Gilles Simeoni : " La Corse et la République ont rendez-vous ensemble avec l'Histoire"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 64 %Attaque 16 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 5:35OuverteRéponse directe
Quel est pour vous le fait de la semaine, Gilles Simeoni ?
- 13:19OuverteRéponse directe
La manifestation d'hier était-elle à la hauteur de vos espérances ?
- 14:11RelanceRéponse directe
Pourquoi un tel écart entre vos chiffres et ceux de la préfecture ?
- 16:41RelanceRéponse directe
Est-ce que c'est fait exprès, selon vous, de sous-estimer les chiffres ?
- 16:59RelanceRéponse directe
Charles Pierry était dans le cortège, c'est un peu gênant, non ?
- 17:42RelanceRéponse directe
Y compris des gens qui ont été condamnés pour des faits de violence, vous acceptez tous les militants corses ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 13:40InvitéChiffre
« Notre réussite électorale avec 56% des suffrages, qui est important et qui était sans précédent dans l'histoire contemporaine de la Corse. »
- 15:03InvitéChiffre
« En chiffres, c'est quand même pas... Non, non, en chiffres. Si vous aviez hier, je pense, entre 12, 15, 18 000 personnes à Ajaccio, c'est l'équivalent de 3 millions de personnes sur le continent. »
- 17:12InvitéFait
« Moi, Charles Pierry, il est militant de Corsiga Libre, qui est un parti qui est partenaire. »
- 19:30InvitéFait
« J'ai toujours plaidé effectivement pour la disparition totale et définitive de la violence clandestine. »
- 21:30InvitéChiffre
« Cette histoire, elle est là. Et puis, je sais aussi qu'il y a, en Corse, 20% de gens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté. »
- 25:10InvitéFait
« Nous avons présenté, le Conseil exécutif et l'Assemblée, une résolution commune, une résolution solennelle, autour de quatre points, et notamment la nécessité d'intégrer la Corse dans la révision de la Constitution et de construire un nouveau statut d'autonomie. »
- 26:43InvitéFait
« L'article 72, pour l'instant, ne reconnaît pas explicitement la Corse, pas plus que les autres articles de la Constitution. »
- 28:12InvitéFait
« Moi, je suis autonomiste et je suis persuadé qu'un statut d'autonomie, de plein droit et de plein exercice, avec un transfert des compétences législatives, est et sera ce qui convient le mieux à la Corse. »
- 28:53InvitéFait
« Il y avait une délibération qui avait été votée à l'Assemblée de Corse en 2013. Nous n'étions pas aux responsabilités qui avait représenté un point d'équilibre. »
- 31:46InvitéFait
« C'est un point qui est clairement non négociable pour le gouvernement et ce que nous avons dit au Premier ministre lorsqu'il nous a reçu c'est que nous entendions cette fin de non recevoir. »
- 33:39InvitéFait
« la révision de 2003 dans laquelle on a inscrit de façon formelle le fait que le français est la langue de la République »
- 33:57InvitéPromesse
« nous demandons le statut de co-officialité pour la langue corse »
- 34:11InvitéFait
« pour une langue minorée, pour une langue en situation de diglossie, la seule garantie de la survie et du développement c'est un statut de langue officielle »
- 40:23InvitéFait
« la logique du conflit pour nous c'est terminé »
- 42:43InvitéFait
« nous avons adopté un schéma de développement économique, nous avons été la première région à le faire »
- 43:27InvitéFait
« les chiffres du tourisme sont bien meilleurs depuis que nous sommes aux responsabilités qu'ils ne l'étaient avant »
- 44:45InvitéFait
« nous voulons rééquilibrer ce système, passer d'une logique de rente à une logique de responsabilité »
- 45:07InvitéFait
« nous avons la volonté de développer une agriculture qui aujourd'hui reste totalement marginale »
- 45:42InvitéFait
« il faut sortir du fiol lourd pour aller vers des énergies renouvelables »
- 52:52InvitéFait
« Le moment est venu et je crois que la Corse et la République ont rendez-vous ensemble avec l'Histoire »
Temps de parole
- Invité65 %
- Présentateur24 %
- Invité 26 %
- Présentateur 23 %
≈ 1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour et bienvenue dans Question Politique, le rendez-vous du dimanche de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Invité de l'émission, c'est l'homme fort de la Corse. Hier, il menait ce grand rassemblement dans les rues d'Ajaccio pour appeler le gouvernement à ouvrir le dialogue. Après-demain, il accueillera Emmanuel Macron, le chef de l'État, sera en Corse pour rendre hommage au préfet Claude Erignac, 20 ans jour pour jour après son assassinat. Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, viendra nous rejoindre dans un instant. Pour intervenir sur Facebook Live ou sur Twitter, vous connaissez le mot-clé, Question Paul.
France Inter, Question Politique, Ali Badoui. Et avec moi en studio, l'équipe de Question Politique, Jeff Wittenberg de France Télévisions. Bonjour Jeff. Bonjour Ali. Françoise Fressos du journal Le Monde, bonjour Françoise. Bonjour Ali. Et Karine Becker de France Inter, bonjour Karine. Bonjour à tous. Avant d'accueillir en studio Gilles Simeoni, rapide tour de table, qu'est-ce qui vous a marqué cette semaine ? On commence par vous Jeff. Eh bien, ce qui a retenu mon attention, Alice, cette semaine, c'est la prise de position de Marlène Schiappa dans l'affaire dite Jonathan Daval.
Je ne vous raconte pas cette affaire, mais je rappelle les faits. La secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes a estimé mercredi que la ligne de défense de l'avocat de cet homme qui est accusé du meurtre de sa femme, que cette ligne de défense était, je cite, scandaleuse. Dérapage. Marlène Schiappa a outrepassé son rôle. Marlène Schiappa a oublié la séparation des pouvoirs. Que n'a-t-on lu et entendu sur cette prise de position ? La secrétaire d'État a même été recadrée par son puissant collègue, patron de La République En Marche, et nommé Christophe Castaner.
Sauf que Marlène Schiappa n'a rien retiré de ses propos et que pour beaucoup de gens, elle a eu raison de les tenir. Car oui, évoquer, comme l'a fait cet avocat, la personnalité prétendument difficile, une personnalité écrasante, paraît-il, d'une femme qui a été tuée, oui, pour beaucoup de Français, c'était difficile à entendre. Au final, qu'est-ce qui a été le plus choquant ? Les propos de l'avocat ou ceux de Marlène Schiappa ?
Et ce qui est certain, c'est que Marlène Schiappa, qui a droit à deux grandes pages d'entretien ce week-end dans Le Monde, votre journal, Françoise, défend sa cause avec brio, et si cela fait un peu de dégâts dans le train-train des habitudes et des prudences de nos politiques, eh bien visiblement, elle l'assume, et ses chefs assument avec elle. Nous n'avons entendu ni Édouard Philippe, ni Emmanuel Macron considérer que Marlène Schiappa avait dépassé les limites.
Marlène Schiappa qui sera d'ailleurs du voyage présidentiel en Corse après-demain. Françoise ?
Une autre femme, Anne Hidalgo, sa très mauvaise image de marque en ce moment, révélée par un sondage élabble pour les échos et radios classiques. 18% seulement des Français disent avoir une image positive de l'édile, plus grave pour elle encore. Seulement 32% des sympathisantes gauches l'apprécient. Elle a chuté de 23 points depuis le mois de mai. Alors évidemment, il faut relativiser. Ce sont les Français dans leur ensemble qui se prononcent, pas les Parisiens. Les municipales sont encore loin. 2020, rien n'est joué. Il n'empêche, cette mauvaise image de marque, elle est un avertissement. Car d'ordinaire, les maires sont aimées des Français. On salue leur proximité, leur dévouement.
Anne Hidalgo bénéficie en août d'une conjoncture favorable. La préparation des Jeux Olympiques de 2024, sur laquelle elle a fait beaucoup de publicité. Mais rien n'y fait. La maire de Paris est aujourd'hui en difficulté sur le thème de prédilection de la gauche, l'écologie. On lui reproche Pellemel, la saleté de la ville, les rats, la fermeture autoritaire de certaines voies sur berge, le retard pris par les nouvelles libres, la façon dynamique dont les contravations sont désormais collectées à Paris, via une société privée très ailée. Tout cela, dit la mairie de Paris, est fait pour la bonne cause. La qualité de l'air, la santé des enfants.
