Mélenchon écrase Attal, Retailleau, et Philippe : la VAR établit le podium de l'écologie avant 2027
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:08OuverteÉludée
La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique ou ne sera pas ?
- 9:33FerméeRéponse directe
Est-ce que la lutte contre le réchauffement climatique doit être un sujet central pour Bruno Retailleau ?
- 12:32RelanceRéponse directe
Pourquoi la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas être un sujet central pour Bruno Retailleau ?
- 15:45OuverteRéponse directe
Édouard Philippe, vous n'êtes pas né écologiste, mais vous pourriez le devenir ?
- 20:15OuverteRéponse directe
Gabriel Attal, vous voulez moderniser l'écologie, mais comment ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07InvitéChiffre
« Depuis le début de l'année, plus de 130 000 hectares ont brûlé. »
- 14:52Invité politiqueFait
« Des panneaux solaires chez lui, l'arrêt des subventions au solaire pour les autres. »
- 16:14Invité politiqueFait
« Je ferai de l'écologie un sujet de campagne. Mon écologie à moi, ce ne sera pas l'écologie des symboles, ce sera l'écologie à impact. »
- 20:32Invité politiqueFait
« Je veux une écologie populaire, une écologie concrète, une écologie des solutions, une écologie avec les Français, jamais contre les Français. »
- 20:48Invité politiquePromesse
« Le cœur de notre combat, ce sera de tenir cet engagement, baisser de moitié dans les dix ans à venir nos émissions de gaz à effet de serre. »
Temps de parole
- Présentateur85 %
- Jean-Luc Mélenchon6 %
- Gabriel Attal3 %
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L'été 2026 aura brûlé les corps, les forêts et les dernières illusions d'un quinquennat qui promettait être irréprochable. La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique ou ne sera pas ? Sa politique aura donc été écologique, enfin, par intermittence. Fin juillet, la France et l'Espagne ont affronté au même moment des incendies d'une ampleur inédite. Les dirigeants se rendent sur le terrain, les caméras sont là, les pompiers aussi, heureusement. Et face à une catastrophe identique, deux façons de parler, deux façons de regarder le réel. En Espagne, Pedro Sanchez ne se contente pas de remercier les secours et d'annoncer des moyens.
Il nomme la cause l'urgence climatique. Il parle des températures, de la science et des phénomènes qui deviennent plus intenses, plus graves. Et il lance un appel contre cette urgence climatique.
La situation reste complexe. Les prévisions montrent que l'urgence climatique s'aggrave. Depuis le début de l'année, plus de 130 000 hectares ont brûlé. La science nous dit que ces températures, ces phénomènes climatiques deviennent de plus en plus intenses, plus graves. Cela exige une mobilisation accrue des ressources économiques, humaines et opérationnelles. Faisons en sorte, tous ensemble, qu'un accord soit possible, un pacte d'État contre l'urgence climatique.
Son discours est simple, il va droit au but. Un incendie géant, un dérèglement climatique, un responsable politique qui établit le lien. On avait presque oublié que c'était possible. Si vous pensez que cette lubie est typiquement ibérique, direction le Canada. En Colombie-Britannique, une province gazière et pétrolière, eh bien, même là-bas, on ose prononcer le mot qui fâche.
Nous subissons les impacts du changement climatique dans chaque province et territoire. Les incendies en Colombie-Britannique ne sont pas un cas isolé.
En Espagne, comme au Canada, les mots des dirigeants désignent la cause des gigantesques feux de forêt. Ça n'éteint pas les incendies, mais cela évite de faire comme si la fumée était tombée du ciel par surprise. En France, Emmanuel Macron a préféré une autre méthode. Dans sa communication de crise, le président remercie, soutient, mobilise, indemnise, reconstruit, anticipe, promet de replanter différemment. Il parle longuement de sécheresse, mais de changement climatique, presque pas. Et puis derrière, on aura à replanter, rebâtir. Re-planter et rebâtir une forêt différente. Parce que cette forêt n'est pas la même.
