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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 5 septembre 2022 27 min

Taxe sur les superprofits, mesures de sobriété pour les entreprises, chômage partiel... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

Le 14 juillet 2016, à Nice, juste après le feu d'artifice, un poids lourd fonce sur la promenade des Anglais et tue 86 personnes, dont 15 mineurs. La particularité de cette attaque terroriste, c'est d'avoir visé les familles et notamment les enfants présents ce soir-là. Alors que s'ouvre le procès, France Info est allé à la rencontre de ceux dont la vie a été bouleversée par cette soirée. Attentat de Nice, les enfants du 14 juillet, un podcast original France Info, à retrouver sur l'application Radio France.

0:28
Présentateur

Bonjour Roland Lescure. Bonjour. Après l'Espagne, après l'Italie, après le Royaume-Uni, l'Allemagne annonce à son tour qu'elle veut taxer les profits exceptionnels des entreprises du secteur énergétique. L'Allemagne qui évoque déjà un chiffre de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Ça va faire réfléchir le gouvernement français ou pas ?

0:47
Roland Lescure

Alors je voudrais corriger ce que vous venez de dire. L'Allemagne n'a pas annoncé une taxe. Ce qui a été annoncé par le gouvernement allemand hier, c'est une contribution exceptionnelle des producteurs d'énergie sur le territoire national. qui profitent d'un prix du gaz élevé et qui vont du coup contribuer au budget de l'État. Vous savez quoi ? On ne va pas se penser dans une contribution allemand, mais je vais vous donner exactement ce qu'a dit Olaf Scholz hier. Ça existe déjà en France, mais allez-y. Un prélèvement partiel des bénéfices aléatoires. Ce qui existe déjà en France.

Aujourd'hui, si vous produisez des énergies alternatives en France, vous profitez d'un prix du gaz élevé qui détermine le prix de l'électricité que vous-même allez vendre. Ça, aujourd'hui, ça rapporte 8 milliards au budget de l'État sur la base de prix du gaz qui était moins élevé qu'aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il est très probable que dans les mois qui viennent, ça rapporte encore plus. Donc, ce que fait l'Allemagne, c'est finalement mettre en place ce qui existe déjà en France pour les producteurs d'énergie alternative, ce qui existe aussi pour EDF. Ça nous a été suffisamment reproché, y compris par EDF lui-même.

Aujourd'hui, EDF contribue à la baisse des prix du gaz pour les industriels via ce qu'on appelle l'AREN, qui est un dispositif technique, mais qui finalement est un prélèvement sur EDF.

1:59
Invité

Vous voyez bien ce qui se passe, le mouvement qui est en ce moment en Europe, le Royaume-Uni, on avait dit l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, qui va davantage prélever les entreprises sur leurs profits. Pourquoi le gouvernement français ne va pas dans ce sens-là ? Est-ce qu'on a l'impression qu'il a peur des grands patrons ?

2:15
Roland Lescure

Non, non, non, on n'a pas peur des grands patrons. Ce qu'on note, c'est qu'aujourd'hui, par exemple, Total, depuis quelques jours, opère une ristourne à la pompe sur l'essence. Aujourd'hui, l'essence en France, il est plus de 20 centimes inférieur à ce que payent les Allemands. Ça, c'est en partie lié à la ristourne du gouvernement et en partie lié aux efforts de Total. Ce qu'on note, c'est que CMA, CGM, quand ils annoncent les résultats, annoncent qu'ils vont mettre 1,5 milliard à la décarbonation.

2:41
Présentateur

Sur 15 milliards d'euros de bénéfices, CMA, on ne connaît pas ce groupe, CMA, c'est juste un armateur marseillais, 3ème armateur mondial, 15 milliards d'euros de bénéfices en 6 mois, parce que le coût du transport mondial s'est envolé. Ce sont des bénéfices qui sont liés, on ne peut pas dire à une forme de spéculation, parce que l'armateur n'a pas mis l'argent, mais ce sont des bénéfices vraiment exceptionnels. Ceux-là, vous ne les taxerez pas non plus ?

3:02
Roland Lescure

Vous savez, CMA, CGM, ça perdait de l'argent il y a deux ans. Donc moi, d'abord, je voudrais me féliciter qu'on a des grandes entreprises françaises qui sont des champions mondiaux qui gagnent de l'argent. Mais c'est ce qui fait aussi qu'on paye nos produits plus chers en ce moment dans les supermarchés. Oui, et CMA, CGM a fait une partie du travail, on va voir s'ils vont continuer à le faire, en annonçant qu'ils baissaient le prix de leur conteneur, de 500 euros par conteneur, il y a déjà quelques semaines. Le PDG, hier, a annoncé qu'il allait investir dans la décarbonation. Moi, je préfère que Total électrifie les bornes dans toutes ses stations-service.

