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interviewRadio J — L'interview politique· 9 décembre 2025 13 min

Aurore Bergé - L'interview politique du 09/12/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Locuteur 2

7h45 sur Radio-J, bon réveil, place à l'invité politique du jour, la ministre chargée de l'égalité femmes-hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Berger, est au micro de David Rovodallon. Bonjour à tous les deux. Bonjour Aurore Berger. Bonjour. Alors, beaucoup de choses à examiner sur la situation politique, mais on va d'abord parler de quelques sujets liés à votre portefeuille ministériel, les discriminations, et pour commencer, ce procès qui s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Une nourrice algérienne de 42 ans sous OQTF comparaît pour administration de produits nuisibles avec la circonstance aggravante d'antisémitisme.

Elle est accusée d'avoir versé des produits ménagers toxiques dans la nourriture et les boissons de la famille qui l'employait, les vins, les jus de fruits, le whisky, les pâtes, et quand elle a été interpellée, elle a dit aux policiers, je la cite, « parce qu'ils ont de l'argent et le pouvoir ». Qu'est-ce que ça vous inspire ?

0:53
Locuteur 1

Alors, c'est la justice qui déterminera, mais je crois que la question, évidemment, de l'aggravation des faits par le fait d'antisémitisme semble, en tout cas, caractérisée. C'est-à-dire qu'on se retrouve avec le cœur même des préjugés, des préjugés antisémites, les mêmes préjugés antisémites qui ont conduit à l'enlèvement, la séquestration et l'assassinat d'Ilan Halimi il y a 20 ans.

C'est-à-dire, à partir du moment où on considère que des personnes sont ou seraient juives, ça veut dire qu'elles ont donc de l'argent, et ça veut dire donc qu'il faut qu'elles en donnent plus, puisque c'était ça le sujet, c'était une augmentation salariale, ça aurait pu conduire au pire, c'est-à-dire non seulement à une intoxication, mais peut-être au décès ou à des éléments irréversibles pour cette famille et peut-être même pour leurs enfants. Donc c'est évidemment intolérable.

Et c'est ce qu'on voit depuis le 7 octobre, c'est-à-dire qu'on a à la fois l'antisémitisme qui frappe, un antisémitisme qui a violé une petite fille de 12 ans à courbe voie, et puis une forme d'antisémitisme d'atmosphère auquel on s'habituerait, auquel on voudrait nous habituer. Et c'est là où il faut se dresser très clairement, et c'est là où il faut que la justice soit évidemment implacable.

1:53
Locuteur 2

Un antisémitisme d'atmosphère, disiez-vous, est-ce que vous estimez que la France insoumise, qui a beaucoup exploité politiquement le conflit au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, a une responsabilité dans cet antisémitisme d'atmosphère ?

2:04
Locuteur 1

Je crois qu'il y a une responsabilité écrasante de l'extrême-gauche sur le risque de réenracinement de l'antisémitisme dans notre pays. C'est-à-dire que depuis le 7 octobre, on a vu que dans toutes nos démocraties, il y a eu un regain massif d'antisémitisme. Toutes les démocraties et la France n'ont pas été épargnées de ce point de vue-là, sauf qu'en France, on a en plus des partis politiques, un parti politique singulièrement, qui a non seulement exploité et surfé sur l'antisémitisme, mais qui l'a presque légitimé, légitimé dans le fait que ça devenait l'obsession absolue. Et c'est là où il faut assumer de voir les nouvelles formes d'antisémitisme.

C'est-à-dire qu'il y a malheureusement celui auquel vous faisiez référence dans l'affaire juste avant, mais il y a les nouvelles formes d'antisémitisme, l'antisionisme, l'haine décomplexée d'Israël et puis de cette obsession d'Israël. J'ai vu quand même beaucoup de députés insoumis qui passaient plus de temps, mais de manière très écrasante, à parler de la situation à Gaza qu'à ne parler de la France, des problèmes des Français et donc à chercher à faire en sorte de diviser les Français au travers de ce qui s'y déroulait, oubliant le point de départ, oubliant le 7 octobre et les attentats terroristes puisqu'ils n'ont jamais réellement reconnu que c'était des attentats terroristes.

