Vaccins : "Je suis stupéfait qu'on ait aussi mal préparé la logistique", s'agace Yannick Jadot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un neurodéputé Europe Écologie Les Verts dans le grand entretien du 7-9. Question, réaction au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin, fin de journée, c'est devenu un rituel. Le Premier ministre Jean Castex tiendra la conférence de presse hebdomadaire sur l'épidémie de Covid. Considérons les chiffres de contamination, 23 000 hier, 18 000 quand on fait la moyenne des 7 derniers jours. Considérons que le variant anglais est présent en France et peut se propager de manière exponentielle.
Le gouvernement doit-il selon vous durcir les mesures de lutte contre l'épidémie ? Et si oui, les durcir comment et jusqu'où ?
On est face à une pandémie qui nous réserve chaque jour des surprises. Évidemment, le développement des variants et toute recommandation scientifique aujourd'hui nous amène à durcir le jeu de contraintes dans lequel, malheureusement, nous sommes toutes et tous pour éviter le développement terrible de cette maladie et toutes les conséquences sociales et économiques qu'elle génère.
Enfin, le Conseil scientifique, il propose toute une série d'options et c'est au pouvoir politique de décider ces options. Du coup, question aux politiques que vous êtes, est-ce qu'il vous semble, alors pour l'instant, le confinement, un reconfinement général ne serait pas à l'ordre du jour ? Est-ce qu'un couvre-feu à 18 heures généralisé à toute la France ? Une baisse des jauges dans les magasins ? Est-ce que vous soutiendrez ces mesures si elles sont confirmées et annoncées ce soir par Jean Castex ?
Toutes les mesures qui seront annoncées, nous les soutiendrons par principe. On est aujourd'hui, je l'ai dit, face à une pandémie dramatique. On est autour de 70 000 morts dans notre pays, près de 2 millions dans le monde. On a une accélération des contaminations liées à ces variants. Et donc, à partir du moment où le gouvernement édite des nouvelles règles qui, il faut l'espérer, puisque, comme vous le savez, nous ne participons pas à l'élaboration de ces règles, il faut l'espérer, sont assis sur un raisonnement scientifique sérieux qui nous dit que ramener le couvre-feu à 18 heures, c'est une option pour limiter l'appropriation, et bien, il va falloir s'y faire.
On est tous, encore une fois...
Et ne pas fermer les écoles.
Ne pas fermer les écoles. Je pense qu'il y a un enjeu absolument extraordinaire autour de nos enfants. Je veux dire, c'est l'accès à la socialisation, c'est l'accès à l'éducation, c'est sortir. Moi, je regrette que, par exemple, puisque se pose la question des cantines et peut-être la mise en place, à un moment donné, de demi-journée, pourquoi est-ce que, je dis ça depuis le début, pourquoi est-ce que, dans ces demi-journées, une demi-journée à l'école, une demi-journée dans les musées, une demi-journée à aller voir un spectacle de théâtre, une demi-journée dans la nature ?
On voit bien qu'il faut éviter les concentrations, probablement autour des cantines, là où les enfants lèvent le masque, mais pourquoi est-ce qu'il n'y a pas un accès plus fort à la culture ? Les musées ont envie de réouvrir. Mettons-y nos gamins. Les théâtres ont envie de jouer en envoyant-y nos gamins. La nature, tout le monde a besoin de nature. Donc, je ne comprends toujours pas pourquoi est-ce qu'on ne fait pas de ces contraintes, qui sont souvent très très dures, très très dures, des opportunités aussi pour un accès à la culture, un accès à la nature, un accès au sport.
On vous entend sur l'école, mais les universités...
Et puis les universités, c'est la pratique.
Allons-y. Les universités, les établissements d'enseignement supérieur, les amphis, les facs restent fermés. On sait que les étudiants souffrent de ce confinement, qu'ils souffrent des cours à distance, qu'ils souffrent de la solitude. Faut-il, selon vous, Yannick Jadot, accélérer la réouverture des universités, ou aussi dur que ce soit, admettre que ce n'est pas encore le moment ?
