Nouvelle proposition dans le débat public : nationaliser TotalEnergie
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
qui fait débat. Le parti de J.-L.Mélenchon défend la nationalisation de TotalEnergies.
Le groupe a affiché des bénéfices record avec la crise au Moyen-Orient et propose dans ses stations un plafonnement des prix. - Déjà 2 mois et demi de guerre au Moyen-Orient et, en France, des prix à la pompe qui restent encore très élevés. Pendant ce temps, à gauche, une nouvelle proposition émerge. - M.Bompard: Au vu des bénéfices gigantesques que réalise Total depuis plusieurs années, quasiment 5100 milliards d'euros versés aux actionnaires sur ces 10 dernières années, on pourrait se demander si on ne peut pas faire mieux.
Il faut reprendre la main. - F.Roussel: Il faut reprendre la main.
L'entreprise doit accompagner la France, nos entreprises et les ménages français et non pas se faire du beurre sur le pétrole et sur la guerre. - Total, ciblé pour ses superprofits et stimulée par la guerre au Moyen-Orient. Près de 5 milliards d'euros de bénéfices au premier trimestre, soit 51 % de plus par rapport à l'an dernier. - Quand certains se privent, d'autres engrangent, prospèrent tranquillement.
Le mouvement des "gilets jaunes" est né dans une station-service. Aujourd'hui, notre pays est au bord d'une nouvelle explosion sociale. Ne reproduisez pas les mêmes erreurs face à une crise qui percute de plein fouet des millions de ménages. - Réponse du Premier ministre, qui tente de jouer les équilibristes. - S.Lecornu: Je n'aime pas beaucoup dans le débat public le Total bashing.
C'est une entreprise française qui emploie des Français. Elle marque aussi une part des intérêts stratégiques du pays. Pour autant, il y a eu un débat qu'il faut objectiver.
S'il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d'une redistribution qui pourrait être, à dues proportions ou pas, exceptionnelle. C'est un débat politique assez noble. - Quelques jours plus tard, S.Lecornu défend la multinationale et derrière lui, d'autres membres du gouvernement font bloc. - Le Total bashing est désagréable.
C'est une grande entreprise française. - Total paye des impôts en France. C'est faux de dire l'inverse. - Mais P.Pouyanné se prépare et brandit une menace si une taxe sur les profits exceptionnels est instaurée. - P.Pouyanné: Si le gouvernement décide de taxer les raffineries, la politique de plafonnement, c'est lui qui devra l'appliquer lui-même au français. - La multinationale privée a bénéficié à ses débuts d'un soutien public. 1924, la Compagnie française des pétroles est lancée sous l'impulsion de l'Etat. 7 ans plus tard, il entre à hauteur d'un tiers du capital de la société.
La compagnie devient l'un des géants mondiaux du secteur grâce à la découverte de gisements en Afrique notamment, comme dans le Sahara. - Dans un territoire 9 fois comme la France, c'est une surface représentant 1,5 fois celle de notre pays qui est prospectée. Le sous-sol a révélé l'existence de réserves dépassant plusieurs milliards de tonnes. - En 1993, le gouvernement Balladur revend la plupart des actions de l'Etat. - Il s'agit avec Total de faire rentrer quelque 10 milliards de francs dans les caisses de l'Etat. - Aujourd'hui, la direction met en avant un chiffre: 19 milliards d'euros de taxes et d'impôts payés dans le monde l'an dernier en soutien à l'activité économique en France. - TotalEnergies est l'entreprise française la plus taxée au monde.
Notre taux d'imposition de l'an dernier, c'est 40 %. TotalEnergies fait travailler 16 000 entreprises françaises. C'est aussi ça, la contribution de TotalEnergies à la France. - Total paye aujourd'hui 177 milliards d'euros.
Pour en devenir l'actionnaire majoritaire, l'Etat devrait donc débourser a minima 89 milliards d'euros. - C.Roux: Il y a un enjeu de souveraineté dans cette période.
C'est un des arguments développés par LFI. - M.Plane: L'enjeu de souveraineté existe.
Tant mieux si Total est français. C'est l'un des plus gros groupes pétroliers au monde, derrière les Américains. La question est moins sur la question stratégique que sur la question de savoir comment on redistribue les profits, les superprofits ou la rente pétrolière.
Total joue le jeu en bloquant ses prix. En voulant taxer les superprofits, il faut pas oublier que Total réalise très peu de bénéfices, voire pas du tout, sur le sol français. - C.Roux: Même si on taxait les superprofits, il n'y aurait pas de manne financière qui arriverait de la part de Total. - M.Plane: Il y a des accords avec les pays étrangers sur la fiscalité.
Vous payez vos impôts là où vous réalisez vos profits. En France, les profits doivent être très faibles, voire pas du tout. La surtaxe sur les profits rapporterait rien ou peut-être un tout petit peu, mais moins que ce que rapporte le blocage des prix à la pompe.
