Conférence de Sandrine Rousseau sur l’écoféminisme
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 56:23OuverteRéponse directe
Que faire contre le patriarcat ? Le capitalisme est-il réformable ?
- 59:17OuverteRéponse partielle
Faut-il organiser un front populaire de gauche derrière Mélenchon ?
- 1:02:51OuverteRéponse directe
La technologie peut-elle résoudre les questions climatiques ?
- 1:07:29OuverteRéponse directe
Quelle lecture écoféministe des universités ?
- 1:14:45OuverteRéponse directe
Personnifier l'écoféminisme en politique envoie-t-il un message de séparation ?
- 1:17:00OuverteRéponse directe
Comment amener l'écoféminisme en politique dans des organisations préexistantes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:38Invité politiqueFait
« Avant j'ai été une femme politique et puis j'ai vécu des violences sexuelles dans mon parti. Ça a donné l'affaire beauin. »
- 35:02Invité politiqueFait
« Le réchauffement climatique ne tombe pas du ciel. C'est nous qui le créons, c'est nous qui le générons par nos rapports sociaux. »
- 57:06Invité politiqueFait
« les femmes de gauche sont toutes laminées là vraiment et tout on a un genou à terre »
- 57:49Invité politiqueFait
« le capitalisme est profondément fondé sur de la consommation de masse et de la production de masse »
- 58:32Invité politiqueFait
« il n'a pas toujours été fondé là-dessus mais en fait c'est une évolution naturelle que d'aller vers là »
- 1:03:35Véronique BragerFait
« si le nord des États-Unis n'avait pas autant de d'industrie, il n'aurait pas eu besoin des esclaves »
- 1:12:32Invité politiqueFait
« les éléments de langage et la tactique prennent le dessus sur les raisons pour lesquelles nous faisons de la politique »
- 1:19:11Invité politiqueFait
« on m'a laissé seul face à cette violence »
Temps de parole
- Sandrine Rousseau100 %
≈ 0,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Voilà, bonjour à tous et toutes. Merci beaucoup pour votre présence ici à l'Auditorium donc du muséel et derrière vos écrans donc pour la conférence de Sandrine Rousseau que je remercie très vivement au nom de Lucé Louvin d'avoir accepté dans un agenda très chargé de venir nous parler donc de transition et de transition et surtout de l'articulation de la transition avec l'égalité de genre. Et je avant de lui céder la parole, je cède la parole à ma collègue Christine Frison qui va l'introduire très parfaitement et excellemment comme elle le fait toujours. Merci beaucoup Christine. Merci Tania, la barre est haute. [rires] Bonjour à toutes et à tous.
Donc voilà, j'ai été invité à à introduire cette conférence qui s'annonce absolument passionnante et c'est un certain challenge puisque ben voilà, je n'ai que je n'ai que quelques mots. Non, il y a pas de pression. [rires] C'est surtout de la curiosité, de l'intérêt. Euh donc voilà, résumer l'écoféminisme en quelques mots et quelques minutes, c'est absolument impossible. Euh donc ce que je vais me borner à faire, c'est expliquer ce que sont les écoféminismes très très brièvement et puis présenter notre notre oratrice du jour. Alors, premier cavéat, moi je ne fais pas de recherche euh écoféministe.
Je suis rentrée par cette porte via mes travaux qui se concentrent sur la gouvernance des semences et la conservation de l'agrobiodiversité. Euh et donc ces thématiques sont chères à Vanashiva qui est une célèbre féministe, activiste et femme politique indienne qui promeut la protection et les droits des paysanes en Inde et partout dans le monde. Alors donc comme je le disais, c'est impossible de résumer en quelques minutes des mouvements aussi larges puisqu'il y a des écoféministes, il y a autant de mouvances féministe que de que de lieu et que d'époque. C'est logique hein, c'est ces mouvements, ils sont ancrés dans du vécu, dans une temporalité. Ils sont situés dans l'espace.
Donc pour reprendre par exemple la terminologie de Donawe, ils émergent de situated knowledge. Et donc on peut penser bah je je mentionnais Vandana Shiva donc ce mouvement de lutte des femmes chipco en en Inde. On peut penser au mouvement de lutte pacifiste antinucléaire américain euh des années euh 80 avec les Women's Pentagon Actions. On peut penser aussi à un féminisme peut-être un petit peu plus spirituel avec Starhawk qui est aussi une autrice américaine. Si on revient ici en Europe, on a une mouvance écoéministe matérialiste allemande avec des autrices comme Claudia Vonwerlof et Maria miss.
On peut aussi penser à un écoféminisme plus éthique qui lui viendrait défendre et promouvoir une reconnaissance des droits à la nature ou des droits aux animaux comme par exemple avec les autrices Frances Powercob et Marie Ho. Donc vous voyez il y a énormément de diversité de variétés dans les écoéminismes. Mais quelle que soi la les divergences dans ces mouvances, on peut néanmoins euh retrouver un fondement euh de de matriciel commun. euh qui est conceptualisé par Françoise Dobon dans les années 70. Alors Françoise Dubon, c'est une autrice philosophe française et pour elle la nature tout comme les femmes subissent l'exploitation et la domination de l'homme.
Alors Françoise Dobon, elle s'appuie principalement sur les travaux de Simone de Beauavoir. J'imagine que toutes et tous connaissez cette autrice et et féministe française qui a écrit le deuxème sexe au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Elle s'appuie aussi sur les travaux de Serge Moskovici. Alors Serge Moskovici, lui c'est un psychologue social mais également un historien des sciences et l'un des pères fondateurs de l'écologie dite politique. Et donc sans entrer dans les détails de de les de la genèse de de cette pensée de de Françoise D'aubonne, on peut le résumer et là je reprends les les mots de Aneline Gandon dans un article paru en 2009.
Elle dit que les travaux de Françoise Daubonne réalisent la synthèse entre l'écologisme de Moscovici et le féminisme de Simone de Beauauvoir. Les deux critique l'idée de nature, mais le premier veut en faire un principe vertueux qui est nécessaire à la société tandis que la seconde, elle veut en faire un principe à dépasser et à transcender. Et en effet, Françoise Dubon, elle elle quand elle parle de cette matrice idéologique, elle indique que la domination des hommes sur les femmes est la même que la domination des hommes sur la nature.
Je la cite, elle dit "Le rapport de l'homme à la nature est plus que jamais celui de l'homme sur la femme." Donc la destruction de la nature, elle n'est pas imputable à l'ensemble de l'humanité, elle est imputable à l'homme. Et si on joint aussi les réflexions des coloniales, on peut préciser qu'elle est imputable à l'homme blanc et qui donc construit une civilisation sexiste et scientiste, une une société de domination. Et donc voilà.
Alors aujourd'hui, pour faire le lien avec les mouvements de transition, ces mouvements qui proment la la transition écologique et et sociale cherche à dépasser, à inverser cette tendance destructrice et de domination puisqu'il cherchent à proposer des moyens de construire des chemins vers un avenir durable et soutenable. Donc en proposant ces chemins de reconstruction et de cohabitation pacifique entre les humains, mais aussi euh les humains au sein de des écosystèmes dans lesquels nous nous habitons, ces mouvements questionnent les rapports de de domination de l'homme sur la nature.
Alors donc aujourd'hui avec Sandrine Rousseau, on va explorer comment les luttes contre le patriarcat, les inégalités sociales et le racisme peuvent s'articuler avec la protection de de la nature. Alors donc Sandrine Rousseau, vous êtes enseignante chercheuse en sciences économiques, vous êtes aussi une femme politique écologiste et une grande figure française de la lutte contre les violences faites aux femmes. Donc vous avez toutes les cordes à votre arc pour nous expliquer en détail votre vision de cette interaction entre transition et question de genre. Je vous cède la la parole. Merci. Merci beaucoup.
[applaudissements]
Bonjour à tous et toutes. Vous m'entendez bien ? Ça me fait plaisir de vous voir aussi nombreux et nombreuses. Alors, je vais pas utiliser le pupitre parce que ça fait partie des questions écoféministes que souvent les pupitres sont fait à taille d'homme [raclement de gorge] et qui étant plus petite qu'une taille moyenne d'homme, et bien en général le pupite m'arrive là et on voit pas. Donc voilà, je le fais comme ça devant vous.
Euh ceci dit, et je je fais une juste une aparté là-dessus, mais la figure de politique par excellence, en particulier en France, mais j'imagine qu'en Belgique, c'est aussi un peu pareil, la figure politique par excellence, c'est le tribin, on le voit là pendant la présidentielle, c'est notre projet, voyez. [grognement] Et puis de de l'autre côté, il y a Jean-Luc Mélenchon qui fait 15000 ou 50000 personnes dans un dans un stade. Valérie PCR, on la moque beaucoup sur le fait qu'elle soit pas tribunicienne. Marine Le Pen pareil, elle a ce truc tribunicien mais en fait le tribun donc c'est la figure politique française par excellence et le féminin de tribun c'est tribune et c'est ça.
Et donc on a quand même un sujet autour de la place des femmes en politique d'une manière générale mais j'y reviendrai sans doute dans dans la conférence. C'estàd que on n même pas de mots pour désigner en fait les places que pourrai utiliser une femme en situation de leadership et que quand on n pas de mot on n pas de représentation et que quand on n pas de représentation ben en fait on a pas de place et je l'ai vécu ces derniers temps un petit peu. Personnellement j'y reviendrai. Bon alors je vais revenir sur l'écoféminisme pour vous dire que pour moi déjà vous vous expliquer un peu comment je suis arrivée à cette idée que il fallait devenir écoféministe.
Enfin que pour moi l'écoféminisme était la matrice à l'ôre duquelle on pouvait vraiment réfléchir notre monde et le et le modifier, c'est que avant j'ai été une femme politique et puis j'ai vécu des violences sexuelles dans mon parti. Ça a donné l'affaire beauin. C'était 1 an avant Mitou. Quand on a dénoncé les violences sexuelles, évidemment personne ne parlait à l'époque hein de violence sexuelle. C'était un truc ça n'existait pas. Et donc ce moment-là a été ultra violent pour nous toutes. On était quand même 14 à parler, hein. Euh ce moment-là été ultra violent, ultra violent politiquement. Et donc j'ai arrêté j'ai arrêté la politique pendant 3 ans.
J'ai fondé une association d'aide de femmes victimes de violence sexuelle. Et puis en fait pendant ces 3 ans là, j'ai réfléchi et alors que avant j'étais féministe et écologiste, j'ai essayé de comprendre parce qu'en fait la violence qu'on m'avait renvoyé simplement pour avoir dénoncé des violences sexuelles, ce qui est interdit par la loi. Donc normalement, on devrait pas avoir du mal à le dénoncer. En fait, c'est juste interdit par la loi. Donc, on le dit puis le truc est réglé.
Et en fait ce qui s'est déchaîné à ce moment-là d'une sorte de passion enfin de passion contraire m'a beaucoup interrogé sur pourquoi on narrivait pas à parler de violence sexuelle et pourquoi ça suscitait autant de réactions et de contre-réactions dans la société. Et c'est là que j'ai commencé à m'intéresser aux écrits des écoféministes. Et ces écrits écoféministes m'ont permis de comprendre une chose qui me semble tout à fait essentiel pour comprendre le monde dans lequel nous sommes aujourd'hui. C'est que ce monde, le le système économique, le système de société dans lequel nous sommes est un monde de prédation.