Je regrette profondément que ce sujet des universités et des étudiants ne soit jamais abordé par le Premier ministre. Vous pouvez écouter quasiment toutes les conférences de presse du Premier ministre. Il ne parle pas des prêts de 3 millions d'étudiantes et d'étudiants qui sont dans une situation absolument dramatique. Il en parle. Il a reconnu leur fragilité. Non, il reconnaît leur fragilité, mais on ne parle jamais, justement, de la question de la réouverture et sous quelles conditions des universités. Moi, je suis pour qu'on ne sacrifie ni le savoir, ni la formation.
Les universités, depuis des mois, travaillent à des protocoles sanitaires pour, encore une fois, limiter le nombre d'étudiants, mais que notamment pour les néo-bacheliers. Moi, j'ai mon fils, il est en première année de faculté. C'est dramatique. Je le vois à 8h du matin écouter à distance des cours, comme ça, en visio, à travers son ordinateur. C'est un jeune, il a besoin de vivre, il a besoin de rencontrer, il a besoin d'avoir une expérience de vie. On est en train... Et s'ils se contaminent ? On est en train de les sacrifier. Non, mais, encore une fois, adoptons des protocoles sanitaires stricts, mais nous sommes en train de sacrifier notre génère.
Il faut rouvrir sous contrôle sanitaire strict, c'est-à-dire en évitant que tous les étudiants, évidemment, soient réunis en même temps, mais qu'ils puissent régulièrement accéder à leurs cours, qu'ils puissent sortir de chez eux. On a une explosion des envies suicidaires, on a une précarisation, ce gouvernement qui refuse toujours le RSA jeune, ce gouvernement qui maltraite l'enseignement supérieur, franchement, arrêtons de sacrifier notre jeunesse, elle mérite tellement mieux, tellement mieux.
Encore un mot, il y a un autre variant, le variant dit sud-africain. Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, dit qu'il faut sûrement restreindre de façon drastique nos relations avec l'Afrique du Sud. C'est vrai pour la métropole, c'est encore plus vrai pour la Réunion et Mayotte. Yannick Jadot, faut-il fermer les frontières, tout simplement durcir les flux d'entrées vers la France ?
Quand il y a cette difficulté-là, on a vu l'échec, au fond, du contrôle aux frontières instauré une fois qu'on a vu le développement dramatique du variant britannique. On a laissé rentrer trop de personnes qui devaient présenter un test, mais au fond, comme il y a des jours d'incubation.
Il fallait fermer les frontières, ils ont fermé les frontières 48 heures.
Il fallait fermer les frontières comme l'ont fait d'autres pays. Là, c'est la même chose, encore une fois, évidemment, avec l'Afrique du Sud. Et ça dit à quel point, ce développement des variants qui est inquiétant, ça dit à quel point nous devons vacciner. Nous devons vacciner, vacciner, vacciner, vacciner.
Sur la vaccination, vous avez été très dur la semaine dernière en parlant d'un fiasco, d'une stratégie vaccinale, je cite, « médiocre », mélange d'amateurisme, d'incompétence, de prétention et d'arrogance, rien que ça. Vous n'avez pas été un peu trop sévère, là ?
Non. Non. On ne peut pas déplorer près de 2000 morts par semaine et considérer qu'un jour de perdu, c'est le plaisir de la lenteur, comme le disait à un moment donné le gouvernement en décembre.
On ne juge pas un match qui va durer 90 minutes à la deuxième seconde, à dire Jean Castel.
Sauf que quand vous prenez 4 pions à la première mi-temps, ça ne vous aide pas à gagner le match. Moi, je suis stupéfait qu'on ait aussi mal préparé la logistique. L'Allemagne se prépare à la vaccination depuis l'été. Évidemment, tout le monde regarde Israël avec respect et admiration sur l'organisation logistique. Vous avez en novembre l'association des logisticiens des entreprises qui s'est proposée pour aider à la logistique, évidemment, comme d'habitude, méprisé par ce gouvernement. Vous savez, on parlait de la guerre. J'organisais une tribune de Patrick Veil qui nous expliquait qu'en 1914, si on a gagné, c'est grâce à la logistique. Et vous savez qui s'occupait de la logistique ?
Jean Monnet, père fondateur de l'Europe. À ce moment-là, c'était un ministère. Et là, on a des inspecteurs des finances qui nous expliquent en permanence qu'il faut un million de tests par semaine, mais on ne s'occupe pas de savoir si on va avoir des résultats dans les 48 heures, et qui nous expliquent qu'évidemment, on est tellement intelligent qu'une fois qu'on aura les doses, tout va s'organiser. On a pris trop de retard. Chaque jour perdu, c'est des morts en plus.
