Amélie de Montchalin : « Si le gouvernement choisit le 49.3, je ne serais plus devant vous »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Amélie de Montchalin. Bonjour. Merci beaucoup d'être notre invitée ce matin. Vous êtes ministre de l'Action et des Comptes Publics. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane Vernet de Ouest France. Bonjour Stéphane.
Bonjour Ariane. Amélie de Montchalin, bonjour.
Bonjour. On va évidemment longuement parler du budget, des budgets, Amélie de Montchalin. Mais d'abord un mot de réaction puisque Emmanuel Macron s'exprime ce matin. Vous avez été, vous, en charge des affaires européennes. Il s'exprime notamment sur la question de la guerre en Ukraine. Nous voulons la paix, mais pas une paix qui soit une capitulation pour Kiev, dit le chef de l'État. Est-ce que ça vous paraît atteignable dans un temps proche ?
C'est au-delà de l'atteignable. C'est absolument nécessaire pour notre continent, pour les Ukrainiens et pour notre conception de la souveraineté. On ne peut pas dans un monde, vous voyez, certes hostile, considérer que les frontières sont au fond des concepts que chacun peut traverser à sa guise. et ce qui s'est passé en Ukraine, c'est un pays qui a envahi un autre pays, ce qui n'était pas arrivé sur notre continent depuis, en fait, 1945. Et donc je pense que ce n'est pas une question de savoir si c'est atteignable ou pas, c'est nécessaire. Et ça fait le lien, si je peux me permettre, avec ce qu'a annoncé le Premier ministre hier.
Nous avons, sur un certain nombre de sujets, notamment celui de la défense, mais aussi sur d'autres sujets de souveraineté, l'agriculture, l'énergie.
Nous avons besoin de donner aux Français et aux parlementaires toutes les informations, parce que si nous considérons que, évidemment, le budget est un moment, évidemment, important de mise en cohérence au fond de nos moyens et de nos priorités, le gouvernement veut donner toute la transparence à l'ensemble des forces politiques sur ces trois éléments de souveraineté, l'énergie, l'agriculture et la défense, pas parce qu'on veut contraindre je ne sais qui à voter je ne sais quoi, mais parce que les enjeux majeurs demandent de la clarté et cette clarté, on veut vraiment aussi montrer que ce n'est pas lié à la présidentielle de 2027.
On va évidemment y revenir. Le chef de l'État qui dit aussi que c'est aux Européens de décider quoi faire des actifs russes gelés. Ça, c'est aussi une question qui fait débat dans votre camp. Qu'est-ce qu'il faut faire de ces actifs russes gelés, selon vous ?
Je ne vais pas revenir ici dans un débat qui est à la fois très technique et très géopolitique. Mais le principe, c'est de dire, aujourd'hui, et ça a été proposé, que ces actifs puissent servir au fond à payer la reconstruction. Et il y a plein de modalités. Il y en a qui sont très frontales et qui peuvent d'ailleurs affaiblir le système financier dans son ensemble. Il y en a d'autres qui sont plus négociés. Il y en a d'autres qui sont sur le plus moyen terme. C'est vrai qu'il y a un grand débat à Bruxelles entre les partenaires. Au fond, c'est quoi le sujet ? C'est de considérer que l'agresseur doit quand même à un moment donné payer les réparations du pays qu'il a agressé.
Et je pense qu'on peut s'en tenir là. Pour nos téléspectateurs, c'est ça qu'on continue de défendre. Et oui, c'est aux Européens de décider la manière dont ils s'organiseront pour que, oui, nous ayons de la solidarité. Oui, nous mettons des moyens au service, évidemment, de ce conflit. Mais nous ne pouvons pas tout payer si l'agresseur, à un moment donné, ne prend pas à sa charge, au fond, les réparations de l'agression totalement unilatérale que la Russie a menée en février 2022.
Dans son interview matinal, le président de la République a confirmé qu'il ferait des annonces sur une réforme du service national universel. Donc là, on pense à l'annonce de la création d'un service militaire volontaire qui fera sans doute jeudi à Vars. Ça, c'est une dépense supplémentaire pour la défense. Elle n'est pas inscrite au budget 2026. Est-ce que ça peut être ajouté dans le cours des débats ? Ou est-ce qu'il faudra en passer par une loi rectificative l'année prochaine ?
