Face aux experts du lundi 3 février 2025
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On accueille Aurélie Trouvé dans le 6-9 ce matin, député LFI-NFP de Seine-Saint-Denis. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Votre groupe va donc déposer une motion de censure. Sans le vote des députés PS, cette motion de censure n'a aucune chance de passer. Est-ce qu'il y a eu des dialogues ce week-end avec vos homologues qui sont dans le NFP toujours, on le rappelle ?
De toute façon, tous les jours, nous tentons de les convaincre de revenir à la raison et dans la maison du nouveau Front populaire.
Ils reviennent à la raison ou pas ?
Eh bien, il faut l'espérer. Je veux croire qu'ils vont revenir à la raison et à la maison. Parce qu'en vérité, s'ils ne votent pas la motion de censure, c'est une forme de soutien au gouvernement et au budget. Quand il y a un 49-3 qui est maintenant annoncé, qui veut dire qu'on va imposer un budget et une baisse des dépenses comme il n'y a jamais eu en France depuis 25 ans, il n'y a que la motion de censure qui permet de s'y opposer, d'exprimer son opposition. Donc, dès lors qu'on ne vote pas la motion de censure, c'est que l'on se situe non plus dans l'opposition, mais dans le soutien. Et donc, il y a schisme et fracture avec le NFP ?
Dans ce cas-là, évidemment, il y aura rupture avec le programme du nouveau Front populaire. Puisque le nouveau Front populaire, vous comprenez bien, a été construit pour rompre avec le macronisme, pour proposer autre chose que la politique d'Emmanuel Macron qui fait tant de dégâts aujourd'hui, qui fait qu'il y a tant de millions de gens qui ont du mal à boucler les fins de mois, qui fait que, et là je vous le dis comme président de la commission des affaires économiques, qui fait qu'il y a autant de plans de licenciement qui s'abattent. Et ça, c'est les résultats de la politique d'Emmanuel Macron.
Alors, on est dans des circonstances politiques absolument extraordinaires. Est-ce qu'il n'existe pas une voie médiane ? C'est-à-dire, celle que défendent certains aux partis socialistes, c'est de dire, on ne va pas voter ce budget, de toute façon il y aura un 49-3, on ne soutient pas ce budget, mais on ne veut pas censurer ce gouvernement parce que le milieu économique, notamment, et les Français ont besoin de stabilité politique. Pourquoi cet argument n'a absolument aucune valeur aux yeux de la France insoumise ?
Parce que c'est tout à fait logique. Quand on a donc un 49-3 qui impose un budget, la seule réponse possible qui existe, c'est la motion de censure. constitutionnellement, d'accord ? Et donc, soit vous votez la motion de censure et vous renversez le gouvernement et le budget, d'accord ? Soit le gouvernement reste en place et peut dérouler son budget. Ça veut dire aussi, par exemple, que Bruno Rotaillot, le ministre de l'Intérieur, pourra approfondir aussi sa politique avec des directives, des décrets qui reprennent les idées de l'extra-proc.
Si on reste sur le budget, pour l'instant, il y a eu des concessions importantes, notamment le retour sur les 4 000 postes d'enseignants qui étaient supprimés. Est-ce que ça, ça ne peut pas bien sonner à l'oreille des électeurs de gauche ?
Un milliard pour l'hôpital, 300 millions pour les EHPAD.
Je vais répondre à tout ça. D'abord, il faut bien comprendre que c'est un budget qui est pire que celui de Michel Barnier, puisqu'il y a 6 milliards de dépenses en moins encore. Enfin, si vous voulez, il y a une coupe budgétaire de 6 milliards de plus par rapport au budget de Michel Barnier. Il n'y a pas de concessions faites aux partis socialistes.
C'est ce qui fait de nous le pays qui dépense le plus, quand même, en Europe.
