Jean-Louis Borloo | Quai n°8
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui cloche dans ce pays ? Pourquoi est-il si difficile de changer les choses ?
- 0:44RelanceRéponse directe
Ils sont honnêtes et intègres, mais ça alimente le populisme ?
- 1:28OuverteRéponse directe
De Gaulle avait compris le problème en 1969, mais les Français l'ont renvoyé. Pourquoi ?
- 2:12FerméeRéponse directe
Combien d'acteurs faut-il pour créer une crèche en France ?
- 2:56RelanceRéponse directe
C'est kafkaïen, mais pourquoi on n'arrive pas à changer ?
- 4:24OuverteRéponse directe
Les constructeurs automobiles n'ont pas développé la voiture électrique. Qui est responsable ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00Jean-Louis BorlooFait
« Il y a des vieilles règles, immuables. »
- 0:44Jean-Louis BorlooFait
« Quand un système ne marche pas, rien ne marche. »
- 0:44Jean-Louis BorlooFait
« Le modèle français est à bout de souffle. »
- 4:24Jean-Louis BorlooFait
« Les constructeurs automobiles n'ont pas développé la voiture électrique. »
- 6:35Jean-Louis BorlooChiffre
« On a 15 000 prévisionnistes pour se tromper de 40 milliards. »
- 9:30Jean-Louis BorlooChiffre
« 42 % de mamans isolées. »
- 10:55Jean-Louis BorlooChiffre
« 1,5 millions de jeunes au pied des immeubles, c'était 20 % d'une classe d'âge. »
- 23:13Jean-Louis BorlooFait
« Roissy est en train de passer à la géothermie. »
Temps de parole
- ?100 %
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Bonjour, Jean-Louis Borloo. -Bonjour. -Alors je vous invite à partir vers l'avenir, vers le futur de la France. Qu'est-ce qui cloche dans ce pays ? Parce qu'on dit que ce pays est ankylosé, qu'on a du mal à changer les choses. Pourquoi ? -Il y a des vieilles règles, immuables. -Ouais. -Quand un système ne marche pas, rien ne marche. La deuxième règle, c'est que quand vous êtes en faillite, les pires comptes qu'on a sont presque flatteurs par rapport aux raisons pour lesquelles on a ces comptes. Ca veut dire que ça fait très très longtemps que la machine ne fonctionne plus. Troisièmement, en ce qui concerne la France, nous sommes dirigés par des gens de grande qualité. -Ah, tout le monde ne dit pas ça. -Moi, je vous le dis.
Bon, ils sont honnêtes, ils sont intègres, ils essaient de bien faire. Il y a ceux qui disent que c'est des voyous, qu'ils s'en foutent, c'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. -Mais ça alimente le populisme. -Ce qui alimente le populisme, c'est que ça ne marche pas. Le vrai problème, ce n'est pas qu'il faut changer quinze gaillards. La vraie question, c'est que le modèle français est à bout de souffle. En gros, Robespierre, codifier Napoléon, la monarchie de Juillet, etc. Ce système qui était centralisé quand 2 % d'une classe d'âge savait lire et écrire. -Oui. -Qui n'est plus centralisée, alors que tu crois que c'est toujours centralisé. La cour est centralisée. -Toujours à Paris. -L'influence est centralisée, mais pas les ressources humaines.
Tout ça est une blague. De Gaulle, il l'avait parfaitement compris, le général, en 1969, quand il avait dit : "Il est temps que les provinces s'occupent des affaires des provinces." -Mais les Français l'ont renvoyé. -Oui. "Et que l'Etat s'occupe de l'essentiel." Voilà. Il l'avait compris. Et à l'époque, la société bourgeoise, un peu frileuse, l'avait congédié. Il était reparti en Irlande. Et après ? Comme ça ne marche pas, le système, on a continué à dépouiller. Alors, le parité risque, il faisait 5 %. Aujourd'hui, ça fait 50 %, 60 % du PIB. C'est-à-dire, en fait... 800 milliards gérés par 800 organismes paritaires. -C'est-à-dire des organismes qui dépendent de l'Etat, mais qui ne sont pas l'Etat. -C'est pas l'Etat. L'Etat s'en mêle un peu, il fait des conventions...
