Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard
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Questions et réponses
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- 0:14OuverteRéponse directe
Le monde agricole est au bord de la crise après un été de canicule et sécheresse. Que proposez-vous ?
- 0:57OuverteRéponse directe
Le gouvernement doit-il répondre aujourd'hui avec des aides d'urgence massives ?
- 2:53OuverteRéponse directe
Sur la manière d'aider les agriculteurs, est-ce qu'il faut accepter une hausse des prix alimentaires ?
- 3:17RelanceÉludée
Est-ce qu'il faut accepter une hausse des prix alimentaires pour aider les agriculteurs ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Dans le contexte de contraintes sur les finances publiques, comment financer ces mesures ?
- 7:23RelanceRéponse directe
Où trouver cet argent si le gouvernement refuse d'augmenter les impôts ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:04Invité politiqueFait
« Évidemment. D'abord parce que c'est un devoir vis-à-vis de nos agriculteurs qui se retrouvent dans une situation qui est une situation très difficile. »
- 1:26Invité politiqueFait
« c'est un enjeu pour la société dans son ensemble, parce que cette situation-là, elle va aussi produire des conséquences économiques, de l'inflation, de l'augmentation des prix sur les fruits et légumes »
- 1:55Invité politiqueFait
« quand on ne met pas en place les politiques d'adaptation aux changements climatiques qui sont nécessaires, et bien à la fin, ça coûte plus cher que de l'avoir fait avant. »
- 2:20Invité politiqueFait
« Il faut évidemment des mesures d'indemnisation, parce que, alors vous avez parfois des systèmes assurantiels, mais ils ne sont pas suffisants »
- 2:48Invité politiquePromesse
« nous avions proposé, nous, par l'intermédiaire d'Éric Coquerel, le président de la Commission des Finances, d'ouvrir un débat sur ce qu'on appelle un budget rectificatif, pour que ce soit le budget 2026, pas le budget 2027, qui prévoit les aides qui sont nécessaires. »
- 4:10Invité politiqueChiffre
« Sur les fruits et légumes, la grande distribution, c'est quasiment 30%, 20 à 30% de marge. »
- 9:22Invité politiqueChiffre
« Les aides aux entreprises, il y a un rapport sénatorial du sénateur Fabien Gué qui les chiffre à plus de 200 milliards d'euros par an. »
- 22:41Invité politiqueChiffre
« Jean-Luc Mélenchon, il a plus de 360 000 parrainages citoyens. »
Temps de parole
- Manuel Bompard66 %
- Invité16 %
- Présentateur12 %
- ?5 %
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Bonjour Camille. Bonjour. Et bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Député de la France Insoumise, coordinateur national de votre mouvement. Merci d'être avec nous ce matin sur France Info.
On
va évoquer évidemment avec vous la campagne présidentielle qui est bien lancée, les divisions aussi à gauche, les possibilités d'union peut-être. Mais tout d'abord, le monde agricole qui se retrouve au bord de la crise de nerfs après cet été cataclysmique sur le front de la canicule et de la sécheresse. Situation catastrophique avec des productions qui s'écroulent pour de très nombreuses cultures. La ministre de l'Agriculture, dans moins d'une demi-heure maintenant, va présenter son plan d'urgence pour les agriculteurs. Johan Barbe est le vice-président de la FNSEA. Il était sur notre antenne tout à l'heure sur France Info. Il attend beaucoup de ses annonces.
La première urgence pour le secteur, c'est ce que j'ai toujours dit, c'est que l'argent fraie directement sur nos exploitations. Le problème qu'on a aujourd'hui, c'est que la sécheresse,
on
l'a vécu en 2026 et on a besoin de mesures d'urgence en 2026 et pas en 2027.
Johan Barbe, le vice-président de la FNSEA, principal syndicat agricole, Manuel Bompard, il réclame de l'argent frais.
On
entend la détresse des agriculteurs depuis plusieurs semaines. Est-ce que le gouvernement doit y répondre aujourd'hui avec des aides d'urgence massives
?
Évidemment. D'abord parce que c'est un devoir vis-à-vis de nos agriculteurs qui se retrouvent dans une situation qui est une situation très difficile, avec, vous l'avez dit, des pertes de production qui sont très importantes, mais y compris parce que ce n
'est
pas seulement un enjeu pour nos agriculteurs, c'est un enjeu pour la société dans son ensemble, parce que cette situation-là, elle va aussi produire des conséquences économiques, de l'inflation, de l'augmentation des prix sur les fruits et légumes, et si on n'a pas des mesures d'urgence pour protéger les agriculteurs, mais aussi pour protéger les consommateurs, on va se retrouver confronté à des augmentations de prix telles...
