Agnès Canayer : « L'entrisme, c'est à bas bruit, c'est insidieux. »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Agnès Canaillé, je vous représente, sénatrice de la Seine-Maritime. Vous êtes rattachée au groupe Les Républicains, conseillère municipale d'Edouard Philippe. Vous étiez également ministre dans le gouvernement de Michel Barnier. Et vous êtes la rapporteure du texte de Bruno Retailleau sur la lutte contre l'antrisme islamiste. On va longuement, évidemment, en parler. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. Trois titres qu'on a sélectionnés. D'abord, la une de Varmatin, la tentation super éthanol. 1 000 euros d'économie pour 20 000 km par an face au litre d'essence à plus de 2 euros. Les installations de boîtiers de conversion au super éthanol explosent.
La deuxième une, c'est celle du Berry Républicain. Et les suites de cette trêve partie illégale qui s'est tenue dans le chair ce week-end. Et même si de nombreux toffeurs sont partis, ils ont resté encore plusieurs milliers. Hier, le préfet confie ne pas savoir quand ce technival prendra fin. Laurent Nunez veut durcir les sanctions. Le texte sera examiné au Sénat dans 15 jours. Et puis la dernière une, c'est celle de l'Est Républicain. Et c'est Sophie la girafe, que vous connaissez forcément. Sophie la girafe, une girafe pas si made in France. Titre le journal, elle fait partie du quotidien des familles françaises. Réputée pour son côté ludique, elle incarne le made in France.
Problème, une partie de sa production serait actuellement réalisée en Chine. Comme le reconnaît son PDG vaugien Alain Thirion, qui évoque une situation provisoire. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Écoutez, c'est très difficile parce que les trois sont intéressantes. La première parce que cette transition énergétique et notamment les sources de carburant, c'est un enjeu. Et c'est un enjeu sur mon territoire, le Havre, avec notamment la mise en œuvre d'usines de biocarburant. Et donc, c'est un sujet qui est essentiel. Et je pense que c'est un sujet d'avenir. Et Sophie Lagirafe, ça me fait beaucoup rire, tout en que ministre des familles et m'étant beaucoup intéressée à la petite enfance. Puis c'est vrai que tous nos enfants ont toujours eu nous-mêmes cette belle girafe. Alors, ce serait bien qu'elle puisse évidemment être produite en France.
Et le retour industriel sur notre territoire est aussi un enjeu stratégique.
Le message est passé. Allez, on en revient au cœur du sujet et de l'actualité du Sénat aujourd'hui. Le Sénat qui va donc se pencher cet après-midi sur la proposition de loi de Bruno Rotaillot pour lutter contre l'entrisme islamiste en France. Vous en êtes la rapporteure. Stéphane, que contient ce texte ?
Alors, c'est un texte de Bruno Rotaillot, le sénateur et candidat LR à la présidentielle, inspiré de Bruno Rotaillot, le ministre de l'Intérieur, il y a un an, quand il était encore au gouvernement. Il recevait sur son bureau un rapport sur les frères musulmans et d'islamisme en France. Le document décrit l'existence d'une menace pour la cohésion nationale présentée par la montée de l'islamisme municipal. Voilà ce qui est écrit.
Une menace par le bas pointent les auteurs du rapport, pas seulement de séparatisme, d'exclusion de certains citoyens de la société, mais aussi de ce qui est qualifié donc d'entrisme par Bruno Rotaillot, c'est-à-dire de manœuvre pour modifier la loi et y intégrer des exceptions sur la laïcité ou l'égalité entre les hommes et les femmes. Par exemple, à Neskanaïs, cette définition de l'entrisme, c'est un sujet qui est délicat. La loi, d'ailleurs, ne le définit pas vraiment. Quelle définition vous donnez, vous, de l'entrisme ?
