"J'ai des convictions très fortes sur le changement climatique", assure la ministre Amélie de Montchalin
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Avec Alexandra Bensey, nous recevons ce matin la nouvelle ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Bonjour Amélie de Montchalin. Bonjour. Vous êtes avec votre collègue Agnès Pannier-Runacher, chargée, elle, de la transition énergétique, l'une des deux ministres qui doit affronter le combat du siècle pour reprendre l'expression d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire le réchauffement climatique dont les effets se font sentir chaque jour sur la planète et l'actualité nous en donne des exemples concrets. Vous êtes aussi candidate aux élections législatives dans le département de l'Essonne.
Auditeur d'Inter, j'attends vos questions pour Amélie de Montchalin au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'application France Inter. Amélie de Montchalin, on ne connaît pas vos idées, vos convictions sur votre nouveau domaine de compétence. Vous n'avez jamais été militante du climat, vous n'avez pas d'expérience en la matière. Est-ce que vous êtes écologiste ?
Alors, ce qui est vrai, c'est que je n'ai jamais eu ma carte à Europe Écologie Les Verts. Mais j'ai des convictions très fortes sur le changement climatique et sur la biodiversité parce que d'abord, je fais partie d'une génération qui est celle qui a vu déjà tous ces changements devenir concrets. J'ai 36 ans et depuis que je suis une jeune adulte, le climat, il est évidemment dans tous les débats. Je suis aussi la mère de trois jeunes enfants. Et je sais que c'est peut-être le combat le plus difficile parce qu'une partie de l'action que nous menons aujourd'hui, les résultats que cette action auront ne sont pas pour aujourd'hui, ils sont pour les générations futures.
Mais surtout, je suis une femme d'efficacité. Et le choix du président de la République et de la Première Ministre, tel qu'ils m'ont présenté la mission qu'ils me confiaient, ce n'est pas d'envoyer un signal politique à un électorat, ce n'est pas de faire de l'écologie politique, c'est de mener une politique écologique qui procure aux Français du vivre mieux partout grâce à l'écologie. Et l'efficacité que je porte, c'est que les Français voient la transition écologique comme la manière de vivre mieux, pas de vivre moins bien, pas de sortir de tous les modèles économiques et d'imaginer la grande révolution. Je pense que c'est bien une transition. Et puis, je suis une femme de résultat.
Quand j'étais ministre des Affaires Européennes, de 2019 à 2020, la mission qui m'a été confiée, la première des missions que le président de la République m'a confiée, c'est qu'avec Elisabeth Borne, qui était à l'époque ministre de la Transition écologique, je puisse créer une unanimité sur la neutralité carbone en 2050. Au départ, j'ai été nommée en mars 2019, nous étions tout seuls. Nous avons été ensuite deux, puis cinq, puis huit, puis 27. C'était le Conseil Européen de décembre 2019. Et heureusement qu'on a cette unanimité. Donc efficacité.
Parce que sinon, tout ce qu'on se dit et qu'on va se dire pour la France n'a aucun sens, si dans notre continent lui-même, il n'y a pas cette unanimité.
Donc efficacité, résultat, dites-vous, et la conviction. Il y a une heure sur cette antenne, Cécile Duflo, écologiste, qui a été ministre du Logement, nous disait, la politique, je la cite, ce n'est pas de la technique, il faut y mettre des tripes, des convictions, de l'élan, de la tactique, de l'engagement. Il faut que ça brûle. Est-ce que vous avez tout ça, Améline Monchalin ?
J'ai tout ça, et j'ai précisément tout ça, parce que je pense que notre pays, aujourd'hui, sur la transition écologique, se fracture. Vous avez une partie des Français, notamment les plus jeunes, qui considèrent qu'on ne va pas assez vite. Et qui, aujourd'hui, ont un doute sur la capacité à atteindre nos objectifs de neutralité carbone 2050 et de préserver la biodiversité. Vous avez une autre partie des Français, qui pensent que ça va peut-être trop vite, ou en tout cas qu'ils ne sont pas assez accompagnés, et qui, donc, ne voient pas cette transition écologique comme acceptable. Thomas Legrand parlait tout à l'heure de volonté politique. Notre volonté politique, elle est totale.