Mais faute d'explications et peut-être aussi de rondeur, la maire de Paris est devenue le symbole d'une écologie punitive à rebours de l'air duretant. Alors aujourd'hui, dans une interview au journal du dimanche, elle se défend avec vigueur. Elle assure que la pollution a reculé de 30% en 10 ans. Elle met en valeur la gratuité du pass Navigo pour les personnes âgées à faible revenu et bientôt pour les adultes handicapés. Bref, elle met un peu de social et d'humain dans son écologie. Mais est-ce que ce sera suffisant ?
La question est posée. Karine ? Écoutez, moi je trouve qu'on a vécu une petite révolution tout de même cette semaine. Tout va tellement vite qu'on a déjà oublié. Mais je rappelle que le gouvernement a quand même annoncé, ça s'est passé jeudi, qu'il allait modifier le statut des fonctionnaires et qu'il allait organiser un plan de départ volontaire pour tous ceux qui souhaiteraient quitter la fonction publique. Alors, réformer le statut des fonctionnaires, je dis pourquoi pas que des surveillants de prison, par exemple, qui gardent des détenus terroristes soient payés de la même façon que ceux qui gardent des prisonniers de droit commun, c'est un problème qu'on essaie de le régler.
C'est plutôt une bonne idée. En revanche, le plan de départ volontaire, dans le contexte actuel, est une idée, me semble-t-il, extrêmement dangereuse. On a des fonctionnaires aujourd'hui qui sont à bout, qui n'en peuvent plus, qui n'ont plus les moyens de travailler, dans les hôpitaux, dans les tribunaux, dans les prisons, donc j'en parlais à l'instant, dans les EHPAD, dans les écoles, leur donner la possibilité de partir, avec un petit pactole, parce que là on parle quand même d'un plan de départ volontaire. Donc leur donner la possibilité de partir pourrait réduire, bien au-delà des espérances du gouvernement, le nombre des fonctionnaires.
Et dans ce genre de plan, ce sont souvent les meilleurs, qui n'ont pas peur, qui s'en vont les premiers. La question que je pose, elle est très simple, c'est quelle sera la qualité de nos services publics dans 5 ans ? Voulons-nous le même niveau de services publics qu'en Angleterre par exemple ? Très bonne question, celle-là aussi est posée. Pour lui, quel est le fait de la semaine ? L'invité de questions politiques aujourd'hui, il est arrivé d'Ajaccio il y a quelques heures, il est en train de s'installer dans le studio 221 de la maison de la radio, le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni. Bonjour monsieur et bienvenue. Merci d'avoir fait le voyage pour être avec nous.
La Corse vit des moments importants, peut-être déterminants. On va prendre le temps de comprendre vos espoirs, vos revendications pour la Corse, ce que vous direz également au président de la République. On va parler de tout ça, mais d'abord, quel est pour vous le fait de la semaine, Gilles Simeoni ?
Merci beaucoup pour votre invitation. Je suis très heureux d'être devant vous et avec vous aujourd'hui. Le fait de la semaine, si je devais parler de la Corse, ce serait peut-être la manifestation. Celle d'hier. Mais de façon plus globale, les déplacements du président de la République sur le continent africain, je pense qu'aussi bien au Maghreb que dans l'Afrique noire, je crois que c'est un enjeu fondamental pour la France, pour l'Europe et pour le monde. Donc voilà, je crois que c'est en arrière-plan, l'éducation, l'accès aux ressources, la gestion, le développement, de nouvelles relations, le passé aussi avec l'aspect mémoriel des relations entre la France et ses anciennes colonies.
Je crois que là, il y a vraiment un champ de réflexion et d'action pratiquement inépuisable.
Avant de retourner en Corse, petit détour par la métropole et par une autre île que la vôtre, Gilles Simeoni. Celle-là est bien plus au nord. C'est le zapping politique et il y signait Laurence Perron. Au moment où l'année tourne sur ses gonds
et où les arbres font dentelle, il faut penser printemps. Alors, faisons printemps.
La France a les pieds dans l'eau, les gardiens de prison sont à dos doigts de se faire la malle. La jeunesse s'entreprend de commémorer à sa manière mai 68. C'est l'heure des premières manifestations. Après l'entrée en service de Parcoursup, la nouvelle plateforme d'inscription après le bac.
Déjà, KPB, ce n'était pas génial, mais alors là, ça gâche tout. Et puis, c'est trop réservé à l'élite. Et ceux qui ont eu un parcours moyen, ils n'ont pas assez de chance. Je ne suis pas une super bonne élève, donc si ça passe, moi, je vais galérer. Aucune hésitation ! Faisons printemps.
A l'Assemblée nationale, les Insoumis tentent aussi de rallumer le feu. Là, c'est François Ruffin, en soutien à la grève des personnels des EHPAD.
Durant les vacances de Noël, la mère d'une amie, âgée de 90 ans, est tombée chez elle. Les pombiers l'ont conduite à l'hôpital d'Amiens au service gériatrie. Dès son arrivée, les soignantes l'ont prévenue. Nous ne sommes que trois pour 30 patients. Nous n'aurons pas le temps de nous occuper de vous. Cette promesse fut tenue. Que prévoit concrètement votre budget de la sécurité sociale ? Zéro création de poste. Cet automne, vous avez trouvé 5 milliards en taux d'urgence. Mais c'était pour les riches, pour supprimer leur impôt sur la fortune. Pour les pauvres, c'est toujours en Mielion. Alors, Madame Buzyn, nous vous le demandons. Pas un mot, pas une...
L'automne avait été promis brûlant. L'incendie social a fini pétard mouillé. Alors, le Nouveau Monde prend ses aises. 120 000 départs volontaires, vient d'annoncer Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, soutenu depuis la Tunisie par le chef de l'État. On ne peut pas prétendre transformer le pays en disant l'action publique serait une espèce de citadelle protégée qui, elle, n'a pas à se transformer, n'a à s'adapter à rien. Ce serait faux. Et vous allez finir par expliquer aux Françaises et aux Français je ne peux pas vous apporter un meilleur service, je ne peux pas baisser vos impôts parce que j'ai le statut.
Lui n'était pas fonctionnaire, mais à la tête d'une grande entreprise publique, Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, a finalement été démis de ses fonctions par le CSA. Motif, l'exemplarité. Une affaire que les politiques n'ont pas très envie de commenter. Olivier Marlex, député LR de Réloir, a un petit trait d'esprit.
À un moment, on a supposé qu'il aurait pu bénéficier de protection en haut lieu. Visiblement, ça n'a pas été le cas.
Et pendant ce temps en France, au nom de l'exemplarité encore, d'autres appels à la démission. Celui-ci est signé Laurent Wauquiez. Il réclame la tête du ministre Darmanin, visée par une plainte pour viol qu'il conteste. Je pense qu'il est très difficile pour les Français de comprendre qu'un ministre qui fait l'objet de telles accusations soit maintenu au gouvernement. Et il y a un vrai problème de cohérence de la part d'Emmanuel Macron et du Premier ministre. Comment comprendre que ce qui valait il y a encore quelques mois pour des emplois fictifs ne serait pas appliqué pour des accusations aussi graves que des accusations de viol ? L'exemplarité en Angleterre, on ne plaisante pas avec.
Pour une minute de retard aux questions de la Chambre des députés, le ministre Michael Bates présente sa démission. J'ai tellement honte, dit-il, de ne pas avoir été à ma place à l'heure. Alors je présente ma démission immédiatement. Démission finalement refusée. Et oui, la courtoisie british versus l'hédonisme français. Alors, faisons printemps. Merci Laurence Perron. Une réaction Gilles Siméoni ? C'était très bien. C'était très bien. Vivement le printemps. On verra, on verra. C'était Ali Badou. Question politique. Midi et quart, le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Siméoni, est notre invité. Tout de suite, votre portrait, il est signé, Karine Bécard.
Gilles Siméoni, vous avez d'abord été, aux yeux des Français, l'un des avocats d'Yvan Colonna. C'était il y a un peu plus d'une dizaine d'années. Et avant cela, à dire vrai, on ne vous connaissait pas. Et puis aujourd'hui, vous réapparaissez. Vous n'êtes plus juriste. Vous êtes un politique, président de la Corse, en quelque sorte. Enfin, le patron de la région, plus exactement. À la tête de ce qui est désormais appelé, très officiellement, la collectivité territoriale unique. En fait, ce qui est assez frappant dans votre parcours de nationaliste, Gilles Siméoni, c'est que tout s'est fait par les urnes et que tout est allé très vite.
