Agnès Evren : « Paris est fracturé entre les très aisés et les très aidés. »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, sénatrice de Paris, vous êtes porte-parole des Républicains. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Bonjour Julien.
Bonjour Rianne, bonjour Madame Evren.
Bonjour. Face à la hausse des prix des carburants, Agnès Evren, Sébastien Lecornu, refuse la politique du chèque. Mais ce matin, le ministre de l'Économie annonce des mesures ciblées dans les prochains jours.
C'est la bonne méthode ? Des mesures ciblées, oui, mais il faut savoir que 60% du prix du carburant est constitué de taxes. Et donc là, il y a un enjeu d'équité territoriale et de justice sociale. Nous, chez les Républicains, nous demandons une baisse de ces taxes. L'Espagne l'a fait, l'Italie l'a fait, la Grèce l'a fait. Et en fait, l'énergie est une dépense contrainte. Les Français n'ont pas le choix. Ceux qui vivent dans des territoires où il n'y a pas d'alternative, il faut aller travailler, je pense, aux artisans, aux commerçants, aux agriculteurs, ceux qui vont bosser, ceux qui ont tout simplement besoin de leur voiture. Est-ce que l'État profite de cette crise ?
Oui, je ne vais pas dire que l'État est profiteur de la crise.
L'État, ce n'est pas un profiteur de la crise.
Mais encore une fois, les Français, les plus modestes, subissent cette crise de plein fouet. Et donc, il faut les protéger, tout simplement. C'est pour ça que des aides ciblées sont importantes. Mais moi, je pense qu'il faut une mesure immédiate et fiscale. La France est malade de ces taxes.
Mesures fiscales, j'entends. Mais quand on est défenseur de l'orthodoxie fine budgétaire, est-ce que, véritablement, on peut se permettre, à l'heure actuelle, vu l'état des finances, cette baisse des taxes sur les énergies ?
Vous avez raison de poser la question. Je pense qu'il faut aller faire des économies ailleurs. Là encore, je le redis, l'énergie est une dépense contrainte. Ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Les gens doivent aller emmener leur enfant à l'école, doivent aller travailler.
Mais est-ce que ça ne doit pas être ciblé sur certaines populations et pas sur l'ensemble des Français ? Parce qu'on l'a vu durant la crise énergétique de 2022, en baissant de façon générale les taxes ou en favorisant cela, on peut aussi amener un énorme trou dans les finances publiques.
Vous avez d'autant plus raison qu'il est vrai qu'aujourd'hui, la situation budgétaire de la France est catastrophique. On le sait, 3,5 milliards de dettes, 6% de déficit. Donc en effet, ciblons, mais encore une fois, attention, ce sont les ménages les plus modestes qui sont frappés de plein fouet par cette crise énergétique. Et donc il faut les protéger, encore une fois, je le redis.
Donc baisse de taxes, ciblées ?
Ciblées, ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin et ceux qui, dans certains territoires ruraux, n'ont tout simplement pas accès à des transports en commun. Par exemple, les agriculteurs, les commerçants, les artisans, – Ça y est, il y a des premières mesures, ce sont les bonnes ? – Oui, ce sont les bonnes, oui, ce sont les bonnes. – Julien, on parle des municipales ?
Il y a beaucoup de choses à dire.
– Oui, c'est un vaste sujet puisqu'on est en train de tirer les leçons et le bilan de ces élections. Il y a un chiffre qui a été donné par le ministre de l'Intérieur hier à l'Assemblée nationale qui fait réfléchir, voire même qui inquiète sévèrement. Il annonce que plus de 120 faits judiciarisés ont été enregistrés durant la campagne. C'est autant de plaintes qui sont instruites, que ce soit pour des violences, des insultes ou autres. Cette campagne, est-ce qu'elle a été plus brutale que les autres ?