Écoutez, c'est vrai que c'est le cœur du sujet, savoir exactement de quoi on parle et qu'est-ce que c'est que ces manœuvres d'entrisme qui risquent de déstabiliser nos institutions. Un des premiers éléments qui est important à prendre en considération, c'est la concertation, c'est-à-dire que l'entrisme, ce n'est pas un acte individuel isolé, ce n'est pas le fait pour une personne de porter des propos, c'est le fait de le faire de manière concertée dans le cadre de groupements de fêtes ou d'associations pour introduire un projet politique sur du long terme qui viserait à supplanter nos valeurs de la République par les lois religieuses.
Donc on voit bien que c'est à bas bruit, insidieux, un mouvement lent et de long terme, mais c'est surtout un mouvement qui est concerté et collectif.
Quel est l'État aujourd'hui ? Est-ce qu'on arrive à définir l'État de la menace de l'entrisme ?
Écoutez, le rapport sur les frères musulmans qui est à la base des travaux qui ont été menés par Bruno Retailleau, une et une seule personne, évidemment à l'époque quand il était ministre de l'Intérieur, mais aujourd'hui président du parti Les Républicains et sénateur, et puis le futur projet de loi, on entend parler mais dont on n'a pas le contenu du ministre Nunez, c'est basé sur ce rapport qui fait un état très précis de l'existence de la menace qu'il rattache principalement aux frères musulmans.
Mais c'est vrai que c'est difficile d'en percevoir la réalité sur le terrain parce que, comme vous le disiez, c'est un mouvement insidieux, à bas bruit, qui vise à s'infiltrer dans les structures républicaines, les associations, les institutions, mais de manière tout à fait cachée, et donc c'est très difficile à déceler.
Mais ce n'est pas aussi compliqué de légiférer sur un phénomène qu'on a du mal à évaluer, qu'on a du mal à mesurer ?
Oui, c'est beaucoup plus difficile parce qu'on sait bien que c'est en trois temps, vous l'avez remarqué, la première époque c'était autour du terrorisme, avec des actions qui étaient violentes, facilement cernables, on voit bien ce que c'est que le terrorisme, on voit bien quels sont les outils qui ont été mis en place dès 2015. Ensuite, il y a eu la question du séparatisme, comme le dit Bruno Retailleau, c'est la création de petites sociétés dans la grande société, donc avec des modes de vie qui sont là aussi aux vues et au su de tout le monde.
Donc la loi de 2021 a mis en place des outils qui sont clairement adaptés à cette situation identifiable, sur l'entrisme c'est beaucoup plus complexe parce qu'il faut déceler dans un fonctionnement habituel ces comportements d'infiltration et c'est là où c'est beaucoup plus compliqué.
Alors voilà pour le constat, le contexte, on va passer aux réponses Stéphane. Que propose Bruno Retailleau dans sa proposition ?
Alors il y a toute une batterie de mesures pour colmater les brèches constatées par les services de renseignement ou l'administration fiscale, en complément, vous le disiez à l'instant, de deux lois, sur le terrorisme et sur le séparatisme. La première des mesures de ce texte de Bruno Retailleau, c'est la création d'un délit d'atteinte aux principes de la République passible de 5 ans de prison et de 75 000 euros d'amende. Il y a aussi deux nouveaux motifs de dissolution d'associations et puis la possibilité d'interdire des groupements étrangers qui ne respecteraient pas les principes républicains.
Vous avez dû préciser ces principes républicains, notamment dans le texte Agnès Canaillé, vous avez précisé la laïcité, l'égalité homme-femme, l'indivisibilité de la République. Pourquoi ces précisions ? Est-ce que la version de Bruno Retailleau à l'origine risquait d'être jugée inconstitutionnelle ?
– Oui, il y avait un risque, c'est évident. On voit bien, outre la difficulté de définir ce qu'est l'entrisme islamiste, on voit bien qu'on est sur une ligne de crête dans la conciliation entre la sécurité publique et les libertés individuelles et collectives. Donc il fallait trouver ce chemin, sachant qu'on nous dit que le texte est inconstitutionnel, nous ne verrons qu'une fois que le Conseil constitutionnel sera lui-même prononcé, puisque c'est le seul arbitre en la matière.
