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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 25 février 2026 25 min

Agnès Canayer : « Le dossier calédonien subit l'inconstance politique de la métropole »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.

0:12
Agnès Canayer

Agnès Canaillé, vous êtes sénatrice à l'ère de Seine-Maritime. Vous êtes la rapporteure de ce texte sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Il a été voté hier au Sénat. On va regarder les temps forts de la séance et en parler longuement dans quelques instants. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. On a sélectionné trois titres. D'abord, la une du progrès, les groupuscules violents dans le viseur de l'exécutif. Dix jours après le décès de Quentin de Ranc, la mécanique des procédures de dissolution des groupuscules déjà pratiquées dans le passé par Gérald Darmanin et Laurent Nunez redevient donc d'actualité. Est-ce vraiment la solution ?

S'interroge le progrès. Deuxième une, c'est celle du courrier de l'Ouest. Les inondations, toujours l'obèse, mais les dangers guettent. Ouvrages d'art sous surveillance, menaces de troncs, d'arbres flottants. La décrue ne signifie pas la fin des soucis. Et puis la dernière une, c'est celle de la dépêche. On en parlait dans le journal. Trump va-t-il frapper l'Iran avant ? Troisième round de négociations. À Genève, la tension monte entre États-Unis et Iran. Les prochains jours seront déterminants pour éviter une escalade régionale. De quelle une, avez-vous envie de nous parler ?

1:11
Présentateur

Écoutez, plutôt des groupuscules violents, effectivement, dans le viseur de l'exécutif, parce que c'est un enjeu, notamment dans le cadre de cette campagne municipale. C'est vrai qu'il ne faut pas tronquer le débat et que la violence n'a pas lieu d'être. Je pense que le vrai débat, c'est le débat des projets, c'est le débat des idées. D'autant plus que nous sommes dans des enjeux municipaux, donc des enjeux de proximité, auxquels les Français sont particulièrement attachés. Et la violence, elle ne fait que cliver des positions, elle ne fait que réduire le débat démocratique et tuer le principe même de l'élection.

1:47
Agnès Canayer

Emmanuel Macron, lors de cette réunion hier à l'Élysée, il a exprimé son inquiétude sur des violences lors de la campagne des municipales. Est-ce que vous le redoutez aussi ?

1:56
Présentateur

Écoutez, peut-être. Moi, j'ai le souvenir d'une campagne municipale au Havre en 2020, quand Édouard Philippe était Premier ministre et qu'il avait engagé le 49.3 sur la réforme des retraites, où c'était extrêmement violent. Et c'est vrai que, quand on fait campagne dans ces conditions-là, on n'a pas toute l'attitude d'aller expliquer ses idées. Et c'est dommage. C'est vrai qu'on voit aujourd'hui que les extrêmes, qui sont très présents dans le débat démocratique, utilisent parfois plus le recours à des formes de violence qu'à la présentation et du débat et au débat vraiment aux échanges d'idées.

2:34
Agnès Canayer

Mais vous, vous êtes en campagne sur le terrain. Vous ressentez ce climat ? Il s'est tendu ces derniers jours ?

2:40
Présentateur

Écoutez, moi, je ne ressens pas jusqu'à chez moi. Enfin, franchement, quand je suis dans les rues du Havre, je n'ai pas cette tension, cette violence. Au contraire, je pense qu'on a plutôt des électeurs qui sont ouverts, attentifs aux idées, pas forcément d'accord, mais qui échangent verbalement et on n'en vient pas, effectivement, à la violence gestuelle.

3:02
Agnès Canayer

Il y a une question qui a été relancée dans le débat ces derniers jours, notamment par le LR. C'est la question de la position, du positionnement de la France insoumise. Est-ce qu'il faut un cordon sanitaire autour de LFI, comme le demandent les Républicains ?

