Intégrale discours de Juan branco, avocat de ousmane sonko.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il était minuit passé lorsque cet être, habitué à vivre couché, faisant un immense effort, se levait, non pour rendre service, mais pour nous rappeler ceci, qu'il n'avait non seulement pas encore été évacué dans les litières de l'histoire, mais qu'il détenait, jouissait et se montrait décidé à faire usage du pouvoir d'interdire, censurer, éteindre la parole et le savoir. Cela m'a inspiré cette pensée, évidente, une révolution n'est jamais finie, et il ne faudrait pas que celle-ci manque de commencer.
60 enfants et adultes sont morts d'un cri rauque qui réclamait souveraineté, et il m'apparaît essentiel de commencer cette prise de parole par une pensée à leur égard, et l'affirmation d'une certitude à l'égard de leurs proches, ils ne seront pas oubliés. A Dakar, au parquet, au cabinet d'instruction numéro 2, à l'UQAD, les mêmes corps, les mêmes âmes, qui ont permis la commission des crimes, qui ont amené à la mort de ces personnes, demeurent. Les mêmes visages, qui pour certains se tairent, tremblent, ont honte, mais pour d'autres, rient et sourient devant les caméras. Là, je pense à un ancien ministre de l'Intérieur, censure, je pense à un recteur d'université, et menace.
Je viens en un pays où ceux qui m'ont fait kidnapper à 300 km de la frontière sénégalaise, en plein cœur de la Mauritanie, ont formellement encore, entre leurs mains, le pouvoir de me faire arrêter, enfermer, expulser. J'ai été, à mon arrivée, soumis à un contrôle approfondi de mon identité. J'étais venu en homme simple, sans privilèges, sans invitation des autorités, mais par deux personnes qui avaient connu l'égéole, et qui sont pour moi des héros de l'humanité. Dans le but de voir et de partager. Je n'ai demandé volontairement aucun passe-droit. J'ai pris mon siège au fond de l'avion. J'ai avancé sans rien réclamer, sans rien demander.
Et ce que j'ai vu, des permanences du pouvoir et des menaces qu'il continue à faire porter sur le peuple, m'a effrayé. Lorsque l'on est sans protection, sans robe, à égalité, avec les personnes qui n'ont pas de privilèges, qui n'ont pas eu la chance d'être protégées, l'on voit l'importance de démanteler ces structures de pouvoir et d'être sans tolérance à l'égard d'un quelconque excès, d'une quelconque violence qui n'aurait pas été réprimée. En ce pays que je considère aujourd'hui miens, ceux qui ont obéi n'ont pas été encore sanctionnés.
Et celui qui a ordonné que la mort se répande pour des violences politiques a été en mesure de quitter le territoire en jet privé et de jouir aujourd'hui encore de son impunité. Comment est-ce qu'il a pu payer ce jet privé, cet homme, dont les soldes sont pourtant publics et connus depuis près de 40 ans et ne permettraient pas théoriquement de financer une heure de voyage dans cet appareil ? Et qui est chargé aujourd'hui de rechercher quels sont les fonds qui l'ont financé ?
Je suis venu, chers amis, à égalité avec des confrères qui, comme moi, se sont sacrifiés pour une cause, tandis qu'en face, on payait jusqu'à 100 000 euros l'audience des Français, des sorciers blancs, pour venir légitimer la répression et la violence qui s'abattaient sur un peuple. Et j'ai vu des confrères accepter cet argent, accepter de servir de faire-valoir pour légitimer la mort, l'emprisonnement, la détention de citoyens innocents.
Je suis venu à égalité de telle façon que, lorsque, amené à Nouakchott, j'ai été confié au service de renseignement de la Mauritanie, alors que l'on m'avait assuré que l'on m'amenait vers l'aéroport pour que je puisse rentrer en Europe, après avoir réussi à échapper aux polices et gendarmeries de ces pays pendant 4 jours, avec l'aide de personnes glorieuses qui sont aujourd'hui à mes côtés et qui ont pris tous les risques pour me protéger, après avoir pris une barque pendant 25 heures pour traverser l'Atlantique, pour sortir de ce pays sans nuire à mon client, sans, par exemple, en traversant la frontière malienne, de sorte que l'on aurait pu inventer un prétexte que je voyais déjà venir, consistant à dire que peut-être que tout cela était une opération d'influence de l'étranger, financée par les Russes et d'autres.