-C'est les professionnels, quoi. -Si je devais résumer, c'est assez simple. Vous voulez faire une crèche en France. Il faut : La ville, l'agglo, la caisse d'allocations familiales, la MSA, le département, le reste à vivre, l'Etat et l'ARS. -Ca fait combien d'acteurs ? Une dizaine ? -En dessous de sept, il n'y a aucun dossier. Il n'y a aucune organisation au monde où, pour faire une piscine, une crèche, un labo, peu importe, il faut sept acteurs minimum. Ca n'existe nulle part au monde. Sept acteurs, c'est les bons cas. Si vous vous dites : "Je veux faire de l'immobilier, construire, on a besoin de logement." On a une petite résidence de cinquante logements.
C'est pas une affaire, hein. Cinquante logements, tout le monde en a besoin, c'est un truc simple. On a des architectes, des ingénieurs, des boîtes de BTP, donc tout ça paraît... Et on a des terrains, c'est simple. Quarante-deux organismes, quarante-deux organismes d'autorisation pour faire ça. -Donc c'est impossible. -C'est juste injouable. -Surtout qu'à ça s'ajoutent des problèmes, des intérêts idéologiques parfois... -Non, c'est le même passé. -Non ? Non, c'est juste le bordel. La vérité, c'est que ça ne marche pas. -La France, c'est un bordel. -Mais, alors, je n'aime pas le mot, mais c'est une cacophonie. Tout le monde fait tout. Pour faire le Salon de la Chaussure, tu vas avoir les sept mêmes intervenants. Résultat ? Personne n'est vraiment responsable,
tout le monde est un peu responsable, tout le monde a mis son nom sur l'affiche le jour de l'inauguration, mais tu as mis quatre ou cinq ans en comité de coordination de pilote, comité de suivi, enfin bref, des autorités... -Kafkaïen. -C'est kafkaïen. Il n'y a pas un chef d'entreprise, un artisan, un boulanger, un maire, un adjoint qui ne vous dira pas ce que je vous dis. Et c'est la bonne nouvelle. -Pourquoi on n'arrive pas à changer puisque tout le monde le dit ? -Tout le monde vous dit les conséquences qu'il subit. -Oui. -Tout le monde. C'est tellement compliqué qu'on s'est habitué. C'est ce que c'est que l'habitude. Vous prenez dix fois par jour le même chemin, même si ce n'est pas le plus court. C'est comme ça la vie, on est formaté comme ça.
Les constructeurs automobiles n'ont pas développé la voiture électrique. C'est quelqu'un qui faisait autre chose. Les grandes mutations se font toujours par des systèmes. C'est exo à ton système. Alors, ça s'aggrave chez nous. Parce qu'on a cette espèce d'idée de Robespierre de nos jours, qu'au fond, l'espèce de machine d'Etat, elle est la morale plus-plus. -C'est l'autorité, quoi. -Elle est garante de l'équipe. -Elle est légitime. -Voilà, mais va dans une école à Grigny, va dans un commissariat... Non, mais je veux dire... Il y en a, c'est... Enfin, bon, ouais, ça marche pas. Donc, le système de la justice, c'est pas les magistrats sont ceci ou sont cela. Le sujet, c'est qu'on est à la fois dans un système inquisitoire, accusatoire, ce qui fait que l'instruction,
elle prend 44 mois. La chaîne, elle est complètement démente. On a encore, tu sais pas pourquoi, une espèce de tribunal spécial administratif. Enfin, bref, les chaînes de commandement ne fonctionnent pas. Donc, il faut se calmer. On a les capacités de simplification... En fait, quand une machine ne marche pas, il ne faut pas dire que c'est de la faute d'un tel. Tu regardes les procès de décision. Je donne un exemple. Le droit d'asile. Le droit d'asile... Moi, j'ai fait le trajet avec le Malien. J'ai fait tout. On va à la préfecture. Il faut aller à l'Ofpra de Paris. -L'Ofpra, oui. -On en a pour dix ans. On en a pour dix ans. C'est juste que le "process" ne marche pas. Il faut tout reprendre. -Il faut changer
toutes les procédures en France. -Mais c'est plus simple. Que d'essayer de tordre à la marche sans rien changer. Vous n'y arriverez pas. Le choc de simplification, tout ça, c'est des blagues. -En plus, ça coûte cher. -Et ça ne marche pas. Rien ne fonctionne. Je me souviens, il y a quelques années, je ne sais pas pourquoi, j'étais en Russie. Et le matin, à la télé, je comprends qu'il y a un putsch. Je saute dans un taxi, je veux voir le putsch. Moi, je trouve ça bien. Les chars autour, c'est passionnant. Et donc, j'arrive. Je suis avec un taxi. -La fin de Gorbatchev. -Oui. Enfin, elle signe. Enfin, c'est bon. Et je lui dis que je vais aller voir le putsch. Et le mec me dit : "Il a raté." Je lui dis : "Pourquoi ?" "Parce qu'ici, rien ne marche." Bon, en fait, la France, c'est ça.
