L'invité d'Apolline Matin : Les affaires de corruption dans la police "en nette augmentation - 24/09
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:08OuverteRéponse directe
Bonjour Stéphane Ardouin, vous dirigez l'inspection générale de la police nationale.
- 0:17OuverteRéponse directe
Il y a globalement moins de saisines pour usage de la force. Un recul des tirs mortels, mais une hausse de la corruption.
- 0:41OuverteRéponse directe
Il y en a eu 12 en 2025. Il y en avait eu 16 en 2024. J'imagine que vous vous félicitez de cette baisse.
- 1:38OuverteRéponse partielle
C'est important de mentionner également que le nombre de blessés graves, en revanche, a augmenté.
- 1:44OuverteRéponse directe
C'est-à-dire, est-ce que vous pouvez nous dire, quand on parle là de 12 personnes qui sont mortes, quand on parle de 86 blessés graves par tir de policiers, c'est dans quelles circonstances ?
- 2:39RelanceRéponse partielle
Dans le contexte actuel, où il y a eu cette manifestation la semaine dernière contre la présomption de légitime défense des policiers, lorsque vous entendez des slogans dans certaines manifestations qui disent la police tue, qu'est-ce que vous vous répondez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:24PrésentateurFait
« Il y a globalement moins de saisines pour usage de la force. »
- 0:29PrésentateurFait
« Un recul des tirs mortels, mais une hausse de la corruption. »
- 0:36PrésentateurChiffre
« Il y en a eu 12 en 2025. »
- 0:38PrésentateurChiffre
« Il y en avait eu 16 en 2024. »
- 1:15Invité politiqueFait
« Et sur les 12 tirs mortels, aujourd'hui, et d'autres enquêtes sont encore en cours, 8 sont d'ores et déjà considérées comme justifiées par l'autorité judiciaire. »
- 4:36Invité politiqueChiffre
« 75% des français disent avoir confiance dans leur police. »
- 5:44InvitéChiffre
« 45%, ce sont les chiffres de l'année dernière à cette année. »
- 6:16Invité politiqueChiffre
« Nous avons, certes, une augmentation des affaires de corruption. On parle de 235 enquêtes pour 153 000 policiers. »
- 7:13Invité politiqueFait
« Cette augmentation, elle est liée aussi à notre détection. »
Temps de parole
- Invité politique53 %
- Présentateur33 %
- Invité5 %
- Invité 25 %
- Auditeur2 %
- ?2 %
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Vous
écoutez
RMC. Le
patron de l'IGPN est notre invité ce matin sur RMC. Bonjour Stéphane Ardouin, vous dirigez l'inspection générale de la police nationale. La police des polices, qu'on surnomme aussi les bœufs-carottes, vous en êtes le chef. Vous venez faire le bilan de l'année 2025. Chaque année, vous publiez un rapport avec les chiffres, la réalité. Il y a globalement moins de saisines pour usage de la force. Un recul des tirs mortels, mais une hausse de la corruption. On va y revenir sur les tirs mortels. Il y en a eu 12 en 2025. Il y en avait eu 16 en 2024. J'imagine que vous vous félicitez de cette baisse.
Bien
sûr qu
'on
se félicite de la baisse parce que les décès sont toujours tragiques. Cela étant, la légitimité d'un tir ne s'apprécie pas en fonction du résultat. Vous pouvez avoir un décès qui est parfaitement justifié et un coup de bâton avec une blessure légère qui ne le serait pas. Cela étant, ce que nous observons en effet, c'est plutôt une tendance à la baisse comme vous l'avez dit. Et le rapport précise d'ailleurs, ce qui est nouveau, les suites qui ont été apportées par la justice. Et sur les 12 tirs mortels, aujourd'hui, et d'autres enquêtes sont encore en cours, 8 sont d'ores et déjà considérées comme justifiées par l'autorité judiciaire.
Justifiées, c'est effectivement vous ce que vous jugez. Vous jugez de la légitimité ou non de l'usage en réalité, proportionné ou non, de la force par les policiers. C
'est
important de mentionner également que le nombre de blessés graves, en revanche, a augmenté. Ça se passe quand ? C'est-à-dire, est-ce que vous pouvez nous dire, quand on parle là de 12 personnes qui sont mortes, quand on parle de 86 blessés graves par arme à feu, par tir de policiers, c'est dans quelles circonstances ? Qu'est-ce qu'il y a derrière ?
