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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 7 novembre 2025 27 min

Sophie Briante Guillemont : « Il y avait 50 peines d’inéligibilité par an, maintenant c’est 6500 »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.

0:12
Sophie Briante-guillemont

Bonjour Sophie Briande-Guimont. Bonjour. Merci d'être notre invitée. Vous êtes sénatrice RDSE des Français établis hors de France. Votre proposition de loi pour créer un fichier des personnes inéligibles a été adoptée hier à l'unanimité. On va y revenir évidemment dans quelques instants. Mais d'abord, comme d'habitude, on commence par la une de la presse régionale. On en a sélectionné trois. D'abord la une du Parisien, pédocriminalité en ligne. Comment protéger nos enfants ? Il suffit de quelques clics sur Internet pour tomber sur des produits et des images choquants. La deuxième une, c'est celle de Sud-Ouest. Téléphone au volant, l'exemple landais dans le département.

Depuis le 1er novembre, les automobilistes s'exposent à une suspension de permis en cas d'usage de leur téléphone. Et puis la dernière une, c'est celle de la Montagne Alliée. 40 ans de solidarité, c'est les Restos du Coeur. L'aide et le soutien apporté par les Restos du Coeur aux plus démunis depuis l'appel de Coluche qui va bien au-delà de l'aspect alimentaire. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?

1:05
Présentateur

Peut-être la première sur la pédocriminalité, qui est quand même le sujet de ces derniers jours, avec les conséquences de ce qui peut se vendre sur la plateforme Chine, mais pas uniquement. En fait, ça ouvre un débat beaucoup plus large sur qu'est-ce qu'on peut acheter ou pas sur Internet. Et en réalité, on peut acheter à peu près tout.

1:23
Sophie Briante-guillemont

On va parler justement de Chine. Quentin l'a dit, une opération d'envergure qui a eu lieu hier à l'aéroport de Roissy, 200 000 colis qui ont été bloqués, contrôlés. Est-ce que le gouvernement a raison de durcir le ton ou est-ce qu'on est un peu dans une opération de communication ?

1:36
Présentateur

Les deux. Je pense qu'il a parfaitement raison de durcir le ton et que la position, pour cette fois en tout cas, du gouvernement est assez ferme. Par contre, c'est aussi une opération de com' qui devra être suivie des faits, parce que le sujet n'est pas nouveau. Les sanctions, la ministre elle-même l'a rappelée d'ailleurs. On est à des sanctions judiciaires, des sanctions administratives. On commence une procédure avec la Commission européenne, mais la question, c'est l'efficacité.

2:02
Sophie Briante-guillemont

Vous en doutez, cette efficacité ?

2:03
Présentateur

On va voir. Il faut laisser un peu le temps de prendre des mesures qui soient efficaces. Il y a de nouvelles mesures qui ont été préconisées. Je pense à la taxe de 2 euros sur les colis. Donc tout ça est en train de se mettre en œuvre, mais ce qui est certain, c'est qu'on attend plus de résultats.

2:23
Sophie Briante-guillemont

– Chine a écrit hier à Bercy en garantissant de respecter toutes les lois françaises. Est-ce qu'on peut y croire ? Est-ce que c'est suffisant ?

2:31
Présentateur

– C'est difficile à dire. C'est un engagement de leur part qui arrive dans un moment politique où l'œil médiatique est sur eux. Donc ils ne vont pas dire le contraire, évidemment. Qu'en plus, ils viennent d'ouvrir un magasin physique cette semaine à Paris. Donc il y a toute une opération de communication de leur part. Ils ont pris un certain nombre d'engagements. Maintenant, on n'en serait pas à prendre des sanctions si on savait que c'était une plateforme qui pouvait effectivement faire ce qu'elle dit.

2:59
Sophie Briante-guillemont

– Mais la France a les moyens, elle, de faire ce qu'elle dit. Est-ce qu'elle peut remporter ce bras de fer face à Chine ?

3:04
Présentateur

– Pas seule, c'est certain. C'est pour ça que la procédure devant la Commission européenne est fondamentale et que ça va être un combat européen.

