Bals des pompiers, feux d'artifice annulés... Sur RTL, la porte-parole du gouvernement appelle à "préserver les forces de secours"
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Olivier Bois, RTL Matin. L'invité d'RTL Matin est la porte-parole du gouvernement et ministre délégué en charge de l'énergie. Maude Bréjon, bonjour. Bonjour à tous. Vous avez écouté évidemment attentivement la chronique de Pierre à l'instant. On va en reparler dans le détail avec cette troisième canicule qui nous frappe depuis moins d'un mois et demi. Mais d'abord, l'actualité, elle est marquée par ces images impressionnantes. Cette panique aussi des habitants au bord de la forêt de Fontainebleau obligés d'évacuer leur maison à cause de cet incendie qui est qualifié ce matin d'ampleur exceptionnelle. Ce sont les mots que vous reprenez également ce matin sur RTL.
Bien sûr. Et je voudrais commencer par remercier les 400 sapeurs-pompiers qui sont mobilisés dans des conditions évidemment d'intervention difficiles. Vous savez qu'il y a deux avions bombardiers d'eau qui vont arriver dans les minutes ou dans les heures à venir sur site. Et puis je comprends effectivement le désarroi et l'inquiétude des habitants sur place. On est dans une région où on n'a pas l'habitude d'avoir affaire à de tels incendies. Et donc ce que je peux vous dire ce matin, c'est que la mobilisation des services de l'État est totale. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, sera d'ailleurs aux alentours de 9h sur place.
Et les deux bombardiers d'eau justement qui arrivent sur cette forêt de Fontainebleau, je crois que c'est une première, c'est inédit. De tels moyens n'avaient jamais été employés pour un incendie aussi proche de Paris, en région parisienne, dans la moitié nord du pays. Ça change vraiment la donne ça.
À situation exceptionnelle, moyen exceptionnel. Et ce que je voudrais d'ailleurs dire, c'est que depuis une dizaine d'années maintenant, nous avons massivement investi pour développer des moyens aériens, pour développer des moyens terrestres avec les SDIS, pour développer des moyens humains, former de nouvelles ressources. Et je pense notamment aux militaires qui désormais peuvent aussi intervenir sur place, sont plus nombreux à pouvoir le faire. Et donc voilà, encore une fois, les moyens de l'État sont pleinement mobilisés.
Est-ce que ce sera suffisant ? Parce que ces canadaires, ils viennent par exemple peut-être de régions qui étaient plus au sud. On aura peut-être besoin d'eux dans les jours qui viennent ailleurs. Mais le fait que ces incendies majeurs se décalent vers le nord du pays, ça pose un problème de l'adaptation du pays face aux moyens d'urgence contre ces incendies.
Il y a deux choses. Il y a une coordination nationale qui est évidemment faite et qui permet d'organiser les ressources à l'échelle nationale. Il y a une possibilité de solidarité européenne. En cas de besoin, on peut demander à certains pays voisins, amis, ce n'est pas décidé à ce stade. Mais c'est une possibilité qui s'offre à nous, de même qu'on a connue lors de précédents étés des interventions françaises dans des pays qui en avaient besoin. Je pense notamment à des incendies extrêmement importants en Grèce. Donc encore une fois, nous sommes outillés pour faire face à ces incendies.
Pour autant, on le sait, des situations qui sont aujourd'hui exceptionnelles vont devenir des situations ordinaires. Et donc cette adaptation au changement climatique, aux canicules, aux feux de forêt ne fait que commencer. On va devoir continuer à déployer massivement de nouveaux moyens.
Quelles sont les dernières informations que vous avez sur le nombre d'évacuations, sur éventuellement des blessés, ce qu'il y en a ou pas ce matin ?
Ça, je laisserai le préfet et le ministre de l'Intérieur communiquer dessus. Il y avait quelques dizaines d'évacuations dans la nuit. Et donc voilà, les chiffres seront bien sûr mis à jour. Là encore, l'ensemble des Français concernés seront accompagnés. C'est une épreuve individuelle, familiale, qui est toujours extrêmement difficile. Et bien sûr, on sera à leur côté.
Il a fallu couper, il faut toujours couper une partie de l'autoroute A6. Une des autoroutes quand même capitales l'été. Là encore, c'est une mesure tout à fait hors normes et exceptionnelle.