Parce que les conditions structurelles de changement climatique dans lesquelles on va vivre, parce que si la pression de l'habitation et du tourisme s'est déployée ces dernières décennies, il a changé. Donc ça, on sera là aussi. 13 minutes de discours et tout à la fin, cette formule, les conditions structurelles de changement climatique dans lesquelles on va vivre. Une mention aussi discrète qu'un astérix dans un contrat d'assurance. Techniquement présente, noyée dans les clauses et jamais reliée explicitement au sinistre qu'elle est censée couvrir. Et à aucun moment, Macron ne dit que ce sont ces conditions climatiques qui ont provoqué l'incendie qu'il commente.
Le mot est là, le lien de causalité, lui, a disparu dans les petits caractères. Autrement dit, Macron traite les symptômes, aligne les moyens, salue les héros, mais il évite soigneusement de nommer la cause profonde du drame. Et c'est d'autant plus surprenant qu'il fut un temps où Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République, donnait des leçons de vocabulaire à toute la classe politique. La capacité à signifier, à nommer, et je crois très profondément que la capacité à bien nommer les choses change très profondément. Une partie, au fond de l'explication, de la désaffection des Français pour les hommes politiques, pas pour la politique, c'est leur vocabulaire.
Je continuerai à nommer le réel parce que quand on le nomme, on le traite mieux. Bien nommer les choses, nommer pour mieux traiter un principe clair, une promesse électorale non tenue. Pas chercher à comprendre les causes profondes de ce qui arrive, c'est une erreur. C'est une erreur profonde parce que sinon, ça signifie que la vie politique ne consiste qu'à traiter les symptômes et ne jamais remonter aux causes profondes. Traiter les symptômes sans remonter aux causes profondes, Emmanuel Macron avait critiqué, il y a dix ans, ce qu'il fait aujourd'hui.
Dix ans plus tard, face à des milliers d'hectares de forêts partis en fumée, le président semble avoir oublié les leçons qu'il donnait aux autres. La promesse d'une politique écologique ou qui ne sera pas a finalement abouti à une écologie de lévitement. On parle de tout autour pour ne pas trop parler du cœur du problème. Alors, disons les choses clairement, puisque Macron, lui, ne le fait pas. Le président n'est pas climato-sceptique, vraiment pas. On ne peut pas lui faire ce reproche-là, non. Emmanuel Macron est climato-rétissant, voire climato-pudique, tendance, climato-discret. Il ne nie pas le changement climatique. Il évite juste, soigneusement, de l'inviter à ses points presse.
Ailleurs, on nomme le réchauffement climatique. En France, Macron se contente de nommer les préfets. Alors, puisqu'on ne peut manifestement pas compter sur Emmanuel Macron pour dire les choses clairement, regardons ce qui prétend lui succéder quand il parle d'écologie. Dans cet épisode de la VAR politique, on va mettre les prétendants de l'Élysée face à leur premier discours de campagne. C'est parti ! L'été 2026 a donc été celui des canicules à répétition et des méga-incendies. Mais à l'approche de 2027, les prétendants à l'Élysée parlent-ils d'écologie dans leur discours ? Et dans quelle proportion ? Et pour dire quoi ?
Entre mai et juillet, quatre candidats déclarés ont tenu un grand meeting de lancement de campagne. Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe et Bruno Retailleau. Quatre discours, plus de quatre heures de parole politique, alors une question toute simple se pose. Quelle place ont-ils réellement accordé à l'écologie ? Avant de vous présenter notre classement, une précision. Marine Le Pen, finalement autorisée à concourir par la justice, n'a pas encore tenu de meeting de campagne. La chef de file du RN est donc hors concours. Et Raphaël Glucksmann dans tout ça ? S'il a bien tenu un premier meeting aux aires de campagne, un doute persiste encore sur sa candidature.
Avant la fin de l'été, je me prononcerais. Et donc je me prononcerais, c'est-à-dire que je dirais si oui ou non, je suis candidat.