3:11
Sophie Briante-guillemont

– Vous l'avez dit, vous l'avez rappelé, cette semaine a été ouvert le premier magasin physique dans le monde. Et c'est ici à Paris au BHV. Est-ce que ce n'est quand même pas la preuve d'une forme de naïveté, de passivité de notre part face à ces chiens ?

3:23
Présentateur

– Je ne sais pas si c'est de la passivité ou de la naïveté. En tout cas, ça démontre qu'il y a des oppositions fortes sur ce sujet. Et c'est aussi la responsabilité du BHV d'avoir mis en place ce partenariat.

3:37
Sophie Briante-guillemont

– Quentin, autre sujet d'actualité, c'est la COP30 au Brésil.

3:41
Invité

– Voilà, Emmanuel Macron qui est au Brésil pour le sommet des chefs d'État qui précèdent la COP30, qui doit se tenir dans les prochains jours. Chef d'État qui en appelle à convoquer l'esprit qui a présidé à l'adoption de l'accord de Paris. On l'écoute.

3:52
Locuteur non identifié

– Et alors que s'ouvre la COP 2030, nous devons donc convoquer à nouveau l'esprit qui a présidé à l'adoption de l'accord de Paris. Le choix du multilatéralisme face au repli sur soi, de la science face à l'idéologie et de l'action face au fatalisme.

4:13
Sophie Briante-guillemont

– Une COP, Sophie Briande, qui intervient donc dix ans après les accords de Paris, c'est une date un peu symbolique. Est-ce que ces COP, elles ont encore une utilité ?

4:19
Présentateur

– Je pense que oui, elles ont une utilité parce que ça oblige les dirigeants de ce monde à se réunir à un endroit donné pour parler de l'action climatique et où est-ce qu'on en est. Donc oui, elles ont toujours un intérêt, c'est un rendez-vous qui est toujours important. Maintenant, la réalité, c'est qu'est-ce qu'on fait de tout ce qui a été décidé depuis dix ans ? Et d'ailleurs, le Brésil qui accueille cette COP, c'est le point qu'ils mettent en avant, c'est-à-dire toutes les mesures qui ont été précédemment décidées, qu'est-ce qu'on en fait ? Quelle est la réelle mise en œuvre de ce qui devrait être des politiques publiques mondiales ?

4:54
Sophie Briante-guillemont

– Et comment on fait ? Parce qu'on imagine que le message d'Emmanuel Macron, le choix du militéralisme, la science face à l'idéologie, il s'adressait un peu à Donald Trump. Comment on fait quand on a Donald Trump à la tête des États-Unis sur ces questions ?

5:06
Présentateur

– Alors, Donald Trump, qui est quand même le grand absent de cette COP…

5:09
Invité

– Ils n'envoient aucun haut dignitaire de la diplomatie américaine à cette COP.

5:13
Présentateur

– Exactement. Et donc là aussi, on est sur un combat qui est devenu idéologique, c'est-à-dire que sur un sujet qui, avec le temps, était devenu quand même assez transpartisan, qui permettait d'avoir un certain nombre d'avancées indépendamment des parties de chacun, on arrive à ce que dit Donald Trump, c'est-à-dire dénoncer que tout ça est un énorme canular, alors que la réalité scientifique est là. Et c'est le rôle de la France de pouvoir continuer à porter ces sujets, mais elle doit le faire aussi en cohérence avec elle-même. Je rappelle quand même que le budget de l'aide publique au développement cette année va encore être abaissé de 700 millions d'euros.

Donc c'est très bien d'aller à Belhem porter les sujets climatiques, c'est très bien aussi d'être en cohérence avec ce qu'on défend sur la scène internationale.

5:53
Sophie Briante-guillemont

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbu, elle a lancé un avertissement cette semaine en disant que ce serait un désastre que les Européens ne se mettent pas d'accord. Sauf que les Européens, ils se sont mis finalement d'accord, mais à l'arracher pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Est-ce que l'Union européenne, elle est encore à la pointe du combat contre le réchauffement climatique ?