– Elle a été plus brutale, oui, parce qu'on a vu que la violence, en fait, est en train de s'étendre dans la société et qu'aujourd'hui, elle touche la classe politique et que c'est un combat pour nos valeurs démocratiques. Moi, j'ai été outrée de voir la violence dans certaines villes conquises par la France insoumise, de maires sortants qui ont été humiliés, insultés, invectivés. Je pense notamment à la maire d'Aubervilliers, Karine Franclay, qui a été extrêmement traumatisée de ce qui s'est passé. Elle a dû sortir avec des gardes du corps. Et cette violence est inacceptable, elle est intolérable.
Et je vois bien qu'aujourd'hui, il y a une gauche radicale qui, sous l'influence, sous l'emprise de Jean-Luc Mélenchon, en fait, brutalise encore plus le débat. Il avait d'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, théorisé cette conflictualisation aujourd'hui de la vie politique. C'est pour ça que, nous, chez Les Républicains, nous faisons un combat pour la démocratie contre ces violences qui sont juste inadmissibles. Vous savez, récemment, je regardais un sondage qui montrait, en fait, et c'est gravissime, et ça fait froid dans le dos, que seulement 22% des Français ont encore confiance dans la politique. Mais que, comparativement, ils étaient 60% à faire confiance à leur maire.
Et on voit qu'aujourd'hui, c'est d'autant plus inquiétant que même les maires, qui étaient la seule représentation officielle respectée par les Français, risquent d'avoir une image, en fait, comme celle des députés à l'Assemblée nationale, de cette brutalisation de la vie politique.
Olivier Faure, il parle d'oliganisation. Vous allez jusque-là, oliganisation de la vie politique ?
Oui, mais Olivier Faure a été soumis, aujourd'hui, je trouve, à cette secte LFI qui donne ce spectacle affligeant. Affligeant. Et je le redis, c'est un combat pour nos valeurs, c'est un combat, en fait, pour la démocratie, tout ça.
Mais vous semblez résumer les violences, ou en tout cas la brutalisation de la vie politique, à une certaine gauche. Est-ce qu'il n'y a pas eu aussi des agissements du côté de la droite qui peuvent nourrir aussi ce sentiment de brutalisation ?
Très franchement, toutes les images que j'ai vues, ce sont des villes qui ont été conquises par la France insoumise, où on voyait ces maires humiliées.
Il y avait aussi des maires sans étiquette. Mais par exemple, votre collègue sénateur LR, Thierry Ménien, lui, il a violemment insulté une journaliste, il a menacé de mort hier dans l'hémicycle. Patrick Cannaire, président du groupe socialiste, demande au Sénat de prendre les décisions qui s'imposent. Est-ce qu'il peut encore rester sénateur de votre groupe ?
Écoutez, notre groupe, je pense que le président Gérard Larcher va s'exprimer, ou un autre président de groupe, mais ses propos sont évidemment inacceptables et intolérables dans une démocratie comme la nôtre. C'est une évidence. Il faut arrêter avec cette brutalisation de la vie politique, et après, on s'étonne de la progression des populismes. Non, ce n'est pas acceptable.
Et le maire d'Arcachon aussi, qui a été vu dans une vidéo en train d'insulter son adversaire écologiste. Vous parliez du fait qu'il y avait une brutalisation de la vie politique. On ne peut pas s'empêcher de constater aussi qu'il y a un problème à droite.
Oui, mais il y a une radicalisation aujourd'hui, évidemment, à tous les niveaux. Et vous savez, moi, je le regrette, parce que ce n'est pas le bon niveau. Aujourd'hui, la France fait face à des défis sécuritaires, budgétaires, géostratégiques, démographiques, écologiques, et qu'on doit tous être responsables. Et qu'aujourd'hui, moi, je ne me résous pas en tant que parlementaire à l'idée que dans un an, on bascule dans un duel mortifère entre deux populismes. D'un côté, la France insoumise, et d'un autre, le Rassemblement national. C'est-à-dire, d'un côté, les démagogues, et d'un autre, les idéologues. Julien, sur l'enseignement de ces municipales
pour les Républicains.