Alors, j'y arrive. Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de concessions faites aux socialistes. Par exemple, les 4 000 postes d'enseignants qui sont préservés, finalement. Mais, à côté de ça, il y a une coupe budgétaire de 250 millions d'euros dans les écoles publiques. À côté de ça, il y a une coupe de 1,5 milliard d'euros dans l'enseignement supérieur et la recherche. Moi, qui viens de l'université, je peux vous dire que c'est une catastrophe pour tous nos élèves, nos enfants. Les socialistes revendiquent des victoires. Ça veut dire qu'ils racontent n'importe quoi, selon vous ? Ils essayent, en fait, de ne pas avoir l'air trop bête, si vous voulez.
Parce qu'en réalité, ces négociations étaient illusoires dès le départ et qu'ils n'ont rien obtenu. Ils avaient demandé, par exemple, une taxe sur les rachats d'actions. Rien du tout. Ils ont demandé une augmentation de la taxe sur les transactions financières. Rien du tout. Alors, même que cette taxe...
C'est pas fini, hein.
Comment ça, c'est pas fini ? C'est un peu encore. Il y a un vote, là, vous le savez, sur la CMP. C'est certes, bien sûr. On connaît aujourd'hui le résultat. Il est assez clair. Donc, maintenant...
Mais le texte peut être retouché.
Oui, mais là, on vote sur un texte voté à la CMP avec des injonctions du gouvernement, d'ailleurs, lors de cette CMP.
Mais ça n'exclut pas que le gouvernement puisse ajouter des dispositions dans l'avenir. C'est pas terminé. Le match n'est pas plié.
On va pas quand même signer un chèque en blanc. C'est maintenant qu'il faut se décider. Et je vais dire une dernière chose qu'on dit, à mon avis, pas assez. C'est qu'en fait, ce budget de M. Bayrou va empirer le déficit public. Je m'explique. Il y a 6 milliards encore de recettes en moins par rapport au budget de Michel Barnier. Et nous, on avait voté, vous vous souvenez, 75 milliards de recettes en plus pour l'État, grâce à une taxation sur les ultra-riches et les profits des multinationales supplémentaires. Pourquoi ? Parce que depuis 7 ans, les cadeaux fiscaux de M. Macron, du président Macron, ont considérablement enrichi les plus riches.
Et donc, il est normal que ce soit eux qui contribuent le plus aujourd'hui pour résorber ce déficit public. Ça va pas être le cas, là ? C'est pas du tout le cas avec M. Bayrou. D'ailleurs, il prévoit 6 milliards de recettes en moins par rapport à Michel Barnier. Donc, ça va amplifier le déficit public.
La surtaxe sur l'impôt sur les sociétés, elle existe quand même.
Alors, cette surtaxe, vous savez que les grands patrons...
8 milliards et demi, alors c'est pas 70, hein ?
Eh bien, les grands patrons, là aussi, ont eu gain de cause puisque ça devait au moins durer 2 ans, ça a été restreint à 1 an.
Enfin, certains menacent de délocaliser tout de même, hein ?
Alors, si vous voulez, on parle de certains qui menacent. Par exemple, M. Bernard Arnault, qui n'est absolument pas représentatif de tout le patronat français. Vous savez que 95% des entreprises en France, ce sont des TPE et des PME. Et donc, c'est très particulier. Le cas de Bernard Arnault, c'est la 5e fortune du monde. 233 milliards d'euros. Il se plaint, grosso modo, d'avoir perdu 200 millions d'euros l'année dernière. Et je vais vous dire, le problème, c'est que, justement, toute la politique d'Emmanuel Macron amène aujourd'hui à des délocalisations. C'est vrai. Et c'est un vrai problème.
Mais attendez, on aurait dit, vous êtes raisonnable, mais il n'a jamais parlé de partir, Bernard Arnault. Où est-ce que vous avez entendu ça ?
Non, il a menacé de délocaliser une partie de sa production...
Il n'a ni menacé... Chez Donald Trump.
D'ailleurs, il est allé à l'investiture de Donald Trump. Donc, on voit bien qu'il soutient.
Attendez, il fait un constat. Vous êtes économiste. Oui. Aux Etats-Unis, c'est factuel. On baisse l'impôt sur les sociétés de 15%. Ici, on va l'augmenter. Bon, c'est un constat. C'est vous qui en tirez une conclusion qui est un peu hâtive.
