Réunion publique à Fessenheim (68) : discours d'Hervé Juvin
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« Le mot Europe apparaît 90 fois, le mot France ou français n'apparaît que 9 fois. »
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Chers amis, bonsoir. Quelle joie de me trouver ici ce soir devant vous, devant cette forêt de bleu blanc rouge. Quelle joie de me trouver devant des citoyens français qui n'ont pas peur d'être français, qui n'ont pas peur de parler de la France. Est-ce que vous savez que dans le projet qui se présente comme renaissance et que moi j'appellerais volontiers liquidation, le mot Europe apparaît 90 fois, le mot France ou français n'apparaît que 9 fois. Est-ce qu'ils ont honte de la France ? Est-ce qu'ils ont honte d'être français ?
Et est-ce que le projet du macronisme, ça n'est pas d'en finir avec la nation, d'en finir avec la France et aussi d'en finir avec ces français qui osent manifester dans les rues et quelquefois porter les gilets jaunes. Je suis ici, je suis ici parce que je suis français, fier de l'être et je ne suis pas en France et de passage, nomade comme les autres, je suis de France. Et je le dis ici à Fessenheim avec émotion, je le dis ici à Fessenheim avec émotion parce que pour moi, Fessenheim, c'est évidemment l'histoire de la région, mais c'est aussi ces cathédrales industrielles françaises que représente le nucléaire. Le nucléaire, c'est beaucoup plus que ce qu'il paraît.
Le nucléaire, c'est la place de la France au Conseil de sécurité de l'ONU. C'est la force nucléaire française qui nous donne une place dans le monde à laquelle aujourd'hui aucun autre État de l'Union européenne ne peut prétendre depuis le vote du Brexit. Le nucléaire, c'est l'indépendance énergétique française qui fait que nous n'avons jamais eu à nous mettre à plat ventre dans le vent les pétroliers de je sais quelle partie du monde. Et cette indépendance qui fait les prix bas de l'énergie en France, c'est aujourd'hui un des seuls atouts compétitifs que l'industrie française a. Mais le nucléaire, c'est beaucoup plus aussi. Le nucléaire, c'est aussi, vous le savez, une énergie décarbonée.
C'est ce qui permet à la France d'espérer que la flotte de véhicules électriques sera propre parce qu'on ne fait pas des véhicules électriques propres quand on charge les batteries avec des centrales électriques au charbon. On fait de l'énergie propre quand on charge les batteries électriques avec du nucléaire. Le nucléaire, c'est ce qui va nous permettre et c'est ce qui nous permet d'être les meilleurs, nous, Français, de la bonne classe européenne en matière de limitation du CO2 et de respect des accords de Paris. Ces accords de Paris, la planète s'en éloignent. Nous savons qu'ils ne seront pas respectés.
Mais la France donne l'exemple et je ne doute pas que ce soit un des éléments de l'excellence de la réindustrialisation à laquelle nous voulons procéder. J'observe aussi, curieusement, que le mot du nucléaire n'apparaît pas une seule fois dans le programme de liquidation de la France qui s'appelle Renaissance. Est-ce qu'ils auraient honte de l'industrie ? Est-ce qu'ils voudraient que la France abandonne l'un des atouts de sa puissance et de son indépendance dans le monde ? Je ne suis pas ici pour faire la critique de qui que ce soit. Je suis ici pour vous dire simplement que, oui, nous avons un projet, nous avons un projet économique et nous avons un projet industriel.
Oui, nous remettons en cause la fermeture de la centrale de Fessenheim parce que j'observe que la centrale sœur de Beaver Creek or Beaver River aux États-Unis a été prolongée jusqu'en 2040, l'autorité nucléaire américaine considérant qu'il n'y avait aucun risque. C'est d'ailleurs ce qu'avait régulièrement considéré l'autorité de sûreté nucléaire française, l'une des plus écoutées et l'une des plus fiables au monde. Nous avons un projet industriel et ce projet industriel, il répond à la vision que nous avons du monde de demain. Le monde de demain, il est déjà en train de tourner la page de ces folies des années 80 et 90 qui sont appelées déréglementation, décloisonnement.
Il est en train de tourner la page du libre-échange qui n'a été que la course au moins dix ans sociale, fiscale et environnementale. Il est en train de tourner la page de cette illusion du sans-frontierisme qui est une insulte faite à toutes les cultures et qui est la plus grande menace, celle de la disparition de la diversité humaine. Nous sommes français bien décidés à le rester. De même que nos frères italiens, nos frères polonais ou tchèques sont bien décidés à rester italiens, polonais ou tchèques, ils ont bien raison de le rester. L'économie de la décennie qui vient, elle va être re-territorialisée.
C'est ce que permettent les imprimantes en trois dimensions, c'est ce que permettent les Fab Labs, c'est ce que permet le crowdfunding, le financement de proximité. Nous avons tous les moyens de relocaliser une partie majeure de nos activités industrielles que le rêve fou de l'entreprise sans usine et le rêve fou de financiers qui voulaient exploiter le travail gratuit et l'esclavage dans les pays d'Asie ou d'Afrique allaient se propager. Nous refusons ce modèle qui est une insulte à la dignité de l'homme.