Par exemple, franchement, à aucun moment, vous n'aviez envisagé, il y a deux ans, de gagner tout de suite les élections territoriales. Vous, l'autonomiste, vous avez osé une alliance avec les indépendantistes et elle s'est immédiatement avérée bénéfique. Cela dit, ce qui est amusant, c'est que juste un an auparavant, en 2014, c'est une toute autre alliance politique avec des dissidents de droite et de gauche qui vous a permis de décrocher Bastia, dont vous avez été maire pendant 21 mois. Du coup, on vous dit sympathique, Gilles Siméoni, je n'en doute pas, mais vous semblez aussi très habile et sacrément pragmatique.
En tout cas, vos victoires sur Émile Zuccarelli, donc, d'abord, et sur Paul Jacobi, ensuite, ont mis fin sur l'île à quelques vieilles dynasties politiques. De là à dire que vous êtes le héros en Corse du dégagisme, ce serait oublier que vous aussi, vous êtes le fils d'Edmond Siméoni, une légende du nationalisme qui a connu les actions violentes parfois et la prison vous a fait vivre les chantages et les intimidations. Voilà pourquoi, peut-être, au combat par les armes, vous, vous avez préféré miser sur les batailles électorales. Des batailles électorales qui font qu'aujourd'hui, vous êtes reçus partout, on ne parle que de vous, ce qui doit être assez grisant, assez tourbillonnant.
La difficulté, c'est que vous avez suscité, Gilles Siméoni, et vous le savez, beaucoup d'espoir, et ce sera compliqué de ne pas décevoir.
Une réaction, Gilles Siméoni ? Merci pour cette présentation. C'est toujours intéressant et important de voir le regard que les autres peuvent avoir sur nous. Bon, la chose que j'ai envie de dire, c'est qu'effectivement, gagner les élections, c'est important, mais ce n'est pas tout. On gagne des élections pour essayer de transformer la société, de l'améliorer. Donc, nous avons eu des victoires électorales, tant mieux, des victoires démocratiques, c'est essentiel. Il nous reste maintenant à avoir des réussites et des victoires politiques. C'est un enjeu qui est devant nous et j'en ai conscience.
Ça dépasse de loin ma personne, c'est une entreprise collective, mais j'y contribuerai de toutes mes forces.
Et ça passe notamment par ce dialogue que vous espérez ouvrir avec le gouvernement et le président de la République. Démocratie et respect pour le peuple corse, c'était l'un des mots d'ordre hier dans les rues d'Ajaccio. Des milliers de personnes ont répondu à votre appel. Gilles Siméoni, c'était une manière de préparer le comité d'accueil pour le président de la République ?
C'est une manifestation qui a été décidée au lendemain de notre visite, Jean-Guy Talamogne et moi-même à Paris.
Une visite à Paris, quand vous avez rencontré Édouard Philippe et Gérard Larcher, le président du Sénat.
Tout à fait, et où nous avons en fait reçu des fins de non-recevoir totales sur toutes les demandes, et surtout sur toutes les demandes qui avaient été validées par le suffrage universel en décembre dernier, et notamment notre réussite électorale avec 56% des suffrages, qui est important et qui était sans précédent dans l'histoire contemporaine de la Corse. Donc, nous sommes venus à Paris avec une volonté de dialogue qui persiste aujourd'hui. En quelque sorte, nous nous sommes trouvés face à une porte fermée.
Nous nous sommes dit que si le président de la République devait venir en Corse pour confirmer cette orientation, ça nous conduirait dans une situation de blocage et donc de crise politique, que nous ne voulons absolument pas. Et donc, nous avons notamment organisé cette manifestation. François Aspresseuse. Vous avez voulu faire un appel populaire après les élections de décembre qui vous ont effectivement conforté. Mais est-ce que vous pensez que la mobilisation hier a été à la hauteur des espérances ? La police dit 7 000 à 8 000 manifestants. Vous vous dites 15 000 à 20 000. Pourquoi il y a un tel écart ? Et est-ce qu'il y avait le monde que vous souhaitiez hier dans les rues d'Ajacio ?
Gilles Simeoni. Sur l'écart, il est traditionnel qu'il y ait des écarts importants entre les chiffres de la police... Ça ne se passait pas à Marseille, mais un tel écart, c'est assez rare. Les chiffres des organisateurs. Très sincèrement, je suis surpris et même choqué par les chiffres qui sont annoncés par les services de la préfecture. Ils sont manifestement très en deçà de la réalité. Et pour répondre directement à votre question, au-delà des chiffres, la manifestation d'hier a été une réussite éclatante.
Parce que pas de débordement ?
D'abord, la participation... En chiffres, c'est quand même pas... Non, non, en chiffres. Si vous aviez hier, je pense, entre 12, 15, 18 000 personnes à Ajaccio, c'est l'équivalent de 3 millions de personnes sur le continent. À condition qu'ils y soient. À condition qu'ils y soient. Mais dans tous les cas, ce que je peux vous dire aujourd'hui, et ce qui est certain, c'est qu'encore tout le monde considère qu'on soutient la manifestation, qu'on ne la soutienne pas, qu'elle a été une grande réussite en termes d'affluence populaire, malgré des conditions météo extrêmement difficiles. Et je crois qu'à Paris non plus. On sait aujourd'hui que cette manifestation a été une réussite.
Et je dirais aussi que finalement, normalement, on n'aurait pas dû avoir besoin de cette manifestation. Parce que c'est vrai que les urnes ont parlé il y a un mois. Mais malheureusement, on se rend compte que pour l'instant, on n'écoute pas ce qu'a dit le suffrage universel. Gilles Simélie, c'est important les chiffres. Pourquoi, selon vous, la préfecture dit qu'il y a eu entre 6 et 8 000 personnes ? Est-ce que c'est volontaire de sa part de sous-estimer ce que vous estimez, vous, être un grand succès populaire ? Alors, vous m'apprenez selon vos chiffres. Hier, c'était de 5 à 6 000. Oui, c'était ça. Alors, disons, entre 5 et 7 000.
Et je ne doute pas que parce que le préfet et ses services sont des gens honnêtes et lucides, je crois que ça va monter ensuite de 12 à 14 ou à 16.
Et puis, il y avait les journalistes qui étaient au col du monoprix, comme on dit, pour essayer de compter les manifestants à Ajaccio.
Vous savez, c'est une manifestation énorme, sans équivalent depuis, justement, par exemple, les manifestations qui avaient eu lieu à l'occasion, malheureusement, de l'assassinat du préfet Rignac. Et dans un tout autre contexte, puisque là, il y avait la mort d'un homme et une émotion terrible. Et la manifestation d'hier, on était sur une mobilisation purement politique.
Ceci étant, moi, je vous l'ai dit très sincèrement, je l'ai dit hier au préfet de Corse du Sud, préfet de Corse, je lui ai dit, il est absolument anormal de présenter des chiffres qui sont manifestement sous-estimés et délibérément sous-estimés, parce qu'on prend le risque de transmettre une information qui est fausse à Paris, et on prend le risque de donner, notamment au président de la République, qui va venir dans quelques jours, des informations qui sont inexactes et qui ne lui permettront pas de prendre la mesure de l'attente et de la mobilisation des courses. Mais c'est fait exprès, selon vous, M. Simoni ? À mon avis, il ne peut pas y avoir d'erreur. C'est fait exprès, forcément.
Bon, on va arrêter avec la bataille des chiffres. Ce qui est intéressant, malgré tout, c'est que dans le cortège, il y avait Charles Pierry. Charles Pierry, c'est un des anciens chefs présumés du FLNC. C'est un peu gênant, non, qu'il soit dans le cortège ?
Écoutez, il y avait Charles Pierry. Et dans ce cortège, il y avait surtout des milliers de personnes. J'ai eu l'occasion de le dire. Moi, Charles Pierry, il est militant de Corsiga Libre, qui est un parti qui est partenaire. Moi, je n'ai pas à choisir...
François de Thalamoni, effectivement, indépendantiste.