– Mais vous jugez que vous l'avez écarté sur les inconstitutionnalités en modifiant cet article ?
– Nous l'avons écarté au maximum, mais je ne peux pas dire que nous l'avons totalement écarté. Et là, c'est les juges de la rue Montpensier qui nous le diront. Nous avons fait le maximum pour sécuriser ce texte-là et à commencer, c'est votre question, par mieux cibler, mieux définir l'incrimination de l'article 1er, en évitant que ce soit un peu tous les groupuscules contestataires, même les plus républicains, notamment on pense aux entités régionalistes, les Corses, les Basques, etc., qui ne sont pas du tout concernés par de l'entrisme.
Et donc on a resserré, d'où cette notion de concertation, d'infiltration insidieuse, de projets politiques, faisant supplanter les lois de la République par les lois religieuses. Donc c'est l'objectif, évidemment, de mieux cibler pour éviter les risques d'inconstitution.
– Il y avait un risque d'atteinte aux libertés, avec la première version du texte ?
– Oui, puisque vous englobiez même des mouvements contestataires qui respectent nos valeurs républicaines. Et donc on a le droit quand même de contester encore en France. Et il faut faire attention de ne pas porter atteinte ni à la liberté de manifestation, ni à la liberté d'association.
– Mais qui ça aurait pu concerner ?
– Ça aurait pu concerner tout à fait les groupuscules basques, régionalistes, bretons, qui contestent, ou d'autres mouvements contestataires, qui le font dans le cadre des valeurs républicaines, dans le cadre de la liberté d'expression, de la liberté d'association, de manifester, et qui visent simplement à défendre leur identité régionale et pas à renverser les institutions françaises.
– Alors le texte, il donne aussi plus de poids au préfet sur la construction de lieux de culte et les subventions qui sont allées aux associations.
– Oui, rien avec cette loi, le préfet pourrait s'opposer à la construction ou à l'extension d'un lieu de culte. Il pourrait aussi exiger d'une association qu'elle rende ses subventions si elle ne respecte pas le contrat d'engagement républicain, un document qu'elles sont obligées de signer pour percevoir de l'argent public. Le texte prévoit aussi la possibilité de geler les fonds de personnes ou d'associations qui financeraient des associations dissoutes pour séparatisme ou diffuseraient des propos haineux ou discriminatoires. Dernière mesure notable, parce qu'il y en a une douzaine, pousser le délai de prescription des délits de presse de trois ans contre un an aujourd'hui.
L'idée en fait, c'est de protéger les mineurs des contenus en ligne qui relèvent par exemple de l'apologie du terrorisme.
Quel est votre objectif Agnès Kané ? C'est de couper le lien entre ces associations et leurs ressources financières ?
Oui, il y a deux objectifs, enfin majeurs. Trois dans la loi et deux dans ceux que vous venez de citer. C'est d'assécher financièrement ces associations qui pratiquent l'entrisme islamiste, puisque c'est le nerf de la guerre, et c'est protéger les enfants. Parce que ce sont des cibles prioritaires, c'est un projet de long terme qui passe par l'éducation, qui passe par la manipulation des jeunes. Et c'est pour ça qu'on a aussi tout un axe essentiel sur les accueils collectifs de mineurs et sur les éditions, les livres. Parce que la jeunesse aujourd'hui, c'est la première cible de cet entrisme ? Oui, puisque l'entrisme, il vise un projet de long terme.
Donc il faut d'abord forger les esprits les plus malléables, les plus perméables, qui sont ceux des enfants. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on a renforcé les règles pour éviter notamment les publications. Je pense à un livre qui s'appelle « Moi, jeune musulmane », le ministère de l'Intérieur nous dit avoir eu du mal à interdire qui expliquait comment on pouvait être jeune femme musulmane et vivre très bien, loin des hommes, replié sur soi-même, etc. Donc contrairement à tous les principes républicains que nous défendons, il n'y avait pas d'outils.