Oui, parce que vous pouvez légitimement vous sentir satisfait. Vous citez souvent le chiffre de 57% des villes de plus de 9000 habitants qui ont été conquises, ou bien gardées dans le giron de la droite des Républicains. Mais on ne peut que constater des échecs aussi dans les grandes métropoles, Paris, Lyon et Marseille. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas chez les Républicains pour que les grandes villes vous échappent ?
C'est une très, très bonne question. Alors, attention à ne pas avoir une vision tronquée. Les grandes métropoles, ça n'est que 15% des territoires en France. Et qu'il est vrai que, franchement, quand la droite est elle-même fidèle à ses valeurs et à ses combats, non seulement elle gagne, mais elle se renforce, puisque ce chiffre est important, 57%. Maintenant, dans les grandes métropoles, il est vrai que la droite, moi je le dis en toute honnêteté, la droite a perdu l'électorat urbain. La droite, sur certains sujets, notamment sur l'écologie, n'a pas eu un positionnement assez clair sur ces sujets-là. Et c'est un électorat qui avait basculé chez Macron.
Et donc, je pense que sur tous ces sujets en écologie, culturelle, on doit en effet être un peu plus présent. Il y a ça. Et puis, il y a à Lyon, peut-être un candidat qui n'a pas, comment dire, convaincu, parce que la politique, j'allais dire, c'est aussi un métier. On voyait bien que sur le terrain, il n'était pas…
– À l'aise.
– Il n'était pas à l'aise, tout simplement. Et donc, je pense que, voilà, pour nos candidats, il faut faire attention. Est-ce qu'ils savent faire des débats ? Est-ce qu'ils savent parler aux éditeurs ?
– Et à Paris, Agnès Evren, vous avez fait la campagne de Rachida Dati. – Bien sûr. – Est-ce que là aussi, il y a eu un problème avec votre candidate ? Est-ce que c'est un échec personnel de la part de Rachida Dati ?
– Très franchement, non. Et je le dis en toute objectivité, il faut savoir que Paris est une ville très ancrée à gauche. La gauche est en place depuis 25 ans à Paris. Il y a une sociologie électorale qui a changé à Paris. Puisqu'en fait, les classes moyennes ont quitté Paris. Les classes moyennes ont quitté Paris. On a 135 000 habitants qui ont quitté Paris en 15 ans et ce sont des familles de la classe moyenne, des familles de droite, en fait. Et aujourd'hui, on a une ville qui est très fracturée, polarisée, entre des très aidés, des très aisés, et que, un, il y avait la sociologie électorale. Deux, il est vrai que les reports de voix n'ont pas été faits, malheureusement.
Le retrait de Pierre-Yves Bournazel ne nous a pas aidés. La déclaration de Clément Beaune a fait que, tout simplement, le centre-gauche, a voté pour Emmanuel Macron. Est-ce qu'il en aurait été de même si ça avait été une autre candidate que Rachida Dati ?
Vous n'auriez pas fait un meilleur score à sa place ?
Non, je ne pense pas. C'est elle qui était la mieux placée pour gagner cette ville et la faire basculer. C'était une chance historique depuis 25 ans de pouvoir gagner et incarner l'alternance et c'est elle qui l'a incarné.
La mieux placée, vous ne pouvez pas dire ça, maille-brène, étant donné que...
Souvenez-vous, elle était dans les sondages. Quand on termine
avec 9 points de retard sur son adversaire, ça veut dire que ce que vous espériez, c'est qu'une partie de l'électorat de Pierre-Yves Bournazel se reporte sur Rachida Dati mais ça montre surtout ces résultats que l'électorat centriste ou à deux droites n'était absolument pas convaincu dès le départ par la candidature de Rachida Dati et ça, on pouvait un peu le soupçonner.