Et ce mot prédation est à l'ône même de de ce qui nous anime et en société et économiquement et et même on le voit d'ailleurs politiquement en ce moment avec la crise en Ukraine. La prédation, c'est l'idée que on on est en droit de prendre, d'utiliser, de jeter à partir du moment où ça sert notre bénéfice personnel, individuel, temporaire et peu importe les conséquences que ça. Et toute toute notre construction sociale est fondée sur cette prédation. C'est-à-dire que on a une prédation des ressources sur la nature qu'on a la nature a été transformée en ressources, j'y reviendrai, en ressources productive. Donc on prend, on utilise, on jette.
Euh on a aussi utilisé les corps des femmes, notamment au 19e siècle où il y a une bascule et et je m'apésanterai aussi là-dessus, il y a eu une bascule où les femmes sont devenues des corps pour la reproduction uniquement. Donc en fait, il y a une forme d'organisation de la société et aux femmes étaient alloué la question de la reproduction. Ça veut pas dire d'ailleurs qu'elle travaillait pas parce qu'elle pouvait travailler à l'intérieur de chez elle, mais que par contre le elles leur mission première était était celle-ci.
Et on a aussi réifié, donc transformé en objet que l'on pouvait utiliser le corps des personnes notamment noires dans le cadre de l'esclavage, les personnes non blanches ou via la colonisation. Donc alors je vais revenir sur ces trois grandes prédations qui sont à mon avis la structure de notre système économique et social actuel et qui explique que aujourd'hui si on veut aller vers une transformation écologique d'ampleur, on ne peut pas juste se contenter de croire en la technologie.
On ne peut pas juste se contenter d'imaginer qu'on va trouver la solution en restant dans le même système de domination et de et et de prédation, mais qu'il nous faut vraiment changer la matrice même de notre réflexion pour réussir à retrouver une forme d'équilibre avec la nature et avec les êtres humains qui vivent dessus quel que soit leur couleur de peau. Alors sur la première grande prédation, c'est le c'est le 16e 17e siècle, c'est la montée en puissance énorme de l'esclavage. cet esclavage, on est allé chercher des personnes qu'on a transformé en objet en main d'œuvre et on les a déplacé d'un continent vers un autre pour aller travailler dans les plantations.
Les propriétaires de ces plantations ont donc utilisé ces corps sans évidemment dans le cadre de l'esclavage, donc avec tout ce que ça signifie de nom droit et cetera. Et cette utilisation des corps dans ces plantations de coton a permis une espèce d'accumulation primitive, c'est-à-dire a permis un enrichissement des premiers propriétaires terriens qui ensuite a alimenté un système économique dont je parlerai dont je vais parler tout de suite.
Cette première prédation a considérablement modifié le rapport à l'espace des personnes et ça c'est Malcom Ferdinand qui le dit extrêmement bien dans un livre qui s'appelle l'écologie des coloniales et que je vous conseille vraiment de lire parce que c'est un essai qui est brillant et qui explique comment ces ces ces ces hommes et ces femmes qui ont été transportés en fond de cale de navire quand ils sont arrivés sur le continent sur lequel ils devaient servir d'esclaves et bien étaient tellement déracinés de tout de toute la nature qui qui les entourait avait tellement perdu les repères de ce qui était leur vie précédente qu'en fait ça a permis de les utiliser de manière très intensive en tant que en tant qu'esclave mais parce que finalement cette déstructuration de fond de cale ne leur permettait pas de retrouver des repères qui permettaient de s'organiser pour vaincre l'esclavage.
C'est qu'en fait, il a toute une démonstration qui est extrêmement intéressante en disant que la le fait d'avoir déraciné ces personnes, de les avoir déshumanisé dans les fonds de cale et bien fait que quand ils arrivent sur un autre continent dont ils ne connaissent rien en fait, ils ne connaissent pas la nature, ils ne connaissent pas les espèces, ils ne connaissent et bien ils n'ont aucun moyen ni sociaux ni finalement de repère un peu dans dans leur espace pour pouvoir lutter contre ce contre cet esclavagisme. Ce qui explique que finalement il y a eu des rébellions d'esclaves.
il y a eu les fameux marrons qui sont fuyés et cetera, mais que c'est resté assez marginal dans le dans le mouvement de l'esclavage. Et pendant ce temps-là, les propriétaires eux terriens des plantations se sont euh euh bah gavés d'argent, enfin se sont largement enrichis et ça a permis ensuite d'enclencher un fameux commerce international, le début du commerce international. Alors justement, je reviens sur ce commerce international pour dire que en Europe, il se passait une autre chose en parallèle qui était ce qu'on appelle le mouvement des enclosures.
Ce mouvement des enclosures, c'est en fait dans les dans les dans l'organisation sociale traditionnelle, il y avait dans les seigneuries, puisqueon était dans un système seigneur seigneorial à l'époque, il y avait des champs qui étaient à disposition de tout le monde. C'est ce qu'on appelait les communs. Donc c'était des parties comme ça de terre que les paysans pouvaient exploiter pour pouvoir eux-mêmes soit manger, soit subvenir à leurs besoins, soit vendre les les maigres les maigres cultures de ces de ces communs sur les marchés des villes qui commençaient à émerger de sorte que leur situation commençait un tout petit peu à s'améliorer en fait de cette manière là.
Et puis ce commerce international a généré notamment en Grande-Bretagne une demande de drap de laine très importante puisqu'en fait ça faisait partie des échanges internationaux. Et donc pour produire ces draps de laine, il a fallu trouver de nouveaux champs pour faire pêtre les moutons et pour pouvoir en tirer la laine. Et donc les propriétaires fonciers ont clôturé les biens les champs communs, les communs pour pouvoir y mettre leur propre mouton.
Ce mouvement qu'on dit donc un mouvement des enclosures a eu des conséquences sociales tout à fait considérables puisque ça a générer des famines chez les paysans et ça a des ça a généré des mouvements de population très conséqué vers les villes naissantes et qui ont commencé et dès la fin du Moyen-Âge pendant toute la Renaissance et le début de la révolution industrielle qui ont alimenté les villes en une main d'œuvre euh servile complètement affamé complètement désœuvré et qui a pu être utilisé dans les usines sans sans aucune enfin dans les d'abord les manufactures puis après les usines sans aucune espèce de limite puisqu'ils étaient tellement morts de faim qu'en fait ça a servi de première main d'œuvre à l'enclenchement de cette révolution industrielle.
Il se trouve que sur ces enclosures, donc le mouvement des enclosures a duré sur plusieurs siècles. C'est Carl Polani qui explique de manière magistrale dans quelque chose dans un livre qui s'appelle La Grande transformation où il explique en 1944, donc juste à la sortie de la guerre, que euh le système libéral a transformé la terre en marchandise, les le travail en marchandise et le capital en marchandises. Il appelle ça la monnaie, pardon, en marchandises, il appelle ça des quasi marchandises.
Et ce qu'il dit dans ce livre et qui est tout aussi brillant que celui de Malcomm Ferdinand dont je vous parlais tout à l'heure, c'est que cette transformation de la nature, du travail et de la monnaie en quasi marchandises a fait perdre toute valeur symbolique à ses biens. C'estd c'est devenu des biens marchands. La Terre est devenue un bien marchand exactement comme n'importe quel autre bien marchand.
Et en fait cette disparition de cette valeur symbolique fait que la société en elle-même a perdu des repères, des repères absolument indispensables à son organisation qui a favorisé l'arrivée du libéralisme économique et derrière le libéralisme les nationalismes puisque la la grande transformation essaie d'expliquer la montée des nationalismes de l'entre de guerre pour dire mais en fait cette montée des nationalismes est liée au fait qu'il n'y avait tellement tellement plus de repères environnementaux, tellement plus de repères sociaux puisque le travail est marchandise, la nature est marchandise que la le seul repère qui nous reste c'est un drapeau et donc c'est la puissance nationale qui vient remplacer des des espèces de de valeurs territoriales d'ancrage de liens sociaux et que cette disparition des liens sociaux génère les nationalismes.
Et je pense qu'aujourd'hui on devrait d'ailleurs relire Polanie de manière très fine parce que je crois que dans la période dans laquelle nous vivons, son analyse nous permet d'avoir quelques clés de compréhension de ce qui est en train de se passer. Bref, donc je reviens sur mon mouvement des enclosures. Donc les enclosures, ces biens communs sont clôturés. On y met des moutons. C'est Thomas Mour qui dit "Vos moutons ont l'air bien inoffensif mais il créent il créent la mort sur leur chemin." Bref, et là-dessus, il y a quand même eu des mouvements sociaux pour s'opposer à ce mouvement des enclosures.
Ces mouvements sociaux ont beaucoup été tenus par les femmes puisque c'était des femmes qui bénéficient en premier lieu de ces communs et qui utilisaient ces commun et particulièrement les femmes seules puisque quand elles n'avaient plus d'hommes à la maison, quand elles n'en avait pas du tout et bien il fallait qu'elles survivent et donc ces communs étaient absolument essentiels pour elle. Et c'est Sylvia Frederici qui explique dans le Caliban ou la sorcière que ce cette ce mouvement des femmes de résistance à aux enclosures a généré à a lancé le fameux mouvement des sorcières en Europe qui ont été un mouvement très important de terreur des femmes.
Euh alors les sorcières, il y a plusieurs évaluations. On estime qu'il y a à peu près 150000 femmes qui ont été euh dénoncées et brûlé, torturées et brûlées vives. Mais il y a à peu près 15lion5 à 3 millions de femmes qui ont été soit enfermées, soit déplacées, soit privé de leur terre, soit punis d'une manière ou d'une autre pour euh dans ce mouvement des sorcières. Donc en fait, il faut bien comprendre que ce mouvement des sorcières est un mouvement qui a énormément déstructuré la résistance féminine, qui a euh a servi les femmes de manière très violente puisque quand on était accusé de sorcière, déjà n'importe qui pouvait accuser de sorcière.
C'estàd qu'il y avait pas de euh il y avait pas de de enfin il y avait pas de de procédure, je sais pas comment dire, mais enfin n'importe qui, votre voisin, votre cousin, votre cousine pouvait vous accuser de sorcellerie et à partir du moment où une seule personne vous accuser de sorcellerie et on a quand même tous des ennemis dans la vie hein, donc il est quand même assez probable que il y ait une personne qui a à un moment donné envie de vous accuser de sorcellerie, et bien à partir du moment où vous étiez accusé de sorcellerie, vous étiez torturé et torturé de manière mais ultra violente, ultra violente.
L'idée était de faire de de trouver sur votre corps la marque du fait que vous ayez fait l'amour avec le diable. Évidemment, on l'a trouvé pas facilement puisque c'est quand même pas complètement simple à trouver. Donc, il fallait vraiment torturer beaucoup pour que enfin on arrive à trouver la marque la marque de ce diable. Et une fois que sous les sous la torture les femmes avouées et d'ailleurs elles n'ont pas du tout tout avoué mais enfin bon certaines ont dit oui oui d'accord ok lâchez-moi quoi. Et et bien on était brûlé en place publique, on était brûlé vive les femmes étaient brûlées vives sur les places publiques.