6:10
Présentateur

Je ne sais pas si elle est à la pointe. Je pense qu'il y a beaucoup de choses aujourd'hui qui viennent en réalité des pays du Sud, qu'on appelle Sud global ou non, et le Brésil en est l'exemple. Pas seulement parce qu'il accueille la COP, mais c'est quand même lui aujourd'hui qui a décidé de porter ces sujets-là. Donc c'était peut-être un sujet sur lequel l'Union européenne a été à la pointe. Reste présent médiatiquement, parce que c'est difficile de dire aux opinions européennes qu'on ne s'en soucie pas, mais ce n'est pas du tout le seul acteur.

6:40
Sophie Briante-guillemont

On va passer à l'actualité du Sénat qui vous concerne, évidemment, Sophie Briand-Guimont, puisque, Quentin, le Sénat a donc adopté hier la proposition de loi de Sophie Briand-Guimont en séance.

6:50
Invité

Oui, tout à fait. Première étape validée au Parlement pour votre proposition de loi, Madame la Sénatrice. Le Sénat qui a adopté hier le texte à l'unanimité. Cette proposition de loi crée un répertoire national des personnes inéligibles. Un tel fichier n'existait pas jusque-là. Si le texte va au bout du processus parlementaire, il y aura un seul fichier pour vérifier en amont qu'une personne est bien éligible au moment d'une élection. Je l'ignorais jusqu'à travailler sur votre texte, mais toutes les candidatures à une élection ne font pas systématiquement l'objet d'une vérification de l'inéligibilité du candidat. Cela a été dit en séance hier. Il y a un échantillonnage.

Écoutez la sénatrice socialiste, Marie-Pierre de Lagontry, hier en séance.

7:32
Locuteur non identifié

Aujourd'hui, ça a été rappelé. 80 000 personnes par an sont déclarées inéligibles, dont 16 000 au titre de condamnation pénale. Mais seulement, par exemple, pour les élections municipales de 2020, sur 900 000 candidatures, tout de même, aux élections municipales, seuls 6 % ont fait l'objet d'une vérification via le casier judiciaire pour détecter une inéligibilité. Donc on voit bien, le chiffre illustre bien l'insuffisance criante de nos moyens de contrôle actuels.

8:00
Invité

Voilà, les autres groupes du Sénat qui ont soutenu la proposition de loi, votre proposition de loi. Du côté du gouvernement, la ministre a donné un avis de sagesse. C'est-à-dire qu'elle n'a pas directement soutenu le texte, ni demandé à voter contre. Écoutez Marie-Pierre Védrenne, c'est la ministre auprès du ministre de l'Intérieur qui était donc au banc hier pour le gouvernement.

8:19
Locuteur non identifié

Dans ces conditions, et sans remettre en cause l'esprit du texte, il paraît raisonnable au gouvernement d'adopter une position de sagesse, tout en reconnaissant, comme je l'ai dit aussi, les vertus politiques du dispositivisé, et tout en soulignant les limites techniques et juridiques de sa mise en œuvre.

8:37
Invité

On le rappelle, en France, l'inéligibilité d'une personne peut être prononcée avec une condamnation pénale ou par une décision du juge électoral, juge administratif ou conseil constitutionnel. Ce sont les personnels de ces juridictions qui devraient donc ensuite remplir le répertoire national qui recenserait toutes les personnes inéligibles en France si le texte va jusqu'au bout. Un moyen beaucoup plus rapide pour un préfet de vérifier au moment de l'organisation d'un scrutin que la personne est bien éligible. Sophie Briand-Guimont, pourquoi avoir fait cette proposition de loi ? C'est à la suite d'une difficulté particulière dont vous aviez voulu vous faire l'écho ?

9:13
Présentateur

Alors en fait, il y a eu deux raisons à cette proposition de loi que j'ai décidé de porter et que mon groupe a décidé de porter dans sa niche, à savoir le RDSE. En fait, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques mois, il y a eu une annulation d'élections pour le Jura parce que le candidat, un des candidats qui est arrivé au second tour était un candidat du RN et il était sous curatelle renforcé. Or, au moment d'enregistrer... Il n'aurait pas dû pouvoir se candidater à l'élection. Voilà, exactement. Il n'aurait pas dû être candidat à cette élection, ce qui a abouti évidemment à l'annulation de l'élection par le Conseil constitutionnel, plusieurs mois après.

