Paris après les violences du 17 octobre, manque de moyens policiers, récupération politique... Le "8h30 franceinfo" de Lamia El Aaraje
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:12OuverteRéponse directe
Le bilan tout d'abord, vous qui avez passé une grande partie de la journée mobilisée, dans quel état se trouve Paris ce matin ?
- 0:57OuverteRéponse directe
On vous sent touché aussi par ce qui s'est passé hier jusqu'à tard dans la soirée à Paris. C'est quoi le sentiment qui domine chez vous ce matin ?
- 2:53OuverteRéponse directe
Ça va prendre du temps de remettre la ville en état, justement, vu l'ampleur des dégâts que vous décriviez ?
- 3:34OuverteRéponse partielle
Pour ce qui est du profil des émeutiers, c'est la question aussi qui se pose ce matin.
- 4:33OuverteRéponse directe
C'est ce que vous avez pu voir et constater à Paris aussi ?
- 5:41OuverteRéponse directe
Justement, en tant qu'élu, vous êtes marquée par le niveau de violence qui a pu être atteint.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:32Invité politiqueFait
« Nous avons insisté à des scènes de pillage méthodiques qui n'ont rien à voir avec les revendications sociales, rien à voir avec les milliers de manifestants qui ont défilé pacifiquement tout au long de l'après-midi. »
- 0:42Invité politiqueFait
« Nous avons une ville aujourd'hui qui est dans des situations de délabrement total, avec un grand nombre de scènes de chaos. Je crois qu'on peut le dire de cette façon-là. »
- 0:52Invité politiqueFait
« C'est absolument dramatique et un niveau de violence que nous n'avons, je crois, jamais vu. »
- 1:32Invité politiqueFait
« Nous avons la mairie du 10e arrondissement qui a été attaquée avec des gens qui voulaient rentrer dedans. »
- 1:42Invité politiqueFait
« Et j'ai une pensée pour les collègues de ces villes qui ont subi des scènes d'une rare violence et qui sont absolument inadmissibles. »
- 2:02Invité politiqueFait
« Ça veut dire que c'est des salariés qui, lundi matin, ne pourront pas travailler. Ils seront au chômage technique. »
- 2:10Invité politiqueFait
« C'est parfois toute une vie d'économie qui se retrouve détruite en un instant. »
- 4:06InvitéChiffre
« Donc 60 forces de sécurité intérieure, 60 membres qui sont blessés, dont deux qui ont été transportés inconscients à l'hôpital. »
- 4:19InvitéChiffre
« On est désormais à 150 policiers et gendarmes blessés selon l'exécutif. »
- 10:10PrésentateurChiffre
« Avec un chiffre record d'interpellations à Paris, c'est ce que dit à l'instant la préfecture de police, 855 personnes interpellées sur la seule journée d'hier. »
- 10:19Invité politiqueChiffre
« 90 % de majeurs, 95% même de majeurs. »
- 12:20InvitéChiffre
« Au total, 1200 personnes ont été interpellées, dont 855 à Paris. »
- 12:26InvitéChiffre
« 150 policiers et gendarmes ont été blessés dans tout le pays. »
- 15:15Invité politiqueChiffre
« Ils ont dit, le ministre de l'Éducation nationale a dit, 3000 enseignants remplaçants qui seront mobilisés. »
- 15:30Invité politiqueChiffre
« Le budget qui est annoncé prévoit la suppression de 1588 postes d'enseignants. »
Temps de parole
- Lamia El Aaraje61 %
- Invité14 %
- Présentateur11 %
- Invité 26 %
- ?3 %
- Invité 32 %
- Invité 42 %
≈ 9,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Camille. Bonjour Benjamin. Et bonjour Lamia Larrage. Bonjour. Première adjointe au maire de Paris. La capitale hier a donc été, comme d'autres villes en France, théâtre de scène de violence très intense et de pillage. Le bilan tout d'abord, vous qui avez passé une grande partie de l'anime mobilisée, s'il fallait décrire Paris ce matin, dans quel état se trouve la capitale ?
