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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 20 septembre 2021 10 min

Yannick Jadot : "La radicalité que je porte, c'est de gagner l'élection présidentielle"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous vous proposons un grand entretien spécial au lendemain du premier tour de la primaire d'Europe Écologie des Verts. Arrivée en deuxième position, Sandrine Rousseau sera avec nous dans dix minutes. Arrivée en première, c'est Yannick Jadot qui ouvre le bal. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Vous arrivez donc premier avec 27,7% des voix dans un mouchoir de poche avec Sandrine Rousseau à 25,14%. Delphine Bateau et Éric Piolle sont derrière avec plus de 22% des voix chacun. C'est plus un quatre-quarts qu'une victoire franche et nette. Êtes-vous déçus ce matin ?

Redoutez-vous le précédent qui veut que dans les primaires écologistes, les favoris soient systématiquement battus, comme ça a été le cas pour Nicolas Hulot et Cécile Duflo ?

0:49
Yannick Jadot

Moi ce matin, je suis très heureux et je suis très fier de la famille écologiste. On a eu des débats de qualité sur votre antenne, sur d'autres antennes. On a montré que l'écologie avait des propositions, des solutions aux difficultés quotidiennes des Françaises et des Français. Et nous avons dit à quel point le dérèglement climatique, on voit les chocs tous les jours, à quel point l'effondrement de la biodiversité était des sujets essentiels, qui aussi pouvaient se traduire par la relocalisation de l'économie, par la création d'emplois, par la promesse républicaine enfin tenue dans ce pays.

Je crois que nous avons eu des débats de qualité, on a eu beaucoup de gens inscrits, et c'est ma fierté aujourd'hui, évidemment, d'être au second tour, mais c'est ma fierté de la famille écologiste.

1:31
Présentateur

Donc pas de déception sur le score ?

1:33
Yannick Jadot

Mais non, vous savez, on m'a tout promis dans cette primaire. On m'a tout promis, donc moi je suis très heureux.

1:38
Présentateur

Ça veut dire quoi on m'a tout promis ? On vous a promis de passer des premiers tours ?

1:41
Yannick Jadot

On vous a promis d'être plus haut ? On m'a tout promis. Je sais que les candidates et les candidats qui ont été en cette primaire étaient des candidats et des candidats de qualité. Éric, avec son écologie en action, toujours au niveau de sa municipalité, sa perspective d'arc humaniste. Delphine, qui nous a rappelé combien... Éric Pial, Delphine Bateau. Combien, en réalité, nous sommes au bord du gouffre ? Je parlais de cet effondrement de la biodiversité, et on voit, y compris les renoncements d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron qui sacrifie, sacrifie 113 000 oiseaux, protégés par la loi, pour céder ça à un lobby de la cruauté. On doit avancer, mais pour ça, il nous faut conquérir le pouvoir.

2:28
Présentateur

Yannick Jadot, pendant la campagne de la primaire, Delphine Bateau a défendu, avec la décroissance, un programme de rupture. Éric Piolle et Sandrine Rousseau, eux aussi, sont plus radicaux que vous sur l'économie de marché. Vous êtes-vous trompé de parti, au fond, Yannick Jadot ? Votre pari d'une écologie de gouvernement, d'une écologie réaliste, ne pèse pas plus d'un tiers des votants ?

2:48
Yannick Jadot

Mais la réalité de ce pays, c'est la radicalité du dérèglement climatique, c'est la radicalité de l'effondrement de la biodiversité. Tout ça, c'est extrêmement radical, et la radicalité que je porte, moi, c'est la radicalité de gagner l'élection présidentielle. C'est sur cette ligne politique qu'on a imposé l'écologie au moment des Européennes comme force qui recompose le paysage politique. C'est cette écologie-là qui a gagné des municipalités. Et quand j'entends parler de radicalité, ce ne sont pas des mots, la radicalité. Moi, ça fait 30 ans que je suis écologiste. J'étais avec les paysans pour lutter contre le libre-échange.

