Max Brisson : « Le rapport du Louvre est révélateur de la faiblesse de la tutelle de l’Etat »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Max Risson, vous êtes sénateur à l'ère des Pyrénées-Atlantiques, vice-président de la Commission de la Culture, de l'Éducation, de la Communication et du Sport. Ici au Sénat, la Commission d'enquête parlementaire sur la sécurisation des musées a donc rendu ses conclusions. Sept mois après le cambriolage, l'avenir du Louvre est-il incertain ? Nous allons en parler dans quelques instants. Mais d'abord, comme tous les jours, on regarde les unes de la presse régionale. On va les regarder ensemble. D'abord, la une de la dépêche. Macron, dernière ligne droite.
Le chef de l'État qui a entamé sa dernière année à l'Élysée, réduit à l'inaction en France, faute de majorité. Il fait entendre sa voix sur la scène internationale. Neuf ans après son arrivée au pouvoir, son bilan est contrasté. Deuxième une, c'est celle de la Marseillaise. La lutte contre les trafics sur tous les fronts. Ouverture aujourd'hui du procès de Félix Bengui, chef du clan de narcotrafiquants Yoda, à l'origine de la guerre meurtrière avec la DZ Mafia et le projet de loi Riposte, on le disait, qui arrive au Sénat. Il contient de nouvelles mesures contre le narcotrafic. Et puis la dernière une, c'est celle de l'Éclair des Pyrénées à Lourdes. Le pape Léon XIV, déjà très attendu.
Le Vatican qui a confirmé que le pape effectuerait une visite d'État en France du 25 au 28 septembre. Il devrait passer par Lourdes dans la cité mariale. On y croit de plus en plus. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Écoutez, je vais être un petit peu chauvin. Je vais choisir l'Éclair des Pyrénées, qui est aussi l'un des journaux de mon département. Et bien sûr, dire que Lourdes, ça renvoie à quelque chose de rare dans nos sociétés. C'est la croyance à la transcendance. C'est peut-être quelques dépassements d'une société très matérialiste. Il y a des références, et le pape fait partie des références que l'on croit ou qu'on ne croit pas au ciel. Quelque part, il y a quelque chose d'un peu permanent dans notre société où tout bouge, où tout va très très vite. Et Lourdes rattache un petit peu à la permanence de notre société, à ses traditions. Et voilà pourquoi je choisirais la une de l'Éclair des Pyrénées.
– Elle est attendue, cette visite du pape, dans votre région ?
– Bien entendu, elle est attendue, mais je pense qu'elle est attendue partout. – Ça fait plus de temps que le pape n'a pas fait de visite d'État en France.
– Le précédent pape François n'est jamais vu en visite d'État.
– Bien entendu, il y avait peut-être quelques relations un peu compliquées. Mais voilà, il faut placer cet événement au-delà de ce qu'attendent les catholiques, au-delà de ce qu'attendent les chrétiens. Bien entendu, c'est un guide spirituel pour des millions de nos concitoyens qui partagent la foi catholique. Mais au-delà, je pense que c'est une parole qui est nécessaire au monde, que l'on croit au ciel ou que l'on n'y croit pas, que l'on soit catholique ou qu'on ne soit pas. Et Lourdes est un des lieux où cette parole porte. Et donc, nous serons heureux d'accueillir le Saint-Père lorsqu'il viendra à Lourdes à l'automne prochain.
– C'est le cambriolage le plus retentissant de ces dernières années. Le 19 octobre dernier, huit joyaux de la couronne dérobés en plein jour à l'aide d'une disqueuse à l'intérieur du musée du Louvre. Comment un tel fiasco a-t-il pu se produire ? Le Sénat a multiplié les auditions, l'Assemblée nationale a rendu les conclusions de ses travaux, défaillance de sécurité, manque d'investissement, projet, nouvelle renaissance chère à Emmanuel Macron. Nous nous penchons sur l'avenir incertain du Louvre. Avec vous Max Brisson, d'abord sept mois après ce cambriolage, les bijoux n'ont toujours pas été retrouvés, une valeur monétaire de 88 millions d'euros, une valeur historique inestimable.
