Alma Dufour, une députée engagée pour que les droits des handicapés soient appliqués | Circo
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Alma DufourFait
« La loi est mal faite, l'obligation ne porte que sur la construction de logements neufs et pas sur le parc existant. »
- 5:00Alma DufourFait
« Un bailleur sur le parc qui existe déjà, sur les logements déjà construits, il n'a pas d'obligation juridique de vous le rendre adaptable. »
- 6:00Karim BelhajFait
« La loi de 89, qui régit les rapports entre le bailleur et le locataire, elle est claire, elle dit que le bailleur doit délivrer un logement décent son locataire. »
- 7:00Karim BelhajFait
« Ce n'est pas aux locataires de répondre aux difficultés de financement du parc social. »
- 8:00Alma DufourChiffre
« On estime à sept millions le nombre d'adultes en situation de handicap. »
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Coups sur la porte Bonjour. -Bonjour. Vous allez bien ? -Bien, merci. -Ca fait plaisir de vous rencontrer. -Merci, de même.
Allez-y, passez devant. -Merci. -Alors déjà, essayez de lever ça. -Ouais, c'est chaud. -Après, vous êtes comme ça.
Et si vous allez trop loin... la marche !
Et c'est ça qui m'attend. Voilà. Ca, c'est du direct live. -C'est un coup à se tuer. -Et ma douche, là.
Ca, je crois que c'est le bouquet final. Comment vous faites pour prendre une douche là-dedans ? Là, c'est soi-disant mon siège de secours. -D'accord. -C'est de la merde. -OK, ça c'est le siège. -Ca, voilà.
Alors, vous vous asseyez sur le siège qu'ils ont installé. Et comment vous faites, là ? -Ah ouais. -Faut le faire pour avoir les bras aussi longs.
Normalement, le siège, il est installé là. -C'est tout petit. Mais le fauteuil ne passe pas là.
Et la margelle ? Tous les matins, je lave la baraque intégralement. C'est que l'eau.
Regardez, c'est fou. -Oui, ça ne se plie pas. -Ca se plie pas, et en plus, regardez, il y a du jeu. -C'est dangereux. -L'autre a dit que c'était de ma faute parce que je reste trop de temps sous l'eau. -Maintenant, vous n'avez même plus le droit de prendre de douche. -Il dit qu'il faut éteindre entre deux...
Ils rigolent ou quoi ? -C'est un truc de fou, quand même. Musique Bonjour, c'est Alma Dufour, députée de la 4e circonscription de la Seine-Maritime.
J'ai décidé de déposer une proposition de loi pour améliorer l'accès aux droits des personnes en situation de handicap. Suivez-moi. Musique -Je vais prendre mon petit coin de malheur. -Allez-y, allez-y, allez-y. -Ce petit coin de malheur, c'est ce logement social qu'Eric occupe depuis un accident de la route en 2022.
Un valide à 80 %, il est resté plusieurs mois en fauteuil avant de récupérer une partie de sa mobilité. Il ne peut plus travailler et vit désormais de l'allocation adulte handicapé. -Je suis arrivé ici...
Je devais rentrer le 9 septembre 2022. -D'accord. -Et je suis rentré le 20. -OK. -Donc après, ils ont dit qu'ils allaient faire des travaux parce qu'il n'y avait pas la douche et tout... -Impossible pour Eric d'utiliser une baignoire.
Les travaux qui devaient durer 15 jours prennent trois mois et ils sont insuffisants. Rien n'est adapté à sa situation. -Je peux m'asseoir ? -Allez-y, asseyez-vous. -Je suis prisonnier de mon canapé et de ce truc-là.
Le soir, il faut que je tire encore ce truc-là, mais avec les jambes...
Le médoc, quand il n'agit plus, j'ai plus de jambes. C'est clair. Alors il faut que je me débrouille, à tirer comme ça, à développer ce truc-là pour allonger.
Après, préparer mon lit. -Vous dormez là ? -Ouais, ça fait un lit complet. -D'accord, parce qu'il n'y a pas de chambre. -J'ai pas de chambre. -D'accord. -Je devrais avoir une chambre. -Oui.