Et alors qu'on savait très bien que ça allait être annulé. Donc, cette curatelle renforcée a été révélée par la presse, c'est-à-dire que la préfecture, au moment d'enregistrer la candidature, ne l'avait pas détectée, ne le savait pas. Et donc, c'est assez incroyable, mais il n'existe pas à ce jour de registres permettant de savoir qui est inéligible ou pas dans ce pays.

10:13
Sophie Briante-guillemont

Mais comment vous l'expliquez ? C'est vrai qu'on l'a découvert du coup en travaillant sur votre texte. Comment vous expliquez aujourd'hui que des candidats inéligibles puissent se présenter et que seule, Marie-Pierre Delacontri a fait le chiffre, 6% des candidatures soient vérifiées lors de l'élection initiale ?

10:27
Présentateur

Parce qu'en fait, c'est un système qui est très complexe, c'est-à-dire que déjà, vous avez plusieurs types d'inéligibilité. Donc, c'est soit prononcé par le juge pénal, c'est le cas de la peine complémentaire d'une peine principale. Donc ça, ça va être inscrit au casier judiciaire. Donc ça, déjà, c'est un fichier. Ensuite, vous avez le juge électoral qui est soit le juge administratif, soit le conseil constitutionnel. Et là, ce n'est pas inscrit au casier judiciaire parce qu'en fait, ce n'est même pas considéré comme une peine, c'est considéré comme une sanction.

Et ensuite, vous avez le cas des tutelles et curatelles où là, à ce jour, on a voté en 2024 le fait de constituer un fichier, mais il n'a pas encore été mis en œuvre. Les décrets d'application n'est pas encore sortis. Donc en fait, vous avez plusieurs sources qui font que c'est un système en réalité assez complexe d'inégibilité et c'est la raison pour laquelle j'ai proposé de créer ce registre national.

11:15
Sophie Briante-guillemont

Mais ça veut dire juste qu'en préfecture, ils ne regardent pas dans ces fichiers avant de valider la candidature d'un talent ?

11:19
Présentateur

C'est-à-dire que techniquement, la préfecture peut demander à avoir accès au casier judiciaire, mais à ce jour, c'est une procédure qui n'est pas automatisée. C'est-à-dire qu'il faut faire la demande un par un. Et donc, comme ça a été rappelé tout à l'heure, par exemple, si vous prenez les prochaines municipales, on attend 950 000 candidats, si vous prenez toutes les listes confondues. Donc en fait, entre le moment où on dépose sa candidature ou la liste et le moment où la préfecture délivre le récépissé, il n'y a que 4 jours maximum. Et donc, c'est techniquement impossible pour la préfecture de faire des demandes de 950 000 casiers judiciaires.

11:51
Invité

Et alors que depuis 2017, avec les lois de moralisation de la vie publique, il y a beaucoup plus de peines d'inéligibilité qui sont prononcées lorsqu'il y a des condamnations.

12:00
Présentateur

Exactement. Et ça, c'est un point assez intéressant qu'a révélé le rapport. C'est qu'avant la loi de 2017, donc sur la confiance dans la vie publique, il n'y avait environ que 50 peines prononcées par an par le juge pénal d'inéligibilité. Et là, on est monté à 6 500. Et c'est que dans 42 % des cas que c'est prononcé. C'est-à-dire qu'il y a encore le reste où le juge pénal devrait prononcer l'inéligibilité, mais ne le fait pas et le motive pour une raison ou pour une autre.

12:28
Invité

Donc, on le voit, il y a un trou dans la raquette, alors qu'en plus, c'est un vrai sujet sur le terrain. Comment comprendre, dans ce contexte, que le gouvernement n'ait pas soutenu votre texte plus franchement ? Cette sagesse demandée.