Ce cambriolage, c'est un fiasco total pour l'État ?
C'est un révélateur de l'immense fragilité de nos musées, de l'immense fragilité du musée du Louvre. C'est un révélateur aussi d'une certaine gouvernance qui évite de donner la priorité à ceux qui ne se voient pas, pour donner la priorité à ceux qui sont visibles, à ceux qui se voient. C'est aussi un révélateur de la faiblesse, de la tutelle de l'État sur ce type d'établissement. Le rapporteur de l'Assemblée nationale parle d'un État dans l'État, il n'a pas tort. Et donc on a à la fois une tutelle forte, celle du président de la République, qui décide comme un prince.
Et puis par ailleurs, le contrôle du ministère, qui est faible, parce qu'on a affaire à une présidente en l'occurrence, qui est un fil direct avec l'Élysée. Donc c'est aussi un révélateur des défaillances d'une hyper-présidentialisation que le président Macron a poussé à son paroxysme. Tout cela est bien entendu extrêmement inquiétant dans un établissement qui est le plus grand musée de France, des plus grands d'Europe et du monde, qui reçoit presque 10 millions de visiteurs, et qui est dans un État de vétusté, mais qui camoufle quelque chose de plus grave. Beaucoup de nos musées, on a un compte de 1 200 en France, sont également extrêmement fragiles.
Et nous allons développer tout ça durant cette demi-heure. Mais est-ce que vous savez si l'enquête a avancé ? Est-ce que pour vous, on a aujourd'hui désormais perdu toute chance de retrouver ces bijoux ?
– Alors je n'ai pas de connaissances, et je n'ai pas un avoir très précise de l'enquête de police qui nécessite certainement un secret qui est nécessaire à sa réussite. Et je le souhaite, même si j'ai incontestablement des doutes. En revanche…
– Sur le fait qu'on va la retrouver un jour ?
– Bien sûr, mais tout en le souhaitant comme tous les Français. Il y a eu un choc. D'ailleurs tous les sondages l'ont montré.
Peut-être pas égal à celui de Notre-Dame, mais il s'est passé quelque chose, parce que ça appartient à notre raison nationale, parce que c'est au Louvre, qui est aussi un symbole du rayonnement de la France, et puis parce que ça révèle aussi, et je l'avais dit moi avec force, dans les nombreuses auditions que nous avions réalisées au Sénat dans les semaines qui avaient suivi ce cambriolage, cela révèle aussi un dysfonctionnement de l'État, et parfois même une certaine suffisance d'une caste qui parfois dirigeait l'État, et qui s'estime exonérée de ce qui est le quotidien de celles et ceux qui travaillent. Je vais prendre un seul exemple.
On a appris avec effarement que les caméras de survivantes dans l'espace public, en nombre insuffisant, ne reposaient plus sur une convention entre la préfecture de police et l'établissement public. Excusez-moi, mais il n'y a pas un maire en France qui oserait déployer des caméras sans avoir une convention avec la préfecture. Vous voyez, un caméras de ce niveau-là peut s'exonérer du droit commun. Parce que c'est un État dans l'État, parce qu'on a la ligne directe avec l'Élysée, parce que les contrôles sont hésitants face à quelqu'un qui est nommé directement par le Président de la République, face à quelqu'un qui exécute les décisions du prince.
C'est la conséquence de l'hyper présidentielle. Mais donc, si je pousse votre présentement,
il y a une responsabilité d'Emmanuel Macron dans ce qui est arrivé ?
Comment dire ? Je voudrais peser mes mots. Je ne dis pas que le Président de la République a souhaité ce qui s'est passé, mais je dis que le système...
Non, mais sans le souhaiter, il est responsable de ce qui s'est passé par sa gestion.