On a bien vu comment le pouvoir précédent cherchait à instrumentaliser ces questions. Prête à prendre le risque de la noyade pour m'assurer qu'à aucun moment, Ousmane Sonko souffrirait de notre démarche d'une façon ou d'une autre et pourrait faire l'objet de théories complotistes.
Lorsque réussissant cette démarche, après être rentré, comme l'a rappelé mon confrère, m'ambassissait légalement sur le territoire, sans faire l'objet d'aucune mesure qui ne me l'interdisait, et avoir participé à ses côtés, à celui de mon confrère Cheikh Hurechiba, qui, comme l'a rappelé Bamba, est celui qui a permis ma rencontre avec le peuple sénégalais, après avoir donc dénoncé le procureur de la République, qui est encore aujourd'hui en poste, après lui avoir dit « Nous n'aurons pas peur, nous n'avons pas peur », nous avions réussi théoriquement à rompre cet encerclement et à avoir envoyé le signal dont le pays à ce moment avait besoin et dont mon client avait besoin.
Car il est évident que si je suis venu au Sénégal à ce moment-là, alors que le procureur, justement, avait annoncé l'existence d'un mandat d'arrêt international, c'était d'une part parce que M. Sonko m'avait désigné, lors de son placement en garde à vue, pour une histoire funeste de téléphones portables qui s'étaient transformés en accusations de terrorisme, rappelons-nous quand même du ridicule dans lequel ces autorités politiques avaient sombré, et c'était évidemment par devoir, par le devoir que la robe m'imposait, c'est-à-dire de ne pas le laisser seul, alors que rien ne le justifiait.
Et quand donc, séquestrés par ces services de renseignement qui m'ont mis une cagoule, qui, sans me présenter un avocat, une autorité consulaire, un juge, m'ont menotté et amené, depuis la capitale, Mouakchott, contrairement à ce qui a été dit, en toute illégalité, jusqu'à la ville de Rousseau, puis placé sur un bateau, un bateau qui est accosté de l'autre côté de la rivière, près de vaches, parce qu'ils avaient peur que l'on me voie, parce qu'ils savaient que ce qu'ils faisaient était illégal, et qu'ils ont dû me traîner dans la boue du rivage pour m'amener dans des pick-up banalisés, entourés de mitraillettes, puis transférés à nouveau dans un autre convoi, avant qu'enfin, à Saint-Louis, on me convie à la BIP et que je sois transféré à Dakar, j'ai compris que j'étais face à des gens qui ne jouaient pas selon les règles du jeu, qui ne respectaient pas le droit, qui ne faisaient pas qu'instrumentaliser le droit, qui avaient décidé de jouer avec les formes, de mentir, puisqu'ils diraient qu'ils m'avaient arrêté en traversant la frontière.
Je peux vous dire, car les pêcheurs avec qui j'étais sont dans cette salle, et c'est, je pense, la chose la plus émouvante qui puisse m'arriver aujourd'hui. J'aimerais les saluer. Ces pêcheurs m'ont vu au moment où nous avons traversé la frontière maritime, où ils m'ont pu m'indiquer que nous n'étions plus dans des eaux territoriales sénégalaises. Le sourire qui m'a pris et la petite pensée que j'ai eue pour Antoine Félix Dium à ce moment-là, je peux vous dire que je ne l'oublierai jamais. Et nous avons continué pendant 8 heures. J'aimerais qu'ils se lèvent.
Ces héros anonymes que le maire de Sangolkam, Alfa Bocarso, a trouvés, qui ont eu le courage, et ils me l'ont avoué qu'à la fin, sachant parfaitement qui j'étais, de prendre ce risque de partir pendant la nuit, longeant les côtes sénégalaises, passant à côté de l'île de Gorée, puis remontant jusqu'au fin fond de la Mauritanie, et ne s'arrêtant que parce qu'après un échange de regards un peu inquiet, voyant que l'eau commençait à monter dans la barque, on s'est dit, bon, il y a une sorte de belle construction bleue là dans le désert, peut-être qu'il est temps que l'on s'arrête à 100 km de Nouakchott, mais qui était prêt à continuer, et qui serait allé jusqu'au bout, et qui aurait pris tous les risques nécessaires pour, et qui donc après ces 25 heures nous ont amené dans cet endroit-là, le savent.