Je préfère que Total fasse des returns au prix à la pompe. Je préfère que Total fasse de la prime Macron pour tous ses salariés, plutôt que de les taxer.

3:41
Invité

Mais ça, vous n'en avez aucune certitude, que Total va mettre tout ça en oeuvre.

3:45
Roland Lescure

Si Total ne le fait pas, ça a déjà été dit, notamment par la première ministre, alors on mettra le travail sur l'étal. Mais à ce stade, Total fait de la ristourne, Total, j'espère, va accélérer la transition écologique.

3:58
Invité

Donc ça veut dire, Roland Lescure, que contrairement à ce que dit Bruno Le Maire, la porte n'est toujours pas fermée sur la taxe sur les cartes ?

4:03
Roland Lescure

Non, je pense que l'un et l'autre, Bruno Le Maire et Elisabeth Thuron, la première ministre, ont dit la même chose. Nous croyons à la responsabilité des entreprises. Moi, je pense que les entreprises doivent faire leur travail, comme nous tous d'ailleurs. Au fond, face à cette crise énergétique, nous avons tous une responsabilité. Et évidemment, grande entreprise, grande responsabilité, petite entreprise, petite responsabilité. Je m'attends à ce que les très grandes entreprises fassent des efforts. C'est déjà le cas aujourd'hui. Moi, ce que j'aimerais en revanche, c'est qu'on arrête, typiquement, un peu systématiquement, de jeter la pierre aux grandes entreprises, comme si c'était l'ennemi.

Total, aujourd'hui, c'est des dizaines de milliers d'employés. En France, plus de 100 000 employés dans le monde. CMA, CGM, 140 000 employés dans le monde, dont une bonne partie en France.

4:52
Invité

Non, mais c'est en période de crise et de super profit, est-ce qu'on fait davantage participer les grosses entreprises ?

4:57
Roland Lescure

Exactement. Est-ce qu'elles participent davantage ? C'est la question que nous leur posons. Pour l'instant, franchement, en tout cas, ces deux groupes font leur partie du travail.

5:04
Présentateur

Une question importante pour les entreprises, c'est la principale niche fiscale des entreprises, ce qu'on appelle le crédit impôt recherche. Ça coûte un peu plus de 6 milliards d'euros par an au budget de l'État. Est-ce qu'il est question de verdir ce crédit d'impôt ? C'est-à-dire de dire, oui, on continue à vous le verser, mais uniquement si vos investissements vont dans le sens de la transition énergétique ?

5:24
Roland Lescure

D'abord, vous l'avez dit, le crédit impôt recherche, c'est une partie très importante de notre politique d'attractivité. Moi, j'étais à Choose France au mois de juillet, plus de 7 milliards d'investissements en France, plus de 1000 emplois, une grande entreprise, pardon, une grande usine de microprocesseurs qui va être installée à Grenoble. Le crédit impôt recherche, tous les investisseurs internationaux nous disent que ça fait partie des atouts de la France, parce qu'on incite à l'innovation. Est-ce qu'on va uniquement dédier le crédit impôt recherche à la transition écologique ?

Attention, on a aujourd'hui des industries, je dirais d'hier et d'aujourd'hui, qui doivent accélérer leur transition. Il faut aussi qu'on les aide à faire cette transition. Est-ce que c'est un outil pour les aider, justement, ces 6 milliards-là, de dire on conditionne ? Non, moi je ne pense pas qu'il faut conditionner. Je pense qu'il faut être extrêmement clair sur les objectifs de chaque mesure. Le crédit impôt recherche vise à accélérer la recherche et l'innovation en France. C'est ce à quoi ils doivent être consacrés. Ensuite, est-ce qu'il faut regarder les détails de telle ou telle mesure pour savoir s'il faut en améliorer le fonctionnement ? Pourquoi pas ?

Ça, c'est l'objectif du budget. Mais n'oublions pas aujourd'hui que la France est le pays le plus attractif en Europe et que notamment c'est grâce à ce crédit impôt recherche.

6:32
Présentateur

Roland Lescure, il y a beaucoup de petites et de grandes entreprises et de salariés qui s'inquiètent en ce moment, qui se demandent comment ils vont passer l'hiver, s'ils vont pouvoir continuer tout simplement à produire, à chauffer, si le gouvernement va les aider. Je vous propose qu'on ouvre ce chantier dans un instant. Le temps du fil info à 8h40 avec Maureen Suignard.

