire parler de lui. Donc il fait du trumpisme et raconte absolument n'importe quoi. On le voit depuis plusieurs jours. Citez-moi le gouvernement qui, depuis 20 ans, a commandé des nouveaux canadairs pour la France. Il y en a eu un: le gouvernement que j'ai eu l'honneur de diriger.
- La flotte française de canadairs est-elle suffisante? Elle en compte 12 aujourd'hui, dont deux sont en maintenance ou hors service. Des avions vieillissants avec une trentaine d'années de vol au compteur. Une réalité bien loin des promesses faites par E.Macron au début de son mandat. - E.Macron: Nous en avons 12 aujourd'hui. Nous allons investir massivement pour que, d'ici la fin du quinquennat, ils soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu'à 16, ce qui est un volume de commande inédit quand on regarde ce que nous avons fait ces dernières décennies. - Quatre ans plus tard, où sont les 16 canadairs tout neufs promis par l'Elysée? Le gouvernement se défausse. - M.Bregeon: Il faut laisser le temps à l'outil de production de nous livrer ces canadairs. - J'imagine qu'il avait ces informations. Pourquoi il nous a dit qu'il y aurait 16 canadairs avant la fin du quinquennat s'il savait tout ça? - M.Bregeon: D'abord, la réalité industrielle, les tensions qu'il peut y avoir sur les lignes de production, lorsqu'une entreprise fait face à de nombreuses
commandes, ne sont pas toujours prévisibles. - Le débat s'infiltre même jusqu'à l'Hémicycle, cet après-midi. L'extrême droite demandent des comptes. - Depuis des années, les alertes se succèdent. Voilà où mène l'absence d'anticipation. La honte. - L.Nunez: Sur nos moyens aériens, je ne peux pas vous laisser dire cela. Nous avons une flotte de 12 canadairs, 8 avions Dash. On a une des flottes européennes parmi les plus performantes d'Europe. - Chez nos voisins, les polémiques enflent également. L'Espagne lutte actuellement contre les incendies les plus meurtriers de son histoire récente. 13 morts dont une française. Le mari de la victime accuse les autorités espagnoles. - On habitait sur une crête de collines, on était les premiers à se poser. Les autorités auraient dû organiser des passages, du porte-à-porte, communiquer avec un mégaphone pour demander d'évacuer. Rien n'a été fait. - Le gouvernement espagnol étrillé par l'opposition, allant de la gauche jusqu'à l'extrême droite. - En Andalousie, avec les vagues de chaleur, les feux de forêt ne sont plus une surprise de dernière minute. Ils peuvent être anticipés et combattus grâce à un personnel suffisant.
Cet été, nous aurons 96 agents de moins que l'an dernier. - L'Espagne possède 21 canadairs, soit presque le double de la France, mais elle subit des incendies en moyenne 10 fois plus grands que l'Hexagone. - C.Roux: Est-ce qu'on n'est pas dans la fausse polémique? Est-ce que compter le nombre de canadairs, c'est ça, l'enjeu des prochains mois et des prochaines années? On est dans une forme d'instrumentalisation d'une actualité ou est-ce qu'il y a vraiment un sujet de ce qu'il y ait le plus vite possible des canadairs pour éteindre les incendies?
- N.Berrod: La question des moyens se pose forcément. Il faudrait pas réduire le débat à cette question des canadairs... Il y en a aujourd'hui 12. Il était prévu d'en commander 4 supplémentaires. Ce sera finalement, dans un premier temps, grâce à une commande européenne et une commande officialisée en juin... On aura les 4 nouveaux d'ici 2033. Les 12 canadairs qu'on a aujourd'hui sont vieillissants. Ils ont une trentaine d'années d'âge. Il y en a souvent qui sont en réparation...
On a un dispositif européen qui permet de se prêter des canadairs et des hommes. Nous avons des pompiers polonais ou roumains qui viennent souvent en France, notamment dans le Sud. Ce n'est pas qu'une question d'instrumentalisation politique, le débat est sain, mais il ne faudrait pas que ça fasse oublier toutes les préventions en amont, toutes les mesures pour s'adapter à un climat qui change. Vous parliez du bilan humain. En France, on a une chance, ce qui semble miraculeux... Il y a très peu de victimes mortelles. En Espagne, on a vu les 13 décès. En France, c'est heureusement très rare. En fin juin, on estime entre 5000 et 6000 décès... L'excès de mortalité... Ce sera sans doute l'été le plus meurtrier lié au climat. Il y a beaucoup de prévention.