Moi, je trouve que c'est bien. C'est vrai qu'il y a des enseignements à tirer de la politique de Donald Trump. Mais ce n'est pas ce que dit Bernard Arnault. Ce qu'il faut faire, et là où il y a un compromis général dans le pays, et pourquoi le gouvernement Macron ne le fait pas, c'est qu'il faudrait aujourd'hui appliquer des protections commerciales aux frontières, beaucoup plus importantes, protéger de la concurrence déloyale, vraiment, nos entreprises qui sont, pour un certain nombre, en train, c'est vrai, de couler. Pourquoi ne le fait-on pas ? Parce que le président Macron est enfermé dans une logique, néolibérale, qui est mortifère pour l'économie française.
François Clément, vous vous retrouvez dans une partie du bilan de l'action du gouvernement de gauche en Espagne ?
Oui, en partie. Mais par ailleurs, je vois d'ailleurs que dans certains pays en Europe, ça se passe un peu mieux.
Non, mais justement, je vous pose la question, parce que c'est vrai que voilà un gouvernement de gauche qui a longtemps été l'allié de Podemos, qui ne l'est plus aujourd'hui, mais qui a quand même réussi à former un bloc de gauche au pouvoir, avec des alliés régionalistes, et qui, par exemple, a conservé la retraite à 65 ans, qui, par exemple, a essayé de mettre des investissements massifs dans le domaine public, par exemple, pour l'innovation et la recherche. On voit bien qu'il y a des formules à gauche qui ne sont pas forcément celles que vous voulez appliquer en France.
C'est compliqué d'abord de comparer tout à fait deux pays à chaque fois. Le taux de pauvreté en Espagne est encore plus important, donc tout ne va pas non plus merveilleusement en Espagne.
Non, mais c'est la cinquième économie de Europe.
Surtout, je pense que... En fait, vous voyez, il faut changer complètement de paradigme. Et ce qui est sûr, c'est que le président Macron est à l'exact opposé, et qu'il a une logique néolibérale qui, aujourd'hui, enfonce le pays dans la crise économique. Et c'est précisément face à ça que l'on veut rompre.
C'est là qu'on n'a jamais autant dépensé d'argent public. Aurélie, il y a trouvé que sous Emmanuel Macron, il n'y a pas plus socialiste qu'Emmanuel Macron dans la dépense publique ?
Eh bien, parlons de... Nous, on n'est pas forcément pour... D'abord, on est pour résorber le déficit public, je vous l'annonce. Et nous avons un programme économique travaillé avec... Vous le savez, d'ailleurs, M. Péry. Vous savez qu'on a travaillé notre programme économique avec des dizaines de chercheurs en économie, dont je faisais d'ailleurs partie il y a trois ans. Et que ce programme, il est équilibré, il permet de résorber le déficit public. En allant chercher l'argent là où il s'est le plus accumulé, c'est-à-dire dans les plus grandes fortunes et les profits des multinationales, et en s'attaquant aux dépenses qui, effectivement, peuvent être inefficaces.
Eh bien, je vais vous dire lesquelles, notamment. Les aides aux très grandes entreprises qui ne sont pas conditionnées. On verse aujourd'hui des aides massives à des multinationales qui délocalisent. Je vous prends l'exemple de Michelin, je vous prends l'exemple de Stellantis, je vous prends l'exemple de Bernard Arnault, qui a touché énormément d'aides publiques et qui se permet ensuite de dire, si c'est comme ça, je délocale.
Aurélie, juste pour être très concret, Aurélie, trouver deux dernières questions, parce que le temps file évidemment, sur la motion de censure. Est-ce que vous appelez aujourd'hui, ce matin sur LCI, le RN à voter cette motion de censure ?