6:50
Invité

C'est un nouveau procès fleuve qui s'ouvre à la cour d'assises spéciale de Paris, celui de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016. Un homme qui fonce sur la foule avec son camion. 86 morts et plus de 450 blessés. 8 personnes sont jugées, mais pas le conducteur abattu ce soir-là par les policiers. La colère sur France Info de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Le syndicat agricole dénonce la triche et les pratiques illégales de certains grands distributeurs. Elle affirme que ces derniers ne respectent pas les engagements pris pour prendre en compte les conséquences de la guerre en Ukraine et de la grippe aviaire.

Deux mois après la démission de Boris Johnson, le Royaume-Uni va avoir un nouveau Premier ministre. Ce midi, les résultats des votes des militants du Parti conservateur sont dévoilés. Liz Truss, la chef de la diplomatie, est donnée gagnante par les sondages. Ce n'est pas acceptable, on a frôlé la catastrophe, s'alarme l'entraîneur de l'équipe de France de basket. Deuxième succès pour les Bleus au championnat d'Europe, mais dans la douleur. 78-74 face à la Hongrie hier. Les Bleus sont tout de même qualifiés pour les huitièmes de finale. France Info

7:58
Présentateur

Toujours avec Roland Lescure, le ministre chargé de l'Industrie.

8:06
Invité

Depuis la semaine dernière, l'inquiétude monte dans les entreprises face au risque de rationnement agité par la Première Ministre Elisabeth Borne. Si on doit couper l'électricité ou le gaz cet hiver, dans une usine, ça se fera sur quels critères ?

8:19
Roland Lescure

D'abord, on n'en est pas là. C'est très important qu'on explique aujourd'hui ce qu'on est en train de faire. Le plan de sobriété, il vise à justement éviter ce qu'on appelle les rationnements, le fait qu'on réduise un peu la production et les livraisons d'énergie pour les principaux consommateurs. Aujourd'hui, ce risque, il est faible. C'est uniquement dans un scénario extrêmement adverse, c'est-à-dire un hiver rigoureux, des semaines particulièrement rigoureuses, la coupure du gaz russe, qu'on devrait examiner ce type de scénario.

Et surtout, si chacun d'entre nous prend sa part de responsabilité, si chacun d'entre nous, au quotidien, que ce soit à la maison ou au bureau, fait sa part du travail, ce risque sera extrêmement faible. Donc vraiment, j'en appelle à la responsabilité de tous. Il est aussi faible, pour être précis, sur l'électricité que sur le gaz, pour ce qui est de l'industrie ? Il est forcément un peu plus élevé sur le gaz, puisque l'inconnu, c'est est-ce que Poutine va arrêter de livrer du gaz en Europe ? Mais je ne vais pas passer en revue le nombre de mesures qu'on pourrait tous faire chacun chez soi pour réduire nos consommations d'énergie.

Il y en a déjà qui commencent à fleurir sur Internet, sur les réseaux sociaux, on voit des vidéos extrêmement didactiques. Ce que je tiens à préciser quand même, c'est qu'un degré en moins en hiver, que ce soit au bureau ou à la maison, c'est 7% de consommation d'énergie en moins en France. Donc c'est extrêmement important. Ce petit degré auquel on peut tous contribuer, il peut avoir un effet très important. Donc si l'hiver n'est pas trop rigoureux, et surtout si chacun prend sa part de responsabilité, on évitera le scénario qu'on appelle de rationnement.

9:52
Invité

Depuis la semaine dernière, vous agitez quand même le scénario du pire au gouvernement. Vous avez fait une liste d'entreprises qui pourraient être visées par des coupures, par des rationnements cet hiver ?

10:01
Roland Lescure

Alors d'abord, vraiment j'insiste, la meilleure manière d'éviter le pire, c'est de s'y préparer. Donc c'est vrai qu'en examinant les scénarios du pire, en appelant la responsabilité des uns et des autres, on limite ce risque. Maintenant, évidemment, on s'y prépare. Et donc ce qu'on est en train de regarder, c'est d'abord les entreprises qui ne peuvent pas s'arrêter. Évidemment, les hôpitaux, les entreprises de défense, un certain nombre d'entreprises agroalimentaires qui permettent de s'assurer qu'on puisse avoir à manger. Tout ça ne sera pas touché par d'éventuelles mesures de rationnement. Quand on dit rationnement, ce n'est pas coupure.

Coupure, c'est vraiment le scénario extrême où on coupe de manière discrétionnaire le gaz, l'énergie à certains consommateurs. Le rationnement, il ne concernera qu'effectivement quelques milliers d'entreprises qui sont des gros consommateurs. D'abord le tertiaire, parce que là encore, évidemment, réduire le chauffage, mettre une partie des salariés peut-être en télétravail, en fin de semaine, des choses comme ça, ça peut là encore permettre de limiter ce scénario de rationnement.