Glucksmann est encore en pré-campagne, en pré-candidature, presque en pré-échauffement. On le laisse donc sur le banc de touche, le temps qu'il décide, s'il veut entrer sur le terrain. Restent les quatre candidats qui ont prononcé un premier discours de campagne électorale. Et pour savoir qui parle le plus d'écologie, la VAR a fait quelque chose de très simple. Enfin, simple à expliquer. Nous avons analysé les transcriptions fournies par YouTube, des paroles réellement prononcées lors des meetings à l'aide d'outils numériques. Pas les textes préparés, pas les programmes publiés, pas les petites phrases postées entre deux photos sur Instagram.
Non, les discours tels que les Français ont pu les entendre. Ensuite, nous les avons fait analyser, ces transcriptions, pour déterminer la part des mots consacrés aux principaux passages sur l'écologie. Climat, environnement, énergie, biodiversité, adaptation, pollution, eau, agriculture, santé environnementale, transport. Ont été exclus du comptage, les mots isolés comme énergie, parce qu'un candidat parlait de sa propre énergie. Seuls les développements consacrés à l'écologie ont été retenus. Évidemment, le résultat n'est pas une vérité scientifique absolue. Entre écologie, agriculture, santé, énergie ou industrie, les frontières sont parfois poreuses.
L'avare politique a produit une mesure éditoriale, pas scientifique. Une façon de regarder la priorité que chaque candidat accorde au sujet de l'environnement. Et le résultat est plutôt solide. Le comptage des mots et le comptage du temps de parole produisent exactement le même classement. Alors, qui monte sur le podium de l'écologie ? Voici notre classement. Au pied du podium, Bruno Retailleau. A peine plus de 2% de son discours consacré à l'écologie. 2 minutes et 8 secondes sur plus d'une heure 20 de parole. L'écologie existe chez lui, mais disons qu'elle tient sur un post-it. Sur la troisième marche du podium, Edouard Philippe, 4,70%, à peine plus de 3 minutes.
Une écologie à impact, comme il dit. Pour l'instant, elle a surtout l'impact d'une courte séquence de meetings. Sur la deuxième marche, Gabriel Attal, un peu plus de 5%, 2 minutes 30, à un cheveu de Philippe, mais juste devant lui. Et le vainqueur est Jean-Luc Mélenchon, avec plus de 9%, 4 minutes 19, presque un mot sur 10 consacré à l'écologie. Le résultat est net, Mélenchon parle presque deux fois plus d'écologie qu'Attal ou Philippe en proportion, et près de quatre fois plus que Retailleau. Alors attention, parler plus d'écologie ne veut pas dire avoir forcément le meilleur projet écologique.
Le volume des mots n'est pas un bilan carbone, et ce classement ne mesure ni la sincérité des candidats, ni la faisabilité de leurs promesses. Mais il dit quelque chose de leur priorité politique du moment. Au début de l'été 2026, alors que le pays suffoque, Bruno Retailleau, en pleine canicule, consacre un mot sur 43 au sujet. Edouard Philippe et Gabriel Attal, environ un mot sur 20, Jean-Luc Mélenchon, presque un mot sur 10. Et au fond, c'est peut-être déjà le premier renseignement de cette campagne. Ils ont tous compris qu'il fallait désormais parler d'écologie. Mais ils n'en parlent ni avec la même insistance, ni avec les mêmes mots, ni pour défendre le même monde.
Derrière ce podium, il y a en réalité quatre écologies différentes. Philippe veut adapter, Attal veut moderniser, Retailleau veut protéger. Et Mélenchon, lui, parle de bifurcation et de planification. Et c'est ce qu'on va regarder maintenant. Bruno Retailleau arrive donc dernier de notre podium. Et ce n'est pas parce qu'il n'a rien à dire sur l'écologie. C'est parce qu'il a surtout décidé de dire autre chose. Le 20 juin, le jour de son meeting de lancement de campagne à Paris, les températures montent jusqu'à 35 degrés dans la capitale. Une journée caniculaire, un contexte que le candidat LR ne peut pas totalement ignorer. Alors il le mentionne à peine.
Merci à vous tous, merci d'avoir bravé la canicule. Vous êtes aujourd'hui, contrairement aux prévisions météorologiques, des milliers.