Il ne faut pas oublier que beaucoup des incendies les plus importants ne sont qu'un symptôme du dérèglement climatique et de ses conséquences beaucoup plus larges. - C.Roux: Sur cette affaire de canadairs, E.Brocardi... Est-ce que le sujet, c'est un manque de moyens d'intervention pour les pompiers? - E.Brocardi: Je crois que le canadair est assez stigmatisé d'un point de vue médiatique et d'un point de vue de l'exceptionnel. Ca va faire le jeu politique, effectivement. Dans la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, on invite l'ensemble des futurs candidats et candidates à la présidentielle de venir un peu s'exprimer le 17 mars prochain devant l'ensemble des sapeurs-pompiers pour connaître leur ambition et leur programme en faveur des sapeurs-pompiers, mais plus généralement
sur le système de protection civile en France. C'est le 1er point. Nous l'avons déjà fait en 2022. Pas tout le monde n'est venu s'exprimer, pourtant. Il faut prendre en compte aussi la notion du vocabulaire employé. Canadair est une entreprise, une marque, qui est au Canada. Ca ne peut fonctionner que s'il y a un carnet de commandes bien remplie. Nous avions des Dash supplémentaires. Il faut parler de ce que l'on sait, au sens que la flotte aérienne a été renforcée par des Dash, ces avions qui peuvent transporter du retardant mais aussi de l'eau par alternance, mais aussi du transport de personnel quand il y a des catastrophes ou des besoins sanitaires ailleurs... La flotte a été renforcée.
Maintenant, qu'elle soit suffisante... On va toujours vous dire que non, au regard de ce qui a été réclamé à la suite des incendies de 2022. Les incendies multisites vont devenir un enjeu. On parle de Fontainebleau, du Sud-Méditerranée... Ca devient des enjeux importants. - C.Roux: Il faut anticiper. C'est ce que vous nous dites. Et ça ne va pas s'arranger. C'est ce qu'on a compris. Vous voulez ajouter quelque chose? - E.Brocardi: Oui. La lutte ne se fait pas uniquement dans les airs, mais aussi sur le sol et de manière préventive. Les seuls moyens aériens ne feront pas éteindre un feu. C'est sur conjugaison avec les moyens terrestres. L'aménagement des territoires, des massifs, créer des ceintures de sécurité autour des villes et des villages, ça va devenir un enjeu.
- C.Roux: Merci beaucoup. Des moyens d'intervention aériens, au sol... La ministre de la Transition écologique a annoncé un plan forêt. - A.Goutard: C'est comme le plan canicule et lorsque le Premier ministre organisait réunion de crise sur réunion de crise... On a l'impression qu'il faut attendre d'être au pied du mur pour que des décisions soient prises. Là encore, c'est très symptomatique de notre façon de penser l'écologie et l'environnement et les crises, cette crise que nous prenons comme un mur en pleine figure et qui va se renouveler. Monsieur Brocardi a tout à fait raison...
On va voir ce que les candidats vont dire face aux pompiers. Les pompiers ont manifesté à plusieurs reprises ces dernières années en expliquant qu'ils avaient besoin de plus de moyens, de plus de reconnaissance, d'un statut... Ils ont donné leurs mots d'ordre alors qu'ils sont les soldats du feu, les soldats de la crise de demain. - G.Musquet: Il y a plusieurs échelons. Qu'on attende des candidats à la présidentielle des actions, c'est une chose, mais les pompiers dépendent des départements. On a l'échelon régional... Rien ne se fait aussi sans ces élus sur les strates intermédiaires. Quand on regarde qui est responsable de la forêt aujourd'hui, on regarde beaucoup d'agences qui ont perdu des ressources humaines et des moyens,
l'OFB pour la biodiversité, l'ONF, et l'Agence des espaces verts, qui est pour l'Ile-de-France l'agence qui gère les forêts. - C.Roux: Est-ce que c'est un réveil? Est-ce que la tentation qu'on va avoir, et je mets les journalistes dans le lot, c'est de dire qu'il y a les canicules, qu'on n'a pas assez parlé de la sécheresse qui va conduire à de nombreuses restrictions d'eau dans toute la France, avec des inquiétudes sur les récoltes agricoles, et autres? Est-ce que c'est un réveil? Vous croyez à un réveil collectif? Je nous mets tous dedans. En tout cas, sur la volonté de prendre maintenant des mesures et des décisions budgétaires pour plus tard, pour dans 5 ans ou dans 10 ans...