Écoutez, je crois que tout le monde a vu ces images qui ont circulé, notamment sur les réseaux sociaux, que nous avons pu suivre depuis la cellule de crise de la ville de Paris, que nous avons ouverte dès hier après-midi avec le maire. Nous avons insisté à des scènes de pillage méthodiques qui n'ont rien à voir avec les revendications sociales, rien à voir avec les milliers de manifestants qui ont défilé pacifiquement tout au long de l'après-midi. Nous avons une ville aujourd'hui qui est dans des situations de délabrement total, avec un grand nombre de scènes de chaos. Je crois qu'on peut le dire de cette façon-là.
C'est absolument dramatique et un niveau de violence que nous n'avons, je crois, jamais vu.
On vous sent touché aussi par ce qui s'est passé hier jusqu'à tard dans la soirée à Paris. C'est quoi le sentiment qui domine chez vous ce matin
?
Écoutez, moi je vous avoue que j'étais effarée hier après-midi parce qu'il y a une différence fondamentale entre le droit de manifester, qui est une liberté à laquelle nous sommes extrêmement attachés, avec un mouvement d'ordre qui a été effectivement porté par les jeunes, par les lycéens, par les étudiants, avec des revendications extrêmement légitimes, et d'un autre côté, des scènes de chaos organisées par des gens venus spécifiquement pour piller, pour saccager la ville, pour s'attaquer aux institutions. Nous avons la mairie du 10e arrondissement qui a été attaquée avec des gens qui voulaient rentrer dedans,
a
priori dans le même mouvement que celui qu'on a pu voir à Marseille ou à Limoges. Et j'ai une pensée pour les collègues de ces villes qui ont subi des scènes d'une rare violence et qui sont absolument inadmissibles. Et puis évidemment, quand on voit nos bâtiments, quand on voit les équipements municipaux, quand on voit des outils de travail avec des commerçants qui ont vu leur outil de travail détruit méthodiquement dans la nuit, évidemment que ça nous touche. Ça veut dire que c'est des salariés qui, lundi matin, ne pourront pas travailler. Ils seront au chômage technique. C'est parfois toute une vie d'économie qui se retrouve détruite en un instant.
Et c'est l'appropriation de biens qui appartiennent à autrui et qui sont d'abord, je le redis, des outils de travail. Vous parleriez d'émeutes urbaines en plein cœur de la capitale hier ?
Je
ne parlerai pas à ce stade d'émeutes urbaines. Je parlerai de scènes de pillage. Je parlerai de scènes de casse. Je parlerai d'attaques délibérées contre les institutions, contre des outils de travail. Et je voudrais notamment m'adresser auprès de mille éboueurs qui, dès cette nuit, dès minuit, ont essayé de remettre la ville en l'état. On les voit, je crois, aujourd'hui dans la rue, essayer de nettoyer ce qu'ils pouvaient l'être avec la protection de la police nationale, puisqu'ils ne pouvaient pas intervenir sans cela. Et c'est à eux que je voudrais adresser à la fois mes pensées, les remercier aussi de leur mobilisation.
Ça va prendre du temps de remettre la ville en état, justement, vu l'ampleur des dégâts que vous décriviez, à la fois sur des commerces, mais aussi sur des bâtiments publics ?
Oui, tout à fait. On a besoin d'avoir une comptabilisation précise de ce qui s'est passé. C'est un travail qui est en cours du côté de la préfecture de police. Ensuite, répertorier ce qui a été dégradé, ce qui va devoir être réparé. Et puis derrière, voir commerce par commerce, comment est-ce que les gens ont été impactés ?
Et
puis derrière, voir comment est-ce que le gouvernement va répondre à cela et comment est-ce qu
'il
va accompagner les commerçants qui ont vu leur outil de travail détruit. Et du côté de la ville, nous allons effectivement répertorier tout ce qui a été détruit et procéder à la remise en l'état
progressivement.
Pour ce qui est du profil des émeutiers, c'est la question aussi qui se pose ce matin. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a ciblé hier soir l'ultra-gauche. On l'écoute.