Ils m'ont avoué qu'ils ne me mettraient jamais en PMR parce que je suis trop vieux. -Ils refusent de le mettre aux normes. -Ils ne veulent pas.
Au début oui et maintenant "hors de question". -La loi est mal faite, l'obligation ne porte que sur la construction de logements neufs et pas sur le parc existant. Il est vrai que, et c'est là où nous on veut intervenir sur ces dossiers-là, c'est qu'il est vrai qu'au jour d'aujourd'hui, un bailleur sur le parc qui existe déjà, sur les logements déjà construits, il n'a pas d'obligation juridique de vous le rendre adaptable.
Et c'est là où nous, on veut faire évoluer la loi. On oblige les bailleurs à adapter les logements existants et qu'ils aient une obligation vis-à-vis du locataire de faire des travaux. -Parce que s'ils m'avaient dit qu'ils n'allaient pas faire les travaux jamais j'aurais pris ce logement.
Alors je me suis retrouvé prisonnier de la promesse qu'ils n'ont jamais tenue. -On a des cas comme ça partout dans la circonscription, ou aussi des personnes âgées qui se retrouvent coincées parce qu'elles perdent de leur mobilité, etc. Et donc en fait, ça devient assez massif.
Et j'ai demandé à la préfecture de se saisir du sujet, pas de laisser juste bailleur par bailleur les locataires essayer de se débrouiller avec leur bailleur, mais qu'il y ait quelque chose qui soit pris en charge par l'Etat, parce que c'est un enjeu de santé publique. -Vingt ans après la loi handicap, le droit à un logement décent n'est pas toujours respecté. Pour préparer sa proposition de loi, Alma Dufour multiplie les rencontres.
Les bailleurs sociaux n'ont pas répondu aux sollicitations de la députée. Ce jour-là, elle a rendez-vous avec Karim Belhaj, le directeur de l'ADIL de Seine-Maritime, pour comprendre les freins et les blocages au logement des personnes en situation de handicap. -Bonjour. -Bonjour. -Vous allez bien ? -Ca va et toi ? -Oui, ça va, ça va. -Assis-toi. -L'ADIL, c'est l'agence départementale pour l'information sur le logement.
Elle a pour mission de renseigner les usagers sur leurs droits. -Donc là, on est vraiment en phase de recueil des avis de tous les acteurs. Qu'est-ce qu'ils se pensent de la loi actuelle ?
Qu'est-ce qui, pour vous, serait intéressant de modifier ? -Moi, de mon point de vue, ce qui a peut-être amélioré d'abord, effectivement on parle, mais ça c'est valable pour toutes les dispositions législatives, c'est d'appliquer déjà ce qui existe et peut-être aussi requestionner comment on voit la question du handicap, la question du logement, souvent dans l'esprit des gens, le handicap c'est une personne au fauteuil roulant. Alors que vous avez les handicaps invisibles, donc des gens qui souffrent, vous avez des personnes qui sont malentendantes aussi. -Les bailleurs ont encore du mal à prendre en compte les multiples handicaps et adapter leur logement à ces spécificités. -Parce que là, on est confronté à des bailleurs qui refusent de faire des travaux.
Et ils n'y sont pas obligés, mais ils n'ont pas de solution alternative à proposer non plus. Est-ce que dans ces cas-là, ils ne peuvent pas être tenus d'un aménagement au moins minimal ? -Ce qu'il faut savoir, la loi de 89, qui régit les rapports entre le bailleur et le locataire, elle est claire, elle dit que le bailleur doit délivrer un logement décent son locataire, que ce soit un locataire du parc privé ou du parc social.
Les bailleurs sociaux disent, c'est vrai ou pas, c'est un autre débat, qu'ils sont confrontés à des problématiques aussi financières, économiques, pour rénover leur parc. Ce n'est pas aux locataires de répondre aux difficultés de financement du parc social. -C'est aux politiques de répondre aux difficultés. -Et un locataire, il faut qu'on lui dise, qu'il faut surtout continuer de payer le loyer, c'est une obligation prévue par la loi.