La canicule dans son discours, un simple remerciement aux militants. Pas un diagnostic, pas une urgence, pas une mesure, non. Juste une formule de politesse avant de reprendre le cours normal de la campagne, comme si de rien n'était. Et parmi les militants interrogés ce jour-là, certains sont sur la même ligne. Ce ne serait pas une alerte climatique, ce serait simplement de la météo, un peu chaude.
Est-ce que la lutte contre le réchauffement climatique, ça doit être un sujet central, selon vous, pour Bruno Retailleau, dans sa campagne ? Non. Vous pensez que la canicule dans ce contexte, la lutte contre le réchauffement climatique, ça doit être un sujet important dans sa campagne ?
Non.
Pourquoi ?
Parce que pour moi, qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid, c'est la météo, c'est la vie.
Je ne vois pas en quoi un État peut affluer sur le climat. Ces paroles disent quelque chose du public que Retailleau veut cibler. C'est un public qui ne veut pas qu'on lui parle de contraintes, de transformation des habitudes, ni de sortie des énergies fossiles. Le patron des Républicains leur tient donc un discours qui ne veut ni de contraintes, ni de remise en cause des habitudes, ni de mise en accusation. Retailleau n'efface pas complètement l'écologie. Il en propose une version bien à lui, une écologie de droite.
L'écologie, elle est importante. Il y a une écologie de droite. Et nous ferons cette écologie-là, qui sera une écologie du bon sens, qui ne pudiera pas, qui ne dénoncera pas, qui n'interdira pas.
Il est interdit d'interdire, version Retailleau. Il ne présente pas son écologie parce qu'elle permet de réduire les émissions, la pollution ou les dépendances aux énergies fossiles. Il présente une vision de l'écologie par les mesures qu'elle refuse. Pas de punition, pas de dénonciation, pas d'interdiction et donc pas d'avancée écologique à l'horizon. Et cette politique a une traduction très concrète. En juillet 2025, Bruno Retailleau et la direction des Républicains demandent l'arrêt des subventions à l'éolien et aux photovoltaïques pour favoriser le nucléaire. Une rupture brutale avec la stratégie de développement public des énergies renouvelables menée depuis longtemps.
Et c'est là que l'histoire devient intéressante, presque marrante. Car le Bruno Retailleau d'hier ne tenait pas ce discours. Président de la région des Pays de la Loire, il voulait tripler la production des énergies renouvelables. Et dans un livre publié en 2021, il se félicitait même d'avoir fait installer chez lui 30 mètres carrés de panneaux photovoltaïques sur son propre toit. Des panneaux solaires chez lui, l'arrêt des subventions au solaire pour les autres. Bruno Retailleau n'a pas peur des contradictions. Le projet de Bruno Retailleau, c'est une écologie qui parle davantage de ce qu'elle refuse que de ce qu'elle veut transformer.
Et c'est peut-être pour ça qu'elle tient si peu de place dans son meeting. Il ne s'agit pas de changer de modèle, mais d'empêcher que l'écologie change trop les habitudes. Protéger sans jamais rien transformer, refuser la contrainte plutôt que la pollution, ce n'est pas une écologie de droite. C'est une écologie conservatrice au sens littéral du mot. Elle veut conserver le paysage, l'électorat et surtout l'ordre établi. Contrairement à Bruno Retailleau, Edouard Philippe a décidé de faire de l'écologie un sujet de campagne. C'est lui qui le dit et il a même tenu à faire une confidence assez touchante.
Je ne suis pas né écologiste, je ne suis pas le… Non, je ne suis pas né écologiste, ça c'est vrai. Mais ce n'est pas parce qu'on n'est pas écologiste qu'on ne peut pas le devenir.
Edouard Philippe n'est pas né écologiste, mais il pourrait le devenir. C'est rassurant. Enfin, on espère surtout qu'il ne compte pas attendre le second tour pour terminer sa formation. Et sa doctrine, ce nouveau converti l'a expliqué lors de son premier meeting présidentiel début juillet.
Je ferai de l'écologie un sujet de campagne. Mon écologie à moi, ce ne sera pas l'écologie des symboles, ce sera l'écologie à impact. L'énergie décarbonée avec le nucléaire et les énergies renouvelables. La transformation de nos villes pour réduire les îlots de chaleur. La rénovation des logements, des hôpitaux, des écoles. Le chantier est immense. Je ne donne de leçons à personne en disant cela.