C'est la raison pour laquelle on a renforcé ces outils pour permettre l'interdiction de ces livres qui manipulent la jeunesse qui est effectivement l'avenir de notre société. Et donc, tout comme dans les accueils de mineurs, il y a un certain nombre d'accueils de mineurs aujourd'hui en France qui sont des accueils qui pratiquent des petits cours le soir, qui reçoivent quelques enfants, qui ne rentrent pas dans la législation globale des colonies de vacances, des accueils périscolaires, etc.
et qui ne peuvent être soumis à aucun contrôle, notamment de la part du préfet et des services de l'État déconcentrés, et donc qui vivent tout seuls, loin des yeux et qui peuvent transmettre toutes les idéologies qu'ils le souhaitent. Donc, cette volonté, c'est de donner plus de contrôle sur la jeunesse pour préserver cette jeunesse et lui garantir des conditions d'ouverture républicaine.
Je reviens sur le lien entre les associations et les ressources financières. Aujourd'hui, quelles sont ces ressources financières et est-ce qu'elles ne sont pas difficiles à tracer et donc à co-circuiter ?
Oui, c'est toujours le même sujet, les mêmes difficultés. Néanmoins, il y a d'abord, un, faisons le ménage entre guillemets chez nous, la loi sur le séparatif de 2021 a introduit le contrat d'engagement républicain. Et aujourd'hui, mes collègues, Jacqueline Nostage-Brignot et Dominique Vérien, qui ont fait un rapport cette année sur les trois ans de l'application de ces lois, ont constaté que c'était plutôt une formalité administrative qui n'avait aucun effet.
La loi telle qu'elle est proposée par Bruno Retailleau permet de donner des conséquences concrètes et faire en sorte que le préfet peut adjoindre et enjoindre le maire de retirer une subvention si l'association ne respecte pas les engagements républicains et même de couper les avantages fiscaux, qui est une des ressources fortes aussi des associations, si elles n'engagent pas le contrat d'engagement républicain. Ce qui est important dans ce texte-là, et c'est la même chose sur les constructions d'édifices, c'est qu'on donne aux préfets des moyens d'accompagner les maires. Les maires, souvent, se retrouvent seuls face à cette situation.
Des projets de construction de mosquées, des associations qui n'ont pas l'air, mais n'en ont pas la certitude, de respecter les valeurs républicaines. Là, on impose à l'État de prendre ses responsabilités.
Est-ce que, justement, parce qu'on a parlé de ce sujet au moment des municipales, est-ce qu'il va y avoir un entrisme au moment de ces municipales ? Est-ce que vous l'avez constaté ? Est-ce qu'aujourd'hui, il y a une infiltration politique via les élus locaux dans certains territoires ?
Certainement, mais c'est vrai que c'est difficile aujourd'hui à percevoir, parce que, souvent, c'est un candidat sur une liste qui est proche, soit de la mouvance des frères musulmans, soit d'autres courants turcs. Donc, ça ne se voit pas beaucoup, et c'est difficile, par principe, de dire qu'ils vont faire de l'entrisme et influencer sur les décisions de la commune. Donc, c'est à surveiller.
C'est la raison pour laquelle, aussi, les services de renseignement nous demandent des moyens supplémentaires, que sur ce sujet-là, c'était prévu dans le texte de Bruno Retailleau et nous avons repoussé le débat, puisque la délégation parlementaire au renseignement travaille aussi sur ce sujet-là, et qu'il y a un besoin, aussi, de pouvoir un peu avoir des capteurs pour voir quels sont les effets de cet entrisme localement sur le terrain. C'est la demande des renseignements territoriaux.
– Vous le disiez, le rapport sur les frères musulmans qui a été remis il y a un an, maintenant, au gouvernement, qui met en garde contre une menace, contre la cohésion nationale. Pour la cohésion nationale, 139 lieux de culte contrôlés en France par les frères musulmans. Alors, ça fait 7% du total des lieux de culte musulmans. Et que faire contre cette mouvance des frères musulmans ? Le Rassemblement national demande l'interdiction des structures liées aux frères musulmans. Les Républicains, eux, ont fait voter une résolution à l'Assemblée nationale pour demander d'inscrire la mouvance des frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes.