Alors donc je vous dis tout ça pour vous dire que c'était quand même un régime de terreur absolu. C'estàd qu'il suffisait qu'il y ait une seule personne qui vous accuse de sorcellerie pour que vous soyez torturé et que vous finissiez brûlé vive. Et euh si on regarde le profil sociologique des femmes qui ont été accusées de sorcellerie, al il y a eu quelques hommes hein, il y a eu des hommes enfin 80 % ce sont des femmes euh ce sont des femmes qui ont une caractéristique en commun qui est qu'elles ne dépendaient pas des hommes.
C'est-à-dire, c'était soit des femmes qui vivaient sans hommes, donc probablement desbiennes, soit des femmes veuves, donc dont les maris et conjoints étaient morts, soit des femmes qui s'étaient séparé de leur mari et qui donc vivaient seul. Donc en fait la caractéristique de ces sorcières, c'était des femmes qui ne dépendaient pas des hommes. Donc c'est pour ça que le mouvement de la sorcellerie a été un mouvement de discipline vraiment très massive.
Surtout que ces femmes et particulièrement dans celles qui résistaient sur les enclosures, c'était elles avaient aussi une autre caractéristique qui était qu'elles était des guérisseuses, c'est-à-dire qu'elles connaissait une médecine qui était une médecine populaire, une médecine naturelle et euh comme elles guérissaient, comme elles accouchaient beaucoup les femmes, elles étaient aussi des personnes qui étaient assez puissantes en fait dans les sociétés de cette époque-là puisqu'elles connaissaient les secrets des uns et des autres et elles allaient dans les foyers des unes et des autres et donc elle pouvait transmettre comme ça une parole de résistance et on a cassé cette résistance par le mouvement des sorcière.
Donc euh voilà, ça c'est le le mouvement qui a énormément discipliné les femmes et c'est à ce moment-là aussi et à l'issue de ce mouvement des sorcières. Donc si on prend un petit peu de distance du autour du 18e 19e siècle et surtout 19e que on commençait à se développer des théories de médecine qui sont des théories sur l'hystérie, sur l'incapacité des femmes à raisonner sur et donc on voit avec un l'avèement d'une science qui est dans au 18e et 19e siècle très inspiré par les travaux de Darwin. Donc que dit Darwin ?
il dit "J'observe les animaux et je vois que seuls les mâles plus adapté au milieu permettent ont le droit à la reproduction et le fait que seuls les mâles les plus adaptés au milieu aient le droit à la reproduction ça améliore toute l'espèce derrière et alors que Darwin ne fait pas de pont lui des animaux vers les humains, derrière quand même tout il y a tout un courant et et en économie en particulier qui explique que finalement bah il faut darwiniser la société. C'est-à-dire que pour les humains exactement comme pour les animaux, on doit on doit faire en sorte que seuls les mâles plus adaptés se reproduisent et que si les autres meurent, bah les autres meurent, c'est pas très grave.
Et donc c'est vraiment un libéralisme sauvage, un libéralisme qui laisse, c'est tout le débat entre Ricardo et Smith, il y a quelques économistes dans la salle sur le fait que Ricardo s'oppose aux lois sur les pauvres par exemple parce qu'il dit "Mais ils doivent mourir." C'est ce que fait Maltus aussi.
Maltus révérent qui dit "Mais laissons les mourir Et tout cela est inspiré des des théories de Darwin qui dit bah écoutez seul les mâles qui s'en sortent enfin et en fait il faut opérer une forme de sélection naturelle dans l'espèce humaine exactement comme dans dans le règne animal et dans cette sélection naturelle évidemment les femmes sont cantonnées au rôle de reproduction donc c'est c'est à ce moment-là qu'elles deviennent des ventres et des et qu'elles reproduisent la force de travail et et qu'elle servent avant tout à cela. Euh donc ça c'est en Europe. Si maintenant on prend un petit peu de champ, c'est aussi euh un cette époque du 17e, 18e puis 19e.
Ce sont trois siècles qui sont vraiment très très décisifs, hein, dans le dans le changement de modèle et de monde. Euh on a deux autres phénomènes qui se conjuguent à ce moment-là. La première, le premier c'est le fait qu'on transforme la nature en marchandise. Donc ça, j'en ai un petit peu parlé au moment des enclosures. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que pendant tout le Moyen-âge, les animaux avaient des droits. Donc en fait, il n'y avait pas de distinction euh de distinction très nette entre les humains et les animaux. Il y avait des procès pour les animaux. Les animaux étaient des sujets de droit, pas uniquement des objets de droit, mais des sujets de droit.
Les Il y avait des procès contre les animaux. Euh alors, il y avait deux types de procès, selon que les animaux étaient sauvages ou que les animaux étaient domestiques. Et euh ces procès sont révèle beaucoup la relation qu'on avait avec la nature à l'époque puisque je vais vous citer deux exemples de procès qui illustrent ces deux choses-là. Le premier procès, c'est contre des thermites. C'est un procès qui a élu en Charante et donc il y avait des thermites. Vous voyez, les thermites, c'est des bestioles qui mangent le bois et qui sont le long des zones côtières.
Et donc il y avait euh il y a eu un procès pour euh contre les thermites qui mangeaient les habitations des habitations des paysans qui étaient en bois. Et donc les paysans ont intenté un procès contre les thermites pour demander s'ils avaient le droit de les éradiquer ou pas. Donc les thermites ont eu un avocat commis d'office pour les défendre et donc tout l'objet de ce procès était de savoir si les thermites étaient des créations de Dieu ou des créations du diable. Parce que si c'était des créations de Dieu, alors on pouvait les sauver et on avait pas le droit de les toucher. Si c'était des créations du diable, alors on devait les éradiquer.
Et je vais faire une un petit tour dans la salle d'après vous. Qu'est-ce qui s'est passé ? [rires] [souffle coupé] Dieu diable. Diable. Pourquoi ? Contre les hommes ? Parce que ça va contre les hommes. Non, c'était pas l'argument. Alors, vous avez raison. Ça a été la conclusion était que c'était des créatures du diable. Mais moi, j'adore la plédoirie finale. Non, vous voyez pas pourquoi ? Ouais, ça aurait pu. Excellent. Ça aurait pu. Ça aurait pu mais c'est c'est presque ça. D'ailleurs, c'est pas tout à fait ça. Je vous sens un petit une petite âme d'avocat des des termes et tout. Ouais. Donc alors le la plaido finale et c'est celle c'est elle qui l'a emporté.
C'est la plaido des des avocats des paysans qui disent qui ont dit ceci euh si les termites étaient des créatures de Dieu, alors elles auraient été sur l'arche de Noé, laquelle arche de Noé était en bois et donc tout le monde euh tout le monde serait mort dans cette affaire, ce qui était quand même assez imparable comme raisonnement, on est d'accord. Et donc les paysans ont eu le droit de d'éradiquer les thermites. Et l'autre exemple que je voudrais vous citer, c'est un autre procès. Il y en a vraiment eu pas mal hein des procès. Donc je je j'en prends un comme ça qui est un peu un archétype euh sur les animaux domestiques et particulièrement les animaux des fermes.
Et dans les animaux des fermes, les animaux qui étaient le plus euh euh accusés étaient euh les cochons et parmi les cochons, évidemment les truit parce qu'il y aussi une question de George chez les cochons. Voilà. Et donc les truies étaient plus étaient plus accusé que les cochons. Et et donc il y a il y a eu des procès comme ça et il y a un procès emblématique qui s'est déroulé. Alors, je crois que c'est à Rouan, mais je suis plus complètement sûre de la ville. Euh, où donc il y avait une truc qui était qui avait été accusé d'avoir mangé un bébé puisque c'était souvent ça, hein. Les accusations c'était d'avoir mangé des bébés.
D'ailleurs, c'est aussi les accusations qui allaient sur les sorcières hein, c'està-dire qu'on on accusait les sorcières de manger les enfants ou de les tuer ou de leur donner des maladies. Et euh et donc cette truie avait été accusée de manger un enfant et elle a dû se présenter devant le juge habillé en femme. Donc c'était c'était une demande du juge. Donc elle a dû on a dû habiller cette truie en femme pour la présenter devant le juge. Et euh donc elle a été condamnée elle aussi à être brûlée vive sur une place. Je vous laisse faire les liens qui convient bien.
Et euh et surtout dans la condamnation, le juge a exigé que tous les paysans du coin ramènent leur truie pour qu'elles assistent au fait que la truie était était brûlée en place publique. Tout ça pour vous dire qu'il y avait quand même une distinction humain animaux qui était beaucoup plus euh perméable et et faible que ce que l'on a aujourd'hui. Et finalement, c'est ce siècle des lumières qui a euh fait basculer dans un autre monde qui était de dire bah il y a la nature d'un côté, il y a la culture de l'autre. Et cette séparation nature culture nous a définitivement séparé des animaux.
Enfin, définitivement, j'espère pas, mais nous a en tous les cas durablement séparé des animaux et de la nature qu'on a jugé inférieur, qu'on a renvoyé au sauvage, qu'on a renvoyé à l'indiscipline et donc à la nécessité de discipliner. et la culture qui était une culture euh spécifiquement humaine certes, mais j'ai envie de dire une culture spécifiquement masculine et que cette culture euh était noble, forte et qu'elle s'imposait sur la nature. Et c'est comme ça que les femmes par exemple ont été renvoyées du côté de la nature parce qu'elles étaient euh elles étaient mobilisées, submergées par leurs émotions et que donc elles n'étaient pas capable du raisonnement qu'on attendait d'elle.
Donc les femmes existent côté de la nature. Les personnes noires pareilles, hop nature puisque c'était des demi-sauvages. Les Indiens des Amériques pareil côté nature parce que c'était des demi sauvages. Bref, en fait, à part l'homme blanc qui était du côté de la culture, il y avait pas grand monde et tout le reste devait être discipliné et discipliné de manière très stricte. Donc ça c'est sur la nature.
Et puis il y a un autre mouvement dont on n pas parlé qui est quand même la colonisation qui a été une forme aussi de prédation et d'appropriation sauvage d'un espace au détriment des populations qui qui vivaient dessus et à notre propre profit puisque et je vais pas m'étendre sur la colonisation parce que c'est plus récent et que vous en connaissez sans doute bien davantage mais quand on dit dans le discours conservateur, je vais le dire comme ça de de voir extrémiste chez nous que la la colonisation a été un moyen de civiliser ces populations.
Si tous les historiens maintenant sont absolument d'accord sur le fait que toutes les tous les investissements et toutes les infrastructures qui ont été créées dans les dans les colonies l'était avant tout pour ramener les matières premières vers l'Europe et pas du tout pour civiliser les personnes sur place ce qui était un objectif tout à fait secondaire de cette affaire quoi. Donc vraiment cette colonisation a aussi permis d'aller s'approprier, donc d'avoir un un mouvement comme ça de prédation de la nature pour venir. Et donc si on croise tout ça en fait, on se dit que le système économique capitaliste que l'on connaît aujourd'hui est profondément marqué de ces de ces prédations.
C'estàd que son empreinte, sa naissance, son dynamisme est est marqué de ces prédations là. Et euh c'est ça me ça me ramène à l'écoféminisme aujourd'hui qui est de dire que si on ne revoit pas ces systèmes de prédation, si on ne revisite pas cette histoire-là, si on nen fait pas non plus aussi une forme de procès de ce qui s'est passé et si on ne prend pas toutes les responsabilités qui sont les nôtres dans ces prédations. Et quand je dis ça, je dis pas de faire des mé à coule pas emballasse publique et cetera, mais juste d'entendre que c'est comme ça que notre système de consommation et de production s'est fondé. C'est comme ça que notre système économique s'est fondé.