Sur la logistique, le gouvernement va utiliser trois plateformes privées, Doctolib, Maya et Keldoc, pour s'inscrire, pour pouvoir se faire vacciner, pour prendre rendez-vous. Jean-Luc Mélenchon dénonce le recours à ces entreprises privées, laissant entendre que ces plateformes pourront ficher toute personne passée entre leurs mains. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, pour une fois qu'on a des outils qui fonctionnent, utilisons-les.
Donc ça ne vous choque pas d'accéder...
Je n'ai pas de problème avec Doctolib, si ça marche, il faut prendre ce qui marche aujourd'hui pour accélérer les vaccinations. Le seul sujet, que ce soit public ou privé, c'est le respect des données personnelles. C'est le respect des données personnelles.
L'idée d'un passeport vaccinal, Yannick Jadot, continue à alimenter le débat. Il permettrait aux personnes vaccinées d'accéder aux restaurants, aux lieux culturels, permettrait également de recommencer à voyager. Êtes-vous favorable à un document de ce type ? Ou serait-il trop inégalitaire et poserait trop de questions éthiques ?
Là, il poserait une question éthique majeure. C'est que tout le monde n'a pas accès à la vaccination. On ne peut pas discriminer les personnes quand vous voulez vous faire vacciner et que vous n'obtenez pas l'accès au vaccin. Donc le seul sujet aujourd'hui, encore une fois, c'est de faire en sorte que ces doses finissent dans nos organismes. Vous vous rendez compte qu'il y a même...
Le retard, c'est dû à la France ou c'est dû à l'Europe ? Merci l'Europe. Il y a déjà de l'hôpé de députés européens.
Merci l'Europe.
Pardon, ils en ont commandé assez. Et au bon endroit.
Mais vous savez, quand l'Europe a passé commande, elle a passé commande à, au départ, six grands laboratoires en équilibrant sur trois technologies. De l'ARN messager jusqu'au vaccin classique type Sanofi. Voilà, donc le Sanofi n'est pas prêt. Oui, mais enfin, heureusement pour la France, qui a eu l'Europe. Parce que s'il n'y avait pas eu l'Europe, l'Allemagne aurait peut-être plus de vaccins Pfizer. Mais nous, on serait en train d'attendre de vaccins Sanofi. Et on serait en train de courir après les vaccins qui fonctionnent. Donc l'Europe. Et c'est une belle leçon quand même.
Donc pour vous, c'est une réussite européenne, ça, la manière dont la vaccination est gérée ? Bien sûr.
Le combat que nous menons au niveau européen, y compris pour rassurer sur la vaccination, c'est la question de la transparence des contrats. C'est un combat que nous menons tous les jours. Tous les jours, moi je suis dans la commission Environnement-Santé du Parlement européen. Tous les jours, on mène ce combat-là avec la commission.
Pourquoi ce n'est pas transparent ?
Écoutez, il y a... Vous avez vu comment les laboratoires ont joué de la concurrence aussi entre les différents acheteurs. Ils ont imposé un secret commercial, mais il est inacceptable aujourd'hui, au regard parfois des résistances aux vaccins, mais surtout par rapport à la bonne utilisation de l'argent public, il est inacceptable que ces contrats ne soient pas accessibles au grand public.
Allez, on va ouvrir le débat avec les auditeurs de France Inter. Nombreux, très nombreux ce matin, au Standard. Michel, bonjour et bienvenue. Bonjour. On vous écoute.
Voilà, je voulais demander à Yannick Jadot s'il ne croit pas que, plutôt qu'une primaire qui est plutôt désastreuse en général dans les élections présidentielles, une conférence citoyenne regroupant des écologistes volontaires et tirés au sort, qui impondrait les différents candidats qui se présentent au nom des écologistes ou de la gauche, et que cette conférence écologiste citoyenne décide qui sera le ou la candidate des écologistes, plutôt qu'une primaire.
Merci Michel pour cette question. Cette idée aussi, comment la recevez-vous, Yannick Jadot ? Beaucoup de questions politiques, ce matin au Standard, on va y venir.