Pour que nous puissions réconcilier les Français, avec une méthode qui s'appelle la planification. Que nous puissions dire à chacun à quel rythme on va pour tenir les objectifs, et que, par des outils très concrets, l'ensemble du pays puisse se réunir sur ce combat. Je suis aussi, j'ai le feu, je suis aussi, moi, particulièrement rassurée, parce que l'architecture gouvernementale qui a été mise en place, elle est unique au monde. Elle est unique au monde. Aucun autre pays n'a confié, comme l'a fait le Président de la République, à la Première Ministre, la responsabilité de cette transition écologique et énergétique. Et pourquoi on le fait ?
Parce que tous les sujets, tous les ministères, pas seulement le mien, le mien, je vais m'occuper de quoi ? Je vais m'occuper de logements, de transports, de l'eau, de l'air, du vivant, de la biodiversité, de cette écologie qui nous entoure. Je vais aussi m'occuper de la cohésion des territoires. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aucun territoire ne peut être laissé au bord de la route, qu'aucun Français ne peut être laissé au bord de la route. On va en parler.
On ne va pas faire toute l'interview à une seule question, on va en parler. Juste encore une question peut-être sur vos convictions et ce feu qui vous anime. Alors, du côté des associations, des ONG de défense de l'environnement, ils sont un peu plus dubitatifs, un peu préoccupés peut-être, comme dit Isabelle Autissier au WWF. Beaucoup ressortent ce vote de 2018 contre un amendement qui visait à interdire le glyphosate, l'herbicide classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer. Vous aviez voté contre cette interdiction. Barbara Pompili, elle, avant de devenir ministre, elle avait voté pour. Est-ce qu'aujourd'hui, vous le regrettez ?
Alors, je ne regrette pas une chose, c'est d'avoir considéré que ce sujet était européen. A l'époque, souvenez-vous, la France était battue pour que le glyphosate soit au maximum autorisé pour 5 ans, et donc ça va arriver là en 2023, plutôt que pour 10 ans. Et oui, en tant que députée, j'avais fait un choix. Tout à fait assumer que nous ne pouvons pas faire cavalier seul pour n'importe quel domaine que ce soit. Sinon, c'est notre économie, ce sont nos producteurs, ce sont nos agriculteurs que nous laissons dans la panade. Il y a deux exemples qui sont assez proches. La cerise et la carotte.
Pendant des années, on a imposé à nos agriculteurs en France des normes qui n'étaient pas imposées ailleurs. Le résultat, c'est qu'on a importé des cerises et des carottes ou des produits qui n'appliquaient pas les normes. Et donc les Français, ils mangeaient des choses qui contenaient potentiellement des produits qui n'étaient pas autorisés en France. Et donc sur le glyphosate, j'assume, c'est précisément la méthode que nous voulons pousser. C'est que d'abord on agit en européen, ensuite on agit pour ne laisser personne sans solution. Et donc oui, on fait de la recherche. Oui, on cherche des alternatives. On fait des investissements.
Le plan France 2030, il y a des investissements en milliards pour qu'on ait des nouvelles techniques, des nouvelles pratiques, des nouvelles solutions pour que précisément nous puissions sortir des pesticides et autres. Et ce que je voudrais vous dire sur les associations, c'est par hasard hier, si la première réunion de ministres, après notre premier conseil des ministres, qui s'est déroulée au Muséum d'Histoire Naturelle hier autour de Elisabeth Borne. C'était quoi ?