En tous les cas, ce dont il est responsable, c'est d'avoir voulu se mêler de tout, d'avoir voulu court-circuiter la totalité des procédures. C'est ce qu'on appelle le fait du prince. Ce fait du prince, il ne date pas d'Emmanuel Macron, mais c'est une dérive d'une cinquième République, qui ce n'était pas la position du Gérald de Gaulle, fondateur d'une cinquième République. Cette dérive, président après président, a conduit aujourd'hui à ce que notre État, au plus haut niveau, ne fonctionne pas.
Et le Louvre, en cela, est révélateur d'un État qui dysfonctionne, parce que le Président de la République n'a pas à se mêler de tout, il n'est pas l'alpha et l'oméga de tout, et malheureusement, les Français parfois le croient, et donnent à l'élection présidentielle une dimension qu'elle ne devrait pas avoir. Il y a d'autres élections, il y a d'autres formes de représentation, il y a des corps intermédiaires, il y a un État avec son organisation. L'État a dysfonctionné parce qu'il est parasité au plus haut niveau.
Louvre-renaissance, pardon, c'est la décision présidentielle, ce grand projet d'embellissement, et ce projet s'est fait au dépend du quotidien et aussi de l'avis des agents du Louvre.
Et nous allons en reparler, puisque le Parlement s'est penché sur tous ces sujets députés et sénateurs ont travaillé pour tenter de comprendre comment de telles failles ont pu avoir lieu et éviter qu'elles ne se reproduisent. Alexandre, sept mois après ce cambriolage du musée du Louvre et le vol des joyaux de la Couronne, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la sécurité des musées a remis son rapport. Que peut-on en retenir ?
Alors déjà, on peut préciser que c'est une commission d'enquête qui a été menée par deux députés, Alexis Corbière, ancien assoumis, désormais membre du groupe écologiste à l'Assemblée, et puis Alexandre Portier, député Les Républicains. Alors après plusieurs mois d'audition, leur rapport fait le constat accablant d'un manque de moyens des musées français en matière de sécurité. En 2024, seulement 23% des musées bénéficiaient d'un plan d'urgence et de prévention des risques, et 25% étaient dotés d'un plan de sauvegarde des biens culturels, autrement dit des plans indispensables pour protéger ces établissements et leurs œuvres.
Et puis en 2024, à peine la moitié des musées français disposaient de vidéosurveillance. D'ailleurs, le casse du musée du Louvre a révélé des failles en matière de vidéosurveillance, de caméras vidéo qui manquaient dans le plus grand musée du monde. Laurence Descartes, qui était la directrice du musée du Louvre à l'époque des faits, avait même reconnu devant les sénateurs en octobre dernier le manque d'équipement de sécurité sur tout le périmètre du musée. On l'écoute. J'assume totalement le fait que nous avons effectivement une faiblesse dans la protection périmétrique du Louvre. Je vous l'ai dit très clairement, c'est là que le bas blesse et que le bas blesse depuis longtemps.
Mais là encore, je reprends le constat général depuis mon arrivée en septembre 2021. Certainement un sous-investissement chronique en matière d'équipement et d'infrastructure au Louvre. Manque d'infrastructure de sécurité, mais également manque de moyens humains dans les musées. Selon la CGT Culture, entre 2012 et 2024, la filière surveillance des musées français a vu ses effectifs diminuer de 18%. Une pénurie de personnel qui est compensée par un recours à des prestataires privés qui sont concentrés plutôt sur la gestion des flux de visiteurs que sur la protection des collections des musées.
Et que propose le rapport de l'Assemblée ?
Parmi les 40 recommandations de ce rapport pour améliorer la sécurité des musées, les députés proposent de doubler le personnel de la mission sécurité du ministère de la Culture qui avait des effectifs dérisoires face aux 1 200 musées de France. Et puis financièrement, ils préconisent de passer de 30 millions d'euros à 50 millions d'euros le fonds de sûreté de l'État qui aide les musées à moderniser leurs équipements en matière de sécurité. Il s'agit aussi de mieux former les agents de surveillance de ces musées et de recruter des profils plus spécialisés dans la sûreté du patrimoine. Et puis enfin, une proposition qui rejoint vos propos.