Oui, je n'ai pas à m'émisser dans le choix des responsables ou des militants de Corsiga Libre. Pour ce qui me concerne, j'ai dit et j'ai démontré que notre chemin ne peut pas être un autre chemin que celui de la démocratie, de l'éthique, de la transparence, que c'est pour cela qu'un nombre grandissant de Corses nous ont fait confiance. Et je considère aussi que les dirigeants d'aujourd'hui, les responsables d'aujourd'hui, de premier plan, ne sont pas ceux des générations précédentes. Et que de ce côté-là aussi... Ça veut dire que tout le monde peut se ranger derrière vous, M. Simeoni, y compris des gens qui ont été condamnés pour des faits de violence ?
Vous acceptez en quelque sorte tous les militants Corses ? Bien sûr. Nous n'écartons personne du soutien à la dynamique que nous avons initiée, ni d'un côté ni de l'autre. Vous savez, il y avait hier dans la manifestation des gens qui ne sont pas nationalistes. Il y avait des gens de gauche, il y avait des gens de droite. Nous discutons et nous travaillons aussi avec des gens qui étaient hier des adversaires politiques irréductibles. Et je crois que tout ça participe aussi d'une logique d'apaisement de la société Corse.
Donc vous n'avez pas peur d'être débordé par ces gens-là ?
Débordé ? Absolument pas. Moi, je l'ai dit et je le répète, il n'y a personne qui me tient le bras. Pas d'influence ? Il n'y a aucune...
Fantasme ou réalité, Gilles Simeoni, parce que c'est une note qui a été révélée par l'Obs le 20 novembre dernier. La préfecture de Corse évoquerait des pressions de type mafieuse. Les mots sont, entre guillemets, exercés par Charles Pierry, chef de clan, il peserait de tout son poids par sa présence au débat interne, par des messages qui pointent parfois la menace pour obliger indépendantistes à autonomistes pour faire liste commune. C'était avant le premier tour des élections Corse de décembre dernier.
J'ai eu connaissance de cet article, bien évidemment. Je n'ai absolument pas eu connaissance de cette note. Ce que je peux vous dire, c'est que ni Charles Pierry, ni personne ne fait pression sur moi. ni Charles Pierry, ni personne ne fait pression sur nous et que les choix que nous avons pris, que nous prenons et que nous prendrons, seront des choix qui seront faits librement et en conscience, présentés aux Corses, expliqués aux Corses et validés par les Corses. Vous vous présentez un peu comme le garant de la non-violence. Comment être sûr qu'il n'y aura pas de violence en Corse étant donné le processus assez difficile de relation avec l'État sur le nouveau statut que vous réclamez ?
Depuis que je me suis engagé de façon significative en politique, j'ai toujours plaidé effectivement pour la disparition totale et définitive de la violence clandestine. Et de ce côté-là, il est important aussi de souligner que dans le pacte stratégique que nous avons passé avec nos partenaires indépendantistes, il est dit, écrit et réaffirmé, que cette disparition de la violence clandestine doit être irréversible et qu'il ne peut pas y avoir d'autre chemin ni aujourd'hui, ni demain que celui de la démocratie pour la Corse et pour les Corses. Je crois que c'est très clair.
Donc, lorsque je fais le constat et lorsque nous faisons, par exemple, le constat d'une situation de blocage dans le dialogue que nous voulons avec le gouvernement, ce n'est pas pour exercer un quelconque chantage de retour à la violence. Je suis très clair de ce côté-là et nous sommes très clairs de ce côté-là. Par contre, ce que je dis aussi de façon très tranquille et très sereine, c'est que si on n'écoute pas la démocratie, si on ne prend pas en compte l'expression du suffrage universel, ce qui ne veut pas dire que les nationalistes ont aujourd'hui le monopole de la légitimité en Corse.
La société corse est plurielle, elle est pluraliste, il y a des opinions qui ne sont pas les nôtres et qui ont tout autant voix au chapitre que la nôtre. Mais il y a aussi l'expression du suffrage universel. Et puis, au-delà du vote de décembre dernier, si on n'ouvre pas une perspective politique qui permette de régler par le dialogue, de façon progressive et concertée, en trouvant des points d'équilibre, des questions qui sont des questions politiques, économiques, sociales, culturelles, à ce moment-là, on crée une situation de blocage, on met en quelque sorte un couvercle sur la marmite et forcément, on risque d'aller vers des situations de tension et peut-être de violence.
Donc, vous dites l'inverse de ce que vous disiez précédemment, c'est-à-dire que si l'État ne cède pas, on peut aller, vous venez de le dire, vers de la tension et peut-être de la violence. Non, je conteste absolument votre interprétation de ma présentation, je ne fais aucun chantage. Moi, je suis un responsable politique, je viens d'une histoire individuelle et collective où j'ai connu la violence, comme tous ceux de ma génération, où je l'ai même quelquefois subie à travers des attentats et des tentatives d'assassinat qui ont été perpétrées contre des membres de ma famille, mon père, mon oncle, par exemple. Cette histoire, elle est là.
Et puis, je sais aussi qu'il y a, en Corse, 20% de gens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, qui sont dans une situation de précarité économique et sociale totale. Je sais qu'il y a des jeunes qui n'ont pas de travail. Je sais qu'il y a des agriculteurs qui ne peuvent pas accéder à la terre. Et je dis que l'ensemble de ces éléments fait qu'il y a aujourd'hui une situation qui est une situation potentiellement explosive. Et que ma responsabilité... Donc la violence peut revenir. Bien sûr.
Et que notre responsabilité, nous, élus de la Corse, que nous soyons nationalistes ou que nous ne le soyons pas, c'est bien sûr de tout faire pour que la violence, et notamment la violence clandestine, disparaisse définitivement. Mais je crois que c'est aussi la responsabilité des gouvernants, des gouvernants français, que de créer les conditions politiques, non pas pour céder à un chantage, de notre part, mais pour ouvrir un dialogue que nous demandons.
Le problème que vous avez... En ce moment, c'est qu'on entend vos revendications. Le gouvernement, en revanche, soit n'y prête pas trop attention, soit en tout cas pour l'instant, fait comme si elle n'existait pas. Donc il va peut-être falloir quand même changer un tout petit peu de stratégie. Est-ce que vous y pensez à ça ? Présenter les choses différemment.
Alors, tout à fait. Et c'est pour ça que je suis heureux d'être devant vous, pour avoir aussi le temps de les expliquer. Je crois que souvent, on résume nos demandes ou notre approche à des approches très idéologiques, par rapport à des points qui font débat, voire blocage, comme par exemple la question de l'amnistie, le statut de résident, la co-officialité.
C'est vrai que ce sont des points très importants pour nous.
Mais vous savez, je suis président du Conseil exécutif de Corse. Nous sommes aux responsabilités. Et nous savons que les Corses nous ont aussi élus pour que nous répondions aux problèmes du quotidien. Le problème du chômage, le problème du développement de l'intérieur, le problème des transports, le problème de la formation, le problème des déchets. Et nous voulons résoudre ces problèmes. Et nous voulons les prendre à bras le corps. Et nous disons aussi que, de ce côté-là, nous avons un partenariat, constructif à établir dans le dialogue avec le gouvernement et avec l'État.
Non, mais là, vous en parlez au futur. Ça fait deux ans que vous êtes à la tête de la région. Donc, qu'est-ce que vous avez fait déjà ? Quel bilan vous avez sur le...
Je peux vous dire que nous avons beaucoup travaillé dans tous ces domaines. Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles les Corses nous ont réélus. Françoise Préceuse. Alors, très concrètement, Emmanuel Macron arrive dans l'île mardi. Qu'attendez-vous de lui ? Des annonces concrètes ? Une amorce de dialogue ? Des propositions ? C'est quoi l'attente ? Gilles Simeoni. L'attente, elle est forte. Et ce n'est pas seulement la mienne. Je dirais que c'est celle de tous les Corses.
Je le disais tout à l'heure en aparté, je pense que les quelques jours, la séquence politique récente entre notre venue à Paris pour rencontrer le Premier ministre et la venue du Président de la République est une séquence décisive pour la Corse et qu'elle va nous engager pour les mois et pour les années à venir. Et donc, très clairement, le Président de la République, qui est dans la Ve République, la clé de voûte des institutions. A fortiori, avec la dimension qu'a donnée à la fonction présidentielle Emmanuel Macron depuis son élection. C'est-à-dire que toutes les décisions stratégiques sont prises par lui. Par lui. Et celui qui, aujourd'hui, a les clés du déblocage de la situation.