Et donc ça n'est pas par la technologie que nous résoudrons le problème du réchauffement climatique dont on voit avec le dernier rapport du GC qu'il a une ampleur incroyable, inédite, dangereuse et potentiellement euh conduisant à l'effondrement complet de notre de notre système économique et social. Bon euh si on ne comprend pas ça, si on ne comprend pas que ce notre système de consommation et de production est fondé sur cette prédation, et bien on a on ne peut pas avoir les clés pour changer véritablement de modèle et prendre les les décisions qu'il convient de prendre face aux défis qui sont les nôtres et qui sont le réchauffement climatique.
C'est la raison pour laquelle l'écoféminisme est pour moi quelque chose de très important en fait pour structurer une pensée politique et pour se dire que plutôt que d'aller chercher des satellites qui vont envoyer du pesticide au pied des maïs en quantité, voilà, on ferait mieux de revoir nos rapports sociaux. Et c'est la limite d'ailleurs du que je trouve au film Don Lookup qui est une allégorie, je sais pas si vous l'avez vu, c'est une allégorie de du réchauffement climatique, sauf qu'il présente le réchauffement climatique comme une météorite qui tombe du ciel et qui s'abasse sur terre alors que le réchauffement climatique ne tombe pas du ciel.
C'est nous qui le créons, c'est nous qui le générons par nos rapports sociaux. Ce sont nos inégalités, nos rapports de domination, nos rapports de prédation qui génère ce réchauffement climatique.
Et donc voir le réchauffement climatique comme quelque chose d'extérieur à un système qui viendrait qui tomberait et bien ça renvoie au enfin ça gomme en fait tous les aspects d'inégalité dans ce réchauffement climatique, d'inégalité dans la responsabilité de ce réchauffement climatique mais d'inégalité aussi dans les effets de ce réchauffement climatique puisque si c'est une comète qui tombe et bien tout le monde l'a subit de la même manière alors que ça n'est pas vrai que dans le réchauffement climatique nous allons tous et toutes le subir de la même manière. Les femmes sont les premières concernées et les premières vulnérables face à ce réchauffement climatique.
Les pays africains, les pays côtiers, les pays surpeuplés, les pays sans étathforérables face à ce réchauffement climatique alors même que ce sont les plus riches qui ont généré ce réchauffement climatique dans pour l'essentiel. Donc en fait, on a vraiment quelque chose de l'ordre de euh aujourd'hui. Je trouve que dans le débat politique, on regarde le réchauffement climatique comme dénué, séparé des rapports sociaux qui l'ont généré et que et et des rapports sociaux qui seront inhérents à ces causes.
Et c'est coupable de faire ça parce que ça ça veut dire que encore une fois on laisse se mettre en place le mouvement qui consistera à ce que nous pays riches nous nous protégions le mieux possible et que nous laissions finalement les autres se débrouiller face à cela. Et c'est ce qui est en train de se passer à la dernière COP 26, la fameuse COP 26. Un des une des choses qui a fait que nous n'avons pas trouvé d'accord, c'est que nous n'avons pas réussi à trouver un accord suffisamment satisfaisant sur la compensation adressée aux pays les plus pauvres pour qu'ils aient les moyens de s'adapter au réchauffement climatique.
Donc là, on est déjà dans un mouvement de protection alors même que euh c'est une protection déjà très relative parce que moi je pense qu'on peut pas on va pas pouvoir se protéger de de ce qui arrive mais en plus ça ne résout en rien le problème puisque ça ne fait que conserver notre mode de vie. En fait, c'était c'est un processus de conservation de notre mode de vie et pas du tout de règlement du sujet. C'était la première partie. [rires] [souffle coupé] Euh alors, je voulais Merci. Il faut fallait que j'arrête là. C'est ça. Non non. OK. Alors l'autre l'autre question, c'est un peu qu'est-ce qu'on fait de ça en politique ?
Parce que une fois qu'on a poser cette école avant de revenir à ce qu'on fait en politique, je vais quand même vous parler d'écoféminisme pur parce que je vous ai parlé des origines de cet écoéminisme mais comment ce terme écoféminisme est né, qui l'a porté et cetera. dans l'écoféminisme, moi j'ai l'habitude de dire qu'il y a quand même trois branches de cet écoéminisme. Trois branches qui se regroupent mais qui ne se recoupent pas complètement et qui même ont parfois du mal à se regrouper. Il y a une branche européenne. Euh cette branche européenne c'est Françoise Dobone. Vous l'avez cité en 1974 quand elle fait les les le féminisme ou la mort.
Et s'il y a une seule féministe qui sort un livre avec ce titre là aujourd'hui, elle se fait défoncer sur les réseaux sociaux et sur et sur les les plateaux télé. Mais à l'époque, ça s'appelait le féminisme ou la mort, hein. Et c'est elle qui la première pose ce terme d'écoféminisme. Il se trouve que Françoise Dobone, elle était c'était une militante politique écologiste et en particulier elle était chez les verts, elle était la numéro 2 des verts, personne le sait. Mais bon, tout le monde a retenu René Dumont qui était le candidat à la présidence de la République. Je sais pas si ça vous dit quelque chose.
Il il avait un pull rouge, un verre d'eau, il disait "Attention, [rires] attention, ça va disparaître." Bon, alors lui, tout le monde a retenu son nom, sauf que Françoise Dobone était juste à côté et que personne ne l'a retenu. Voilà. Et donc il y a Françoise Dobone qui écrit le féminisme ou la mort. Françoise Dobone, elle a cette particularité. Donc elle, elle est dans le mouvement du MLF. Elle est une des condatrices du mouvement des MLF, du MLF, donc du mouvement de libération des femmes. Elle est dans les milieux féministes traditionnels, elle est écologiste puis à un moment donné, elle fait le lien entre les deux. Et ce qu'elle dit, c'est que on n'y arrivera pas.
On n'arrivera pas à changer notre société si on ne voit pas si on ne refonde pas les rapports de pouvoir. Et elle dit que les rapports de pouvoir sont profondément liés au rapports de domination. Et ce qu'elle dit, c'est que les rapports de domination sont évidemment liés au rapport homme-femme et donc à la à la domination des hommes sur les femme. Et ce qu'elle propose, c'est à la fois une méthodologie puisque elle propose par exemple l'action directe, j' reviendrai, mais elle propose aussi le fait de de de dépasser le genre et c'est ça qui est intéressant chez Françoise Dobone, c'est qu'elle dit pas que les femmes doivent dominer les hommes d'aucune manière.
Elle ne dit pas non plus que les femmes doivent être des hommes comme les autres. Elle doit elle dit que on doit dépasser cette question du genre pour que ça ne soit plus une question en fait pour que ça ne soit plus un objet de domination. Et ça, moi j'aime beaucoup cette pensée-là parce que notamment avec tout le mouvement transactiviste que l'on a actuellement et bien je trouve que ces personnes trans brouillent la frontière du genre euh font des ponts et des liens entre deux catégories qui jusqu'à présent étaient considérées comme radicalement séparé et et incompatible d'une certaine manière.
Et je trouve que ce que l'on vit actuellement autour de des de ces personnes trans finalement permettent de brouiller ces frontières et sans doute va nous aider à dépasser euh les questions de genre et à aller au-delà euh au-delà de cela. Donc ça c'est Françoise Dobone. Alors je vous disais que Françoise Dobone, elle a aussi une méthodologie et elle elle allait dans l'action directe. Donc moi c'est une femme que j'adore he je vous le dis. Françoise Demon, c'est mais alors elle était un peu rock and roll hein.
C'estàd que par exemple à l'époque il y avait plein de débats sur l'IVG donc le l'interruption volontaire de grossesse et il y avait un gynécologue qui expliquait partout qu'il fallait surtout pas aller vers le droit à l'interruption volontaire de grossesse parce que si on allait vers ça les femmes allaient forniquer. Mon dieu ! et [rires] et qu'après bah heureusement qu'elles ont cette contrainte des enfants parce que ça les limite un peu dans la fornication quoi.
[souffle coupé] Et et Françoise Dobone trollait déjà à l'époque ces conférences et notamment une fois où elle a décidé de d'y aller en assumant la violence en disant que en fait dans la mesure où on nous renvoyait une violence qui était importante et symbolique, nous on devait aussi renvoyer la violence. C'est une espèce de retour d'ascenseur et comme dans cette conférence, elle avait déjà dit au effort qu'elle assumerait la violence, il y avait des contrôles à l'entrée de cette conférence et donc elle a pris des saucisses sèches, des saucissons. Et donc elles y sont allées avec une dizaine de féministes avec des saucissons bien secs et elles lui ont tapé dessus dans la conférence quoi.
C'estàd qu'elles se sont enlevé, elles sont allé sur l'estrade et elles ont tapé le mec le gynécologue pendant la conférence. Et l'autre chose qu'on sait pas trop de Françoise Debone et qui me fait l'admirer beaucoup, c'est que au moment de la construction de Fenheim, qui est une centrale nucléaire importante, la plus ancienne de France qui est fondée sur une faille sismique qui a été arrêtée là sous ce mandat là, et bien elle elle est elle était donc activiste au moment où où Fessimit et une nuit, elle y est allée toute seule avec son petit sac à dos.
Elle est allée sur le chantier de Fenim, elle a foutu une bombe, le truc a explosé et en fait ça a retardé d'un an la construction de Fenheim. Et moi je dis respect quoi parce que elle [rires] est allée toute seule comme ça. Et donc voilà. Donc je vous raconte ça parce que vous verrez que c'est pas la même chose que Vandana Shiva et c'est pas la même chose que les les écoféministes américaines.
Mais en tous les cas en France et ce mouvement là d'écoféminisme européen, c'est un mouvement écoéministe assez revendicatif dans l'action directe, dans la confrontation qui est à cheval sur l'activisme et le politique et qui fait des liens comme ça et euh dont la figure emblématique est Françoise Dobone. D'ailleurs, François Domon qui a eu des enfants et je sais pas si vous connaissez David Dufren David Dufren Dav Duf là ouais et bien c'est son petitfils et donc voilà [rires] la rébellion se poursuit. [grognement] Euh donc voilà pour l'écoféminisme européen. Et puis alors donc elle écrit euh le le féminisme ou la mort en 74.
Alors, je vais pas vous décrire tout, mais elle a des trucs géniaux en France de Mone, elle décrit par exemple le lapinisme. Alors, elle dit qu'on est en fait notre planète va mourir du lapinisme. C'estàd qu'en fait le le lapinisme c'est le fait que les femmes doivent faire le plus d'enfants possible. Enfin, elle a des formules comme ça qui sont assez géniales et euh et après elle est oubliée. C'estàd qu'une fois qu'elle meurt, bon déjà même avant la mort comme tout grand génie de l'humanité, elle elle meurt dans la plus grande pauvreté et désérance et euh et ces écrits sont oubliés sont oubliés en Europe en tous les cas et ils sont oubliés au nom de quoi ?
au nom du fait que on accuse les écrits de Françoise Dobone d'être essentialiste, c'est-à-dire de cantonner la femme dans un rôle de femme, dans une nature de femme, dans une position sociale de femme. Et c'est Simone de Beauvoir et et tout le mouvement du MLF qui se positionne à l'inverse de cela en disant "On ne n'est pas femme, on le devient." Et donc il y a cette espèce de chisme qui se crée qui fait que les écrits de François Dobon sont oubliés. Je fais juste une petite parenthèse là-dessus avant de passer aux deux autres courants d'écoféminisme. Mais pour moi cette questionlà n'est pas euh enfin moi je la retrouve pas dans les écrits de Françoise Dobone.
