Démission de Julien Bayou de parti EELV... Sandrine Rousseau est l'invitée du 04 avril 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 7h40, place aux 4 vérités. Jeff Wittenberg, vous recevez ce matin la députée Europe Écologie Les Verts de Paris, Sandrine Rousseau. Bonjour à tous les deux. Bonjour à tous. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Votre parti Les Écologistes doit faire face à une nouvelle secousse cette semaine. Votre ancien numéro 1, Julien Bayou, a décidé de démissionner du parti et du groupe parlementaire. Pourquoi ? Parce qu'il est notamment accusé de violence psychologique par son ex-compagne. Il y a quelques semaines, le parti ne l'avait suspendu qu'à titre conservatoire. Vous aviez regretté cette décision. Là, il prend une décision radicale et il démissionne.
Non, non, je n'avais pas regretté la suspension à titre conservatoire. Je pensais que c'était une bonne décision. Après, ce que j'ai regretté, c'est la décision du groupe parlementaire, ce qui n'est pas tout à fait la même chose puisque nous n'avions pas eu le quorum, la majorité nous permettant de prendre une décision de suspension. Donc il est parti de son propre chef. Non, mais même sans exclusion, juste une suspension.
Mais là, en fait, moi, je voudrais dire qu'il y a six femmes qui se sont exprimées dans un premier article de reporter, que depuis, il y a eu une plainte qui a été déposée, que le harcèlement moral dans le couple a été complété et aggravé par les tentatives de suicide potentiellement d'un des membres du couple. C'est dans la loi et qu'en fait, on est dans cette situation-là. Et moi, ce que je voudrais maintenant dans le mouvement MeToo, c'est qu'on passe des dénonciations individuelles à la prise de conscience du sexisme systémique qui peut exister dans des organisations. C'est ce que fait Judith Gaudrech dans le cinéma.
C'est ce que j'aimerais que nous fassions dans la politique parce qu'on ne peut pas se plaindre qu'il n'y a pas assez de femmes politiques et laisser ça s'installer.
Mme Rousseau, puisque vous parlez de Judith Gaudrech, elle dénonce des fioles dont elle a été la victime. Est-ce que, puisque vous avez été la première à révéler publiquement des choses concernant Julien Bayou, est-ce qu'il y a des actes commis par Julien Bayou qui tombent sous le coup de la loi ? Vous parlez de témoignages repris par un reporter notamment. Ce n'est pas la justice. Est-ce qu'il y a des... M. Bayou plaide une totale innocence. Il parle d'acharnement. Est-ce qu'il y a des choses qui tombent sous le coup de la loi ?
Ça, ce n'est pas moi qui ai révélé. C'est lui-même tout seul qui l'avait fait bien avant moi. Première chose. Deuxième chose. Il y a un avocat qui s'est penché sur les témoignages qui sont sortis il y a deux ans. Donc il y a deux ans. Et qui disait que si les preuves étaient apportées à ce qui était annoncé dans le magazine reporter, eh bien on pouvait parler de harcèlement moral aggravé de cette tentative de suicide. Est-ce que ça tombe sous le coup de la loi ? C'est la question. Évidemment, le harcèlement moral tombe sous le coup de la loi, évidemment.
Et par ailleurs, je rappelle qu'il a été numéro un du parti et que plusieurs des personnes qui ont parlé disaient que c'est en tant que numéro un qu'il avait pris contact avec elles, alors qu'elles arrivaient juste dans le parti, qu'il leur a proposé très rapidement une relation et qu'après elles sont partie du parti politique.
Il dit qu'il n'a rien à se reprocher. Est-ce que la parole des femmes a le droit d'être relativisée ou contestée par rapport à ce que vous défendez ? Ou alors il faut la considérer comme sacrée et ne pas avoir finalement de débat contradictoire, ce que veut la justice normalement ?
Et est-ce que la parole de Julien Bayou est sacrée ?
Non, mais est-ce qu'il y a eu ce débat contradictoire ? C'est ça la question que je vous pose.
Et moi, je vous dis juste, on est dans un parti politique où les femmes ont toute leur place, qu'elles n'ont pas à être considérées comme des sujets de drague immédiat dès qu'elles arrivent dans le parti, que le parti politique n'est pas un lieu de rencontre, que c'est un lieu où on fait de la politique et que bien des femmes en partent précisément parce qu'elles ont le sentiment d'être sous le regard et sous l'avidité de certains. Vous estimez qu'il a pu se défendre ? Et en fait, ce n'est pas possible de continuer comme ça. Si on veut que les femmes aient toute leur place dans la politique, ça n'est pas possible de continuer comme ça, c'est tout.
Monsieur Bayou a-t-il pu se défendre équitablement devant votre parti, oui ou non ?
Mais ça, ce n'est pas moi. Moi, je ne suis pas dans la direction du parti. Il va y avoir une enquête. Je ne sais pas comment ça va se dérouler à partir de maintenant. Il y a un appel à témoignage. Une fois qu'on aura les témoignages, on verra comment on agit.
Autre sujet qui secoue cette fois la majorité, l'attitude de Quentin Bataillon. C'est le président de la commission d'enquête parlementaire sur les fréquences de la TNT, la télévision numérique terrestre, qui est soumise à des autorisations, donc à la loi. Et M. Quentin Bataillon, il lui est reproché de s'être exprimé, oui, alors que cette commission n'a pas terminé ses travaux et de l'avoir fait en plus sur C8, dans l'émission de Cyril Hanouna, en critiquant quelqu'un de la concurrence, Yann Barthès, pour ne pas le nommer. Comment réagissez-vous ? Plusieurs leaders de gauche demandent la démission de Quentin Bataillon. Est-ce que vous en êtes ?
