« C’est un budget de repli, qui aggrave le déficit public »
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Voici donc la copie sénatoriale du budget pour 2026, celle que nous allons soumettre à présent au dialogue bicaméral. au Sénat. Le débat démocratique est donc allé jusqu'au bout grâce au travail du rapporteur général et des administrateurs.
Je tiens à les remercier au nom de mon groupe le plus vieux de notre institution. un groupe, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, profondément attaché au bicamérisme, convaincu qu'il y a une forme de responsabilité particulière qui pèse sur notre chambre et profondément inquiet de l'instabilité politique. Depuis 3 ans, le régime confine à l'ingouvernabilité et le moment budgétaire est celui où le risque de blocage institutionnel est à la fois le plus fort et le plus dangereux pour la situation financière de la France.
C'est à l'ône de ce contexte singulier avec cette haute idée que nous nous faisons de l'exercice démocratique dans lequel nous pensons qu'il est bon qu'il y ait une majorité et une opposition. ce qui manque à l'Assemblée nationale. De même qu'il est bon que la majorité tienne compte des observations de l'opposition, ce qui n'est pas toujours vrai au Sénat.
C'est à l'ône de tout cela que mon groupe a souspesé cette copie budgétaire. Trois points à souligner. Il y avait d'abord un enjeu central, c'était de transformer un texte fragile en consensus parlementaire.
Or, la réponse sénatoriale qui s'est construite en réaction aux initiatives de l'Assemblée nationale et au compromis négocié avec le gouvernement nous éloigne hélas du point d'équilibre qu'il faudra pourtant atteindre pour doter le pays d'un budget. La logique même sur laquelle reposer cette version sénatoriale, renoncer à plusieurs milliards d'euros de recette en pariant sur la maîtrise de la dépense publique ne nous paraissait ni solide, ni souhaitable, ni soutenable. Cela se vérifie.
La trajectoire de retour à l'équilibre n'est pas tenue par ce texte. Au contraire, il dégrade sévèrement la situation financière du pays. Au fond, la question des recettes se posait sous la forme d'un triangle entre ressources suffisantes, justice fiscale et acceptabilité économique.
Nous avons échoué à en trouver le centre de gravité et les négociations entre les deux chambres ne manqueront pas d'achoper sur ce désaccord. Le deuxième point, c'est que notre économie est malade et que nous ne sommes pas lucides sur la situation. L'exercice budgétaire commande aujourd'hui que l'on tende tous les ressorts capables d'activer le redressement productif du pays.
Privilégier les investissements publics sur le fonctionnement bureaucratique, miser sur la recherche et l'innovation. Soutenir les filières industrielles, agricoles et artisanales qui font vivre les territoires et produisent des richesses. Les soutenir au travers de nos politiques d'aménagement, d'emploi, de formation, de commerce extérieur ou d'énergie.
La suppression d'un milliard d'euros des crédits d'investissement stratégique France 2030, quoi qu'on en dise, témoigne de l'absence de vision qui soutend la logique comptable. La dette comble chaque année ce que notre économie ne produit plus. En fait, elle finance l'effondrement de la production française.
Le vrai problème est le déficit commercial et au lieu de s'y attaquer, on préfère incriminer la dépense publique ou le modèle social. Le redressement de notre économie passera forcément par la question du logement aussi qui à elle seule agrège les défis de la relance économique, de la révolution écologique et de la cohésion sociale. On y apporte une réponse timide là où il fallait oser un choc puissant.
Dernier point, il y avait dans cet exercice budgétaire une tension majeure. Comment concilier des priorités stratégique forte avec la nécessité de maîtriser le déficit public ? L'autonomie stratégique de la France ne peut pas attendre une hypothétique embellie budgétaire.
Je cite Jean-Pierre Chevinement sur nos bancs. En 2009, "Nous nous sommes résignés à confier aux États-Unis le soin d'exercer la défense non pas de la France, mais de l'Europe. Or, il se pourrait bien que les États-Unis se désintéressent un jour de l'Europe.
La France risque d'être isolée par la conjonction du réalisme américain et du pacifisme européen. Et bien, nous y sommes. Cette notion d'autonomie stratégique chère à mon groupe recouvre aussi le soft power que nous tirons de nos partenariats internationaux.
Quelle erreur ! Quelle erreur de se laisser tenter par le repli alors que notre place devrait être à l'avant-garde de la recomposition du cadre multilatéral que les puissances illibérales font voler en éclat. L'autonomie stratégique s'appuyait enfin sur nos outre qui sont là encore l'ADN de mon groupe.
L'effort d'investissement nous paraissait indispensable. Voilà quelques mots essentiels sur cette copie budgétaire. Nous aurions pu relever aussi de bonnes avancées sur l'effort demandé aux collectivités, mais on en attendait pas moins du Sénat qui demeure fortureusement et fidèlement la chambre des territoires.
Ce budget a sans doute le mérite d'exister mais c'est un budget de repli qui aggrave le déficit public, ne répond pas au décrochage économique et technologique de la France et affaiblit sa voie à l'international. La logique serait de s'y opposer mais par esprit de responsabilité. Nous nous abstiendrons en majorité en attendant les apports de la CMP.
Je vous remercie. Merci.
Raphaël Daubet