J'étais avec les femmes opprimées au Bangladesh, quand j'ai été espionné par EDF, j'ai arraché des OGM. La réalité, c'est la réalité en acte, et puis c'est la réalité qui gagne.

3:37
Présentateur

Vous convenez que vous avez un programme moins radical ?

3:39
Yannick Jadot

Mais non ! Je conteste la conception qui est donnée de la radicalité. Quant au Parlement européen, je suis le député européen qui, évidemment, construit une majorité, mais avec les associations, avec les pêcheurs, obtient l'interdiction de la pêche électrique, obtient l'interdiction de la pêche en eau profonde. Quand nous nous sommes battus dans les champs, dans la politique, pour ne pas avoir de cultiver des OGM dans notre pays, quand on se bat contre les lobbies des énergies fossiles ou des pesticides, ces lobbies-là, ils me ciblent en permanence.

Moi, la radicalité que je porte, c'est celle qui va conquérir le pouvoir et qui transformera en réalité pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés.

4:25
Présentateur

Qu'est-ce qui vous distingue, Yannick Jadot, profondément de Sandrine Rousseau ? Sur quel point précis différez-vous ?

4:32
Yannick Jadot

Mais, je ne sais pas, moi j'ai toujours, dans cette primaire, vous l'avez vu, on a eu un grand débat de qualité. Moi, je suis là pour construire un grand rassemblement, et pas pour déconstruire mes concurrents ou mes concurrentes. L'écologie que je porte, Madame Salarié... Mais vous ne vous demandez pas de déconstruire.

4:48
Présentateur

Vous avez 100 000 personnes qui vont voter d'ici samedi. L'écologie que je porte, l'écologie que je porte. Comment ils vous départagent ? C'est sur la couleur de vos yeux ? Comment ils vont faire ? Il y a quand même des points de fond qui vous distinguent, non ?

4:57
Yannick Jadot

Écoutez, ces personnes ont déjà voté. Elles vont voter pour un second tour. L'écologie que je porte, c'est une écologie qui ne transige pas sur le dérèglement climatique, qui ne transige pas sur l'effondrement de la biodiversité ou sur la solidarité. Mais c'est une écologie qui veut rassembler. Parce que quand on veut aller aussi loin, quand on veut aller aussi vite dans les transformations de nos modes de production, pour éviter le jetable, le gaspillage, ce qui pollue, quand on veut aller aussi vite, mais il faut agréger les forces du pays. Il faut mettre ensemble toutes les énergies vitales de notre pays. Et on ne fera pas la transition agricole sans les paysans.

5:35
Présentateur

Je vais vous la poser différemment la question. Si moi, j'ai voté, si j'étais militante écologiste, que je m'étais inscrite à la primaire, et que j'avais voté pour Éric Piolle. Et que là, je me retrouve, il est éliminé, mon candidat, et j'hésite entre Jadot et Rousseau. Qu'est-ce qui me ferait pencher pour vous, ou pour Sandrine Ossola, qu'est-ce qui va lui être posé ?

5:50
Yannick Jadot

Eh bien, très bien. Moi, ce que je dis à celles et ceux qui sont inscrits et qui ont déjà voté à cette primaire, c'est est-ce que nous voulons gagner ? Est-ce que nous voulons conquérir le pouvoir en 2022 ? Et au regard des transformations, je l'ai dit, très profondes de nos modes de production, il faut sortir des pesticides. J'ai annoncé la fin de l'élevage industriel, en commençant par l'élevage en cage. J'ai annoncé la fin des subventions aux énergies fossiles. J'ai annoncé le fait que nous conditionnerons l'argent aux entreprises, l'argent public aux entreprises, à des négociations salariales comme à l'égalité femmes-hommes. C'est ça la radicalité aujourd'hui.

C'est d'être en mesure de transformer ce pays. C'est pas de témoigner. C'est pas d'influencer. C'est de transformer ce pays.

6:36
Présentateur

Donc vous reprenez un petit peu l'édito de Thomas Legrand qui disait qu'en gros, votre candidature, c'est une candidature pour gouverner, alors que celle de Sandrine Rousseau, ce serait juste pour influer, influencer les débats.