Nous
avons assisté à une mobilisation importante de la mouvance d'ultra-gauche
ou
d'extrême-gauche radicale qui ont fait dégénérer une grande partie de ces actions en s'en prenant violemment aux forces de l'ordre, en s'en prenant au commerce et surtout en essayant d'atteindre les bâtiments publics. Donc 60 forces de sécurité intérieure, 60 membres qui sont blessés, dont deux qui ont été transportés inconscients à l'hôpital. Donc je veux le dire, c'est dire la violence des assaillants. Alors le bilan côté forces de l'ordre a depuis été revu à la hausse. On est désormais à 150 policiers et gendarmes blessés selon l'exécutif. Il y a ce point que vous soulignez déjà dans ce début d'interview, c'est ces bâtiments publics visés de manière méthodique.
C'est ce que vous avez pu voir et constater à Paris aussi ?
Oui, tout à fait. Il y avait une volonté délibérée, alors dans une autre proportion évidemment que ce qui s'est passé par exemple à Marseille ou à Limoge. On va y revenir. Mais effectivement, ce que nous avons vu, c'était une volonté délibérée d'essayer de porter atteinte à un certain nombre d'équipements publics et notamment les bâtiments institutionnels, qu'il y avait une volonté délibérée de piller, de saccager, de détruire. Donc un objectif politique, très clairement ? Je ne sais pas le dire à ce stade. Je ne sais pas ce qu'il en est concrètement. Est-ce qu'il y a une revendication politique derrière cela ? Je ne crois pas.
Ce que j'ai entendu, c'est des manifestants qui, eux, portent des revendications, tout à fait légitimes. Et typiquement, ce qu'on a vu du côté des lycéens, des étudiants, c'est qu'ils ne manifestaient pas contre l'école, mais ils manifestaient pour défendre l'école publique, l'école de la République. Et ça, c'est honorable, c'est légitime et je les soutiens. Et d'un autre côté...
Oui,
il y a deux aspects sur cette journée de mobilisation
hier, ce matin. On se concentre en
effet sur les
dégâts et les
conséquences.
Vous avez
des casseurs qui, je ne crois pas qu'ils portaient la moindre revendication politique. En tout cas, je ne peux pas accepter et nous ne pouvons pas tolérer que la République soit attaquée de cette façon-là. Car c'est ça qui s'est passé hier, notamment à Paris.
Justement, en tant qu'élu, vous êtes marquée par le niveau de violence qui a pu être atteint.
Oui,
tout à fait. Tout à fait, le niveau de violence, le fait de cibler délibérément des personnes. Et je pense notamment aux forces de l'ordre qui ont été prises à partie avec un niveau de violence rarement égalé. Vous l'avez dit, près de 150 policiers blessés, deux qui ont été transportés inconscients. C'est inadmissible, c'est inacceptable dans notre République. Et au-delà de ça, je le redis, vous avez des commerçants, vous avez des particuliers qui, demain, ne pourront pas se rendre sur leur lieu de travail parce qu'il a été détruit. Et je crois que, quelles que soient leurs revendications portées, c'est absolument inacceptable dans notre République.
Laurent Nouniaz, le ministre de
l
'Intérieur, a évoqué des profils d'ultra-gauche parmi les personnes qui ont commis des violences. Mais beaucoup d'observateurs soulignent qu'il n'y avait sans doute pas que cela dans les casseurs, les pieurs.
Il
y avait aussi des délinquants d'opportunité, disent certains, qui ont profité de tout cela. C'est votre analyse aussi ? C
'est
ce que vous avez pu sentir dans les rues de la capitale ?
Je pense que c'est un peu tôt pour m'exprimer sur ce point. Il faut attendre que les profils soient analysés et que, derrière, on puisse en tirer des conclusions. Mais il n'y a rien de gauche quand on détruit, quand on pique, quand on saccage. Et je refuse que ce terme-là puisse être utilisé concernant le profil de ces personnes. Je pense surtout qu'il y avait, je le redis, une volonté délibérée de saccager, de piller. Donc je ne pense pas que ce soit des revendications politiques. Quand le seul objectif qu'on poursuit en
se mobilisant, c'est la destruction. La Mia et la Rage,
est
-ce que les forces de l'ordre ont été débordées hier ? C'est la question qui se pose ce matin. Ce sont les accusations que porte notamment le maire socialiste de Marseille, Benoît Payan, après une série de pillages dans le centre-ville de Marseille, et puis aussi une intrusion dans l'hôtel de ville. Il a pris la parole hier soir. On l'écoute.