12:38
Présentateur

Sincèrement, politiquement, c'est assez inexplicable, même si vous avez entendu la ministre et on est dans la caricature du « en même temps ». C'est-à-dire qu'on est pour, mais en même temps, on pense que c'est un peu compliqué. Voilà, exactement.

12:50
Invité

Avec des arguments un peu technocratiques, en plus.

12:52
Présentateur

Oui, en fait, je ne sais pas si c'est lié au changement de gouvernement, à la période actuelle. Je pense qu'il y a un vrai sujet sur qui va s'occuper de ce fichier, et donc une sorte de guerre entre administrations, entre le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Justice. À mon avis, ils n'ont pas voulu trancher ce débat-là. Sinon, politiquement, c'est assez inexplicable qu'on ne puisse pas le porter. Je voudrais quand même dire que c'est un sujet transpartisan, que l'ensemble des groupes politiques

13:17
Invité

hier à l'unanimité.

13:20
Présentateur

Et donc, j'ai quand même rappelé à la fin de la séance que c'était la responsabilité du gouvernement de faire quelque chose sur ce sujet.

13:26
Invité

Justement, c'est ma dernière question. Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? On le dit, une proposition de loi, c'est deux lectures pour chacune des deux chambres du Parlement, ça peut être très long. Donc, impossible que le texte soit adopté d'ici les prochaines élections municipales.

13:37
Présentateur

Alors, déjà, il faut un certain temps pour le mettre en place et c'est un des apports du rapporteur, c'est qu'il avait fixé le délai limite pour le créer au 31 décembre 2029. Donc, déjà, on était un peu court pour le mettre en oeuvre pour les prochaines municipales. Là, on va voir ce qui va se passer. Effectivement, avec la sagesse du gouvernement, ça veut dire qu'ils ne vont pas pousser le texte à l'Assemblée nationale et qu'il faudra trouver une niche à l'Assemblée nationale.

14:01
Invité

Donc, ce n'est pas dans l'ordre du jour du gouvernement qui va pouvoir se retrouver maintenant. Il faut que ce soit un autre groupe de l'Assemblée qu'ils le reprennent dans une des journées dont ils disposent de l'ordre du jour.

14:10
Présentateur

Exactement. Vous pensez que ça pourrait être qui ? Alors, je ne sais pas. Il faut discuter avec les groupes politiques avec lesquels on a des contacts. Personne à l'Assemblée,

14:19
Invité

pour l'instant, ne vous a tendu une main pour le reprendre.

14:21
Présentateur

Non, non. Après, l'Assemblée est un peu occupée sur d'autres fusions en ce moment, donc peut-être que j'irai les voir après. Mais je pense que le gouvernement fait une erreur politique sur ce sujet parce que des véhicules législatifs propres à l'inéligibilité, ils ne vont pas en trouver tous les jours. Or, il y a un certain nombre de choses qui doivent être prévues par la loi.

Et donc, j'espère qu'il n'y aura pas d'autres annulations d'élections ou d'autres détections par la presse d'inéligibilité qui auraient dû être faites par les services de la préfecture et dans le cas des conseillers des Français de l'étranger puisque je suis sénatrice des Français de l'étranger par les consulats pour que ça arrive la prochaine fois.

14:54
Sophie Briante-guillemont

On va parler d'une autre actualité. Nous sommes à quelques jours maintenant des commémorations des attentats du 13 novembre. Dix ans que ces attentats ont été perpétrés. Ils ont fait le Bataclan, les terrasses de Paris, le Stade de France. Et à cette occasion, Public Sénat recueille les témoignages de plusieurs acteurs de ce 13 novembre. Romain David est allé recueillir celui de l'ancien président de la République, François Hollande. On va l'écouter.

15:20
Locuteur non identifié

La première image, c'est lorsque je suis informé qu'il y a un attentat à l'extérieur du stade, même si on ne sait pas exactement encore s'il n'y a pas un risque qu'un terroriste soit introduit dans le stade lui-même. C'est cette première image que j'ai à l'esprit, c'est-à-dire un moment où on passe d'une forme de quiétude, un match de football, un match amical, avec des amis autour de nous, une ambiance plutôt bonne enfant. et le drame qui arrive est une tragédie qui va se produire toute cette nuit du 13 novembre.