Nous pensons que chacune et chacun trouvera son bonheur sur la terre qui est la sienne, dans la culture qui est la sienne et dans l'accord séculaire ou millénaire avec le relief, le climat, la biodiversité, l'environnement de sa vie. C'est pourquoi nous croyons que l'économie à venir, elle sera fondée sur une industrie et sur une industrie relocalisée. C'est pourquoi nous croyons que tous les moyens existent pour refaire une grande industrie en France. C'est la clé de la revitalisation de nos territoires, c'est la clé du retour d'emplois à forte valeur ajoutée qui génère des emplois induits dans toutes les directions.
Le retour de l'industrie, c'est le retour des services publics, c'est le retour des desserts, des transports collectifs et la réouverture de lignes SNCF. C'est la revitalisation de ces merveilleux territoires français que le désaménagement du territoire auquel procède le macronisme et dont il est en train de faire des déserts. Nous le refusons, nous relocaliserons les activités industrielles et ce sera le fruit d'une politique volontariste de l'État. Parce que ne nous y trompons pas, vous le savez mieux que moi, ce formidable atout dont dispose la France qui est le nucléaire, ça a été la volonté d'un homme, le général de Gaulle.
Ça a été la volonté et l'engagement conjoint de l'armée, de la fonction publique, de l'État et d'entreprises privées. Nous voulons qu'un État fort soit un État stratège. Nous disons qu'une politique industrielle, ce n'est pas un gros mot, qu'une politique des revenus, de l'emploi, qu'une politique industrielle, ce n'est pas un gros mot. Et nous refusons que l'Europe nous interdise des politiques de filière. Nous refusons que l'Union européenne, au nom d'une folie de la libre concurrence, nous interdise de définir des priorités stratégiques et de les affirmer dans notre action d'État.
C'est de la responsabilité de la puissance publique que de dessiner les enjeux du futur et que d'appeler toutes les forces de la France à se joindre pour les relever.
C'est pourquoi nous procéderons, dans le cadre national, comme je l'espère dans le cadre de l'Europe, de l'Alliance des Nations, nous procéderons à la création de cette structure dont disposent nos amis américains, dont disposent nos amis chinois, qui, quand une entreprise ou une collectivité territoriale, grande ou petite, présente une priorité stratégique absolue, tous les moyens de l'État, des services de renseignement, des agences de l'État et tous les moyens du privé, des banques d'investissement, des fonds d'investissement sont unis pour atteindre ces objectifs. C'est comme ça qu'on en a fini avec Alstom et Énergie. C'est comme ça qu'on en a fini avec Alcatel.
Nos grands amis américains savent réaliser l'unité stratégique au profit de grands projets économiques. Nous le ferons en France. Le troisième point de notre politique économique, c'est naturellement le juste échange. Vous le savez, le libre-échange a fait des esclaves qui nourrissent des chômeurs. Nous refusons ce drame qui se répand sur nos territoires et pour cela nous voulons instaurer un juste échange que je résumerai d'une seule phrase. Rien ne doit pouvoir être dans nos assiettes, dans nos cuisines, dans nos salles de bain ou dans nos maisons qui ne répondent pas aux normes que les producteurs, les éleveurs, les paysans français sont obligés de respecter.
Ça, c'est la voie de la vertu environnementale. N'acceptons pas de produire ailleurs dans des conditions environnementales déplorables. N'acceptons pas de produire ailleurs avec de la main-d'oeuvre quasiment d'esclaves. Ce qui nous permet ou ce qui permet à tant de pays de s'abriter derrière leur vertu chez eux et de faire faire ailleurs ce qu'ils ne voudraient pas avoir fait chez eux. Nous avons tous les moyens d'avoir des industries propres qui recyclent sur le territoire ce qui est consommé. Nous avons tous les moyens de produire au plus près du territoire ce qui y est consommé. Nous avons tous les moyens de financer au plus près du territoire ce qu'il nous faut produire.
Et la mobilisation de l'épargne-retraite, de l'assurance-vie à cette fin est un levier absolument considérable. Il n'est pas tolérable que l'immense majorité de ces fonds de pension français que représente l'assurance-vie ne soit consacrée qu'à éponger les dettes de l'Etat et qu'à financer la dette publique. Il faut réorienter massivement cette épargne vers les besoins de l'industrie, vers les besoins du financement des entreprises. Et nous avons à cet égard une proposition très simple. Qu'une partie au moins des dépôts et de l'épargne collectés sur un territoire soit affectée au développement de ce territoire.
Qu'une partie au moins de l'argent collecté en Alsace, collecté dans l'Est de la France, soit consacrée et soit réinvestie dans le développement des entreprises de l'Alsace et des projets de vie des Alsaciennes et des Alsaciens. Cela, ça s'appelle l'Association des Français aux entreprises de France. Je vais vous avouer mon âge. Le premier ministre que j'ai eu l'occasion de rencontrer s'appelait Pierre Bérégovois. Et Pierre Bérégovois avait une ambition. C'est de créer un capitalisme populaire qui associe un Français sur deux au capital des entreprises de France. Pierre Bérégovois savait que ça se réalisait déjà dans le monde agricole et dans le monde de la mutualité.