Des milliers d'exploitations en plus risqueraient de mettre la clé sous la porte, c
'est
ce que disait encore la FNSEA ce matin. Une question de survie même pour le secteur.
Exactement. Et d'ailleurs, c'est aussi une manière, je crois, que tout le monde prenne conscience, que quand on ne met pas en place les politiques d'adaptation aux changements climatiques qui sont nécessaires, et bien à la fin, ça coûte plus cher que de l'avoir fait avant. Et là, on en parlera peut-être tout à l'heure, mais ce sentiment qu'à chaque fois qu'on a des événements climatiques extrêmes, ça produit une indignation dans la société, et puis ensuite, on passe à autre chose, jusqu'à la prochaine, c'est aussi avec ça qu'il faut rompre.
Maintenant, si on en revient sur les agricultrices et les agriculteurs, nous, le groupe de la France Insoumise à l'Assemblée Nationale, hier, nous avons présenté notre propre plan, avec un certain nombre de mesures. Il faut évidemment des mesures d'indemnisation, parce que, alors vous avez parfois des systèmes assurantiels, mais ils ne sont pas suffisants, c'est-à-dire des agriculteurs qui ont des assurances, qui vont parfois les indemniser, mais il
y a
des agriculteurs qui
n'ont
pas d'assurance, parfois ces systèmes assurantiels eux-mêmes ne sont pas suffisants, et donc oui, il faut débloquer des fonds, et débloquer des fonds tout de suite.
D
'ailleurs, pendant la canicule, nous avions proposé, nous, par l'intermédiaire d'Éric Coquerel, le président de la Commission des Finances, d'ouvrir un débat sur ce qu'on appelle un budget rectificatif, pour que ce soit le budget 2026, pas le budget 2027, qui prévoit les aides qui sont nécessaires.
Emmanuel Bompard, sur la manière d'aider les agriculteurs, là, tout de suite, Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, propose aussi d'augmenter le prix de certains produits. Il dit, par exemple, que pour une boîte d'haricots, ce serait passé de 13 centimes à 15 centimes, que cela changerait la donne pour les agriculteurs, et que cette petite inflation alimentaire, selon lui, ne serait pas un drame. Est-ce qu'il faut accepter une hausse des prix alimentaires pour
aider
les agriculteurs
?
Non, j'ai eu l'occasion, d'ailleurs, d'avoir un petit échange avec M. Rousseau sur les réseaux sociaux. Quand on a des revenus comme ceux
qui peuvent avoir... On peut entendre 2
centimes sur
une boîte d'haricots verts. Oui, mais quand
vous avez des revenus importants, bon, un peu d'inflation alimentaire, vous pouvez peut-être l'encaisser, mais quand il y a 10 millions de pauvres dans ce pays qui tirent déjà la langue pour pouvoir se nourrir, la réponse, ça ne peut pas être de dire, vous allez devoir accepter l'augmentation des prix. Donc, ce que je disais à M. Rousseau, c'est que là où il y a précisément de la marge pour faire en sorte de protéger et le producteur, parce que oui, le producteur doit avoir des prix qui sont des prix garantis et rémunérateurs, il ne
peut
pas travailler à perte, mais aussi le consommateur, pour que le consommateur ne se retrouve pas face à une augmentation des prix, là où il y a des marges, pardon, mais c'est dans les intermédiaires,
c
'est dans l'industrie agroalimentaire, c'est dans la grande distribution. Sur les fruits et légumes, la grande distribution, c'est quasiment 30%, 20 à 30% de marge. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut avoir des prix rémunérateurs qui sont garantis pour les producteurs.
Ça, c'est ce que vous
proposez, des prix planchés pour les agriculteurs. Et vous voulez également aussi, pour les consommateurs,
avoir
des prix qui soient bloqués. Mais il y
a
un moment, pardon, mais ça ne fonctionne pas forcément de vouloir à la fois, vous êtes face à un 10e, vous voulez bien rémunérer l'agriculture française sans flamber des prix pour les consommateurs. Comment vous faites avec ces intermédiaires pour justement réussir à ce qu'ils réduisent leur marge ? Et les agriculteurs peuvent avoir aussi besoin de leur vendre tout de même plus cher dans les cas, là, comme on le voit, de baisse des rendements, de sécheresse particulière.