- E.Haziza: Les politiques publiques ont évolué, ces 20 dernières années. On a 20 ans de longueur d'avance sur l'adaptation aux risques d'inondation. On a eu Nîmes en 98, Vaison-la-Romaine... Ca a marqué la politique publique. Je sens surtout une colère de la population générale. Ca s'est vraiment généralisé. - C.Roux: 74 % des Français se disent mécontents de l'action du gouvernement en matière écologique depuis 2017. - E.Haziza: Je croise tous les jours des gens à bout qui se demandent ce qu'il faut faire, ce qu'on a fait pour prévenir et anticiper toutes ces années...
On a 9 à 10 ans de recul sur la bascule de la France. Ca ne date pas d'hier. Et j'ai le sentiment qu'il y a un manque de moyens, d'organisation. C'est comme pour le système hospitalier... La gestion des canicules, de nos sols, de nos forêts... On est encore souvent dans des logiques de tension économique. On ne pense pas le futur. Surtout, on est encore en train de faire des plans, de concevoir des aménagements urbains, comme si on était il y a 20 ans. - C.Roux: Sur le manque d'eau, par exemple, il y a des décisions
à prendre maintenant ou pour la saison, c'est trop tard? - E.Haziza: Tous les bassins en France, les grands cours d'eau, sont quasiment à sec. Le Massif central est l'endroit le plus touché. Toute la France a basculé pendant tout l'été. Même si on se retrouve avec un orage qui va passer très rapidement, ça ne remplira pas quoi que ce soit. On va bien vers une sécheresse. J'appelle ça le syndrome de la cigale et la fourmi. On a cru qu'un hiver bien rempli avec de la pluie nous permettrait de tenir tout l'été. Ca fait plus de 10 ans que la France a basculé. Le monde entier bascule aussi. On ne pense pas à demain. On pense aux exports économiques.
On ne pense pas résilience alimentaire. Or, tous les autres territoires sont touchés. L'an dernier, 30 % des terres émergées, tous continents confondus, ont vécu des sécheresses extrêmes. Ca signifie des atteintes sur l'agriculture partout dans le monde et que tout ce qu'on achète dans un supermarché qui a de l'eau dans le produit, ça risque une pénurie... Si on ne pense pas nous-mêmes à nous, chacun pensera à soi, et on pensera encore "économie" et c'est là d'où vient la colère de la population.
- A.Goutard: Le gouvernement n'a pas une tâche aisée. Il y a tout ce que vous dites, avec M.Barbut qui explique qu'il y a un dérèglement profond du cycle de l'eau... En même temps, vous avez cette loi urgence agricole, avec la décision de multiplier par 2 la possibilité de stocker de l'eau pour les agriculteurs. On comprend leur colère aussi. Vous avez l'assouplissement de toutes les mesures environnementales côté agricol. Et il y a le fait de modifier la tutelle des agences de l'eau. D'un côté, il y a tous ces impératifs dont vous parlez et cette reconnaissance par le gouvernement de la nécessité de prendre l'eau comme un élément essentiel de notre société et du futur. En même temps, il faut apaiser la colère des agriculteurs. - N.Berrod: J'espère me tromper, mais je doute
que le dérèglement climatique et ses impacts soient un thème majeur de la présidentielle. On sera en octobre et en novembre. Nous aurons des températures... - C.Roux: Mais peut-être qu'on aura des inondations. - N.Berrod: Peut-être, mais on voit bien qu'une crise chasse l'autre. En général, les campagnes se font sur le pouvoir d'achat et l'immigration... - C.Roux: Mais il y a celui que les spécialistes ont baptisé Super El Nino, Godzilla, pour certains... Un phénomène naturel renforcé par le réchauffement climatique qui pourrait accélérer ces épisodes extrêmes dont nous parlons, des canicules aux inondations en passant par les sécheresses, sur l'ensemble de la planète. - C'est un nom qui revient de plus en plus souvent dans l'actualité et qui fait trembler
les experts du climat dans le monde entier... - L'Agence météorologique japonaise signale que le phénomène El Nino se produit depuis ce printemps. - Que va-t-il se passer cet été? On a déjà parlé d'El Nino. Parlerons-nous d'un Super El Nino? - Les climatologues sont inquiets en voyant le phénomène climatique El Nino actuellement actif dans notre région, qui pourrait être le plus intense jamais enregistré. - El Nino, un phénomène naturel inarrêtable qui revient tous les 2 à 7 ans avec des répercussions climatiques majeures à l'échelle planétaire. - Nos experts estiment à 80 % la probabilité que des conditions El Nino se manifestent entre juin et août 2026. - Ce climatologue nous explique ce phénomène météorologique
provoqué par les variations de températures dans les eaux du Pacifique. - Il y a des alizés qui soufflent d'est en ouest. A l'est du Pacifique équatorial, ça entraîne des remontées d'eau froide. Certaines années, il peut y avoir une anomalie de chaleur qui arrive dans l'Est ou un ralentissement des alizés qui vont enrayer le système. Cette différence de températures va diminuer. Les alizés vont s'affaiblir. Ca va durer un an, de printemps à printemps. C'est l'événement El Nino. - Les conséquences sont ravageuses. Dernier exemple en date: ces incendies en janvier 2024 en Colombie. 12 ha de forêt ravagés. - Mon fils de 9 ans, qu'est-ce qu'il va lui rester, à l'avenir? C'est ce qui me désole le plus.