C
'est la police municipale qui tient la ville. C'est-à-dire que je ne comprends pas ce qui se passe. J'ai déjà vécu des scènes difficiles. On a une armurerie qui a été attaquée. On le voit ici à partir du CSU, puisque ce sont les seules images qui existent et qui sont disponibles pour la police nationale. En trois minutes, la police nationale intervenait. Aujourd'hui, c'est en 27 minutes qu'elle est intervenue. Est-ce que vous imaginez si les pilleurs et les casseurs avaient réussi à pénétrer à l'intérieur de cette armurerie ? Est-ce que vous imaginez ce que ça aurait pu donner ? Donc je suis très inquiet sur ce qui est en train de se passer. Est-ce que vous faites le même constat
?
Dans la capitale, à Paris, les forces de l'ordre ont été débordées hier.
Je pense que la situation qu'on a vécue à Paris est à peu près de la même nature que celle qui a été vécue à Marseille. D'ailleurs, Benoît Payan, le maire de Marseille, et Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, ont demandé à être reçus par le Premier ministre pour faire un
bilan. Avec le maire de Lyon aussi.
Et le maire de Lyon, Grégory Doucet, un état des lieux de la situation. Vous avez une réponse ?
A
l'évidence, non pas à ce stade. A l'évidence, oui, les forces de l'ordre hier ont été débordées, notamment à certains endroits. Mais en même temps, je pense que la quantité de points de départ, de pillage, de saccage, d'incendie, puisque les pompiers aussi ont été extrêmement mobilisés hier soir, était extrêmement importante, avec clairement une répartition sur l'ensemble du territoire parisien, à la fois à l'ouest, avec clairement des lieux emblématiques de l'État, qu'il s'agissait de protéger. Et je le comprends. Je pense par exemple à l'Élysée. Mais
d'ailleurs, ça a été la
priorité hier de sécuriser les lieux de pouvoir, l'Élysée, l'Assemblée nationale, et donc, ce qui pourrait expliquer des images de pillage dans le reste de la ville, parce qu'il n'y avait pas assez de force de
l'ordre pour protéger les Parisiens. Ce
qui
n
'est pas acceptable, et c'est ce qui nous est remonté par ailleurs d'un grand nombre d'habitants qui nous appelaient désespérés, ou de commerçants qui nous appelaient en nous interpellant, c'est que nous voyions méthodiquement, et on les voyait à la caméra, des gens s'attaquaient à des commerces les uns après les autres. Donc, ils ont fait des rues entières, en pillant, en saccageant, et en nous disant, mais où sont les forces de l'ordre ? Et pour le coup, il y a eu clairement, je dirais, un manque de moyens hier soir sur la capitale.
En tout cas, ce n'est pas acceptable de voir à l'image des gens saccager des commerces et s'en prendre physiquement à un certain nombre de bâtiments, et notamment, y compris à un moment, nous avons craint pour les bâtiments privés. Et
pour les habitants, pour
les Parisiens
eux-mêmes, pour un certain nombre
de lieux.
Je
pense notamment au bas du boulevard Magenta, où, effectivement, nous avons un moment appelé, en disant, attention, il y a des tentatives d'intrusion dans des bâtiments privés. Mais globalement, ce qu'on constate, c'est que c'était les commerces qui étaient visés avec les grands boulevards, les grands magasins, mais aussi des petits commerces de proximité. Et ça, je crois qu'en République, on peut tous considérer que ce n'est pas acceptable.
Avec un chiffre record d'interpellations à Paris, c'est ce que dit à l'instant la préfecture de police, 855 personnes interpellées sur la seule journée d'hier.
90
% de majeurs, 95% même
de majeurs. En effet, et peu de liens avec le mouvement lycéen,
par exemple, ce que rappelait
aussi les autorités. On n'est pas sur des jeunes étudiants ou
lycéens.
