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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 juillet 2021 25 min

Yannick Jadot : "Je suis candidat pour porter un grand projet qui met l'écologie au cœur du pouvoir"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Merci d'écouter France Inter, 8h22. France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, un eurodéputé écologiste avec lequel vous allez pouvoir dialoguer au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Et merci, merci d'être à notre micro ce matin. C'est donc officiel depuis hier. Vous aussi, Yannick Jadot, vous y allez ?

0:31
Yannick Jadot

Permettez-moi, avant de répondre à votre question, de revenir sur la situation absolument dramatique que le Canada vit, que l'humanité vit en ce moment avec le dérèglement climatique. On arrive à des températures de près de 50 degrés. Ce sont des dizaines de morts liées à cette canicule absolument effroyable. et c'est malheureusement un des scénarii qui va se répandre sur l'ensemble de la planète et qui pourrait nous percuter. On a eu en France les orages torrentiels de grêle. La semaine dernière, c'était les inondations Picardie. On sait à quel point l'ensemble de notre pays est percuté. Ce sont les paysans, ce sont les métiers du tourisme.

C'est chacune, chacun qui peut avoir très froid l'hiver ou trop chaud l'été. Et c'est ça, c'est ça le sujet de l'élection présidentielle qui doit venir. C'est est-ce qu'on continue à reporter à demain les décisions indispensables qu'il faut prendre aujourd'hui ? Est-ce qu'on continue à tergiverser ? Est-ce qu'on continue à procrastiner ? Est-ce qu'on continue à prendre des demi-mesures où on agit en responsabilité ? Donc, pour répondre à Nicolas Demorand... Je veux, je suis candidat à l'élection présidentielle pour porter un grand projet qui met l'écologie au cœur du pouvoir, mais pas simplement parce qu'il faut éviter la catastrophe.

Nos conditions de vie, nos conditions d'existence même sont remises en cause par les pandémies, par le dérèglement climatique, l'extinction du vent. Mais, moi, ce que je veux, c'est que ce ne soit pas simplement un impératif, une responsabilité, qu'il y ait une forme d'enthousiasme autour du projet de l'écologie, parce que franchement, on a les solutions. Il y a des femmes et des hommes extraordinaires dans notre pays, dans les fermes, dans les entreprises, dans l'industrie, dans les services publics, qui peuvent et qui peuvent porter cette grande transition, cette grande mobilisation.

2:32
Présentateur

Yannick Jadot, vous êtes donc candidat pour répondre à Nicolas. Vous êtes candidat à l'élection présidentielle. Vous êtes candidat pour être précis à la primaire des Verts, pas directement à la présidentielle. Donc, si vous n'êtes pas désigné par cette primaire des Verts, si c'est Éric Piolle ou Sandrine Rousseau qui l'emportent, vous le soutiendrez, vous n'irez pas.

2:50
Yannick Jadot

Nous devons être la grande équipe de France, et une équipe de France qui gagne, celle de l'écologie. Une équipe de France qui sera forcément un collectif. Une primaire, ce sont des principes, ce sont des règles.

3:04
Présentateur

Non, c'est une incarnation, une primaire. C'est pour départager des incarnations.

3:07
Yannick Jadot

Absolument. Mais ce que je veux dire, c'est que ça doit construire une campagne. Moi, j'ai toujours été fidèle, j'ai toujours été loyal à ma famille politique. Je ne vais pas changer maintenant. Mais, j'appelle chacune de vos auditrices, chacun de vos auditeurs, à rejoindre cette primaire. S'ils ont envie de cette écologie innovante, cette écologie de la protection, cette écologie qui est aussi une écologie qui offre une perspective d'émancipation, de liberté, je les invite à s'inscrire sur 2022lecologie.fr, 2022lecologie.fr, pour soutenir ma candidature, pour soutenir cette écologie qui, franchement, peut être un magnifique projet pour notre pays.

3:52
Présentateur

Yannick Jadot, vous le savez traditionnellement chez les Verts, c'est le favori qui perd la primaire. Souvenez-vous de Nicolas Hulot battu par Eva Jolie. Voilà, j'ai eu un blanc. Vous n'avez pas peur de perdre ?

4:04
Yannick Jadot

C'est le jeu de la démocratie. Moi, c'est pour ça que j'invite à ce que vos auditrices et vos éditeurs rejoignent, s'emparent de cette primaire, qu'ils s'y inscrivent, et qu'ils fassent vivre cette écologie. Franchement, inégalité sociale. On a vu le schisme démocratique dont l'abstention est un symptôme extraordinaire entre les citoyens et les élus. L'écologie, parce qu'elle est une promesse pour l'industrie, une promesse pour nos services publics, pour la démocratie, eh bien, ça doit être le grand projet qui doit nous animer dans cette campagne 2022.

