Sylvain Maillard - Le Barbier du matin du 10/07/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sylvain Maillard, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bienvenue député Renaissance de Paris. La dernière actualité hier, c'était l'appel d'Adrien Quatennens à marcher vers Matignon. Parce que selon lui, selon les LFI, Emmanuel Macron veut empêcher le Front populaire de gouverner. Que répondez-vous à cet appel à la manifestation ?
Écoutez, les Français ont voté, beaucoup voté récemment, et pour les européennes et pour les législatives. On est maintenant 577 députés, nouveaux députés, élus il y a trois jours. Il faut que ça se mette en place, qu'un gouvernement puisse être tout simplement nommé. Et donc la technique et la stratégie du chaos, je crois que c'est tout ce que les Français ont rejeté. Je déplore ce type de positionnement, mais d'Adrien Quatennens, il n'y a pas grand chose à attendre.
Ils n'ont peut-être pas envie de gouverner en fait. Les filles aimeraient bien que la rue vienne secouer un peu tout ça.
Je n'en sais rien. On les entend toute la journée sur les différentes ondes, d'expliquer qu'ils veulent gouverner, qu'ils sont prêts. Je crois surtout qu'il est hors de question, en tout cas nous l'avons toujours dit, hors de question de laisser le pouvoir à la France insoumise ou au Rassemblement national. Et nous ne laisserons rien passer là-dessus.
Alors pour le RN c'est fait, ça a été réglé dimanche. Pour la France insoumise, il y a encore un suspense. Néanmoins, comme le Front populaire est à 180 et quelques, ils ont un droit de tirage. C'est eux qui ont la primauté, la priorité pour tenter de proposer un gouvernement.
Ça ne fonctionne pas comme ça. C'est le président de la République qui consulte et regarde les différentes forces qui sont capables d'avoir une majorité. Moi je leur dis très clairement, il est impossible de gouverner avec 195 ou 190 députés. Ça ne fonctionne pas. Dans la précédente mandature, nous étions 250. Moi j'étais président de groupe, je peux vous dire que gérer des amendements, gérer des articles, gérer des lois, c'est-à-dire être capable de les voter, c'est extrêmement difficile. Imaginez bien, avec 60 députés de moins, ça n'existe pas.
Sauf si on arrondit son programme, qu'on fait des concessions et qu'on est un minima.
Je vous le dis, d'expérience, je pense que pendant deux ans on a vécu la difficulté de trouver des majorités. Et puis il y a le budget qui arrive. Le budget va être compliqué. Le budget va être extrêmement compliqué. C'est aussi ce qui a motivé Emmanuel Macron à faire la dissolution rapidement. C'est parce que le budget à monter va être très difficile. Et donc faire des compromis à minima ou de la rondeur, je ne sais pas si c'est ce qu'il faudra pour les Français.
Qu'est-ce qui pourrait faire qu'une motion de censure, vous associant au RN, ferait tomber un gouvernement du Front populaire ? La présence de ministres et les filles dans le gouvernement proposé, ça serait un motif pour vous de censure ?
Oui, moi c'est une ligne rouge directe. C'est-à-dire que nous avons fait barrage au RN pour ne pas qu'il soit majoritaire en France. Nous l'avons dit et ça a été réalisé. Je m'en félicite que le RN soit le troisième groupe en taille. Mais il est hors de question de laisser la France insoumise, qui est tout aussi en dehors de l'arc républicain, être au gouvernement. Et donc à des ministres, la France insoumise au gouvernement, pour moi ce sera immédiatement un vote d'une motion de censure.
Alors certains de vos électeurs, à votre demande, ont voté LFI au deuxième tour pour faire battre un RN, mais là vous ne voulez plus de LFI au gouvernement.
C'est contradictoire. À ma demande, en tout cas on a enlevé tous nos candidats qui étaient arrivés en troisième position pour faire barrage au RN. Je le dis très clairement, c'était parce que le RN allait arriver mathématiquement au pouvoir si nous ne bougions pas, et que la France insoumise ne pouvait pas y arriver. Si, dans un troisième tour, comme on dit, la nomination d'un gouvernement, la France insoumise pouvait arriver au pouvoir, et qu'ils étaient nommés à des postes ministériels, évidemment, pour ma part, ce sera une motion de censure immédiate.