Tout à fait. Certains reprochent aux forces de l'ordre aussi certaines stratégies de provocation en étant intervenus très tôt. Par exemple, Place de la République à Paris, qui était le lieu de rassemblement du cortège, avec des interventions au gaz lacrymogène avant même que le cortège ne démarre. Est-ce que, selon vous, ça a participé à aggraver ce climat de violence, de tension, justement, dès le début de la journée
?
Écoutez, quand on voit les images qui circulaient dès le début de l'après-midi de la Place de
la
République avec des personnes cagoulées qui, clairement, n'étaient pas là pour manifester, qui étaient plutôt là pour en découdre, qui ont dégondé un certain nombre de pavés sur la Place de la République pour les jeter délibérément, qui ont incendié le kiosque de la Place de
la
République et qui s'en sont pris au socle de la statue qu'ils ont aussi démonté pièce par pièce, a priori,
ce n'est pas des gens qui étaient là pour
manifester, a priori, c'était des gens qui étaient là pour en découdre, pour être dans l'ultra-violence, parce que c'est ça qu'on a vu hier soir, et je trouve ça normal que les forces de l'ordre soient intervenues à ce moment-là.
Et par ailleurs, notre crainte, c'est qu'ils ont infiltré le mouvement pacifique lycéen et jeune qui était présent sur la Place de la République et, à partir de là, on pouvait craindre un embrasement total et notamment des jeunes qui étaient là pour manifester pacifiquement et qui se retrouvaient, quelque part, pris en étau entre, d'un côté, les forces de l'ordre qui devaient ramener, du coup, le calme et les pilleurs qui étaient là pour en découdre avec les forces de l'ordre.
Madame Yann Arrage, première adjointe à la mairie de Paris, vous restez avec nous.
On
va évoquer dans un instant le débat politique qui s'ouvre désormais sur les éventuelles responsabilités de cette situation juste après l'info en une minute à 8h46 avec Diane Ferschit.
L
'hôtel de ville de Limoges, ravagé par les flammes, est en grande partie perdu selon la préfecture mais le feu est ce matin circonscrit. Le bâtiment a été incendié lors des violences à l'issue de la journée de mobilisation contre la vie chère. Des scènes de pillage un peu partout en France. Des intrusions, des saccages aussi dans les mairies de Marseille, Lille, Bordeaux ou encore Angers. De nombreux magasins ont été pillés. Au total, 1200 personnes ont été interpellées, dont 855 à Paris. Un chiffre record d'après la préfecture de police. 150 policiers et gendarmes ont été blessés dans tout le pays.
D'après le Premier ministre, à Saint-Etienne, c'est un manifestant qui a perdu sa main, arraché par une grenade policière. Ceux qui ont cassé seront poursuivis et punis, prévient le président Emmanuel Macron. Le garde des Sceaux demande une réponse judiciaire extrêmement ferme. Et sur France Info ce matin, cette réaction du député Alephi Eric Coquerel, il estime que le gouvernement est principalement responsable de ce qui est en train d'arriver. Dans l'actualité aussi, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, qui appelle les autorités israéliennes, a arrêté impérativement les responsables de l'attaque d'un convoi de diplomates européens en visite en Cisjordanie.
Un maire français, le maire communiste d'Onoua Emery, a été frappé par des colons israéliens sur fond de violences sur place en ce moment, en pleine période de récolte des olives pour les Palestiniens.
France
Info
Le
8.30 France Info, Camille Girère, Benjamin Recouvreur
Lamia El-Araj, première adjointe au maire de Paris, vous êtes notre invitée du 8.30 France Info ce matin. Après les scènes d'émeutes et de pillages jusque tard dans la nuit dans plusieurs villes de France, les questions politiques se posent désormais. À qui la faute ? Comment ces scènes de chaos ont-elles été possibles ? Charge lourde hier soir de Sébastien Lecornu, le Premier ministre contre la France Insoumise. Je le cite, il affirme, on ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est votre responsabilité politique qui cible la France Insoumise.
