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AutreNotre Monde· 26 mars 2026 79 minActualité / polémiqueSécuritéImmigration & asileSolidarités & familleInstitutions & élections

État d’Urgence: Sarkozy, De Villepin et la Crise des Banlieues – Documentaire Crise Politique - Y2

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 8 %Attaque 38 %Défensif 54 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 18:31Fait
    « Vous en avez assez ? Vous avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser. »
  • 19:14Fait
    « On nettoie les trafics. On ne nettoie pas des gens. »
  • 28:36Fait
    « Ce à quoi nous avons assisté dans le département de la Seine-Saint-Denis cette nuit n'avait rien de spontané, était parfaitement organisé. »
  • 40:20Fait
    « Le Conseil des ministres a adopté ce matin un décret sur la base de la loi de 1955, autorisant les préfets, sous l'autorité du ministre d'État, ministre de l'Intérieur, à mettre en œuvre des mesures de couvre-feu. »
  • 44:57Fait
    « La France a connu une forme d'insurrection non organisée avec l'émergence dans le temps et l'espace d'une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme. »
  • 1:03:30Fait
    « On fait du chiffre et il faut qu'on arrête les délinquants. On le barre à jour, le groupe sort, va au sein de la manifestation chercher les des hauteurs de délits, souvent de lancer le projectile, et se rabattent très rapidement après, derrière la ligne qui se referme. »
  • 1:04:35Fait
    « 18 mars, c'est la manifestation du samedi, celle où l'on va en famille. Ça aurait dû être tranquille. C'est pourtant l'heure du drame, l'heure de la bavure, tant redoutée, qui peut tout court-circuiter et contraindre le gouvernement à démissionner. »
  • 1:05:29Fait
    « Vous avez tué quelqu'un. Reculez, bien sûr. Et à ce moment-là, c'est black-out total sur les informations. »
  • 1:06:12Fait
    « Il y a eu une certaine bataille de la communication, si j'ose dire. »
  • 1:07:12Fait
    « Combien de gouvernements ont sauté dans des situation similaire. Jacques Chirac le sait. Il était Premier ministre en 1986, lors de la loi de Vaquet. Il rata la présidentielle deux ans plus tard. »
  • 1:08:36Fait
    « Cette manifestation était mal organisée par les organisateurs. Le service d'ordre était souvent insignifiant, quelquefois plein de bonne volonté, mais complètement dépassé par les événements. »
  • 1:10:40Fait
    « On a une nébuleuse de voyous qui n'ont pas d'animation politique, qui ont uniquement une animation acquisitive. »
  • 1:13:32Fait
    « La majorité lâche Dominique de Villepin. Il a perdu. Son adversaire tient sa revanche sur les émeutes de l'automne. »
  • 1:14:16Fait
    « Je ne crois pas que lui était grandement compétent pour organiser la manifestation dans ces détails. »
  • 1:14:46Fait
    « Depuis plusieurs semaines, des interrogations, des appréhensions, des critiques. Les manifestations ont servi de prétexte à des actes de violences. »
  • 1:15:15Fait
    « Puis, quand il nous a dit: Je promulgue, mais ça ne s'applique pas. Oui, bien sûr. Qu'est-ce que tu racontes ? »
  • 1:15:58Chiffre
    « 10 avril 2006, c'est terminé. La France vient de vivre deux crises de genre en moins de six mois. »
  • 1:17:26Fait
    « Finalement, tout le monde a envie de conclure un peu rapidement sur ce qui qui s'est passé, à la fois aux Invalides, à la fois quand on a resserré les services d'ordre pour empêcher, entre guillemets, les mecs de banlieue. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

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0:07

Ils ont mis un camion sur la route, carrément. C'était fou.

0:15

C'est parti en couille. Qu'est-ce qui s'est passé, ici ? Ça te gêne, la merde.

0:30

Pourquoi on me fait de la souci ? Il y a le tout au bout de mon souci. Merde, il y a CRS.

0:40

Eh, mais qu'est-ce qui se passe ? Il y a que nous.

0:48

Pour le monde entier, la France est le pays des manifestations monstres, des émeutes géantes, des grèves générales. C'est un fait. De gauche comme de droite, aucun pouvoir n'a échappé à cette rue qui se fait champ de bataille, champ politique. Ça, c'est le devoir de l'État. Pourquoi ces flambées de violences ? Comment surgissent-elles ? Comment l'État réagit ? Entre l'automne 2005 et le printemps 2006, deux grandes crises ont secoué la France. À elles seules, les émeutes des banlieues et la crise du CPE résument 50 ans de désordre et de maintien de l'ordre.

1:42

27 octobre 2005, Clichy-sous-Bois, Seine-Saint-Denis, 17h20. Tout commence par un match de foot. Dix adolescents reviennent. Je suis à Paris, à Intramuros. Je suis au bureau et je passe au service La police me dit: Je vais me faire la formation. À 18h00, je suis chez moi. J'étais au ministère de l'Intérieur, sans doute. J'étais au parquet. Au même instant, la police est appelée pour le cambriolage supposé d'une baraque de chantier.

2:19

Les jeunes courent. Le groupe se disperse. Trois empruntent ce chemin: Zied, Una et Mouitine, au coin de la rue des Sirènes. Il y a un appel qui est donné pour des jeunes qui rentrent sur ce cabanon et dont on peut penser qu'ils cherchent à dérober des objets. François Molins, procureur de la République de Bobigny. En réalité, aucun objet n'a été dérobé. Les adolescents n'ont pas leur papier sur eux. Ils craignent la nuit au poste. Pour certains, c'est ramadan. Ils ont promis de rentrer avant le coucher du soleil. On est dans le quartier, ça intervient. Vous avez des gamins, c'est des gamins, les trois cas, des gamins qui fuient de tous les côtés.

3:05

Philippe Laureau, directeur central de la sécurité publique, grand patron des bacs et de tous les policiers en tenue de France. Comme ils ont une peur permanente de ce qui représente l'ordre, de ce qui représente le policier et tout, ils vont au premier endroit, puis ils rentrent dans un truc qui n'est pas protégé. Les sept autres adolescents du groupe interpellés sont relâchés. Au quartier, il raconte. Une rumeur s'installe. Lui, il est parti de son côté et les trois autres sont partis de l'autre côté. Il a bien vu que la police était derrière eux. Derrière les trois autres ? Derrière les trois autres. Ils m'ont lâché moi pour les pousser. Ils l'ont laissé lui parce qu'il était tout seul. Ils sont partis vers les trois autres.

3:44

Toutes les émeutes locales sont parties d'une histoire avec la police, légitime ou pas légitime, peu importe. C'est l'affaire d'une cité. Bruno Lafargue dirige les renseignements généraux à Paris et en proche banlieue. On a affaire à un processus au départ qui est tout à fait normal. Alors, d'une communication radio, il y en a un qui dit: Ils ont dû rentrer dans le transformateur. Ils ont dû rentrer dans le transformateur, mais qui ne les voit pas. Il y a un opérateur radio qui est là et qui dit: De toute façon, s'ils sont rentrés dans le transformateur, bonne chance pour eux, on va sûrement les retrouver en mauvais état. Deux morts, un blessé grave. Dans le transformateur, c'est l'arc électrique.

4:27

C'est la mort pour Zied et Bouna, Les brûlures pour Mouhitime et la panne générale pour tous. Sans le savoir, tout Clichy-sous-Boua vit le drame par procuration. Le maire à cour. D'abord, il y a beaucoup de policiers. On est partis avec l'idée d'un accident et on est très surpris de voir autant de policiers et des policiers que je ne connais pas. C'est-à-dire des policiers qui sont venus de toute la Seine-Saint-Denis. Profitant un peu d'un certain flottement, je suis rentré et effectivement, je me suis approché des cadavres. Il y a des clichois du quartier qui se sont regroupés, mais qui ont été tenus à l'écart, qui sont au bout de la rue. Et je m'aperçois qu'il y a quelques personnes qui se trouvent être en fait les

5:11

parents et la famille des deux victimes. Les familles sont effondrées, mais au sens propre. C'est-à-dire qu'elles s'effrouvent, elles s'effondrent par terre de douleur, de chagrin.

5:24

Et je sens monter la colère. Il y a même un des membres de cette famille qui tape sur un capot de voiture comme ça en disant: Si c'est ça la France. Les renseignements généraux de Bobigny nous ont envoyé un message en nous disant immédiatement qu'ils s'attendaient à des répercussions sur Clichy-sous-Bois. Ça a cramé où le V11 ? Un jeune homme du quartier rentre du travail. Réflexe caméra. Sous ses yeux, une mécanique va s'emballer. La mécanique de l'émeute. Un quartier s'embrase. La police rétorque. Et puis d'ordinaire, on oublie. Il va être content, le Sauf que cette fois-ci, le pays entier va être saisi. Ces images sont rares. Elles sont tournées du point de vue de la rue.

6:07

Ça arrive assez fréquemment qu'un jeune meurt dans des conditions où les rumeurs mettent sur le compte de la police le fait que ces jeunes soient morts. Qu'est-ce qui s'est passé ? On lui met le jeu, c'est bien. Romain, on reste au-dessus. J'ai senti une police qui avait le sentiment d'une situation grave. Il ne s'agit pas d'arriver et d'emmener n'importe qui, n'importe comment. Pierre marchant la cour, il va commander toutes les compagnies de CRS stationnées en Seine-Saint-Denis. Il faut connaître le terrain, il faut savoir quels risques se présentent, quel type de population est en face, s'il y a une hostilité, s'il y a pas d'hostilité. Dans les premiers jours, nous avions du mal un peu à cerner, si vous voulez.