4:43
Présentateur

Vous avez fait cette déclaration de candidature au lendemain de celle d'Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble. Vous, vous tirez la bourse. C'est celui qui dégaine en premier, c'est ça ?

4:51
Yannick Jadot

Non, on a, je pense, toutes et tous considéré qu'il y avait les élections départementales, les élections régionales, que ce sont des élections, c'était des élections extrêmement importantes, malheureusement, qui n'ont pas touché les Françaises et les Français autant qu'on l'aurait voulu, y compris avec une sorte de négligence, de dilettantisme de la part du gouvernement, dans son organisation, dans sa valorisation, comme dans les matériels de campagne. Chacune, chacun a pu s'en rendre compte. Et donc, on s'est tous et toutes très impliqués. Moi, j'ai fait 25 déplacements. J'ai vu encore à quel point, sur les territoires. J'ai été, par exemple, permettez-moi cet exemple.

5:34
Présentateur

On a beaucoup de questions. Donc, si vous permettez qu'on en pose deux ou trois, parce que c'est par meeting, Nicolas. Oui, oui, cette question sur la tribune de maire socialiste réélu en 2020, qui appelle la maire de Paris à mener la bataille de l'Elysée. Anne Hidalgo se prépare donc également. Elle donne rendez-vous à la rentrée ce matin. Elle a pour elle de diriger la capitale. Elle a la crédibilité de l'élu. Elle dit sur la laïcité, les sujets régaliens, avoir plus de crédibilité que vous chez les Verts. Et puis, c'est une femme, n'a-t-elle pas aujourd'hui plus d'atouts que quiconque chez les Verts ?

6:08
Yannick Jadot

Anne Hidalgo est socialiste. À cette heure, elle n'est pas candidate. Moi, je participe à un processus démocratique, transparent, de désignation d'une candidature écologiste. Et je crois, je continue à croire que face à cette urgence climatique, à cette urgence sociale, à cette urgence démocratique, c'est le logiciel écolo qui est le plus à même, y compris de sortir d'un certain réformisme. Mon écologie, moi je suis né en Picardie, mon écologie aujourd'hui, c'est celle de l'industrie, c'est celle des campagnes et de l'agriculture, c'est celle de la République, c'est celle de la création d'emplois.

Et c'est cette écologie que nous voulons porter avec cohérence, et puis on verra bien sur le chemin qui est candidat ou pas.

6:54
Présentateur

Il y a quelques semaines, vous vouliez d'abord faire l'alliance à gauche. Vous aviez fait un appel à notre micro d'ailleurs, pour réunir toute la gauche. Vous avez eu des réunions d'ailleurs avec les Insoumis, l'EPS, Génération. Vous disiez, faisons l'alliance d'abord, et on verra ensuite quelle incarnation pour la présidentielle. Vous disiez ça il y a quelques semaines. Finalement, ces réunions n'ont servi à rien, puisque chacun reste dans son couloir. Jean-Luc Mélenchon est candidat, vous êtes candidat. Probablement Anne Hidalgo le sera également, ça ne servait à rien en fait ces réunions.

7:21
Yannick Jadot

Je ne crois pas que ça n'a servi à rien. J'ai tendu la main, j'ai fait beaucoup d'efforts pour réunir l'ensemble des représentants, des forces progressistes, pour explorer à la fois d'abord notre capacité à penser, à construire un projet ensemble. Parce que c'est ça, à un moment donné, l'essentiel. C'est qu'est-ce qu'on fait collectivement pour répondre aux difficultés de la vie quotidienne, et pour redonner à notre pays une grande perspective de fierté et d'espoir.

7:52
Auditeur

Finalement, vous n'avez pas pu construire ce projet ?

7:55
Yannick Jadot

J'ai tendu la main, je n'ai pas tendu la joue. Il ne vous a pas échappé que Jean-Luc Mélenchon a plutôt été dans l'invective que dans le dialogue. À partir de ce moment-là, moi je continue toujours à tendre la main. Il faudra ce grand rassemblement. Si on veut gagner, il faudra un grand rassemblement. Mais je le construis autour du projet écologiste, qui encore une fois, a sa cohérence, à sa force, a cette capacité à être à la fois radical dans les transformations engagées, et éminemment pragmatique pour emmener toute la société avec lui.