C'était précisément un échange avec les associations qui ont construit le livre blanc sur la biodiversité, pour que nous puissions leur faire un point d'étape sur ce qui a déjà été présenté au mois de mars, là où nous voulions aller, et notre méthode.
Alors oui, là où vous voulez aller, dites-nous, là où vous voulez aller, vos priorités. Vous dites ça y est, maintenant dans la volonté politique, on a tous les documents nécessaires, c'est ça ? Tout est écrit ?
Depuis cinq ans, il y a un énorme travail qui a été fait. Pour établir des plans scientifiquement valides, avec les parties prenantes, pour savoir au fond qu'elles sont nos stratégies. On a le plan bas carbone, on a le plan biodiversité, on a le plan sur la gestion de l'eau, on a le plan sur l'économie circulaire. L'enjeu maintenant, c'est de faire, c'est d'agir. Comment on fait ?
Est-ce qu'il faut agir maintenant ? C'est ce que vous avez dit vendredi lors de votre prise de fonction, il faut agir maintenant. Et puis plus tard, vous avez dit, j'associerai avec tout le temps nécessaire l'ensemble des acteurs. Alors c'est maintenant ou bien ça prendra le temps qu'il faudra, Amélie Bonchalin ?
Maintenant, il faut concerter pour qu'ensuite on puisse agir. Comment on fait ?
Il y a une contradiction.
Je vous prends un exemple. Il y a un sujet que les Français connaissent de mieux en mieux qui est le sujet de l'artificialisation des sols. Soit vous vous dites, on ne met plus un gramme de béton sur aucun sol. Et honnêtement, c'est un objectif de protéger les sols. Et c'est un objectif de protéger nos agriculteurs pour qu'ils puissent produire de la nourriture. Soit vous dites, il y a des Français de plus en plus nombreux qui cherchent à se loger, des entreprises de plus en plus nombreuses qui se développent. Et donc, l'artificialisation n'est pas un problème. La ligne qui est la mienne, c'est qu'effectivement, on ne peut être ni dans l'un ni dans l'autre.
Le choix politique, c'est de choisir. C'est de voir comment nous pouvons, d'ici à dix ans, diviser par deux notre rythme d'artificialisation. Comment on va faire ? Ce n'est pas depuis mon bureau que je vais dire pour les 36 000 communes de France, là vous pouvez mettre une école, là vous pouvez mettre des logements, là vous restaurez une zone humide, là vous mettez des forêts. C'est précisément en ayant cette planification territoriale, c'est-à-dire qu'on va prendre effectivement le temps nécessaire pour que dans chaque territoire...
Mais concrètement, ça veut dire quoi la planification territoriale à l'échelle d'un département ? Qu'est-ce qui va changer ?
On a fait avec le plan de relance, 800 contrats de relance et de transition écologique dans le pays. Ces contrats, c'est quoi ? C'est de dire qui fait quoi ? Qu'est-ce qu'on fait dans tel secteur ? Prenez un groupe de communes, il y a 20 communes qui ensemble ont dit voilà, nous, sur la gestion des déchets, on va faire comme ça, sur la gestion des sols, on va faire comme ça, sur la lutte contre la pollution et la mobilité, on va faire comme ça, et qu'on puisse accompagner des financements, qu'on puisse suivre la mise en œuvre et qu'on différencie. Pourquoi ?
Parce que les Français, des zones rurales, n'ont pas tout à fait les mêmes défis face à la transition écologique que les Français des quartiers populaires. Les enjeux de transport, les enjeux de mobilité ne se posent pas de la même manière. Après, il y a des sujets communs. Je vais m'engager pour que 700 000 logements soient rénovés. Ils seront rénovés dans les zones urbaines, dans les zones rurales. Je vais m'engager pour qu'on résorbe 55 décharges qui sont en bord de mer et qui risquent de mettre du plastique dans les océans. Je vais m'engager pour qu'on rénove des petites lignes ferroviaires.