6:48

Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, son éminence grise en matière de police. En fait, nous avions affaire à des de guérilla urbaine, d'une certaine façon. Au nom de la commune de Clichy-sous-Bois. Au deuxième jour, Clichy se mobilise, parle et ne comprend pas. Que s'est-il passé ? Deux versions s'opposent, celle de Mouhitime, le rescapé, et la version des ministres. La communication va jouer un rôle clé dans l'affaire. On sort du fait divers, on entre dans l'affaire d'État. Et en même temps que je reçois dans ce bureau-même ces familles, mes collaborateurs me disent que que le Premier ministre, d'une part,

7:31

est le ministre de l'Intérieur, ont eux leur version, mais qui n'a rien à voir. Ces jeunes essayaient d'échapper à la police, mais ils n'étaient pas à ce moment-là, d'après ce qui m'est indiqué dans le rapport écrit que j'ai reçu, ils n'étaient pas à ce moment-là poursuivis physiquement par la police. Je décide à 11h30, je m'en s'en vais encore, de faire une conférence de presse dans la salle du conseil municipal où je demande une enquête transparente, indépendante. Monsieur Sarkozy est à Metz, mais j'ai son directeur de cabinet et je lui Je lui dis que je vais demander une enquête et il me dit: Vous avez tout à fait raison. Et d'ailleurs, le ministre veut vous recevoir. Monsieur Sarkozy, dans son bureau à 18h00, justement, en convient. Il dit effectivement qu'il doit y avoir une enquête,

8:15

se contredisant un petit peu avec lui. Mais moi, je lui explique qu'on ne peut pas avoir de retour au calme tant qu'on n'aura pas dit ces choses-là et que je pense que c'est à lui les dire parce que que je le dise, c'est une chose, mais que le ministre de l'Intérieur le dise. Il est tout à fait d'accord avec moi et quand on sort de son bureau, il va devant des caméras pour dire: Je redonne une enquête, etc. Mais il est 18h00, 19h00. C'est très peu repris à la télévision. Trop peu repris. Le soir, les échauffourés repartent, 2h00 du rang. La colère clichoise est encore local. L'homme tient toujours sa caméra, les jeunes, leurs projectiles et les CRS, leurs flashballs, une arme qui tire des balles en caoutchouc, faite pour neutraliser et impressionner.

8:56

Dans le bureau de Lys, l'intérieur, là, j'avais été informé d'un certain nombre d'effectifs de police qui seraient présents dès le début de la nuit. Or, je ne sais pas trop pourquoi, ces effectifs n'étaient pas présents.

9:14

Ils ne sont venus que très, très tard. Et là, j'avoue qu'encore aujourd'hui, je n'arrive pas à comprendre pourquoi des ordres qui avaient été donnés en haut lieu, puisqu'il s'agissait des ordres du ministre de l'Intérieur lui-même, n'ont pas été respectés. J'ai même assisté à des CRS qui sont venus jusqu'à la caserne des pompiers qui servait un peu d'état-major et qui sont repartis parce qu'en fait, ce n'était pas la bonne compagnie de CRS qui devait être là.

9:37

Vu les événements, moi, j'ai plutôt ma première impression, c'était plutôt une impression de cafouillade. Et là, l'évidence, c'est qu'il faut monter en puissance, il faut tenir.

10:13

Et puis, la tension baisse. La colère se contient, la troisième nuit passe sans heure. On s'était recueillis au pied de l'immeuble de Bouna. Samir Meïhi, un ami de Bouna, voisin de Zied, va bientôt devenir d'un âge public. Disons que vous écoutez plus que vous essayez de parler, vous essayez de comprendre, mais c'est vrai que ce n'est pas évident de prendre la parole dans ces cas-là. La justice va faire son travail, dit-on. Le train-train quotidien revient. Reste un climat tendu.

10:52

Dans la soirée du 30 octobre 2005, un tir lacrymogène atteint la mosquée Bilal en plein ramadan. Pour les musulmans, cette nuit-là porte un nom: la nuit du destin. Un portable filme la scène. Les images se propagent. Cette lacrymogène est le nouvel effet déclencheur des émeutes. L'unité qui était à côté, je la Je vous le connais très bien, c'est la CRS 9 de Rennes. J'étais à proximité du commandant. J'ai moi-même mené une enquête interne en la matière. J'y étais et je pleurais à cause des gaz lacrymogènes. Je confirme que c'est bien une grenade lacrymogène qui vient d'une qui est en dotation dans les compagnies d'intervention qui étaient

11:36

sur place en Seine-Saint-Denis, celui-là. Ce qui ne veut pas dire que c'est un tir qui a été fait par un policier. Ça, c'est l'enquête qui le dira. L'affaire de la mosquée, nous l'avons vécue comme un gigantesque malentendu.

11:57

Une enquête très précise a été faite. Il est clair qu'il n'y a pas eu de volonté d'envoyer une grenade lacrymogène dans la mosquée. Cela étant, la situation était dramatique. Dans les situations dramatiques, on n'arrive pas toujours à se comprendre. J'ai réussi à fermer la deuxième porte et ils ont vu que celle-là était fermée, ils ont tiré sur l'autre. Les grenades, dans certains cas, la primogène, dans tous les cas, sont, pour certaines, à bon aléatoire. C'est ce type de grenade qui, lorsqu'elles arrivent sur le terrain, partent dans tous les sens. Qu'est-ce qui s'est passé ? On a poussé les douilles parce qu'il n'y avait pas que les gaz qui étaient à l'intérieur, les douilles aussi étaient à l'intérieur.

12:40

Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'en sais rien.

12:45

Si, à ce moment-là, très rapidement, on avait dit: On regrette, etc. Et dit: Lorsqu'un lieu de culte est agressé, quelles que soient les circonstances, c'est la République tout entière qu'on agresse. Mais quand ne dit rien, c'est la porte ouverte à toutes les explications, à tous les fantasmes. C'est un petit peu dire: On peut lancer une bombe lacrymogène en direction d'un lieu de culte tant qu'elle tombe devant. Ensuite, si elle va à l'intérieur, ce n'est pas trop de notre faute. C'est ce déséquilibre que les jeunes n'arrivent pas à comprendre. C'est la goutte d'eau qui fait des barouilles vases. Il y a un sentiment d'humiliation. Moi, j'en ai parlé longuement. Le soir-même, dans cette mosquée, j'ai dû faire face à une colère. La fille à la Pourquoi ils font ça ?

13:30

Ils ont touché la mosquée. Et avant, c'est chez vous, les jeunes. Alors, vas-y, filme.

13:36

C'est très clair. Tiens, tiens, tiens. Hé, c'est pire. C'est très bien. Ça, c'est sa mère. Tiens, tiens. S'il vous plaît. S'il vous plaît, allez-y. Laissez-vous le temps de leur parler, s'il vous plaît. Allez-y. Cette affaire de la mosquée, certains ont dit que les islamistes étaient derrière. On n'a recueilli aucun élément tangible nous permettant de mettre au compte des islamistes telle ou telle émeute. Eux, ils sont restés vraiment très en retrait de cette affaire. Malgré elle, Clichy-sous-Bois redevient le centre de la France. Et la France regarde la télé. L'émeute du quartier devient en jeu national. Monsieur le maire, est-ce que ça veut dire que vous vous préparez à une nouvelle nuit de violences dans votre ville ? Je le crains. Je ne le souhaite pas du tout. Bien entendu, parce que je crois que les habitants se sont exprimés. Tout le monde est désolé de tout ça. On peut revoir les images où on voit des gaz lacrymogènes dans la mosquée ? On peut les revoir, ces images-là ? Samir Mi, j'ai fait sa connaissance sur le plateau de Montcroisey. Et quand monsieur le ministre de l'Intérieur se permet de dire

15:03

que ce gaz lacrymogène est une dotation de la police, c'est-à-dire que c'est une propriété de la police, mais on ne sait pas si c'est un policier qui a tiré, il y a un problème. C'est vrai que cette phrase me semblait tellement énorme et ridicule que je voulais répondre par une phrase tout aussi énorme et tout aussi ridicule. Et c'est là où je dis que... Que les pierres qui ont été lancées sont bien des dotations des jeunes, mais je ne sais pas si ce sont les jeunes qui les ont lancées. Voilà, c'est comme ça qu'on a fait connaissance. En disant, pas tout à fait la même chose, mais effectivement, pour l'un comme pour l'autre, là, on a pu affirmer des choses qui ont surpris, semble-t-il, pas mal la société française. Venez, venez, venez, on repart.

15:43

Pour l'heure, C'est encore une spirale locale, une contamination concentrique. De proche en proche, de bouche à oreille, d'amis en copains de collèges, de footballeurs en voisins. On se croise, on s'appelle, on se retrouve. Les autres, on vient tous par là. Et à ce moment-là, on se dit qu'il faut qu'on se prépare à ce que la vague arrive jusqu'à chez nous. Ce qui est assez étonnant d'ailleurs, c'est qu'on a vu passer ça d'est en ouest, de commune en commune.