Je suis terrifiée par le feu qui consume la montagne. Je suis terrifiée par ce qui se passe. - Des incendies, mais aussi des inondations, comme ici, en Tanzanie, en décembre 2023. 68 personnes tuées. Un mois plus tôt, en Argentine, des milliers de déplacés. - La rivière est arrivée tout d'un coup. Elle ne nous a pas laissé le temps de sortir quoi que ce soit. Elle a tout recouvert. C'est la 1re fois que nous assistons à une inondation aussi importante. - 2 ans après son dernier passage, El Nino serait donc déjà de retour.
Une situation qui inquiète aussi l'ONU. - Nous devons tous accorder à cette situation le degré d'urgence climatique qu'elle représente. El Nino va aggraver la situation d'une planète qui se réchauffe. - Il y a urgence. Même en Europe, des répercussions sont à prévoir. - Le principal impact pour nos sociétés, en particulier pour nous, en Europe, qui ne sommes pas affectés par des événements climatiques El Nino... Ce sont les aléas économiques. Ca va être sur le prix des denrées agricoles...
Par exemple, les récoltes de riz en Indonésie vont diminuer. Les côtes du Pérou et du Chili fournissent à peu près la moitié des farines d'origine des poissons pour nourrir le saumon... Le prix des denrées va changer. - Le phénomène pourrait s'aggraver dans les années à venir, mais la cause n'est pas encore totalement perdue. - En limitant le changement climatique, en réduisant nos émissions d'énergies fossiles, qui est responsable des effets de serre additionnels,
on peut limiter l'impact des événements El Nino. Par exemple, les impacts de précipitations extrêmes seront moins intenses en limitant ces émissions. - El Nino, un phénomène ravageur aux conséquences économiques, mais aussi sanitaires, car il contribue au déplacement de certaines épidémies. - C.Roux: Question. - G.Musquet: C'était très bien dit sur la partie économique. La France, ce n'est pas que l'Hexagone. Les premières victimes d'El Nino, ce sont nos compatriotes
de l'océan Pacifique, les Polynésiens, les Néo-Calédoniens, nos compatriotes des départements français d'Amérique, de Saint-Pierre-et-Miquelon à la Guyane... On a des Français qui seront impactés par ces phénomènes. Les Etats-Unis ne s'y trompent pas. On a un partenaire stratégique qui se retire de la course. Ce sont les Etats-Unis. Ils sont en train de casser, parfois, certains capteurs qui permettaient de mesurer l'intensité de ce phénomène. Il faut vraiment qu'en Europe, on puisse continuer à financer ces capteurs et qu'on travaille, c'est une des recommandations des Nations unies, les systèmes d'alerte précoce, dont on a parlé
sur les précédents sujets sur l'Espagne... Il faut que l'Europe monte en puissance à la fois sur les capteurs... Lord Kelvin disait: "Mesurer, c'est savoir." Si on ne mesure pas, on ne saura pas comment faire face à ces événements et comment alerter les populations, les préparer, les évacuer pour atténuer les effets. - C.Roux: On sait ce qui va se passer ou on modélise? Quand on parle de Super El Nino... On voit bien qu'il y a quelque chose d'un peu angoissant dans ce qui est quasiment annoncé... Est-ce qu'on sait que ça va toucher la France? On connaît l'impact que ça peut avoir sur nous? - E.Haziza: Premièrement, les canicules et les feux qu'on vient d'avoir en France en mai et en juin ne sont pas liés directement à El Nino. La signature d'El Nino, qui est déjà extrêmement fort