Vous vous souvenez que le président de la République a fait un discours important à la nation le 13 juillet dernier. Et qu'il a annoncé qu'on allait mettre à jour, on allait élargir la loi de programmation militaire pour s'adapter à un monde en 2025 qui était assez différent finalement des conditions qui avaient prévalu quand la première version de cette nouvelle loi de programmation militaire avait été mise au vote. Et c'était Sébastien Lecornu qui avait présenté ce texte. Donc cette actualisation de la loi de programmation militaire, ces nouveaux moyens incluent un certain nombre d'éléments que justement nous voulons et nous devons présenter aux parlementaires.
C'est pour ça que le Premier ministre hier a dit évidemment c'est 6,7 milliards d'euros. C'est un débat d'ailleurs qui aura lieu au Sénat. C'est un débat sur les moyens. Mais il est utile que l'ensemble de la nation considère bien que ce n'est pas juste une enveloppe budgétaire. Il y a des ambitions, il y a des objectifs. Ça a été pensé, ça a été évidemment débattu autour du président de la République avec évidemment les ministres des Armées, avec évidemment la ministre que je suis aussi puisque la ministre des Comptes publics, on doit rendre notre défense possible mais il faut trouver les bons moyens de le faire.
Donc le président de la République annoncera évidemment des éléments et c'est aussi pour ça que le Premier ministre a annoncé hier qui était utile. C'est l'utilité du débat de lundi ? Oui et pourquoi c'est utile ? Parce qu'il nous faut à un moment donné savoir différencier dans ce débat budgétaire ce qui tient à des urgences que nous devons régler maintenant en 2026 et mettre de côté aussi, j'allais dire un peu, les débats de 2027. On voit bien qu'aujourd'hui notre risque, c'est que parce que la présidentielle est dans 18 mois, on ait beaucoup de mal à nous mettre d'accord maintenant sur ce qui est urgent de faire pour la France maintenant.
Et donc on peut avoir un débat sur la défense en général et d'ailleurs les candidats à la présidentielle auront évidemment eux-mêmes des idées. Mais on doit aussi avoir toute la transparence et que le gouvernement se mette à la disposition des parlementaires pour expliquer au fond ce que ces 6,7 milliards d'euros qui ont été proposés dans le budget de 2026, à quoi il sert.
Mais on comprend bien la volonté d'éclaircir les positions politiques mais sur le fond du budget, qu'est-ce que ça va changer le débat de lundi ?
Sur le fond du budget, ce n'est pas un amendement au budget, ce n'est pas un article du budget. D'ailleurs, ce ne sera pas un vote du budget qu'on a mis à côté. On considère, et je crois que le Premier ministre l'a très bien dit, sur des sujets comme l'organisation de l'État, sur l'agriculture, sur l'énergie et sur la défense et plus largement sur notre déficit, il nous faut créer de la clarté, créer de la cohérence, séparer ce qui est de l'ordre de la politique, des visions, des alternances que certains proposent pour la présidentielle de ce qui est urgent à faire pour 2026. Nous, notre gouvernement, le Premier ministre le dit souvent, on a un gouvernement de mission.
Notre mission, c'est de finir ce qui a été commencé en 2017, c'est aussi de finir le quinquennat, c'est de faire les choses qui sont urgentes aujourd'hui et c'est de s'occuper des Français maintenant, ici et maintenant. Il y a d'autres acteurs politiques, dans le débat, on le voit, qui, et c'est normal et c'est légitime, cherchent à construire un projet pour 2027. C'est très bien, mais on ne peut pas faire la présidentielle de 2027 dans l'hémicycle du budget 2026.
Il faut qu'on sépare les sujets et sur la défense, au fond, ce qu'on cherche, c'est à bien différencier ce qui est de l'ordre de l'urgent et du nécessaire maintenant, d'où les débats qui ont été annoncés, de ce qui, évidemment, est un débat national, beaucoup plus large et qui aura en ce temps...