10:58
Présentateur

Est-ce que ces efforts, par exemple, vous allez les demander à une entreprise comme la SNCF qui pourrait réduire le nombre de ses trains cet hiver pour économiser du courant ?

11:04
Roland Lescure

Non. Alors vraiment, l'objectif, il n'est pas d'arrêter les trains de la SNCF. J'ai échangé d'ailleurs avec Jean-Pierre Farandou vendredi dernier. Je rencontre aujourd'hui tous les grands industriels, le patron de la SNCF. Bon d'abord, la première fausse bonne idée qu'il faut écarter, c'est de ralentir la vitesse des TGV. Ça ne marche pas ? Non, parce que ça complexifie évidemment énormément les relations, les changements, les correspondances. Donc les trains rouleront bien à la même vitesse à la fin d'année, telle que soit l'année. Les trains arriveront à l'heure. Et le nombre de trains ? Autant qu'aujourd'hui.

Et le nombre de trains, sauf scénario extrêmement adverse, c'est ce qu'a précisé la SNCF, dans des cas extrêmement particuliers où on devrait rationner l'énergie, on aura tous les trains qu'on souhaite pour, par exemple, partir en vacances à Noël.

11:45
Invité

Pour qu'on comprenne bien, les plans de sobriété que la Première Ministre a demandé à toutes les entreprises la semaine dernière, ils vous seront rendus à la fin du mois. Les efforts seront différents en fonction de la taille ou du secteur des entreprises ?

11:57
Roland Lescure

Oui, alors ce qu'on appelle le plan de sobriété, d'abord, ce sont des plans de sobriété volontaires. Les industriels, les entreprises sont bien conscientes qu'elles ont une part de responsabilité dans les économies d'énergie. Donc on a demandé à tous les secteurs, par exemple l'industrie, je rencontre les grandes filières industrielles avec Agnès Pannier-Runacher cette semaine, pour échanger avec eux sur le travail qu'ils sont en train de faire, pour voir la manière dont eux peuvent contribuer aux efforts de sobriété. Donc on est aujourd'hui essentiellement...

12:24
Invité

Oui, mais qui va dire c'est bien, c'est assez efficace, ça va assez loin ?

12:26
Présentateur

Exactement, vous allez nous dire qu'on voit la mal partout, mais vous nous dites c'est volontaire. Une entreprise qui, imaginons, ne ferait absolument rien, que se passera-t-il ?

12:32
Roland Lescure

D'abord, ça ferait une hausse de facture extrêmement forte. Aujourd'hui, ce qui est important de comprendre, c'est que le marché du gaz et de l'électricité, d'ailleurs, est devenu un peu fou. Et peut-être parce qu'on n'avait pas été suffisamment clair, c'est pour ça qu'on l'est aujourd'hui, c'est pour ça que l'Europe l'est aujourd'hui, sur le fait qu'on met en place des plans de sobriété pour s'assurer qu'on puisse passer l'hiver sans heure. Ça a commencé à fonctionner d'ailleurs, le prix du gaz et le prix de l'électricité, depuis une semaine, ils ont baissé. Plus le prix sera modéré, parce que les marchés seront rassurés sur le fait qu'on passe l'hiver sans encombre.

Plus les efforts seront responsables et volontaires, moins on aura à faire autre chose. C'est l'essentiel. Et donc aujourd'hui, ce qu'on va faire...

13:11
Invité

Est-ce que vous allez suivre ces plans de sobriété dans la durée ?

13:14
Roland Lescure

Évidemment. Donc on demande aujourd'hui aux entreprises de nous faire des propositions. On les agrège. Parce que si vous faites une partie des efforts, et si vous faites partie des efforts, l'objectif, c'est d'agréger tout ça pour s'assurer que ça passe. Et si ça passe, on renforcera évidemment l'appel à responsabilité, mais on n'ira pas plus loin. Si on se retrouve dans un hiver particulièrement rigoureux, et que pendant cet hiver particulièrement rigoureux, en plus, on a une semaine très froide. Là, il faudra qu'on change de braquet.

Et c'est à ça qu'on se prépare aujourd'hui, avec les entreprises, industrielles et non d'ailleurs, parce qu'évidemment, l'essentiel des économies sont dans le tertiaire.

13:47
Présentateur

La France aidera ses voisins européens, conformément à ce qui a été décidé au mois de juillet, entre les 27, en cas de coup dur. Quels que soient les efforts fournis par les Français, on aidera par exemple l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie ? On fournira du gaz à ce moment-là ?