Nous avons un impératif, une obligation, une responsabilité, c'est de gagner l'élection présidentielle et les élections législatives de 2022. On pourrait parler du décrochage social de ce pays, du désordre démocratique qui s'y développe, et donc on doit gagner. La condition indispensable, sine qua non, de cette victoire, c'est le rassemblement des forces sociales et des forces politiques qui sont situées entre Mélenchon et Macron. Et donc il faudra une candidature commune pour incarner cet espace politique, parce que ma conviction, c'est que cet espace politique doit et peut gagner l'élection présidentielle.
Question Nicolas, M. Jadot, quelle est la différence entre votre programme et celui d'Anne Hidalgo ?
Il faudra rassembler tout le monde. Arnaud Montebourg, Christiane Taubira, Anne Hidalgo, la famille écologiste, les humanistes, il faudra que tout le monde s'y mette, c'est notre responsabilité. Non, j'y arrive. Anne Hidalgo est maire de Paris, c'est une élue très importante, c'est une figure du parti socialiste. Moi je suis écologiste, écologiste depuis 30 ans. Il y a encore 4 années, la social-démocratie dirigeait ce pays. Elle évolue, et je salue le travail que fait Olivier Faure pour faire évoluer la social-démocratie.
Mais aujourd'hui, l'urgence climatique, année 2020 la plus chaude, l'explosion des pandémies, l'explosion des catastrophes climatiques, de la baisse de la biodiversité, la frustration de la promesse républicaine.
Donc il faut que le leader soit écolo, c'est ça ?
La force d'avenir dans ce pays, c'est l'écologie. Et je vois toute la richesse.
Elle est trop ancien monde parce qu'elle est PS, c'est ça ?
On a changé d'époque avec la social-démocratie. La social-démocratie a prouvé toute sa richesse. Elle a aussi prouvé ses limites. Et aujourd'hui, face à de telles crises, l'urgence sociale, l'urgence démocratique et de solidarité, qu'on ne peut plus être dans les deux mesures. Par exemple, deux mesures. Aujourd'hui, on sait que ces pandémies viennent de la déforestation et des élevages intensifs dans certains pays. Il n'est plus acceptable qu'on importe en Europe un seul produit issu de cette déforestation qui génère des pandémies. Deuxième mesure, il faut que chaque euro d'argent public, exonération de cotisation, aide publique, marché public, soit conditionné au respect du climat.
On ne peut plus aujourd'hui avoir un système économique qui va dans le mauvais sens. On a une perspective extraordinaire d'innovation. Et qu'est-ce qu'a montré d'ailleurs cette pandémie ? C'est que tous les pays qui avaient anticipé les pandémies et qui anticipent les défis, arrivent aujourd'hui à s'en sortir. Et bien notre économie, notre société, elle s'en sortira grâce à l'écologie.
La parole à François qui nous appelle au Standard Inter. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute.
Je voulais poser une question écologique. La France étant un émetteur de CO2 mineur, moins de 1% des émissions mondiales, que peut-on espérer tant que la Chine émettra 20 fois plus que nous et les États-Unis de même, dans nos actions de même ? Est-ce qu'on ne tire pas des balles dans le pied à dépenser des milliards pour moins de CO2 alors que le CO2 mondial est déjà très, très émetteur ?
Chinois et Américains, dites-vous, François. Merci pour cette question. Yannick Jadot vous répond.
Parce que la responsabilité, comme en matière de pandémie, la responsabilité collective, c'est la responsabilité de chacune et de chacun. Et que, évidemment, la France doit faire sa part. Mais arrêtons de considérer uniquement le dérèglement climatique comme l'avenir sombre de notre pays. Moi, je crois que nous pouvons gagner cette bataille. C'est ma conviction. Et c'est un outil extraordinaire de transformation. Quand on se bat pour l'agriculture bio, l'agriculture des circuits courts, c'est la vitalité de nos campagnes.
Quand on se bat pour des transports collectifs, des logements rénovés, quand on se bat pour des services de proximité, l'économie circulaire, ce n'est pas simplement éviter la catastrophe, c'est créer de l'emploi, c'est innover, c'est une écologie. Et peut-être que là, ça nous différencie aussi avec d'autres forces politiques. Notre écologie, ce n'est pas simplement celle des centres-villes. C'est l'écologie des petites villes et des moyennes villes. C'est l'écologie des quartiers. C'est l'écologie des campagnes.