Et en même temps, on lui dit que les travaux, ils ne se feront que dans 6 ou 12 mois parce qu'il y a un programme de travaux, parce que cette année, on n'a pas le budget. Ce n'est pas un discours qui est entendable. -Et juridiquement, un trouble de jouissance peut être reconnu par un avocat. -Complètement. donc quelqu'un qui n'a pas accès à sa douche, qui n'a pas accès à son extérieur, qui peut faire déclarer un trouble de jouissance devant un juge. -Oui, complètement. -Et être amputé de son loyer. -Exactement.
Après, c'est aussi ce qu'on peut appeler le pouvoir du police du maire qui intervient, que ce soit dans le parc privé ou social, pour faire une visite de qualification. Et le maire doit aussi d'écrire aux bailleurs, privés ou publics, pour qu'ils fassent des travaux. -Face à ces problématiques, les maires sont en première ligne.
Ils ont un rôle à jouer. A Maromme, au nord de Rouen, David Lamiray en a fait l'une de ses priorités. -C'est un travaille de longue haleine avec les bailleurs.
Toujours la difficulté, c'est de faire converger à la fois l'offre et la demande. Il n'y a pas que ça, les immeubles, il faut s'y rendre. Il y a tout l'aménagement de l'espace public qui est aussi important.
On a construit constamment les villes en n'y pensant pas et il y a des vrais sujets sur l'espace public. Pour moi, là où vraiment j'attends sur la loi, c'est de contraindre sur l'espace public. Tu vois, pas plus tard qu'hier, j'apprends qu'on doit développer la fibre, en tout cas les vingt derniers pourcents.
Et là, on me dit, on ne va pas enfouir, on va mettre la fibre en aérien et on va mettre des poteaux sur les trottoirs. Et la loi qui impose d'avoir tous les trottoirs d'1,40 m pour que deux fauteuils roulants se croisent. Et donc on fait beaucoup de travaux.
Cette place de l'hôtel de ville, elle ne fait qu'un plateau sans marche. Donc, on fait énormément de travaux pour atteindre ces objectifs. On essaie d'élargir les trottoirs et puis on a les opérateurs qui arrivent et qui nous disent : "On va planter un poteau ici et le trottoir fera 1,10 m." Ils ont un arrêté de voirie permanent, donc ils font ce qu'ils veulent, sans prévenir le maire.
Et ça, ce n'est plus possible. On nous impose des règles et on ne nous donne pas les moyens pour les mettre en oeuvre. La mise en accessibilité de la ville... -Ca te coûte combien ? -On va être entre trois et quatre millions d'euros et je n'ai pas d'aide là-dessus.
Donc ça, à un moment donné, ce n'est pas tenable. Musique -Bonjour, ça va bien ? -Sur un budget annuel de vingt millions d'euros, ces mises aux normes handicap pèsent lourd.
Elles sont entièrement à la charge de la commune. -Donc c'est un ascenseur. -Un ascenseur qui va être en service dans 15 jours.
Donc on l'a greffé, 70 000 euros, pour rendre accessible l'école à tous les élèves et tous les espaces et tous les mètres carrés sans exception. Et on va aller voir, on a fait un autre aménagement un peu plus loin, on a fait aussi l'école de musique. Alors tout ça, c'est beaucoup d'argent. -Oui. -Alors là on est à la convergence d'un EHPAD, d'un conservatoire de musique, ici ça connecte les équipements, de l'église en face et là on avait plein de trottoirs partout.
Et donc là on a tout réaménagé pour que ça soit 100 % accessible. Voilà donc avec les pictos avant de traverser au sol et la place et le parvis Jacques Hamel. -Et c'est bien parce que vous avez fait des terres pleines pour la végétation, c'est joli. -Oui, on végétalise un maximum.