Alors si on ne peut pas gouverner avec 180, 190 députés, quel cocktail dans l'Assemblée nationale vous semble raisonnable, accessible, cohérent, pour aller le plus près possible des 289 ?
Il faut que nous prenions du temps. C'est ce que nous avons commencé à faire. Je travaille, tout à l'heure je serai en réunion de groupe, j'ai convoqué l'ensemble des députés Renaissance.
C'est combien l'ensemble des députés Renaissance ?
On sera un peu plus de 100, l'ensemble, pour qu'on puisse travailler sur nos lignes, nos axes, nos lignes rouges, et les axes que nous voulons porter. Ensuite, la discussion avec nos partenaires, évidemment, du Modem et d'Horizon, avec un texte commun, de faire en sorte d'élargir et de regarder quels sont les députés susceptibles de pouvoir se retrouver avec nous. Il y a des LR, bien sûr, les discussions ont déjà commencé. Il y a aussi des sociodémocrates qui souhaitent, au fond, trouver un gouvernement, d'abord de gouverner, de trouver un gouvernement stable pour les trois prochaines années.
Parce que notre objectif, il n'est pas de faire un gouvernement d'une majorité de quelques semaines, c'est de pouvoir trouver des partenaires pour pouvoir gouverner en majorité relative, probablement, pendant les trois prochaines années.
Alors vous, vous allez des sociodémocrates jusqu'aux républicains. Édouard Philippe propose un éventail un petit peu plus restreint, de renaissance au LR, sans de membres issus du Front populaire. Ça fait 220, dit-il, c'est jouable. Cette arithmétique vous va ?
Écoutez, on peut toujours, on regardera ce qui est possible de faire. 220, c'est évidemment pas si évident que ça de ne pas être renversé immédiatement, et on fonctionnerait beaucoup au 49.3. Donc, nous, notre idée, c'est d'essayer d'aller, de voir avec les députés qui, je crois, sont de, qui souhaitent vraiment gouverner, qui veulent changer le quotidien des Français. On a entendu ça tout le temps dans notre campagne. Le pouvoir d'achat, la sécurité, c'est des choses très, très concrètes. Je crois que les députés qui ont été élus, ils ont envie de participer à l'activité et à l'action du gouvernement. Et donc, on va regarder ce qui est possible de faire.
Pour le moment, tout le monde est dans des postures suite aux élections. Ça va prendre un peu de temps. Et je crois que chacun a envie de changer la vie des Français. Donc, je suis assez confiant, en fait, sur le moyen terme. Il faut se donner du temps.
Se donner du temps, ça veut dire garder le gouvernement à tal de plein exercice pendant cette période. Les membres du Front populaire ont écrit à Emmanuel Macron en disant qu'il doit démissionner vraiment ce gouvernement.
De plein exercice, probablement pas. Il faudra qu'il soit démissionnaire et ensuite, il expédie les affaires courantes, le nombre de semaines nécessaires. Les Jeux Olympiques arrivent. Moi, même parisien, je sais à quel point c'est important et important pour la France. Je crois que les Français, d'ailleurs, c'est ce qu'ils nous disent, souhaitent que ce soit plutôt ce gouvernement qui gère les Jeux Olympiques. Ils l'ont préparé. Ils les connaissent, ils l'ont préparé. Il y a les Jeux Olympiques, les Jeux Paralympiques. Ça nous donne le temps en parallèle pour pouvoir construire une majorité.
Alors, soyons précis pour les auditeurs, si les ministres sont démissionnaires, lundi, par exemple, et qu'ils expédient simplement les affaires courantes, ces ministres qui ont été élus députés, ils sont 17, je crois, ils peuvent venir à l'Assemblée siéger comme députés. Ce n'est pas incompatible.
Exactement. C'est aussi la grande différence, c'est qu'ils peuvent être députés de plein exercice, avoir des fonctions au sein de l'Assemblée nationale, mais en même temps être ministre démissionnaire. Donc, ils expédient les affaires courantes. Et c'est évidemment, je crois, ce qui est le plus rassurant pour chacun d'entre nous. Ils ont l'habitude et sont prêts à gérer les Jeux Olympiques. Je crois que c'est le grand événement devant nous auquel nous sommes tous attachés. C'est le plus grand événement des 100 dernières années que nous avons organisé. On a une équipe en place qui connaît. On a besoin que tout simplement, ils soient là à la manœuvre.