On va écouter à ce sujet, Laurent Wauquiez.
– C'est la première fois qu'on met un coup d'arrêt à l'entrisme islamiste des frères musulmans. Il y a eu tellement de paroles et si peu d'actes. Et on est très fiers, avec les députés de la droite républicaine, d'avoir porté le vote de cette résolution visant enfin à inscrire les frères musulmans dans la liste des organisations terroristes. On a vu dans ce débat, dans le prolongement de ce qu'on avait fait sur la commission, sur l'entrisme islamiste, les masques qui sont tombés. Et un travail d'obstruction hallucinant mené par LFI qui se sont révélés dans cet hémicycle être les meilleurs ambassadeurs des frères musulmans.
– Alors, il y a deux choses dans ce que dit Laurent Wauquiez. D'abord, sur ce qu'il a fait voter cette résolution, c'est pas contraignant. Est-ce que c'est suffisant ? Est-ce que vous trouvez qu'un an après le rapport, le gouvernement agit suffisamment ?
– Écoutez, c'est long. Alors, c'est vrai que la résolution n'est qu'une résolution. Donc, la résolution, c'est un engagement qui n'a pas d'effet direct. Mais ça a le mérite quand même de lever le voile et d'alerter l'opinion publique. Parce que là aussi, c'est important que les Français aient conscience de cette menace.
– Ce qui est suffisamment le cas, selon vous ?
– Non. Je pense qu'on a encore beaucoup à expliquer, faire de travail de pédagogie pour que les Français comprennent réellement l'enjeu et ce qu'est cette menace de l'antrisme islamiste qui est, comme on l'a déjà dit, une menace très à bas bruit et insidieuse. Mais il faut qu'ils perçoivent les conséquences qui sont… Et quand elles se révéleront, ce sera sûrement trop tard. C'est tout l'art et tout l'exercice qui est nécessaire. Donc, cette résolution, elle y participe. Néanmoins, ça reste qu'une résolution, donc ça n'a pas d'effet. D'une part.
Et d'autre part, j'attire l'attention sur le fait que l'objet, ce n'est pas tant la lutte contre le terrorisme aujourd'hui, puisqu'on a vu que les moyens existaient depuis 2015 et qu'objectivement, on a des réussites en matière de lutte et que nos services, notamment de renseignement, sont assez performants sur le sujet. La difficulté qui reste, c'est l'antrisme qui est autre chose. Et là,
les services de renseignement, ils n'ont pas les moyens
de lutter contre cet antrisme ? Non, ils ont moins de moyens parce qu'ils y arrivent par des moyens un peu plus détournés, mais il n'y a pas de finalité clairement affichée, mais elle est très difficile à définir parce que c'est difficile de définir, on revient au sujet premier, cette notion d'antrisme et qu'il faut qu'on travaille dessus parce qu'ils ont, les renseignements territoriaux, nous disent avoir besoin d'outils.
La proposition de loi de Bruno Retailleau, c'est un ensemble de mesures concrètes et pragmatiques qui répondent à des besoins demandés par les services, que ce soit les services de renseignement, que ce soit les services du ministère de l'Intérieur, jeunesse et sport, les services de Bercy. Et donc, ce travail-là, il est un travail pragmatique et qui vise à donner les moyens réels.
Il y a une deuxième chose dans ce que disait Laurent Wauquiez, je le recite, la France insoumise qui s'est révélée être les meilleurs ambassadeurs des frères musulmans. On va écouter ce qu'en disait Jean-Luc Mélenchon.
Évidemment que notre mouvement n'acceptera jamais l'entrisme religieux ni de confier des responsabilités à quelqu'un qui dirait je le fais parce que je suis catholique et je vais expliquer les vertus catholiques ou les vertus juives ou les vertus protestantes qui sont des vertus respectables et qui n'ont rien à faire dans notre organisation ni dans nos candidatures. Donc, sur ce plan, je ne crois pas que... Mais si vous avez des difficultés à nous signaler, faites-le.