Pour aller plus vite, Amélie de Montchalin, est-ce qu'il faut simplifier les procédures ? Est-ce qu'il va y avoir une loi d'exception pour cela, par exemple, pour installer plus d'éoliennes ?
On en a parlé hier avec Isabelle Borde et les associations. Je vous donne un exemple. Les éoliennes en mer. Aujourd'hui, on a un besoin d'énergie non carbonée, renouvelable, d'autant plus quand on a la guerre en Ukraine. Et donc à court terme, on sait que c'est par le renouvelable qu'on peut y arriver. Le président a posé un objectif, 50 parcs éoliens en mer. Comment on fait pour arriver à construire ces parcs éoliens sans abîmer la biodiversité ? On va identifier des zones où on se dit, dans ces zones-là, ce ne sont pas des zones protégées, ce ne sont pas des zones où on a des bassins de biodiversité spécifiques. On a déjà identifié les zones.
Il y a déjà un plan pour 50 parcs éoliens en mer ?
Il n'y a pas eu ce travail en amont de préparation, d'identification des zones où ça ne pose pas de problème pour qu'ensuite, dans ces zones-là, on puisse aller vite.
Mais même dans les zones, Amélie de Montchalin, où on dit que ça ne pose pas de problème, vous voyez bien qu'il y a une contestation. Donc, pour l'éolien en mer, vous le voyez, qu'est-ce qui va se passer ? On va dire, est-ce que dans cette loi d'exception que l'on attend, on va dire qu'on va simplifier les normes, aller plus vite, faire une évaluation environnementale plus légère ?
Le but de notre affaire, ce n'est pas de faire du plus léger, ce n'est pas de faire du moins bien. C'est d'identifier en amont des endroits où on pense que ça ne pose pas de risque pour la biodiversité, pas de risque pour la faune, moins de risque pour l'eau, et que dans ces zones-là, on soit capable du coup d'aller vite. Mais c'est pas le sujet ? Aller vite comment ? Oui, aller vite. Si on applique exactement les mêmes procédures dans les zones à risque et dans les zones sans risque, à la fin, tout le monde va doucement. Et donc, à la fin, on n'arrive pas à sortir des projets. Et donc, tout est en jeu, vous voyez, de choix.
Comment, évidemment, et ça a été une discussion hier avec les associations environnementales, on n'oppose pas climat et biodiversité. Comment on fait ensemble, mais du coup, il y a des compromis à faire. Pas des compromis qui vont baisser le niveau d'ambition, mais à un moment donné, il faut qu'on puisse, oui, créer des énergies renouvelables, parce qu'à court terme, on en a besoin.
Donc, on change dans ces zones que vous qualifiez de pas à risque, vous dites, là, dans ces zones-là, il y aura une procédure différente.
Et le but, c'est que ça soit, évidemment, pleinement transparent, pleinement débattu. Les associations, et c'est l'engagement qu'on a pris hier avec Elisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher, seront évidemment associées. Le but, à nouveau, vous voyez, on vit dans un pays fracturé, fatigué. On sort d'une crise pandémique. On vit la guerre en Ukraine. Il faut qu'on rassemble les Français. Ce sujet écologique doit être, pour moi, un sujet où on arrive à faire, et à faire sans violence. Vous voyez, hier, il y a eu une permanence de France Nature Environnement, Haute-Savoie, qui était dégradée. Tous les jours, il y a des agriculteurs qui vivent des intrusions, des menaces, voire des violences.
C'est pas cette société dans laquelle je veux vivre. On doit pouvoir réussir à se mettre d'accord sur des objectifs, et sur le terrain à agir, en étant conscient qu'il y a des priorités, mais qu'à un moment donné, on ne peut pas juste être dans la confrontation. Je ne crois pas que ces sujets se règlent par la violence, se règlent dans la rue.
Parmi les priorités, Amélie de Montchalin, vous avez cité un mot, il y a quelques minutes, que vous n'aviez pas prononcé vendredi, c'est le mot « logement ».