14:01
Roland Lescure

De la même manière que l'Allemagne aujourd'hui nous aide. Vous savez qu'on a un certain nombre de réacteurs arrêtés, et que du coup, aujourd'hui, on est plutôt acheteurs nets d'électricité. Le fonctionnement du marché de l'énergie en Europe, le partage des responsabilités, il est essentiel. Pourquoi ? D'abord parce que les économies sont extrêmement imbriquées. Quand l'Allemagne va bien, la France va bien, et vice-versa. On a besoin de faire preuve de solidarité. Et puis surtout, il ne faut pas oublier qu'on est aujourd'hui dans un conflit sur lequel l'Europe a un devoir de responsabilité et de solidarité, y compris évidemment vis-à-vis de nos amis ukrainiens. Donc on va travailler ensemble.

C'est l'objectif d'ailleurs du Sommet de l'énergie du week-end prochain. Bruno Le Maire travaille en étroite collaboration avec son homologue, Christian Lindner, en Allemagne aussi, pour évaluer tout ce qu'on peut faire pour aider les entreprises. Mais oui, il y a une solidarité européenne.

14:49
Présentateur

Puisqu'on parle des deux entreprises, Roland Lescure, le gouvernement a mis en place il y a plusieurs mois de ça un fonds doté de 3 milliards d'euros pour aider les entreprises qui font face à l'explosion de leurs dépenses énergétiques. 3 milliards d'euros, 500 000 euros ont été utilisés dans ce fonds. Est-ce que très clairement, on s'est planté ?

15:04
Roland Lescure

Le fonds, il n'a pas été calibré pour un prix du gaz à 300 euros, le kilowattheure, qui était ce qui valait la semaine dernière.

15:12
Présentateur

C'est-à-dire quoi ? Les critères étaient trop compliqués ?

15:13
Roland Lescure

Oui, les critères étaient à la fois trop complexes. On l'a fait un peu à la française, donc on a besoin de simplifier tout ça.

15:18
Présentateur

On l'a fait à la française.

15:19
Roland Lescure

Parfois, on a tendance un peu, sans mauvais jeu de mots, à faire des usines à gaz. Donc on va simplifier tout ça. Mais surtout, les critères étaient un peu trop exigeants, un peu trop contraignants.

15:30
Invité

C'est-à-dire que les PME ne pouvaient pas y accéder ?

15:31
Roland Lescure

Non, alors les PME, je pense que ça allait. Le problème, c'est que par exemple, je vais vous donner un exemple d'un critère très simple. Vous n'aviez accès à ce fonds que si les coûts de l'énergie représentaient 3% de votre chiffre d'affaires. Une entreprise dont les coûts de l'énergie représentaient 2% du chiffre d'affaires, qui fait face à un triplement du prix de l'énergie. D'un seul coup, ça passe de 2 à 6. Ah, mais on leur dit, non, désolé, vous étiez à 2, vous n'y avez pas droit. Aujourd'hui, je suis à 6. Oui, on verra le mois prochain. C'est tout ça qu'il faut simplifier. Donc on est en train de le faire.

Je pense que Bruno Le Maire annoncera les choses dans le courant de cette semaine pour simplifier ce fonds, qui est un fonds qui se place dans un cadre européen. J'ai rencontré mon homologue allemand la semaine dernière. Il avait dépensé 700 000 euros. Il avait le même problème que nous. Donc on a besoin de simplifier et surtout d'adapter ce fonds au prix de l'énergie aujourd'hui, qui est sans commune mesure avec ce qu'il était il y a 6 mois, quand on a mis en place ce fonds.

16:23
Invité

Roland Lescure, c'est une demande de la CFDT, de la bouche de Laurent Berger. Est-ce que le gouvernement envisage de remettre sur la table le même dispositif mis en place pendant la crise Covid, celui du chômage partiel ?

16:33
Roland Lescure

Alors l'objectif, il est au contraire d'éviter ça. Parce que le chômage partiel, pour être très clair, ça veut dire qu'on arrête la production dans les usines de manière un peu généralisée.

16:43
Présentateur

C'est ce que vient de faire un groupe important qui emploie 1 600 personnes. C'est le groupe de Verrier-Arc, qui justement consomme énormément d'énergie pour ses fours. 1 600 personnes placées en chômage partiel qui ne seront donc pas indemnisées à 100%. Pour eux, il n'y aura pas d'exception, par exemple.

16:58
Roland Lescure

Alors, on va regarder les cas particuliers. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a deux ans, vous vous souvenez, tout ça a été généralisé. Aujourd'hui, l'objectif, il est au contraire d'éviter ce type de situation.

17:07
Invité

Quand ça se passe ?