Est-ce que selon vous, la France Insoumise a des responsabilités dans ces violences hier soir
? Écoutez,
franchement, je trouve que cette réponse est presque grossière en réalité dans la caricature qu'elle essaye de faire. Je ne vois pas bien le rapport entre la France Insoumise qui n'est pas tout à fait un mouvement que je porte dans mon cœur et les scènes auxquelles nous avons insisté hier. Je pense que le gouvernement et le Premier ministre en particulier feraient bien de se poser la question de pourquoi est-ce qu'on en arrive là ? Comment est-ce qu'on en arrive là ? Et là aussi, je mets de côté les scènes de pillages et de casse qui doivent faire l'objet d'investigations poussées pour bien comprendre où sont les responsabilités. Est-ce que les forces de l'ordre ont été débordées ?
Est-ce que le dispositif était bien adapté ? Est-ce que la célérité d'intervention correspondait à l'urgence de la situation ? Et ça, je le mets de côté. Ensuite, il y a les revendications politiques qui sont portées. Avec aujourd'hui des lycéens qui manifestent, avec une jeunesse qui se mobilise, avec un grand mouvement de mobilisation globale de l'ensemble, notamment de la fonction publique, pour dire quoi ? Pour dire en fait, les prix flambent et nos salaires n'augmentent pas. La vie devient beaucoup trop chère et nous sommes dans l'incapacité de continuer à vivre dignement et le travail ne paye plus suffisamment.
Nous avons des lycées qui sont délabrés, des conditions d'études qui ne sont pas acceptables. Qu'a dit le gouvernement ?
Je
vais juste vous donner un exemple. Ils ont dit, le ministre de l'Éducation nationale a dit, 3000 enseignants remplaçants qui seront mobilisés. Alors, dis donc, on découvre que par magie, on est en capacité de faire intervenir 3000 enseignants supplémentaires. D'où viennent-ils ? Ont-ils été formés ? Qui sont-ils ? Et sont-ils aujourd'hui devant nos enfants ? Et dans le même temps, le budget qui est annoncé prévoit la suppression de 1588 postes
d'enseignants. Le budget d'éducation nationale.
Mais enfin, de qui se moque-t-on ? Prend-on
nos
enfants pour des imbéciles ? A l'évidence, oui, je crois. Le ministre de l'Éducation dit qu'au vu de la chute, de la baisse démographique, le nombre de suppressions d'enseignants pourrait être plus grave.
C'était pour donner la réponse du côté du ministre de l'Éducation. Et
donc, c'est normal que nos enfants soient 36 par classe,
38, 39 parfois dans certains lycées. Mais d'ailleurs, les revendications, les manifestations hier ont plutôt été un succès au-delà des
scènes
dont on vient de parler longuement, entre 550 000 manifestants et 800 000 manifestants. Mais la question se pose aujourd'hui, comment continuer à porter ces revendications ? Comment organiser de nouveau une manifestation dans les rues de Paris ? Je comprends tout à fait cette
interrogation. Et je vais même vous dire, je la partage. Moi, pendant longtemps, j'ai été en manifestation et j'emmenais mes enfants avec moi.
Vous étiez à l'UNEF, c'est le début de votre engagement
politique
et d'un
syndicat étudiant.
Tout
à fait. Et bien après, c'était maintenant il y a quelques années, bien après, on avait l'habitude de manifester en famille. Et aujourd'hui, ce n'est plus possible. Et combien j'ai d'amis autour de moi, de citoyens qui me disent, en fait, je n'ose pas aller en manif à cause du
chaos, à cause des violences. Mais la faute
au ministre de l'Intérieur qui n'organise pas les bonnes conditions pour manifester ou la faute à une partie des gens mobilisés autour des cortèges qui donne ces scènes ? Je pense
que vous avez à la fois une déstructuration du mouvement social et un affaiblissement global du paysage politique, en grande partie depuis l'élection de M. Macron.
Donc, une difficulté à
tenir les cortèges ? Tout à fait. Quand on joue le « en même temps » et quand, délibérément, il y a une destruction de ce qui tient la vie politique, à savoir les partis, les syndicats, forcément, on assiste à une mauvaise organisation des cortèges puisque, auparavant, c'était en grande partie les syndicats, les partis politiques qui les organisaient avec des services d'ordre, avec une
organisation
qui permettait de tenir les cortèges. Et puis, d'un autre côté, vous avez aussi une radicalisation violente d'un certain nombre de personnes, et on l'a vu hier, des gens qui n'ont rien à voir avec le mouvement social, qui n'ont rien à voir avec les organisations syndicales ou politiques et qui sont là délibérément pour casser. Et derrière, vous avez une responsabilité politique, oui, bien sûr, du ministre de l'Intérieur, qui est censée garantir le droit fondamental
qui est
celui de
tout le monde.