Je l'ai prononcé, mais manifestement, il n'a pas été entendu.
Moi, j'ai réécouté hier, pour être bien sûr, et je ne l'ai pas entendu. Mais à coup le pas, si vous l'avez prononcé, cela vous a valu, en tout cas, des critiques des professionnels du secteur, qui, comme moi, ne l'ont pas entendu, parce qu'il n'y a pas de secrétaire d'État au logement, il n'y a pas de ministère non plus du logement. Est-ce que c'est un oubli qui va être réparé ? Est-ce que c'était une maladresse de votre part ?
La première chose, c'est qu'il y a bien une ministre du logement. Elle est devant vous.
Bien sûr. Il y a aussi une ministre des transports. Pas de plein exercice.
Ah si, si, je suis ministre de plein exercice et je m'occupe du logement. Il va y avoir un secrétaire d'État. Je m'occupe du transport. Je m'occupe de biodiversité. Ça tombe bien, parce que depuis des années, depuis des années, les professionnels du secteur du logement disent qu'on doit pouvoir mettre la transition écologique au cœur de la politique du logement. Pourquoi ? Les logements, c'est 40. Les logements et les bâtiments, c'est 40% de notre consommation d'énergie. C'est 20% de nos émissions de gaz à effet de serre. La première priorité du logement, c'est qu'ils consomment moins d'énergie, c'est qu'ils émettent moins de CO2.
Après, évidemment, il n'y a pas de français oublié, il n'y a pas de sujet oublié. Ce que le Premier ministre et le Président de la République ont dit, c'est qu'après les législatives, l'équipe gouvernementale pourra être étoffée, ce sera leur choix. Mais je peux vous dire que c'est pour moi un immense progrès que dans le même ministère, on ait les territoires, on en a parlé, comment dans chaque territoire, on définit le plan de développement pour qu'il soit respectueux et du climat et de la biodiversité.
Que dans chaque territoire, on regarde du coup les enjeux de logement, de transport, et qu'on ait de la cohérence entre les territoires et les inégalités, pour qu'il n'y ait moins, notamment dans l'accès au logement, l'écologie. Alors, question concrète. Et qu'on fasse ça ensemble. Christophe Béchut, qui est à mes côtés, il est ministre délégué. Il est en charge de la relation avec les collectivités.
Question concrète, Amélie de Montchalin, sur le logement, vous avez raison, c'est très important. C'est le premier poste de dépense, surtout pour les ménages modestes. La rénovation énergétique et les personnes qui donnent des notes, c'est le diagnostic de performance énergie. L'association 60 millions de consommateurs nous apprend ce matin qu'il y a des erreurs en pagaille chez les professionnels qui les réalisent. Un même logement peut avoir trois notes différentes. Est-ce que vous en êtes consciente, madame la ministre, du logement ? Et qu'allez-vous faire pour y remédier ?
C'est un immense défi, et c'est un défi que je prends très au sérieux. Parce qu'on a pris l'engagement de rénover 700 000 logements par an. Souvenez-vous, c'était déjà un objectif au moment du Grenelle de l'environnement. Jean-Louis Borloo, ça a plus de 10 ans, en avait fait un objectif. On a mis plus de 10 ans à trouver la manière de faire et de réussir. L'année dernière, 700 000 logements rénovés. Donc on va continuer. Ça s'appelle MaPrimeRénov', ça fonctionne bien. On va d'ailleurs mettre des hommes et des femmes...
Ça fonctionne moins bien ces dernières semaines ?