Là, dans les 48 heures, qu'est-ce qui s'est passé ? On t'annonce que crise du logement dramatique. Moins je sais pas combien, 40 %. Tu as vu la dette ? Elle a explosé. La croissance... Enfin... Bon, bref. On te dit, en 24 heures, qu'on est passé de 0,7 à 0,4 de croissance à deux mois de la fin ? -Ouais. -On a 15 000 prévisionnistes pour se tromper de 40 milliards. Ils ne contrôlent plus la machine française. -On a perdu le contrôle de la machine. -Totalement, de tout. -Comment le reprendre ? -C'est simple, on est 70 millions, on a des mers, des Océans, des trucs, voilà nos caractéristiques. Qu'est-ce qui relève du poste de commandement central ? Et qu'est-ce qui relève de la province, en gros.
Tout ce qui est opérationnel, peines et soins, c'est la province, avec les règles de la province. Les Bretons s'occupent du logement des Bretons, et ils le font très bien. Toutes les règles d'urbanisme, de logement national, elles sont dissoutes. Tout ce qui est transféré, tu le dissous. Transféré, mais à une entité commune. La province qui regroupe la région, le département, une partie des caisses d'allocations familiales... -Donc on revoit complètement l'organisation française ? -Comme tous les pays du monde ! -Ecole comprise ? Parce que quand j'entends ça... -Il y a deux choses. Nous, on adore les grands débats théoriques. -Oui. -Deux choses distinctes. Les programmes, c'est la nation. Elle peut se tromper, de temps en temps. On peut discuter du pédagogisme, mais bon.
En revanche, les enfants... La gestion du personnel, l'adaptation, tout ce qui est en plus de l'école. Parce que le sujet central c'est la jeunesse de France. J'espère qu'on pourra en parler. -La jeunesse est concernée, puisqu'on parle de l'avenir. -C'est le sujet central. Aucun pays ne s'est redressé sans sa jeunesse. Le seul chemin de reconstruction de notre pays, passe par sa jeunesse. -Et on a oublié cette jeunesse ? -Totalement. D'ailleurs... -On parle beaucoup de retraites. Le patron du Medef se donne la peine d'écrire pourquoi la jeunesse doit être une grande cause nationale. C'est pas moi. -On parle que retraite. -Mais c'est pas parce que vous parlez les uns et les autres d'un truc que c'est le problème central.
Je vais vous dire, vous savez ce qu'il faut dire aux retraités ? "On va s'occuper de tes petits-enfants." Le sujet principal d'un retraité, c'est ses petits-enfants. Pour l'instant, on les laisse à vau-l'eau. Regardez les résultats PISA, regardez l'ASE, l'Aide sociale à l'enfance, 450 000 jeunes complètement paumés, perdus. Chez les filles, en internat, dans le département du Nord, 80 % dans des réseaux de prostitution. 50 000 enfants soldats, c'est-à-dire, qui ont touché une arme avant la puberté. Je vais expliquer, en fait... Le drame qu'on n'a pas vu. Avant, c'était simple. Le prof, l'instit, le maître, il avait des jeunes homogènes, culturellement, culturellement, linguistiquement. Et puis, à la maison, il y avait un des deux
qui ne travaillait pas, en général, c'était la maman. Bien ou pas bien, c'est comme ça. Celui qui arrive avec les deux parents qui travaillent, on appelait ça l'enfant-clé. C'est le seul de la classe... Bon, bref. Tout ça était structuré. Je ne dis pas que c'est bien ou pas, c'est un constat. Et quand le gamin débordait du coloriage, il y avait le club Coco ou le club catho. -Il rit. -Et donc ça, c'était le système. Pour les garçons, il y avait le service militaire à la fin. Alors, l'homogénéité culturelle, ethnique, on en reparlera. Ce qui fait que les profs, ils arrivent, ils ont un truc devant eux qui est un peu étrange. Bon, la femme travaille très très bien, moi je trouve ça formidable.