16:16

Six jours après le début des événements, la police va commettre une sérieuse erreur d'appréciation. Cela se passe à Saint-Denis, le 2 novembre 2005, au Stade de France. Huit-cents policiers sont réquisitionnés pour le match à risque, l'Île Manchester. Ce soir-là, la région parisienne va connaître son pic de violence. L'affaire est restée confidentielle, elle est d'envergure. Le fait qu'il y ait un deuxième événement qui était risqué en termes d'ordre public et qui a mobilisé la présence de très nombreux policiers, c'est traduit effectivement par: Les policiers qui étaient au Stade de France n'étaient pas ailleurs. Et ça, je pense qu'il est... On ne peut s'empêcher de faire la liaison entre les épisodes de violences urbaines

16:59

et la tenue de ce match au Stade de France. Cela n'est pas tolérable. Rien ne justifie de telles violences. Rien ne justifie de telles dégradations. Le gouvernement assurera l'ordre public. Il le fera avec la fermeté nécessaire. C'est la tâche difficile de Nicolas Sarkozy. À cet instant précis, Dominique de Villepin désigne son ministre de l'Intérieur. C'est un classique du genre. Le désordre qui s'installe déclenche toujours une crise politique, d'autant plus que le ministre de tutelle est dans la tourmente. Deux jours avant la mort de Zied et Bouna, il a fait une visite nocturne

17:44

en banlieue parisienne. Elle a laissé des traces.

17:51

Nicolas Sarkozy annonce son plan antiviolence urbaine. Il est simple, c'est un choix policier, un choix politique. Ces restes qui étaient affectés à l'ordre public, aux manifestations, vont maintenant être affectés à ces quartiers. À Argenteuil, il est venu détailler sa vision du maintien de l'ordre dans la France des années 2000. Il n'y aura pas de débat. Une phrase va tout changer. Effectivement, c'est ce soir-là que le ministre a prononcé le mot racaille.

18:31

Une dame d'origine maghrébine, visiblement d'ailleurs, à sa fenêtre, dit: Monsieur Sarkozy, il faut nous débarrasser de ces racailles. Et le ministre lui répond: Hein ? Vous en avez assez ? Vous avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser. Bonne soirée. En cette fin octobre 2005, le mot résonne à Argenteuil comme ailleurs. Bientôt, il va ricocher dans les rues, à la radio, à la télé. Ces mots tournent en boucle. Des excuses de sa part parce qu'on ne traite pas un groupe de jeunes, de racailles, de différents quartiers, n'importe quel quartier, alors qu'on ne les connaît pas.

19:14

On les dit un Nettoyer au Karcher, c'est un terme qui s'impose. Le terme nettoyer au Karcher est un terme qui s'impose. On nettoyait, on n'est pas des animaux. On nettoie les trafics. On ne nettoie pas des gens. Parce que Sarkozy a dit: Tu fais quoi ? On met un Karcher et on dit qu'il a mis ça, ça prend la tête. C'est les propos de Sarkozy aussi. Arrête, ça suffit. Il faut arrêter. Il faut être plus intelligent que ça. Le ministre de l'Intérieur se trouve à son tour pris à son propre piège et pris dans le piège des mots. Les mots qu'il utilise sont des mots d'affrontement, sont des mots guerriers, sont des mots de guerre qui sont adressés à une partie de la jeunesse de ce pays. Soit il reconnaît la faute ou en tout cas, il pense qu'il y a faute possible,

19:52

soit, il tient bon parce qu'il considère qu'on est dans le discours de la guerre, qu'on a face à nous des ennemis et que face à des ennemis, on ne ne reconnaît pas avoir tort. Je crains qu'il ait été pendant tous ces jours-là, traversé par ce double sentiment.

20:10

La gravité de la situation atteint Matignon. Dominique de Villepin veut s'imposer. Il exige de son intérieur de ministre qu'il affiche un visage d'ouverture. La rivalité entre les deux hommes a des incidences directes sur la gestion de la crise. Je reçois un coup de fil du préfet de la Seine-Saint-Denis pour me dire: Il faudrait que vous alliez place Beauvau ce soir avec des jeunes. Alors moi, cette commande me paraît un peu étonnante parce que je ne sais pas ce que c'est que des jeunes. Je ne sais pas ce que c'est que des jeunes. Alors on comprend que ce sont plutôt des médiateurs que le ministre veut voir. Et là, c'est un choc de culture.

20:50

L'ambiance était au dialogue, je dirais. Climat était assez tendu puisqu'on ne voulait pas croire ce qu'on racontait, ce qu'on avait vécu ces derniers jours, le comportement des forces de l'ordre. Les indisants, mais pourquoi les jeunes font ça ? Qu'est-ce qui leur prend ? Etc. Et les médiateurs, s'étonnant de leur étonnement. C'est vrai qu'il y a des difficultés de compréhension entre les jeunes et... Pas seulement la police d'ailleurs. Je crois, malheureusement, je l'ai bien observé à cette occasion, que c'était entre eux et le reste du monde.

21:33

En France, pour se révolter ou pour manifester un mécontentement, c'est aller dans la rue. Mais 68, c'est arracher les pavés pour les jeter sur les forces de l'ordre. Donc, ce n'est pas typique des jeunes issus de l'immigration ou des jeunes Noirs ou des jeunes Arabes. C'est une tradition française. Donc, quand on parle d'intégration et d'assimilation de la France, moi, je trouve que ces jeunes ont plutôt bien assimilé les traditions françaises. Donc, voilà. Et à un moment donné, Nicolas Sarkozy s'en va. Il quitte la salle. Le ministre de l'Intérieur nous a laissé discuter, dialoguer directement et négocier aussi directement avec les différents chefs de la sécurité du département.

22:14

On a demandé s'il pouvait se positionner un peu plus en retrait du cœur de vie du quartier. C'est ce qui a été fait. Et le calme est revenu progressivement. Ce soir-là, pour Clichy, le dialogue a suffi. Mais pour le reste du pays, trop tard. Cette incompréhension, ce monde contre monde, ce choc des cultures remontent à loin. Depuis Vaud-en-Velin, en 1979, les émeutes urbaines sont bien une histoire française. Elles rappellent qu'une crise profonde atteint la France depuis 30 ans. Personne ne l'a résolue. Le désordre est entier, la violence fatale. Et pourtant, par leur portée, ces émeutes semblent surprendre le pouvoir.

22:58

S'il faut faire descendre l'armée ou quelque chose comme ça, mais il va falloir trouver une solution. L'embrassement devient national. Le désarroi total. Bientôt, 11 000 voitures vont brûler. Près de 300 édifices seront touchés. 18 régions sur 22 sont atteintes. Autre fait occulté de ces émeutes, elles gagnent même les zones rurales.

23:24

La première tête, la première main, ça tire. Attention, attention, ça caillasse, là. Comment faire ? Les Les forces de l'ordre ont deux options, soit contenir les assos par leur seule présence, soit aller à l'affrontement. Pour l'heure, c'est plutôt la retenue qui prédomine. Quand on dit: On n'intervient pas, c'est faux. L'intervention a lieu, mais elle n'a pas lieu forcément dans les conditions qui sont attendues par les médias ou le public. Nous avons des connaissances techniques en la matière, nous savons à quel moment il faut intervenir et comment il faut intervenir. C'est-à-dire que le fait de ne pas intervenir, c'est quand même une forme d'intervention.

24:02

Au 11ᵉ jour, tout le monde se tourne vers l'Élysée. C'est un classique des crises nationales. Une des charges premières d'un président est de savoir parler au pays au bon moment. Dans la cour de l'Élysée, Jacques Chirac s'avance. Le dernier mot doit revenir à la loi. La République est tout à fait déterminée par nature à être plus forte que ceux qui veulent semer la violence ou la peur. Deux minutes et quatre secondes comme ça, comme absente, comme déconnectée, comme un de Gaulle en 68 ou un Mitterrand en 84 lors des manifestations pour l'École libre.

24:48

Coup pour rien. La parole présidentielle n'a rien changé. À Matignon, on récupère le dossier, on improvise dans l'urgence une table ronde. Et on reçoit un coup de fil comme quoi on est convoqué à Matignon pour une réunion des maires. Il dit: C'est intéressant, on va me donner des pistes, m'aider. Le Premier ministre arrive et nous dit: Écoutez, en résumé, mais ça a duré deux minutes, son intervention. Écoutez, messieurs les maires, Vous voyez la gravité de la situation. Nous ne savons pas ce qui arrive. Nous ne comprenons pas pourquoi et nous ne savons pas comment l'arrêter. Je me suis dit qu'on était dans la mouise parce qu'on était déjà seuls et Et là où on était reçu au plus haut niveau de l'État, on n'avait pas l'impression

25:32

qu'on allait l'être moins après. On est sorti de là, je vais le dire autrement, en se disant: Ça n'a pas servi à grand-chose. Et on a le sentiment que c'était plutôt pour la presse qu'on a fait ça en disant: Le Premier ministre a rencontré les maires de banlieue, point. Moi, j'ai vu l'État, en tout cas, c'est le sentiment que j'en garde, s'effondrer pendant quelques jours sous la pression d'un certain nombre de types qui cramaient des voitures. On n'a pas le visage clair des personnes qui cassent, on ne sait pas. C'est une ombre qui agit dans la nuit. Et elle se cache par à acheter. Elle ne veut pas se montrer, dire que c'est moi, je n'en ai ras le bol. Elle ne s'exprime que par la violence. Début novembre, Nicolas Sarkozy doit occuper le terrain. Il faut rassurer.