3:14
Présentateur

Oui, je pense que, très clairement, la France insoumise a montré qu'ils avaient parfois des propos, qu'ils avaient des bottes de fonctionnement qui ne sont pas compatibles avec des partis qui sont dits républicains. Donc, je pense que, dans ce cas-là, toutes ces alliances qui sont contre nature ne sont pas aujourd'hui nécessaires et que, je pense qu'une partie, notamment de la gauche, grandirait à prendre ses distances avec les partis LFI.

3:47
Agnès Canayer

Elle ne le fait pas assez ? Le PSI n'est pas assez clair, selon vous ?

3:50
Présentateur

Non. Alors, j'entends aujourd'hui des positions qui émergent. Néanmoins, maintenant, j'attends les faits.

3:58
Agnès Canayer

Aurore Berger, la ministre, elle, elle va plus loin. Elle appelle le RN à retirer ses candidats pour empêcher la victoire d'un candidat de la France insoumise. Vous allez jusque-là ?

4:07
Présentateur

Écoutez, je ne sais pas, c'est toujours pareil. C'est qu'il y a beaucoup de situations qui restent des situations locales. Notamment, la campagne municipale, je le redis, c'est une campagne de proximité. C'est une campagne où, souvent, même, des candidats n'ont pas forcément d'étiquette politique affichée. Parce que ce qui prime, c'est quel est le projet pour notre commune, pour notre territoire. Retirer des candidats RN, je pense que chacun doit prendre ses responsabilités et ce n'est pas à nous donner.

4:35
Agnès Canayer

Parce que là, on n'est pas dans un basculement parce que jusqu'à il y a peu, il y avait un front républicain contre le RN. Là, on a des personnes du bloc central qui disent qu'il faut un front républicain avec le RN contre le LFI.

4:47
Présentateur

Pour moi, je pense qu'il y a des lignes rouges des deux côtés, ni RN ni LFI. Je pense que le bloc central se grandirait à ne défendre que ses idées en n'ayant pas des alliances, justement, électorales. C'est ce qu'on a reproché, notamment au Nouveau Front Populaire, c'est d'être une alliance purement électoraliste et pas du tout de projet. Parce qu'il y a vraiment un gap énorme entre ce que défend un centre gauche ou un centre droit et les projets que défendent des extrêmes gauches et des extrêmes droites. Donc, il y a un moment donné, les électeurs ne comprennent pas. Et les électeurs nous le reprochent sur le coup d'après.

Donc, je pense que c'est des calculs court-termistes qui ne grandissent pas la politique que de faire des alliances avec des extrêmes.

5:29
Agnès Canayer

Qu'est l'avenir institutionnel pour la Nouvelle-Calédonie ? Le Sénat a voté hier un texte sur le sujet. Vous en étiez la rapporteure. Et Sébastien Lecornu, le Premier ministre, était présent dans l'hémicycle. C'est l'objet de votre éclairage. On va revenir évidemment sur cette séance. Mais d'abord, pour bien comprendre,

5:46
Invité

quel est le contexte de ce texte ? Alors, pour expliquer la raison d'être de ce texte, il faut remonter presque deux ans en arrière. En mai 2024, un projet de loi constitutionnelle vise alors à élargir le droit de vote pour les élections provinciales aux résidents français vivant dans l'archipel depuis au moins dix ans. Alors que depuis 2007, seules les personnes résidant en Nouvelle-Calédonie avant le 8 novembre 1998, date de l'accord de Nouméa, et leurs descendants pouvaient voter à ces dernières. Ce nouveau projet de loi est donc perçu comme une menace pour beaucoup de canaques et d'indépendantistes qui craignent un nouveau rapport de force.

En mai 2024, l'examen, puis l'adoption du texte à l'Assemblée nationale déclenche de violentes émeutes qui font 14 morts, plus de 2 milliards d'euros de dégâts et plonge l'archipel dans une crise profonde, politique, sociale et économique. En juin, Emmanuel Macron annonce la suspension de la réforme, mais la crise perdure. Alors, face au risque d'enlisement, un an plus tard, Paris réunit les différents responsables politiques calédoniens pour de nouvelles discussions. Et le 12 juillet, un accord est signé à Bougival.