Il y a 42 % de mamans isolées, c'est quand même une dinguerie. Et on n'a plus d'éducateurs. -Donc il faut remettre le paquet là-dessus. -Mais évidemment, il y a une chose à faire. -Qui on implique ? Vous, par exemple ? -D'abord, on a recruté qu'un 150 000 fonctionnaires, mais on a viré 100 000 éducateurs. Cherchez l'erreur. On est juste dingue. On ne s'est pas rendu compte de ce qu'on faisait. -On ne sait pas donner les priorités. -Oui, parce qu'on n'a pas vu que les gamins... Voilà, on était en... 1,5 millions de jeunes au pied des immeubles. C'était 20 % d'une classe d'âge. 20 % ! Mais on est fou. C'est pour ça que le patronat te dit : "Mais attends, ces jeunes-là, remettez-les-moi juste un peu au carré, juste en forme."
C'est deux à trois points de croissance. C'est ça, le redressement du pays. -Vous parlez dans le désert quand vous dites ça ? -Non. C'est marrant.... -On vous entend ? -Ecoutez, j'en sais rien, mais j'ai l'impression que oui. Vous savez... Ce que je raconte, je ne fais que dire ce que tout le monde sait. Excusez-moi. Et d'ailleurs, pour qu'une idée soit intelligente, en vrai, c'est qu'elle est au fond partagée par tout le monde. Si tu es tout seul t'es un petit génie mais tu vas rentrer chez toi. -Pas beaucoup disent ça. -Parce que j'ai un cadre d'avance, mais pas plus. En vérité, tout le monde sait très bien. Prenez l'exemple d'Orléans. C'est génial. -La ville d'Orléans. -La ville d'Orléans, bon. J'avais dit à Serge, qui est un maire formidable... -Serge Grouard.
-Absolument. J'ai dit : "Attention, ce sont des gamins." 23 000 personnes. On peut faire toute la rénovation urbaine qu'on veut... -Ca ne marchera pas. -Ils sont très très bons. Qu'est-ce qu'ils font ? Ils ont fait le syndrome africain. Tout un village pour élever un enfant. Benoît, Mohamed ou Moussa, à 15 h 07, tu vois qu'il va déconner ou qu'il va créer un problème. Et qu'est-ce qui se passe ? -A 15 h 08, la chaîne se met en route. Le prof prévient le principal, qui prévient instantanément le chef de file de la bande. Parce que la bande, c'est quoi ? C'est toutes les assos, la CAF, le département, l'hôpital, les services de pédopsychiatrie, enfin bref, les groupes de parents-relais.
Alors, à la minute, dans la demi-heure... Bob, Benoît, ou machin, il est sorti du système, on l'emmène au club de karaté, s'il est plutôt... ou de judo ou de je sais pas quoi ou de pipeau, enfin peu importe, il est pris en main par un club, les pédopsychiatres d'hôpital vont immédiatement le voir, les assistantes sociales, elles vont voir les parents, etc. La chaîne, résultat des courses, 82 % de baisse de délinquance des mineurs. -C'est la ville qui a décidé. Pas besoin de l'Etat. -Il faut bien comprendre que notre système il est émietté. -Il faut revoir complètement l'organisation du pays. -Mais attendez, pour les jeunes, t'as l'ASE, la PJJ, Protection de la jeunesse, la politique de la ville de l'Etat, l'Etat tout court,
l'Educ, l'hôpital, la caisse d'allocations familiales, la MSA... -Comment on fait ? -T'as dix dispositifs, 15 milliards par an, j'ai jamais vu un môme frapper à la porte d'un dispositif, moi, jamais. -Ben, non. Quelle est la recette pour que ça, on puisse le répliquer partout en France ? -Il suffit de tout réorganiser. -Et qui peut le faire ? Le président ? -C'est les Français qui donnent mandat à une équipe de le faire. C'est aussi con que ça. Je veux dire... C'est pas... C'est... Il y a plusieurs rendez-vous, mais il y a un grand rendez-vous, en gros, dans les années, là, 2027 2027, 2028. On est au bout du rouleau. -Oui. Ca se fait vite, tout ça ? -Ben oui.