On nous niaise que c'était aussi grâce aux forces de l'ordre que les cortèges qui s'étaient bien passés avaient pu se passer parce que les forces de l'ordre étaient là aussi pour
les encadrer en partie et éloigner des éléments violents. Ce qui a prédominé
le débat politique, vous voyez bien que ce matin, nous avons commencé par nous attarder sur la violence, les dégradations, la casse, les pillages, avant de parler des revendications sociales légitimes.
Mais vous dites tout de même, la Mireille Arrache, que vous vous interrogez sur la possibilité d'organiser une nouvelle manifestation à Paris après ce qui s'est passé hier. Ça veut dire quoi ? Que c'est un risque, désormais
? Je parle plus globalement, en fait.
Vous voyez bien qu'à chaque fois qu'il y
a
des manifestations, il y a des scènes de violence et de dégradation qui sont corrélées. Et celle d'hier a atteint quand même un niveau de violence qui était rarement égalé, je crois, dans ma mémoire et mon souvenir. Et évidemment que cela pose question pour la suite.
Il y aura des leçons à tirer
d'hier.
Oui, je pense, à l'évidence, oui. Ce serait quand même assez fou que je vous dise l'inverse.
La Mireille Arrache, dans ces leçons à tirer, est-ce que vous appelez à la démission du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez ? Plusieurs voix ce matin se font entendre, Alexis Corbière, mais aussi de la part du Rassemblement National. Quelle est votre position ? Ce
n
'est pas ce que je porte. Ce que je porte, c'est plutôt de s'interroger sur ce qui
s'est passé hier. Il y a une analyse qui doit en être faite et des comptes qui doivent être rendus. Certains ont évoqué le fait qu'il puisse y avoir la convocation d'une commission d'enquête à l'Assemblée Nationale. Je pense que ce serait une bonne chose que cela puisse
se produire
et que derrière, on puisse en tirer les conséquences. Je n
'ai
jamais joué aux pompiers pyromanes. Je pense qu'aujourd'hui, on doit avoir des comptes qui doivent être rendus à destination notamment des maires des villes qui ont été saccagées. Une analyse qui doit être faite afin que nous puissions savoir est-ce que le dispositif était adapté, est-ce qu'il a été suffisamment anticipé et pourquoi est-ce qu'on en est arrivé aux scènes auxquelles on a assisté hier. Et surtout, je pense qu'il faut qu
'on
soit en capacité de dire précisément que quand un commerce est pillé, ce n
'est
pas normal que les forces de l'ordre ne puissent pas intervenir. Que quand une ville est saccagée, ce n'est pas normal qu'il y ait ce sentiment quelque part de laisser faire puisque c'est ça qui ressort quand bien même la mobilisation des forces de l'ordre était importante.
Qu'est
-ce que vous dites à tous ceux qui sont venus manifester hier et qui ont pu être choqués justement par ces images de violence ? Vous-même,
vous
disiez que c'est difficile de venir manifester avec ces enfants par exemple. Tous ceux qui pourraient se sentir découragés d'aller manifester, qu'est-ce que vous pourriez leur dire ce matin ?
Qu'il faut s'organiser, qu'il faut rejoindre les cortèges syndicaux, les cortèges des partis politiques pour être protégés par les organisations, notamment les services d'ordre des différents partis. Que les forces de l'ordre sont là aussi pour assurer la sécurité des cortèges et qu
'il
ne
faut
pas se décourager. Que le mouvement, il est légitime, que la colère, elle est légitime. Je faisais un calcul ce matin en arrivant ici un jeune aujourd'hui lycéen de 15 ans qui se mobilise, c'est un enfant qui avait 5 ans quand Emmanuel Macron a été élu président de la République. Donc ça en dit long aussi sur le sentiment qu'ont nos jeunes aujourd'hui que nous ne sommes plus en capacité ni d'accompagner, ni d'entendre leur colère, ni même d'être pris au sérieux et donc de leur répondre précisément. En 1990, les lycéens, au moment de la grande mobilisation de 1990, avaient été reçus par le président de
la
République. Aujourd'hui, ils ont quitté la table suite aux discussions proposées par le Premier ministre parce qu'en réalité, ils n'avaient rien à leur dire, ils n'avaient pas envie de les entendre.