Non, vous prenez, c'est assez simple en fait. Vous avez raison de dire qu'on peut penser que c'est un dilemme. C'est-à-dire que vous voulez faire en sorte qu'au début de la chaîne, les gens soient mieux rémunérés et qu'à la fin, ça ne coûte pas plus
cher. Et tout le
monde a envie d'être d'accord avec vous.
Voilà, sauf que vous oubliez quelque chose, c'est qu'au milieu, vous avez des grands industriels et de la grande distribution
dont
on ne peut pas dire qu'ils ont des grandes difficultés économiques, qui font des marges, qui sont des marges gigantesques, qui ont un rapport de force tel qu'ils imposent aux producteurs des prix d'achat qui ne sont pas rémunérateurs et qui ensuite répercutent, ces prix d'achat, qu'ils les répercutent sur les consommateurs en encaissant la différence. Donc, qu'est-ce que vous faites ? Vous prenez des mesures sur, par exemple, un panier de produits de première nécessité de fixation des prix.
C
'est prévu par le Code du commerce de manière exceptionnelle. Et vous avez des mesures d'encadrement des marges. D'ailleurs, parce que je voudrais bien quand même qu'on voit que certains ont un petit peu de suite dans les idées. D'ailleurs, j'ai moi-même, avec le groupe de la France insoumise il y a maintenant trois ans, déposé une proposition de loi à
l
'Assemblée nationale qui prévoyait, ça tombe bien, des prix planchers pour les agriculteurs et des mesures d'encadrement des marges de la grande distribution. Et il me semble qu'il avait manqué quatre ou cinq voix pour qu'elles puissent être votées à l'Assemblée nationale. Donc, vous voyez, moi, je n
'ai
pas attendu la rentrée 2026 pour dire que c'est ça qu
'il
fallait faire. C'est ce qu'on porte depuis plusieurs années maintenant. Bon, Annie Gennevar, elle va annoncer des mesures d'aide d'urgence dans une vingtaine de minutes. Maintenant, Manuel Bompard, la question qui se pose dans le contexte qu'on connaît de fortes contraintes sur les finances publiques,
c
'est la question du financement aussi de ces mesures, évidemment. Hier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit qu'il demandait des économies nouvelles, des gels de crédit pour libérer de l'argent, pour pouvoir financer ces aides aux agriculteurs. Est-ce qu'on peut consentir à certaines économies sur certains autres postes de dépense pour soutenir le
secteur agricole aujourd'hui ?
Le problème, c'est que ce gouvernement est dans cette même logique depuis plusieurs années maintenant, c'est-à-dire qu'on a besoin de financer des choses importantes, donc on va le faire en coupant des financements d'autres choses importantes. Je vous donne juste un exemple, parce qu
'on
l
'a
appris hier. Au plein milieu de la canicule, tout le monde était révolté de voir que nos enfants se retrouvaient dans des écoles qui étaient des écoles surchauffées. Le gouvernement a été obligé de dire qu
'on
va faire quelque chose. Il nous dit qu'on va mettre en place un fonds en 50 millions d'euros pour l'adaptation au changement climatique des écoles. Puis là, on apprend dans la rentrée que finalement, ce fonds a été divisé par cinq, parce que ce n
'est
plus la canicule, donc le gouvernement... Mais ça,
ce
n
'est
pas possible. Si la réponse pour pouvoir débloquer des financements nécessaires, c'est de couper d'autres financements qui sont essentiels, on n'y arrivera pas. Qu'est-ce qu'il
faut faire ? Mais parce
que le gouvernement va vous répondre, il n'y a pas d'argent magique, la France est endettée, et que donc si on choisit d'aider en urgence les agriculteurs, ce sur quoi vous semblez d'accord,
où
trouver cet argent ?
Précisément dans ce que le gouvernement ne veut pas faire,
c
'est-à-dire produire et créer des recettes nouvelles. Parce que c'est quand même le problème dans les discussions budgétaires avec le gouvernement, c'est qu'il oublie quelque chose. C'est qu'un budget, c'est des recettes et des dépenses. Si vous voulez augmenter les dépenses parce qu'il y a des besoins qui sont importants auxquels il faut faire face, il
faut
augmenter les recettes.