C'estd qu'elle elle parle pas de la femme en tant que femme, en tant que corps de naissance. Au contraire, elle elle dit qu'il faut dépasser les gens. Elle dit que enfin elle a toute une réflexion là-dessus.
Et surtout l'essentialisme, c'est euh ça part d'un principe qui est il y a une différence entre nature et culture et que si on s'interroge sur la manière de retrouver du sens à notre action politique, à notre société et cetera, et bien il va falloir sans doute casser cette confrontation entre nature et culture et se dire que finalement bah les animaux dont on découvre aujourd'hui qu'ils ont moui d'être intelligents, mou manière de communiquer et bien ne sont pas si différents de nous et que nous sommes parmi parmi cette nature, nous sommes des animaux parmi cette nature et que donc la culture et la nature ne sont pas des catégories pertinentes à l'une desquelles fond tous les raisonnements.
Ça va, vous suivez toujours ? OK. Alors, deuxème mouvement d'écinisme, c'est en Inde avec Vandanashiva. Donc Nanashinva, c'est une braine. C'est la caste la plus haute des en Inde. Elle est physicienne et puis elle est saisie par le mouvement des chipc. C'est-à-dire c'est ce que c'est ce dont vous parliez. C'est des femmes qui résistent à euh le fait qu'on coupe les arbres, la forêt et qu'on marchandise la terre déjà à l'époque. Et euh donc elle va participer à ses actions avec ses femmes Chipco en s'enlaçant enfin en s'enchaînant le long des arbres pour empêcher que les arbres soient coupés. Et de là, elle elle fait naître une pensée qui est une pensée anticoloniale pour le coup.
Donc c'est le deuxème courant de l'écoféminisme. un mouvement décolonial qui réfléchit les misères et les difficultés de l'Inde à l'ône de son histoire coloniale et euh et qui lit le colonialisme et le capitalisme et qui dit qu'en fait si les paysans et les paysanes indiens et indiennes meurent n'arrivent pas à survivre, si la paysannerie traditionnelle a été laminée, si on est dans une dans une détresse et dans une industrialisation, dans une marche.
isation à l'excès de cette agriculture vivrière et bien c'est en raison de de l'histoire coloniale et en raison de de du capitalisme et de ces grandes entreprises notamment les Monstau et cetera qui vont vendre des qui vont vendre des semences et qui donc modifient complètement tout le lien social à la terre et derrière ce lien social toute une organisation sociale. Et ce qu'elle dit, mais j'imagine que vous complèterez là-dessus, ce qu'elle dit, c'est que les femmes sont les premières victimes de ce mouvement de colonisation et et de capitalisme puisqu'elles n'ont pas les moyens de de résister et donc elles se retrouvent complètement balayé dans ce mouvement là.
Donc deuxème grand mouvement de l'écoféminisme, c'est ce mouvement indien des coloniales directement issu aussi de la pensée de Gandhi hein parce que elle elle est par exemple très pacifiste dans sa manière de s'opposer. Donc elle s'enchaîne aux arbres mais elle va pas mettre des bombes, elle va pas taper les gens à coup de saucisson. Elle est végétarienne d'ailleurs, par ailleurs ce que n'est pas Françoise Dobone. [rires] Donc c'est un mouvement qui vraiment est très emprunt de la philosophie indienne qui est que les personnes sont enfin que les humains sont dans la nature, qu'il y a un équilibre et cetera. Et le troisème la troisème racine de cet écoféminisme, c'est aux États-Unis.
Alors, aux États-Unis, en fait, il y a deux sous-branches. La première, c'est le racisme environnemental et c'est la conception du racisme environnemental.
C'est un mouvement qui est né en même temps que les droits la lutte pour les droits sociaux, les droits civiques aux États-Unis, donc dans la mouvement dans la mouvance de Martin Lutherking et cetera où il y a eu des mobilisations locales parce que dans les quartiers noirs, on installait les usines les plus polluantes, les décharges et finalement il y a eu une mobilisation et particulièrement des maires noires de ces quartiers, ma m qui dénonçaient les maladies dont été victimes leurs enfants et qui ont commencé à regarder le niveau de pollution en fonction de la proportion de personnes noires qui habitaient les différents quartiers et qui ont commencer comme ça une mobilisation qui a donné le mouvement du racisme environnemental aux États-Unis et qui a de la peine à arriver en Europe mais qui arrive quand même en Europe et notamment par un livre génial qui s'appelle La nature objet de lutte de Rasmic Quechen, j'espère que je prononce bien et qui qui explique comment les ces mouvements civiques se sont emparés des questions écologiques et comment l'écologie politique à l'époque a refusé ces mouvements-l a refusé d'intégrer ces mouvements-là parce qu'il considérait que c'était des mouvements essentiellement de droits civiques et que les mouvements d'écologie politique aux États-Unis étaient des mouvements blancs.
Et donc il y a eu une espèce de chisme, enfin il y a eu une nonintégration plus exactement au moment de la naissance du racisme environnemental où les le mouvement d'écologie politique américain a refusé de voir euh la portée raciste que pouvait avoir la pollution. Et donc il y a eu comme ça cette espèce de de distinction. Et puis la deuxième sous-branche américaine c'est Starwk et tout ce mouvement des nouvelles sorcières.
Donc c'est un c'est un écoféminisme qui est pour le coup beaucoup plus blanc, qui est euh beaucoup plus spirituel et où euh même les formes d'action ont été modifiées puisque par exemple dans les actions emblématiques de cet écoféminisme américain, il y a le fait d'avoir entouré le Pentagone de brin de laine pour dénoncer le fait que la violence était une violence d'état, une violence systémique et donc elles ont tricoté le long du Pentagone pour empêcher les personnes de rentrer. Donc en fait, il y avait des espèces de moi j'ai pas vu les photos, mais il y avait des espèces de de ce que je comprends de de d'enchevêtrement de laine devant les portes pour empêcher les personnes de rentrer.
Je m'arrête là pour vous dire que en fait l'écoféminisme donc il y a plusieurs branches qu'à la fin c'est quand même toujours la prédation et la violence qui est dénoncée au cœur mais surtout que ce sont des modalités d'action qui sont différentes des modalités d'action traditionnelles. Et c'est aussi pour cela que ça a été minimisé, que cela a été ridiculisé et délégitimé pendant très longtemps, c'est parce que les écoféministes n'allaient pas avec des pancartes faire des manifestations selon des modalités de protestation qui sont des modalités courantes, connues, conformes. Elles avaient toute une innovation, toute une créativité dans la manière de s'opposer.
Elle danaient, elle jetait des sorts. Elle jetait des sorts face au Pentagone. Elle l'entourait de laine. Elles s'accrochaient aux arbres, elles dansaient la nuit sous la pleine lune, parfois même elles utilisaient le sang de leurs règles pour les balancer sur des portes ou sur des bâtiments qu'elles estimaient devoir être contaminées par leurs règles. Voilà, donc tout ça fait que ces formes de mobilisation autant que les textes parce que les textes de l'écoféminisme, ce sont des textes et ça d'ailleurs c'est comment reclame de d'Émiliach qui le montre. Ce sont des textes très poétiques en fait. Ce sont des poèmes lancés, des poèmes de protestation.
Tout cela a été évidemment euh très ridiculisé notamment par le mouvement syndical qui faisait des poèmes pour lutter contre le grand patronat. Vous imaginez bien que tout cela n'a pas de sens. Pour autant, ces écoféministes américaines ont quand même gagné des batailles et des batailles importantes, notamment contre le nucléaire. Et en France, on a des batailles nucléaires qu'on pourrait aussi qualifier d'écoféministe. C'est Plogof en en Bretagne où c'est Bur actuellement dans l'est où il y a tout un mouvement écoféministe qui est en train de se structurer pour empêcher la grotte de Bur d'accueillir les déchets nucléaires.
Je termine en vous disant que qu'est-ce qu'on peut faire maintenant en politique d'écoféministe ? Et bien pour moi et ce que j'ai essayé de faire dans cette campagne des primaires, c'est de faire en sorte que cet écoéminisme ne soit pas juste un une manière de parler et une manière de poser des choses, mais que ce soit aussi une autre manière de faire de la politique.
Et c'est pour ça que l'équipe qui m'a accompagné pendant toutes ces primaires était une équipe non seulement géniale issime, mais en plus qu'elle était très nombreuse puisque il y a eu que 2 mois de campagne de primaire mais qu'à la fin des 2 de mois, on avait plusieurs centaines de personnes qui activement participaient à la campagne et on avait pas un sous.
Donc c'est pour vous dire quand même à quel point les personnes se sont mobilisées et que cette manière de faire de la politique, bah ça a été une manière qui était non hiérarchisée, qui était collective, qui était concerté, qui était dans une espèce de d'horizontalité permanente, de créativité aussi dans la manière de de faire des actions, de porter des mots et cetera, que c'était une un enthousiasme, une énergie et une énergie pour le coup féminine certes, mais pas que. C'est il y a plein d'hommes qui nous ont rejointes et dans les hommes qui nous ont rejoint, énormément de de d'hommes gay et pour moi, ça n'est pas rien.
C'est-à-dire que c'est aussi une forme de déconstruction du virilisme en politique qui s'est produit dans cette campagne là. Et je vous assure que enfin si vous voulez que je vous en parle davantage, je vous en parlerai davantage. On avait pas d'organigramme, on avait un floranigramme, on avait des graines, on avait des pétales, c'était super poétique, c'était super joyeux et enthousiaste. Et tout ça a créé une énergie de malade qui nous a conduit jusqu'à 49 % au 2e tour, ce qui n'était pas tout à fait suffisant pour passer mais ce qui était quand même important pour s'imposer.
Et je pense que vraiment il faudra tirer des conclusions de cela parce que ce qui s'est passé là c'est qu'il y a eu 80 % de ces centaines de personnes dont je vous parlais étaient des personnes qui n'allaient plus voter, qui tout à coup se sont enthousiasmés pour la politique et à l'heure où on se lamente des taux d'abstention en France, à l'heure où on se dit que la la politique nous plombe, peut-être qu'il y a là une petite graine à aller arroser de temps en temps pour faire en sorte que la politique change.
[applaudissements] [applaudissements] [applaudissements]
Merci. C'était absolument captivant et fascinant. Donc vous avez dépassé en tout cas mes propres espérances. Merci. Merci beaucoup. Euh voilà. Alors on a un peu plus de temps que prévu pour les questions. Donc j'espère qu'elles seront nombreuses. Alors moi j'en ai prévu quelques-unes, mais on va d'abord laisser place au aux questions dans le public. Nous on n'hésite pas à lever la main et on passera le micro làbas dans le fond. Euh je vous invite juste à vous présenter en deux mots. Ça euh bonjour. Euh je suis euh Taha Mouine, je suis un étudiant marocain qui est venu en Belgique pour faire ses études. Je fais philosophie, politique et économie.