26:16

Il active alors son PC de crise nationale, le Centre opérationnel Beauvau, le COB. Sont présents tous les grands patrons: CRS, RG, PJ, sécurité publique et même, les premiers temps, DST. Tous les jours, nous regardons un petit peu la courbe au niveau de l'évolution des incidents qui se produisent et nous n'attendons qu'une chose, c'est naturellement que ça baisse de manière extrêmement forte. Il est clair qu'une nuit, il y a eu plus de 1300 voitures qui ont été incendiées. Je ne vous cache pas que l'ambiance n'était peut-être pas excellente et on se posait des questions. Il faut à la fois répondre à l'immédiat et il faut réfléchir. Et très franchement, on a le temps de réfléchir. Fréquence des réunions, deux par jour, matin et soir.

27:00

Objectif, regrouper les informations et affiner de nouvelles stratégies. L'une de nos ralentises, évidemment, c'était l'incident grave et notamment la mort d'homme. Et les consignes, l'encadrement, l'idée de œuvre des unités ont toujours eu cette préoccupation à l'esprit. Même le maintien de l'ordre, ce n'est pas du réflexe, ce n'est pas de la démultiplication en réel de ce qu'on fait à l'entraînement, c'est de précéder d'une réflexion importante et de nature politique. En haut lieu, ce temps nécessaire accroît la nervosité. Nicolas Sarkozy est contesté. Dominique de Villepin inquiet. Notre méthode, c'est la méthode du milieu fermé. Donc, c'est celle qu'on utilise

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pour le terrorisme, c'est-à-dire que nous, on a plusieurs sources de renseignements. On a d'abord les surveillances et les filatures. Autrement, on a les interceptions de sécurité, les écoutes téléphoniques. On utilise également les informateurs, s'il les sources. Nous, on appelle ça les sources humaines. Et puis, on a, dans le cadre des bonnes relations que l'on a avec différents acteurs, on a des contacts avec différentes personnes qui, elles, nous donnent des renseignements sur l'état d'esprit des jeunes, la façon dont ça bouge.

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De quelle nature est la menace ? S'agit-il d'une volonté de déstabilisation de l'État, d'une prise de pouvoir par la rue ? Qui sont ces ombres qui font foule qui font émeute ? Nicolas Sarkozy avance son hypothèse.

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Ce à quoi nous avons assisté dans le département de la Seine-Saint-Denis cette nuit n'avait rien de spontané, était parfaitement organisé. Ils sont où tous tous les petits connards qui ont fait ça ? Le nombre d'émeutiers surprend, mais aussi leurs cibles. Sans porte-voix, sans revendication claire, sans figure ni stratégie, les émeutiers ne constituent pas un mouvement. Si ça avait été la révolution, les jeunes, qu'est-ce qu'ils auraient fait ? Ils auraient été dans les quartiers riches, dans les centres-villes, se livrer à des pillages ou autres. En fait, où se sont produits les événements ? Ils se sont produits dans les quartiers difficiles, puisqu'il s'agissait de montrer que c'était eux les meilleurs dans leur quartier.

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Donc, si on faisait brûler des voitures en centre-ville, ça ne servait à rien. Ce n'était pas productif. Il y a donc comme une logique folle dans les objectifs. On s'en prend aux écoles, aux crèches et aux maternelles surtout, bien plus qu'au collège ou au lycée. La raison est territoriale et tactique. Les lycées sont souvent loin, les écoles, toutes proches. Il y a un peu plus de 60% des jeunes qui ont été interpellés, qui n'étaient pas connus. Et dont on sait aujourd'hui qu'ils étaient souvent en situation de décrochage scolaire, voire d'absentéisme, qu'ils développaient souvent des problématiques, certaines dans leur rapport avec

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l'institution et qu'ils n'avaient pas fait l'objet de signalements alors que pour une bonne partie d'entre eux, on pense qu'ils auraient dû en faire. L'attaque des entrepôts obéit, elle aussi, à des modes opératoires plus raisonnés qu'il n'y paraît. À l'écart des villes, moins surveillés, ils sont faciles à saccager et servent à leur tour d'exutoires commodes. On le sait de par certaines écoutes téléphoniques dans certaines affaires, on sait que certains incendies relativement importantes contre des entreprises ont été été allumé par des gens qui disaient se plaindre de refus de stage lorsqu'ils avaient sollicité ces entreprises. J'ai eu une promesse d'embauche dans une grande boite à Roissy et je suis parti récupérer mon badge. On m'a refusé mon badge. Pourquoi ?

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Parce que j'ai fait une connerie qui date il y a quatre ans de ça. J'avais des larmes aux yeux. J'aurais dit: Mais comment ça ? Vous me refusez mon badge alors que j'ai une promesse d'embauche. Ça peut changer une vie. Dans un rapport inédit, le parquet de Paris se demandera un an plus tard comment penser qu'il s'agit d'un hasard. Comment ne pas faire un lien entre ces lieux d'enseignement, de culture et d'emploi, tous trois vecteurs de promotion sociale ? Le moment où le désespoir, où l'absence de perspectives d'avenir et la difficulté du quotidien devient telle, et ça n'excuse rien, que les gens se mettent à faire n'importe quoi pour, pendant quelques heures, quelques jours, se donner le sentiment de retrouver la maîtrise de leur propre vie.

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Les jeunes ont dit, ils ont expliqué que c'était purement ludique. Ils ont fait ça pour s'amuser. Il y avait aussi la violence comme mode de mise en scène où on a eu effectivement ce phénomène qui était assez généralisé, où les jeunes auteurs d'infractions se mettaient en scène devant les véhicules qui brûlaient en se faisant prendre en photo avec les téléphones portables. Chaque soir, au journal télévisé, c'est un rituel. Des voitures en flamme et des chiffres en flèche, des images comme des slogans incertains, des indices de la colère comme le nombre de grèves en scène sur le social. Fascination du feu, puissance des images, Écran de fumée. Tout concourt à entretenir l'idée fausse d'un mouvement structuré, unifié, synchronisé.

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D'ailleurs, on voyait que pendant le journal de 20h00, les choses se calmaient. Ils allaient regarder la télé, puis ça comment c'est derrière. Les télés du monde entier affluent. C'est le grand cirque, jusqu'au jour où CNN se trompe, émet Toulouse à Strasbourg, Lyon à Limoges et Cannes à Perpignan. Comme si vraiment, la France était toute retournée. Pour les renseignements généraux, c'en est trop. Après une semaine d'émeutes, une note propose de mettre un frein à cette surmédiatisation. Certaines chaînes de télévision s'exécutent, des radios embrayent.

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Ces émeutes sont inédites dans leur étendue, leur durée, leur nature et maintenant, dans leur intensité. Mon fils, il a perdu sa main. Pourquoi ? Il a la même droite. Pourquoi il est handicapé ? Son fils de 21 ans a voulu ramasser une grenade. Elle a explosé. À sevran, en Île-de-France, un bus est incendie en plein jour. Une femme handicapée et sauvée in extremis. À l'hôpital, au service des Grands brûlés, son voisin est Mouhitime, le survivant du transformateur EDF de Clichy-sous-Bois. Par une petite porte dérobée, la politique s'y glisse. Mme Chirac, d'ailleurs, était venue voir. Mouhitime est cette personne âgée. Et Moutine a lancé un appel.

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Moutine est couverte de pansements dans sa chambre stérile, a lancé un appel à l'arrêt des violences. Disons, on pourrait brûler toute la France, ça ne ferait pas revenir mes copains, ça ne sert à rien. La vieille dame qui a la haignée, pour rien. Il était environ 19h40. Moi-même, sur le terrain, je ne comprenais pas tout à fait ce qui se passait. Et j'ai vu la première ligne tomber, les gars, plein de sang. Et c'est là que j'ai compris que ce n'était plus simplement des cocktails Molotov ou des projectiles, mais qu'on nous tirait dessus. On voit un tireur avec un fusil à longue portée, sans doute un fusil de chasse, nous tirer dessus. Les journalistes de Paris Match se doivent se trouver à hauteur de notre dispositif. Et la prise de vue se fait donc vers l'individu qui semble s'enfuir

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à l'intérieur de la cité avec l'arme longue à la main.

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La une de Paris Match, la visite à l'hôpital le soir même de Nicolas Sarkozy. La dramatisation la dégradation est à son comble. La sidération, alors, s'abat sur un pays qui se fait face, qui doute. De part et d'autre, la fatigue se fait sentir. C'est aussi l'heure des premières bavures policières, à la sortie du commissariat de la Courneuve, cette scène. Les jeunes en blanc est rattrapé par un policier. Jeté à terre, il est roué de coups par deux d'entre eux sous les yeux de leur collègue. L'igs, la police des polices, a vu ces images. Elle a immédiatement mis les huit fonctionnaires en garde à vue. Une scène qui en rappelle d'autres. Comme le passage à tabac de Rodney King, prélude aux émeutes

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de Los Angeles en 1992. Souvenir que Dominique de Villepin livrera lui-même sur CNN. .... ....

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Les soirées de feu se succèdent, tout le monde s'adapte. Les Les policiers aux policiers, les policiers aux émeutiers. Et ces deux hommes s'évitent du regard. Nicolas Sarkozy vacille. Et si les choix stratégiques étaient mauvais ? Et si la gestion de l'ordre n'était pas seulement qu'une technique, une intelligence des mouvements de foule. Au ministère de l'Intérieur, on se dit maintenant prêts. Le plan antivi-violence urbaine, annoncé à Argenteuil avant les émeutes, est désormais opérationnel. La police va changer de tactique. Les CRS vont agir par petits groupes et non plus en grande compagnie. Nicolas Sarkozy assume. La mise en scène est soignée. Je vous demande un certain nombre de choses. C'est sa dernière carte.