Ce sera son premier voyage sur l'île comme Président. Ce qui est intéressant, c'est de penser au candidat Emmanuel Macron qui s'était évidemment rendu en Corse dans le cadre de la campagne. C'était en avril 2017 à Fouriani. Voilà ce qu'il disait, la place de la Corse est dans la République parce que la République est suffisamment forte pour accueillir des particularités en son sein. Et il poursuivait, et ça j'imagine que vous y pensez encore aujourd'hui, s'il apparaît que le cadre actuel ne permet pas à la Corse de développer ses potentialités, alors nous pourrons envisager d'aller plus loin et de réviser la Constitution.
Vous allez lui rappeler ses propos de candidat, Gilles Simeoni ? À mon avis, je n'aurais pas besoin de les lui rappeler. Il les aura parfaitement à l'esprit. Il y a eu un autre fait politique essentiel qui a peut-être été un peu éclipsé par la manifestation de samedi. C'est vendredi soir à l'Assemblée de Corse. Nous avons présenté, le Conseil exécutif et l'Assemblée, une résolution commune, une résolution solennelle, autour de quatre points, et notamment la nécessité d'intégrer la Corse dans la révision de la Constitution et de construire un nouveau statut d'autonomie.
Et cette résolution a été votée non seulement par la majorité territoriale, non seulement par des élus, mais également par le groupe Andap Erdouman, c'est en Corse, mais ce ne sont pas des nationalistes. Traduction. Ils se sont avancés pour demain. Et c'est donc le groupe qui soutient, qui est dirigé par Jean-Charles Horsuch, et qui est le soutien d'Emmanuel Macron. Et ce groupe a voté, je ne dis pas avec nous, nous avons voté ensemble. Et nous avons voté cette résolution.
Et donc, y compris la force politique qui aujourd'hui représente la République en marche, le groupe qui représente la République en marche, et sur cette demande de révision de la Constitution, de rapprochement des prisonniers, de construction d'un véritable statut d'autonomie et également de développement économique, social et culturel. Alors attendez, sur le front de la Constitution, c'est très important. Parce qu'en fait, Emmanuel Macron répond, on veut faire un droit à la différenciation valable pour les régions françaises, c'est-à-dire certaines régions pourront développer des compétences que d'autres n'auront pas.
Et vous, vous dites, non, non, il faut une reconnaissance spécifique à la Corse. Est-ce qu'il n'y a pas quand même un terrain d'entente entre ces deux positions-là ?
Alors un peu de pédagogie d'abord, Gilles Simeoni, pour tous ceux qui n'ont pas le texte de la Constitution en tête, la Corse n'apparaît pas nommément dans l'article 72 qui reconnaît donc la possibilité aux régions, à certains territoires, de pouvoir adapter les rois et les règlements à leur sol.
Alors sans rentrer dans un débat trop technique et trop juridique, effectivement, l'article 72, pour l'instant, ne reconnaît pas explicitement la Corse, pas plus que les autres articles de la Constitution. En gros, l'article 72, c'est le droit commun des collectivités et dans le cas de cet article 72, la révision constitutionnelle se propose d'intégrer un pouvoir de différenciation qui va plus loin que l'ancien pouvoir d'expérimentation.
C'est pas mal ça.
C'est pas mal, mais nous, nous pensons qu'il y a besoin d'aller plus loin pour la Corse, même si, je veux dire, nous sommes ouverts à la discussion. Nous pensons qu'il faut aller vers un transfert de compétences, qu'il soit un transfert de compétences législatives, le pouvoir législatif encadré fait aussi l'objet d'une demande, par exemple, de l'Association des régions de France.
Donc vous voyez, c'est pas quelque chose de subversif ni de révolutionnaire, mais nous disons que nous avons besoin, parce que nous sommes une île, parce que nous avons des problèmes économiques particuliers, une situation démographique particulière, d'avoir un transfert de compétences qui va aussi, dans le sens du passage d'une logique de subvention à une logique de responsabilité.
Mais vous voudriez être, comme des territoires d'outre-mer, vous voudriez être comme la Nouvelle-Calédonie
ou comme la Réunion ? La Polynésie, par exemple. Ou comme l'îlot de Clipperton qui apparaît dans cet article 72 ? Alors là, c'est pour l'anecdote, l'îlot de Clipperton. Quel est le bon modèle pour la Corse ? Alors moi, je pense précisément que le bon modèle, il est à construire. Il est à construire parce qu'aujourd'hui, manifestement, au-delà du débat constitutionnel, la situation politique d'ensemble fait que, y compris l'État et la République, ont besoin de se repenser et de se reformuler. Donc, que la République soit indivisible. C'est-à-dire, nous n'allons pas contester aujourd'hui cet élément.
Aujourd'hui, vous dites, mais vous voyez bien que le soupçon, c'est vous dire, on va vers l'autonomie et après, on ira vers l'indépendance. Alors, soyons très clairs aussi. Moi, je suis autonomiste et je suis persuadé qu'un statut d'autonomie, de plein droit et de plein exercice, avec un transfert des compétences législatives, est et sera ce qui convient le mieux à la Corse. Donc, je suis très clair. C'est votre position personnelle. Non, c'est la position du mouvement et de la famille politique que je représente, qui est majoritaire au sein de la coalition qui est aujourd'hui aux responsabilités en Corse. Et donc, moi, je dis que les Corses se satisferont de ce statut-là.
Juste pour comprendre pourquoi, en 2016,
l'article 72 vous convient très bien et vous étiez positionné dessus en disant oui, effectivement, on pourrait en passer par là pour rester sur le débat constitutionnel encore un instant. Et pourquoi, tout d'un coup, quatre ans plus tard, c'est plus ce qui convient ?
Non, il y avait une délibération qui avait été votée à l'Assemblée de Corse en 2013. Nous n'étions pas aux responsabilités qui avait représenté un point d'équilibre.
Ce n'était pas aux responsabilités mais vous étiez un poids important et vous travailliez à l'époque avec Jacobi.
Oui, tout à fait. Et également avec des élus de droite qui ont voté cette délibération et on disait il faut un article spécifique, l'article 72-5 pour la Corse dans le cadre de l'article 72 pour avancer. Pourquoi ça ne va plus aujourd'hui ? Nous considérons qu'à partir du moment où il y a l'ouverture d'un espace plus large, je pense que plutôt que d'aller vers peu, allons vers ce dont nous avons besoin et ensuite voyons les choses. Bon, il y a le cadre, j'aimerais qu'on parle du fond et donc des revendications.
Justement, sur le fond et sur l'histoire, depuis 1982, il y en a eu beaucoup des changements de statut de la Corse, il y a eu la décentralisation, le statut joxte, le renforcement des pouvoirs locaux en 2002 après ce qu'on a appelé le processus de Matignon, puis la création de cette collectivité qui a vu le jour le 1er janvier. On a l'impression qu'à chaque fois, ça ne suffit jamais. Vous avez demandé à Emmanuel Macron de se comporter en homme d'État par rapport aux concessions qu'il devra faire à vos demandes mais vous ne pensez pas aussi qu'il a des comptes à rendre à l'ensemble forcément à faire de nouvelles concessions entre guillemets à la Corse. Gilles Simeoni.
Alors je pense qu'effectivement il y a un travail de pédagogie à faire, d'écoute réciproque et c'est bien pour ça que nous demandons un dialogue. Il faut un dialogue entre le gouvernement et les élus de la Corse, tous les élus de la Corse, pas seulement la majorité territoriale et il faut aussi effectivement peut-être sans doute mieux expliquer à l'ensemble des Français ce qui se passe en Corse. Mais vous savez, il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui ne sont pas nés en Corse, qui vivent depuis quelques années qui votent pour nous parce qu'ils disent c'est vrai qu'aujourd'hui que nous sommes en Corse... Il y en a d'autres
qui trouvent que vous en avez déjà beaucoup aussi et qui vivent en Corse ou qui vivent sur le continent.