Alors, sur les blessés graves et les 86 ou 90 que vous citez, il n'y
en
a que 29 par arme à feu. Donc déjà, il faut faire la différence et certains blessés ne sont pas forcément liés à l'usage de la force. Ensuite, sur l'usage de l'arme et dans quelles circonstances, nous avons dans ce rapport, dans un souci de transparence, détaillé justement les situations. Et ce que nous observons, c'est que ce sont, pour la plupart, et en tout cas pour les cas où il y a les blessures les plus graves et des décès, des situations, soit d'une personne qui est armée d'une arme blanche, d'une arme de poing, cela peut arriver, et puis des forcenés.
J
'ai une question un peu politique. Dans le contexte actuel, où il y a eu cette manifestation la semaine dernière contre la présomption de légitime défense des policiers, appelée permis de tuer par certains politiques, et notamment LFI qui manifestait, lorsque vous entendez des slogans dans certaines manifestations qui disent la police tue, qu'est-ce que vous, qui êtes, j'allais dire, dans la rigueur de ces études, de ces enquêtes, de ces chiffres, qu'est-ce que vous vous répondez ?
Alors moi je ne fais pas de politique, et je laisse les slogans à la politique. Simplement, moi je regarde la technique. Et d'abord, les chiffres montrent qu'on n'est pas du tout dans cette réalité. Ensuite, le débat technique pour nous, et ça relève d'ailleurs de principes qui relèvent de la Convention européenne des droits de l'homme, ce qu
'on
va apprécier c'est la nécessité et la proportionnalité. Donc c'est ça que l'on va regarder, et il faut rappeler que la police, et c'est ça qui fait la différence comme la gendarmerie avec les particuliers, c'est qu'ils ont le monopole de l'usage de la force légitime. Et c'est ça qui est la vraie différence, et c'est donc pour cette raison qu'il
y a
un cadre spécifique, et ensuite il ne
m
'appartient pas de commenter l'intention du législateur, mais c'est dans ce cadre spécifique que la proposition de loi actuellement débattue, je dirais, et suscite aussi des
réactions.
C
'est
passion, Stéphane Ardouin, je rappelle que vous dirigez l'inspection générale de la police nationale, il y a Ali qui nous appelle de Loire. Bonjour Ali, vous êtes chauffeur poids lourd me semble-t-il. Vous aviez une question sur la confiance, il vous écoute le patron de
l
'IGPN.
Bonjour, bonjour monsieur, j'ai une question en deux. La première c'est, est-ce que vous, vous faites confiance en la police avec tout ce qui se passe ? Est-ce que vous pouvez comprendre que les citoyens français, aujourd'hui, n'ont plus confiance en cette police
?
Ali, je voudrais qu'il puisse vous répondre.
Écoutez, bonjour monsieur d'abord,
il
y
a
des sondages qui sont régulièrement faits, et de manière assez constante, 75% des français disent avoir confiance dans
leur police.
Il y a aussi 25%.
Alors ça veut dire qu
'il y
en a
25% à Ali qui n
'ont pas confiance,
mais la majorité des français
a
confiance.
Ensuite, moi, j'étais procureur de la République avant d'être chef de l'IGPN, évidemment, j'ai beaucoup travaillé avec la police judiciaire, et je découvre aujourd'hui d'autres métiers de la police judiciaire.
Ce
n'est pas un métier facile, et ce que je vois, moi, et je vais rencontrer souvent les élèves gardiens de la paix, les élèves commissaires, les élèves officiers, c'est que la police, elle est plutôt à l'image de la population. Nous sommes dans une société en tension, on le sait, on attend beaucoup de la police. Je pense qu'en effet, il faut qu'on s'améliore dans le dialogue, peut-être avec, notamment, peut-être les jeunes, mais je suis assez persuadé, en réalité, que le lien de confiance passe par la transparence. Et c'est pour ça que je viens aussi sur les plateaux. Et
c
'est aussi pour ça que vous avez accepté de répondre à nos questions.
Il y a la question de la corruption.
À propos de transparence, effectivement, la question de la corruption, qui est
quand
même en croissance constante depuis 2022, 45%, ce sont les chiffres de l'année dernière à cette année. On ne
peut
pas s'empêcher de lier ça. Alors, je précise que c'est pour de la revente de données, en général, à des circuits criminels. On ne
peut
pas s'empêcher de lier ça, quand même, à l'explosion des mafias, aux menaces qui, parfois, pèsent directement sur les maires de certaines villes. Quand une police commence à être de plus en plus corrompue, évidemment, je mets des guillemets, et que, d'un autre côté, on voit une explosion des mafias, il y a forcément un lien de cause à effet là-dedans, non
? Alors,
il y
a
153 000 policiers. Non, non, je n
'ai
pas dit que ce n'était pas minoritaire.