François a mentionné la Chine. Que pensez-vous, Yannick Jadot ? Je rappelle que vous êtes eurodéputé Europe Écologie Les Verts. De l'accord d'investissement entre l'Union Européenne et la Chine. Est-ce vraiment le moment, alors que tout le monde parle aujourd'hui, de l'impérieuse nécessité que l'Europe retrouve sa souveraineté et de l'indépendance ? Je suis scandalisé,
y compris de la position du Président de la République qui soutient cet accord d'investissement avec la Chine. On a un pays qui est une dictature d'une violence absolue. Ce sont des millions de femmes et d'hommes, des minorités ethniques chinoises qui sont dans des camps de concentration, dans des camps de rééducation. Vous savez le drame absolu des Ouïghours. Vous savez que la Chine rompt systématiquement tous ses engagements en matière de démocratie, de respect des libertés fondamentales. Elle l'a prouvé à Hong Kong en arrêtant des parlementaires et des activistes de la démocratie. Vous savez que la Chine a enfermé la lanceuse d'alerte qui avait montré des images de Yann et de la pandémie.
Et là, pour de l'argent, uniquement pour de l'argent, pour que Volkswagen puisse vendre plus de bagnoles en Chine ou s'installer davantage en Chine, on rompt avec toutes les valeurs de l'Europe.
Mais là, le problème, c'est Emmanuel Macron, c'est Angela Merkel qui a fait pression justement pour défendre les entreprises allemandes.
Vous avez raison. Mais Angela Merkel, ce n'est pas l'Europe. Si la France, à un moment donné, malgré les discours, ne défend ni notre souveraineté numérique avec Huawei, ni notre souveraineté énergétique avec cet accord d'investissement et des entreprises chinoises qui bientôt pourront attaquer les États et ne défend pas ces valeurs, on est perdus. Parce que quand la Chine aura racheté nos ports, nos sociétés d'électricité, aura racheté des infrastructures vitales, nous n'ouvrirons plus jamais la bouche sur les Ouïghours, sur les opposants emprisonnés ou sur les meurtres d'État.
Donc vous dites à Emmanuel Macron qu'il ne faut pas soutenir... C'est un sujet qui divise au sein même du groupe d'Emmanuel Macron au Parlement européen.
Je dis à Emmanuel Macron qu'à un moment donné, quand il a un discours sur la souveraineté, quand il a un discours sur le climat, quand il a un discours sur les valeurs de l'Europe, ce ne sont pas simplement des paroles. Ce doit être des actes. Et autant il faut buter l'accord avec le Mercosur qui détruit l'Amazonie et sert Bolsonaro, il faut, et ça sera le rôle du Parlement, de faire plier l'Europe pour que nous défendions nos valeurs.
On retourne au standard où nous attend Philippe. Philippe, je lis bonjour sur mon écran d'ordinateur que vous en avez marre. Marre de quoi ?
Vous êtes là, Philippe ? Je ne sais pas, je ne sais pas, je voudrais pousser un coup de gueule. On m'a dit que ma question serait trop longue, alors c'est un peu géant, embêtant, quoi.
Ben, essayez de la faire un peu courte, mais allez-y.
Je vais essayer d'être court, et en effet, oui. Pour moi, l'écologie, telle qu'on la pratique maintenant, c'est devenu un lobby, un business au niveau des éoliennes, des cellules photovoltaïques. Par exemple, on fait fermer Fessenheim alors qu'on ouvre des centrales à charbon à la place. On prend l'Allemagne comme exemple alors qu'ils ont ouvert du charbon de tout partout. Moi, je ne trouve pas que c'est écolo du dit, mais personne ne parle de ça.
Vous trouvez que c'est un business ? C'est ça, ce que vous avez dit.
Ben oui, maintenant, on installe des éoliennes sans concertation, on fait ça n'importe où, et on ne va pas me dire que les éoliennes, c'est écologique, puisqu'il faut des tonnes de béton et de ferraille pour les installer. Bon, et puis ça a une durée de vie très courte. Le nucléaire doit rester en service public, et là, ce sera sûr. Oui. Il n'y a aucune énergie propre.