Il y
a
une ligne rouge qui a été posée, ce n
'est
pas d'impôt supplémentaire, pas d'hausses d'impôts. Donc il n
'y a
pas de
solution
pour le gouvernement. Est-ce que les Français sont prêts à consentir à des hausses d'impôts aujourd'hui ?
Maintenant, on rentre dans ce débat et vous avez raison de me poser la question. Deuxième problème qu'il y a dans le débat public sur ce sujet, quand vous dites qu
'il
faut augmenter les recettes, on vous dit que
vous
voulez augmenter les impôts pour tous les Français. Moi, je ne propose pas d'augmenter les impôts pour tous les Français. Par contre, on peut mettre à contribution davantage celles et ceux qui ont largement les moyens de contribuer davantage. C'est le débat qu'on a eu déjà l'année dernière sur la taxe Zuckmann. C'est la question du rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune, pour prendre cet exemple-là. C'est faire en sorte qu'il y ait des recettes nouvelles et que ces recettes nouvelles, elles reposent sur la minorité.
Dans la proposition de réforme fiscale que nous avons proposée, pour vous donner cet exemple-là, elle conduit au maintien au même niveau ou à la baisse de l'impôt de 92% des
Français. On sait bien qu'il n'y a pas de majorité,
de toute façon, pour voter ce genre de mesures à l'Assemblée aujourd'hui, qu'il faut, comme disait le Camille, dans tous les cas, trouver l'argent.
D'accord, mais vous ne
pouvez
pas me reprocher à moi qui vous fait des propositions que les autres ne sont pas d'accord. Si
les autres ne sont pas
d
'accord, ils doivent
ensuite assumer. S'ils refusent la solution que nous préconisons de produire des nouvelles recettes, alors ils tombent dans ce que vous venez de dire. Donc ils doivent assumer d'arbitrer entre des priorités budgétaires.
Mais est-ce que vous pourriez, Manuel Bompard, accepter que dans cette situation de crise très forte pour les agriculteurs, oui, il y ait certains postes de dépense qui soient gelés ? Est-ce qu'en effet,
dans ce cas
particulier, on attend le plan qui
va être annoncé par le gouvernement ? Parce que j'ai plein d'idées à vous proposer, moi.
Je veux dire, les aides aux entreprises, il
y
a un rapport sénatorial du sénateur Fabien Gué qui les chiffre à plus de 200 milliards d'euros par an.
Sénateur communiste avec la difficulté de fléchage, justement,
de ces aides.
Donc c'est des dépenses. Bon,
là,
je suis d'accord pour essayer de faire des économies sur ce sujet. Quand vous avez des niches fiscales qui sont extrêmement coûteuses et qui sont utilisées aujourd'hui, type le crédit impôt recherche, par des entreprises, pas toutes, mais certaines l'utilisent comme un effet d'aubaine et ne font pas de recherche. Oui, là, je suis d'accord pour faire des économies. Donc je ne
vous
dis pas qu'il n
'y a
pas des économies à faire. Mais les économies, quand le gouvernement en parle, c'est sur la santé, sur l'éducation nationale, sur l'écologie, sur la protection civile, on annule des commandes de Canadair. Et puis après, on se retrouve l'été suivant, et puis on est face à une sécheresse, une canicule, des méga-feux, et on n
'est
pas prêts pour y faire face. Et on me dit, c'est ça qu'il faut faire. Pardon, j'ai compris que vous vouliez me poser une autre question, mais je veux juste rajouter un petit point, si vous me permettez. C'est que non seulement c'est catastrophique pour la société, mais en plus, économiquement, ça ne fonctionne pas. Est-ce qu'on a le droit de dire que l'année dernière, on nous a dit, on va faire des coupes, parce qu'il faut baisser le déficit, qu'il y
a
eu des coupes, et que cette année, le déficit va être plus important que l'année dernière. Donc, si vous voulez continuer dans cette logique qui ne fonctionne pas, et qui met la société en danger, oui, effectivement, ce n
'est
pas pour nous qu'il faut voter. Mais si vous voulez rompre avec cette logique-là, et mettre en place autre chose, ben oui, c'est plutôt vers nous qu
'il
faut se tourner.