Écoutez, en attendant, factuellement, c'était parmi les candidats de droite celle qui était la mieux placée pour faire basculer cette ville. Après, vous savez, moi, je suis quand même élue depuis 20 ans à Paris. J'ai toujours entendu dire « Ah, Nathalie Kosciusko-Morizet, ce n'était pas le bon cheval. Pourquoi vous l'avez choisi ? Ah, Philippe Séguin, il n'était pas bon, il était trop tempérament, un peu caractériel. »
Oui, malheureux vaincu, c'est ce que vous voulez dire, mais j'entends.
Mais là, comment vous l'analysez ? Parce qu'on imagine que vous en avez parlé avec Rachida Dati. Vous vous êtes posé, l'équipe de campagne, pour analyser ça. Comment vous l'analysez ? Qu'est-ce qu'elle vous a dit ? Est-ce que vous attendiez un tel écart, honnêtement ? Non.
Franchement, je ne m'attendais pas à un tel écart. Et d'ailleurs, elle, elle n'était pas surprise de l'écart au premier tour déjà, quand on a vu que la gauche était très haute, 38%. Personne n'avait donné au premier tour, Emmanuel Grégoire à 38%. Et elle à 25%, parce que c'était quand même très faible. Et donc moi, encore une fois, on en a discuté. Il y a une sociologie électorale qui a changé. Encore une fois, je le redis, 135 000 habitants qui ont quitté Paris, ce sont des électeurs de droite, des familles qui, avec deux ou trois enfants, ne peuvent plus vivre à Paris à cause du coût de l'immobilier et de la cherté de la vie. Ça veut dire que vous ne gagnerez plus jamais Paris, la droite ?
Je pense que ça va être honnêtement très, très difficile. Pourquoi ? Parce qu'en plus, il y a une politique de logement social aujourd'hui qui est faite avec un objectif dogmatique de 40% de logements sociaux. On va ghettoiser cette ville et que par ailleurs, beaucoup des habitants sont partis vivre dans les Hauts-de-Seine parce que c'est moins cher. Et puis par ailleurs, nous, voilà, Rachida, elle va rester présidente de groupe. Nous avons demandé à ce qu'elle puisse garder la présidence du groupe parce que nous allons continuer le combat sur les questions de logements sociaux, sur le périscolaire.
Il y a eu quand même ce scandale épouvantable de fin de règne de Mme Hidalgo avec des violences sexuelles faites sur des enfants qui sont en maternelle. Il y a eu une omerta absolue sur ce sujet-là. Et donc, voilà, sur les questions budgétaires, sur les questions de sécurité, il y a aujourd'hui un déni sécuritaire. On a plus de 218% en fait d'augmentation de narcotrafic à Paris. Et donc, nous allons continuer évidemment le combat.
Est-ce qu'elle n'a pas aussi payé, pardon, Julie, est-ce que vous parlez de Pierre-Yves Manzel, est-ce qu'elle n'a pas aussi payé une forme d'ambiguïté avec Sarah Knafo ?
Alors, franchement, il n'y a eu aucune ambiguïté. Moi, c'est un mauvais procès qui est fait à Rachida Dati. C'est malheureusement la gauche qui a commencé à dire que Rachida était facho, que Rachida était raciste. Les électeurs de Sarah Knafo, pour certains, ce sont les nôtres. Moi, j'ai organisé des réunions d'appartement, ce sont les nôtres. Et on va les priver d'aller voter parce que Sarah Knafo s'est retirée au profit de l'alternance. Donc, voilà, moi, ça me fait penser à la phrase de Lionel Jospin qui disait qu'à l'époque de Mitterrand, l'antifascisme était tout simplement devenu un théâtre, en fait. Ils ont tout fait pour rendre...
On est de droite, on est du centre, on est passé de centriste à fasciste. Franchement, ça n'a aucun sens. Ce n'est pas le niveau du débat.
Rachida Dati, est-ce qu'elle n'a pas payé aussi son étiquette candidate macroniste ?