Bien reçu, Philippe. Merci pour votre intervention. Yannick Jadot.
On parlait de la Chine et des Etats-Unis. La Chine est devenue le leader mondial de la production des équipements d'énergie renouvelable, et vous avez vu qu'y compris, grâce à sa victoire au Sénat, Biden va faire des Etats-Unis un grand champion des énergies renouvelables. Il ne faut pas que l'Europe reste en retrait de ça. L'Allemagne, elle a baissé de 40% son utilisation du charbon depuis 8 ans, et elle sort du nucléaire. Aujourd'hui, les énergies renouvelables sont la première des énergies en Allemagne. C'est 400 000 emplois. C'est de la valeur ajoutée sur tous les territoires. Ce sont des coopératifs de citoyens, des PME ou des grandes entreprises qui s'y mettent.
Attention à ce que la France ne rate pas ce train-là. Vous savez, Enel, ce qui est à peu près l'équivalent d'EDF en Italie, a fait le choix de la transition énergétique, les renouvelables, l'efficacité, les réseaux intelligents. Sa valeur a doublé en 5 ans. La valeur d'EDF s'est réduite de 2. On n'arrive plus à investir dans ces énergies renouvelables comme on n'arrive pas, et y compris, malheureusement, le gouvernement n'aide pas à ce qu'on investisse massivement dans la rénovation de nos logements.
Yannick Jadot, ce sera la dernière question. Elles avaient recueilli 2 millions de signatures il y a 2 ans. Les ONG organisatrices de la pétition L'affaire du siècle attaquent l'inaction climatique de l'État français devant le tribunal administratif de Paris. La première audience a lieu aujourd'hui. Qu'en attendez-vous ? Est-ce devant la justice que ces sujets se traitent ?
C'est devant la justice quand l'État ne fait pas son boulot. De la même façon que la Cour européenne de justice a mis en demeure la France parce qu'elle n'agit pas contre la pollution de l'air, la justice doit recadrer ce gouvernement qui ne fait pas le boulot. On va avoir un quinquennat perdu sur l'écologie au pire moment. Au moment où il faut changer fondamentalement les choses, accompagner toutes les transitions professionnelles en compétence, relocaliser notre économie, innover, on a, et vous voyez, les deux outils. On a la loi climat
qui arrive à l'Assemblée nationale. D'accord, la loi de la Convention citoyenne. Vous allez la voter ? Enfin, vous, vous n'êtes pas député
national, mais... Mais bien sûr que non. Enfin, vous voyez bien qu'on est en retrait. Vous vous rendez compte ? Donc vous n'allez pas voter ? C'est-à-dire qu'il y a quand même des avancées,
vous n'allez pas la voter, là-bas.
La Convention citoyenne a eu un mandat d'établir un programme pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030. Ce que dit l'évaluation, c'est que ce qu'a retenu le gouvernement, c'est 50% de cet objectif. En même temps, au niveau européen, on est passé de 40% à 60% de notre objectif global de lutte. Et donc, on voit bien que le gouvernement recule sur tout, renonce sur tout, et sur tout, perd l'incroyable opportunité industrielle que nous avons. L'incroyable opportunité...
Donc parce qu'elle est insuffisante à vos yeux, vous ne la voterez pas, cette fois-ci-là.
Même les analyses qui sont faites sur l'écocide montrent que ce n'est même plus une avancée, c'est devenu un recul. On a sur la protection, l'artificialisation des sols, on reporte tout à 10 ans et c'est peanuts qu'on prend en compte. Et donc, il y a un moment donné, il faut mobiliser la société. Et je vois, et ce sera mon dernier mot, mon inquiétude au-delà de l'impréparation des différentes phases, masques, tests, vaccins, c'est l'impréparation de la sortie de crise. On n'investit pas aujourd'hui sur le modèle de développement qui nous permettra de faire face à ces pandémies et qui nous permettra de réconcilier notre pays, de donner un avenir à notre jeunesse.
Yannick Jadot, merci, merci monsieur l'eurodéputé, EELV, Europe Écologie Les Verts, d'avoir été au micro d'Inter ce matin. La revue de presse arrive. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
Yannick Jadot