17:08
Roland Lescure

Les Verrier sont dans une situation extrêmement particulière. Donc typiquement, Arc, Duralex, qui a annoncé des mesures un peu similaires. Arc, on n'est pas à 1 600 aujourd'hui. Je pense que c'est à Duralex que vous faisiez référence. Arc, aujourd'hui, a un chômage partiel extrêmement limité à des fonctions support. Mais peu importe. Les Verrier, aujourd'hui, font face à une hausse très forte du prix de l'énergie. Donc ce qu'on fait, j'ai parlé vendredi, au PDG de l'une et de l'autre des entreprises, c'est qu'on regarde s'il y a des alternatives. Notamment, la substitution de sources d'énergie. Est-ce qu'on peut remplacer le gaz, qui est extrêmement cher, par d'autres sources d'énergie ?

Est-ce qu'on peut s'assurer, là encore, c'est assez technique, que ce qu'on appelle le surplus d'arène, donc l'arène fournie par l'EDF, à moins de prix, qui n'a pas été consommé, peut être remboursé ?

17:51
Invité

Parce que là, la décision du chômage partiel, elle a déjà été prise. Qu'est-ce que vous faites à ce moment-là ?

17:55
Roland Lescure

Donc on regarde exactement la manière dont on peut aider ces entreprises à passer l'hiver de manière alternative. Le chômage partiel, pour nous, ça doit être la dernière possibilité. On va essayer de l'éviter. Et je peux vous dire qu'on fait tout pour.

18:06
Présentateur

Le ministre de l'Industrie, Roland Lescure, est l'invité de France Info pour quelques minutes encore. Le fil info à 8h50 avec Maureen Sfignard.

18:13
Invité

TF1 va porter plainte contre Canal+, c'est une information France Info. Un conflit commercial oppose les deux groupes. Les abonnés de Canal+, ne peuvent plus regarder les chaînes du groupe TF1. Depuis vendredi, les deux parties n'arrivent pas à se mettre d'accord sur le nouveau contrat de distribution. Le début d'un procès qui va durer plus de trois mois devant la cour spéciale de Paris, celui de l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016, sur la promenade des Anglais. Un homme renverse et tue avec son camion 86 personnes, plus de 450 blessés. Il est lui-même tué par la police ce soir-là. Huit personnes sont jugées, dont trois pour associations de malfaiteurs terroristes.

Pour la ministre des Affaires étrangères, les sanctions contre la Russie fonctionnent. Le PIB russe est en baisse, affirme Catherine Colonna. Des pans nombreux de son industrie sont frappés. Des sanctions prises après l'invasion de l'Ukraine il y a maintenant plus de six mois. Cela sera son tout premier quart de finale à l'US Open. Demain, la numéro une mondiale française, Caroline Garcia, qualifiée pour la suite de ce tournoi majeur de tennis. Elle est la seule tricolore encore en compétition et affrontera l'américaine Coco Goff. France Info

19:24
Présentateur

Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.

19:29
Invité

Avec Roland Lescure, le ministre chargé de l'Industrie. La moitié des réacteurs nucléaires aujourd'hui en France est fermée pour cause de corrosion ou d'entretien. Combien seront actifs à nouveau cet hiver ?

19:42
Roland Lescure

L'objectif, c'est ce que l'EDF nous a annoncé, nous en a informé. C'est 27 ouverts d'ici la fin décembre et les 32 qui sont aujourd'hui fermés pour des raisons de corrosion ouverts d'ici le mois de février. L'idée, évidemment, c'est qu'on passe en vue tous ces réacteurs, on répare ce qui doit être réparé et quand ils seront ouvrables, ils seront ouverts.

20:02
Présentateur

Mais ça, c'est un souhait d'EDF ou c'est la décision de l'autorité de sûreté nucléaire qu'EDF vous a annoncée au passage ? Parce que la décision de rouvrir une centrale, a priori, EDF ne la prend pas seule.

20:11
Roland Lescure

Alors ça, c'est un souhait du gouvernement, c'est un objectif d'EDF. EDF, ce n'est pas une entreprise qui souhaite, c'est une entreprise qui travaille pour faire.

20:17
Présentateur

Mais il n'y a pas d'engagement d'EDF que toutes les centrales fonctionneront normalement cet hiver.

20:22
Roland Lescure

En tout cas, ils font tout pour, et j'espère bien qu'ils vont livrer de manière opérationnelle cet objectif opérationnel qu'a une entreprise opérationnelle.

20:29
Invité

C'est un souhait, mais ça ne veut pas dire que ça va se faire.

20:31
Roland Lescure

Non, mais c'est exactement ce que je disais tout à l'heure. La probabilité qu'un hiver soit difficile, elle est faible aujourd'hui. Elle n'est pas à zéro. Effectivement, si on a un hiver rigoureux, si EDF ne livre pas la marchandise, ne livre pas ce à quoi ils se sont engagés aujourd'hui, on aura des sujets. Et c'est pour ça qu'on s'y prépare.