Qu'est-ce que vous dites de ça, Agnès Canaillet ?
Je dis deux choses. D'abord que M. Mélenchon se trompe. Ce n'est pas de prôner des vertus ou des principes religieux qui font de l'entrisme et attention aux confusions qui sont dangereuses. Il y a... La grande majorité des musulmans pratiquent leur foi, leurs religions en total respect de nos valeurs républicaines. Et ce n'est pas le sujet, ce n'est pas de l'entrisme. Il faut faire attention d'éviter les amalgames, ce que fait M. Mélenchon. L'entrisme, c'est une visée politique avec une infiltration à bas bruit. Et donc, le deuxième sujet, c'est qu'il fasse le ménage chez lui.
Est-ce que vous iriez jusqu'à dire, comme Laurent Wauquiez, qu'ils sont aujourd'hui les meilleurs ambassadeurs des frères M. Dulemont ?
Oui. Il protège sans faire de... Bien sûr. Et donc, il faut qu'il regarde d'un peu plus près dans son parti politique et dans ses élus et qui regarde de plus près qui est recruté pour siéger dans les équipes portées par LFI.
Alors, le texte, la proposition de Bruno Rotaillot, on le disait, elle est examinée cet après-midi dans l'hémicycle du Sénat, mais elle rentre en concurrence avec un autre texte, un projet de loi su du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.
Oui, l'actuel ministre de l'Intérieur présentera dans les semaines à venir son texte pour lutter, lui aussi, contre l'antrisme, basé sur le même rapport qui a inspiré Bruno Rotaillot. On en parlait à l'instant. Alors, on n'a pas encore le détail du texte, mais les mesures qui ont été annoncées dans une interview au journal Le Monde sont peu ou prou les mêmes, si on croit ce qu'en dit le ministre de l'Intérieur dans cette interview.
Il dit quand même que la proposition de Bruno Rotaillot est une œuvre inachevée, ce sont ses termes, et que son texte à lui est plus large, qu'il ne vise pas seulement l'antrisme islamiste, ce qui m'amène à cette question, Agnès Canaillet, pourquoi ne pas avoir attendu le texte du gouvernement et avoir dégainé ce texte avec Bruno Rotaillot ?
Écoutez, il faut le demander à Bruno Rotaillot lui-même, mais d'après ce qu'il me dit très clairement, c'est que lui avait été informé dès mai 2025 de cette menace d'antrisme islamiste suite au rapport que vous avez cité, et que depuis qu'il était sorti du gouvernement, il voyait que le sujet n'avançait pas. Donc, à un moment donné, en responsabilité, il s'est dit, il faut déposer un texte, il faut déposer des procédures, des normes, des dispositifs, c'est ce qu'il a fait par sa proposition de loi. Et j'ai cru comprendre que cela avait réveillé les services du ministère de l'Intérieur, d'où ce fameux projet de loi dont nous ne connaissons absolument pas le contenu.
On a quelques éléments, quelques indiscrétions, mais je n'ai pas vu le texte.
Mais qu'est-ce que vous lui répondez quand il dit que votre texte, à vous, c'est une œuvre inachevée ?
Écoutez, je ne sais pas, alors il y a un paradoxe parce qu'il dit que c'est inachevé et il dit qu'il a mis en place des outils qui sont plus larges. Moi, la volonté de Bruno Rotaillot, et je pense qu'elle est plutôt bonne, c'est de cibler sur une menace précise celle de l'entrisme islamiste avec déjà les difficultés de cerner ce que c'est l'entrisme islamiste et de ne pas l'intégrer dans un ensemble de dispositifs beaucoup plus larges qui perdent l'objectif visé. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, effectivement, il y avait des éléments qui étaient perfectibles dans les dispositifs de Bruno Rotaillot et nous les avons améliorés en commission.