Max Brisson, les députés souhaitent que les directeurs des grands musées nationaux soient nommés par leur conseil d'administration et plus par l'État. On le rappelle, le directeur du Louvre est nommé par le président de la République. Regardez ce que dit Alexis Corbière. Je le cite, à partir du moment où une nomination passe par le président de la République, la personne nommée se sent obligée vis-à-vis de ce dernier étant à privilégier l'événementiel, ce qui brille aux actions de fond. Max Brisson, vous êtes d'accord sur le constat réalisé par vos homologues de l'Assemblée nationale. Il y a un manque de moyens en termes de sécurité pour nos musées.
C'est ce qui a été révélé dans l'affaire du Louvre, le manque de moyens de sécurité ?
Alexandre Portier, le président de la commission de la culture qui présidait cette commission d'enquête et le rapporteur Alexis Corbière... Corbière, pardon. C'est pas tout à fait les mêmes. Vise juste. Et ils ont mis en valeur ce que d'ailleurs les auditions du Sénat réalisaient à la demande du président de la commission de la culture au Sénat, Laurent Laffert, Laffont avait déjà bien montré. Je crois que ce que ce rapport vise, c'est que la sécurité n'était pas la priorité. Il suffit de regarder l'organigramme du Louvre pour s'apercevoir que ceux qui ont en charge la logistique et la sécurité n'étaient pas des personnalités essentielles dans le fonctionnement interne du Louvre.
On le voit très bien aussi dans l'évolution du métier de gardien qui est devenu de plus en plus un métier de médiateur. Les syndicats ont raison d'évoquer un nombre insuffisant. Mais il y a aussi une évolution du métier, médiateur de la culture et non pas gardien au sens premier du terme qui était d'assurer la sécurité des œuvres. On le voit aussi dans les investissements. La part consacrée à la sécurité, à la logistique, c'était peu de choses. 27 millions qu'on y consacrait, par exemple, 105 millions pour agrandir les collections ou 63 millions pour des aménagements, les aménagements qui se voient.
Donc on est parti dans une sorte de frénésie pour mettre la valeur sur tout ce qui se voyait et non pas ce qui parfois ne se voit pas. Le meilleur exemple qui a beaucoup choqué la commission de l'Assemblée nationale, mais aussi beaucoup choqué mes collègues lorsqu'ils s'étaient rendus sur place avec une délégation de la commission, c'est l'état de vétusté du poste de commandement, là où on surveille la totalité de ce vaste paquebot qu'est le Louvre.
– C'est-à-dire concrètement, qu'est-ce que vous avez constaté ?
– Des conditions indignes de travail, des conditions qu'aucun maire en France n'os aurait proposées à celles et ceux qui, dans sa cité, surveillent l'espace public. Vous savez, c'est le centre de télécommandement de l'ensemble des caméras disposées dans un espace. Les conditions étaient purement indignes. Ça montre finalement…
– Mais indigne, pardon, pour être précis, ça veut dire que…
– Les conditions de travail, la védusté, l'exiguïté, la médiocrité du lieu, ça veut dire que les gens en charge de la sécurité n'avaient pas la voix de la présidente, que cela ne la concernait pas, pour ne pas dire peut-être qu'elle méprisait cette activité pour d'autres activités qui lui paraissaient plus nobles. Elle a mis du temps à démissionner.
– Mais ça veut dire qu'il n'était pas en capacité de surveiller correctement le musée, c'est ça que vous voulez dire ?
– Il travaillait dans des conditions qu'aucun maire dans ce pays n'os aurait donné à des agents de sécurité.
– Mais avec quoi comme répercussion ?
– Il travaillait dans des conditions indignes sur le plan maternel. – Mais avec des conséquences sur la surveillance – Mais avec des conséquences sur la qualité de leur travail, c'est évident. Et puis surtout, c'était un révélateur du fait que la sécurité n'était pas la priorité, que ce n'était pas entendu par la présidente, qu'elle avait d'autres sujets de préoccupation. Elle a démissionné, permettez-moi de dire, qu'elle a mis du temps pour être à la hauteur de son échec. Et qu'un haut fonctionnaire de son importance aurait dû en tirer des conquistations immédiates.