En tout cas, des économies, il faudra en faire, c'est ce que répète le gouvernement. Le budget, on a commencé à en parler, ce sera le gros sujet des semaines qui arrive à l'Assemblée. Emmanuelle Bonpart, Maude Bréjean, porte-parole, le gouvernement était sur notre plateau à votre place hier matin, et elle a appelé ici même un budget de sauvegarde.
Ce
n'est dans l'intérêt de personne de priver la France d'un budget pour l'année 2027. Notre objectif n'est pas d'imposer un budget pour une année entière, c'est pour 2, 3, 3, 4, 5, 6 mois. L'objectif,
c
'est d'avoir un budget de sauvegarde qui permette au pays de tourner.
Vous
êtes prêt à participer à un budget de sauvegarde, Emmanuelle Bonpart, comme le demande Maude Bréjean ? Ce n
'est
pas un
budget de sauvegarde qu'elle nous propose. Elle va nous proposer un budget de coupe dans des ministères, dans des dépenses
de
santé qui sont essentielles pour la vie des Françaises et des Français. Enfin, je veux dire, vous venez d'un certain point de vue, je vous prends un témoin, de faire la démonstration vous-même que Mme Bréjean, derrière cette idée, il faut que tout le monde se mette d'accord, etc., elle n'est pas dans une démarche de compromis, parce que si elle était dans une démarche de compromis, le gouvernement n'aurait pas commencé par dire « De toute façon, il n
'y
aura pas de recette nouvelle. »
Parce que c'est ce qu'on entend quand même. Manuel Bonpart dans les mots de Maud Bréjean. Ils coupent des hypothèses et
nous disent « Il faut être d'accord avec nous. »
Et
si vous n'êtes pas d'accord avec nous, c'est que vous n'êtes pas sur une logique de compromis. Moi, je ne suis pas d'accord avec
eux. Le budget de
sauvegarde, ça apparaît être cette idée-là, c'est-à-dire avoir un budget qui est moins politique, le temps que la campagne passe, et puis ensuite, une fois que la campagne et que les Français se seront prononcés, eh bien, il y aura une politique qui s'appliquera.
Vous avez annoncé que
vous alliez censurer le budget.
Est
-ce que ce n
'est
pas une prise de risque pendant cette campagne d'instabilité
?
Mais en fait, si le gouvernement était vraiment dans la démarche que vous venez d'indiquer, il dirait « Bon, il va y avoir une campagne présidentielle, il y a une campagne présidentielle, il
va
y avoir une élection au mois d'avril, il y aura après sans doute des législatives, une nouvelle majorité,
il
y aura un budget rectificatif. En attendant,
je
fais ce qu'on appelle une loi spéciale
qui
permet que le pays continue à tourner, mais je ne fais pas de choix budgétaire,
politique. Oui, qui empêche des
investissements,
qui empêche des aides,
qui a
aussi un coût pour les Français. Si
vous voulez un budget de sauvegarde, comme dit Mme Bréjon, vous ne
faites
pas, vous n'en profitez pas pour prendre tout le monde, excusez-moi du terme, je ne
l
'aime pas trop, mais je n'en trouve pas d'autres, en otage dans le pays, en disant « Attention, si vous n'acceptez pas qu'on coupe dans le budget de l'éducation nationale, de l'écologie, etc., c'est
à cause de vous, il va y avoir de l'instabilité. » On a reçu des lettres
de cadrage pendant l
'été,
moi je les ai consultées, dans lesquelles d'ailleurs ils mentent, parce qu
'ils
disent « Non, non, ce n
'est
pas vrai, le budget va augmenter », sauf que quand vous comparez à deux budgets, vous comparez en tenant compte de l'inflation. Si vous tenez compte de l'inflation, à part le ministère de la Défense, tous les autres budgets des ministères vont couper. On me dit « On va augmenter le plafond des franchises médicales ». Donc c'est sur les gens que ça va peser. On nous parle de sous-indexer les pensions de retraite. Alors on nous dit « Oui, c'est que pour les retraités riches », on dit « Ah bon, à combien ? À 1500 euros net ? »
«
Ah bon, à 1500 euros net en France, on est riche
?