Euh j'ai remarqué que vous n'avez pas prononcé le mot patriarcat et euh bon voilà, du coup faire à chaque fois patriarcat justement je dis. [rires] Et euh du coup ben ma question ce serait que faire contre le patriarcat ? Il y a aussi euh une question que je voudrais poser sur le capitalisme. Euh est-ce que le capitalisme est réformable selon vous ou bien il y a rien à faire. Voilà. Merci. Alors patriarcat, je peux le dire hein. Euh il y a pas tellement de tabou autour de ça, au contraire. Et puis je pense que là on on est dans la période présidentielle en France en tous les cas dans un petit back clash he sur les femmes. Enfin je crois qu'il faut se dire les choses telles qu'elles sont.
C'est que les femmes de gauche sont toutes laminées là vraiment et tout on a un genou à terre. C'est pas normal et c'est pas normal que ça se passe à gauche. Et par ailleurs, on voit revenir et particulièrement depuis l'invasion de l'Ukraine une espèce de virilisme politique vraiment incroyable quoi où c'est la guerre. Alors, on sait que les périodes de guerre sont sujetes à ça. Enfin, on pourrait aussi imaginer qu'à un moment donné, ça change.
Et là, on on pour moi, il serait urgent que les femmes rentrent dans le débat politique là parce que sinon, on reste sur des questions de tactique, de stratégie de guerre et je pense que c'est exactement ce qu'il faut pas faire en fait hein là dans dans la période. Mais bon, ça je pourrais en parler plus longuement si vous voulez. Bref, euh donc patriarcat, patriarcat, patriarcat, le renverser, tout ça, on garde l'objectif premier, pas de problème sur le capitalisme.
Alors moi je pense que le truc le plus important c'est d'abord de de rompre avec le libéralisme avec le néolibéralisme que je pense que si on contraint à la hauteur qui est nécessaire notre système économique pour régler les questions de réchauffement climatique, on ne peut pas tenir avec le capitalisme en fait. C'est que c'est pas possible parce que le capitalisme est profondément fondé sur de la consommation de masse et de la production de masse. Alors, il n'a pas toujours été fondé là-dessus mais en fait c'est une évolution naturelle que d'aller vers là. C'est les fameuses euh les fameuses deux contradictions. Enfin bon, je vais pas je vais pas m'étendre mais donc voilà.
Et donc là, il y a une chose qu'on doit dont on doit absolument sortir, c'est de la production de masse et de la consommation de masse. Et je ne suis pas sûre que le capitalisme puisse résister à cela en fait. Mais par contre, il nous faut le faire. Donc je suis pas anticapitaliste par essence, mais par contre par par départ. Mais en tous les cas, je pense que ça ne peut pas résister et quand et que profondément un système qui est aussi vicié depuis le départ sur les prédations dont je vous parlais ne peut de toute façon pas se réformer suffisamment. Ah bah le capitalisme. [grognement] Alors bonjour, je suis un élève de sciences politiques.
Je m'appelle L Hamza et je viens et je fais mon bac français en Tunisie. Donc ma question est plus de l'ordre politique.
vous avez fait référence à l'entre de guerre avec la montée du nationalisme il me semble au début et la la France son histoire a été différente parce que si je me rappelle bien c'est qu'il y a eu le Front populaire et l'organisation des différents partis de gauche aujourd'hui avec la montée aussi nationaliste qu'on voit dans les élections et dans les sondages vous avez vous avez dit que vous avez représenté 49 % qui est je pense la un gros partie des électeurs du parti la l'Europe écologie les vert Et peut-être que vous de pas que vous devriez mais s'organiser encore dans un front populaire de gauche aujourd'hui derrière que je rejoigne Mélenchon [rires] pas for non pas forcément pas forcément au présidentiel mais aux législatives OK entre les différents partis je pense que c'est ah il y a mon fiston qui est derrière pardon je dis bonjour [rires] pas dans pas pour les présidentielles forcément mais pour législative et je pense que le ce sera le seul moyen de réveiller cette gauche qui est en train redondante et qui est en train de mourir en France.
Je vais pas faire de ce coup ici hein, je vais pas vous dire que je rejoins Mélenchon. On est on est voilà, j'irai j'irai jusqu'au bout. Je me suis engagé dans une primaire, j'irai jusqu'au bout. Euh après euh il y a quand même une question, c'est que là la gauche est à 25 % mieux. Alors que rien que soit Hollande, on était quand même à 38 % euh à la même époque. C'estàd qu'on a perdu un peu moins mais presque la moitié de l'électorat. Et quand on discute avec les gens, voilà, on s'aperçoit que cet électorat en fait est surtout a déserté les urnes. C'estàd qu'en fait il est parti et il est parti dépité de ce qui se passait à gauche en fait.
Donc euh pour moi, il y a un enjeu extrêmement important qui est certes l'élection présidentielle, on va voir le 10 avril ce que ça donne et puis les législatives derrière certes, mais surtout la reconstruction à gauche et la reconstruction et moi je trouve que un des sujets de la gauche actuellement, c'est qu'on a perdu les valeurs qui fondent un mouvement de politique de gauche et ces valeurs-là, ce sont des valeurs qui sont très en lien avec des mouvements sociaux et sociétaux. Et moi, j'ai l'impression d'une gauche qui a presque peur des mouvements sociaux et sociétaux.
Quand je vois les procès en wokisme que j'ai eu ou les procès en islamisme que j'ai eu, bon, je me dis, on est très très loin de des mouvements sociaux qui animent qui qui anime vraiment les jeunes et tout le monde. Et donc moi, je voudrais qu'on recrée une gauche qui assume l'antiracisme, qui assume son féminisme, qui assume euh son antispécisme aussi d'une certaine manière et qui se disent "Mais allez, on casse tous les codes de la politique et puis on y va." Et donc ça c'est l'étape juste après. C'est pour ça que je vais pas tout de suite aller chez Mélenchon. une forme de résistance à la reconnaissance féministe dans la gauche. C'est peut-être aussi énormissime. Voilà.
Et moi, si je peux me permettre, un petit commentaire. Ce qui m'a euh interpellé aussi dans votre question euh bah c'est qu'on demande à à une femme de venir soigner les mots des hommes, une partie de gauche en décrépitude. Et ça c'est quelque chose aussi qui est assez redondant, hein. Le le la femme est là pour pour faire le care, pour pour faire prendre soin quand il y a quelqu'un de de malade, de mourant ou qu'on doit éduquer. malade mourant, on va peut-être pas aller jusque là quand même.
Non, peut-être [rires] pas aller jusque-là, mais voilà, c'est interpellant que on demande à à quelqu'un qui finalement ne soit pas euh au sommet de la pyramide hiérarchique de venir soigner les mots euh dans de quelqu'un qui est en haut de la pyramide hiérarchique et qui a lui-même créé ses propres mots. Je trouve ça un peu un petit peu interpellant mais voilà, je passe le micro à Véronique. Bonjour, Véronique Brager, j'enseigne ici les littératures de langue anglaise. Euh, je voulais juste revenir sur la question de la technologie quand vous dites que évidemment je suis tout à fait d'accord avec vous que ça va pas résoudre les questions climatiques.
Je me pose quand même la question quand l'esclavage était aboli, est-ce que c'était pas aussi grâce à la technologie ? Parce que si le nord des États-Unis n'avait pas autant de d'industrie, il n'aurait pas eu besoin des esclaves et aurait peut-être été en phase avec le sud. Et aujourd'hui, si on voit en Espagne les les les les fraises, par exemple, on sait pas avoir de technologie et on a des forme d'esclavage pour récolter ces fraises. Et donc, je me demandais si d'un côté, c'est vrai qu'il faut qu'on qu'on arrête cet élan de technologie, mais aussi est-ce qu'il faut pas valoriser ce travail qu'on a oublié qui est le travail du pays travail de la main de de la terre ? Qui est alors ?
Ça c'est une question qui mériterait à peu près une autre conférence parce que c'est une question centrale mais en fait il y a deux choses importantes à mes yeux pour vous répondre. La première des choses, c'est que si vous regardez les consommations énergétiques, en fait, on a remplacé l'énergie humaine. Si on si on si on calcule en fait l'énergie que fournissaient les esclaves dans les plantations, on a on a compensé l'énergie humaine par de l'énergie fossile. Donc en fait, à la fin, on n pas complètement résolu notre problème. C'estàd que certes, il y a il y a pas d'esclavage mais on a le réchauffement climatique. Donc bon, l'un dans l'autre.
Donc ce qui signifie quand même au fond que c'est pas le enfin qu'il faut changer de système, c'estàd que on peut pas c'est pas juste un changement de technique qui nous permettra de changer de de de enfin de changer de matrice. Et puis la deuxième chose que je voudrais dire c'est que pour moi la question c'est pas tant la technologie en soi qu'on on a besoin de technologie que d'innovation. Bon voilà qu'on peut très bien y aller y aller fortement simplement. Euh le truc c'est qui possède la technologie et pourquoi faire en fait. Et ça c'est quelque chose qui n'est jamais étudié dans nos sociétés.
C'est-à-dire que euh qui par exemple pour moi dans le nucléaire là actuellement, alors je sais j'imagine qu'il y a des procléaires et vous allez me dire que je suis encore voilà mais moi j'aime bien jeter des sorts contre les centrales nucléaires et c'est vous me laissez faire ça parce que c'est pas très dangereux mais par contre ça dit quelque chose. Et sur le nucléaire, il y a quelque chose qui me fascine, c'est que justement on n'interroge pas qui possède cet outil. C'estàd qu'en fait par rapport aux énergies renouvelabl où il y a des formes de coopérative de qui qui s'installent pour gérer cette énergie, voir des une énergie qui appartient directement aux personnes.
Si sur les toits elles mettent suffisamment de panneaux solaires, bah elles peuvent éventuellement être complètement maître et propriétaire de cette énergie. Alors que l'énergie nucléaire, c'est une énergie qui est très centralisée, qui dépend de l'État et qui est une énergie qu'on ne peut pas diminuer en fait à partir du moment où on a une centrale nucléaire, on a un taux de de kilowh en sort et on enfin on n pas un thermostat pour baisser le truc quoi.
que en fait le nucléaire ça quand on parle nucléaire souvent on parle transition kilowh et cetera mais en fait on ne parle pas de qui [musique] possède cette énergie pour quoi faire qui travaille dedans, quelles sont par exemple la qualité des emplois qui y sont et qui maîtrise ça qui a l'information autour de cette énergie là et qui en a la maîtrise. et pour moi, c'est tout c'est tout aussi fondamental finalement que les déchets ou que d'autres choses.
Et c'est pour ça que sur la technologie, j'ai ce discours critique sur la technologie pour éveiller les consciences mais non pas pour la technologie en elle-même, mais pour se dire attention, on a quand même un non sujet qui est qui possède cette technologie et pourquoi faire et on le voit là avec la Russie qui par exemple commence à lancer des raides numériques et cetera et ça c'est IC qui le dit très bien, c'est Gordz aussi. Enfin, c'est des c'est Georgescogen, enfin c'est des c'est des écrits comme ça. Et moi, j'aime beaucoup leur la manière qu'ils ont de dire que un outil s'il est coopératif, s'il est non propriétaire, s'il est partagé, bah c'est un bon outil.