Je peux comprendre que les téléspectateurs soient choqués par les superprofits de Total, qui reviennent aux actionnaires, mais la question est plutôt sur la fiscalité des dividendes versés. Dans d'autres pays, l'Etat a des participations importantes. En Norvège, c'est deux tiers du groupe norvégien.
En Italie, le 1er groupe pétrolier, c'est un tiers de l'Etat. - C.Roux: Ca permettrait d'avoir la main sur les prix? - M.Plane: Je ne crois pas.
C'est juste que vous pourriez récupérer une partie de cette rente. Les superprofits, c'est une rente. Les prix de l'énergie augmentent et vous récupérez ces prix élevés.
Ca pourrait mettre un peu de beurre dans les épinards pour l'Etat. La question, c'est de savoir comment on finance ça. Devenir actionnaire majoritaire alors qu'on a privatisé, c'est très compliqué.
Pas sûr que ce soit une bonne idée. - C.Roux: Question. - J.-P.Chapel: Effectivement, c'est une bonne question.
Je vois pas où on trouverait les 89 milliards d'euros pour prendre la majorité du capital. Il y a eu une participation de l'Etat à Total, mais ça a toujours été une entreprise privée. On a eu une entreprise publique, Elf Aquitaine, qui a ensuite été privatisée et rachetée par Total.
C'est qu'elle ne devait pas être beaucoup mieux gérée que Total. Il n'y a aucune garantie que le TotalEnergies nationalisé soit mieux géré. Le pétrole, c'est un marché mondial.
Les prix qui nous font souffrir sont tradés de manière internationale. C'est pas à Paris qu'on a la main. - P.Dessertine: A l'époque, la compagnie française nationalisée, Elf, on pensait qu'elle allait prendre la tête quand on a rassemblé les deux.
C'était à l'époque de L.Le Floch-Prigent. C'est Total qui a absorbé Elf.
Elf ne s'en sortait pas, notamment à cause des scandales. Il y a eu la question des avions renifleurs. Ca ne changerait pas les prix en France, aujourd'hui.
La logique de l'entreprise, et des entreprises européennes, c'est de dire qu'on doit aller vers le retrait des énergies fossiles. C'est ça, l'idée. L'idée de Total, de BP ou de Shell, à la différence des grandes entreprises américaines, qui sont toujours "drill, drill, drill"...
En Europe, on est beaucoup plus avec une partie d'exploitation et l'autre partie où on fait du commerce. On fait de la répartition. On achète et on revend des stocks.
On essaie de tirer du profit là-dessus pour investir. La vraie question qui peut se poser sur la stratégie de Total, c'est les stratégies d'investissement et les stratégies, plus que les dividendes. Il faut rémunérer les actionnaires...
Il y a des stratégies sur les rachats d'actions. L'Etat français serait très embêté s'il devait dire: "On fait beaucoup de trading. On va aller voir la Namibie pour ouvrir de nouveaux puits là-bas..." - C.Roux: Ce que fait TotalEnergies, en l'occurrence. - P.Dessertine: Vous avez l'exemple de l'Inde.
C'est un cas intéressant. Les grandes compagnies pétrolières sont majoritairement publiques là-bas. Elles permettent de gérer la problématique pétrolière.
En ce moment, elles ont de vrais problèmes d'investissement. Ils ne sont pas du tout dans une logique de transition. Ils sont plutôt dans une utilisation à fond du fossile. - C.Roux: C'est un géant français.
P.Pouyanné avait évoqué un transfert de la cotation principale de Paris vers New York. C'est aussi une menace pour la France. - S.Villers: Oui.
Le travers de la France, c'est de critiquer ses fleurons alors qu'au contraire, il faudrait plutôt se dire qu'au moins, on a su faire ça. Je ne pense pas que si on nationalise Total, ça nous donne plus de pétrole et plus de... - C.Roux: Plus de recettes fiscales. - S.Villers: Les recettes se font au moment de la production de pétrole, qui n'est pas sur le sol français.
On n'a pas de pétrole! Je comprends qu'on nationalise les entreprises, comme la Norvège, qui ruisselle d'or noir...
On comprend que l'Etat norvégien décide de profiter de cette rente, puisque ça lui revient. C'est sur son sol. Nous, en France...
Il y a aussi la Russie, l'Algérie, l'Arabie saoudite, qui ont des entreprises nationales pour l'exploitation de ce pétrole. Pour profiter de son rôle en tant qu'intermédiaire et ajuster son offre, notamment pour ajuster les prix...
Comment voulez-vous qu'une entreprise, même nationalisée française, puisse jouer sur les prix si elle n'a pas la main sur la production? Mettre 70 à 90 milliards dans les énergies fossiles, sachant qu'il vaudrait peut-être mieux les mettre dans l'énergie de demain, notamment le nucléaire...
Jean-Luc Mélenchon