3:14
Locuteur 2

C'était le caractère terroriste qui était plus ou moins occulté effectivement. Beaucoup de polémiques sur l'antisémitisme également à l'université ces derniers mois. Des propos antisémites à la rentrée, on s'en souvient, sur des groupes WhatsApp d'étudiants, c'était à Paris 1. Un enterrement par les présidents d'universités d'un sondage réalisé par l'IFOP sur l'antisémitisme des enseignants qui avaient été commandés par le ministère. La suspension d'un enseignant de Lyon 2, Julien Théry, qui avait publié une liste de personnalités de génocidaires à boycotter. Et des meilleurs ou des pires. Est-ce qu'il n'y a pas un problème dans l'université française aujourd'hui de ce point de vue ?

3:45
Locuteur 1

Alors, en fait, il y a à la fois un problème structurant qui est les affaires que vous avez décrites et en effet, il y en a eu d'autres. Et puis, il y a un miroir sans doute déformant. C'est-à-dire qu'on l'a vu par exemple sur Sciences Po parce que pendant des mois, on a eu l'obligation de commenter ce qui s'y passait. On ne le commente plus parce qu'on a un nouveau directeur qui agit et qui fait en sorte justement qu'il n'y ait pas de nouveau fait. Et je pense que c'est important aussi de dire quand les choses enfin sont rétablies tout simplement autour de valeurs républicaines. Mais miroir déformant pourquoi ?

Parce qu'à Sciences Po, on commentait beaucoup et c'était le fait d'une poignée d'étudiants qui occupaient, qui empêchaient les élèves d'accéder à des cours, qui créaient un climat absolument détestable et qui souvent d'ailleurs n'étaient même pas de Sciences Po mais qui venaient d'autres endroits.

Donc, il faut être lucide à la fois sur les tentatives d'entrisme et le fait que notre université elle est prise pour cible parce que quand vous arrivez à entrer dans le cœur même du savoir, de la manière avec laquelle les esprits sont supposés se former, être émancipés demain, eh bien vous vous dites que vous êtes au cœur du pouvoir d'aujourd'hui et de demain donc il faut être lucide là-dessus mais il faut aussi avoir un peu de recul pour comprendre que malgré tout ça reste des faits qui sont, et heureusement d'ailleurs, extrêmement minoritaires et le fait d'une poignée.

Par contre, il faut être implacable, c'est ce qu'on a fait, c'est-à-dire qu'on a par exemple sur ce professeur que vous évoquez à Lyon 2, il y a eu une suspension immédiate à caractère proviseur de manière à justement ne pas prendre le risque d'attendre la décision de justice puisqu'il y a aussi une procédure judiciaire, il y a eu un article 40 incidemment au procureur de la République mais on ne pouvait pas continuer à accepter que cet enseignant puisse continuer à enseigner au regard de ce qu'il avait fait et puis on a changé la loi donc ça c'est aussi important de dire que la loi a été modifiée justement pour que la question des sanctions soit beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace.

5:29
Locuteur 2

Alors nous commémorons aujourd'hui les 120 ans de la loi de séparation des églises et de l'État la fameuse loi de 1905 à quel point est-elle menacée aujourd'hui à quel point la laïcité est-elle menacée selon vous ?

5:39
Locuteur 1

Déjà elle est de moins en moins comprise et donc elle est de plus en plus contestée. On voit bien à quel point aujourd'hui certains cherchent à détourner le principe même de laïcité qui est pourtant pour nous un principe cardinal parce que c'est sans doute le principe duquel découlent tous les autres.

sans la laïcité il n'y a pas d'égalité possible en droit il n'y a pas de liberté et d'émancipation possible il n'y a sans doute plus non plus de fraternité qui soit possible dans notre pays et c'est de plus en plus contesté parce que en fait des deux côtés des deux bords si vous voulez parce qu'on a une polarisation qui est de plus en plus grande et donc vous avez à la fois ceux qui expliquent que la laïcité au lieu d'être ce qu'elle est c'est-à-dire une liberté et une protection devient une arme à l'encontre de certains de nos concitoyens ça c'est du côté de l'extrême gauche