Un outil qui est approprié, qui est euh qui qui du coup donne un pouvoir de certains sur les autres n'est pas un bon outil. Quoi ? D'autres questions ? Oui. Euh merci, merci pour tout l'exposé. Peut-être une question sur la place des universités et de Ah bah oui, ouais. [rires] Vice-présidente Marc Zun, sociologue ici à Luciel. Et donc comment agir sur les enfin sur ce qui se passe dans les universités ? Les universités doivent être des acteurs de cela ? Est-ce que quelle lecture écoféministe peut-on faire des universités ? Ah, c'est une excellente question. J'avais je l'avais jamais eu encore celle-ci, tu vois.
Donc euh mais déjà les moi je connais pas d'université écoféministe donc il faudrait peut-être en créer une et pourquoi pas Louin. Allez, je veux bien je veux bien couper le cordon de [rires] d'inauguration d'une d'une université écoéministe. J'ai l'impression que la place de l'université dans une société écoféministe ce serait euh déjà revoir la recherche et notamment euh les liens de la recherche avec la propriété intellectuelle. euh ce que ce dont je parlais sur la technique et ça c'est quand même un tournant qu'on a vu depuis les années 80 dans nos recherches.
Enfin, je sais pas si vous le vivez de la même manière en Belgique qu'en France, mais de plus en plus les résultats de la recherche doivent être euh [grognement] euh privatisés, brefabileté et cetera. et c'est souvent des liens avec l'industrie, ce qui fait que cette espèce de de commun que l'on crée par la recherche, c'est considérablement amenuisé. Et on l'a vu d'ailleurs au moment des vaccins sur le Covid où ça a été toute la recherche fondamentale et toute la recherche commune qui a été faite par les universités a finalement fini approprié par quelques grandes entreprises qui en ont bénéficié directement puisque leurs profits ont été directement augmentés par cela.
Donc en fait pour moi, il y a quand même un énorme enjeu autour de réouvrir la recherche et les résultats de la recherche euh au commun. Ça c'est la première chose. Et puis la deuxème chose, c'est que je pense que dans les universités, il y a quand même un petit rapport au pouvoir à repenser puisque euh entre les relations euh enseignant euh étudiants et les relations hommes-femmes dans l'université et les relations entre chercheurs même entre les pontes et les doctorants et cetera. Donc je pense que ce serait très intéressant de revoir l'organisation d'une université à l'ône des rapports de pouvoir et de casser ces rapports de pouvoir.
Et si on arrivait à faire ça et bien sans doute que on ouvrirait vraiment des chakras pour le coup, enfin on ouvrirait vraiment des perspectives à plein de gens qui aujourd'hui se sentent très enfermés dans le système universitaire et et probablement même un peu asséché par ce système là et peut-être que ça ouvrirait des perspectives inédites. Ouais. Et si je peux embrayer. Vas-y. [rires] Non mais c'est vrai que la question des je pense qu'elle est aussi très fort liée à la question des savoirs. C'est quoi un savoir qui a de la valeur, qui est reconnu au niveau scientifique ?
Ben voilà, c'est c'est le savoir, c'est les méthodologies scientifiques objectives, la fameuse neutralité axiologique et c'est tout ce qui est coupé des émotions, du de de ce qui est ressenti, du vécu. J'en ai pas parlé des émotions et mais voilà, c'était la question que que je voulais.
Est-ce que l'écoféminisme et les et les méthodologies parce qu'il y a des méthodologies de la recherche écoéminisme, moi je suis juriste, il y a un courant de de critiques juridiques féministe avec voilà une méthodologie finalement relativement standardisée mais mais qui permettrait de de de réouvrir des portes vers ce sensoriel, cet émotionnel et donc constituerait une une porte pour se reconnecter au vivant, à la nature. Donc, j'aurais voulu vous entendre là-dessus. Oui, ça j'en ai pas parlé mais c'est fondamental aussi dans la pensée écoéministe, c'est cette reconnexion aux émotions.
Et d'ailleurs ça, moi j'ai essayé de le mettre en pratique dans la dans la primaire et dans l'exercice politique que j'ai fait, c'est de remettre les émotions. C'est ça pouvait être de la colère, ça pouvait être de la joie, ça pouvait être de la tristesse, mais qu'au moins on remette des émotions. Et ça c'est tout à fait fondamental parce que précisément le le système nous enjoint à ne plus ressentir. C'estàd que le système économique, social nous enjoint à à être discipliné, à gagner plus d'argent. Et d'ailleurs, il y a ce terme qui moi me me pose beaucoup de questions qui est on parle d'une société de consommation mais ça veut dire qu'on fait société par la consommation.
On fait pas société par les liens, par l'émotion, par l'échange. On fait société par ce qu'on achète et on nous hiérarchise au sein de cette société avec ce que l'on est en capacité d'acheter ou pas. Et ça, je crois que profondément, c'est aussi une manière de refaire de la politique que de remettre de l'émotion à l'intérieur et d'assumer ce caractère émotif précisément parce que ça nous reconnecte à l'empathie vis-à-vis de l'autre, ça nous reconnecte au vivant et puis ça casse aussi quelque chose qui à mon avis dévitalise totalement l'exercice politique qui est ce truc des éléments de langage et de la tactique politique.
Donc les éléments de langage et la tactique prennent le dessus sur les raisons pour lesquelles nous faisons de la politique. Et moi, je revendique le fait d'avoir d'être retourné en politique via la colère que ça a été un une émotion qui m'a fait retourner en politique. Et j'ai envie de dire que cette émotion, elle a même été très positive parce que finalement cette colère que j'avais au trip et qui m'a poussé à y aller m'a aussi permis d'encaisser tout ce que j'ai encaissé.
Et Dieu sait que j'en ai encaissé dans cette primaire parce que vraiment on oublie vite mais je vous enfin les les vagues de cyberharcèlement, les menaces de mort, de viol et cetera, j'en ai eu euh vraiment plus que de raison et ça s'est encore vu la semaine dernière avec cette violence inouie qui où j'ai été viré. Enfin, un truc incroyable quand même. Euh mais donc en fait, je veux dire, c'est cette colère et ce et ce qui m'anime tripalement, j'ai envie de dire, de changer le vraiment le monde et la vie des gens, la vie de mes enfants. [rires] Il est sur son téléphone. Non, mais c'est c'est une horreur.
Euh cette ce truc tripal de d'avoir de changer ça, et ben je le tiens aussi de cette colère. Et donc, on a beaucoup ridiculisé ma colère. Euh il y a énormément d'éditorialistes on dit "Ouais, elle est en colère, j'ai eu des dessins de presse", j'étais comme ça. Mais [rires] en fait euh c'est c'est ne rien comprendre à l'exercice politique. En fait, ça c'est vrai parce que pour moi l'exercice politique est précisément tué par des espèces d'animaux froids, à sang froid, complètement déshumanisé et sorti des émotions. Et l'archétype de ça, c'est quand même Macron quoi.
Macron quand il essaie d'avoir une émotion, on a l'impression qu'il a répété sa pièce de théâtre à l'avance tellement il y arrive pas quoi. et et du coup bah est-ce qu'on a envie de voter pour ça ? Ben pas vraiment. Enfin voilà et ça ça sépare le monde politique des des citoyens et citoyennes. Et je pense que précisément et même en temps de guerre, même en temps de d'invasion de l'Ukraine et tout ça, on devrait retrouver ce sens des émotions pour retrouver aussi au nom de quoi on fait les choses en fait. Merci. Une autre question ? Oui. Bonjour. Déjà, merci beaucoup. Je m'appelle Anou et je suis doctorante ici en mécanique des fluides.
Je je sais pas si c'est une une vraiment une question ou plus une réflexion, mais je me dis le fait de personnifier entre guillemets le mouvement écoéministe enfin de de porter ça en politique, est-ce que dans le sens ça donne pas un un message de ça doit être une entité seule ? Alors que pour moi à la fois l'écologie et le féminisme devrait être quelque chose qui est intégré à tous les partis et non pas être un parti en soi. Enfin, je sais pas si mon message est clair mais donc du coup je me demande est-ce que enfin je trouve ça super bien qu'on ait une représentation et qu'on porte les les couleurs et les valeurs de de l'écoféminisme aussi loin et en une entité comme ceci.
Mais est-ce que du coup ça ça en même temps ça envoie pas un message de ça doit nécessairement être une chose séparée de tous les autres partis politiques alors que pour moi je le vois comme étant ça devrait être quelque chose de d'intrinsèque finalement à tous les partis.
Je vois pas bien LRE dire je on est écooféministe, voyez, je les sens pas trop là ni les LR d'ailleurs ni parce qu'en fait comme j'ai essayé de vous le démontrer là dans la dans la prise de parole, c'est que c'est quand même la dénonciation d'un système dans son ensemble, une hiérarchie sociale et donc derrière ça veut dire quand même aussi avoir une politique d'inclusion de gauche, de réduction des inégalités [raclement de gorge] de et donc ça peut pas être diffus dans le dans l'ensemble des forces politiques précisément parce que ça n'est pas dans le logiciel des forces politiques.
Et quand quand on a un Sarkozy qui dit "J'irai chercher la croissance avec les dents." Ça ça ne veut rien dire en écéministe. En éc féministe, je veux dire, on peut ça n'a aucun sens. C'est même pas le même langage quoi. On n'est pas sur la même planète, on parle pas la même langue. Donc en fait, je vois pas du tout comment c'est possible. et et même j'ai envie de dire euh même aujourd'hui, je commence un peu à douter de la capacité réelle de l'écologie à porter l'écoféminisme parce que il il porte euh l'écologie euh de manière forte mais finalement il n'arrive pas à déconstruire les rapports de pouvoir et les et les manières de faire politique.
Et donc c'est une des questions, c'est comment comment faire politique autour de l'écoféminisme ? Et ça aujourd'hui, j'ai pas totalement la réponse à ça encore. Merci euh Caroline Sal. Je suis conseillère en droit des femmes pour le parti Écolo et euh moi j'avais euh j'avais plusieurs plusieurs questions. Je me posais j'aurais bien aimé t'entendre un peu plus sur le comment on amène l'écoféminisme en politique et je trouvais très intéressant ce que tu expliquais sur comment ton équipe a mis en place d'autres manières de faire. Euh mais c'est une équipe qui s'est constituée à un moment.
Et alors quand les les équipes sont déjà constituées, euh comment est-ce queon amène cette question de l'horizontalité avec des des des rapports de pouvoir, des manières de faire aussi qui existent déjà et donc qui sont à ce moment-là à transformer avec des personnes qui ont euh certains réflexes qui sont là. Voilà. Donc ça c'était voilà c'était un peu la une question que que sur laquelle j'aurais aimé j'aurais aimé t'entendre. Et alors aussi, je me demandais où quand on est un peu un extraterrestre, si je puis dire, en politique, où est-ce qu'on se ressource ?
Parce que je me dis la colère c'est un je trouve que c'est super de pouvoir l'amener, de pouvoir garder la foi grâce à cela et de de nourrir de son combat et son énergie. Alors, je me dis "Mon dieu, et quand est-ce qu'on peut se reposer Parce que j'ai l'impression que la politique aussi si elle devient euh un peu neutre et si les gens se reposent sur les éléments de langage et les tactiques, c'est aussi un peu par survie. Et euh et voilà. Donc, je me posais cette question là. Quand est-ce que où est-ce qu'on se ressource et comment ? Comment on se ressource ? Euh, j'ai pas tellement de réponse à ça.