Mais
nous avons, certes, une augmentation des affaires de corruption. On parle de 235 enquêtes pour 153 000 policiers. Ensuite, évidemment qu'il y a un contexte avec la criminalité organisée qui favorise la corruption. La corruption, c'est l'un des modes opératoires, on le sait depuis quelque temps quand même, des mafias, comme vous dites, et des groupes criminels.
De quoi on parle ? Est-ce que ça veut dire que ce sont, par exemple, des policiers qui mènent une enquête et qui reçoivent un coup de fil, une menace leur disant, si tu ne me donnes pas la plaque d'immatriculation de ceux qui vont venir m'arrêter, je sais où tu habites, je sais où sont tes enfants, et la corruption commence comme ça ? Ou est-ce que c'est un appât du gain
? En
fait, c'est multifactoriel. Et souvent, d'ailleurs, et on le voit dans les profils des policiers qui peuvent être compromis, on n'entre pas dans la police pour l'être. Donc, ce sont souvent des parcours de vie un peu accidentés, et avec un moment, une difficulté qui fait qu'on cède à la tentation en pensant qu'on le fait une fois et on ne le fera pas deux. Et en réalité, c'est l'engrenage. Ensuite, et je précise que cette augmentation, elle est liée aussi à notre détection. C'est-à-dire que nous avons mis en place des outils
qui
nous permettent de détecter des choses que probablement on ne connaissait pas avant. Je rappelle que la corruption est, par définition, une délinquance occulte.
Donc,
vous avez aujourd'hui une montée, en effet, de cette corruption, mais aussi une montée de cette détection, et donc des sanctions. Cécile Duflo est arrivée dans un instant. Ce sera la chronique comme chaque jour à 7h50 sur RMC. Une proposition de droite, une proposition de gauche. Cécile Duflo, tout le monde vous connaît ici sur RMC, l'ancienne ministre, bien sûr. La semaine dernière, l'une de vos propositions à 7h50, c'était précisément plus de transparence et d'indépendance, vous disiez, face aux soupçons qui peuvent peser sur la police. Il faut que l'IGPN soit totalement indépendante.
Quand j'ai su qu'on recevait Stéphane Ardouin, et que, justement, c'est le jour de Cécile Duflo, j'estime que c'est le moment, peut-être, de pouvoir refaire votre proposition et qu
'il
puisse vous répondre.
Oui, alors bien sûr, je comprends bien, étant donné ces fonctions, qu'il sera difficile pour lui de répondre en toute liberté. Je respecte ça, mais je pense que nous aurions intérêt à ce que l'IGPN, c'est-à-dire cet organisme qui contrôle les policiers, soit une autorité indépendante. C'est
-à
-dire que les fonctionnaires qui y travaillent ne soient pas rattachés au directeur de la police nationale, parce que quand on contrôle ceux à qui on est censé obéir, à qui on est rattaché, c'est plus compliqué. Et
ça
existe dans d'autres pays. Est-ce le cas, et est-ce que ça pourrait être encore mieux, Stéphane Ardouin
?
Vous savez, dans un état de droit, il est important, pour le contrôle de la police, qu'il y ait un contrôle interne et un contrôle externe. Et d'ailleurs, la défenseur des droits le dit.
L
'IGPN a cette particularité, que nous sommes à la fois le contrôle interne, et on est en lien avec la police, et d'ailleurs notre légitimité, on l'attire aussi de la connaissance des métiers de police. Et il y a des policiers à l'IGPN, et heureusement.
Et
de l'autre côté, nous sommes sous l'autorité des magistrats. Donc du ministère de la justice ? Et c'est du contrôle... Enfin, du ministère
de la justice. Enfin, du ministère de la
justice.
Des
magistrats indépendants. Et là, ça, c'est du contrôle externe. Et donc, finalement, nous avons cet équilibre qui, me semble-t-il, dans le modèle français, est un modèle qui, justement, permet de concilier la légitimité du métier de policier avec la nécessité d'un contrôle indépendant. Je suis par ailleurs magistrat, et j'ai pu constater que les enquêteurs étaient très indépendants. Donc, ils n'ont pas attendu un magistrat pour l'être. Je suis là, moi, pour garantir cette indépendance, et j'ai prêté serment il y a quelques années, et j'entends respecter mon serment.
Merci infiniment d'avoir répondu à nos questions ce matin, et d'avoir présenté les conclusions de votre rapport annuel. Stéphane Ardouin, directeur de l'inspection générale de la police nationale.