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La première chose: je vous demande d'interpeller les émeutiers. On change notre dispositif, c'est-à-dire qu'on le fait évoluer parce qu'on souhaite, naturellement, procéder à des interpellations. Et comme eux ne sont pas plus bêtes, naturellement, que nous, de leur côté, ils s'adaptent également pour, de la même manière, éviter d'être trop interpellés. L'enjeu est assez simple. Soit les bandes gagnent, soit la République l'emporte. L'alternative, elle est dans ce choix. C'est la force de la République ou c'est la force brutale des bandes. Ça sera donc la force légale de la République.

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Dans toutes les directions départementales de la police, on sort les cartes en trois dimensions. Sur celles-ci sont numérisées les bâtiments, les rues, les édifices et même les points de regroupement et de manœuvres possibles. Prendre de la hauteur, contrôler du ciel, début novembre 2005, l'idée de surveillance par hélicoptère est suggérée dans cette note au ministère de l'Intérieur. C'est une première. Ça, c'est une décision lourde. Des hélicoptères qui étaient capables, munis de phares, de suivre des petits groupes très mobiles et de permettre l'interpellation par les unités au sol. Quand vous êtes sur le terrain, vous avez une vue aveugle, en quelque sorte. Vous avez un environnement de 200, 300 mètres, mais vous ne savez pas ce qui se passe derrière une tour.

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Et à la fois, vous rassurez vos personnels et également, vous créez une insécurité chez le délinquant ou chez les gens, chez les jeunes qui sont en tout cas présents sur les quartiers, sur les toits. C'est vrai qu'on a l'impression d'être coupable de quelque chose, d'être en temps de guerre.

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Entre les émeutiers, la police et les politiques, surgit un quatrième acteur: la population. Comme en 68, comme en 95, comme dans tous les grands moments de crise sous la cinquième République. Au bout d'un moment, on a vu venir des jeunes adultes de 25, 35 de 5 ans qui ont grandi dans ces quartiers, qui sont descendus et qui ont dit: Maintenant, ça suffit. Maintenant, ils ont passé le message. Le message, il est passé, il faut qu'ils s'arrêtent. C'est bon, on a le bol. Si ça fait réveiller, franchement, si c'est la seule solution pour se faire écouter, pour aider les jeunes de ces quartiers à s'en sortir, Ça m'importe pas. Tant pis pour votre voiture. Tant pis pour ma voiture, j'en achèterai une autre. Et ce que je peux retenir, c'est une espèce d'ambiguïté de la population.

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C'est-à-dire qu'en même temps, il y a une condamnation, évidemment, des violences dont ils ont été les victimes, ils ont été leurs voitures brûlées, etc. Donc, il y a une condamnation, mais en même temps, une explication en disant: Oui, mais si on n'était pas dans cette situation, peut-être que ces violences-là n'auraient pas eu lieu. Les jeunes qui étaient autour disaient: Ils ont raison de faire ça parce qu'on est malheureux. Il y a un mal-être chez nous. Ces délinquants étaient en colsors, un peu les bras armés. C'est ça, un peu les bras armés de leur insatisfaction. Les gens ont voulu se révolter. D'autres ont voulu apaiser. Il Il y avait aussi des parents qui étaient dans la rue par curiosité, donc il y avait de tout. Sortir pour parler, parler pour s'en sortir.

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C'est comme une façon de se réapproprier le territoire. Et si du chaos émergeait une nouvelle attitude, il n'y aura pas de milices, non, mais d'éveiller de fortune entre voisins. On n'est pas là pour faire du gardiennage. On n'est pas du tout là pour faire un comité de vigile. On est là tout simplement pour occuper une soirée, montrer que cet équipement y vit, qui sert à des gens et que du Du coup, il y a du monde dedans. Il y a de la lumière. Ils disent: Il y a quelqu'un. On nous attend. Dans certaines villes, les maires tentent de récupérer le mouvement en créant des comités de veille citoyenne censés ramener l'ordre. Mais Dominique de Villepin n'y croit pas. Il décide d'abattre l'arme ultime de l'escalade guerrière.

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Le Conseil des ministres a adopté ce matin un décret sur la base de la loi de 1955, autorisant les préfets, sous l'autorité du ministre d'État, ministre de l'Intérieur, à mettre en œuvre des mesures de couvre-feu.

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Dominique de Villepin a gagné. Il a battu son ministre de l'Intérieur en termes d'images. En réalité, la bataille des émeutes était déjà finie. En relieux, on sait que les incidents très sérieux étaient à la baisse, que la décrue était amorcée. Couvre-feu cache misère. Il Il faudra plusieurs mois pour que l'élanque se délie et raconte la mise en scène du retour à l'ordre. L'état d'urgence, vous vous en souvenez, est intervenu très tard dans la gestion de la crise. Et c'était heureux d'ailleurs. À ce moment-là, ça ne nous semblait plus nécessaire. Ça s'adressait aux gens qui vivent dans les quartiers où ça se passe bien et qui voyaient ça à la télé pour leur dire: Vous voyez, nous, on est des gens plus durs encore que Nicolas Sarkozy. Tout ça a été minable.

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À Clichy, je pense, peut-être parce qu'effectivement, le calme est revenu, mais on trouve ça inutile utile et dangereux même. Parce que là encore, attention, on manipule un texte de loi qui a des références historiques humiliantes. Le couvre-feu qui n'avait pas été mis depuis la guerre d'Algérie. Mais ça a été utile.

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Ça n'a pas été inutile.

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Trois semaines après les premiers affrontements, le retour à la normale enfin annoncé. Le maître étalon, c'est le nombre de voitures incendiées par nuit. La société française considère qu'une centaine de véhicules blés, c'est la norme. À la mi-novembre 2005, la norme est atteinte. Qu'est-ce qu'on entend par retour à la normale, Il n'y a

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pas véritablement de norme. C'est un effet de masse et une question de volume. La normale, c'est C'est la fin de ces événements. Pour moi, c'est ça, un retour à la normale et non pas à la vie normale, puisque dans ces quartiers, la vie n'a rien de normal. Qu'est-ce qui s'est passé de plus grave dans les 20 dernières années en France que ce qu'on a vécu en novembre, décembre 2005 ? Qu'est-ce qui concerne plus l'ensemble de la population française que la façon dont on a organisé la vie sociale, la vie urbaine dans notre pays ? C'est une crise de sens, une crise de repères. C'est une crise d'identité. On sait aujourd'hui, et cette analyse-là a été confirmée par une note de la Direction

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centrale des Renseignements généraux, on sait qu'on n'est pas face à une insurrection qui aurait été fomentée par des délinquants de banlieue. On sait que cette explication est tout à fait insuffisante pour fomenter le phénomène. Ainsi, la Direction centrale des Renseignements généraux a dressé un rapport de huit pages intitulé Crise des banlieues, violences urbaines ou insurrection des cités. On y lit ceci: La France a connu une forme d'insurrection non organisée avec l'émergence dans le temps et l'espace d'une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme. Il y avait deux types d'émeutiers. Il y avait, c'est vrai, oui, des désespérados. Et puis, il y avait une espèce d'inspiration comme malentite dans le frisson de l'émeute.

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En totale contradiction avec leur ministre de tutelle, les R. G. Ajoutent: Aucune manipulation n'a été décelée permettant d'accréditer la thèse d'un soulèvement généralisé et organisé. Vous avez deux regards sur les banlieues. Le regard que j'essaye d'imposer, qui est un regard complexe, donc difficile à expliquer, en disant qu'il y a à la fois des atouts, il y a à la fois de l'énergie, puis il y a des inégalités, etc. Et puis, il y a un regard simpliste, je le dis, extrêmement simpliste, qui résume les banlieues et des choses qui existent, qui sont la délinquance. Alors dans un cas, le traitement, il est politique, dans l'autre cas, le traitement, il est policier. Le directeur central des Renseignements généraux sera remercié quelque temps plus tard.

44:27

Les émeutes sont finies, une page est tourné, ou presque.

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Comment répondre à la crise des banlieues qui a agité la France pendant trois semaines, pendant les mois de novembre et décembre ? Après l'action de fermeté, les arrestations, voici le volet social. Janvier 2006, Dominique de Villepin lance ce qu'il appelle la bataille pour l'emploi. Sa loi pour l'égalité des chances est une réponse directe, dit-il, aux émeutes de banlieues. Elle prévoit la création du contrat première embauche, un contrat à durée indéterminée, assorti d'une période d'essai de deux ans. Le Premier ministre croit une formalité. Le 9 février, il est à la tribune de l'Assemblée nationale. Il veut aller vite. Il n'y aura pas de débat. En application de l'article 49, alinéa 3 de la Constitution,

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après délibération du Conseil l'oreille des ministres, j'ai l'honneur, monsieur le président, d'engager la responsabilité du gouvernement. Je dis bien la responsabilité du gouvernement sur le vote de l'ensemble du projet de loi pour l'égalité des chances. La France va bientôt vivre une nouvelle crise. Cette fois, celle-ci est classique, presque codifiée, culturelle. Syndicats et jeunesse contre l'État. Ce que le jeu parlementaire ne peut obtenir, c'est à la rue de Le Gagnez, un archétype de la Vᵉ République.