Ces débats, c'est une nouvelle méthode voulue par Sébastien Lecornu. On va écouter ce qu'en pense le rapporteur général du budget ici au Sénat, Jean-François Husson.
L'heure n'est pas à la dispersion, l'heure n'est pas aux initiatives intempestives, l'heure, elle est à un moment où on doit remettre en perspective, avec la gravité, je le redis, du moment, ce qui peut faire accord pour avoir un budget pour la fin de l'année.
C'est une initiative intempestive ? Non. Ce qui peut paraître intempestif à certains, c'est le sentiment qu'on ne fait pas comme d'habitude. Mais l'association politique, et je le dis avec beaucoup d'amitié pour Jean-François Husson, avec lequel je travaille vraiment de manière très rapprochée, parce que je pense que lui et moi avons la conviction très chevillée au corps qu'un budget est absolument nécessaire et qu'une loi spéciale n'est pas un budget, et que oui, nous mettre d'accord collectivement avec toutes les forces politiques est un absolu et vraiment une urgence, mais oui, ce n'est pas comme d'habitude.
Parce que nous sommes dans une situation politique qui n'est pas, entre guillemets, comme d'habitude. L'habitude de la Ve République, c'est une majorité absolue. Elle n'existe pas. Et ensuite, il y a eu des moments où il n'y avait pas de majorité absolue et où les gouvernements utilisaient le 49-3. Le Premier ministre a fait le choix pour des raisons aussi de réalisme. Si nous avions commencé à vouloir utiliser le 49-3, je ne serais pas devant vous aujourd'hui. Le gouvernement aurait été censuré, le budget n'aurait pas été déposé, les débats n'auraient pas commencé. Donc, nous ne sommes pas comme d'habitude.
C'est totalement inédit dans la Ve République qu'un gouvernement propose un budget, mais sans remettre au fond, totalement, au Parlement pour construire le compromis. Donc, ce que dit Jean-François Husson, et je le partage, c'est qu'il y a une alerte. C'est que, oui, le moment nous demande un sursaut collectif de responsabilité et de compromis. Mais quelles sont les alternatives ? Quelles sont les alternatives ? Est-ce qu'on se dit qu'on n'y arrive pas ? On laisse ceux qui nous disent que le problème, c'est que les Français, ils ont mal voté. Il faudrait re-voter pour les élections législatives, ça, c'est la vision de Mme Le Pen.
Il faudrait même re-voter maintenant, nous dit Mme Pannot et M. Mélenchon, pour les élections présidentielles parce qu'ils ont mal voté, vous voyez, les Français en 2022. Ce n'est pas ma conception des institutions. L'alternative au compromis avec les forces de gauche républicaines que nous cherchons à construire avec le Premier ministre, le Parti socialiste, les écologistes, les communistes, c'est quoi ? C'est la faire un compromis avec le Rassemblement national. Ce n'est pas le choix que nous avons fait non plus. Mais juste,
Sébastien Lecornu, il estime encore qu'il y a toujours une majorité pour voter le budget. Avec ce qui s'est passé à l'Assemblée, la partie recette rejetée à la quasi-unanimité, vous la voyez où, la majorité ?
D'abord, je vous rappelle qu'il y a quinze jours, il y a eu un vote positif avec une majorité qui a dit oui, nous voulons débattre des parties dépenses du partage de la Sécurité sociale, donc nous votons. Nous votons les recettes de la Sécurité sociale. Ça, ça a eu lieu il y a quinze jours. Ensuite, il y a eu les recettes du budget de l'État. Ça n'a pas été voté. Pourquoi ? Et parce que vous avez plein de votes, il y a eu plein de votes avec des majorités, plein d'ailleurs qui portent des progrès tout à fait intéressants pour nos agriculteurs, pour le logement, pour l'innovation, pour l'industrie. Je vais vous faire la longue liste.