Si les choses, les statuts successifs qui ont été accordés à la Corse n'ont pas fait l'objet d'une validation et conduisent aujourd'hui à demander plus, c'est peut-être parce qu'on n'a pas mis la barre assez haut ou le curseur assez loin dans la prise en compte de la dimension politique. Alors on va parler maintenant du fond. Gilles Simeoni. Trouvons un point d'accord et nous c'est pour ça qu'on dit et le rapport au temps est important. On dit au gouvernement ouvrons une perspective y compris pour le statut d'autonomie.
On a tout à fait conscience qu'on a une nouvelle collectivité de Corse, qu'on a des politiques publiques à déployer et qu'on ne peut pas se perdre en permanence dans des débats ou des discussions uniquement institutionnelles. Donc nous nous disons faisons bien ce que nous avons déjà comme compétences, mettons-les en oeuvre, mettons-les en oeuvre ensemble, travaillons, y compris sur une période de trois ans à la réflexion sur un nouveau statut et avançons de façon progressive et très pragmatique.
Alors il y a le statut d'autonomie. Autre question, la co-officialité de la langue Corse. Ça c'est pour le coup quelque chose qui ne concerne pas que les Corses puisqu'elle concernerait l'ensemble de la République. C'est un point sur lequel vous insistez mais qui est non négociable pour le gouvernement.
Où est-ce que ça en est ? Alors c'est un point qui est clairement non négociable pour le gouvernement et ce que nous avons dit au Premier ministre lorsqu'il nous a reçu c'est que nous entendions cette fin de non recevoir. Simplement nous nous disons lorsque on ouvre un dialogue on ne peut pas dire à des gens des élus que nous sommes qui ont été mandatés pour le suffrage universel pour mettre sur la table des discussions par exemple cette proposition de co-officialité non on n'en parle pas et on n'en parlera jamais. Ça voudrait dire bilinguisme dans l'administration
bilinguisme dans la justice à l'école aujourd'hui le Corse pour que tout le monde le sache il fait l'objet d'un enseignement 3 heures par semaine je crois à l'école
notamment il peut y avoir aussi des sites où il y a l'immersion linguistique il y a des expériences qui sont différentes mais globalement sans rentrer là encore dans un détail
très concrètement ça veut dire quand même que vous voulez
que les fonctionnaires parlent le Corse Donc il existe déjà quelque chose d'important D'important mais manifestement insuffisant par rapport à l'objectif qui est le nôtre qui est de faire que cette langue Corse qui est partie intégrante de notre identité et qui est aussi un facteur de cohésion d'intégration et d'ouverture puisse rayonner et avoir la place qui lui revient de façon naturelle dans la société Corse La langue c'est quand même aussi l'unité de la République et on voit bien qu'à chaque fois que vous mettez le point sur telle ou telle disposition ce qui est posé c'est la place de la Corse dans la République est-ce qu'elle est parfaitement intégrée dans la République est-ce qu'elle est à part et est-ce qu'au bout du compte elle ne quittera pas la République c'est toujours ça qui est en question dans les propositions que vous faites Je ne trouve pas vous savez il y a des Etats et des citoyens y compris en Europe qui vivent de façon tout à fait apaisée au sein d'Etats qui n'entendent pas quitter et qui pour autant pratiquent plusieurs langues qui sont officielles y compris par exemple en Italie ou en Espagne Mais ça c'est la France la République a une langue le français ça c'est la règle Mais ça c'est récent c'est la révision de 2003 dans laquelle on a inscrit de façon formelle le fait que le français est la langue de la République maintenant encore une fois il ne s'agit pas d'imposer quoi que ce soit nous n'en avons ni la volonté ni les moyens nous ce que nous disons aujourd'hui au gouvernement c'est que si nous demandons le statut de co-officialité pour la langue corse ou un statut d'officialité c'est simplement parce que tous les linguistes y compris par exemple monsieur Agège qui ne peut pas être considéré comme un révolutionnaire menacé par les nationalistes corse non ça je vous le confirme explique que pour une langue minorée pour une langue en situation de diglossie la seule garantie de la survie et du développement c'est un statut de langue officielle maintenant si ce n'est pas possible dans le cadre constitutionnel actuel nous on dit réfléchissons et regardons aussi par rapport aux objectifs qui sont les nôtres alors sur la question des fonctionnaires soyons aussi très clairs il ne s'agit pas d'avoir une approche martiale ou agressive de l'enseignement de la pratique de la langue corse on ne va pas demander aux gens qui viennent passer deux ou trois ans en corse et bien d'apprendre le corse et de s'exprimer comme un berger du nio c'est pas ça par contre est-ce que ça vous choque à vous madame ou à est-ce que ça nous choquerait si on voulait aller travailler à Londres si on veut aller travailler à Barcelone si on veut aller travailler en Italie de demander parler quelque chose c'est des pays étrangers ce n'est pas encore le cas de la corse mais moi ça me choque franchement ça ne me choque pas qu'un fonctionnaire d'origine continentale qui vient en Corse pour y faire sa carrière choisisse d'apprendre le corse pour se sentir parfaitement intégré pour avoir un meilleur contact avec la population qui va venir avec une personne âgée qui parle mieux corse que français je ne vois pas en quoi ça menace l'indivisibilité de la république et en quoi ça menace la république
alors rapidement la liste des revendications pour qu'on ait les idées vraiment très claires autonomie politique co-officialité de la langue corse il y a aussi le statut de résident pour que tout le monde ait les idées claires ça consisterait à réserver l'achat d'un bien immobilier à quelqu'un qui pourrait justifier d'une certaine durée de résidence en Corse par exemple 5 ans c'est ce qui avait été voté là que vous répond le gouvernement pourquoi est-ce que ça pose problème à votre avis bah écoutez je vous pose la question peut-être que c'est inconstitutionnel
il nous répond non et il nous dit c'est inconstitutionnel donc là il y a une discussion qui s'installe il y avait eu un rapport sous la mandature l'avant-dernière mandature qui avait été notamment co-écrit sous l'autorité du professeur Carcassonne qui était immense juriste un immense juriste immense constitutionnaliste et qui lui aussi avait dit c'est très difficile mais il y a quand même il peut y avoir un chemin constitutionnel pour aller vers un statut de ce type là encore j'insiste c'est pas une discrimination par rapport à l'origine je veux dire si demain il devait y avoir un statut de résident en Corse que vous soyez résident depuis 5 ans que vous soyez nier à Sergi-Pontoise à Bastia ou à Londres vous bénéficiez du statut de résident nous le statut de résident c'est pas l'alpha et l'oméga de notre politique foncière et immobilière nous ce que nous disons c'est qu'aujourd'hui pardon je vous en prie juste un mot un anglais par exemple venant en France et s'installant depuis 6 mois pourrait acheter un bien en France mais un français venant en Corse ne pourrait pas le faire est-ce que vous trouvez cela logique et acceptable et normal il y aurait une différence de statut mais est-ce que le problème c'est que la situation du marché foncier et immobilier en Corse n'est pas la même que la situation du marché foncier et immobilier dans l'ensemble continental je sais qu'il y a des endroits à l'île de Ré et ailleurs et d'ailleurs quand on discutait y compris avec madame Lebranchu qui s'était intéressée à la question du statut de résident elle avait dit je ne veux pas trahir nos discussions mais elle aura l'occasion de s'exprimer publiquement je pense c'est vrai qu'il faut réfléchir à des statuts de résident ou des formes de statut de résident y compris sur le continent donc moi demain je veux dire il faut faire preuve aujourd'hui d'inventivité juridique moi