6:45
Yannick Jadot

On ne peut pas avoir 50 d'Emmanuel Macron de nouveau. On ne peut pas avoir un débat de campagne électorale sur l'interdiction des prénoms. Tout ça, ça ne préoccupe pas les Françaises et les Français. Les Françaises et les Français aujourd'hui, ils ont envie d'une alimentation saine et savoureuse dans leur assiette. Ils ont envie qu'on rénove leur logement. Et ils ont envie d'un grand projet qui les réconcilie, qui les rassemble. C'est ça l'enjeu. C'est de gagner cette élection présidentielle. Pour une fois, les écologistes peuvent le faire. Moi, je veux que ça marche.

7:17
Présentateur

Yannick Jadot, pendant la primaire Europe Écologie des Verts, il y a eu un débat porté par Delphine Bateau sur la décroissance. On vous a senti un peu gêné sur ce concept. Êtes-vous absolument opposé à cette idée de décroissance ? Est-ce le mot qui vous inquiète ? Est-ce la chose ? Quelle est votre position là-dessus ?

7:38
Yannick Jadot

Quand vous écoutez le débat, en fait, on est d'accord sur les vrais enjeux. Les enjeux, c'est de sortir du jetable et du gaspillage, de combattre l'obsolescence programmée. J'ai proposé qu'on baisse la TVA sur ce qui est réparable, recyclable, sur le bio, et qu'on l'augmente sur ce qui nous fait du mal. C'est de décroître les émissions de gaz à effet de serre. On a des chocs climatiques qui remettent en cause nos conditions mêmes d'existence. Nos conditions mêmes d'existence. Et nous voulons investir sur ce qui nous fait du bien. L'école, l'hôpital, les énergies renouvelables, l'isolation des logements, l'agriculture biologique. Nous sommes d'accord sur les solutions.

C'est soi qu'on doit porter auprès des Françaises et des Français.

8:19
Présentateur

Il reste deux minutes, le temps est compté. Vous aurez le même temps que Sandrine Rousseau, évidemment. Une question internationale, après le départ des Américains d'Afghanistan, faut-il que la France quitte la zone sahélienne où sont engagés nos soldats ?

8:29
Yannick Jadot

Non, on ne peut pas quitter la zone sahélienne aujourd'hui. Par contre, on ne peut pas simplement avoir une approche militaire de ce qui se passe dans le Sahel. Nous devons être beaucoup plus exigeants vis-à-vis des gouvernements en place. On ne peut pas vouloir combattre le terrorisme dans le Sahel et laisser des gouvernements corrompus qui ne mettent ni école ni centre de santé dans des régions en difficulté. Quelle serait, Yannick Jadot, votre première décision comme président de la République ? Sortir de l'élevage industriel, je l'ai dit, il faut immédiatement un moratoire sur tous ces élevages.

Vous savez qu'on ne voit qu'à travers les vidéos de 214, parce que vous ne les voyez jamais quand vous êtes à la campagne. Ce sont là où les animaux sont dans des conditions abominables, ils ne voient jamais le plénaire. Donc, moratoire sur les élevages où les animaux ne voient pas le plénaire, interdiction des élevages en cage, notamment ces poules pondeuses ou ces truies qui y mettent bas.

9:24
Présentateur

Dernière question, si vous perdez dimanche, vous respecterez le verdict de la primaire et vous ferez campagne pour Sandrine Rousseau jusqu'au bout ?

9:31
Yannick Jadot

Je veux une écologie qui rassemble. Si nous voulons rassembler les Françaises et les Français autour de ces grands enjeux, il faut que l'écologie soit rassemblée et unie. Donc, évidemment, ce sera une famille écologiste unie et rassemblée derrière sa candidate ou son candidat pour cette campagne présidentielle.

9:49
Présentateur

Merci.

9:49
Yannick Jadot

Merci Yannick Jadot d'avoir été au micro d'Inter ce matin.