Il prévoit la création d'un statut d'État de Nouvelle-Calédonie à l'intérieur de la France et celle de la nationalité calédonienne, le DGL partiel du corps électoral, la capacité d'auto-organisation du territoire ainsi que le transfert de certaines compétences comme par exemple celle de la politique étrangère. Car pour Sébastien Lecornu, le statut quo n'est pas tenable. Écoutez. Le statut quo n'est pas une option viable. Il n'est pas un choix politique, mais davantage un renoncement aux idéaux républicains, au progrès social, au développement économique et à la construction renouvelée de la paix sur le territoire. Et pour conclure, je le dis clairement, le passage en force serait une faute.

Il raviverait les fractures et délégitimerait toute solution. Mais je le dis avec la même force, et c'est là notre problème. L'immobilisme serait tout aussi dangereux. Il prolongerait l'incertitude institutionnelle, fragiliserait l'économie et laisserait s'installer le doute sur la parole durable de l'État.

7:51
Agnès Canayer

Avant de revenir sur le fond du texte, Agnès Cané, est-ce que c'est bien que Sébastien Lecornu soit venu ? Il a fait le discours d'introduction de la séance, il est resté. Il fallait remettre la Nouvelle-Calédonie au niveau de Matignon.

8:02
Présentateur

Oui, c'est vrai que c'est un sujet extrêmement sensible, compliqué, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, avec des enjeux forts pour la France. C'est un sujet qui a toujours été piloté par Matignon, et notamment à l'époque d'Édouard Philippe, quand il était Premier ministre, il était extrêmement investi dans ce dossier de la Nouvelle-Calédonie. Depuis, c'est vrai que les premiers ministres successifs avaient plus ou moins lâché l'affaire, entre guillemets.

Il est important aujourd'hui, alors il y a eu Manuel Valls, ministre d'État, qui est beaucoup intervenu, on en reparlera, mais c'est vrai que c'était important que le Premier ministre reprenne la main sur ce dossier en lien avec la ministre de l'Outre-mer.

8:46
Agnès Canayer

Patrick Cannaire, il a pointé hier, c'est le président du groupe socialiste, il a pointé hier un manque de méthode, de continuité de l'État dans le dossier calédonien. Qu'en dites-vous ?

8:54
Présentateur

Non, je pense que... Alors, ce n'est pas propre au dossier calédonien. Le dossier calédonien a subi les conséquences politiques de la métropole. Aujourd'hui, on a des stop-and-go permanents, des changements gouvernementaux, et c'est vrai que la constance dans l'action publique, elle est compliquée. Et malheureusement, cela a collé au timing de l'évolution institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, eh bien, ça n'aide pas à trouver une solution apaisée.

9:21
Agnès Canayer

On va parler du fond du texte, Guilhemette, mais d'abord, une petite question à Nescanalier. Ce texte est le seul chemin vers la stabilité. C'est ce que dit Sébastien Lecornu. Vous partagez ?

9:30
Présentateur

Oui, parce qu'il faut remonter. Alors certes, il y a eu les émeutes de mai 2024 qui ont été sanglantes, qui ont largement fracturé, déstabilisé et appauvri la Nouvelle-Calédonie. On y reviendra. Mais il faut remonter un peu plus en amont. C'est-à-dire que c'est le cycle des trois référendums qui a été prévu par l'accord de Nouméa. Trois référendums de sortie de la dépendance de la Nouvelle-Calédonie à la France. Et à chaque fois, les néo-calédoniens en disent non par trois fois. Donc, il fallait trouver un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie. Il fallait travailler à une issue, puisque les accords de Nouméa ne produisaient plus leurs effets. Et donc, c'est ça qui est en jeu.