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La veille de l'annonce du CPE, je ressens un coup de fil de Matignon. Ce que je leur ai dit, c'est que ce n'était pas en bon lieu que cette fois, les voitures brûleraient, mais que ce sera en centre-ville, qu'il fallait qu'ils prennent la mesure d'une mobilisation qui prendrait de l'ampleur sur cette question. Dès le départ, c'est devenu une affaire où on a senti que les choses allaient s'envenimer. Pierre Mure, directeur de l'ordre public à Paris, dirige 5 000 hommes. Et que ça allait devenir une affaire difficile. Tout le monde me disait: C'est le prochain mouvement social. Les premières manifestations, nous les accueillons avec beaucoup de regrets et un petit peu d'accablement. Les manifestations lycéennes ou estudiantines sont toujours regardées

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avec beaucoup d'intérêt, de force, parce qu'on veut éviter des incidents, parce que c'est la jeunesse française, donc on veut éviter ça. Tout va commencer ici à l'université de Rennes 2, bastion des sciences humaines et de la contestation depuis les années 70. À tout le monde d'occuper tous les McDonalds, le maximum de Un minimum de personnes possibles descendent aussi. Ce seront les premiers à les employer sous les contrats CPE, je vous le rappelle. Début février, la faculté de Rennes 2 vote la grève et appelle à la mobilisation générale de la jeunesse. Le mouvement est lancé. On est venu me prévenir que les étudiants déménageaient les salles de classe, ient les chaises et les tables. On savait ce que ça voulait dire.

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Ça voulait dire qu'ils allaient bloquer les issues. Et effectivement, ça a été fait. Qui vote pour la grève avec blocage.

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Il nous en fallait au moins une. Bruno Julliard, président de l'UNEF, principal syndicat étudiant. Pour que ce soit l'étoile que les autres universités allaient prendre en exemple et allaient suivre. La fronde anticépe va toucher Toulouse, Grenoble, Poitiers. Là, on brûle des voitures en carton. Clin d'œil aux émeutiers de novembre, mais clin d'œil seulement. Ce que ces derniers n'ont pas fait, les étudiants le feront: s'organiser pour prendre la rue. Une coordination nationale étudiante se constitue. Elle se méfie des syndicats traditionnels qui tentent, eux, de piloter le mouvement. Les premières facs parisiennes sont bloquées à leur tour. C'était des gens qui avaient l'expérience de leur organisation.

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Delphine Bouesnel, étudiante à Paris, deviendra l'une des porte-paroles de la coordination nationale étudiante. C'est une expérience militante, une expérience syndicale ou politique. C'était l'apprentissage de ce que c'est un mouvement. Comment est-ce qu'on se mobilise ? Comment est-ce qu'on crée une AG ? Comment est-ce qu'on mène une AG ? Ça a une apparence de désordre alors que c'est très, très organisé derrière. Tous ceux qui sont pour la continuation d'une mobilisation contre ce CPE qui va mettre tout le monde par terre, alors il faut voter pour le blocage à durée indéterminée. Ce classique de l'agitation étudiante a une règle de base. Chaque semaine, tout le monde dans la rue.

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Il faut se compter, puis doubler la mise la semaine suivante. La logique de la pression est rodée. Le cap du million dans la rue est franchi le 7 mars. Invisible pendant les émeutes, la gauche réapparaît. Contrairement à celle des banlieues, la forme de ce mouvement est fédératrice. Dans ces cas-là, toute opposition s'en empare pour affronter le pouvoir. Dans la rue, on chante, à l'Assemblée, on s'empoigne. Parfait miroir d'un pays qui aime se regarder dans la contestation. Votre politique a une apparence: l'ordre et la flexibilité. Mais elle a une réalité: la flexibilité et le désordre. Monsieur Hérau, la peur n'est pas une politique.

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L'illusion n'est pas une politique. Pendant que la province mène le combat, à Paris, la préfecture de police surveille la mobilisation. Cette préfecture est un lieu unique au monde. Autonome, puissante, elle est un état dans l'État.

50:19

On a une section qui s'occupe des phénomènes sociaux. On a des contacts avec les organisations syndicales et là, on ne vient pas masquer. On leur dit: Voilà, on est des renseignements généraux. Quand on parle, par contre, des éléments violents, c'est le problème de sections beaucoup plus spécialisées qui, elles, vont travailler en milieu fermé et qui vont suivre les mouvements d'extrême gauche lorsqu'ils sont à potentialité violente pour suivre les éléments violents. Avant une manifestation, le préfet va nous demander combien il va y avoir de manifestants, est-ce qu'il y aura des incidents et comment les incidents vont survenir. Donc, il faut lui décrire en quelque sorte, à l'avance, le scénario. Et malgré tout ce dispositif, une faille.

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Au cœur de Paris, la Sorbonne, le 8 mars 2006, elle est occupée. Le mouvement bascule. Une fois qu'on avait pris la Sorbonne, une fois que la Sorbonne était à nous, on avait tout gagné. D'abord parce que c'est un nom qui est connu dans la France entière, dans le monde entier, et parce qu'il y a eu mai 68 et les images, les images de l'occupation de la Sorbonne en mai 68. Dans les amphi... Cette espèce de mémoire une histoire collective, un peu arrangée, un peu glorifiée, dont on ne garde finalement que les bons souvenirs. Étudiants et enseignants réunissent. Donc très vite, des barricades, des tables, des chaises. Des tables, des chaises. 50 étudiants déterminés.

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Ce n'était pas vraiment prévu. Tom, étudiant à Paris I, sera l'un des premiers à occuper la Sorbonne. On n'avait pas vraiment de nourriture, on n'avait pas vraiment de couverture. Je suis vraiment sur la ligne de trois strates. Les étudiants militants anticépe élus de syndicats, qui avaient une attitude tout à fait de contestation institutionnelle. Au-dessus, il y avait les militants politiques plus durs. On a retrouvé pas mal de souvenirs de gênes, qui est un grand moment de la contestation intermondialiste. Et puis, encore au-delà, les révolutionnaires professionnels, et ceux-là, ils étaient vraiment violents. Chaque jour, une fac de plus est occupée en France.

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À Rennes de Honcabon, son président ne procède pas à l'évacuation. C'est une tradition française, celle de la franchise universitaire qui remonte au Moyen Âge et complique le jeu du pouvoir. Comme les églises ou les ambassades, les lieux de savoir sont des sanctuels. Je crois encore à la possibilité de réguler les conflits dans l'université par la négociation, sans intervention policière, qui en plus ici aurait été catastrophique. Ils imaginaient un escarron de police contre 7 000 étudiants à l'intérieur du campus, mais c'était détruire le campus.

53:09

À Paris, la Sorbonne devient point de fixation. On s'y retrouve après les âgés, après les manifs, on se dispute la paternité de l'occupation. Depuis des décennies, tout ce qui fait les grands mouvements de jeunesse s'y cristallise. Qui contrôle la Sorbonne croit contrôler le mouvement. Le 11 mars, dans la soirée, le le pouvoir tranche. Il s'agit d'une grande décision politique, une décision de police. Pour le gouvernement, la Sorbonne n'est pas Rennes 2. Il n'y aura pas ici de franchise universitaire. C'est une question de rapport de force. Entre l'ordre et le désordre, mais aussi entre un ville Un copain qui décide et un Sarkozy qui se méfie. Comme si leur rivalité totale les poussait à rejouer la scène des émeutes.

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L'évacuation s'est décidée entre le ministre de l'Intérieur, qui d'ailleurs, je le précise, était dans un avion qui le ramenait d'être maire, mais qui était doté du téléphone, heureusement, et puis le Premier ministre. Dans ces jeux de couloir se joue le contrôle de l'ordre dans la capitale entre le ministre de l'Intérieur et la préfecture de police, jugée trop proche de l'Élysée. Qui pilote l'évacuation de la Sorbonne croit prendre une option pour la suite. À minuit, le préfet exécute les ordres. Il chapote les opérations. Mais les consignes sont toujours les mêmes. Pierre Mut, préfet de police de Paris. Ça veut dire pas de violences. Pas de violences. Faites au mieux, faites en sorte que demain matin, la Sorbonne soit évacuée.

54:37

La seule question, c'est de savoir si une majorité de gens ici ont envie de se battre avec le CRS, si une majorité de gens ont envie de sortir facilement s'ils rentrent.

54:50

Les gars, ils arrivent.

54:59

Des qui avaient été confectionnés. Ils étaient, eux, derrière. Ils nous attendaient avec des extincteurs. On allait se faire prendre, donc autant jouer le tout pour le tout. J'avais pris un mégaphone. On va vous laisser sortir. On passait un certain nombre de messages, leur dire qu'ils Il n'y aurait pas d'interpellation. Ça ne sert à rien d'écouter ce qui se dit. Les choses ne se décident pas là, réellement. Par contre, les choses peuvent influer dans un sens où ça divise de notre côté. C'est certain.

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Sitôt l'évacuation terminée, le gouvernement va prendre une décision capitale qui n'avait jamais été prise, pas même en 1968. La préfecture de police boucle totalement le quartier de la Sorbonne à l'aide du Barcpont, prévu à l'origine pour bloquer les accès à la Seine en cas de troubles graves. Quartier sanctuarisé, zone interdite, la rue est plus que jamais espace politique. Ça a contribué à durcir l'image du dans sa volonté de répression et sa volonté de refus de dialogue. On sent bien qu'à ce moment-là, la question du maintien de l'ordre, ça devient un des éléments clés quant au dénouement de la crise du CPI.