On va mettre des hommes et des femmes aussi plus près de ceux et celles pour qu'ils ne savent pas par où commencer, qu'ils se disent qu'ils voudraient faire quelque chose, mais pour qui c'est compliqué, parce qu'il y a aussi un enjeu d'accompagnement humain. Et ce que vous dites, c'est que... Sur les DPE ? Oui, nous avons à mieux normer, à mieux encadrer, d'abord pour qu'il y ait moins de fraudes, pour qu'il y ait moins aussi d'arnaques, parce qu'il y a aussi beaucoup, beaucoup de Français qui reçoivent parfois des propositions qui ne sont pas sérieuses. Et donc ça, on a fait un gros travail de normalisation et de contrôle.
Et donc sur ce sujet, il faut effectivement qu'il y ait des pratiques beaucoup plus homogènes pour qu'on s'assure de quoi. Mais moi, c'est aussi important pour moi. Si on rénove, combien on a économisé de CO2 ? Combien on a économisé d'énergie ? Moi, j'ai besoin de le savoir. Et donc pour le savoir, il faut que les diagnostics de performance énergétique soient de bonne qualité, soient encadrés.
Dernière question sur cette question du logement. Faut-il geler les loyers qui vont peut-être augmenter, nous dit l'association CLCV, de 5% d'ici la fin de l'année, compte tenu de l'inflation ? Réponse rapide, s'il vous plaît.
Je vous renvoie au propos d'Elisabeth Borne. Il y a effectivement des enjeux de pouvoir d'achat décisifs. Il y a aussi, il faut savoir, le logement, c'est une source de revenus pour beaucoup de retraités, beaucoup de personnes qui en ont fait un sujet d'épargne. Et donc c'est un arbitrage que prendra la Première Ministre, avec évidemment Bruno Le Maire, avec évidemment les professionnels du logement. Mais tout demande de la méthode. Parce que face à la crise du pouvoir d'achat, face à la crise écologique, face aux crises géopolitiques, on ne doit pas prendre des décisions à l'emporte-pièce. Et moi, je peux vous dire que oui, on va agir vite.
Le projet de loi sur le pouvoir d'achat sera présenté et voté avant le mois d'août. C'est ça qu'on cherche à faire. C'est ce qu'a annoncé encore aujourd'hui, notamment Olivier Dussot. Mais on doit être méthodique.
Les auditeurs d'Inter ont énormément de questions pour vous, Amélie de Montchalin. Nous allons commencer par Alain, qui nous appelle de l'île de Léron. Bonjour Alain.
Oui, bonjour France Inter. Bonjour à madame de Montchalin. Ma question est la suivante. Comment est-il possible d'envisager un parc éolien marin de 35 à 70 éoliennes de 260 mètres de haut, face à l'île de Léron, aux zones touristiques de premier ordre, alors que ces éoliennes seront implantées dans un parc naturel marin, une zone nature à 2000, en présence de couleurs de migration d'oiseaux marins ? Comment est-il possible d'envisager un tel projet quand le sort de plus de 80 bateaux de pêche sera menacé au port de la Cotinière ? On ne peut pas sacrifier les enjeux socio-économiques et la biodiversité sur l'autel de la transition écologique.
Merci à vous Alain pour cette question. Amélie de Montchalin vous répond.
C'est précisément pour ça que je vous dis que la méthode sur tous ces projets doit changer. Il nous faut travailler en amont sur les lieux où on peut implanter des projets d'énergie renouvelable, à la fois sol, marin, photovoltaïque, pour qu'on respecte pleinement nos engagements de biodiversité et qu'on trouve les endroits où justement ces problèmes ne se posent pas.
Il y a un sujet dont on n'a pas encore parlé, c'est le sujet des transports. Amélie de Montchalin, très important pour les Français. Dans vos missions, on a bien vu qu'il y a eu le problème de prix du carbone, c'est ce qui a déclenché les gilets jaunes. Quand vous dites qu'il ne faut pas opposer la transition et les citoyens, c'est ça l'idée ? C'est votre mission d'éviter
un nouveau mouvement gilet jaune ? C'est que la transition écologique embarque tout le pays. Et donc si elle embarque tout le pays, elle embarque tous les Français. Elle embarque toutes les entreprises. Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'aujourd'hui, beaucoup de Français modestes ont envie de vivre dans une planète vivable, ont envie de faire la transition. Mais ils n'en ont pas les moyens ni financiers ni concrets. Donc, vous avez vu, on a fait une proposition par exemple pour qu'on donne accès à un leasing d'une voiture électrique à moins de 100 euros par mois aux Français les plus modestes.