6:22
Locuteur 2

qui explique que la liberté entre guillemets serait islamophobe oui c'est ça

6:26
Locuteur 1

c'est-à-dire on veut intérioriser l'idée on veut dire aux français et notamment à nos compatriotes musulmans la république ne veut pas de vous la république ne vous aime pas la république veut vous exclure et regardez ce principe de laïcité justement est fait aujourd'hui est brandi aujourd'hui pour mieux vous mettre à l'écart c'est évidemment pas ce que nous on porte dans la république donc ça c'est pour l'extrême gauche et puis il y a l'autre côté de forme de mâchoire de tenailles identitaires de l'extrême droite qui abuse du principe de laïcité uniquement à l'encontre d'une partie de nos concitoyens et qui n'a pas du tout la vision pour ne pas laïcité et qui n'a pas du tout la vision universaliste qui est la nôtre du principe de laïcité donc ça passe je pense par une vraie reconquête républicaine sur ce principe déjà dans son enseignement dans sa définition dans la manière avec laquelle on peut et dès le plus jeune âge réexpliquer c'est le rôle majeur de l'école et l'éducation nationale à nos enfants ce que ça leur permet ça leur permet ce moment exceptionnel de respiration qui fait que quand ils entrent dans l'école de la république on ne les regarde plus comme étant de telle ou telle origine ou de telle et telle identité on ne les regarde que comme des citoyens français et ça c'est la plus puissante des libertés qu'on puisse avoir

7:36
Locuteur 2

alors on va passer on va passer à l'actualité politique nationale une journée décisive aujourd'hui bien sûr les députés doivent voter le PLFSS le fameux budget de la sécurité sociale ça va se jouer à un fil d'un côté Renaissance votre parti le PS le modem vote pour de l'autre côté RN LFI et le PCF vote contre au milieu les écologistes Horizon et LR on ne sait pas ils vont s'abstenir est-ce qu'il va y avoir de la déperdition de voix ça va se jouer vraiment à un fil est-ce que vous êtes optimiste

8:04
Locuteur 1

alors moi de toute façon tant que le vote n'a pas eu lieu il n'a pas eu lieu donc on se bat et on se bat jusqu'à la dernière minute pour essayer de convaincre pourquoi parce que dans tous les cas il faudra un projet de loi de financement de la sécurité sociale il faut que les auditeurs l'entendent c'est-à-dire que quand bien même ce serait rejeté cet après-midi il faudra y revenir il n'y a pas de possibilité de faire comme on l'a par exemple sur le budget de l'Etat une loi spéciale il n'y a pas de corde de rappel sur le budget de la sécurité sociale pourquoi on a besoin qu'il soit voté aussi c'est parce que sinon vous avez un risque massif de dérapage du déficit si ce texte n'est pas adopté je sais qu'il n'est pas parfait qu'il ne peut pas par principe même convenir à tout le monde puisque ça s'appelle du compromis ça veut dire qu'on aura 30 milliards 30 milliards de déficit pour l'année 2026

8:46
Locuteur 2

au lieu de grosso modo 20 c'est ça aujourd'hui

8:48
Locuteur 1

au lieu d'à peu près un peu plus de 20 milliards évidemment que ça pourrait être perfectible évidemment qu'on pourrait mieux faire mais on a l'assemblée qu'on a on a une assemblée qui est fracturée qui est morcelée et qui ne s'est pas forcément mise d'accord pour moins de dépenses par contre ce que je sais c'est que si on n'adopte pas ce texte alors il n'y a rien qui ralentira la dépense et on finira à 30 milliards et c'est juste insoutenable c'est-à-dire c'est intenable pour nos finances publiques c'est intenable sur le poids qu'on fait peser sur nos créanciers et qui à un moment vont arrêter aussi de nous suivre donc c'est pour ça qu'on essaie de convaincre sur la nécessité d'adopter ce projet de loi de financement de la sécurité sociale et puis je crois que les français ils ont aussi envie qu'on passe à autre chose ça fait 18 mois qu'on parle du budget il fait 18 mois qu'on parle du budget de l'État du budget de la sécurité sociale qu'on emploie des mots comme loi spéciale ordonnance 49-3 je pense que plus personne ne comprend rien par contre ce que les français ont compris c'est qu'on devait normalement être suffisamment mature pour se mettre d'accord ensemble et ils ont besoin aussi qu'on passe encore une fois à d'autres sujets qui les concernent sur les valeurs qu'on a évoquées sur comment on renforce ces principes républicains sur la question de leur sécurité au quotidien sur la question de l'école sur la question moi que je porte sur l'égalité et on a besoin de temps parlementaire pour le faire sinon ça veut dire qu'en janvier en février on recommencera de nouvelles discussions budgétaires