8:31
Présentateur

Depuis les régionales, je prolonge la question de Léa, il y a une musique qui monte au PS. Les candidats Carole Delga, Alain Rousset, ont été très bien élus. Ils ont fait bien mieux que les listes d'union de la gauche vers PS insoumis. Et au fond, sans me dire le PS aujourd'hui, on est plus fort quand on est seul. Le croyez-vous ?

8:51
Yannick Jadot

Écoutez, s'ils ont envie d'être seuls au PS, ils reproduiront ce qu'a été leur histoire ?

8:59
Présentateur

C'est vrai que pour les régionales, ceux qui ont été les mieux... Non mais c'est un fait, on peut dire que les régionales, ce ne sont que des régionales, mais ceux qui ont été les mieux élus, ce n'est pas ceux qui ont fait l'union, soit que ce soit Karima Deli dans les Hauts-de-France qui avait toute la gauche derrière elle, soit Bayou en Ile-de-France, Julien Bayou, et ce sont ceux qui sont partis seuls.

9:17
Yannick Jadot

Ceux qui ont été les mieux réélus, ce sont les sortants, quelle que soit leur étiquette politique. Ce sont les sortants, quelle que soit leur étiquette politique. C'est l'histoire de ce scrutin, les sortants étaient intouchables, avec ce niveau dramatique d'abstention. Mais je constate aussi que les écologistes, dans beaucoup de régions, ont multiplié par trois les scores qu'ils avaient fait il y a six ans au régional.

9:39
Présentateur

Oui, mais vous n'avez pris aucune région, et vous êtes moins fort que vous êtes derrière le PS en pourcentage de voix.

9:45
Yannick Jadot

Oui, mais vous voyez, y compris, vous avez cité des régions. Vous me parlez de la social-démocratie, qui a été un mouvement politique, une histoire de conquête, de liberté, de droit, de conquête sociale, mais qui a gouverné dans la dernière décennie cinq ans, avec toutes les limites qu'on a pu voir en Bretagne. Pourquoi le socialiste n'a pas voulu faire alliance avec les écologistes ? Parce que nous, nous voulons lutter contre les algues vertes. Nous préférons les énergies renouvelables aux centrales gaz que les socialistes défendent. En Nouvelle-Aquitaine, c'est malheureusement un peu la même chose.

La rupture entre les socialistes et les écologistes, elle est autour de la transition du modèle agricole et de notre capacité à réinstaller des entreprises.

10:30
Présentateur

Yannick Jadot, je voudrais vous faire réagir à la phrase d'Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, dimanche soir après le deuxième tour des régionales, qui a déclaré, qui est pourtant celui qui prône le plus l'union avec vous, il a déclaré qu'il y a une force alliée, une force amie, qui sont les écologistes, vous donc. Mais la réalité, c'est qu'il y a un plafond de verre, un plafond vert, qui fait qu'aujourd'hui, ça ne permet pas d'aller jusqu'à la victoire.

10:51
Yannick Jadot

Écoutez, Olivier Faure renoue avec les bons mots, les bonnes blagues de François Hollande. Très bien, c'est la grande réconciliation socialiste autour des bonnes blagues. Mais on parlait de la Nouvelle-Aquitaine. J'étais, pendant cette campagne, avec Nicolas Thierry, avec les salariés des fonderies du Poitou. Comme j'étais avec Fabienne Grébert, pendant sa campagne, avec les salariés des usines Ferropem. Ce que je porte, par exemple, sur l'industrie, pour toutes ces entreprises qui sont, au milieu de la chaîne industrielle, et qui, si elles disparaissent demain, on ne pourra plus réinstaller des fonderies et des usines de silicium.

Et bien, par exemple, ce que je propose, c'est qu'on ait une grande politique industrielle et potentiellement des nationalisations temporaires de ces usines pour qu'elles ne disparaissent pas. Et qu'on ait une grande politique industrielle, bas carbone, économie circulaire, chimie verte, mobilité collective, industrie automobile, électrique. Et que, sur cette base, on ait des entreprises et des industries partout sur notre territoire. C'est ça, le sujet. Ce n'est pas tant la tambouille politique dont, à mon avis, les Françaises et les Français se foutent un peu aujourd'hui, si on peut parler un peu grossièrement.

Mais, c'est quelles solutions on apporte pour de l'emploi, pour du travail et pour des industries et des services publics sur notre territoire.