C'est à la fois bon pour le portefeuille, parce que ça coûte beaucoup, beaucoup moins cher que de mettre l'essence nécessaire à faire ou le gasoil nécessaire pour faire 40 kilomètres aller chaque jour pour aller travailler. C'est bon pour la planète, parce que ça permet d'avoir moins de gaz à effet de serre et moins de polluants. Et donc, oui, on met des moyens, des moyens inédits. Ça demande un investissement collectif. Ça veut dire aussi que c'est un débat de société sur quelles sont nos priorités. Ça demande aussi un débat européen. Comment sont comptabilisés ces investissements, par exemple, dans notre pacte de stabilité économique et budgétaire ?
Donc, mon enjeu, c'est précisément de faire en sorte que tous les Français puissent voir que la transition écologique se fait pour eux, là où ils vivent, et que s'ils n'ont pas les moyens personnels, a priori, pour financer ce changement, ils soient accompagnés pour le faire.
Question de Brigitte qui nous appelle d'Angers. Bonjour Brigitte.
Bonjour. Bonjour Madame la Ministre. Vous avez parlé de la gestion de l'eau. Je voudrais savoir si vous allez reconduire ou si vous allez revoir les projets autour de ce qu'on appelle les méga-bassines, ces énormes retenues d'eau qui, en fait, sont alimentées en pompant dans les nappes phréatiques comme on en a à la limite entre le département des Deux-Sèvres et de la Charente, par exemple, et qui posent un gros problème d'accaparement de biens communs, l'eau des nappes phréatiques, au bénéfice d'intérêts privés et particuliers, à savoir, en général, la paysannerie plutôt dans le domaine de l'agroalimentaire. Voilà. Le projet des méga-bassines doit s'étendre à tout le territoire national.
Est-ce que vous allez revoir cette politique de gestion de l'eau ? Vous souhaitez que ça ne soit pas dans la violence mais dans la concertation que se fasse la politique écologique ? Quelle va être votre réponse ?
Merci, Brigitte. Alors, ma réponse, c'est effectivement de rappeler que l'eau, elle est partagée. Elle est partagée parce qu'on la boit, elle est partagée parce qu'elle a de très nombreux usages, elle est partagée aussi avec les agriculteurs qui, évidemment, sans eau, il n'y a pas d'agriculture. Et donc, c'est un enjeu, là aussi, de concertation. On a, là aussi, vous voyez, un plan qui a été défini il y a quelques mois avec une concertation très approfondie pour que ce sujet soit, là aussi, source de planification territoriaux de gestion de l'eau qui sont en train de se déployer dans de très nombreux territoires et qui permettent précisément de sortir de ces affrontements.
Il y a quelques endroits dans notre pays qui ont été cités où, aujourd'hui, la situation n'est pas source de compromis. Et donc, là aussi, la même méthode. On va sur le terrain, on regarde, d'abord, quel est le droit ? Est-ce que le droit est respecté ? Quels sont les besoins ? Comment on s'assure que la biodiversité et que l'ensemble du projet respectent bien nos objectifs ? Et on trouve des solutions. Mais, je dois vous dire, les agriculteurs, sont les premières victimes, aujourd'hui, du changement climatique. Ils ont connu le gel l'année dernière. Ils ont connu la grêle dans l'Indre hier. Ils ont connu, et ils connaissent en ce moment, une sécheresse inégalée.