Tout va très vite, c'est-à-dire que ce que j'imaginais être à ce moment-là une opération contre le stade de France devient une opération contre la France elle-même, toute la France, puisqu'il y a des attaques sur les terrasses à Paris, et puis ensuite le Bataclan. Même si c'est Paris, c'est toute la France. J'ai un coup de téléphone du Premier ministre, Manuel Vaz, qui me dit qu'à Paris, ce n'est pas exactement avec quelle ampleur et sur quel lieu, mais il y a des attaques terroristes sur des terrasses de café. Puis ensuite, quelques minutes après, que le Bataclan est lui-même attaqué. Donc ce que on pouvait penser être un moment un acte isolé devient une opération de grande envergure.

Arrivant ensuite au ministère de l'Intérieur, je prends deux décisions. La première, c'est l'état d'urgence, c'est-à-dire de pouvoir mener à bien des opérations de réquisition, perquisition, arrestation et surtout contrôle des frontières. et puis une deuxième décision puisqu'il y a des otages qui sont pris au Bataclan, de pouvoir libérer ces otages et donc de mener une opération policière qui sera extrêmement délicate et avec un grand courage de la part des forces de l'ordre.

17:28
Sophie Briante-guillemont

Voilà, pour ce témoignage de l'ancien président de la République, à la fois de l'émotion et puis il raconte s'il était dans l'action, lui, évidemment, ce soir-là. Qu'est-ce que vous avez envie de dire après ce témoignage de François Hollande ?

17:42
Présentateur

Déjà, moi j'ai encore du mal à croire que ça fait déjà dix ans. Je ne sais pas, l'émotion est toujours très vive. Je ne parle pas précisément du témoignage de François Hollande mais tout ce qu'on commence à voir dans la presse depuis quelques jours, tout ce qu'on va voir la semaine prochaine, le temps est passé et en même temps, il n'est pas passé du tout. Et ça nous amène à avoir des réflexions sur la façon dont on a agi à ce moment-là, sur la façon dont on a changé en tant que pays aussi et sur la lutte contre le terrorisme, évidemment.

18:19
Invité

Et aussi à titre individuel parce que là, effectivement, vous parlez du pays mais qu'est-ce que vous vous retenez ? Qu'est-ce que ça a changé chez vous personnellement ?

18:27
Présentateur

Ce que je retiens, c'est que jusqu'à aujourd'hui, j'ai du mal à avoir des témoignages ou que ce soit la série Les Vivants ou tout ce qui est en train de se produire en ce moment sans être profondément émue. Et donc, je pense que c'est le cas pour moi mais c'est le cas pour l'ensemble des Français et des Français de l'étranger qui l'ont vécu à distance avec un sentiment très fort. C'est un traumatisme collectif, ça c'est clair. Et c'est à partir de là, au-delà de ce que moi je peux penser personnellement, c'est comment on le pense collectivement.

Et je ne suis pas sûre, même dix ans après, je pense qu'on est au tout début du travail de ce qu'a signifié cet événement traumatique pour notre façon de concevoir, de se concevoir en tant que pays et de concevoir la lutte contre le terrorisme de manière générale aussi. – Ça a changé des choses ? – Ça a changé des choses, ça a changé des choses pour les législateurs. Alors moi, je n'étais pas législatrice à l'époque, mais c'est sûr qu'il y a eu des changements considérables sur la façon de concevoir le terrorisme, sur jusqu'où on pouvait aller en termes d'atteinte aux libertés. Donc c'est un… Et ça va rester en fait.

Il y a beaucoup de juristes qui en parlent d'ailleurs sur la façon dont on a modifié notre droit aussi pour pouvoir lutter plus efficacement contre le terrorisme et à quel moment on situe la limite en fait entre ce qu'est rester la France et donc l'attachement à l'État de droit et à la démocratie et jusqu'où on peut aller pour lutter contre le terrorisme.