Et même si le président de la République lui avait dit non, on n'est pas obligé de rester présidente du Louvre sous la contrainte. On peut partir la tête haute, elle est partie la tête basse, après avoir eu beaucoup de mal, accepté la responsabilité de ses échecs, et en particulier du fait que le schéma de sûreté et de sécurité du Louvre a été retardé sous sa présidence. Ce qui s'est passé aurait pu ne pas avoir lieu, comme le dit très bien le rapport, si ce qui était prévu dans le schéma qui datait de 2019 a été mis en œuvre, par exemple, les vitrines de la galerie Apollon et un certain nombre de caméras de surveillants.
– Parce qu'il y a eu des alertes, ça fait quasiment 10 ans qu'il y a des alertes, notamment en 2018, il y a une alerte très précise sur la fenêtre qui a été employée par les cambrioleurs disant que c'était un point de faiblesse. Vous nous rappeliez la répartition des investissements du Louvre, 27 millions consacrés à l'entretien, à la sécurité, 105 millions pour acquérir les œuvres. Est-ce que clairement, vous nous dites ce matin, l'argent est mal utilisé, l'argent est mal employé, l'argent ne va pas au bon endroit ?
– Écoutez, deux rapports, un en 2017, un en 2019, qui pointent en particulier qu'il n'y a aucun schéma de sécurité. Le président précédent, Jean-Luc Martinez, en tire une conclusion, même si on peut discuter des conditions de passation du pouvoir entre Jean-Luc Martinez et Laurence Descartes, entre les deux présidents. Jean-Luc Martinez en tire une conclusion, il lance un schéma de sécurité pour tenir compte des deux rapports de 2017 et de 2019, et ce schéma est élaboré en 2019. Sa mise en œuvre est retardée, et retardée en particulier par Laurence Descartes, qui assume donc pleinement le fait qu'elle avait ce schéma dans les mers et qu'elle avait d'autres choix.
Le conseil d'administration était devenu une sorte de chambre d'enregistrement. J'ai parlé tout à l'heure de l'hyper-présidentialisation de notre République. Il y avait aussi une hyper-présidentialisation du Louvre, qui fait que ceux qui auraient pu parler et dire des choses avaient bien le sentiment que ce n'était pas là la priorité de la présidente. On a là un problème de gouvernance, de désignation de la présidence d'un grand établissement de l'État et également des choix qui appartiennent à notre époque où ce qui compte, c'est la communication, ce qui compte, c'est le visible, et ce qui compte rarement, c'est l'invisible.
Mais la sécurité, or, le premier métier d'un conservateur, c'est peut-être d'abord de conserver les œuvres.
Vous pointez l'hyper-présidence, l'hyper-présidentialisation. Il y a une question aussi dans ce rapport, Alexandre, sur la gouvernance et la nomination de la personne qui gère le Louvre.
Oui, Max Risson, est-ce que vous êtes d'accord avec cette proposition faite par Alexis Corbière de ne plus nommer le directeur du musée du Louvre par le président de la République, mais par le conseil d'administration, de redonner le pouvoir au conseil d'administration ?
En tout cas, on peut en discuter. Je ne vais pas rentrer suffisamment dans le détail de cette recommandation. Il y a une quarantaine dans le rapport pour en mesurer les effets. Mais ce qui est sûr, c'est que le mode de nomination actuel pose problème. Parce qu'Iran, la tutelle politique très, très forte à travers le président de la République et l'Élysée, en l'Élysée, n'est pas faite pour cela. Et d'autre part, la tutelle du ministère est faible. Donc on a un système totalement bancal aujourd'hui, avec une sorte d'ingérence politique permanente. Et par ailleurs, la tutelle d'une administration qui fasse un tel établissement public est toujours à distance.