C'est ça auquel a essayé de répondre l'accord de Bougival, complété et éclairé par l'accord d'Élysée-Oudino de janvier dernier, et que nous tentons de transposer dans la Constitution, dans le parallélisme avec ce qui s'est passé sur l'accord de Nouméa, pour tenter de trouver une solution.

10:28
Agnès Canayer

Alors, justement, on va en parler, mais Guimet, que contient précisément ce texte ?

10:34
Invité

Eh bien, ce projet de loi constitutionnelle vise à traduire, justement, dans la Constitution, les mesures de l'accord de Bougival et affirmer la continuité avec celui de Nouméa. Alors, il prévoit notamment l'organisation, avant le 26 juillet prochain, d'un scrutin en Nouvelle-Calédonie sur l'accord de Bougival et l'accord complémentaire Élysée-Oudino du 19 janvier dernier. Il vise aussi à créer la Nouvelle-Calédonie à l'intérieur de l'État français, donc une organisation institutionnelle unique en son genre, dite « sui generis ».

Et il réaccrit entièrement le titre 13 de la Constitution qui porte sur la Nouvelle-Calédonie, avec notamment la création d'une nationalité calédonienne indissociable de la nationalité française. Par ailleurs, les modalités de transfert de certaines compétences sont renvoyées à une loi organique ultérieure qui devrait être présentée au premier semestre 2026. Écoutez Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer. Bougival encadre ensuite la question des compétences. Les compétences de défense, de sécurité, de justice et de monnaie demeurent exercées par l'État.

L'accord ouvre en revanche la possibilité d'un mécanisme de transfert progressif, fondé sur une majorité qualifiée du Congrès et sur l'approbation par consultation des Calédoniens. Agnès Canaillé, c'est difficile de se prononcer sur un texte qui renvoie à une future loi organique concernant les transferts de compétences.

11:56
Présentateur

– Oui, alors c'est vrai que l'exercice de constitutionnalisation est compliqué parce que, je l'ai dit, on est dans un calendrier extrêmement contraint avec les soubresauts politiques de la métropole. Et dans ce calendrier extrêmement contraint, on est obligé de travailler en temps masqué et quasiment à l'aveuble. Parce que dans le texte constitutionnel, il y a le cadre des accords qui ont été obtenus de manière imparfaite, je le rappelle quand même à Bougival, puisque si au moment de la signature, le 12 juillet, et l'ensemble des six partenaires étaient autour de la table, quelques semaines plus tard, le FLNKS a retiré sa signature et n'est toujours pas revenu à la table des négociations.

Donc c'est un consensus imparfait, il faut l'acter, il faut le prendre comme tel et considérer que c'est pour ça que ce n'est pas une fin en soi, qu'il faut continuer à travailler, à négocier pour essayer de raccorder et retrouver les discussions avec le FLNKS, les indépendantistes, qui sont une partie prenante forte en Nouvelle-Calédonie. C'est vrai que c'est compliqué parce qu'on a le cadre et que la déclinaison concrète va être dans le projet de loi organique.

Mais le projet de loi organique, c'est plus de 300 articles et il sera adopté en octobre notamment, si on respecte le calendrier annoncé par le gouvernement, ce qui demande tout un travail de préparation, de co-construction avec les Calédoniens, toujours dans cette recherche de dialogue avec l'ensemble des parties prenantes. Nous, on nous a demandé à ce que les parlementaires soient aussi associés en amont, pour ne pas découvrir le texte le jour du vote ou au dernier moment, parce que ça demande une analyse fine pour faire en sorte que tout cela fonctionne conformément aux engagements qui ont été pris sur l'accord de Bougival et aux accords successifs.

13:45
Invité

Et justement, selon vous, quelles sont les compétences régaliennes qui pourraient à terme être transférées ?