aujourd'hui au niveau du Pacifique, va avoir des conséquences sur l'Hexagone d'ici 3 à 6 mois. Il faut s'attendre à des conséquences hivernales, plutôt. - C.Roux: Comme quoi? - E.Haziza: On a les 2 extrêmes qui peuvent se produire. Vous avez une masse d'air remplie de vapeur d'eau... La vapeur d'eau est le 1er gaz à effet de serre sur Terre. Cette vapeur d'eau qui va charger des rivières atmosphériques qui vont ensuite se propager sur l'Europe et vont potentiellement amener, dans certains endroits, des inondations avec des méga-inondations potentielle comme on a pu vivre sur la Grèce ou dans d'autres territoires... Ensuite, on risque d'avoir, bien sûr, des sécheresses accentuées. Mais aujourd'hui, ce qui est sûr, c'est que ce qui se passe
sur l'océan Pacifique, un phénomène depuis la nuit des temps... Ca fait 130 000 ans qu'on a ces bascules. Mais là, on est hors cadre. La courbe monte à un niveau jamais atteint. C'est pour ça qu'on l'appelle "Godzilla". On est dans l'inconnu. L'inconnue, ce sont ces masses d'air extrêmement humides qui vont venir déjà réchauffées à l'échelle planétaire et qui se croisent avec le fait qu'aujourd'hui, la Terre reçoit beaucoup plus d'incidence de chaleur solaire et ne peut pas la ré-émettre. On est donc aujourd'hui dans une sorte de cocotte-minute. - C.Roux: Quand on est au gouvernement, on fait quoi? - E.Haziza: On doit se dépêcher de réagir.
Il va falloir que tous les maires et tous ceux qui correspondent à un niveau de responsabilité puissent agir avec des moyens et des outils. Vous n'avez l'obligation de faire refaire le plan communal de sauvegarde que si vous êtes soumis à un risque avéré. Il va falloir travailler à l'échelle de tout le monde. Ensuite, il faut que tout le monde soit dans l'anticipation, la préparation et l'optimisation de tous les indicateurs. On a les moyens d'avoir des données en continu. Allons-y foncièrement et rapidement. - C.Roux: Revenons à vos questions. E.Brocardi est resté avec nous. Vous êtes porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Voici cette question pour vous. - E.Brocardi: La 1re chose, c'est de ne pas se prendre pour un gendarme ou un policier.
Si vous pouvez le dénoncer, ce serait une bonne chose, au travers de la plaque d'immatriculation ou le signaler lors d'un prochain arrêt sur une aire d'autoroute. C'est essentiel. Mais au travers de cette question, c'est aussi une question d'adaptation nécessaire. Peut-être que le retour des cendriers à l'intérieur des véhicules serait une chose importante pour éviter que les gens gardent ce réflexe de jeter de façon nonchalante. Peut-être que ça redonnerait un bon réflexe. - A.Goutard: C'est très étonnant. On a supprimé les cendriers notamment parce qu'il fallait ne pas inciter les gens à fumer, pour les raisons que l'on connaît, et c'est exactement comme l'histoire
des bouilloires thermiques et des appartements super isolés pour supporter le froid. On dit qu'il faut isoler et ça devient des bouilloires thermiques... On parlait des maires... C'est la difficulté de trouver des bonnes solutions. - E.Brocardi: Il faut pas stigmatiser les fumeurs, qui ont tous un mauvais comportement. Le problème, c'est que ça se passe de manière globale. Est-ce qu'on donne les moyens à tout le monde de pouvoir s'adapter et de comprendre les enjeux environnementaux? C'est le sujet. Quand on voit aujourd'hui les résultats des conséquences des inondations... Vous avez des reportages où les témoins de ces inondations se disent tous: "Je ne sais pas quoi faire."