20:48
Présentateur

On vous écoute, on se dit que c'est étonnant parce qu'il y a une sorte de balancier entre le gouvernement, il y a une semaine, qu'il a utilisé le mot de rationnement,

20:55
Roland Lescure

qui est un mot... On essaie d'être équilibré. Franchement, aujourd'hui, je pense qu'on doit la vérité aux Françaises et aux Français. Pour rassurer tout le monde, d'abord, il faut parler clair et ensuite montrer qu'on a un plan. Le parler clair, il est que la probabilité qu'on ait du rationnement, aujourd'hui, elle n'est pas nulle. Elle est faible, mais elle est nulle. Et qu'ensuite, si chacun d'entre nous, au bureau et à la maison, fait un effort, cette probabilité sera extrêmement faible. Et c'est ce à quoi je m'emploie, c'est ce à quoi l'ensemble du gouvernement s'emploie, appel à la responsabilité collective et plan B, au cas où, très faible, on aurait rationné.

21:28
Invité

Juste à propos d'EDF, est-ce que vous avez le nom de celui qui va succéder à Jean-Bernard Lévy, le patron actuel ?

21:32
Roland Lescure

Non, celui ou celle, d'ailleurs, mais non. Est-ce que ça pourrait être Patrick Pouyanné, le patron de Total ? Rien à dire là-dessus, pas de commentaire.

21:37
Invité

C'est vrai que beaucoup de grands patrons refusent le poste parce qu'il n'est pas assez payé, 450 000 euros par an.

21:43
Roland Lescure

Non, mais là-dessus... Vous pourriez bouger là-dessus ? Non, mais ça peut sembler beaucoup. Mais moi, je me souviens quand on a nommé Ben Smith à Air France, un PDG à Air France qui fait un super boulot, directeur général d'Air France qui fait un super boulot. Ben Smith, un Canadien que je connais bien, qui était ancien numéro 2 d'Air Canada, qui est aujourd'hui payé davantage que ce que ses prédécesseurs étaient payés et qui fait un super boulot. Pourquoi ? Parce que c'est quelqu'un qui connaît les avions, qui connaît les compagnies aériennes. Moi, j'ai fait pas mal de vols transatlantiques quand j'étais député des Français d'Amérique du Nord.

Je demandais systématiquement ce que les employés d'Air France pensaient de l'RDG, ils l'adorent.

22:15
Invité

Il faut faire sauter ce plafond de 450 000 euros.

22:17
Roland Lescure

En tout cas, moi, je préfère qu'on ait des dirigeants qui sont de qualité, qui livrent de manière opérationnelle des enjeux opérationnels extrêmement forts auxquels fait face EDF. On verra s'il faut aller jusque-là. Mais en tout cas, moi, je préfère un dirigeant de qualité qu'un dirigeant patron.

22:31
Présentateur

Le journal Les Echos écrivait il y a quelques jours que le gouvernement avait déjà préparé le décret pour faire sauter ce plafond à 450 000 euros pour un grand patron d'entreprise publique. Vous confirmez que le décret est prêt au cas où, en fonction du profil ?

22:43
Roland Lescure

Non, mais je ne confirme rien, mais ça peut sembler beaucoup. C'est beaucoup d'argent, en fait. C'est beaucoup d'argent pour une responsabilité qui est extrêmement importante. Donc, ce n'est pas 450 000 ou 460 000 qu'on met par la fenêtre. C'est un investissement dans un dirigeant ou une dirigeante qui, j'espère, sera de qualité et sera capable d'accompagner cette entreprise face aux défis énormes auxquels elle est fait face.

23:02
Présentateur

Roland Lescure, votre collègue du budget. Des comptes publics. Des comptes publics. D'abord, il y a l'annonce qu'elle est prête à recevoir les parlementaires pour discuter à Bercy du futur budget qui va être présenté dans quelques semaines au Conseil des ministres. C'est discuter, c'est négocier ou c'est juste leur donner les mesures du budget ?

23:17
Roland Lescure

Non, mais moi, je trouve que cette polémique est quand même assez... C'est pile je perds et face tu gagnes. C'est-à-dire que... Il n'y avait pas de polémique dans ma question. Est-ce qu'il y a des points à négocier ou est-ce que c'est juste pour leur donner en avant-première ? Je parle des réactions des oppositions à la main tendue de Gabriel Attal. Attendez, je ne vous avais pas encore interrogé sur les réactions de l'opposition mais d'abord, sur le pourquoi il y a des marches. L'idée, c'est de négocier, effectivement. C'est d'ouvrir. C'est de présenter des pistes et d'avoir les réactions des uns et des autres pour savoir ce que les uns et les autres sont prêts à faire.