13:50
Présentateur

D'abord, le transfert de compétences régaliennes, ce qu'il faut bien comprendre, c'est pour sortir de la logique binaire des référendums d'autodétermination qui ont montré l'impasse et qui n'ont pas permis de résoudre cette situation en Nouvelle-Calédonie. Donc, au lieu d'être dans une position binaire, pour ou contre, maintenant, c'est progressif et consensuel. Je pense que c'est la bonne méthode. Donc, il y a quatre compétences régaliennes, la sécurité, la monnaie, la justice, et elles seront transférées à la demande de l'État de Nouvelle-Calédonie de manière progressive, avec une méthode qui sera précisée, justement, dans le projet de loi organique.

14:30
Agnès Canayer

Et par ailleurs, via un amendement, le projet de loi reporte aussi la tenue des prochaines élections provinciales au 20 décembre, prochain ou plus tard, guillemette ?

14:37
Invité

Oui, alors, il s'agit du quatrième report de ces élections. Cette mesure a été très critiquée par l'opposition qui souligne que cela augmentera de 20% la durée des mandats des élus actuels. Écoutez la sénatrice socialiste de la Seine-Saint-Denis, Corinne Narassiguin. Parmi les points problématiques, le premier et le quatrième report des élections provinciales jusqu'au 31 décembre 2026. D'abord, cela est contraire à une décision du Conseil constitutionnel de septembre 2025 qui considérait que toute prorogation au-delà de 28 juin 2026 serait contraire à la Constitution.

Ensuite, cela pose une véritable question de légitimité démocratique pour des élus en place depuis 2019 et sans cesse prolongée dans leur mandat. – Agnès Canadié, est-ce que vous comprenez ces critiques, ces craintes que ces élections soient une nouvelle fois reportées, notamment peut-être à cause de l'élection présidentielle de 2027 ?

15:29
Présentateur

– Non, effectivement. Alors, reporter des élections, ce n'est pas une idée auxquelles on adhère naturellement. Ça pose évidemment des questions de légitimité démocratique, ça pose des questions de la force de la parole publique portée par les élus qui ont des mandats qui sont prolongés sans avoir été relégitimés par les électeurs. Donc c'est certain. Mais dans la situation actuelle, il n'y a pas d'autre solution. C'est la conséquence du calendrier. Parce que dans les accords, donnant-donnant, l'accord de Bougival, il n'est pas parfait, ce sont des concessions des indépendantistes et des non-indépendantistes.

C'est l'État de la Nouvelle-Calédonie dans l'État français, c'est la nationalité calédonienne, mais la contrepartie, c'est le dégel du corps électoral. Aujourd'hui, il y a près de 20 000 citoyens de Nouvelle-Calédonie qui ne peuvent pas voter. C'est aussi le transfert des compétences aux provinces. Donc ça, c'est l'équilibre. Et si on provoque les élections provinciales avant, eh bien, quel corps électoral ? Le corps électoral gelé, vous cassez les équilibres de Bougival.

16:34
Invité

– Mais est-ce qu'on peut être sûr que c'est vraiment le dernier report, le quatrième et dernier report ? C'est ça aussi la crainte des oppositions ?

16:39
Présentateur

– Oui, mais je rappelle quand même que là, on a été obligé d'inscrire dans la Constitution, parce que le Conseil constitutionnel sur le troisième report, sur lequel je rapportais avec Corinne Narassiguin à l'époque, vous avez dit c'est le dernier, parce que vous tordez notamment les règles constitutionnelles. Oui, effectivement. Là, c'est inscrit dans la Constitution, donc on ne va pas remodifier encore la Constitution. Donc on voit bien que techniquement, on ne pourra pas reporter au-delà de ce quatrième report, donc fin 2026.

17:10
Agnès Canayer

– Et on va aller à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, justement. On retrouve Nicolas Vignol. Bonjour Nicolas, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes journaliste à la Voix du Caillou. Nicolas, quel est l'état d'esprit des habitants des Calédoniens après le vote du texte au Sénat hier ?