Une écologie à impact, le mot est plutôt bien choisi. La formule est claque. Elle permet de dire beaucoup de choses sans entrer dans les détails, comme préciser l'impact attendu, le calendrier et surtout qui paiera la facture. Sur le fond, personne ne contestera qu'il faut isoler les logements, rafraîchir les écoles et réduire les îlots de chaleur. C'est même indispensable. Mais le programme d'Edouard Philippe, pour l'instant, manque de précision. À quel rythme ? Avec quel investissement ? Et surtout, quelles contraintes pour les grands pollueurs ? Parce que les effets du dérèglement climatique, il les a bien vus.
L'ancien Premier ministre reconnaît même que la France a du retard sur l'adaptation aux canicules. Le maire du Havre explique que dans sa commune, les écoles conçues pour capter le soleil normand sont devenues des fournaises l'été. Edouard Philippe découvre donc qu'avec le réchauffement climatique, les grandes baies vitrées plein sud ne sont pas toujours une idée lumineuse. Il était temps. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il ne parle pas seulement aujourd'hui d'écologie. Quand il était Premier ministre, il promettait déjà une grande conversion écologique. Et surtout, il assurait avoir tiré les leçons du mouvement de colère des Gilets jaunes.
Notre idée, c'était de faire en sorte de taxer de moins en moins le travail et les revenus du travail et de compenser cette diminution de la taxation du travail par une augmentation de la taxation sur le carbone. Nous avons sous-estimé le besoin de nos concitoyens d'être associés, d'être consultés avant l'élaboration des politiques publiques. Et nous avons peut-être, de ce point de vue, utilisé de mauvais chemin.
C'est l'Edouard Philippe version 2019. Une taxe carbone sur les carburants, présentée comme un choix écologique, mais payée d'abord par celles et ceux qui n'avaient pas d'alternative à leur voiture. Et face à la colère sociale, Philippe finit par reculer. Puis, il installe la Convention citoyenne pour le climat. Et devant les 150 citoyens tirés au sort, il promet de faire mieux en écoutant, associant et en mettant en œuvre les propositions citoyennes.
Nous avons besoin de vous pour définir des mesures qui nous permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous réduisons ces émissions, mais nous ne les réduisons pas assez vite. Comment faire pour aller plus vite et pour faire mieux ? Si vous trouvez des solutions, nous traduirons, vous traduirez ces propositions en projet de loi, en mesures réglementaires, voire pour les plus puissantes. Et si c'est nécessaire, nous les soumettrons en référendum.
Nous réduisons, mais pas assez vite. Au moins, cette fois, le diagnostic était clair. La suite, beaucoup moins. Après cette période, la justice administrative a constaté que l'État français s'était éloigné de ses propres objectifs climatiques et l'a condamné. Édouard Philippe, lui au moins, nomme le réchauffement climatique. Il reconnaît le retard. Il propose même quelques leviers sans doute utiles. Mais entre le candidat qui promet une écologie à impact et le Premier ministre, dont le gouvernement n'a pas toujours tenu ses objectifs, l'écart est immense. Une conversion tardive, un programme encore flou et un bilan à Matignon qui ne permet pas de donner des leçons.
Pour l'instant, Édouard Philippe peine à convaincre. Si Philippe veut adapter, Gabriel Attal, lui, veut moderniser. Deux mots différents pour une même volonté. Ne jamais donner l'impression que la transition changerait trop rapidement le modèle économique. Mais Gabriel Attal, lui, emploie des mots beaucoup plus forts. Il parle de dette climatique, de sécheresse, de forêt qui brûle. Il promet même de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre en dix ans.
Je veux une écologie populaire, une écologie concrète, une écologie des solutions, une écologie avec les Français, jamais contre les Français. Le cœur de notre combat, ce sera de tenir cet engagement, baisser de moitié dans les dix ans à venir nos émissions de gaz à effet de serre.