Tu décides de faire les provinces, par exemple, c'est 16, 17, 18 provinces. Tu fusionnes tout ça, t'as un parlement de province, t'as un ministre du logement, un ministre de... Mais bien sûr, c'est... -Quinze ministres. -Mais par parlement. -Oui. -Par province. Enfin, je veux dire, il faut... Nous, on a cette espèce d'idée, c'est terrifiant. -On est un pays extrêmement jacobin. Complètement... -Sauf que ce n'est pas vrai. C'est une pièce de théâtre. Tu es jacobin quand tu as 300 milliards de recettes et que les partenaires sociaux en ont 800 et les collectivités 300 cents. C'est une blague. L'influence. -Donc on se ment. -Bien sûr. Mais bien sûr, on se ment complètement. C'est pour ça que ça ne marche pas. Le ministre appuie sur un bouton, il ne se passe rien.
-Il ne contrôle pas. -Ca permet de faire des économies. -80 à 120 milliards. -Et en combien de temps ? -Si la bande est ultra préparée... -Oui. -Ca peut se faire en un an et demi. -En un an et demi ? Mais pour ça, il faut aussi que ça rentre dans la tête des Français. -Mais les Français, ils sont déjà d'accord. Non, non. C'est l'élite, qui n'est pas d'accord. C'est l'élite qui vie d'une petite rente. Une fois de plus, ils essaient de bien faire. Ils ne se rendent pas compte. Ils ne savent pas ce qui se passe à Grigny. Ce n'est pas vrai. Ils sont dans leur club. Ca va vraiment bien pour eux. Et je le dis avec tendresse à mes copains. Je n'ai aucune antipathie. -Mais cette élite, vous en avez fait partie, vous. Et vous en faites partie. -Oui et non.
D'abord, je n'ai pas fait les concours. Quand je me suis retrouvé à Valenciennes... -Maire de Valenciennes. -Ils ne m'ont pas aidé pour faire venir Toyota, Mercedes, Bombardier ou Alstom. Et quand j'ai voulu faire une scène de théâtre, "Quand même pas aussi pour Valenciennes... Vous avez vu, avec tant de chômeurs..." J'ai dit : "Justement, on a des chômeurs on a besoin d'une grande bibliothèque, de culture, on a besoin du beau." Ils n'ont pas beaucoup aidé. J'étais au bout de l'Empire, quasiment à la frontière belge. Je les connais par coeur. Quand je me suis occupé du logement, on est passé de 238 000 à 480 000 productions. -On ne construit plus aujourd'hui. -C'est dingue. Il y a une dame au Trésor qui a écrit il y a trois ans qu'on n'a pas besoin de plus de 270 000 logements par an.
Mais ils sont dingues. -Mais d'où ça sort, ça ? -Parce que eux, ils n'ont pas de problème de logement. C'est ça. -Moi, je... -Donc les Français, quand ils se révoltent contre les élites, ils ont raison. -Mais je trouve qu'ils ne se révoltent pas beaucoup par rapport au niveau de dégradation. Moi, je trouve qu'on est d'une gentillesse... Mais d'une très grande gentillesse. -Les gilets jaunes, c'était de la gnognotte, alors ? -Non, c'est pas de la gnognotte. Là, il y avait une espèce de violence parce qu'il y avait de l'humiliation en plus. Parce que ce système, en gros, tu sais ce qu'il pense ? "On va faire de la pédagogie, on va vous expliquer." -Ouais, ouais. -Voilà. "On va vous expliquer." Alors là, pépère, tu ne vas pas m'expliquer.
Ma petite nièce s'est fait bousculer à la gare de Lisieux et le grand-père de mon voisin, a attendu onze heures aux urgences. Et il est mort. Tu ne vas rien m'expliquer du tout. Pourquoi on a un problème avec les retraites ? Parce que celui qui demande l'effort, il n'est pas légitime dans leur tête. Il n'est pas légitime. En plus, il y a des vraies difficultés. Mais je veux dire à tous ceux qui sont en colère, oubliez les colères individuelles, ce n'est pas le sujet. On est capable, à 70 millions, de redresser le pays. -Et ça peut passer par une insurrection ? -Non, ça va... -Ca peut être le déclencheur ? -Non, j'en sais rien, moi. Lénine disait : "Ne me demandez pas quand vient la révolution, c'est elle qui décide." Non, je pense qu'on est plutôt comme en Pologne,
la Solidarnosc ou la Perestroïka. Je pense que tout le monde dans la société a compris à peu près que ça ne marchait pas. Que le système où on a des gouvernements très déshonorables, mais où la diversité maximale va de Sciences Po Lille à Sciences Po Paris... Il y a un seul regard, pas de regard de vétérinaire, d'agriculteur, d'ouvrier, ... La France, c'était les phares et balises, c'était Kourou, le TGV, les grands artistes. C'était ça, la France. Maintenant, c'est le Conseil d'Etat, la Cour des comptes et l'inspection. Ca ne peut pas marcher. Les gens ont compris. Et ils sont assez sympas. Je trouve qu'ils sont quand même très... -Pourtant, on est assez bouillants, on est assez... -On a coupé la tête d'un gazier il y a 250 ans, tu parles. -Oui, d'accord, mais... -On est courageux.