Alors, j'avoue, j'avoue que sur le terrain, on nous disait « Ah, moi, j'aimais bien Rachida Dati avant qu'elle entre au gouvernement. » Emmanuel Macron sur le terrain et beaucoup nous disaient « C'est une candidate macronisée. » Macronisée. Mais là encore, à partir du moment où on n'a pas réussi à convaincre de la nécessité d'une alternance à Paris, ce n'est pas une bonne nouvelle parce qu'encore une fois, je le redis, il faut voir l'État de Paris. On a 12 milliards de dettes malgré l'explosion délirante des impôts locaux, 62% d'augmentation des taxes foncières et on se dit « Mais où va cet argent, en fait ? 12 milliards de dettes, où va l'argent des Parisiens ?
» Quand on regarde la sécurité, la propreté, les mobilités qui sont mises en concurrence alors que dans toutes les métropoles mondiales, les mobilités sont en parfaite harmonie. Il n'y a qu'à Paris où on oppose les piétons aux voitures, par exemple.
Julien, on va parler des républicains qui se tournent vers la présidentielle.
Oui, et on ne peut pas dire que ce soit un long fleuve tranquille. Trois pistes ont été proposées par les sages qui avaient été désignés pour étudier la manière de choisir le candidat à la présidentielle. Ce qu'on a compris, c'est que les adhérents des républicains devront déterminer en avril s'ils désignent directement le patron du parti, Bruno Retailleau, s'ils préfèrent passer par une primaire. Alors, je résume rapidement. Primaire fermée, simplement les adhérents. Primaire semi-ouverte, si j'ai bien compris, c'est on ouvre aux sympathisants. même si le terme de semi-ouverte, on ne sait pas trop en fait à quoi ça correspond.
Ouverte aux sympathisants, tout simplement. Et primaire fermée, c'est exclusivement les adhérents LR. C'est aussi simple.
Alors, deux questions. Est-ce que vous avez une date plus précise sur ce choix des adhérents quant à la formule de départage ? Et deuxièmement, quelle est votre préférence ?
Alors, d'abord, je crois que c'est plutôt au mois d'avril. Je n'ai pas de date précise. On n'a pas de date précise. Mais bon, ce que je constate, c'est que malheureusement, la droite est rattrapée par le syndrome d'autodestruction. Alors qu'encore une fois, je vois le départ de David Listard. Vous le regrettez ? Oui, je le regrette profondément parce qu'il fait partie des talents de notre famille politique et j'aurais préféré qu'il mette ce talent au service de notre famille politique. Sauf qu'il ne dit
aucune cohérence, aucune constance chez les LR. Pardon ? Il dit qu'il n'y a aucune cohérence, qu'il n'y a aucune constance chez les LR.
Eh bien voilà, je vous dis, on est rattrapé par le syndrome d'autodestruction. La droite a aujourd'hui un boulevard sur les questions d'autorité parce qu'une majorité de Français dans ces municipales ont plébiscité l'action politique de droite, c'est-à-dire plus de sécurité, une gestion plus réelle. Mais il n'a pas raison, vous la voyez,
vous, la cohérence et la constance chez les Républicains ?
Écoutez, il faut que maintenant, on se mette au travail tout simplement sur le projet. On doit incarner un choix d'alternance parce que comme je le disais tout à l'heure, moi je suis parlementaire, je ne me résous pas à l'idée qu'en fait les électeurs de droite aient le choix entre d'un côté une gauche radicale et d'un autre le Rassemblement national. Et là, on y va tout droit si on ne prend pas nos responsabilités. La droite a une responsabilité historique.
Mais autodestruction, ça veut dire que vous craignez d'autres départs que celui de David Lissnard ?
Je crains tout simplement la cacophonie. Je crains tout simplement que le meilleur ennemi de la droite c'est elle-même, c'est-à-dire le poison de la division. Encore une fois, on a des défis et la France doit être à l'auteur de l'histoire pour pouvoir incarner un choix d'alternance.
Mais David Lissnard, il va même plus loin, il parle de vote truqué, de vote biaisé et il n'est pas le seul en vérité à penser au sein de votre parti que tout est fait au final pour favoriser la candidature de Bruno Retailleau.