12:14
Présentateur

À ce micro, le 10 juin dernier, Arnaud Montebourg disait la chose suivante. Il faut une politique mixte, aujourd'hui, car le pays est à droite sur le régalien et à gauche sur l'économique et le social. Êtes-vous d'accord sur le constat et donc sur la ligne politique qu'il faudrait en déduire ?

12:34
Yannick Jadot

Est-ce que le pays est à droite ? Je pense qu'on peut tous le constater au regard des enquêtes d'opinion qui sont faites en permanence. Il y a une attente, une inquiétude, une angoisse, que beaucoup, malheureusement, en politique, de l'extrême droite à la droite et malheureusement au gouvernement, traduisent en panique identitaire, agitent des paniques identitaires en disant « Vous avez peur, vous avez des angoisses, on va vous trouver des coupables » plutôt que d'apporter des solutions. Moi, je ne me résigne pas à ça. Je suis convaincu que ces peurs, ces angoisses, on peut, au contraire, les traduire ou les changer en énergie positive. Parce qu'il y a de l'envie dans ce pays.

On n'est pas un pays au bord de la guerre civile. On ne va pas être envahi. Ce n'est pas vrai. Celles et ceux qui agitent en permanence le chiffon de la disparition de notre pays n'aiment pas ce pays. Moi, quand je vais sur le terrain, je l'ai dit, dans les centres de recherche, les services publics, les entreprises, les industries, les associations, je vois des femmes et des hommes qui innovent, qui expérimentent, qui réussissent. Et c'est ça qu'on doit mettre au cœur des politiques publiques, au cœur du pouvoir. Et ce sera ça, une présidence écologiste. Ce sera de s'inspirer et d'accompagner les forces vives de notre pays.

13:54
Présentateur

Allez, on file au standard de France Inter. Philippe, bonjour et bienvenue à l'antenne.

14:00
Auditeur

Bonjour à tous et à Yannick en particulier. Je suis moi-même militant d'Europe Écologie Les Verts en Occitanie. Donc, à la fois, je peux témoigner du mépris assez écœurant, pour tout dire, de Mme Carole Delga, Carole, qui a joué beaucoup sur tous les tabous, c'est-à-dire qu'elle fait la politique du « en même temps ». Elle veut l'LGV plus les traînes quotidiens, avec les milliards qui sont sous-estimés au départ. On ne nous parle que de 8 milliards d'euros, alors qu'il faut estimer ça au moins... Et dites-moi, Philippe, qu'en concluez-vous, Philippe ? Philippe, Philippe, s'il vous plaît... Elle favorise aussi la tournachie, etc.

14:47
Présentateur

Alors, quelle conclusion en tirez-vous ? Que voulez-vous demander à Yannick Jadot ?

14:51
Auditeur

Merci de nous laisser parler. Donc, je voulais dire que je suis tout à fait favorable à l'entente qui est absolument indispensable. Il n'y a pas d'autre solution, sachant d'autant plus qu'avec M. Mélenchon, on ne peut absolument rien entendre, rien espérer d'accord, n'est-ce pas ? C'est décidé depuis 6 mois, et il est ridicule, par ailleurs, que notre ami...

15:17
Présentateur

Il faut accélérer, Philippe, le rythme, il y a d'autres auditeurs qui attendent au standard. S'il vous plaît, Philippe.

15:25
Auditeur

Je termine, laissez finir, s'il vous plaît. Je vous demande de bien vouloir accélérer. Merci. Donc, je veux dire qu'il faut absolument que le parti socialiste soit sérieux et crédible. Effectivement, on a vu le comportement aussi en Bretagne, qui est absolument scandaleux. Donc, il faut qu'ils choisissent où ils veulent devenir vraiment social, écologique, comme ils l'affirment. Et il le faut, ils le prouvent. Ou pas. Alors, ce sera difficile de convaincre les électeurs et de battre où Macron, où on le paie.

15:57
Présentateur

Message bien reçu, Philippe. Merci pour cette longue intervention. Yannick Jadot vous répond.

16:06
Yannick Jadot

Ce ne sont pas les partis politiques qu'il va falloir rassembler dans cette élection présidentielle. Ce sont les Françaises et les Français. Il nous faut ce grand projet. Vous voyez bien à quel point, entre la réforme de l'assurance chômage, la réforme qui nous est préparée sur la retraite, ce qui se passe sur les APL, sur plein de sujets, nous sommes dans un tel moment, y compris de régression sociale, qu'il va falloir porter une dynamique, porter une espérance, et surtout apporter aux Françaises et aux Français des solutions.