Et là, typiquement, on avait quatre marches à l'église et donc on joue sur la topo pour qu'il y ait zéro marche. -Donc vous avez fait un... -On a triché sur les terres parce que le niveau de la route est là-bas. -Mais ça se voit presque pas. -Et donc on joue sur les terres.
D'ailleurs il y a encore les mains courantes. On les a laissées pour l'anecdote. Mais là, typiquement, on a rendu aujourd'hui l'église 100 % accessible aux personnes à mobilité réduite.
Cloches -L'accessibilité n'est pas le seul obstacle que rencontrent les personnes en situation de handicap. L'accès à l'école ou tout simplement à leurs droits est encore trop compliqué. -Bonjour.
Merci d'être tous là, c'est super. -Alma Dufour a décidé de co-construire la loi avec des personnes en situation de handicap, des aidants et des associations. Leur expérience, leur vécu doivent nourrir la loi. -Allez-y, je vous écoute.
Je suis là pour vraiment écouter. -Pour une fois que quelqu'un s'intéresse à nous, à nos problèmes, justement, c'est tout ce qu'on demande. Moi, la première fois que j'ai fait ma demande d'allocation adulte handicapé, je sortais de deux AVC.
Et donc, mon médecin a envoyé un document à la MDPH. Il y a eu un refus, premier refus. Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas été contactée. -Le manque d'humanité dans les démarches administratives et les délais trop longs pèsent sur tous.
Mais aussi le manque de professionnels de santé. -Je suis maman d'une petite fille qui a une trisomie 21, ça fait un an et demi qu'elle n'a pas d'orthophonie, parce qu'il n'y a personne en face. -Votre fille, elle ne peut pas voir d'orthophoniste. -Là, ils ont recruté une orthophoniste à la rentrée, elle ne devait pas avoir de suivi, alors après j'ai fait entendre ma voix, elle obtient un petit temps, mais c'est insuffisant en fait. -Moi je trouve que je suis chanceuse parce qu'on nous a donné accès à l'école.
Mais la grande majorité des parents, on leur ferme les portes et on leur dit : "Voilà, l'enfant a trop de particularités, trop de difficultés, on ne peut pas l'accueillir." -Comment vous arrivez à gérer le fait d'avoir un travail ? Est-ce que c'est possible en l'état, en tout cas à temps plein ?
Comment vous arrivez à faire les deux quand on est parents en ce moment ? -J'ai fait face à un vrai rejet de l'employeur. Alors que j'étais à la base tous les jours encouragée dans mon poste, et du jour au lendemain je suis devenue une tête à abattre.
Quand je suis revenue en poste, mes affaires étaient au pied du bureau, on m'a remplacée. Et puis après, on a tapé du poing pour me demander une démission. Ca a été un long parcours compliqué et un licenciement et trois procès depuis. -Alma Dufour a déjà repéré quelques mesures clés pour sa proposition de loi, comme un numéro de suivi de dossier unique et à vie. -De faire un numéro national, comme ça si vous déménagez, vous pouvez avoir le même suivi.
Ca, c'est des choses très concrètes, très simples, qui ne coûtent pas énormément d'argent, qu'on peut mettre en place très vite. Et puis après, il y a évidemment, ce qu'on savait déjà, la question des moyens, la question, moi je pense, des sanctions pour l'Etat quand il n'est pas capable d'offrir des places en IME, des AESH en établissement scolaire. Je me mets à la place des gens et je me dis, mais vivre ça, et en plus, devoir subir la solitude, le manque d'égard, la discrimination.
Là, je suis un peu dans une phase où ça me rappelle pourquoi c'est important d'organiser ce genre de choses et de continuer à travailler sur ce sujet, de pousser des choses. Je me sens investie de quelque chose d'important parce que vraiment, il y a des situations qui ne sont pas entendables et qu'on doit absolument faire bouger. -Avec sa proposition de loi, Alma Dufour espère rendre effectifs les droits acquis il y a 20 ans avec la loi handicap et combler les vides juridiques.
Une proposition de loi qu'elle souhaite transpartisane. On estime à sept millions le nombre d'adultes en situation de handicap. Musique
Alma Dufour