»
«
Aujourd'hui, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » Donc non, pardon, derrière ces grandes opérations de communication, ce gouvernement a l'intention de faire peser encore sur les Français un budget qui, encore une fois, ne marchera pas d'un point de
vue économique. Manuel Bompard, on vous entend bien. Vous ne
croyez donc pas dans ce budget dit de sauvegarde comme on a parlé à la porte-parole du gouvernement à votre place hier. Vous parliez vous-même de cette loi spéciale. Là encore, le gouvernement alerte en disant « Si c'est une loi spéciale, ça aggravera la dette française. » Le taux d'emprunt de l'État français à 10 ans évolue au-dessus de 4%. C'est le plus haut niveau depuis 2008. Est-ce que vous ne prenez pas le risque d'aggraver la dette française et donc aussi de limiter votre action si vous êtes élu au printemps prochain
?
Je vais répondre à votre question, mais quand même, est-ce que vous êtes conscient du fait que, par rapport à l'année dernière, cette année, le déficit va être plus important que l'année dernière ? Donc l'année dernière, on nous a dit « Il faut couper dans les budgets parce que sinon vous allez aggraver
la dette. » On vous entend
et vous l'avez déjà dit.
Oui, mais vous m'avez dit exactement la même chose l'année dernière. Oui, mais aggraver la dette, c'est produire du déficit.
C
'est produire du déficit.
Et vous
vouliez les mains, finalement.
Non,
c'est eux
qui se lient les mains, le gouvernement, et nous lient les mains. Parce qu'en fait, ce qu'il faut comprendre, et là, je réponds à votre question, c'est que quand vous êtes dans un pays dans lequel plus de 50% de la croissance est tirée par la consommation populaire,
si
vous avez une politique, et une politique qu'on appelle d'austérité ou de coupe budgétaire, c'est-à
-dire
une politique qui repose en particulier sur les investissements et sur le pouvoir d'achat des Français, à la fin,
ça
se traduit par une récession économique. D'ailleurs, qu
'est
-ce qu'on a appris ? Que le deuxième trimestre de l'année 2026, la France est en récession, pour que les gens qui nous écoutent comprennent, ça veut dire qu'elle n'a pas de croissance,
qu
'elle est en croissance nulle. Et quand vous êtes en croissance nulle, vous aggravez le problème, parce que vous avez moins de recettes fiscales, et donc vous avez plus de déficit. C'est mathématique, c'est absolument logique. Donc précisément, si vous voulez faire en sorte d'alléger le poids de la dette, il faut remettre de l'ordre dans les comptes publics. Moi, je suis absolument d'accord avec ça. Mais pour ça, il faut dégager des nouvelles recettes. Il n
'y a
pas d'autre solution que ça, et c'est ça qui fonctionnera. Après, il y
a
le débat sur la congélation d'une partie de la dette, qui est aussi une autre manière de faire diminuer le poids qu'exerceront les marchés financiers sur la dette française.
Manuel Bompard, député et coordinateur de la France Insoumise, est notre invité ce matin du 8.30 France Info. Ce week-end, Jean-Luc Mélenchon, votre candidat, se rendra à la braderie de Lille et tiendra un meeting. Votre candidat qui est très bien placé dans les sondages en cette rentrée. Vous allez peut-être nous dire que vous ne les regardez pas, mais en tout cas, c'est ce que disent les enquêtes d'opinion. Il est en mesure de se qualifier au second tour, selon plusieurs scénarios. Quel va être le message ce week-end de Jean-Luc Mélenchon ? Vous allez appeler les autres partis de gauche à l'Union à se ranger derrière vous ?
C'est d'abord des messages qui sont des messages politiques pour faire face et programmatiques. D'abord des propositions qu'on met sur la table. On parlait de la dette, on a mis une proposition sur la table sur ce sujet qui a occupé, je crois, une grosse partie des discussions politiques en cette rentrée. On a parlé de cet été absolument catastrophique du point de vue climatique.
Je
pense que Jean-Luc Mélenchon a fait pour la rentrée le seul, le vrai,
a
montré qu'il était le seul candidat aujourd'hui qui avait une pensée construite et des propositions sur la question de la lutte contre le changement climatique.
Le seul,
Raphaël Glucksmann, ne porte pas des mesures ?