19:50
Sophie Briante-guillemont

– Et avec une menace qui évolue aussi hier soir, François Mollins qui était procureur de Paris à l'époque des attentats disait que la menace terroriste est toujours présente mais qu'elle évolue, qu'il ne pense pas que des attaques projetées comme celles qui ont eu lieu le 13 novembre puissent encore arriver parce que Daesh est aujourd'hui affaibli mais qu'il y a aujourd'hui des attaques plus individuelles des gens qui s'auto-radicalisent. Est-ce qu'elle est aussi difficile, voire plus difficile à anticiper et à déjouer cette menace ?

20:19
Présentateur

– Alors elle est très difficile à déjouer parce que la radicalité, le fait de se radicaliser en particulier seul sur Internet, c'est quelque chose qui est très difficile à combattre ne serait-ce que pour une question d'algorithmes des plateformes qui font qu'en fait aujourd'hui vous avez des phénomènes de bulles et donc en réalité sur les réseaux sociaux on va vous proposer des paroles et des individus de personnes qui pensent un peu comme vous et au fur et à mesure l'utilisation des réseaux sociaux renforce cette radicalité.

20:48
Invité

– Oui, vous disiez comment est-ce qu'on a fait évoluer le droit, on a fait rentrer dans le droit commun des mesures qui étaient à l'époque exceptionnelles pour lutter contre les attentats et ça aussi à la commission des lois c'était quelque chose que le Philippe Bas était très attentif, c'était la façon dont on va s'habituer à ce qui normalement ne doit être que de l'exceptionnel dans les atteintes aux droits. À votre avis, on en est où de cette réflexion ? Vous qui êtes membre de la commission des lois du Sénat ?

21:11
Présentateur

– Alors, il y a eu deux moments en fait, il y a eu effectivement les attaques terroristes du 13 novembre

21:16
Invité

– Qu'un état d'urgence déjà à l'époque. – Voilà,

21:19
Présentateur

et il y a eu aussi la période de la pandémie – Exactement, qu'un autre état d'urgence. – Exactement, donc en fait, ce qui était l'exception c'est progressivement et un peu progressivement devenu la norme et je pense qu'on a un peu, en tant que législateur, on a reculé la limite et on se fait d'ailleurs régulièrement rappeler à l'ordre par le Conseil constitutionnel. – Vous avez des exemples

21:40
Invité

précis en tête sur lesquels on a vu nos droits, nos libertés individuelles être restreintes depuis… – Là, tout de suite,

21:46
Présentateur

je pensais au fait que par exemple, on a récemment voté la loi sur la cybersécurité, enfin sur la cybercriminalité et la criminalité organisée de manière générale qui a été une proposition de loi votée aussi de manière unanime au Sénat et on s'est fait rappeler à l'ordre par le Conseil constitutionnel sur tout ce qui est algorithme. Donc en fait, je pense que politiquement, voilà, la limite a reculé, mais en tant que législateur, c'est la responsabilité et en premier lieu de la commission des lois du Sénat de se souvenir que l'État de droit prime sur tout.

22:21
Sophie Briante-guillemont

– Un dernier mot, est-ce que la ligne de crête quand on est législateur, elle est compliquée à trouver entre la préservation des libertés et en même temps peut-être une forme de nécessité face à cette menace terroriste ?

22:31
Présentateur

– Elle est très compliquée à trouver politiquement parce que vous agissez en tant que législateur, donc vous connaissez le droit, vous l'étudiez, mais vous avez aussi une certaine pression, que ce soit la pression médiatique, que ce soit l'opinion publique et ce que vous disent les Français de manière générale. Donc en fait, on est toujours sur jusqu'où on peut aller, qu'est-ce qu'on peut faire de plus, est-ce qu'il faut faire quelque chose de plus ? Parce que des fois, les solutions sont déjà dans le droit et en réalité, il y a des lois de circonstance, ne serait-ce que pour répondre à une certaine attente citoyenne sur ces sujets, alors qu'en réalité, le droit le fait déjà.

Donc c'est très compliqué, effectivement, de se fixer la limite au bon endroit.