je vous dis en Corse depuis 10 ou 15 ans les prix du marché foncier immobilier sous l'effet notamment de la spéculation ont été multipliés par 10 par 20 par 30 ça veut dire concrètement que vous avez 70, 80, 90% de la population en Corse qu'elle soit Corse d'origine ou pas les gens qui vivent en Corse qui ne peuvent plus accéder aux fonciers ça veut dire que vous avez des agriculteurs qui ne peuvent plus accéder à la terre ça veut dire en gros que vous créez une fracture qui est une fracture irréductible entre ceux qui ont tout qui sont très peu et beaucoup qui n'ont rien ou qui n'auront plus rien et nous nous disons ça c'est pas possible ça n'est possible nulle part mais encore moins dans une île où la proximité est totale et où on ne veut pas se retrouver dans des situations de discrimination et d'opposition et de balkanisation de la société donc on répond ça alors là encore c'est comme sur la co-officialité nous on dit au gouvernement si aujourd'hui on ne peut pas le faire faisons autre chose réfléchissons ensemble à des mesures y compris compatibles avec la constitution actuelle ou révisée pour répondre à cela et si ces réponses-là sont transposables à l'ensemble français tant mieux parce que moi vous savez je veux le dire aussi aujourd'hui à vos éditeurs nous on ne demande pas en permanence la reconnaissance d'un particularisme on ne dit pas qu'on est meilleur que les autres un petit peu quand même mais un particularisme insiste de Françoise Frécheuse chaque fois que c'est justifié par une circonstance objective le conseil constitutionnel qui défend le principe d'égalité dit aussi que les différences de situation non seulement permettent mais quelquefois même imposent les différences de traitement
différence de traitement encore un mot puisque c'est l'une des questions que vous voudriez voir examinées par le gouvernement et là aussi la réponse est non c'est le rapprochement de ce qu'on appelle les prisonniers politiques les indépendantistes qui sont détenus pour faits de terrorisme ils sont huit à être incarcérés sur le continent vous voudriez qu'ils soient transférés à la prison de Borgo près de Bastia pourquoi est-ce que c'est un sujet aussi qui pèse autant dans vos revendications alors qu'on va en parler dans un instant avec Karine et Françoise il y a le quotidien des Corses il y a la vie économique des Corses il y a des problèmes majeurs qui sont peut-être plus urgents et qui concernent toute la population Corse des minutes je les ai bien sûr prenez-les vous êtes là pour ça pour nous expliquer vos combats et pourquoi ces revendications masquent peut-être le reste de la vie quotidienne
des Corses toutes les questions du quotidien sont au coeur de nos préoccupations premier point deuxième point ça s'entend pas assez alors je vais essayer de le dire on va y venir nous allons essayer de le dire mieux et plus fort et de l'expliquer mais les prisonniers aujourd'hui on sort d'une période de 50 ans qui a été une période de conflit entre la Corse et la République cette période de conflit elle a connu son acmé avec l'assassinat du préfet Rignac qui est au-delà du drame humain de la tragédie humaine qui est ce qui représente le point le plus douloureux au plan politique symbolique de cette affaire mais en arrière-plan de tout ça il y a eu des dizaines de morts il y a eu des milliers d'attentats il y a eu des milliers de personnes en prison cette page là nous voulons qu'elle soit derrière nous et nous avons tout fait pour et nous disons c'est terminé la logique du conflit pour nous c'est terminé ces personnes dont vous parlez elles sont 11 c'est pas les 200 prisonniers basques c'est pas le même poids il y a 11 personnes laissons de côté la question de l'amnistie nous l'avançons on veut pas d'accord on dit simplement appliquer le droit vous l'avancez le droit le droit rien que le droit pour ces 11 là quels que soient les crimes pour lesquels ou les délits pour lesquels ils ont été condamnés ils ont droit au rapprochement y compris les 3 personnes qui restent condamnées et détenues au titre de leur participation à l'assassinat du préfet Rignac pour l'instant vous avez des prisons
qui n'apportent pas les niveaux de sécurité nécessaires pour pouvoir les récupérer
non madame sincèrement cet argument là ne résiste pas à l'examen il n'y a pas de problème si demain il y a la volonté d'appliquer loyalement le droit les 11 personnes seront rapprochées y compris les 3 qui ont participé vous l'interprétez comme une volonté symbolique de ne pas céder à votre demande c'est pas une interprétation ça nous a été dit très clairement c'est à dire c'est à dire qu'on nous a dit très clairement que quel que soit le droit applicable les 3 personnes qui sont condamnées dans le cadre de l'assassinat du préfet Rignac ne pourront pas rentrer en Corse et ça même si nous avons le plus grand respect pour la douleur de la famille du préfet même si nous mesurons le poids symbolique et politique de l'assassinat même si nous comprenons qu'il y a des contingences de calendriers qui font qu'on ne peut pas en parler maintenant à quelques jours de la commémoration de l'assassinat nous nous disons qu'à partir du moment où on est dans la logique de l'état de droit où on est dans la logique de la justice où on est dans la logique de l'application du droit on ne peut pas appliquer à ces 3 personnes une peine d'éloignement qui n'est prévue par aucun texte Karine
on passe au bilan économique peut-être évidemment vous avez un taux de chômage qui est très fort en Corse qu'est-ce que vous avez fait par exemple puisqu'on le redit ça fait 2 ans vous êtes à la tête de la collectivité territoriale quel est votre bilan économique qu'est-ce que vous avez réussi pour l'instant à faire pour tous ces gens qui sont au chômage
alors je vous rappelle je vous rappelle que la politique de l'emploi reste actuellement une prérogative exclusive de l'état
dit-il avec un petit sourire
ça pourrait être un exemple vous savez lorsqu'on a des compétences et des responsabilités nous assumons et nos réussites et nos échecs sur l'emploi nous n'avons pas la maîtrise par contre nous avons la maîtrise sur le développement économique donc nous avons mis d'abord nous avons adopté un schéma de développement économique nous avons été la première région à le faire nous avons soutenu les entreprises nous avons renforcé y compris dans un contexte budgétaire très difficile parce que nous avions à gérer un passif hérité des présentes mandatures notre effort sur les dépenses d'investissement et de fonctionnement dans les domaines de l'éducation de la formation parce que nous considérons que c'est la clé de la réussite pour aujourd'hui et pour demain nous avons mis en place des mesures de soutien pour les petites et moyennes entreprises donc nous avons une action volontariste qui s'est traduite y compris dans des indicateurs statistiques qui lorsqu'ils interviennent dans des champs dans lesquels nous avons la compétence se sont améliorés y compris par exemple en matière de développement touristique mais bien sûr dans le domaine du tourisme par exemple les chiffres du tourisme sont bien meilleurs depuis que nous sommes aux responsabilités qu'ils ne l'étaient avant maintenant en deux ans vous le savez on ne change pas radicalement une équation mais nous avons beaucoup travaillé et je crois que je vous le disais tout à l'heure les Corses le savent dans tous les domaines et ils nous en sont grés maintenant nous n'avons fait que notre travail et nous voulons le continuer Françoise Que serait le développement économique de la Corse sous un statut d'autonomie ?
Qu'est-ce que vous pourriez faire que vous ne faites pas aujourd'hui ? Gilles Simeoni D'abord nous pourrions mieux maîtriser par exemple notre investissement à partir du moment où nous aurions une meilleure visibilité sur nos ressources et que ça serait des ressources qui proviendraient de l'activité économique de la Corse et pas seulement du transfert de subventions etc.