Puis il promet d'investir dans le nucléaire et dans les renouvelables. Sur le papier, Gabriel Attal s'oppose donc à la droite qui veut choisir le nucléaire contre les renouvelables. Et à la gauche, qui l'accuse de choisir l'écologie contre l'économie. Une écologie de synthèse, de conciliation, d'en même temps, forcément. Sauf que la communication de campagne raconte une hiérarchie un peu différente. Dans le visuel de synthèse publié le 30 mai sur la plateforme Attal Président, ses quatre chantiers capitaux sont l'école, les salaires, les frontières et l'intelligence artificielle. L'écologie, pourtant présente dans son discours, a disparu du résumé.
Ce n'est pas une preuve que Gabriel Attal ne s'en préoccupe pas, mais c'est tout de même un indice intéressant. Quand il faut expliquer le programme dans une image, l'écologie ne fait pas partie des quatre priorités à afficher. Chez Attal, l'écologie est donc un enjeu sérieux, mais apparemment pas suffisamment sérieux pour passer l'épreuve du visuel Instagram. A l'inverse, chez Jean-Luc Mélenchon, l'écologie ne disparaît pas du visuel. Elle doit carrément réorganiser la République. C'est sans doute la raison pour laquelle il arrive en tête de notre classement. Mais ce résultat n'a rien de mystérieux, c'est sa quatrième campagne présidentielle.
Il a eu le temps de remplir sa boîte à idées, et quand on veut bâtir une République écologique, mieux vaut avoir quelques propositions sous le coude.
Nous sommes dans l'ère des maladies écologiques. Sont en cause les pesticides, le modèle agricole, l'amiante, le cadenium, l'eau contaminée en plastique et en bouillant éternel. La malpouche ultra transformée.
Son idée forte, ce sont les éco-régions. Réorganiser les régions autour de grands bassins. L'eau, l'air, le sol, la biodiversité, la santé. Selon lui, toute l'action publique doit partir de là. C'est ambitieux, c'est structuré, et ce n'est pas tout neuf. Mélenchon et les Insoumis travaillent depuis des années sur le sujet. Mais il a tout de même un angle mort assez étonnant. Dans son discours de Saint-Denis, comme dans sa version complète publiée sur son blog, Mélenchon parle du climat, des pesticides, des polluants, du modèle agricole, de la planification et des éco-régions. Mais il ne dit pas un mot du nucléaire, ni des renouvelables.
C'est tout de même une absence notable dans une campagne où le mix énergétique est une ligne de fracture majeure, y compris à gauche, avec le parti communiste nettement plus pro-nucléaire. Le candidat qui a le plus parlé d'écologie n'a donc presque rien dit de la façon de produire l'électricité. Une république écologique, oui, mais pour brancher la prise, ce ne sera pas dans ce discours-là. Et puis, puisqu'on parle du nucléaire, terminons par une archive qui rappelle qu'en politique énergétique aussi, les lignes bougent. Beaucoup.
C'est effectivement une énergie dangereuse. Il faut donc garder en vue la nécessité de se séparer du nucléaire. Mais pour l'instant, nous n'avons pas assez investi dans la recherche. Cette recherche n'est pas assez avancée pour que les énergies renouvelables prennent le remplacement, remplacent le nucléaire.
Oui, vous avez bien entendu. En 2011, Marine Le Pen jugeait le nucléaire dangereux et disait qu'il fallait à terme s'en séparer. Pas immédiatement, précisait-elle. À l'époque, elle estimait qu'on n'avait pas encore assez investi dans les alternatives comme l'éolien ou le solaire. Depuis, le vent a tourné. En 2022, elle propose de faire du nucléaire le cœur de son projet énergétique avec de nouveaux EPR et de démanteler tout le parc des éoliennes. Elle défend désormais aussi un moratoire sur les nouveaux projets photovoltaïques. Plus de nouvelles installations, plus de nouvelles autorisations.
Comme quoi, sur la transition énergétique, il n'y a pas que le soleil et le vent qui soient intermittents. Les convictions aussi. Voilà, c'est terminé. Merci d'avoir suivi ce nouvel épisode de La Havare Politique. Dites-nous ce que vous en avez pensé en laissant un commentaire. Likez si vous avez aimé. Et restez connecté aux médias.
Jean-Luc Mélenchon