Ils ont fermé la porte. Donc, c'est négociable. Le budget est encore négociable. Non, mais le budget, il est votable. Donc, évidemment, qu'il est négociable. Ah non, mais c'est important. On est aujourd'hui face à une majorité relative. Est-ce qu'il est votable en l'État qu'il y a des marches de manœuvre ? On n'entre jamais dans une discussion budgétaire sans marche de manœuvre. En général, c'est plus vis-à-vis de la majorité que vis-à-vis des oppositions qu'on en a. Ça ne vous a pas échappé. On est dans une majorité relative. Ça a été fait sur la loi pouvoir d'achat. On a montré qu'on était capable de négocier avec des oppositions républicaines qui, elles-mêmes, sont prêtes à négocier.

24:14
Invité

Ça veut dire que vous pourriez encore reprendre une mesure qui vient de la gauche pour le pouvoir d'achat, notamment ?

24:20
Roland Lescure

Bien sûr, pourquoi pas ? Moi, j'ai vu cet été je pense aujourd'hui qu'on a une alliance, l'ANUPS, qui est une alliance de carpes et de lapins, dans laquelle, je dirais, la carpe l'emporte sur le lapin. C'est-à-dire la volonté systématique de la France insoumise de s'opposer de manière systématique à tout ce que propose le gouvernement est en train de faire un peu tâche d'huile à gauche. Et ça, je le regrette. Mais on est évidemment ouverts. Moi, j'ai été président de la Commission de l'affaires économiques pendant cinq ans. On a pris des amendements socialistes, des amendements communistes, des amendements républicains.

On n'a jamais pris d'amendements de la France insoumise parce qu'ils sont depuis cinq ans, ils l'étaient à 18, ils le sont encore plus maintenant qu'ils sont 70, dans une opposition systématique. Bon, ben ça, tant pis. J'espère que d'autres seront un peu plus constructifs. En tout cas, nous, on est prêts à les prendre. On est prêts à discuter. On dit banco. Venez à Bercy, discutez, et on vous montrera qu'on est prêts. Et vous confirmez le mot négociation sur le budget ? Il y a des points qui sont négociables. C'est le mot que vous avez utilisé tout à l'heure. Bien sûr, bien sûr. Est-ce qu'on soit prêts à avancer ensemble ?

25:25
Présentateur

Si, par exemple, tous les groupes d'opposition vous réclament une taxation des super profits, puisqu'aujourd'hui, une grande majorité d'entre eux y est favorable, est-ce que vous pourriez faire un geste ?

25:33
Roland Lescure

Je pense qu'il y a des choses sur lesquelles on doit être extrêmement ferme. Bon, d'accord. Sûr ? Non, mais la politique économique du gouvernement depuis cinq ans et elle marche, c'est moins d'impôts. Donc, si la seule idée qu'ils ont, comme souvent en France, c'est plus d'impôts, plus d'impôts, plus d'impôts, on n'y arrivera pas. On peut faire mieux.

25:49
Invité

Vous voulez discuter à Bercy, juste une dernière question. Vous voulez discuter à Bercy, donc en marge du Parlement. Vous voulez discuter aussi au CNR, à Marcoussi. C'est le lancement qui va avoir lieu jeudi par Emmanuel Macron, sans Gérard Larcher, sans les Républicains, sans les partis de gauche, sans le Rassemblement National, sans Édouard Philippe, sans toutes les associations d'élus, dont celle des maires de France. En gros, vous allez discuter... Ah, on verra.

26:13
Roland Lescure

On verra, on verra.

26:14
Invité

Vous n'allez discuter qu'avec vous-même ?

26:15
Roland Lescure

Non, moi je pense qu'on va discuter, et c'est l'essentiel, avec des représentants de la société civile, des représentants des syndicats, des représentants des ONG, le président du CESE, et il sera représentant d'un certain nombre de... Non, je pense qu'aujourd'hui, tant pis pour eux, un certain nombre de forces politiques ont essayé de faire la chaise vide autour d'une table extrêmement importante qui consiste à rassembler les politiques et les représentants directs de la société civile des Françaises et des Français. Moi je suis pour, je pense qu'on va montrer l'exemple. Le grand débat avait été décrié, la Convention citoyenne pour le climat a été décriée, le CNR est décrié.

Au fond, le président de la République, il réinvente la démocratie, il essaye de la moderniser. Ceux qui souhaitent rester dans une démocratie un peu archaïque, tant pis pour eux.

26:57
Présentateur

Merci Roland Lescure, très bonne journée. Merci à vous.

26:59
Roland Lescure

Merci à vous.

Taxe sur les superprofits, mesures de sobriété pour les entreprises, chômage partiel... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure — Roland Lescure · Pourquijevote