Il faut absolument qu'il démissionne. Je pense que c'est un piège qui a été tendu et par Bolloré et par Hanouna. Et il est allé dans ce piège. Est-ce qu'il l'a fait de manière consciente ou naïve ? Ça, je ne sais pas. Est-ce que c'est une question d'incompétence ou une question, au contraire, de volonté de sa part de décrédibiliser cette commission d'enquête ? Je pense que vraiment, en tous les cas, ça décrédibilise derrière le Parlement. Et ces commissions d'enquête qui sont quand même... Enfin, je rappelle que tout membre de la commission d'enquête qui vient doit poser toutes les questions et que toutes les personnes qui sont auditionnées doivent jurer de dire toute la vérité.
C'est une institution très importante, en fait, de notre République, ces commissions d'enquête. Là, il vient de la piétiner en faisant ça. Et c'est absolument scandaleux.
Lui, il est allé sur C8. Est-ce que vous faites partie de ces hommes et femmes politiques qui ne veulent plus aller sur les chaînes du groupe Bolloré ?
Moi, j'ai refusé d'aller dans toutes les chaînes, donc CNews ou dans les émissions type TPMP, qui ont eu des rappels à l'ordre de l'ARCOM. Je pense que je n'ai pas, par ma présence, à crédibiliser ou à légitimer ces émissions. Et je pense que CNews est une officine qui joue bien trop avec les fake news pour être considérée comme d'information.
Il ne faut pas qu'il y ait des médias pluralistes en France et qu'il y ait différentes opinions. Ça vous gêne quand c'est, par exemple, plus proche de la voix ?
On se croit quand on se dit une chaîne d'information de jouer avec les fake news, en fait. Et là, on est dans un problème démocratique fondamental et les chaînes Bolloré posent une question démocratique fondamentale. Et on voit bien que nous sommes assez démunis, en fait, face à ce rouleau compresseur d'une bataille culturelle de l'extrême droite qui est menée actuellement en France.
Aujourd'hui, Mme Rousseau, à l'Assemblée nationale dont vous êtes députée...
Et je rappelle d'ailleurs qu'on a supprimé quand même la subvention au service public, enfin la redevance au service public. Et qu'à côté de ça, on est en grande difficulté pour limiter la montée en puissance de l'extrême droite.
Remplacé par d'autres financements. Aujourd'hui, donc, à l'Assemblée, va être discutée votre niche parlementaire, celle des écologistes, au premier rang de laquelle figure l'interdiction des pifas. On en parle à Télématin, ce qu'on appelle les polluants éternels qu'on trouve notamment dans des ustensiles de cuisine, dans des vêtements, dans des cosmétiques. De quoi on parle exactement ?
C'est ce qu'on appelle le téflon ou c'est ce qu'on appelle les retardateurs de flammes. En fait, ce sont des produits chimiques qui polluent et qui polluent de manière éternelle. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous l'avez dans le corps ou à partir du moment où c'est dans l'environnement, ça ne s'enlève plus jamais. Donc il faut les interdire. Et donc il est très important de les interdire. C'est un scandale qui est du même ordre que la miande. C'est Nicolas Thierry qui mène cette bataille depuis maintenant plus d'un an. Et en fait, là, aujourd'hui, arrive dans l'hémicycle la possibilité d'interdire ces substances. C'est très important.
La majorité propose qu'on attende une législation européenne. Ce serait trop tard pour vous ?
La majorité propose toujours qu'on attende dès qu'il s'agit de contraindre un tout petit peu et d'aller vers des mesures qui protègent la santé des personnes. Vraiment, moi, je trouve que là, il y a un enjeu de santé publique extrêmement important.
Dans cette niche parlementaire, vous défendez aussi la fin de l'article 49.3 tel qu'il existe aujourd'hui. Par quoi vous voulez le remplacer lorsqu'il y a des majorités relatives, comme c'est le cas aujourd'hui dans l'hémicycle ?
Alors, c'est Jérémy Yordanoff qui tient ce texte. Et l'idée de supprimer le 49.3, c'est de remettre le Parlement comme cœur battant de notre démocratie et de faire en sorte, et je vous réponds, de remplacer ce 49.3 par l'obligation, quand il y a un gouvernement qui est nommé, de passer par un vote de confiance du Parlement, de sorte qu'il y ait une majorité très claire. Non, mais de sorte que, en fait, ce gouvernement soit obligé de trouver une majorité à l'intérieur de l'hémicycle et d'avoir un programme politique qui permette aux citoyens et citoyennes de savoir ce qui va être fait. Un contrat comme en Allemagne, par exemple. Comme en Allemagne, et ça fonctionne bien mieux qu'en France.
Ce 49.3, c'est quand même un court-circuit, c'est un joker qui est utilisé par le gouvernement pour contourner le Parlement. C'est inadmissible et c'est une violence, en fait, faite à la représentation du peuple qui est le Parlement aujourd'hui en France.
Merci Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie Les Verts. C'est la suite de Télématins. Merci beaucoup.
Merci à tous les deux, pardon.
Non, non, merci. On peut dire merci ensemble.
Merci à Fred Chevalier également pour la traduction en langue des signes.
Sandrine Rousseau