Non mais franchement, moi je trouve ça scandaleux de dire que le vote est truqué, biaisé. Bruno Retailleau, il a été élu avec 74% des voix comme président du parti. Mais d'où le légitime. Justement, c'est pour ça. Vous pensez que les adhérents vont dire autre chose que le choix de Bruno Retailleau ? Non, mais les adhérents pourraient dire écoutez, pourquoi pas une primaire ?
Oui, à priori, s'il y a trois quarts ou plus de trois quarts des gens qui disent Bruno Retailleau est notre candidat préféré. En fait, c'est l'article 21
de nos statuts, on doit consulter les militants. Donc la question est très simple, est-ce que vous voulez une primaire ?
Il n'y a pas grand risque pour Bruno Retailleau de convoquer un vote interne quand on sait qu'il a fait 74% pour la présidence du parti.
Non, mais bien évidemment. Mais là encore, les militants sont souverains pour choisir. La question a été posée.
Sous souverains pour choisir Bruno Retailleau.
Pour l'instant, pour le coup, vous savez, moi je... Mais vous, vous allez voter quoi ? Vous allez voter quoi, par exemple ? On critique Bruno Retailleau, mais en l'occurrence, heureusement qu'il a posé sa candidature il y a quelques mois parce que grâce à lui, au moins, on entend une voix LR dans ce duel entre deux populismes, RN et LFI. Enfin, il y a une voix LR qui s'élève. C'est sympa pour Gérard Larcher,
par exemple. Gérard Larcher, ce matin, il donne une interview aux Parisiens. Alors là aussi, on a l'impression qu'il y a un peu de ligne. Il y a Bruno Retailleau qui fait une interview au Figaro. Un candidat macroniste ne peut pas être élu président de la République. La primaire de la droite et du centre, c'est une usine à gaz. Et puis vous avez le même jour, Gérard Larcher, dans Le Parisien, qui dit qu'il faut un candidat de la droite et du centre en novembre. On est dans la cacophonie
complète ? Moi, je vais vous dire, en fait, c'est, comment dire, une fusée à deux étages. Le premier étage de la fusée, c'est de choisir un champion dans notre famille politique, LR. Et ensuite, de voir, en effet, si on ouvre pour qu'on ait un seul et unique candidat. Parce que si on en a un et demi, ça veut dire que c'est la mort, donc vous êtes d'accord avec Gérard Larcher. RN ou LFI. Moi, je pense qu'il faut, moi, chacun doit d'abord faire émerger sa candidature. C'est sain, c'est de faire avancer. Bon, là,
il y en a déjà deux qui émergent. Il y a celle d'Edouard Philippe, il y a celle de Bruno Retailleau. Eh bien, voilà, mais soyons un peu collectivement intelligents. Mais est-ce que vous, par exemple, vous pourriez soutenir Edouard Philippe en disant mais Bruno Retailleau, à l'heure actuelle, dans les sondages, ce n'est pas le mieux placé, on se range derrière Edouard Philippe ?
Moi, d'abord, je veux Bruno Retailleau. Moi, je veux un projet de droite pour la France parce que je vois bien que les Français veulent moins d'immigration, plus de sécurité, moins d'impôts et que le projet qui sera porté par la droite sera le bon pour les Français. Donc moi, je regarde encore une fois le paysage politique. Je veux d'abord quelqu'un de notre famille politique et puis ensuite, on peut ouvrir pour voir qu'il y ait un seul candidat sinon nous disparaissons du second tour. La qualification, elle est à 16-18. Mais comment ils se mettent d'accord
Edouard Philippe, Bruno Retailleau ? Comment ils se mettent d'accord peut-être Gabriel Attal ?