56:13

Mais on est arrivé à un tel point de défiance et de tension sociale que la violence était devenue, naturellement, une issue possible. Il y a un message qui doit passer et même si c'est malheureux de casser, il y a un message qui doit passer. Donc forcément, c'est comme ça. C'est pas moi qui lance des trucs, mais en même temps, je peux pas désabonner les gens qui lancent des trucs sur les flics dans la mesure où ce qu'on a de la part de l'État est bien plus grave qu'un simple petit pavé. D'un certain point de vue, c'était aussi quand même de la pression sur le gouvernement. Parce que lorsqu'il y a des scènes de violences, les forces de police ne peuvent pas ne rien faire.

56:57

Quand la France s'embrase, c'est aussi cela: la mémoire et l'héritage. Le frisson de la rue, les clichés qui défilent et l'ivresse qui remplit les consciences collectives. C'est la rue Monsieur le Prince, 1986, la loi de Vaquet, le le ton des voltigeurs et la mort d'un étudiant, Malikou Séquine, frappé par deux policiers. Un jeune homme de 22 ans, Malikou Séquine. Malikou Séquine. Ces initiales se confondent avec celles du maintien d'ordre. Dès le début du mouvement anti-CPE, la hantise de la bavure va mettre tout le monde sous pression. Cette situation ne devait pas dégérer. Ça paraît évident. Dans l'affaire de 1986, la responsabilité des forces de l'ordre avait été engagée.

57:40

On ne peut pas se permettre d'avoir, naturellement, encore un mort, un jeune dans une affaire de cette nature. L'histoire du maintien de l'ordre est déjà au nez d'événements un peu difficiles, un peu compliqués. Malheureusement, il y a eu cet événement, c'est sûr, mais c'était un tournant, en fait.

57:56

Ça nous a souvent freiné pour intervenir sur des manifestants qui se comportaient de façon violente.

58:07

Il faut à tout prix éviter ce genre de choses, mais on n'est jamais à l'abri d'un problème qui peut se poser au cours des manifestations. C'est comme quand vous roulez en voiture, vous avez toujours un risque de problème. Ancienne doctrine, nouvelle gestion de crise, la mémoire collective a transformé les méthodes policières. Ainsi, l'actuelle tenue ultra défensive des CRS remonte à 94, à Rennes déjà, quand des marins-pêcheurs ont utilisé contre eux des harpons, des fusées l'ont sa mare et que le Parlement de Bretagne fut incendié. De cette date, l'uniforme a changé, il s'est militarisé. Aujourd'hui, Le maintien de l'ordre est conçu, non pas pour disperser violemment avec le risque que cela peut avoir les manifestations. Philippe Lamy, chargé des questions de sécurité

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à la mairie de Paris, présent à tous les rassemblements. On n'est plus comme en 68 ou après 68, où on utilisait des moyens lourds pour casser la manifestation et la disperser. Aujourd'hui, on essaye de contenir et de maîtriser la violence Avec ce paradoxe d'ailleurs, c'est qu'à partir du moment où les forces de l'ordre sont de plus en plus protégées, on a une violence des manifestants qui augmente en intensité.

1:00:03

Il va de soi que je soutiens totalement et sans réserve l'action conduite par le Premier ministre et par le gouvernement français. Le 16 mars, nouveau rendez-vous national et nouveau succès pour les étudiants. Mais à Paris, la dispersion se déroule mal. On assiste au premier phénomène de dépouille. Violence aux personnes, violence aux biens, violence avec la police. Une manifestation C'est aussi quelque chose de très symbolique et de très codé. Il y a un code à respecter entre d'un côté, les organisateurs, et de l'autre côté, ceux qui sont chargés du maintien de l'ordre.

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Le tournant du mouvement se joue sur ces quelques mètres carrés, au carrefour Sèvres-Babylon. Cette fois-ci, on a des groupes qui ne respectent même pas ce code. Ils attaquent la police, mais en même temps, ils attaquent les manifestants. Et c'est là qu'on le remarque, les premiers jeunes venant de citer, puisque certains de mes collaborateurs qui sont sur la manifestation sur le secteur des violences urbaines me disent: Il y a des jeunes de Montreuil qui sont présents. Dans les messages que nous faisions passer, on essayait aussi d'appuyer là où ça fait mal. Lorsque j'ai Sarkozy au téléphone la première fois, c'est le premier message que je lui dis. C'est du attention. Qui dit augmentation de la violence dit automatiquement grand risque de bavure.

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Au ministère de l'Intérieur, on craint plus que tout une alliance des casseurs, ceux dits de banlieue et ceux politiques. Alliance qui ne viendra pas. Comme lors des émeutes, la police va alors changer de tactique, ne plus se contenter d'encadrer. Et comme lors des émeutes, elle va passer aux interpellations. Mais tout a changé. Les lieux, les stratégies, les publics et les cibles. Charger un cortège est lourd de risques. Vous savez, la France, c'est peut-être à cause de cette tradition de désordre public, a une habitude qui est de faire face,

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de faire en sorte que les forces de police repoussent, dispersent. Ça donne lieu à des affrontements. La solution a été de mettre en place des dispositifs de policiers en civil dont la culture est complètement différente de la culture des unités de maintien d'ordre. Quand vous avez une foule de 100 000 de personnes, une unité prise à partie sur un point très particulier ou sur un point très précis de la manifestation. Si elle procède de manière autonome et d'elle-même d'initiatives à une manœuvre, c'est un peu l'effet papillon,

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cette manœuvre peut avoir une influence sur l'ensemble de la manifestation et déstabiliser globalement le dispositif mis en place. Les unités qui étaient utilisées et qui ont été utilisées un peu partout ont une culture différente. Ce sont des unités, des des unités de police judiciaire dont l'objectif, c'est d'aller... À la fois, c'est de faire du chiffre parce qu'on leur demande. On fait du chiffre et il faut qu'on arrête les délinquants. On le barre à jour, le groupe sort, va au sein de la manifestation chercher les des hauteurs de délits, souvent de lancer le projectile, et se rabattent très rapidement après, derrière la ligne qui se referme.

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Et donc, on a vu ces scènes un peu contradictoires où on avait d'un côté des unités en uniforme qui cherchaient à protéger et à contenir la manifestation et à éviter qu'elle dégénère. Et de l'autre côté, des unités qui cherchaient à arrêter des manifestants, avec parfois un mélange des genres, avec des badges des organisations, avec des badges de la LCR, de la CGT, du Parti communique. Il y avait parfois d'ailleurs un mélange de badges qui étaient un peu curieux. C'était un peu en quelque sorte... À eux seuls, c'était la gauche plurielle. Et là, on a effectivement, il y a un problème de dysfonctionnement. Quand on décide à la fin d'interpeller les jeunes qui restent, c'étaient des lycéens et des étudiants qui étaient restés tout bêtement là.

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Les vraies bandes qui avaient opéré, elles étaient reparties. Eux, ils savent ce que c'est que d'aller s'affronter avec la police dans les banlieues. Donc, quand ils ont vu que ça y est, c'était fini de jouer, ils ont pris le métro, ils sont partis.

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Rentrez ! Rentrez, lisez-le ! 18 mars, c'est la manifestation du samedi, celle où l'on va en famille. Ça aurait dû être tranquille. C'est pourtant l'heure du drame, l'heure de la bavure, tant redoutée, qui peut tout court-circuiter et contraindre le gouvernement à démissionner. En fin de journée, les gendarmes grenade la place de la Nation à Paris. C'est l'effet papillon. La foule se retourne contre eux, un homme s'écroule. Alcool, coups policiers, piétinement, fatigue, Cyril Ferez tombe dans le coma. Il est membre du syndicat Sud. L'histoire est connue. Pourtant, elle a mis près de 36 heures à être rendue publique. Pendant ces longues heures, la vie de Cyril Ferez était en jeu.

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L'avenir du gouvernement aussi. C'est le pépin, oui, bien sûr. Là encore, il a été évité de justesse.

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De justesse ? Le pépin majeur. Vous avez tué quelqu'un. Reculez, bien sûr. Et à ce moment-là, c'est black-out total sur les informations. Il y a eu aucune information qui est sortie sur son état, sur le lieu où il était, y compris sa famille n'a pas été informée. Mais il faut voir quand vous gérez une manifestation, vous faites pas un communiqué pour dire qu'il y a un blessé. Vous vous occupez d'abord de soigner le blessé, puis d'essayer de comprendre. Je pense que là, il y a une volonté, à quel niveau, évidemment, je n'en sais rien, de faire en sorte que l'information ne sorte pas. Vous savez, il faut mettre un peu de bon sens dans les choses. Le ministère de l'Intérieur, quand il y a une manifestation,

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on ne va pas faire un communiqué triomphal pour dire: On craint qu'il y ait un blessé, on ne sait pas dans quelles conditions ça s'est passé. Quand les médecins disaient qu'ils se réservaient sur le diagnostic vital, c'est qu'il y avait à ce moment-là une crainte que Cyril ne s'en sorte pas. C'est le fait que ce soit un syndicaliste qui a un peu, comment dirais-je, donné un sens particulier à l'information. Et à ce moment-là, il a commencé à y avoir des policiers qui sont intervenus sur les ondes, etc, pour dire que de toute façon, il n'y avait aucune responsabilité de la police, qu'il avait plusieurs grammes d'alcool dans le sang. Il y a eu une certaine bataille de la communication, si j'ose dire.

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La question serait de l'ASBOVO. Une délégation du syndicat de Cyril Ferez est reçu. Sur instruction du ministre, il n'y aura plus de déclaration malveillante à son sujet. Le pépin est éloigné.