Les fonctionnaires du ministère, lorsqu'ils exercent leur mission de contrôle, n'ont pas la même attitude avec un musée de province pour parler simple, qu'ils peuvent l'avoir avec un grand établissement public qui est devenu un État dans l'État. Et le mode de désignation du président de cet établissement public est une des raisons pour lesquelles le fonctionnaire, par exemple en charge du contrôle de la sécurité des musées nationaux, ils sont insuffisamment nombreux. D'ailleurs, je crois que trois au ministère, ils ont besoin d'être renforcés. C'est ce que propose le rapport d'Alexandre Portier et d'Alexis Corbière.
Mais cette tutelle est insuffisante et puis cette tutelle est parasitée par le rôle joué par l'Élysée. Donc il faut revoir cela. Il faut que chacun reprenne son rôle. Oui, le président de la République peut fixer un cap sur un grand établissement public comme le Louvre, mais le contrôle quotidien, ça doit être la tutelle du ministère. Cette tutelle était insuffisante. La lettre de mission de Mme Descartes montre bien que la priorité était le cadet des soucis, la commande politique faite à Mme Descartes, ce qui d'ailleurs l'exonère pour partie, ne mettait pas la sécurité en priorité, mais bien d'autres missions qui étaient dictées directement par la présidente de la République.
Et Max Brisson, le Louvre n'est pas le seul musée à avoir été cambriolé. Ces dix dernières années, ce sont en moyenne 20 signalements de vols d'objets immobiliers protégés au titre des monuments historiques qui ont été enregistrés selon le ministère de la Culture. Récemment, des musées de Provence ont été visés à Saran, en Corrèze, à Langres, en Haute-Marne, ou encore à Mialet, dans les Cévennes. Et ce fut aussi le cas à Limoges, où l'on retrouve Anne-Sophie P2GR. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes rédactrice en chef adjointe au Populaire du Centre. Anne-Sophie, le musée national Adrien Dubouchet de Limoges a lui aussi été la cible il y a quelques mois d'un cambriolage.
Et ce sont des pièces inestimables qui ont été volées.
Tout à fait. Un mois avant le Louvre, le musée Adrien Dubouchet qui abrite à Limoges la collection publique la plus riche au monde de porcelaine a été l'objet d'un vol très conséquent, puisque ces trois pièces inestimables de porcelaine chinoise qui ont été volées, le butin s'élève à 6,5 millions d'euros. Là, le sénateur parlait d'un problème de sécurité. Visiblement, à Limoges, tout a fonctionné comme ça pouvait se passer au mieux. Il y avait une équipe de sécurité, il y avait des caméras de surveillance, il y avait... L'alerte a été donnée assez tôt.
Malgré tout, un ou plusieurs individus ont réussi à prendre ces pièces inestimables qui ne sont toujours pas retrouvées aujourd'hui d'ailleurs.
Vous avez une question, Anne-Sophie ?
Oui, tout à fait. Alors, ce qui nous interroge, nous, c'est, malgré ces dispositifs de sécurité, on voit les limites de ces bâtiments qui sont vieux. Le musée Adrien Dubouchet, les vitrines du musée n'étaient pas blindées parce que les vitrines sont elles-mêmes protégées. La façade du bâtiment est elle aussi protégée, donc on ne peut pas sécuriser au mieux ces vieux bâtiments qui abritent, je le disais, des collections d'une valeur inestimable. Est-ce que la province aussi ? Est-ce que chez nous aussi, il peut y avoir des moyens à la hauteur des pièces que l'on abrite ?
Max Brisson.
C'est une excellente question qui appelle deux réponses de ma part. Tout d'abord, il est évident que les grands projets emblématiques d'un quinquennat peuvent venir télescoper aussi la présence de l'État partout dans le territoire pour tenir au bon niveau qui convient l'ensemble de ces bâtiments et donc en particulier les musées nationaux. On ne peut pas lancer de grands projets phares, ceux que l'on souhaite voir survivre à son quinquennat et parallèlement faire des choses qui ne se voient pas mais qui sont au combien nécessaires et partout sur le territoire.