Ils ont été reçus à trois
reprises par le ministre de l'Éducation,
Édouard Geffray, pour
échanger les 3000 postes, par exemple, qui ont été avancés pour
pouvoir remplacer rapidement
les profs qui ne sont pas présents. Rapidement, le patron de votre parti, Olivier Faure, lui, pointe du doigt la doctrine du maintien de l'ordre en disant qu'il faut qu'elle soit modifiée car il y a une sorte de confrontation des forces de l'ordre qui favorise le jeu du chat et de la souris.
Est-ce
que vous êtes d'accord avec lui ? C'est les policiers qui par leur doctrine de maintien de l'ordre hier, qui sont en partie responsables de ce qui se
passe ? D'abord, les policiers ne sont pas responsables en tant que tels, en tant qu'individus puisqu'ils répondent à des ordres et à des consignes.
Mais il faut changer la doctrine du maintien
de l
'ordre
en
France. Il
y
a l
'évidence, oui, ça fait maintenant quelques années que nous dénonçons la doctrine de maintien de l'ordre qui, à mon sens, aujourd'hui, fait usage de forces par moment de façon disproportionnée. Mais je crois que la scène...
Mais de là à dire
que ça alimentait
violence qu'on a
pu
voir
hier... Ce n'est pas ce que je dirais pour ma
part et notamment, je crois qu'hier, les forces de l'ordre ont été prises à partie, ont été délibérément visées avec notamment des policiers qui ont été agressés et deux qui sont partis inconscients.
Donc on sait
dire le niveau
de
violence. Et
notamment, je ne vous cache pas, pour avoir vu certaines scènes, avoir vu la taille de certains pavés qui étaient jetés à la tête des forces de l'ordre, je pense qu'hier, il faut plutôt regarder la situation de près, la question des effectifs, la question des moyens octroyés, pas forcément celle de la doctrine s'agissant de ce qui s'est passé à Paris hier soir.
On évoquait les réactions politiques Lamia et Larrage, il y en a eu beaucoup aussi du côté de
l
'extrême droite hier, le Rassemblement National qui a largement condamné ces images de violence et de chaos. Est-ce que c'est le RN qui sort renforcé de cette journée d'hier d'un point de vue politique ?
Quand vous assistez à des scènes comme celles qu'on a vues hier, quand vous voyez des images comme celles qui circulent actuellement avec une forme de sentiment en fait de laisser faire et quelque part, on peut piller, on peut saccager, on peut...
Il y avait une
forme d'impunité hier
dans les rues
de la capitale
et d'autres villes en France. Ça
donne forcément ce sentiment-là et le RN joue aux pompiers pyromanes. La vraie problématique à laquelle nous sommes confrontés, c'est comment est-ce qu'on répond aux revendications portées ? Comment est-ce qu'on prend en compte le mouvement lycéen
? Oui, répondre avec un
message d'ordre. Et
au-delà de ça, quelle est la réponse de la République face aux scènes de casse et de violence ? Et on ne peut pas s'en accommoder, on ne peut pas accepter que cela puisse se reproduire. Et oui, il doit y avoir des sanctions, il doit y avoir une judiciarisation importante des scènes que nous avons vues hier et je crois pouvoir dire qu'ils doivent être recherchés individuellement et sanctionnés individuellement parce que ce n'est pas possible. Et ça vient discréditer le mouvement social tel qu'il se tient et bien sûr que Mme Le Pen, bonne pompier pyromanes qu'elle est, ne peut que se réjouir de ce qu'elle a pu voir hier soir.
Merci beaucoup, Lamiaë Larage, première adjointe au maire de Paris, invitée du 8.30 France Info ce matin. Restez avec nous sur France Info en édition spéciale qui continue.
Merci.
Lamia El Aaraje