17:26
Présentateur

– Si vous voulez, dans l'opinion, il y a assez peu de réactions, parce que les Calédoniens sont résilients et désabusés. Et ensuite, ils savent que le parcours institutionnel, la mise en œuvre institutionnelle de l'accord de Bougival sera particulièrement longue et délicate. Donc, j'ai envie de dire, d'une certaine manière, ils vont voir et ils laissent voir. Quand je dis qu'ils sont désabusés, c'est-à-dire qu'il faut quand même se rappeler que, comme le leur obligeait l'accord de Nouméa, ils ont participé à trois référendums, à l'issue desquels, à trois reprises, ils ont exprimé leurs sentiments, leur volonté, leur conviction que la Nouvelle-Calédonie devait démarrer dans la France.

Et qu'à ce titre, comme le stipulait l'accord de Nouméa, on examinait, à l'issue de ces référendums, la situation ainsi créée. Mais la situation ainsi créée, elle était connue de tous. Elle était que les Calédoniens, dans leur majorité, souhaitaient que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France. Et les Calédoniens, on leur a dit « C'est bien d'avoir donné votre avis, mais ça ne suffit pas. » Et donc, s'est enclenchée une très longue période de quatre ans au cours desquelles il y a eu, puis il n'y a plus de discussions, de négociations, de rencontres, etc., jusqu'à Bougival. Et Bougival a suscité effectivement un véritable espoir.

On a même vu de manière assez éphémère, évidemment, un début de reprise économique. Et puis, tout s'est effondré à la suite de la décision du FLNKS nouveau de retirer sa signature, puis des attermoiements des uns et des autres vis-à-vis de Bougival. Donc, ils sont désabusés. Néanmoins, et je tenais à saluer votre invité, dont le rôle en tant que rapporteur a été extrêmement important dans l'adoption du texte de loi par le Sénat, c'est une première étape, elle est importante, mais maintenant, on attend la suite.

Néanmoins, si je peux me permettre, j'aimerais revenir sur la séance d'hier qui a été importante et au cours de laquelle il s'est dit beaucoup de choses, notamment, et vous l'avez souligné tout à l'heure de la part du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a posé une question fondamentale qui est s'il n'y a plus d'accord de Bougival, que reste-t-il ? C'est ça le souci. C'est qu'il n'y a pas de plan B, il n'y a pas d'alternative, c'est Bougival ou rien. et ça, les Calédoniens sont angoissés à cette idée que Bougival puisse s'effondrer si l'Assemblée nationale ne vote pas le texte et qu'il n'y ait pas de suite. Et la suite, ça pourrait être...

20:28
Agnès Canayer

Et Nicolas, justement, vous avez une question, Agnès Canaillé, sur ça et sur la suite.

20:36
Présentateur

Absolument. Parce que, dans sa prise de parole, madame la sénatrice, vous avez appelé vos collègues sénateurs au sens de la responsabilité. Est-ce que vous pensez que vos collègues députés à l'Assemblée nationale auront eux aussi ce sens de la responsabilité vis-à-vis de la Nouvelle-Calédonie ? Ça, c'est une lourde question. Effectivement, je l'espère. Je l'espère. C'est pour ça que cette étape, et vous l'avez dit, était une étape importante au Sénat parce qu'elle acte du fait qu'on peut avoir une majorité.

Alors, c'est vrai que la répartition politique au Sénat n'est pas la même qu'à l'Assemblée nationale, mais qu'il peut y avoir un bloc central élargi, majoritaire, qui accompagne la Nouvelle-Calédonie parce que nous, ce que nous disons, c'est que parlementaires français constituants, notre rôle, c'est d'accompagner les Calédoniens dans le choix, et c'est le principe de l'accord de Bougival, qu'ils font pour l'avenir institutionnel.