La priorité, c'est la sécurité des Français. Et donc, des mesures effectivement exceptionnelles peuvent être prises si elles permettent de garantir la sécurité des Français. Personne ne comprendrait qu'on laisse des voitures circuler, qu'on laisse des trains circuler, qu'on n'évacue pas certaines zones concernées au détriment, encore une fois, des Français, de leur sécurité. Et bien sûr, je le précise, de celles des sapeurs-pompiers qui interviennent.
Cet été, c'est toute la France qui est concernée par cette menace de feu, vu l'état des sols, vu la sécheresse provoquée par la canicule. C'est ça. On s'en compte, il y a des incendies dans l'est du pays, en Savoie, dans le sud évidemment. Aujourd'hui, à une heure de Paris, la menace, elle n'a jamais été aussi importante ?
En tout cas, on est dans une situation absolument exceptionnelle. 17 000 hectares ont brûlé. C'est deux fois plus que l'année passée, à la même période. Et donc, face à ça, notre rôle, c'est d'organiser le déploiement des moyens de secours. C'est ce que font les préfets, c'est ce que font les SDIS. J'en profite pour dire qu'il y a 250 000 sapeurs-pompiers, dont 200 000 bénévoles en France. Et donc, il faut vraiment, encore une fois, les remercier ce matin, puisqu'ils luttent et ils s'engagent pour notre protection, pour notre vie, pour préserver, encore une fois, les biens et les personnes.
Et votre rôle aussi au gouvernement, c'est de donner, si besoin, des consignes. Est-ce que vous dites ce matin, Maude Bréjean, porte-parole du gouvernement, qu'il ne faut pas faire de feu d'artifice du 14 juillet, vu les conditions et vu les dangers qui pèsent, et vu la sécheresse des sols aujourd'hui ?
Il y a bien sûr des logiques qui sont des logiques locales. Et donc, c'est aux préfets, c'est aux maires de donner les instructions, de prendre les décisions nécessaires. On sait que la situation n'est pas la même d'un département à un autre. Lorsqu'on est en vigilance rouge, en vigilance orange, il y a des zones qui sont extrêmement risquées, où les feux d'artifice ont été annulés. Je vais vous donner un exemple. Moi, je suis élue dans le sud du 92, en automne. Le feu d'artifice a été annulé. Et c'est une mesure, encore une fois, de sécurité, qui a été prise par la mairie pour préserver les habitants dans un moment... Donc, dans le sud de Paris, au port de Paris, là encore...
On le comprend, pardonnez-moi, de telles mesures doivent être prises. Il y a une logique de sécurité, mais il y a aussi une logique de mobilisation.
Par exemple, il y a des feux d'artifice qui sont déjà prévus ce soir. Vous dites quoi ?
En tout cas, on doit veiller à ne pas sur-mobiliser les forces de secours. Elles le sont déjà. Et donc, on est dans cette logique, depuis le début, avec le Premier ministre, assumé d'interdire, d'annuler certains événements pour préserver ces forces de secours. Vous savez, sur la plaque parisienne, il y avait ce qu'on appelle le bal des pompiers, qui est prévu dans toutes les casernes, normalement le 13 au soir. Ils ont été annulés, là encore, pour préserver les forces de secours, les pompiers, et leur permettre d'intervenir par ailleurs.
Donc, ces incendies qui sont aggravés, provoqués par la canicule, par les sécheresses, vous avez écouté la chronique de Pierre Langléco sur RTL, sur l'inquiétude liée aux centrales nucléaires. Est-ce que notre approvisionnement électrique est potentiellement menacé ? Parce que des centrales sont à l'arrêt, parce qu'encore une fois, on le rappelle, on peut plus difficilement les refroidir à cause de l'eau des fleuves ou des rivières à côté qui chauffent trop vite.
D'abord, je voudrais rassurer tout le monde, il n'y a aucune tension sur le réseau électrique. Nous continuons à être excédentaires. Nous continuons à vendre de l'électricité à nos voisins européens. Et bien sûr, donc, par voie de conséquence, à assurer nos propres besoins.
Mais quand est-ce qu'on inquiète la ministre de l'énergie que vous êtes ?
Absolument pas. Et ce qu'on vit est en fait assez ordinaire. Il y a des règles, des règles qui visent à protéger l'environnement, la faune et la flore, des règles qui visent à garantir la sûreté des exploitations, et c'est bien normal. Et donc, lorsqu'on est dans des périodes critiques, on adapte les installations, on le fait pour les centrales nucléaires, mais on le fait pour d'autres moyens de production industrielles, de telle sorte qu'on respecte ces règles, et c'est bien normal. Je donne quand même un chiffre. Ça représente moins de 0,5% de la production chaque année, ces baisses de puissance. Donc, on est dans des phénomènes qui sont vraiment marginaux.