-On renvoie nos présidents de la République parce qu'on les critique souvent. On est quand même assez turbulents. -Le propre d'une démocratie, c'est l'alternance. T'exerces quelques années, après c'est quelqu'un d'autre. La différence avec une dictature, c'est que tu changes d'équipe de temps en temps. C'est très bien. C'est pas un drame. -Emmanuel Macron a dit que les Français sont réfractaires. -Il souffle. Il a dit des tas de choses. On ne va pas commencer à égrener. Bon, il s'en va. Ca va, maintenant. Ce qui est intéressant, c'est comment on rebâtit le pays. -Est-ce qu'il y a des outils qui peuvent nous aider ? L'intelligence artificielle, par exemple. Ca vous fait peur ? Ou au contraire, c'est quelque chose... -Ni l'un ni l'autre.
Moi, je m'imbibe. -Ouais. -Parce que je sens bien que je... Ca ne me vient pas spontanément. La compréhension, les influences, les conséquences, je pense que ça change plein de choses. Moi, je ne suis pas capable. Et donc, je cherche l'équipe dans ce domaine qui est capable de guider les Français. Moi, je ne saurais pas le faire. En revanche, mon job, c'est de recruter les meilleurs. -Et si vous aviez, par exemple, à vous adresser à des jeunes, à vos petits-enfants ? Vous lui écrivez une lettre en lui disant ce que vous lui conseillez pour l'avenir. Qu'est-ce que vous lui écrieriez ? -Je lui dirais... La France, c'est un drôle de pays.
Il faut qu'on soit vraiment au bout du rouleau pour se redresser. Le redressement, c'est bientôt. Attends un peu. -Ouais, ouais. Et la France, c'est quoi pour vous ? Votre idée de la France ? -La France, c'est... D'abord, c'est le jardin de Dieu. C'est aussi pour ça qu'on a tous ces défauts. Qu'est-ce que tu veux ? A partir du moment où tu es dans le plus beau pays du monde, avec une histoire, une culture, un climat complètement tempéré, tu n'as pas à lutter contre les éléments, tu as des Océans, des mers, des outre-mers, des montagnes, des rivières, des fleuves. -Tout à portée de main. -Bon, évidemment, ça ne prédispose pas à l'adaptation permanente. C'est pour ça que les enfants du jardin de Dieu, ils se laissent aller, et puis...
-Ils se réveillent. -Et alors, quand ils se réveillent, ils sont incroyables d'imagination et de courage. De courage. -On a des exemples comme ça dans le passé ? -Oui. -Après la guerre, évidemment. -Les guerres, après toutes les guerres après la monarchie de Juillet, qui était une espèce de... On ressemble un peu à la fin de la monarchie de Juillet, où les surintendants avaient pris le pouvoir, un peu d'isolement, on relisait les textes de l'époque, c'est assez intéressant. Donc voilà, on est ce vieux peuple passionnant, contradictoire, souvent râleur, de mauvaise humeur, mais c'est pas par hasard si les grands trucs, Médecin du monde, Médecin sans frontières... -Ca part d'ici. -Tout ça, c'est français.