Il y a eu plein d'amendements votés avec une majorité qui était une majorité de compromis. Mais il y a aussi eu un moment où les extrêmes, ensemble, ont mis 36 milliards d'euros d'impôts que j'ai d'ailleurs souvent expliqués comme étant inapplicables au vu de notre droit, droit national, droit constitutionnel, droit européen. Et une fois que ces 36 milliards d'impôts étaient dans le texte, tous les autres compromis trouvés, qui sont intéressants, qui sont constructifs, et que d'ailleurs, je peux vous dire, le gouvernement, on va faire justice à ce compromis.
Dans les débats qui arrivent, vous voyez, au Sénat, il y a un certain nombre d'amendements du gouvernement qui ne seront pas des idées du gouvernement, mais qui seront pour moi l'occasion que ces compromis qui ont demandé du temps, qui ont demandé de l'intelligence collective, ils puissent être débattus aussi au Sénat, même si le texte n'a pas été voté. – Qu'est-ce que vous allez garder
alors de ces 25 heures de débat ?
– Vous verrez, il y a des propositions, je pense, et le rapporteur général les connaît, sur le logement, comment on soutient la construction. Il y a des propositions qui ont été faites qui sont honnêtement des propositions transpartisanes qui ont des écologistes à horizon. Tous les députés, il y a au moins 4 ou 5 partis différents qui ont dit là on est d'accord, ça il faut quand même que je le transmette au Sénat, il faut que ça soit transmis au Sénat. Vous avez des amendements qui ont été faits sur par exemple comment on concilie l'écologie avec la souveraineté industrielle. Ça c'est aussi intéressant qu'on l'amène.
Vous avez des amendements qui ont été trouvés sur, ou des compromis qui ont été trouvés sur des questions par exemple de soutien à l'industrie et à l'innovation. Tout ça, c'est des choses que il me semble que le gouvernement peut tout à fait, de manière honnête, il faut qu'on s'assure que ces débats soient bien repris au Sénat. Ensuite le Sénat est souverain, votera, votera pas, ce sera son choix. Mais vous voyez, quand Jean-François Husson dit on a le devoir absolu de donner à la France un budget, il y a un point avec lequel vraiment je suis totalement en phase. C'est l'idée de dire que la loi spéciale n'est pas un budget.
Que la loi spéciale c'est qu'un outil temporaire pour ne pas faire défaut. C'est pour continuer à payer les fonctionnaires, c'est pour continuer à payer nos créanciers et c'est pour continuer à payer les politiques sociales essentielles. Vous savez que sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, il n'y a pas de loi spéciale. Donc nous ne sommes pas dans un monde où on pourrait se dire tranquillement, vous voyez, les candidats à la présidentielle font leur présidentielle, le budget de 2026 au fond, il est trop compliqué. Faisons une loi spéciale, vous voyez, les ministres et le Premier ministre vont se débrouiller, vont réduire le déficit sans débat.
Il n'y a pas d'alternative. Ni au compromis parlementaire, ni au passage devant le Parlement, ni au fait qu'il y a un vrai budget. Et ceux qui vous parlent de la loi spéciale oublient une chose, c'est qu'en 2025, la loi spéciale a duré six semaines. Six semaines parce qu'on était en train de négocier ce qui est devenu le budget de la nation. Si vous êtes dans l'idée que ça peut durer un an, c'est que vous n'avez pas du tout du tout compris ce qu'était, un, un budget, et deux, ce qu'était la loi spéciale. La loi spéciale, personne n'envisage, enfin je crois qu'il ne faut que personne n'envisage que ça puisse faire œuvre de budget.
D'autant que la loi spéciale l'année dernière a coûté 11 milliards ou 12 milliards au budget de l'État, enfin à l'économie française. L'année, ça nous coûterait la même chose et que l'impact serait direct. On ne peut pas se permettre ce genre de choses. Le souci, c'est quelle est l'alternative aujourd'hui ? S'il n'y a pas d'ordonnance, s'il n'y a pas de loi spéciale, comment est-ce qu'on fait pour doter la France d'un budget ?
Vous voyez, ça s'appelle le compromis. C'est prendre acte. C'est impossible aujourd'hui,
le compromis. Là, on n'en prend pas le chemin quand même.