Puisque combien de millions de Français et de Français sont associés sociétaires d'une banque coopérative ou d'une mutuelle d'assurance ? Eh bien, il faut le développer dans toute l'économie. Et nous souhaitons effectivement qu'un Français sur deux, qu'une Française sur deux, se sente réellement associé d'une entreprise française. Pas par le biais de fonds d'investissement, pas par le biais de médiations bancaires ou autres. Qu'il soit directement associé, qu'il vote aux Assemblées Générales et qu'il participe au débat qui concerne cette entreprise. Ça, c'est la voie royale de l'ouverture du capital des entreprises publiques.
Ça, c'est la voie royale du contrôle par les Françaises et les Français de ce qui est leur bien commun. Les autoroutes, les parkings, le chemin de fer, demain peut-être la poste, les aéroports naturellement. C'est notre bien commun et nous devons, nous Français, en être collectivement propriétaires. Il ne s'agit pas d'une propriété d'État, il s'agit d'offrir à toutes celles et à tous ceux qui le veulent, d'être copropriétaires de la France et de reprendre les biens communs que des privatisations abusives leur ont soustrait.
Ce projet, je terminerai là-dessus et je le dirai avec un peu d'émotion, je suis depuis pas si longtemps grand-père de trois petits-enfants et je vois des petits-enfants et j'ai même entendu que le premier militant présent ici avait six mois, avait un mois, pardon, avait un mois. Félicitations à lui et j'espère qu'il portera haut le drapeau bleu-blanc-rouge. Mais ce que je voulais lui dire, ce que je voulais dire à tous les enfants et à tous les jeunes de cette salle, c'est que l'écologie, ce n'est pas un privilège de vieux ou un privilège de riche.
L'écologie, c'est ce que mes grands-parents, mes arrière-grands-parents, paysans bretons, c'est ce que les éleveurs que je rencontre en Aveyron, c'est ce que mes amis agriculteurs du Perche me disent. Notre préoccupation quotidienne, c'est naturellement de vivre de notre activité. Mais derrière cette préoccupation, il y en a une autre qui est peut-être plus importante. C'est transmettre plus beau, plus riche et plus vivant le territoire que nous avons reçu de nos parents et de nos grands-parents. Ils ont travaillé, certains se sont battus, certains sont morts, vous le savez ici, pour nous conquérir et nous garder ces territoires. Ça c'est l'écologie humaine, ça c'est l'écologie politique.
C'est une écologie qui dit que partout les frontières sont nécessaires à la vie, parce qu'il n'y a pas d'organisme vivant qui subsiste, s'il ne sait pas prendre de l'extérieur ce qui le nourrit, mais rejeter de l'extérieur ce qui pourrait lui nuire, l'empoisonner ou lui être défavorable. La frontière, la frontière est un des piliers de l'écologie humaine. La frontière c'est un des piliers de cette diversité des sociétés et des cultures qui est notre plus beau patrimoine. Nous ne survivrons pas si 10 milliards d'êtres humains veulent tous vivre comme un Californien moyen. Vous savez qu'il y faudrait 5 ou 6 planètes.
Et vous savez sans doute que moi, et c'est une des grandes émotions de ma vie, quand des amis ethnologues m'ont dit « Mais tu sais, ces entendrouilles que tu côtoies à l'extrême sud de Madagascar, qui vivent à moitié enterrés sous terre dans des cavernes, parce que c'est balayé par des vents de 200 km heure et il peut faire plus de 50 degrés, en cas de drame nucléaire, c'est peut-être eux qui feront vivre l'humanité parce que leur culture et leur mode de vie les rend résistants à tout ce qui peut arriver. La diversité est notre premier patrimoine.
Et je le dis en tant que Français, notre diversité culturelle, notre patrimoine de biodiversité, notre patrimoine de ces merveilleux paysages que j'ai vus en venant ici, notre patrimoine de ces modes de faire, de cette culture qui est l'adaptation des hommes aux richesses de la nature, nous ne devons pas le perdre et nous ne devons pas nous laisser imposer une uniformisation qui nous tue. La plus grande menace que nous avons devant nous, c'est cet individualisme qui n'est qu'une autre forme d'un nihilisme absolu. L'individualisme nous conduit dans le mur. Et partout dans le monde, on réélève des frontières. Partout dans le monde, on rêve à l'unité nationale.
Et partout dans le monde, c'est le « nous » qui l'emporte sur le « je ». Et bien ce soir devant vous, j'ai conscience que je peux dire « nous ». Je peux dire « nous » en confiance, je peux dire « nous » en sûreté et je peux dire « nous » en espoir. Parce que je suis persuadé que nous partageons la même vision d'une grande France dans une Europe plus forte et plus libre. Je suis certain que nous partageons le même espoir, qu'on arrive, c'est la liberté qui arrive, c'est la démocratie qui arrive. Et c'est le retour, chez nous, du pouvoir qui nous a été enlevé. Alors oui, je le dis, on arrive pour que l'Europe vive, pour que la France vive ! Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Hervé Juvin