Y compris le Premier ministre, il serait dans le même cas, député et à Matignon.
Exactement. Et donc, député, est-ce qu'il serait le futur président de groupe ? Est-ce que vous lui cédez votre place ? Ma place n'est évidemment pas du tout question de moi-même. Il faut un nouveau rythme, il faut un nouveau souffle. On est dans une nouvelle période. Et moi, j'assure juste l'intérim pendant quelques jours ou quelques semaines. Mais l'idée est évidemment qu'on puisse partir sur une nouvelle dynamique avec de nouveaux députés aussi. et qu'on puisse élargir à terme. Et donc, il y aura des élections internes.
Gabriel Attal a perdu la campagne législative, mais il l'a bien menée. Tout le monde le reconnaît. C'est lui l'avenir de Renaissance ?
Oui, il a été vraiment... Et d'ailleurs, il a été salué par l'ensemble de mes députés. Il a vraiment mouillé le maillot avec des déplacements. Plus de 60 députés ou candidats, plus exactement, qu'il est allé soutenir sur le terrain. Matins et soir, en permanence sur les télés, les radios, pour débattre. Il a été vraiment le chef de la majorité. Et on a eu l'occasion hier encore de le remercier pour le travail. Très honnêtement, il a imprimé cette élection.
Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais je n'ai pas voulu la subir. Ces mots de dimanche soir de Gabriel Attal ont marqué les esprits. Est-ce à dire que vous tournez le dos au président de la République ? Il est le passé, puis maintenant, il faut écrire l'avenir ?
C'est la réalité. Cette dissolution, nous ne l'avons pas choisie. C'était la décision du président de la République. C'est sa décision souveraine. Et ensuite, il a fallu faire avec. Et donc, nous avons fait avec. Et voilà, c'était le moment... Je dirais, la page est tournée, en tout cas, de notre côté. Après la sidération qui a été la nôtre, on est reparti en campagne. Une partie d'entre nous a été réélue. Je pense aussi à tous les députés qui ont perdu. Tous ceux qui se sont désistés pour faire en sorte... Qui se sont sacrifiés. Qui se sont sacrifiés pour faire en sorte que le rassemblement national ne soit pas majoritaire. Je veux vraiment les remercier. Et dire qu'il faut que ça continue.
Et aussi, le message que nous portions doit continuer.
Le président est un homme seul aujourd'hui. Même son ex-majorité va agir sans lui, à côté de lui, contre lui.
Le président de la République est le président de la République. Il a un pouvoir institutionnel évidemment imminent. Et il y a évidemment une recomposition qui va se faire. Et qui doit se faire. Le président de la République reste le président de la République. C'est lui le garant de nos institutions. Il est au centre du jeu politique. Et il a encore trois ans de mandat.
La majorité telle qu'elle existait. Horizon, Modem, Renaissance. Ce sont des écuries présidentielles aujourd'hui en route pour 2027 ?
En fait, la vraie difficulté, et peut-être ce qu'on peut reprocher, c'est que la présidentielle écrase tout. Et qu'au fond, la vie politique s'organise autour des futurs présidentielles. Ça, c'est vrai. Moi, je le déplore, mais c'est la réalité. Et donc, à un moment très vite, probablement trop vite, on va rebasculer dans une séquence présidentielle.
Tout en ayant à gérer un Parlement éclaté.
Ben oui, c'est ça qui rend la chose un peu plus compliquée. Mais c'est ainsi. Et il faut faire avec la réalité et la réalité du moment.
Un moment important la semaine prochaine sera l'élection du président ou de la présidente de l'Assemblée nationale. Yael Brown-Pivet souhaite conserver son poste. C'est votre candidate ?
On va faire des élections en interne. Je crois que c'était une très bonne présidente de l'Assemblée nationale. On fera des élections en interne. Mais vous savez, il y a un système aussi de points, de répartition des postes. Il faut qu'on en discute. Mais c'est une fois que les groupes sont constitués. Donc, il y a encore beaucoup d'étapes avant que nous arrivions à ce vote de jeudi prochain. Et c'est vrai qu'en interne, ça fait partie des... Enfin, nous, pour nous, c'est la candidate naturelle Renaissance. Mais nous ne sommes plus dans la situation où nous étions il y a encore quelques semaines. Donc, on va voir. On va voir ce qui est possible de composer.