J'appelle tous les députés à faire face... L'URL. J'appelle tous les députés, quel que soit leur groupe parlementaire, à faire face à leur responsabilité. Mercredi, la motion de censure dira qui est dans le soutien au gouvernement et à ce budget, qui est dans l'opposition. Voilà. Et ensuite, ce que je dis, c'est que le Rassemblement national, la dernière fois déjà, a permis au gouvernement de se maintenir en ne votant pas la motion de censure, effectivement. Donc, à plusieurs reprises, ils ont, entre guillemets, sauvé ce gouvernement. Maintenant, mercredi, sera l'heure de vérité, effectivement.
Juste pour terminer, l'Algérie. J'aimerais évoquer cela avec vous, le président algérien, Abdelmagid Teboun, qui a dénoncé un climat délétère avec la France. C'est à la France de faire le premier pas, selon lui. Quel est votre sentiment ? Sur les relations entre la France et l'Algérie ?
Il faut développer de toute manière toutes les politiques coopératives possibles. Et vous savez que je suis, et nous sommes dans la France insoumise pour des politiques diplomatiques non alignées, mais aussi pour le respect, et je le sais parce que ça a été un débat ces dernières semaines, pour le respect aussi de la part de tous les gouvernements du monde vis-à-vis de la démocratie. Et vous le savez d'ailleurs que nous avons demandé la libération, par exemple, de l'écrivain sans salle à plusieurs reprises. Par ailleurs, oui, évidemment, il faut développer ces politiques coopératives avec les gouvernements, y compris l'Algérie.
Parce que plus malheureusement avec l'Algérie, on achète du gaz, on vendait du blé, notamment. Je crois que le blé est tombé pratiquement à zéro. Il reste un tout petit flux. On pourrait se passer des relations commerciales avec l'Algérie ? Vous n'avez pas le sentiment d'ailleurs que c'est l'outil qu'il faudrait utiliser ? Pour essayer de remettre les compteurs à zéro ?
En fait, on pourrait tout à fait avoir une politique coopérative, d'ailleurs, avec l'Algérie, comme avec un certain nombre de pays, d'Afrique notamment, où d'un côté, on pourrait...
C'est les Algériens qui nous ont mis dehors au profit des Russes.
Ils ont des matières premières dont on a besoin. Et par ailleurs, nous pouvons développer aussi une politique où nous ayons une politique de coopération vis-à-vis de leur politique alimentaire. Parce que vous savez qu'ils sont en déficit alimentaire. On pourrait à la fois les aider à développer leur agriculture et à restaurer une forme d'autonomie alimentaire tout en assurant aussi des exportations dont ils ont besoin.
Votre collègue Louis Boyard, député du Val-de-Bas, n'a échoué à Villeneuve-Saint-Georges, a renforté la mairie. Une défaite qui n'était pas attendue en tout cas par la France Insoumise. Quelle est votre réaction ?
D'abord, je veux saluer Louis Boyard et les centaines de militants bénévoles qui ont fait cette campagne. Je suis pu y aller moi aussi vendredi dernier. J'ai pu voir à quel point c'est une campagne de terrain qui a été menée, qui a permis d'ailleurs à beaucoup de gens qui s'étaient éloignés de la politique d'aller voter. Et puis ça a permis à la gauche de passer en 5 ans de 27% de voix à 38% de voix. Et j'espère bien que la prochaine fois, ce sera la bonne. C'était une ville historiquement à gauche. Elle a été communiste avant 2011. Oui, mais vous le savez, maintenant, qui est passée à droite depuis 5 ans, une droite dure.
D'ailleurs, vous avez vu, le maire avait fait un salut nazi en conseil municipal. Donc oui, il y a effectivement une droite très dure qui est... Et voilà, et d'ailleurs, c'était même l'extrême droite jusqu'à présent. Il y a une droite très dure à battre. Et donc, il faut espérer que cette fois-ci, eh bien, toute la gauche et le nouveau Front populaire s'allie avec Louis Boyard. Et malheureusement, ça n'a pas été le cas ici. J'espère que ce sera le cas la prochaine fois.
Merci Aurélie Trouvé d'être venue ce matin dans le 6-9.
Aurélie Trouvé