16:40
Présentateur

Yannick Jadot, si vous êtes élu, vous ne faites pas de réforme de retraite ?

16:44
Yannick Jadot

Certainement pas celle-là. Aujourd'hui, en réalité, quand on regarde les réserves qu'il y a pour les retraites, on a près de 133 milliards de réserves. On est dans une crise. Vous vous rendez compte qu'avec la proposition de reculer l'âge de la retraite à 64 ans, il y a par exemple 5 millions des salariés de deuxième ligne qui vont être terriblement impactés. Et vous savez, ces salariés, caissières, aide-soignantes, métiers de bouche, paysans, chauffeurs, livreurs, toutes ces personnes qu'on a applaudies pendant le premier confinement, ces personnes gagnent très peu. Ce sont des métiers qui ont été souvent invisibilisés et qui sont aujourd'hui totalement oubliés.

Des conditions de travail très dures. Des personnes qui ont commencé à travailler souvent très tôt. Et la seule réponse qu'apporte ce gouvernement, ce n'est pas de tenir la promesse de revaloriser les salaires, ce n'est pas de tenir la promesse d'améliorer les conditions de travail, c'est de rendre encore plus difficile la fin de carrière. Ce sont des gens qui ont une espérance de vie quand ils partent à la retraite qui est beaucoup plus faible que l'ensemble des Français. Vous savez aussi que dans notre pays, on a un énorme problème sur le travail des seniors.

Est-ce qu'on peut, plutôt que d'organiser des réformes injustes, profondément injustes, est-ce qu'on peut à un moment remettre de la justice sociale, remettre de l'humanité dans les réformes ?

18:09
Présentateur

Pendant la campagne des Européennes, vous aviez souhaité un grand débat national sur le statut de la fonction publique afin de voir comment le rapprocher du privé. Si vous êtes président de la République, vous rapprocherez le statut du public de celui du privé ?

18:19
Yannick Jadot

Non, ce n'était pas comme ça que je l'avais dit. J'avais dit qu'il faut toujours réfléchir à la question des statuts. On a une société qui est très divisée. Statut de la fonction publique, statut des salariés du privé très organisé, et puis toute la société ubérisée. Moi, je veux qu'on ait une réflexion, non pas pour baisser le statut de la fonction publique, ça serait totalement idiot, ce serait injuste, mais pour réfléchir à tous les statuts, pour faire en sorte qu'on travaille mieux dans notre pays. On est dans un pays où il y a encore beaucoup de souffrance au travail, et moi, je veux dans cette campagne, y compris redonner du sens au travail, redonner de la force au travail.

Beaucoup s'émancipent, s'épanouissent dans leur travail, et puis il y en a beaucoup qui souffrent. On doit redonner, si on veut redonner du sens à notre société, si on veut tenir compte de la pandémie, qu'a profondément changé notre fonctionnement dans le travail, le télétravail, les transports, la hiérarchie, tout ça a changé. Moi, je veux qu'on en tire totalement les leçons pour renforcer le travail dans notre société, lui redonner du sens, comme redonner du sens aux entreprises.

19:26
Présentateur

Question de Dominique, est-ce que vous savez, Yannick Jadot, que vous n'arriverez pas à rallier un électorat populaire déçu par la gauche ? Les écolos, dit Dominique, ne sont qu'une petite partie de la population, car ils ont laissé tomber le social ?

19:40
Yannick Jadot

Ce n'est pas vrai, regardez, je vous ai parlé de conditionner toutes les aides aux entreprises au regard du climat, au regard de la justice sociale, et notamment pour ces salariés de deuxième ligne, de conditionner aussi à l'égalité femmes-hommes.

Quand je porte une telle ambition sur notre politique industrielle, sur la relocalisation de l'économie, comme sur les services publics, quand le programme écologiste, finalement, c'est un treizième mois lié à la baisse des dépenses de chauffage, parce qu'on va rénover, on va avoir moins chaud l'été, moins froid l'hiver, qu'on aura des logements plus confortables, quand on met des transports collectifs du quotidien, quand je veux baisser la TVA sur les produits de qualité. Vous savez, quand je vais dans les quartiers qu'on appelle populaires, eh bien, il y a une demande tout aussi forte que dans les centres-villes, pour l'écologie. Vous allez faire la taxe carbone si vous êtes président.

20:38
Présentateur

Si vous êtes président, vous allez faire la taxe carbone.