On a fait un gros travail pour pouvoir mieux cibler, réécrire, préciser, conditionner, certaines dispositions pour éviter l'inconstitutionnalité. Donc, je pense qu'on a contribué à progresser sur le sujet et puis, si c'est inachevé, travaillons ensemble parce que le but, c'est de trouver les réponses et je pense que tous les esprits ont intérêt à converger ensemble pour trouver les meilleures des réponses possibles.
Mais converger ensemble, est-ce que ça veut dire que le projet de loi à venir de Laurent Nunes va effacer votre texte qui va primer, finalement, sur cette proposition de loi de Bruno Rotaillot qui risque un peu de finir dans les placards ?
Écoutez, d'une part, attendons, oui, mais même s'il finit dans les placards, il peut servir aussi à éclairer de base. Il y a des choses qui peuvent être reprises. Les services du ministère de l'Intérieur nous ont dit qu'ils étaient très intéressés par les rédactions du Sénat. Donc ça veut aussi alimenter, et moi je pense que c'est l'enjeu premier, alimenter la création d'un outil le plus fini possible. C'est le sens du travail que nous avons mené et donc on va voir la suite. Mais c'est vrai que le sujet est complexe et il mérite que tout le monde travaille ensemble.
Est-ce que vous diriez que la sortie du ministre de l'Intérieur sur le texte de Bruno Rotaillot, c'est de la bataille politique ? C'est pour lui mettre des bâtons dans les roues dans le début de sa campagne présidentielle ?
Je ne sais pas. Il y a forcément un peu de joute politique. Enfin, c'est deux ministres de l'Intérieur, l'un sortant, l'un en poste, sur un sujet commun. Effectivement, chacun défend son texte. Mais au final… Parce que là,
il y a eu l'Algérie il y a quelques jours. Là, il y a ce texte et cette question de l'entrisme islamiste. Est-ce que vous redoutez d'être finalement au cœur d'une bataille politique entre Laurent Nunez, Emmanuel Macron et Bruno Rotaillot ?
Écoutez, oui, je pense que de toute façon, on va passerer. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. On est dans un temps aussi aujourd'hui un peu de faux plat pré-présidentiel ou de fin de règne présidentielle. Donc, chacun essaye de garder son terrain. Donc, c'est vrai que forcément, il y a un peu de joute politique. Néanmoins… Mais ça ne va pas vous empêcher
de travailler ensemble sur ce sujet ? Vous êtes prêts à travailler avec Laurent Nunez sur cette question pour trouver une rédaction commune et aboutir à un texte commun ?
Sans problème. Sans problème. Et d'ailleurs, ça a toujours quand même été la marque de fabrique du Sénat, c'est de savoir retravailler de manière transpartisane dès lors qu'il y avait un enjeu commun. Et là, je pense qu'il y a un enjeu national qui est de garantir nos valeurs républicaines. Et là, on peut…
qui t'a contribué au bilan du gouvernement sur ce sujet.
Écoutez, je ne sais pas si on contribuera au bilan du gouvernement, mais il y a un moment donné, Bruno Retailleau a été aussi ministre et donc, c'est normal qu'il tire les conséquences de son expérience de ministre de l'Intérieur.
Vous attendez un débat tendu cet après-midi. Vous pensez que le texte passera ?
Écoutez, j'espère que le texte va passer. J'ai de bons espoirs. Maintenant, on peut avoir effectivement un débat tendu parce que, comme vous le dites, on est dans un enjeu plutôt politique. Donc, moi, j'espère que les débats politiques ne prendront pas trop le pas sur le fond du sujet qui est un sujet véritablement d'importance et d'urgence et qui nécessite que nous trouvions la voie de passage.
Merci, Agnès Cananier. Merci beaucoup d'avoir été notre invité rapporteur, je le rappelle, de ce texte, donc, pour lutter contre l'antrisme islamiste qui sera examiné cet après-midi dans l'hémicycle du Sénat. Merci beaucoup d'avoir été notre invité pendant cette demi-heure.
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Agnès Canayer