C'est de la même manière que quand on se demande ce qu'on doit faire de sa cigarette quand on n'a pas de cendrier... Au Tour de France, on fournit des cendriers de poche. On travaille avec Vinci Autoroutes. On travaille avec la Fédération des buralistes pour mieux orienter cet impact du mégot. Mais le mégot reste un symbole de l'acte de négligence où on ne prend pas en compte la notion de difficulté et d'environnement. - C.Roux: Le mégot et le barbecue aussi, j'imagine... - E.Brocardi: Le barbecue, évidemment, c'est un sujet qui, malheureusement, encore une fois, fait prendre conscience aux gens qu'on a l'impression que face à cela, on risque de priver les gens de libertés et de loisirs. C'est le danger aussi. - C.Roux: On avance...
- E.Brocardi: Il faut faire attention et prendre des précautions. - C.Roux: Je vous coupe, mais on a beaucoup de questions. Et vous êtes loin... Question. Il faut débroussailler? - E.Haziza: Ca dépend quel type de forêt. On a des forêts qui ont été plantées... Ne serait-ce que les forêts de sapins dans le Morvan... Vous avez créé des sortes de pistes noires, comme les pistes de ski, pour l'eau. Dès qu'elle s'écoule, ça va faire du ruissellement, ça génère des inondations, pour avoir des sapins de Noël. Il va falloir se poser certaines questions. Deuxièmement, sur les forêts naturelles,
il faut protéger cet écosystème. Plus la forêt est naturelle, plus elle est résiliente, plus elle peut... Il faut donc l'accompagner. Il y a peut-être des solutions low tech à appliquer partout, mais réfléchir à l'échelle d'une forêt, c'est difficile... Il va falloir réussir à récupérer la vapeur d'eau atmosphérique et permettre des axes d'écoulement. On sait remettre de l'eau, de l'activité agricole en plein désert avec la bonne matière organique et en faisant attention... - C.Roux: Question. - G.Musquet: Oui, malheureusement. On a un sol extrêmement sec. Il faut être prudent sur cette source naturelle de feu.
Moins de 10 % des feux sont d'origine naturelle. Ca en fait partie, avec des végétations... Dans les Pyrénées-Orientales, on a parfois certains massifs où 70 % de la végétation est morte. Elle a succombé aux précédentes sécheresses. Donc la foudre peut être malheureusement un des déclencheurs. - N.Berrod: On parle beaucoup des orages en se disant qu'ils vont faire du bien pour les feux de forêt et la sécheresse... Le problème, c'est qu'il y aura plusieurs salves d'orages. Ca a commencé ce matin dans plusieurs régions de France... C'est très localisé. Si on annonce des orages en Seine-et-Marne, ça peut être à Fontainebleau, à 10 ou 50 km... On ne peut pas prévoir un orage. Et un orage avec beaucoup d'eau qui tombe d'un coup
sur un sol extrêmement sec, ça fonctionne comme une éponge. Le sol ne peut pas absorber. Ce n'est pas de l'eau efficace. Donc ces orages annoncés violents et nombreux, il faut pas penser qu'ils vont nous sauver de la sécheresse, surtout quand on voit les modélisations pour les jours qui viennent, qui montrent qu'on va retrouver des températures plus proches des normales de saison, mais non seulement, sur le sud de la France, ça pourrait repartir à la hausse en début de semaine prochaine, mais surtout, il n'y a pas de pluies
abondantes annoncées. Le problème majeur et la grande différence avec fin juin, c'est que la sécheresse accentuée et les conséquences sur le risque de feux de forêt... - C.Roux: Très rapidement, on va vers des privations, des restrictions d'eau? - E.Haziza: Ca existe déjà. - A.Goutard: Dans 99 départements sur 101. - E.Haziza: On a une explosion du nombre de départements concernés par les restrictions. Mais quelles restrictions? Il y a les restrictions industrielles, agricoles... En sachant qu'il faut toujours préserver l'eau potable pour les habitants. On arrive à l'heure des choix. - A.Goutard: 99 départements sont en restriction. - G.Musquet: Maillote et la Guyane ne sont pas concernés. - C.Roux: Question. E.Brocardi, peut-être... N.Berrod a été plus rapide que vous. - N.Berrod: Pardon... Il y a le système d'alerte par téléphone. Et il y a les élus, qui connaissent le mieux leurs habitants et qui sonnent aux portes. - C.Roux: Dernière question pour E.Brocardi. - E.Brocardi: A partir du moment où on fait la distinction entre l'homme et les uniformes, il n'y a pas de raison de tout simplement bafouer tout le travail qui a été fait
par l'ensemble des 250 000 sapeurs-pompiers en France.