Pour l'instant, moi, je n
'ai
pas l'intention de polémiquer avec Raphaël Glucksmann, mais pour l'instant, dans les propositions qui sont mises sur la table, j
'ai
l'impression qu'il y
a
une pensée construite et une mise en œuvre opérationnelle de ce qu'on a appelé la planification écologique, la règle verte, la volonté d'introduire dans la Constitution l'idée qu'on
ne
prend pas davantage à la planète chaque année que ce qu'elle est capable de régénérer. Une modification de l'organisation administrative du pays avec l'idée d'éco-région qu'a développée Jean-Luc Mélenchon pour mettre en œuvre cette planification écologique. Je pense aujourd'hui, le programme qui est le plus pensé, le plus construit et qui résonne, je crois aussi, le plus avec les mobilisations écologiques qui existent dans la société, c'est celui de Jean-Luc Mélenchon.
Après, il y a d'autres candidats qui
portent ça. Marine Taudelier, elle porte l'écologie aussi.
C'est
ce que j'allais vous dire. En clair, Manuel Bompard, le vote utile écolo, c'est vous ?
C
'est Jean-Luc Mélenchon ?
J'ai l'impression, en tout cas, quand je regarde les votes, par exemple, qui sont faits par les députés écologistes et les députés de la France Insoumise à l'Assemblée Nationale, j'ai regardé les statistiques, là, il y a quelques jours, on est à peu près à 90% de votes en commun. Donc,
en tout cas, il y a une convergence.
Donc, vous appelez Marine Taudelier à retirer sa candidature ?
Moi,
je
n'appelle rien, je ne demande rien. Chacun prendra les décisions qui lui semblent nécessaires dans cette situation. Ce que je dis, tout simplement, c'est qu'avec les militants écologistes, les députés écologistes, on partage de nombreux combats ensemble, on vote très largement de la même manière à l'Assemblée Nationale, et qu
'il
me semble qu'il y aurait quelque chose d'assez naturel de faire campagne ensemble, et que Jean-Luc Mélenchon peut être le prochain président écologiste de ce pays.
Donc voilà, après, chacun décidera
et décidera comment il veut se positionner
dans cette situation. À l'instant, Manuel
Bompard, le premier secrétaire du PS candidat à la primaire aussi socialiste, Olivier Faure, déclare que le nouvel âge du socialisme, c'est le socialisme écologique. Il tend la main à nouveau aux écologistes. Vous dites que vous êtes, vous, très proche des écologistes. Est-ce que ça peut dessiner des rapprochements entre vous, les écologistes, peut-être le PS par la voix d'Olivier Faure ce matin, qui semble aussi peut-être vous tendre un peu la main ?
Non, attendez, d'abord,
j
'ai l'impression qu'Olivier Faure, il est engagé dans une forme de congrès avec d'autres candidats.
C'est une primaire
? Oui,
une
primaire fermée à 15 euros. Mais ils font ce qu'ils veulent,
il
n
'y a
pas de problème. Sur le
fond de la possibilité d'un
rapprochement.
Oui,
mais j'ai l'impression qu'ils ont l'intention d'avoir leur propre candidat. Je crois que c'est pour ça qu'est fait cet instrument. Ce n
'est
pas pour ensuite venir rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Donc je pense qu'aujourd'hui...
Vous pourriez vous rapprocher d'un de ces candidats, vous ? C'est aussi ça la question qui peut se poser.
En fait, c
'est
aux électrices et aux électeurs de décider. Est-ce qu'ils se retrouvent ou pas dans le programme que nous portons avec Jean-Luc Mélenchon ? Et je pense que si on est un militant écologiste, si on est un militant communiste, si on est un électeur, un adhérent, ou même un sympathisant communiste ou écologiste, je crois qu'il y a assez peu de raisons de ne pas se retrouver dans le programme que nous portons. Or, vous l'avez dit, on a quand même une campagne qui est dans une belle dynamique,
que
cette campagne est décisive, elle va être très importante, qu'on a une opportunité sans doute unique de transformer cette société pour la rendre plus sociale, plus écologique, plus démocratique. Et donc, je pense que personne n'a envie de louper cette opportunité. Donc moi, je ne demande rien. Je dis à toutes celles et ceux qui veulent venir aider dans ce moment décisif, vous êtes les bienvenus. Vous pouvez rejoindre les groupes d'action. Vous pouvez signer sur Mélenchon2027.fr. Venez parce que plus on sera nombreux, plus on augmentera nos chances d'y parvenir.
Je crois
qu'on peut y arriver.
Mais parce que Manuel Bompard, le risque, c'est que vous soyez le roi du cimetière. Cette expression, c'est celle de Marine Tondelier, la patronne des écologistes. Elle a écrit une lettre à plusieurs parties de gauche cet été pour mettre en garde et dire si on continue de cette manière, on va droit dans le mur.