D'autant plus, et vous le dites, que c'est important aussi parce que concrètement, aujourd'hui, la Calédonie souffre que les néo-Calédoniens souffrent parce qu'ils ont, suite aux émeutes de 2024, perdu beaucoup d'activités économiques et que toutes les personnes que nous avons auditionnées, tous les partenaires, nous ont dit qu'il y a une urgence sociale aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie.

22:00
Agnès Canayer

Mais il faut redouter de nouvelles violences encore, selon ce qui va se passer au Parlement ?

22:06
Présentateur

Les avis sont très partagés, je ne l'espère pas. C'est pour ça que je vous rejoins. Il faut que nos collègues députés soient responsables et bien conscients de ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie et bien conscients de l'enjeu direct et social aussi parce qu'il n'y aura pas de reprise économique, il n'y aura pas d'apaisement social s'il n'y a pas de visibilité institutionnelle.

22:29
Invité

Au moment de l'accord, les responsables disaient maintenant, il va falloir aussi convaincre les Calédoniens. Rien n'est fait ? Rien n'est gagné ?

22:38
Présentateur

Écoutez, je ne sais pas, les Calédoniens, il y a quand même de ce que je comprends localement, un gros travail qui est mené par l'ensemble des partis politiques, l'ensemble des partenaires pour essayer de convaincre. Alors le problème, c'est qu'il y a aussi une fracture, chacun défend sa position. Aujourd'hui, il faut qu'ils aient conscience que tout ne va pas se régler non plus d'un coup de baguette magique. Nous, l'objectif, c'est de leur donner les moyens d'accompagner parce qu'en parallèle de cette stabilité institutionnelle et de ce processus que nous menons ici au Parlement français, il y a aussi tout un travail économique.

Le Premier ministre en a parlé hier d'accompagnement de la Nouvelle-Calédonie pour qu'elle ait les moyens de son autonomie. Parce qu'il ne suffit pas de distendre les liens avec la France d'un point de vue institutionnel, mais il y a aussi une distension économique. Aujourd'hui, 17% du PIB de la Nouvelle-Calédonie, c'est de la subvention publique de la France. Donc, il faut aider la Nouvelle-Calédonie à trouver aussi son autonomie économique. Il y a la filière nickel, mais il y a peut-être d'autres filières à développer, à accompagner, je pense, notamment dans le tourisme.

23:41
Agnès Canayer

En fait, une question, c'est peut-être un petit peu novice, mais Nicolas l'a rappelé, il y a eu trois référendums, trois référendums qui ont dit que les Calédoniens voulaient rester dans la France. Pourquoi on en est encore là ? Et est-ce qu'on peut vraiment en sortir ?

23:55
Présentateur

Ça, c'est la question centrale. C'est pour ça que l'accord de Bougival a suscité autant d'espoir. C'est que l'accord de Bougival, c'est un compromis. Parce qu'il y a quand même deux thèses qui s'opposent et deux visions pour la Nouvelle-Calédonie qui s'opposent. Bougival a tenté, et je pense, en faisant des concessions des deux côtés, de trouver le point d'équilibre. Malheureusement...

24:18
Agnès Canayer

Mais ça peut avancer alors que les indépendantistes que la FLNKS s'y opposent ?

24:22
Présentateur

C'est la question centrale. Parce que c'est vrai que l'avenir pérenne de la Nouvelle-Calédonie s'est toujours fait dans un accord assez global. Aujourd'hui, seules les élections et seule la consultation de les populations calédoniennes en juillet prochain permettront de savoir si vraiment il y a une adhésion ou pas.

24:42
Agnès Canayer

Merci Nicolas Vignol. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Journaliste à la Voix du Caillou. On regarde votre une. Bougival contre vents et marées. Merci d'avoir été avec nous depuis Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Et merci infiniment, Agnès Canaillé.

24:54
Présentateur

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