D'abord, un, vous avez vu sur la sécurité sociale, nous avons quand même réussi à mettre au fond d'accord sur ce qu'étaient et les recettes de la sécurité sociale pour qu'on puisse débattre des dépenses et qu'on puisse avoir ce débat important sur notamment la suspension des retraites qui sera, on l'a vu, bientôt au Sénat. Non, mais sur le budget de l'État. J'y viens, la sécurité sociale, c'est la moitié du budget, c'est la moitié de nos dépenses publiques. La moitié de ce qui est mis en commun dans notre pays, la moitié, c'est la sécurité sociale. Si vous arrivez à vous mettre d'accord sur la moitié qui est la sécurité sociale, déjà, vous dites au pays, déjà, on n'est pas bloqué.
Il n'y a pas la fatalité de se dire qu'on a soit, je veux dire, une discussion avec le Rassemblement National, ce qu'on ne veut pas, soit la dissolution, les élections, l'instabilité parce qu'on aurait la fatalité du blocage. Donc ça, c'est la première chose. Sur le budget de l'État, qui est aussi le budget des collectivités, il y a quoi dans le budget ? Oui, il y a des impôts, il y a des reparties fiscales, il y a plus ou moins d'impôts. Moi, j'en veux le moins possible, évidemment, qui empêche l'économie de se développer. Je veux évidemment de la justice fiscale, je veux évidemment que la sur-optimisation fiscale soit combattue.
Mais dans le budget, et c'est ça qu'on n'a pas encore vu, c'est qu'il y a des choses essentielles et urgentes pour maintenant, qui n'ont rien à voir avec la présidentielle. Vous avez les enjeux de défense, vous avez le soutien au département, vous avez la réforme de la formation des enseignants, vous avez le soutien à nos personnels pénitentiaires parce qu'on ouvre des nouveaux centres de détention parce qu'on sait qu'il y a de la surpopulation. Vous avez des investissements pour la décarbonation de l'industrie. Mais ça, on n'en a jamais parlé. Pas encore. Ça arrive au Sénat parce que le Sénat probablement aura le temps de faire et les recettes et les dépenses.
Mais un budget, ce n'est pas juste des impôts. Donc vous voyez bien que pour notre pays, et moi je pense que vous voyez que les forces politiques républicaines, celles qui pensent qu'il n'y a pas de fatalité au chaos et qu'on ne va pas donner les clés aux extrêmes tout de suite demain, je pense que ces forces-là sont une majorité. Et surtout, je pense qu'il y a une autre majorité dont on oublie toujours l'existence.
C'est la majorité des Français qui disent partout et qui nous disent tous on veut que vous mettiez d'accord, on veut que vous travaillez pour nous, on veut que vous n'oubliez pas que nous on est là et que la présidentielle elle viendra en son temps, c'est normal, mais ne nous oubliez pas, on est là, nous les Français en 2026, on veut un budget maintenant. Cette majorité-là, elle est essentielle à entendre. C'est pour ça que les élus travaillent.
La France insoumise et le Rassemblement national. Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi une responsabilité de votre camp, du Bloc central qui le critique aussi ce budget et qui ne joue pas forcément le jeu du compromis ? D'abord,
je suis très claire avec vous, le parti Renaissance, le parti du MoDem se sont abstenus. Personne n'a vraiment écouté ce qu'ils ont dit. Ce que Gabriel Attal, ce que Paul Midi, ce que Marc Fénon ont dit. Ils n'ont pas dit, vous voyez, on s'en lave les mains, vous le gouvernement débrouillez-vous. Ce n'est pas ça qu'ils ont dit. Ils ont dit dans ce texte, il y a des vraies choses qu'on a portées qui sont des compromis et qu'on voudrait d'ailleurs voir garder dans le débat. Et c'est des vraies avancées et personne n'en a parlé mais nous ça compte pour nous. Ils ont dit, il y a aussi des choses qu'on ne peut pas voter.