Regarde quand il y avait les trucs au Kosovo, les camions qui allaient, à 80 %, les aides alimentaires sont françaises. -Vous qui avez été ministre de l'Environnement, la transition climatique, comment on aborde ça ? -Pour moi, c'est hyper... Alors, central, et au fond... On peut être les meilleurs au monde. Je m'explique. Nous, on n'émet pas beaucoup de CO2 par le nucléaire. -Par rapport à d'autres pays. -On est à six, sept tonnes. Mais si on peut faire mieux, c'est bien. -Ouais. -Deux, on va avoir un problème d'adaptation. Et trois, on a un problème de souveraineté. Donc comment on combine la souveraineté, qu'on fasse autant de froid que de chaud,
et qu'on n'émette pas de CO2 ? -Souveraineté pour s'adapter ? -Pour l'énergie. Il y a une solution, une seule. -On a le nucléaire quand même. -Non, et en plus... La géothermie. Bande de nazes. Ca fait 2 000 ans qu'on sait faire. -Ouais. -Ca fait 2 000 ans qu'on se... Il faut bien comprendre que le chaud et le froid, c'est 52 % du besoin énergétique. De Gaulle a lancé le programme thermonucléaire. Lançons le programme de la souveraineté du sous-sol. La souveraineté de... On est capable, en cinq ans, que toutes les résidences françaises, tous les EHPAD, tous les logements soient chauds et froids avec géothermie.
200 TW. Voilà, c'est un truc où on est souverain, on ne dépend pas du pétrole, on ne dépend pas du gaz. En plus, pour toutes les familles, c'est beaucoup moins cher. Il y a un problème d'investissement de départ. Comme le chemin de fer. -Pourtant on fait peu là-dedans. -C'est pire que ça. Mais il y a cent ans, on était tous à la géothermie. Paris était chauffé à la géothermie, Lille, Lyon, Marseille, Clermont-Ferrand, Saint-Etienne, etc. Il y a des mecs qui sont arrivés et qui ont dit que le pétrole c'est moins cher que l'eau à transporter. On a viré la géothermie. Et on a foutu... Bon... On va juste revenir à ça. On est les champions du monde de sous-sol. On a le BRGM, on a les écoles des mines, Alès, Douai, Paris, Nancy, Saint-Etienne, on est les "kings" !
Donc soyons le premier pays occidental qui soit chaud et froid à la géothermie. Que toutes les familles françaises aient du froid. La climatisation sans climatiseur. Voilà. -C'est la solution et la réponse à ce qui se passe ? -Mais c'est ce qui va se passer. Mais je ne donne pas cinq ans pour que tout le monde entier, le monde occidental, se mette à ça. Evidemment que non. Comme la voiture électrique, on est pour ou contre. C'est comme ça, c'est une donnée. D'ailleurs, Roissy est en train de passer à la géothermie. Batigère, les logements sociaux de Lorraine passent à la géothermie. Tout le monde va passer. Il faut un plan, une organisation. Pas des règles, pas des trucs. Pour la géothermie, il faut passer par deux sens d'autorisation, comme pour le logement.
Il faut voir notre système, il est complètement dingue. Donc, il faut un truc hyper simple, il faut un outil, il faut une banque. Parce que c'est de l'investissement long terme. Comme pour faire des voies de chemin de fer. -Et après, ça donne de la croissance. -Mais attends, mais tu vas faire deux points de croissance. Donc, je veux dire, les Français savent, les mécanos français, ils savent redresser la France. -Les Français savent ? -Bien sûr. -Mieux que leurs dirigeants ? -Mieux que ces dirigeants-là, parce qu'ils sont formidables, mais ils ont juste le même regard. Ils ne peuvent pas penser autrement. C'est-à-dire, l'interministériel, ça se fait à Bercy. Non, mais Bercy, ça devrait être... Allez, 15 000 personnes, c'est la direction du Trésor,
l'accueil des impôts. On a d'ailleurs des collègues exceptionnels. -Ouais, ouais. -Sans humour, c'est l'organisation la plus efficace et honorable. Il n'y a jamais d'embrouille, hein. -Comment elle s'appelle, la révolution Borloo ? Parce que c'est une révolution, là, que vous nous avez exposé. -C'est un bien grand mot. Si on décide qui fait quoi, c'est quand même pas... C'est pas... -Comment on l'appelle ? -Je sais pas, d'ailleurs. A vrai dire, je m'en fous. -Ouais ? Mais c'est... Je sais pas, moi. -Mais c'est un changement total, radical, de nos traditions, de notre organisation. -Mais joyeux. C'est joyeux. -Faut le faire avec le sourire. -Mais c'est une épopée joyeuse. -C'est ça, c'est une épopée. La révolution Borloo.
L'épopée joyeuse. -Merci Jean-Louis Borloo. C'était un plaisir de voyager. -Merci. Train ---
Jean-Louis Borloo