23:10
Sophie Briante-guillemont

– Allez, on va terminer par un sujet plus léger. Juste avant de terminer, je précise, suite à ces commémorations du 13 novembre, qu'on recevra François Molins, l'ancien procureur de Paris, il sera d'intervité mercredi dans cette émission. On termine, je le disais, par un sujet plus léger, on va aller à Brive-la-Gaillarde. On retrouve Pomme Labrousse. Bonjour Pomme, merci d'être là, directrice éditoriale départementale de La Montagne en Corrèze. Brive, ce week-end, se transforme en librairie géante. C'est la 43e foire du livre de Brive, dont Public Sénat est partenaire avec des milliers de visiteurs. Un casse-tête pour les libraires ?

23:43
Locuteur non identifié

– Mais effectivement, vous le savez, 80 000 visiteurs à peu près attendus et en 30 heures, il faut imaginer que près d'un million de livres vont être vendus. donc il ne faut pas se rater. Et on a notamment consacré un article dans le supplément de 12 pages qui paraît dans la montagne aujourd'hui à ce défi-là, c'est-à-dire combien de livres faut-il commander ? Les libraires, chaque année, ont beaucoup de difficultés à avoir suffisamment d'exemplaires du Goncourt parce qu'on ne connaît que depuis le début de la semaine. Et puis, il y a toujours des surprises. L'an dernier, c'est un titre de New Romance qui avait cassé la baraque avec 800 exemplaires vendus et c'était assez inattendu.

Cette année, les libraires ont notamment parié sur Hugo Descript. C'est un événement qui chamboule la vie locale, Pomme, on imagine. Effectivement, la vie de Brive ne ressemble à rien d'autre pendant ces trois jours. Et cette année, à la montagne, on a décidé de s'intéresser à la problématique des taxis. Habituellement, à Brive, il suffit d'un ou deux taxis pour couvrir les besoins des habitants, des usagers pendant la soirée et la nuit. Pendant la foire, ils sont quatre fois plus nombreux à se mobiliser. Et depuis quelques années, ils se font face à des Uber qui viennent de Grande-Ville et qui essayent de venir manger leur part du gâteau. Donc, les taxis locaux s'organisent.

Ils ont lancé leur propre appli. Ils ont changé la station. Elle est déplacée devant la boîte de nuit emblématique de la foire du livre, le Cardi. Et tout ça se fait dans une ambiance complètement sereine. Mais pour être sûr que les retombées de la foire restent bien avrées. Et Pomme, vous avez une question

25:21
Sophie Briante-guillemont

pour Sophie Briante.

25:23
Locuteur non identifié

En effet, une question qu'on va essayer de poser pendant tout le week-end aux auteurs et autrices. Je me demandais si vous étiez d'accord pour nous dire quel livre vous avez particulièrement marqué quand vous étiez enfant.

25:34
Présentateur

Alors, c'est une question hyper difficile. Un titre. Allez, juste un titre. Non, en plus, ça dépend si on est enfant, enfant ou adolescent. Que vous voulez. Alors, moi, j'avais beaucoup aimé en auteur français Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, qui est un roman pour les explorateurs, pour ceux qui aiment la science. Et après, j'ai 34 ans, donc je suis aussi la génération Harry Potter. Un peu plus léger. Et je voudrais juste en profiter pour dire qu'un de mes collègues sénateurs RDSE, Raphaël Dobé, expose aujourd'hui à la foire de Brive pour le recueil de nouvelles qui vient de sortir, qui s'appelle Vieux Pays.

Et j'invite tous ceux qui seront à Brive aujourd'hui à passer au Hall Brassens le rencontrer.

26:18
Sophie Briante-guillemont

Et le message est passé. On sera dans quelques instants d'ailleurs avec le maire de Brive. Ce sera dans une demi-heure pour reparler de cette foire. Merci Pomme Labrousse. Merci beaucoup d'avoir été avec nous la Une de la Montagne, évidemment, foire du livre de Brive. C'est parti. Merci beaucoup Pomme. Merci Sophie Briand Merci à vous. d'avoir été notre invitée.

26:35
Présentateur

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