Quand on vous écoute comme ça, vous avez l'air de dire, bon, rien d'exceptionnel, ce qui se passe, tout est sous contrôle. Mais cette canicule, tout n'est pas sous contrôle avec cette canicule. On voit des infrastructures, que ce soit les centrales nucléaires, ou des écoles dans lesquelles on ne peut plus emmener les enfants ou déposer les enfants. On l'a connue la dernière fois. La France n'est pas prête à faire face. Si, à partir de l'année prochaine, des années à venir, il y a trois mois comme ça de canicule aussi extrême, on aura un problème dans le pays.
Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, les centrales nucléaires, chaque année, font face à des baisses de puissance, quand la température monte, au-delà d'un certain seuil. Encore une fois, il y a des règles, c'est normal de les respecter. Ce sont des installations critiques. Et notre devoir, c'est évidemment d'opérer ces centrales en toute sûreté. Sur la question des écoles, il y a un travail d'adaptation absolument colossal à faire. 6500 emprises scolaires, écoles, sont en voie d'être rénovées ou l'ont déjà été. On voit qu'il y a une marche très importante à gravir, parce que vous l'avez dit, on ne pourra pas, chaque été, se poser la question de l'ouverture ou de la fermeture des écoles.
Et ça fera partie des politiques publiques majeures des années à venir et probablement du débat présidentiel aussi qui arrive.
Cette canicule va durer probablement jusqu'au milieu de la semaine. Qu'est-ce que vous avez comme retour, après un week-end, encore une fois en pleine chaleur, avec des gens qui étaient potentiellement en danger chez eux ou dans les hôpitaux ? Est-ce qu'il y a des inquiétudes liées aux services d'urgence, liées à la prise en charge médicale de certains patients ?
Alors, le système hospitalier tient. Il est évidemment extrêmement éprouvé, mais il tient. Et donc, je remercie encore une fois tous les personnels soignants, là encore, qui sont mobilisés dans des circonstances difficiles. On a déclenché le plan Orsan 3, il y a maintenant deux semaines. Ce plan continue à être mis en œuvre pour préserver les hôpitaux. Et puis, vous le savez, on a annoncé le déploiement des mesures hors sec, chaleur extrême, il y a trois jours. C'est des dispositifs.
Donc, des accueils de personnes fragiles. Quand un département est placé en rouge, il faut prévoir des lieux où les gens fragiles peuvent venir se rafraîchir.
Or, c'est que chaleur extrême, pour la faire courte, c'est ce qui permet d'ouvrir des centres de rafraîchissement dans tous les départements classés en rouge. Et sur les 22 premiers départements qui nous ont remonté leurs chiffres, 2000 centres de rafraîchissement avaient été ouverts ce week-end avec une influence qui a été notable. C'est bien la preuve que ça permet aux gens, encore une fois, d'avoir ce point de rafraîchissement, ce point de repos qui est nécessaire pour eux. J'en profite pour remercier, là encore, les mairies et les collectivités territoriales qui ont pleinement joué le jeu.
Une dernière question, Maud Bréjean, à la veille de ce France-Espagne qui nous fait tant envie. Vous avez lu comme nous et vu comme nous les déclarations de l'ancien Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, qui dit que cette équipe de France, il n'y a pas de Français dans cette équipe de France. Il est attaqué dans son pays, dénoncé pour ses propos racistes. Que répond officiellement le gouvernement que vous représentez ce matin sur RT ?
Ces propos sont abjectes et c'est une grande méconnaissance de l'histoire de France, de ce qu'est la France, de la fierté des Français à l'égard de leur équipe nationale.
C'est du racisme ?
C'est évidemment du racisme et nous combattons le racisme partout où il se trouve et d'où qu'il vienne. Voilà, ces propos sont abjectes.
Est-ce que vous allez faire passer le message à l'ambassadeur d'Espagne en France ?
Ça, je laisserai le ministre des Affaires étrangères se prononcer dessus. Ce que je vous donne, c'est la position, encore une fois, du gouvernement. Nous combattons le racisme d'où qu'il vienne. Et ces propos ont évidemment choqué tous ceux qui les ont entendus. Je l'espère. Merci à vous.
Merci beaucoup, Maude Bréjon, d'avoir été avec tous ce matin sur RTL, porte-parole du gouvernement et ministre également en charge de l'énergie.
Maud Bregeon