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Combien de gouvernements ont sauté dans des situation similaire. Jacques Chirac le sait. Il était Premier ministre en 1986, lors de la loi de Vaquet. Il rata la présidentielle deux ans plus tard. Ce type de crise impose ses perdants. Le gouvernement de Dominique de Villepin doit fléchir. L'avenir. L'homme de Matignon, qui joue son avenir, reçoit les organisations syndicales. Il se dit prêt à améliorer sa loi, pas à la retirer. C'est une première étape. Il n'a plus d'espace. Tenir encore un peu ou capituler tout de suite, l'homme est seul. Il mise tout sur la décrue.

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23 mars, tout est maintenant en place pour la déflagration. À Paris, le rassemblement se termine aux Invalides. La France des JT découvrent des scènes de violences extrêmes. Vols de portables, lynchage, les images pétrifient. C'est un cas d'école. Le désordre en plein Paris précipite toute la suite. À cet instant précis, quels furent les choix de la police, des organisateurs ? Quel fut l'impact du syndrome Malikou-Sekine sur le ministère de l'Intérieur ? Le pouvoir avait-il choisi le pourrissement ? Tout s'est noué quelques jours plus tôt entre la préfecture et les organisateurs. Une réunion discrète a lieu dans le bureau du préfet pour régler les détails, discuter du trajet. Cette fois, pas de choc des cultures comme lors des émeutes, mais des désaccords.

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On s'est assis autour d'une table avec des plans de Paris hyper détaillés, hyper grands derrière nous pour voir exactement le parcours. Ils ne lui ont pas tranquilles. Cette manifestation était mal organisée par les organisateurs. Le service d'ordre était souvent insignifiant, quelquefois plein de bonne volonté, mais complètement dépassé par les événements. Je connais bien vos envies de de manifester. Moi aussi, j'ai des enfants jeunes qui ont envie de changer un peu les choses. Mais vous comprenez bien que nous, de notre côté, il faut que tout soit dans l'ordre, que ce ne soit pas dangereux, ni pour vous, parce qu'il y a les casseurs qui risquent de venir mettre la bagaille dans votre manifestation. Dans l'adversité, nous sommes organisés. Le manifestant ne l'est pas.

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Il est organisé, je dirais, dans la phase pacifique, dans la phase normale de la manifestation. À partir du moment où il y a une résistance, où il y a quelque chose qui vient contrevenir au déroulement normal de la manifestation, là, c'est une somme d'individualités. Ce n'est plus une unité. Nous, quelles que soient les circonstances, et surtout quand ça se passe mal, nous demeurons une unité.

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La plupart des forces se mettent en place. D'abord empêcher tout de traverser en direction de la rive droite. Olivier Paquette, responsable de l'ordre public rive gauche à Paris, était aux commandes lors de la manifestation des Invalides. On ne franchit pas la rive droite parce que la rive droite, c'est les Champs-Élysées, c'est le Palais de l'Élysée. Pour ce qui concerne la poche des Invalides, on s'attendait à des incidents. On a dit: Attention, on aura des jeunes de cité. Je crois qu'on avait dû fixer à peu près à 2000 le nombre de jeunes, ou 1500 ou à 2000, le nombre de jeunes de cité. Et là, on voit...

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On a une nébuleuse de voyous qui n'ont pas d'animation politique, qui ont uniquement une animation acquisitive.

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Donc, au fur et à mesure, quand on récupérait des forces, on venait les réimplanter. Entre le moment où on nous dit: Bon, OK, vous intervenez.

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Et le début de l'intervention, il s'est coulu une dizaine de minutes. C'est la merde là-bas.

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Il ne faut pas être manif, c'est du vol organisé, donc vous reculez.

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Vous vous foutez, c'est encore pire. Ces débordements ne sont pas une première. Ce qui saisit, c'est leur intensité. Une intensité voisine de celle des émeutes de l'automne. Sauf que la comparaison s'arrête là. En novembre 2005, pas de scène de pillage, pas d'affrontement entre gens du même âge. On a pu peut-être retrouver certains jeunes qui étaient apparus dans le cadre de violences urbaines, mais ce n'est pas le cas de tous. Une friction entre populations. Voilà, C'est des événements qui, on va dire, qui amènent la peur dans un mouvement social. Ça part aussi, de notre point de vue, de notre part, de ma part, d'une erreur d'analyse, tout simplement, parce qu'on a

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pensé que l'esplanade des Invalides, c'était des espaces verts qui n'avaient pas grand-chose à piller, pas de magasin. Et donc, on n'a pas anticipé le fait que sur les Invalides même, ils Il pouvait se passer des choses entre eux. Tout ce qui s'est passé, c'était prévisible, mais entre prévisible et géré, c'est un autre problème. La possibilité de l'instrumentalisation de la violence ou de l'insécurité dans les cortèges ou dans les universités. Très tôt, on m'a mis en garde contre ça, en me disant: Attention, le gouvernement utilisera cette possibilité-là. Non, c'est trop facile d'avoir des considérations générales.

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C'est vraiment sur le terrain que ces affaires-là se gèrent. Ça n'est pas devant un poste de télévision, dans un salon ou dans son bureau. Nous avons des policiers qui sont des gens compétents, expérimentés, responsables. Je ne dis pas qu'il ne peut pas y avoir parfois une erreur d'appréciation. C'est extrêmement difficile, bien entendu. Mais que n'aurait-on pas dit si une intervention intempestive avait provoqué une émeute, aurait provoqué une bataille rangée ?

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La majorité lâche Dominique de Villepin. Il a perdu. Son adversaire tient sa revanche sur les émeutes de l'automne. En coulisses, Nicolas Sarkozy négocie le retour à l'ordre avec les syndicats, seuls capables de canaliser les manifestations d'action. Il en profite pour leur faire passer un message. Il leur dit son hostilité au CPE. Le désordre frontal de la rue pulvérise l'ordre feutré des ministères. Les jours du CPE sont comptés. Sarkozy a l'initiative de contacter les services d'ordre des organisations syndicales. Les organisations syndicales en ont discuté entre elles. On ne voulait pas que soit utilisé le fait que les services d'ordre n'auraient pas voulu être dans une posture de dialogue, y compris avec le ministre de l'Intérieur, même si on n'était pas dupe.

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Je ne crois pas que lui était grandement compétent pour organiser la manifestation dans ces détails. En revanche, il a pu après faire une déclaration pour dire qu'il avait discuté avec l'ensemble des syndicats au moment où il n'y avait aucune discussion entre le gouvernement et les syndicats. Le 28 mars, 2 à 3 millions de personnes descendent dans la rue partout en France. Du jamais vu depuis les grandes grèves de 1995. À Paris, en fin de manifestation, le ministre de l'Intérieur fait une brève incursion.

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Il s'affiche satisfait. Le retournement est complet.

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Depuis plusieurs semaines, des interrogations, des appréhensions, des critiques. Les manifestations ont servi de prétexte à des actes de violences. C'est pourquoi j'ai décidé de promulguer cette loi.

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Puis, quand il nous a dit: Je promulgue, mais ça ne s'applique pas. Oui, bien sûr. Qu'est-ce que tu racontes ? C'est quoi cette blague ? La locution présidentielle à peine terminée et c'est une manif balade qui s'ébranle dans les rues de Paris. Ces mots d'ordre: Médias partout, infos nulle part, Tous à l'Élysée et surtout: Paris debout, réveille-toi. Paris debout, réveille-toi ! Quelques vitrines sont brisées, certes, mais c'est la joyeuse Cava le 4 dans Paris. 6 heures de marche, 30 kilomètres dans la nuit. Réveille-toi, Paris ! Tour d'honneur de ceux qui vont bientôt gagner.

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La Bonsoir à tous. Merci de votre attention. Voici les titres de l'actualité de ce lundi. Et d'abord, le dénouement dans la crise du CPE, le contrat premier embauche est supprimé. 10 avril 2006, c'est terminé. La France vient de vivre deux crises de genre en moins de six mois. Elle se réconcilie avec elle-même, tant bien que mal. Comme un murmure, cette gêne Les services d'ordre des syndicats, des syndicats étudiants font des services d'ordre hyper compacts autour des cortèges. Et si tu n'es pas dedans, tu ne peux circuler qu'entre les cortèges.

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Et donc moi, j'ai cette image des gars qui sont dans une manifestation et qui sont entre des cortèges avec cette image de relégation à l'extérieur de la mobilisation qui n'est pas sans rappeler la relégation des quartiers dans lesquels ils habitent et qu'on ne s'est pas posé plus longtemps la question de comment, même à moyen terme, on intègre tout ça dans une dynamique commune et on crée de la cohésion sociale si on considère qu'il y a des choses communes à mettre en avant, en l'occurrence l'avenir d'une jeunesse. Et que ne pas aller au bout, c'est aussi insulter notre propre avenir, c'est-à-dire se résigner à l'idée qu'on ne pourra plus vivre ensemble.

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Finalement, tout le monde a envie de conclure un peu rapidement sur ce qui qui s'est passé, à la fois aux Invalides, à la fois quand on a resserré les services d'ordre pour empêcher, entre guillemets, les mecs de banlieue. Je dis entre guillemets parce qu'il y avait quand même plein de lycéens de banlieue qui manifestaient. Donc la stigmatisation est qui a allé à fond sur cette logique-là. C'est cela la France, un pays où parfois, la rue gagne politiquement, mais perd policièrement. Ce sont les émeutes de 2005, la crise du CP de 2006, qui se croisent sans se regarder. Des moments de crises extrêmes, jamais tout à fait résolus, jamais tout à fait terminés.

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Parce que la résolution des conflits par l'ordre n'efface jamais totalement les raisons du désordre.