C'est 36 milliards d'impôts qui sont au fond inapplicables, on ne peut pas les voter. Mais nous, on s'abstient pourquoi ? Parce qu'on pense que donner un budget à notre pays est essentiel. Parce qu'on considère que non, ce n'est pas la fin du chemin. Parce que oui, on veut continuer à travailler de manière transparente devant les Français pour eux. Et donc ça, ça a été un fait politique qui a été quand même...
Ce n'était pas Édouard Philippe. Édouard Philippe, ce n'est pas le dernier à critiquer le budget. Il parle d'un manque de cohérence notamment.
Ensuite, vous avez des partis qui ont dit autre chose, qui ont dit, ces impôts qui sont inapplicables sont tellement énormes que nous, on vote contre. Mais j'entends quand même Horizon, j'ai vu hier le président Maluret et les sénateurs qui travaillent sur le budget, dire évidemment, notre objectif, c'est de donner un budget au pays. Le président du groupe Horizon à l'Assemblée, il vous dit deux choses. Il vous dit, il faut un budget, il faut un budget qui réduit le déficit. Je suis d'accord avec lui. On ne va pas faire juste un budget pour un budget. Mais je le redis, le budget, et c'est pour ça que le Premier ministre a annoncé ces débats, ce n'est pas qu'une question d'impôt.
C'est aussi, quel choix on fait ici et maintenant pour les urgences, priorités, qui sont celles de notre souveraineté, l'énergie, l'agriculture, la défense, qui ne peuvent pas attendre que des débats très importants qui ont lieu en 2027, au fond, empêchent de nous mettre d'accord maintenant.
– Moi, je comprends bien, ce que vous tenez là, c'est un discours de raison, il est parfaitement entendable. Le problème, c'est que vous êtes face à une assemblée dont plus d'un tiers des députés sont résolus à voter contre le budget, quel qu'il soit et quoi qu'il advienne, la France insoumise, le Rassemblement national et l'UDR d'Éric Ciotti. À partir du moment où vous avez cette donne-là, comment est-ce que vous faites pour arriver à un compromis qui soit voté in fine ?
– Parce qu'on prend acte que vous avez effectivement, comme vous l'avez dit, ces trois parties qui ont un agenda pour les Français qui n'est pas, au fond, l'engenda de s'occuper des Français. – C'est que...
– C'est que nous retaillons pour l'ALR qui dit que vous êtes dans la main des socialistes. Je vais y revenir.
– Vous répondez pas à ma question, comment on fait pour voter un texte à l'arrivée dans une configuration comme celle-là si vous avez le reste des forces républicaines, notamment à gauche, qui s'abstient tout simplement ?
– Parce qu'on considère, vous voyez, avec vraiment beaucoup de calme que les intérêts politiques en 2026, pour que les Français puissent considérer que ces parties de gouvernement qui ne sont pas ces trois extrêmes-là, ont eu chance de peut-être pouvoir continuer à gouverner la France. Devant les Français, il faut qu'on soit responsable. Il faut qu'on leur dise on a mis nos désaccords principiels de côté parce qu'on sait se mettre d'accord sur l'essentiel. L'essentiel, c'est de, oui, renforcer notre défense. L'essentiel, c'est, vous voyez, de soutenir nos départements et leur politique sociale. L'essentiel, c'est de donner des moyens à notre police à lutter contre le narcotrafic.
L'essentiel, c'est de donner des moyens à nos agents pénitentiaires parce que le moment le demande. Cet essentiel-là, je suis convaincue et je vous le dis vraiment sans naïveté et avec la conviction de celle que je suis, c'est-à-dire me dire que nous ne pouvons pas laisser les Français de côté parce que les intérêts politiques
de 2027 prendraient le dessus. Mais j'entends. Mais j'entends bien aussi la démarche du Premier ministre qui dit, voilà, il y a cinq priorités essentielles. On va faire des débats sur chacun de ces points pour obliger chacun à se prononcer. J'imagine que du coup, ce sera des débats du type qui correspond à l'article 51 de la Constitution avec un vote à la fin qui n'engage pas le gouvernement mais qui permettra de voir quels sont les compromis possibles sur chacun de ces points. Mais le problème, c'est que le budget, c'est un tout. On voit bien qu'à la fin, c'est une copie complète qu'on propose aux députés et aux sénateurs. C'est pour ça que...