– Alors, après, c'est le problème. Moi, j'imagine absolument pas Bruno Retailleau derrière Gabriel Attal. C'est pour ça qu'il faut qu'on garde un projet de droite et moi, je plébiscite, c'est normal, c'est ma famille politique, un candidat de droite. – Mais pardon, si tout le monde plébiscite le candidat de sa famille politique, comment on trouve le candidat unique ? – Non, mais après, de la droite unique et du centre. Mais ce que je veux dire, c'est qu'en fait, il est vrai qu'il y a un grand écart entre Gabriel Attal et Bruno Retailleau. – De la droite et du centre,
mais ça veut dire que vous excluez la possibilité, comme le soulève Laurent Wauquiez, d'aller de Gabriel Attal à Darmanin, de Gérald Darmanin jusqu'à Sarah Knafo ?
– Oui, oui, oui. Moi, je suis plutôt sur un candidat unique de la droite et du centre en partant du principe que c'est d'abord un candidat de notre famille politique et ensuite, on voit, pour ne pas condamner les chances, encore une fois, de la droite et du centre d'être au second tour. C'est aussi simple que ça.
– Vous ne voyez pas vous ranger derrière Gabriel Attal. Est-ce que vous voyez vous ranger derrière Edouard Philippe ?
C'est plus compatible ? – Écoutez, on verra le moment venu avec Bruno Retailleau. Ce sera Bruno Retailleau. Oui, pour le coup, il aura un projet plus à droite, mais je me rangerai derrière le candidat de la famille politique qui sera choisi ensuite…
– Ça veut dire deux primaires au final, une primaire côté LR, puis après, on refait une primaire à l'automne. – Il faudra voir alors qu'Edouard Philippe ne va pas y participer.
– Vous savez, c'est très simple. De toute façon, si ce n'est pas un candidat de la droite et du centre, ce sera le RN et moi, je ne veux pas… – Non, mais tout le monde dit ça, mais c'est vrai, c'est juste qu'on ne comprend pas
comment vous trouvez le candidat de la droite et du centre, le candidat commun, parce qu'on a l'impression que personne ne veut s'effacer.
– Personne ne veut s'effacer parce que là, ils avancent chacun, en fait, leurs projets, leurs idées. – Ça va se décanter ? – Ils le font émerger. – Oui, oui, oui, oui.
– Il y a une autre interview ce matin, toujours dans le Figaro, c'est Jordan Bardella. La droite française n'existe plus, dit-il. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
– Oui, il prend son rêve pour des réalités. La droite française, aujourd'hui, elle existe bien. La preuve, c'est que nous sommes la première force politique au plan local.
– Et ça ne se traduit pas au niveau national. C'est quand même une difficulté.
– Comment ça ? Si, au plan national, nous sommes le premier parti d'élus locaux.
– Élus locaux, j'allais dire, mais sur l'ancrage territorial, personne ne vous le conteste. Mais le problème, c'est que ça ne se traduit pas dans des élections nationales, législatives ou présidentielles.
– Oui, vous avez raison, c'est-à-dire qu'on est la première force politique locale, mais on est un peu dans les choux au moment des élections. C'est pour ça que là, on doit se refaire une santé. Et puis Jordan Bardella, tout le temps, il nous parle de l'union des droites, sauf qu'en fait, c'est la disparition tout simplement de la droite. La droite a un patrimoine idéologique qui ne peut pas disparaître. On a donné cinq présidents à la France, on a dominé la Ve République, on ne va pas disparaître derrière le Rassemblement national. – Mais ce n'est pas ce que vous êtes en train
de faire dans les Alpes-Maritimes, dans le bar, vous n'êtes pas en train de disparaître derrière le reste.
Le nationalisme anti-européen, la retraite à 60 ans, c'est deux entités différentes. Eux, ils sont plutôt dirigistes et étatistes sur le plan économique. Nous, on est plutôt libéraux. Sur le plan européen, Jordan Bardella ne pense pas du tout comme Marine Le Pen. Elle, elle est plus, j'allais dire, souverainiste. – Ils sont très adaptables,
c'est presque même ça le problème du Rassemblement national.
– Non, mais il y a un tiraillement idéologique même entre eux. – Merci beaucoup Agnès Évren. Merci d'avoir été notre invitée.
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Agnès Evren