Et puis, ce qu'il faut que le journaliste du populaire, c'est aussi que la multiplication des normes, des contraintes, conduit parfois à des aberrations. On est parfois au royaume du but. Vous savez, on a eu quelque chose d'assez surprenant au cours de ces dernières années. À chaque fois que l'État, d'ailleurs sous la impulsion parfois du Président de la République, veut lancer de grands chantiers, de grands travaux et parfois à juste titre, il décide par une loi spéciale de déroger à toutes les règles que par ailleurs il impose. On est quand même dans une situation d'injonction contradictoire où l'État est très normatif, multiplie les règles, il en faut.
Et pour la protection des bâtiments historiques, bien entendu. Mais à force de règles, on rend les choses impossibles. D'ailleurs, c'était un élément de défense de Mme Descartes. Elle disait, mais j'ai dû respecter les nombreuses règles de la commande publique. J'ai dû respecter les nombreuses règles de protection du bâtiment. Oui, il faut des règles. Mais à force de règles, qu'est-ce qui se passe ? Quand l'État veut aller vite, Jeux Olympiques, Restauration Notre-Dame, il décide par une loi « J'ai édité les règles, je ne les respecterai pas pour aller vite ».
Donc cela interroge notre pays sur une dimension normative permanente, sur une prolifération des normes, des règles, des règlements, qui fait qu'on finisse par s'enfermer dans des procédures, par s'enfermer dans la complexité des choses et qu'il faudrait mieux peu de normes appliquées que beaucoup de normes qui entravent. Et c'est un élément dont on parle beaucoup au Sénat aujourd'hui. C'est un des vrais défis de notre pays que de simplifier l'action publique, que de simplifier la commande publique tout en assurant bien sûr la transparence et la protection de notre patrimoine.
On va remercier Anne-Sophie. Merci beaucoup Anne-Sophie d'avoir été avec nous depuis Limoges et on regarde la une du Populaire du Centre. Vous parlez de grands projets. Le grand projet cher Emmanuel Macron, c'est le Louvre Nouvelle Renaissance. s'est évalué selon l'Elysée où la Cour des comptes on est sur une échelle large entre 700 millions et 1 milliard d'euros. Ce projet, ça vise alors à remettre aux normes et à sécuriser le bâtiment mais ça vise aussi à créer plusieurs nouvelles entrées et à notamment avoir une entrée directe vers la Joconde. Ce projet cher Emmanuel Macron doit-il être poursuivi ? Est-ce que demain si Bruno Retailleau arrive à l'Elysée il poursuit ce projet ?
Je dirais à Bruno Retailleau de regarder deux chiffres. Le plan sécurité des musées c'est aujourd'hui 30 millions et on annonce un projet à 700 millions. Je crois que le temps des grandes cathédrales, le temps où chaque chef d'État vous laissez son nom dans l'histoire à travers une œuvre emblématique est terminé. Notre pays ne peut pas se le perdre. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas manquer d'ambition mais après tout ce qui s'est passé au Louvre c'est catastrophique en termes d'image pour la France. ce qui s'est passé au Louvre c'est totalement contre-productif de l'idée de ce qu'on fait de notre pays.
15 millions de visiteurs le projet Louvre-Renaissance 700 millions de travaux dont on sait qu'ils seront dépassés et vous avez raison on atteindra très vite le milliard est à comparer aux 30 millions que nous avons votés dans ce budget pour la sécurité des musées. Donc moi je dis qu'aujourd'hui il faut savoir en politique faire des priorités. La priorité c'est d'assurer la sécurité des musées c'est d'assurer des conditions de travail dignes aux agents d'État qui y travaillent c'est considérer qu'il y a des choses qui ne se voient pas et quand on les fait on rend service au pays beaucoup plus que lorsqu'on essaie de briller pour essayer de passer dans le cap de l'histoire.
Merci Max Brisson Merci beaucoup d'avoir été notre invité pendant cette première demi-heure. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. Sous-titrage Société Radio-Canada
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Max Brisson