Cette copie complète, en fait, il y a un côté budget Frankenstein, ce que vous évoquiez tout à l'heure. Il y a des choses très intéressantes mais il y a aussi des éléments qui sont apportés par un certain nombre de coalitions d'alliances maroches. Là, vous me parlez de la première lecture.
Oui, mais vous voyez, pour les gens qui nous regardent, il y a une première lecture. La première lecture, comme dit le Premier ministre, c'est le moment où certains plantent le drapeau, font des principes, on ouvre tous les sujets et on débat de tout. Mais ces mêmes parties qui, en première lecture, ont laissé ça se produire, savent très bien qu'en deuxième lecture, puis d'ici au 31 décembre pour la lecture définitive ou par des commissions mixtes paritaires, le moment, il sera très différent une fois qu'on aura fait les deux premières lectures sénat assemblées du moment qu'on vit actuellement. Et vous me parlez des alternatives. Je le redis.
Moi, ce que j'aimerais, c'est que ceux qui disent et qui ont le droit de le faire, qui critiquent soit la méthode soit le résultat, nous proposent leurs alternatives. Si l'alternative, c'est, on n'aime pas le budget, il faut en trouver un autre, je n'ai pas de problème avec cette idée, ça s'appelle la démocratie. Simplement qu'il faut en trouver un autre qui soit voté.
Et nous, avec le Premier ministre, je crois, et je suis très ferme sur ce point, nous avons mis de côté l'idée que nous aurions un compromis avec le Rassemblement National, même s'ils sont beaucoup plus nombreux que les socialistes, parce que c'est un principe de valeur, de vision, et de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas.
Mais c'est un message au LR en disant que c'est bien le budget qui va sortir du Sénat, mais ça ne peut pas être un budget de compromis.
Non, mais je dis juste, aujourd'hui, ceux qui disent, vous êtes dans la main, c'est leur mot, des socialistes. Je leur dis, quelles sont les autres solutions qui sont sur la table ? Est-ce que, parce qu'on ne voudrait pas parler avec les socialistes, on ne voudrait pas parler avec les écologistes, on ne voudrait pas parler avec les communistes qui défendent la République, qui sont clairs sur nos valeurs et qui sont, arithmétiquement là, ceux qui sont là, est-ce que du coup, on se dit, on va faire un compromis avec le RN ? La réponse pour nous, c'est non.
Ou est-ce qu'on se dit, on ne va pas y arriver et donc on se laisse aller soit à la dissolution, soit à l'illusion de la loi spéciale qui, je le répète, n'est pas à l'exemple du budget. Moi, je n'ai aucun problème et c'est à la démocratie qu'on ait des débats, mais à un moment donné, il faut qu'on s'y remontre aux Français les solutions et les alternatives qu'on a. Et aujourd'hui, il me semble qu'il n'y a pas d'alternative au compromis.
Un mot sur la taxe foncière, est-ce que vous allez revenir sur la hausse de la taxe foncière prévue pour un peu plus de 7 millions de foyers ?
Je rappelle ce que c'est que ce débat. C'est un impôt qui bénéficie aux collectivités. Ce sont les collectivités, les élus, avec leurs conseils municipaux qui définissent un taux d'impôt et nous, l'administration, je dis nous parce que je m'inclus évidemment dans ceux et celles qui ont cette responsabilité, on doit s'assurer que le système, la base des impôts, l'équité fiscale soit respectée pour qu'ensuite les élus décident du taux d'imposition. Donc, ce n'est pas un impôt qu'on décide pour nous, ce n'est pas un impôt qu'on collecte pour nous et c'est plutôt une administration qui est au service des élus.
Depuis quelques années, un certain nombre d'ajustements ont été faits et au mois de juin dernier, l'AMF, France Urbaine, Ville de France, l'Association des maires de Montagne se sont réunis avec l'administration et ont convenu que les ajustements dont il est maintenant question étaient utiles pour des raisons d'équité parce qu'il y avait beaucoup de différences entre les départements, il y avait beaucoup de différences entre les Français selon le moment où ils ont mis à jour leur dossier la dernière fois. Donc, nous, on réunit demain avec Françoise Gattel les associations d'élus, les parlementaires et on va faire le point.