Je ne crois
pas et je ne
suis
pas d'accord avec le fait de répondre comme ça, si vous voulez, une forme de désillusion ou de résignation. On n'y arrivera pas, c'est trop compliqué. Et précisément, l'objectif de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, c'est de faire
la démonstration. Elle dit qu'on n'y arrivera
pas si on ne s'unit pas.
Elle
ne
dit
pas qu'on n'y arrivera pas. Justement, il y a
une
possibilité d'y arriver,
mais pas en étant désillusion.
À elle d'en tirer les conséquences. La vérité, c'est que tout le monde sait aujourd'hui qu'il n'y aura pas une seule candidature à gauche. Tout le monde le voit. Donc
vous appelez à
retirer sa candidature
?
Non, je n'appelle à rien. Vous me posez la question sur ce que Marine Tondelier dit. Si elle pense ça, il faut peut-être qu'elle en tire des conclusions. Mais c'est son choix. Ils feront exactement ce qu'ils veulent. Mais ce que je veux vous dire, c'est que quand la gauche a gagné les élections présidentielles en France, il n'y avait pas une candidature unique. Donc le sujet, ce n
'est
pas la candidature unique. Pour gagner l'élection, comme avait dit Jean-Luc Mélenchon, le problème, ce n
'est
pas le nombre de candidatures, c'est le nombre d'électeurs. Et donc nous, on appelle aux électrices et aux électeurs à se mobiliser. Et notamment à toutes celles et ceux qui ne sont pas allés voter ces dernières années. Et ils avaient plein de raisons de ne pas aller voter parce qu'ils avaient été déçus. On leur dit, inscrivez-vous sur les listes électorales. Il y a la perspective d'un grand changement si vous vous engagez dans cette campagne. Alors, je crois qu'on peut faire quelque chose d'extraordinaire et faire de la France. Parce que, pardon, cette campagne, ça ne peut pas être juste. Ça va être trop compliqué. On ne
va
pas y arriver. On
peut aussi faire... Non, ce n'est pas juste ça. On n'a pas parlé d'autres questions avant. L'agriculture, l'agriculture, la dette. Je ne vous en fais pas le reproche. Mais parfois, il
y
a
des gens qui sont dans un climat très anxiogène. On peut faire quelque chose d'extraordinaire. On peut faire de la France la
première nation écologique du monde. Mais parce que, de fait, aujourd'hui, il y a un morcellement des candidats à gauche. On peut lutter
contre la pauvreté. On a des grands sujets.
On
peut passer à la VIème République. Vous avez vu la situation internationale dans laquelle
on est. Il faut que la France
retrouve la position qui était la sienne, de garante du droit international.
Il y a plein
de belles choses à faire.
Pour
finir et pour y arriver, est-ce que vous êtes sûr qu'il y
aura
bien un bulletin Jean-Luc Mélenchon en premier tour ? Oui,
bien sûr.
J'en suis absolument
courant.
Vous
posez la question
parce qu'Information France Info, cette semaine, 200 parrainages seulement sur les 500 nécessaires. Ça a l'air difficile. Je crois qu
'il
rebute un peu aussi, Jean-Luc Mélenchon. Honnêtement, je crois qu
'il y a
une petite confusion de votre journaliste qui a un peu confondu le nombre de parrainages et le nombre d'élus en susceptibles de parrainer qui se rattachent à la France Assoumise. Mais ce n
'est
pas grave. Vous avez raison, c'est une difficulté. Ça
reste un processus compliqué. Oui, oui, c'est un processus
compliqué. D'ailleurs, je trouve que c
'est
un processus qu'il faudrait changer. C
'est
désuet.
Jean-Luc Mélenchon, il a plus de 360 000 parrainages citoyens. Peut-être qu'on pourrait ajouter les capacités d'être candidat avec des parrainages citoyens. Donc, il faut le travailler. Donc, j'en profite, pardonnez-moi, aux élus en mesure de parrainer. Donnez-nous un coup de main. On ne
vous
demande pas de nous soutenir, juste de nous laisser présenter notre candidature à l'élection.
Merci, Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône de la France Insoumise et coordinateur de LFI d'avoir été l'invité du 8.30 France Info ce matin. L'info continue sur France Info. Restez avec nous. Sous
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Manuel Bompard