En tout cas, ce qu'il faut, c'est qu'il y ait une présidente ou un président qui rassemble le plus largement possible. Parce que c'est voté à l'urne.
À l'urne. Et puis, au troisième tour, c'était la majorité relative. Exactement. Si chacun présente son candidat, c'est le RN qui aura la présidence de l'Assemblée.
Exactement. Donc, c'est important. Oui. Ou bien le Front populaire, s'il se réunit. Ils ont un candidat unique. Oui. Donc, on voit... Ni l'un ni l'autre pour vous. C'est pour ça que vraiment, c'est un scrutin à l'urne. Donc, il faut être stratégique et choisir le ou la candidate qui a le plus de chances de gagner. Qui est... Je crois qu'il embrasse l'ensemble du Parlement. Et de ce que nous imaginons doit être le Parlement. Ça peut être un parlementaire expérimenté, centriste, qui ne fâche personne. Plein d'options sont sur la table. Après, nous, on va pousser notre candidate. C'est normal.
On apprend qu'Edouard Philippe a dîné avec Marine Le Pen à la fin de l'année dernière. Un dîner organisé par Thierry Solaire, conseiller du Président et lui-même membre de cette famille politique de l'ex-majorité présidentielle. Ça vous gêne, ce dîner ?
Je n'ai pas à commenter les dîners des uns des autres.
Ce n'est pas anodin de dîner avec Marine Le Pen, quand même.
On peut échanger des mots dans un couloir, mais ce n'est pas anodin, quand même. Ce n'est pas anodin. Je n'ai pas de remarques à faire autre que ce n'est pas anodin.
C'était pour constater nos divergences, a dit Edouard Philippe. Il fallait un dîner pour ça.
Non, mais encore une fois, je ne sais pas quels sont... J'ai, comme vous, entendu et lu la presse là-dessus. Je n'ai pas plus d'informations. Vous savez, la vie politique est suffisamment riche à l'heure actuelle. Pour ne pas rajouter des...
Vous pourriez vous dîner avec Marine Le Pen, elle vous appelle. Vous dites, écoutez, dis-nous ensemble, on va voir ce qu'on peut faire.
Dans le cadre de l'organisation des groupes, vous savez, à l'Assemblée nationale... On se voit. On se voit très régulièrement dans des réunions. Elle était présidente de groupe, j'étais présidente de groupe. Donc on passe de façon de travail. Il y a forcément des séances à un moment de travail. De travail, entre guillemets, sous la présidence de l'Assemblée, avec les autres groupes, tous ensemble. Donc voilà, c'est la vie. On s'écharpe aussi. Ça fait partie de la vie politique. Pas besoin de dîner en plus de ces rencontres-là.
Pas forcément. Que va devenir le parti Renaissance ? Que faut-il faire de ce parti qui a existé au début en étant EM, Emmanuel Macron, en marche ? Quel est son avenir ?
C'est une vraie question sur laquelle il va falloir que nous nous penchions, tout en sachant que moi, en tant que président de Renaissance Paris, et c'est la plus grande fédération de Renaissance, je vois à quel point le nombre de militants est important. D'ailleurs, on l'a vu pendant la campagne, de gens investis, de gens qui payent leurs cotisations, de gens qui ont envie de politique et qui ont envie d'avoir un parti puissant. Et donc ça, cette promesse d'action, cette promesse de proximité aussi avec leurs élus, c'est quelque chose de, pour moi, essentiel.
Donc on va évidemment, comme dans toute vie politique, le revivifier, l'organiser probablement différemment dans les mois qui viennent. On va prendre un peu de temps pour y réfléchir. Pour nous, c'est très important. C'est une pierre précieuse, essentielle. Et donc on va tout faire pour le développer.
Un mot pour résumer ce qu'on vient de vivre, cette dissolution, ces résultats, gâchis ou opportunité ? J'espère opportunité. Sylvain Maillard, merci, bonne journée. Merci.
Merci beaucoup Christophe. Demain, votre invité 7h45 sera Caroline Yadant, nouvelle députée Renaissance de la 8e circonscription des Français de l'étranger.
Sylvain Maillard