mais de toute façon notre schéma économique et notre stratégie économique nous l'avons et nous voulons la mettre en place et nous n'allons pas attendre pour être très clair un statut d'autonomie nous n'avons pas attendu un statut d'autonomie pardon pour commencer à développer cette stratégie économique donc nous nous voulons passer en gros il y a eu une économie qui a été une économie construite sur la rente sur la dépendance qui s'est organisée autour de deux grandes points
Et certains vous diront de l'aide de l'Etat
pour qu'elle soit la dépendance aussi sur l'aide de l'Etat mais principalement il y a eu une aide de l'Etat qui malheureusement a souvent été dévoyée captée y compris par des réseaux parallèles et occultes donc il y a aussi un enjeu de transparence et de démocratie donc nous nous voulons rééquilibrer ce système passer d'une logique de rente à une logique de responsabilité passer d'une logique de dépendance à un tourisme de masse à un tourisme qui continue à avoir un rôle de locomotive mais qui soit un tourisme beaucoup mieux maîtrisé y compris dans la gestion de nos ressources naturelles parce que nous considérons que l'accord doit être un territoire pionnier en matière de développement durable nous avons la volonté de développer une agriculture qui aujourd'hui reste totalement marginale et qui pour nous est un enjeu qui dépasse les questions de PIB mais qui doit aussi se traduire en termes de places majorées de l'agriculture dans le PIB avec les circuits courts avec une agriculture de production alors que y compris les aides de l'Etat européenne sont venues maintenir artificiellement des gens dans des situations parce qu'il y avait une situation de précarité économique et sociale mais sans avoir une réelle agriculture de production nous avons la volonté de mettre en valeur nos ressources naturelles y compris dans le domaine de l'énergie où il faut sortir du fiol lourd pour aller vers des énergies renouvelables et nous y travaillons activement un modèle de développement et y compris un dernier mot aujourd'hui combien demandez-vous à l'Etat
puisque le dernier plan de 2 milliards d'euros arrive à échéance
je voyais le député de la France insoumise nous nous sommes pas là pour demander à l'Etat sortez le chéquier Jean-Christophe Ruffin un geste
le carnet de chèques
nous nous sommes pas là pour dire à l'Etat sortez le chéquier nous sommes là pour dire mettons-nous autour de la table réfléchissons et définissons ensemble une stratégie Ali vous m'avez promis de me donner la parole juste une question le décanisme économique est-ce que ce n'est pas aussi l'ouverture au monde il y a beaucoup de Corses qui n'habitent pas forcément sur l'île qui sont sur le continent mais qui sont très attachés encore à la Corse et qui trouvent qu'aujourd'hui il manque un certain esprit d'ouverture d'aventure même des Corses un ami Corse me racontait par exemple qu'un jeune avocat de 27 ans de ses connaissances fraîchement diplômé n'avait qu'une ambition c'était de travailler en Corse dans les années à venir il trouvait ça un peu dommage il trouvait qu'il y avait une sorte de repli pourquoi les Corses ont tant envie de rester entre eux on revient au statut de résident on n'a pas envie de rester entre nous nous avons envie de construire notre pays de construire la Corse et nous considérons que la Corse est aussi notre pays en Corse un pays ça se dit on ne pas aise c'est à la fois le village et le pays mais ceci étant bien sûr bien sûr qu'il faut s'ouvrir au monde bien sûr qu'il faut s'ouvrir à la France vous avez quand même dit qu'on est dans le repli ça ce sont des slogans écoutez il faut qu'on parle il faut qu'on apprenne à mieux se connaître ça ce sont des slogans des années 70 et des années 80 la Corse au Corse ça ne correspond pas à ce que nous sommes aujourd'hui nous disons qu'il y a un peuple corse que ce peuple corse il est composé des gens qui sont nés en Corse qui sont partis ailleurs quelquefois la Corse de la diaspora elle doit être intégrée pleinement y compris dans notre stratégie économique et le peuple corse pour nous ce sont aussi les gens qui vivent en Corse quel que soit leur lieu de naissance quelle que soit leur couleur de peau quelle que soit leur religion et qui participent du projet collectif qui se construit et qui n'est pas forcément un projet nationaliste donc nous sommes très clairs de ce côté là sur la nécessité de s'ouvrir à l'extérieur vous me demandez qu'est-ce qu'on a fait par exemple nous on a mis en place un programme qui s'adresse pas seulement aux étudiants qui s'adresse à tous les jeunes au dessus de 18 ans pour qu'ils partent pour qu'on les aide à partir ailleurs pour se former pour apprendre et ensuite nous espérons qu'ils auront envie de revenir voilà on est dans cette philosophie vraiment
le président du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni est notre invité France Inter question politique 20 ans après l'assassinat du préfet Claude Erignac un hommage lui sera donc rendu mardi à Ajaccio cérémonie en présence de ses proches les proches de Claude Erignac en présence du président de la république et en votre présence Gilles Simeoni vous qui avez défendu Yvan Colonna vous qui avez clavé son innocence qu'est-ce qui a changé pour que cette scène qui paraissait absolument inimaginable il y a encore peu soit possible
j'ai défendu Yvan Colonna il a clamé il continue de clamer son innocence il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité de façon définitive et il purge sa peine je suis aujourd'hui le président du conseil exécutif de Corse je considère qu'il est de ma responsabilité d'être présent d'être présent à cette cérémonie pour des raisons symboliques pour des raisons politiques et aussi pour exprimer fortement notre volonté qui est celle à la fois de ne rien taire de ce passé douloureux de ne rien occulter d'intégrer notre réflexion sur ce passé douloureux dans une vision globale de ce qu'ont été les relations entre la Corse
ce n'est pas la première fois que vous serez à un hommage solennel rendu à Claude Irignac vous y étiez le 6 février 2017 le 6 février 2016 mais vous reconnaissez quand même que là ça va être très particulier vous serez aux côtés donc des proches de Claude Irignac du président de la république qui rendra hommage à celui qui incarnait l'autorité de l'état en Corse et votre présence malgré tout comme mentionne l'avocat d'Ivan Colonna tout ça fait une scène qui sera observée de près c'est une scène
effectivement très forte et qui a beaucoup de sens et c'est aussi la raison pour laquelle j'ai dit et nous avons dit ensemble avec Jean-Guy Talamone qui lui ne sera pas là pour des raisons qu'il a expliquées et qui ne tiennent pas à une divergence de fond entre nous Jean-Guy Talamone il a expliqué que eu égard à son parcours eu égard à ses engagements qui ne sont pas les miens il considérait que sa présence pouvait être susceptible de heurter y compris les organisateurs de la manifestation ou y compris la famille du préfet Irignac dont on se doute
qu'elle n'aurait pas forcément souhaité sa présence il a fait un peu de provocation ou en tout cas des propos qui peuvent être mal interprétés Jean-Guy Talamone il a dit qu'il n'y sera pas mais qu'il avait proposé sa place à la cérémonie en l'honneur de tous ceux qui ont perdu la vie dans un long conflit aujourd'hui terminé
comme s'il mettait l'équivalence non non c'est pas ça c'est pas ça Jean-Guy Talamone il a dit qu'il souhaitait précisément parce que cette cérémonie va revêtir un caractère particulièrement fort et particulièrement symbolique il souhaitait et nous souhaitons si cela pouvait être possible que cette commémoration soit bien sûr l'occasion pour l'Etat de rendre hommage à cet homme qui était aussi un serviteur de l'Etat et un très haut fonctionnaire mais en même temps de dire que 20 ans après 20 ans c'est une génération il est peut-être temps aussi d'ouvrir ensemble le chemin de la paix et de la réconciliation nous nous sommes dans cet état d'esprit mais avec quand même deux attitudes différentes et vous êtes au fond un duo au sein de cette région et est-ce que le fait qu'il y a quand même des différences entre un qui prône l'autonomie l'autre qui peut être plutôt pour l'indépendance l'un qui est pour la réconciliation l'autre qui a du mal à la faire est-ce que c'est pas au fond la fragilité du duo que vous incarnez aujourd'hui pour essayer de faire avancer la Corse je ne crois pas que ce soit la fragilité je crois que c'est au contraire la force dans cette entreprise de réconciliation et dans cette entreprise aussi de reconstruction et de remaillage de la société Corse il faut impérativement que ne manque aucune force et aucune composante vous disiez tout à l'heure et il n'y a pas de contradiction moi j'ai été élu président du conseil exécutif dans une liste où il y avait des indépendantistes il est important que tout le mouvement et ce n'est pas encore le cas mais ce sera le cas que tout le mouvement nationaliste parle d'une même voix et en même temps il faut aussi que nous ayons la force de construire avec ceux qui ne sont pas nationalistes au sein de notre société la droite la gauche et c'est parce que nous serons ensemble capables y compris de surmonter nos différences en les respectant d'appuyer sur nos convergences d'ouvrir un chemin que nous allons réussir alors est-ce que ça sera trop tôt pour le faire mardi prochain ?
Est-ce que ça sera trop tôt pour que le président de la république porte cette parole-là ? J'espère que non nous nous y sommes prêts et nous savons même si nous ne comparons pas ce qui s'est passé en Corse à ce qui s'est passé ailleurs en Irlande aux Pays Basques en Afrique du Sud mais nous savons que on ne sort de conflit de façon définitive qu'en ayant le courage d'assumer sa propre part de responsabilité et le courage aussi de reconnaître l'autre dans ses douleurs dans ses deuils et dans ses tragédies
Il nous reste quelques secondes Gilles Simeoni D'un mot qu'est-ce que vous diriez au président de la république pour ouvrir le dialogue pour le convaincre d'ouvrir le dialogue ?
Le moment est venu et je crois que la Corse et la République
ont rendez-vous ensemble avec l'histoire Merci d'avoir été notre invité comment dit-on ? Bon voyage en Corse ? Bon bio C'est tout ce qu'on vous souhaite Vous retournez tout de suite à Ajaccio questions politiques se terminent Merci à tous les trois Merci à Mathilde Clat qui a préparé cette émission Quant à moi je vous retrouve juste après le journal d'Yves Decamp pour le grand face-à-face de France Inter A tout de suite !