Euh [soupir] euh c'est difficile chez soi, auprès des gens qui ont de l'importance, en en se préservant aussi des safe space, il y a des endroits où on où on n'est pas attaqué, ça c'est très important. Et puis euh et puis moi je me ressource beaucoup en relisant les écopinistes en fait hein. C'estàd que j'ai toujours un livre de de quelcune dans la poche ou pour relire justement tout ça et et se dire pourquoi on le fait. Après, c'est ultra violent et ultra violent, mais vraiment moi, je m'attendais pas au niveau de violence que j'ai subi.
Et surtout ce à quoi je m'attendais pas, c'est que certes, il y a eu un niveau de violence, mais ce qui m'a frappé c'est que il n'y a pas eu de réaction à ce niveau de violence. C'estàd qu'en fait, on m'a laissé seul face à cette violence. Et ça c'est pour c'est en cela que je vous dis que pour moi il y a vraiment un sujet autour de la gauche et des femmes là c'est que normalement tous les hommes politiques de gauche et les femmes politique de gauche d'ailleurs auraient dû dire non mais ça c'est inadmissible. C'est inadmissible de laisser ce sexisme là se répondre.
C'est inadmissible d'attaquer une femme politique comme ça parce qu'en fait me laisser seul face à ces ordes de troll et de et d'injure et cetera et bien c'est encore une fois me mettre en vulnérabilité et c'est aussi encore une fois ne pas m'autoriser symboliquement à avoir une parole différente dans le cadre politique. Et ça pour moi on a une responsabilité collective. C'est exactement comme si vous voyez quelqu'un dans le métro ou dans le bus se faire agresser et que vous n'intervenez pas.
C'estàd que on a l'obligation de protéger si on veut des femmes en politique, si on veut des femmes qui qui portent des choses fortes et pas juste des des plantes vertes ou des disciplinées, et ben il faut qu'on protège leurs paroles. Et ça c'est un exercice collectif. Et moi j'en veux beaucoup, mais bon là je suis encore dans le truc de la colère mais ça va se transformer en action mais j'en veux beaucoup aux gens de mon camp de ne pas avoir su faire cette protection là.
Non pas parce que ça me mettait plus ou moins en danger parce que de toute façon les vagues je les recevais mais que au moins ça autorise symboliquement cette parole là dans l'espace public et ça c'était hyper important et ça ça a manqué. On m'a quand même traité à un moment où j'avais pas le droit de parler parce que c'était le moment des votes de la primaire de Greta Tunberg mais non posé quoi mais à une heure de grande écoute par un éditorialiste et tu fais "Mais déjà qu'est-ce qui se passe dans ta tête là en fait ? Qu'est-ce qui est en train de se passer dans ta tête ? C'estàd que quel est le message que tu vas envoyer ? Quel est qu'est-ce que la ménopause vient à là-dedans ?
Qu'est-ce que Greta Tunberg ? Enfin, tu y avait plein de trucs qui à mon avis où il faudrait qu'il aille voir un psi d'urgence mais voilà et ça ben j'ai pas eu de j'ai pas eu de et j'ai fait un signalement au CSA qui est l'organisme de régulation de l'audiovisuelle qui m'a dit qu'il trouvait pas ça très sexiste. Voilà. Non, trouve pas ça très sexiste. Donc voilà. Et la première question c'était comment on fait dans des organisations préexistantes ?
Et bien ça aujourd'hui c'est ma grande difficulté parce que un des trucs que j'ai déjà raconté mais que je vais redire c'est que quand donc Yannick Jado a gagné dans ces cas-là juste après il y a une fusion des équipes pour qu'il y ait des gens des deux équipes qui se retrouvent dans la campagne. Et donc moi il m'a dit ben on va prendre des gens de ton équipe. On va prendre trois personnes de ton équipe. Bon trois déjà c'était pas beaucoup enfin peu importe. Et donc il me dit donne-moi les CV.
Et ça cette phrase là, je me suis retrouvé comme deux ronds de flanc face à ça parce que mais j'avais pas les CV des gens qui avaient travaillé pour moi puis je leur ai jamais demandé puis ça m'était même jamais venu à l'idée de leur demander un CV en fait mais vraiment c'était complètement moi enfin pardon je je reparle de la communication juste après. me faites penser.
Donc par exemple ça, demander un CV, c'était du coup faire une fiche de poste, mettre la hiérarchie, il y a le N-1, le N +1, tout ça était totalement incompatible avec ce qu'on avait fait et aujourd'hui on voit bien que ma présence dans la campagne de Yannick Jado a tellement gêné que j'en ai été évacué en fait c'estàd que je je pense que c'est vraiment compliqué ça en fait de de modifier des organisations déjà existantes surtout lorsqu'elles ne le veulent pas en fait. Et donc aujourd'hui, j'ai pas la solution à ça. Je vous reparle juste de la communication que j'avais mise sur le côté là, je la reprends.
c'est que dans les enfin dans les félicitations que j'ai eu après la primaire, il y a des communiquants qui ont dit que des communiquants politiques qui ont analysé les les communications politiques des quatre candidats et puis d'autres candidats politiques à la présidentielle et qui disait que j'avais eu une communication très innovante, très pro, très forte et tout ça. Et donc il m'avait mis en numéro 1 sur la qualité de la communication qu'on avait mis en offre durant cette campagne.
Et moi ça m'a beaucoup fait rire parce que cette communication en fait donc on avait un pétal communication puisque notre floranigramme, il y avait des pétales donc il y avait le pétal communication et donc venait dans un pétal toutes celles et tous ceux qui voulaient venir dans le pétal. Il y avait pas de barrage à l'entrée, il y avait rien. Si tu si tu avais envie de faire de la communication, tu venais dans le pétal communication. Et les personnes qui ont fait cette communication, c'est une esthéticienne qui est au RSA depuis 10 ans, donc une ancienne esthéticienne qui est au RSA depuis 10 ans.
Un un tout jeune Bachelier qui avait fait ses qui venait de passer son baccalauréat et qui était passionné de communication politique. C'était un étudiant qui avait qui était fan de Bernie Senders et en fait il y avait aucun pro de la communication là-dedans et c'est ce mélange là qui a créé cette communication que moi je trouvais très belle par ailleurs. Mais je veux dire si on avait demandé les CV, il y en aurait aucun qui aurait été embouché là-dedans quoi. Et je pense que même pour aller pour aller encore un cran plus loin dans la réflexion c'est que si on avait pris une seule de ces personnes, en fait on aurait pas obtenu le résultat qu'on a obtenu.
C'est précisément parce que ben ces personnesl se sont dites intéressées qu'elles sont venues, qu'elles ont travaillé ensemble et qu'elles ont croisé leur regard et que ça a été un regard multiple avec vraiment des prismes différents. Ça a donné cette communication et donc ça c'est vraiment une manière de faire qui est si différente de ce qu'on voit dans les partis politiques qu'en fait bah comment concilier c'est compliqué. Sinon, ça me ça me fait vraiment penser à la manière dont la diversité génétique existe dans les champs par exemple. Exactement.
on a une diversité de variétés et c'est la diversité entre les variétés et au sein même des variétés qui permet au champ d'être résilient face à un ailat climatique, un champignon invasif ou que sais-je et vraiment réfléchir à notre mode de fonctionnement organisationnel euh en mant peut-être ce qu'on peut observer dans le vivant, dans la nature. Ben ça pourrait peut-être être une clé pour repenser ces ces systèmes et ses fonctionnements politiques à réformer. Tout à fait. Est-ce qu'il y a encore une question ? Oui. Bonjour Catherine Dejard, je suis mandataire au conseil de fédération chez Écolo et par ailleurs étudiante en master en étude de genre.
Et moi quand vous parlez justement de l'histoire du CV, ça me fait penser à la différence que Star fait entre le pouvoir du dedans et le pouvoir sur l'impression c'est parfois difficile de changer certains systèmes parce qu'on est vraiment dans du pouvoir sûr et que d'instaurer des processus d'intelligence collective du pouvoir du dedans, c'est tout un travail en fait de déconstruction et j'ai parfois l'impression que en tant que femme féministe ou étudiante en étude de genre, on a beaucoup ce travail de finalement [grognement] se déconstruire, s'éduquer et finalement d'avoir en charge, donc là je reviens au Kir de tout à l'heure la l'éducation des autres personnes.
Et donc ça, ben je reviens un peu à ce que disait Caroline aussi, c'est oui, comment faire pour ne pas être tout le temps dans cette éducation des autres en fait et et et dans ce pouvoir avec aussi. Nous, on pense beaucoup à des animations. Les animations doivent être pour les femmes mais doivent être aussi construites pour des hommes qui ont envie d'être des alliés. Et c'est toutes ces questions là moi qui me qui m'occupent.
Euh alors sur la déconstruction, alors moi ce mot mais je l'ai mis dans un débat pour moi il était tellement enfin j'ai c'était pas du tout calculé, c'était tellement évident enfin et alors là la France entière s'est mis en position latérale de sécurité he je dis [rires] tous les mecs allongés sur le côté gauche en disant est-ce que je suis déconstruit ? Est-ce que je suis pas déconstruit ? C'est c'est le mot dont on me parle le plus. C'est incroyable. [raclement de gorge] J'ai calculé, je crois qu'il y a eu 370 articles sur le mot déconstruction, un truc de malade. Alors que c'est un mot qu'on emploie énormément dans les dans les milieux militants activistes sur les questions de femmes.
Donc euh oui, je suis d'accord sur le fait que en fait on a tout un truc à faire et d'ailleurs ça s'est vu pendant la primaire, c'est que moi j'ai trouvé que euh le parti politique autant que mes concurrents finalement ne ne comprenait pas ce qui se passait avec moi, ne comprenait pas ce que je faisais, ne et donc il y avait cette espèce de truc d'un objet politique non identifié avec cette idée qu'elle est que c'était ingérable, que ça pouvait exploser à n'importe quel moment.
Enfin, je sais pas, il y avait cette chose là et en fait la réaction que ça a généré en face et ça je pense que c'est une leçon aussi qu'on doit réfléchir même si moi j'ai pas encore le recul pour l'analyser correctement mais ça a généré au contraire des anticorps ça a généré vraiment un renfermement sur des méthodes encore plus autoritaires, encore plus viriliste et cetera. Et ça, je pense qu'il va falloir qu'on l'analyse parce que c'est pas possible. Enfin, si quand on fait cette politique autrement, on génère des anticorps qui sont presque plus dangereux encore qu'avant, c'est enfin du coup c'est pas la peine quoi.
Donc il faut faudra qu'on analyse ça pour voir comment on peut éviter cette contreéaction. Encore une question ? Non. Ben merci beaucoup. Et ben, je vous propose d'applaudir encore chaleureusement notre oratrice.
[applaudissements] [applaudissements]
Merci beaucoup à vous. Merci pour la qualité de votre écoute et du débat. Merci beaucoup à vous. Merci beaucoup. Merci. Merci. Et puis on compte sur vous hein partout. L'écoféminisme doit gagner partout.
Sandrine Rousseau