Donc, on doit bien travailler avec eux. Les méga-bassines, moi, ce que je vois, c'est que, évidemment, en méthode, il faut qu'on fasse autrement parce que, si ça provoque ce que ça provoque et je les condamne, des violences, des destructions, c'est bien qu'on n'a pas réussi à créer le compromis territorial nécessaire.
Question de Renaud qui nous appelle devant. Bonjour, Renaud.
Oui, bonjour, Madame la Ministre. La Convention citoyenne pour le climat voulu par M. Macron avait proposé 150 mesures il y a deux ans reconnues comme une excellente base pour tous. Quasiment aucune de ces mesures n'a été mise en œuvre et on n'entend plus parler de ce plan. Vous dites, il y a dix minutes, que votre volonté politique est totale. Quel est votre plan concret pour mettre en œuvre immédiatement ces mesures décidées par les citoyens et merci pour éviter ce possible la langue de bois ?
Réponse d'Amélie de Montchalin sans langue de bois, évidemment.
Aucune langue de bois. La Convention citoyenne c'était une innovation mondiale pour associer les citoyens à ce projet de société, à ce combat de civilisation. Ça a donné une loi, Climat et Résilience, qui a été promulguée au courant de l'année dernière et dont nous avons maintenant à la mettre en œuvre. C'est précisément, monsieur, ce que je vous disais au départ. Mon enjeu, c'est plus d'être dans la définition de nos objectifs, c'est précisément de mettre en œuvre très concrètement tout ce qui permet aux Français de mieux vivre partout. Les citoyens ont été très engagés dans les mesures des choses qui sont dans la loi et que donc j'ai l'ardente obligation de mettre en œuvre.
Il y a des choses complémentaires que précisément on peut aussi mettre dans nos discussions territoriales parce que s'il y a des territoires qui veulent aller au-delà, ces propositions sont très utiles. Et donc, sans langue de bois, je peux vous dire, la volonté est là, la conviction est là et surtout, moi je veux des résultats et je veux être jugé sur les résultats qu'on aura.
Alors, sans langue de bois, on en vient à la politique, Amélie de Montchalin. Damien Abad, l'un des nouveaux ministres de ce gouvernement, est accusé de viol par deux femmes. L'une d'elles a déposé deux plaintes qui ont été classées sans suite par la justice. Il rejette ses accusations, il veut rester en poste. Il a expliqué hier soir que les législatives pour lesquelles il est candidat seraient le juge de paix. Elisabeth Borne peut-elle le garder au gouvernement et sans langue de bois, dans le monde politique, beaucoup de choses se savent. Saviez-vous ? Aviez-vous entendu ?
Il paraît même que l'association qui relait ces témoignages les a transmis, ces témoignages, à LREM et à LR la semaine dernière.
Alors, non, je n'ai pas connaissance de ces faits. Je dois dire que j'ai, moi, assez peu côtoyé Damien Abad puisqu'il n'était pas dans le même groupe parlementaire que moi à l'Assemblée. Ce que je peux vous dire, c'est que la grande cause du quinquennat est bien celle de l'égalité homme-femme, que nous n'avons aucune tolérance, aucune impunité pour les délinquants sexuels, mais que j'ai un principe, c'est que je fais confiance à la justice de mon pays d'abord pour écouter, entendre, recueillir la parole des femmes, évidemment, en tant que victime et c'est un principe absolu, mais je fais confiance à la justice de mon pays pour faire la part des choses et dire où est la vérité.
La vérité, c'est est-ce qu'il y a des choses à regarder en détail plus avant que les deux classements sans suite ou pas ? Et donc, je m'en tiendrai là parce que pour le respect des victimes et de leurs paroles et pour le respect de la justice qui me paraît être un principe absolument décisif dans une démocratie, je vous ai dit tout ce que j'avais à vous en dire.
Merci à vous, Amélie de Montchalin, invitée du Grand Entretien ce matin, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires. Bonne journée à vous.
Amélie de Montchalin