Soit les élus considèrent que comme en juin 1, c'est une bonne idée et que ça permet quand même de mettre de la clarté, de la cohérence, on le fera. Soit ils veulent qu'on fasse des ajustements, on les fera. Oui, on avance. Donc, si vous dites pas d'où, c'est vrai. Je rappelle juste qu'à un moment donné quand les impôts qui existent, s'ils ne sont pas mis à jour, après, ça crée aussi des débats où certains veulent créer des nouveaux impôts. Bon, moi, je préfère qu'on voyait qu'on en sentienne aux impôts qui existent et qui fonctionnent bien. Après, voilà, moi, je suis au service des élus sur ce sujet.
Dernière question un peu plus politique. Amélie de Montchalin, il y a le baromètre, un baromètre public Sénat, presse régionale au DOXA qui sort ce matin. Jordan Bardella est en tête du second tour, serait élu président de la République quel que soit son adversaire, c'est-à-dire face à Édouard Philippe, face à Gabriel Attal qui ont été testés. Comment vous réagissez face à ces résultats ?
Moi, je réagis en faisant un peu balai masque. Jordan Bardella, il est dans un populisme. Le populisme, ça consiste à dire à beaucoup de gens ce qu'ils veulent entendre. Et donc, je vous donne un exemple, il a dit à beaucoup d'artisans, de commerçants, de chefs d'entreprise, tout ce qu'il allait faire le jour où il serait président de la République, s'il était président de la République. Ça, c'est ce qu'il dit. Et moi, je regarde ce que font ses amis, ses alliés à l'Assemblée nationale. Je suis passé 125 heures à l'Assemblée à bien voir ce que le Rassemblement national votait. Je peux vous dire qu'ils ne votent pas du tout ce que dit Jordan Bardella.
Quand il s'agit de défendre les artisans et les commerçants face à la déferlante des petits colis chinois et chine, ils sont contre. Quand il s'agit de protéger nos PME et l'investissement au capital des PME, ils sont contre. Quand il s'agit de dire qu'on veut protéger nos grandes filières industrielles et donc permettre ils sont contre. Quand il s'agit de taxer le patrimoine, ce que proposait Mme Le Pen, c'est-à-dire qu'on ne taxe pas les actions dans les PME et les entreprises de taille intermédiaire, mais on taxe les actions des grandes entreprises, y compris françaises. Mais visiblement, les Français leur en tiennent pas rigueur.
Donc moi, ce que je veux dire, c'est que l'incohérence est une forme d'incompétence de ces députés qui sont des populistes. Ce n'est pas grave d'être populiste, mais simplement, il faut l'assumer. Il faut assumer de dire en fait, je vous dis des choses, mais quand il s'agit de voter, je fais autre chose. Parfois, je fais des choses qui ne marchent pas entre elles et ce n'est pas de mépris de ma part. C'est juste de considérer que nous avons un débat aujourd'hui sur ce qui se passe dans le pays. Aujourd'hui, moi, je pense que chacun doit bien comprendre ce que les gens votent aujourd'hui. Il y aura un débat de la présidentielle, mais il ne faut pas qu'on se fasse leurrer.
Ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui disent aux Français ce qu'ils veulent entendre que derrière, un, ça marche et deux, qu'eux-mêmes l'assument quand il s'agit de voter. Je pense que ça, c'est un enjeu. Il faut qu'on soit clair avec les Français. Gouverner un pays, ce n'est pas juste leur dire des choses. C'est ensuite être capable de le traduire dans les faits, dans les actes et dans les votes que j'ai vus. Je n'ai pas vu beaucoup de cohérence. Je pense qu'il y a beaucoup de travail pour le compromis
que les Français attendent demain. Merci Amélie de Monchalin. Merci d'avoir été notre invitée.
Sous-titrage ST' 501
Amélie de Montchalin