10:01
Locuteur 2

alors s'entendre dites-vous mais on a parfois l'impression que Sébastien Lecornu ça marche plutôt dans la discussion avec les socialistes même s'il y a au prix de certains compromis mais qu'il y a des membres de l'ex-majorité qui posent problème Edouard Philippe l'ancien premier ministre qui a estimé devant son mouvement horizon devant ses députés on ne peut pas voter pour le PLFSS avec des amis comme ça quand même vous n'avez pas vraiment besoin d'ennemis

10:22
Locuteur 1

moi j'évite de donner des leçons de morale aux uns et aux autres déjà parce que je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure technique pour les inviter à voter pour le budget mais aussi parce que chacun peut avoir des points de vue différents ce que je sais c'est qu'encore une fois on a réussi depuis 2017 à avancer à cheminer ensemble avec Renaissance avec le modem avec Horizon et que depuis plus d'un an on essaye de le faire avec les LR alors c'est pas idéal c'est pas évident c'est pas facile tous les jours mais ça permet quand même d'avancer et ça a permis justement dans l'année passée de se doter de budget ça a permis d'avancer sur la lutte contre le narcotrafic qui pourrit quand même la vie d'un certain nombre de nos communes et donc d'un certain nombre de français d'avancer sur la lutte contre l'antisémitisme par exemple à l'université ou des lois importantes que j'ai portées avec les parlementaires notamment sur l'égalité la lutte contre les violences faites aux femmes la question du consentement donc c'est à dire qu'on est capable de faire des choses on est capable de se mettre d'accord on est capable de s'entendre et il faut qu'on arrive à en faire la démonstration parce que sinon je pense que le risque c'est que de toute façon on soit tous et collectivement balayés les français ne feront pas dans le détail pour savoir à qui la faute à qui la responsabilité ils verront juste qu'on a discuté pendant des semaines pendant des mois et qu'à la fin ça n'a pas fonctionné et qu'en plus donc on leur promet que ça va recommencer

11:37
Locuteur 2

Le problème c'est que chacun a un petit peu en tête cette grande échéance la mère de toutes les batailles 2027 on constate aussi qu'il y a pléthore de prétendants dans le bloc central à cette présidentielle j'en ai compté une dizaine comment est-ce qu'on va faire pour les départager je crois que vous vous êtes pour une primaire

11:52
Locuteur 1

Oui parce que vous le dites vous-même c'est à dire qu'on a à la fois un certain nombre de candidats tant mieux ça veut dire qu'il y a un vivier ça veut dire qu'il y a des ambitions et je trouve que c'est plutôt bien de ce point de vue là de se dire qu'aussi il y a un vrai match presque qui existe démocratique au sein du bloc central vous voyez que dans d'autres parties la question se pose moins parce que de toute façon il y a un ou une candidate et c'est comme ça et c'est fixé les règles du jeu sont fixées à l'avance par contre s'il n'y a pas une candidature unique le risque est évident et il est colossal le risque c'est que on offre aux français le choix entre le RN et la France insoumise parce que Jean-Luc Mélenchon malgré les deux dernières années qu'on a passées continue à avoir un socle qui n'est pas négligeable et parce qu'aujourd'hui on voit qu'on a une envolée du RN à plus de 35% dans les sondages quand on est face à cette situation on a une obligation de responsabilité et l'obligation de responsabilité ça veut dire une candidature unique et ça veut dire s'en donner les moyens et à part la primaire je ne vois pas bien comment on pourrait réussir à départager et à aboutir sur une candidature ça ne veut pas dire que ça nous garantit la victoire mais ça nous en donne un peu les moyens alors que sans ça je crains malheureusement qu'on offre la victoire au RN et c'est évidemment pas ce que je souhaite pour le pays

13:03
Locuteur 2

Merci beaucoup Aurore Berger et à très bientôt sur Radio-J Merci à tous les deux demain David vous recevrez

13:10
Locuteur 1

Shannon C'est bon Sous-titrage Société Radio-Canada