20:40
Yannick Jadot

Mais il va falloir relancer la taxe carbone, parce que, je l'ai dit, on a un impératif climatique majeur. Mais depuis 15 ans, le grenelle de l'environnement, les écologistes défendent toujours la même logique. Ça ne doit pas coûter un euro. Ça ne doit pas coûter un euro aux familles les plus vulnérables et les plus impactées. On fait comme les Nordiques, on rembourse tout ce que ça coûte, et au contraire, comme on utilise les revenus de la taxe carbone pour faire de la rénovation des logements, pour faire des transports du quotidien, pour aider à l'achat d'un véhicule moins polluant, eh bien, nous redonnons du pouvoir d'achat. Nous facilitons la vie au quotidien.

Et c'est ça, une taxe carbone juste, qui prend en compte toutes les difficultés des classes sociales les plus abîmées aujourd'hui.

21:30
Présentateur

La question de la taxe carbone était dans le rapport Tirol-Blanchard remis la semaine dernière au président de la République. Ils mettent l'écologie au cœur de leurs réflexions. Et pour lutter contre le réchauffement, ils parient sur des ruptures technologiques. Ils disent qu'il faut mettre le paquet sur l'innovation, sur la recherche. Ils excluent la décroissance. Ils nous l'ont dit à ce micro. L'hypothèse n'a pas été défendue au sein de la commission d'économistes. Si vous étiez président, Yannick Jadot, vous suivriez leurs recommandations de parier plutôt sur la technologie ou vous seriez malgré tout un défenseur de la décroissance, de la consommation raisonnée, modeste ?

22:10
Yannick Jadot

J'ai dans mes propositions un plan d'investissement de 50 milliards d'euros par an, pendant 5 ans. La moitié pour reconstruire notre économie et notamment décarboner l'industrie, relocaliser des industries de la sidérurgie, du silicium, de l'automobile évidemment, à la fois développer les énergies renouvelables, faire l'agriculture paysanne, et l'autre moitié c'est sur réparer la société. On a des services publics, des associations, la culture. Ils sont à bout de souffle. Et donc il faut investir. Mon sujet c'est l'investissement.

22:47
Présentateur

Donc vous n'êtes pas décroissant.

22:49
Yannick Jadot

Mais moi je suis décroissant pour le carbone, je suis décroissant pour les maladies liées à l'environnement qui touchent d'ailleurs d'abord les classes populaires. Je suis décroissant pour les pesticides, mais je suis croissant pour bien vivre ensemble. Le PIB, même Nicolas Sarkozy, même Nicolas Sarkozy avait dit avec son comité des prix Nobel, que le PIB n'est pas un bon indicateur de notre prospérité collective. Par exemple, si on voit bien en matière de santé, tout le monde a redécouvert heureusement que la santé c'est un joyau absolument qu'il faut protéger, qu'il faut mettre l'humanité plutôt que l'argent au cœur de notre modèle de société.

Si on va enfin, et c'est ce que nous portons écologiste, vers des politiques de prévention, ne pas tomber malade, de la pollution de l'air, de la malbouffe, des pandémies liées à la destruction de l'environnement, ça coûtera beaucoup moins cher et il y aura beaucoup moins de pire que de faire des médicaments tout le temps et de se soigner.

23:48
Présentateur

Si vous êtes élu, vous arrêtez la 5G ? Non. Donc vous continuez le process de la 5G, on sera sur la 5G partout en France ?

23:56
Yannick Jadot

Mais on fera, comme ça a été fait, d'évaluer les impacts du déploiement de la 5G, notamment toutes les consommations induites, à une surutilisation des réseaux sociaux, des flux. Mais le numérique, le numérique peut être un outil de la transition écologique. Ça peut être un outil de la transition écologique. Donc la 5G c'est bien ? Non, parce que le problème, la 5G, elle peut être utile. La question c'est, une technologie n'est pas bonne ou mauvaise, ça dépend comment on l'utilise, ça dépend comment on intègre ces impacts qui peuvent être négatifs en matière de dérèglement climatique.

On ne peut pas simplement aujourd'hui, dans le monde d'aujourd'hui, quand on voit l'impact sur le climat, la biodiversité, les inégalités, on ne peut pas juste déployer des technologies en se disant « ce sont des technologies, c'est bien ». Il faut les intégrer à notre analyse climat, social, lutte contre les discriminations ou égalité femmes-hommes.

24:53
Présentateur

Yannick Jadot, merci d'avoir été à notre micro ce matin. Il est 8h47. France Inter