On était très loin de cette frontière maritime. Et la question qui se pose, c'est pourquoi est-ce qu'ils ont cherché à mentir ? Pourquoi est-ce qu'ils ont tenté de mentir ? Parce qu'ils ont cherché à maquiller la réalité, parce qu'ils ont cherché, pardon, à la rendre légale, et à rendre notre geste illégal. Et donc, à partir de là, à tirer du droit une légitimité, non seulement pour me faire enfermer, mais une légitimité politique qui leur permette de perdurer. Or, ce qu'ils avaient fait, et c'est ce qui permettrait ma libération quelques jours plus tard, à savoir arrêter un avocat parce qu'il avait défendu son client, était inconcevable et inacceptable.
Et le faire accuser à son tour de terrorisme, d'association de malfaiteurs, et ainsi de suite. Et lui faire encourir la perpétuité, dans le seul but, non de l'effrayer lui, non de m'effrayer moi, mais de vous effrayer vous, et de vous montrer que ce pouvoir tiendrait contre une quelconque offensive, était quelque chose d'inacceptable et qui ne saurait être toléré. Et la mobilisation extraordinaire qu'il y a eu, y compris des Gilets jaunes en France, y compris des Gilets jaunes, pour vous dire à quel point votre lutte a trouvé des échos loin des palais, loin des pouvoirs.
Cette mobilisation a permis de me sauver, et quelques mois plus tard, de sauver tous ceux qui étaient alors encore enfermés. Lorsque je suis rentré à Rebeuse, j'ai décidé de le faire pieds nus, comme cela a été raconté, pour une raison très simple. Je considérais que j'étais face à des violeurs, des gens qui ne méritaient nul respect, et qui n'avaient aucun droit sur moi. Et donc j'ai refusé d'avoir aucun lien à leur égard, de me dégager entièrement de leur part. Ce n'était pas un geste calculé. De la même façon que cesser de boire et de manger pendant ces trois jours, s'imposait.
Le fait de ne pas leur parler, si ce n'est pour dire cette phrase qui a été rappelée, seule la lutte libère, n'était pas un choix. C'était une obligation, une évidence. Et quand je me suis retrouvé dans cette cellule, sur ce lit que Jamil Sané prendrait à ma sortie, dans un chassé-croisé extraordinaire, alors qu'il m'avait accueilli à Dakar, après qu'on se soit croisé dans la cave, souriant, souriant de se retrouver au même moment, sans pouvoir se parler, évidemment, pour ne pas mettre en difficulté ceux qui nous avaient aidés.
Après avoir réussi à sortir de toutes ces opérations de déstabilisation, grâce au courage, j'allais dire à l'inconscience, d'Alpha Bocasso, qui pendant ces quatre jours m'a protégé avec les siens, avec N'Yon Lo, avec le lutteur, Dolé, qui est là, avec As-Rouma et N'Galoum aussi. Vraiment, ce courage qui leur a coûté cher, qui leur a coûté la liberté, était fondamental. Ce n'était pas un caprice, ce déplacement. Il ne s'est pas levé. Ce n'était pas un caprice parce que, évidemment, ce que l'on cherchait à faire, c'était rompre, ce qu'on a toujours cherché à faire, c'était rompre l'impression d'impunité, de toute puissance qui habitait alors ce pouvoir.
On avait déjà réussi quelques semaines avant, collectivement, à faire reculer le président de la République, Matissal, mais qui, du coup, n'était pas prêt pour une autre défaite. Il pensait, en renonçant à ce troisième mandat, en début juillet, d'avoir fait ce qu'il avait à faire et qu'à partir de là, il avait la liberté de faire ce qu'il voulait faire, y compris, donc, arrêter Ousmane Sonko.
Et il nous appartenait de lui montrer que les premières limites qui avaient été fixées, à travers, notamment, notre communication au bureau du procureur de la Cour pénale internationale concernant la commission de crimes contre l'humanité au Sénégal, qui, rappelez-le, avait été rendu public le jour d'une visite de Matissal à Paris, qui était censée consacrer la normalité de ses comportements, consacrer l'utilisation de tir à balle réel contre la population, consacrer son inscription dans l'ordre international. Cette communication, évidemment, avait permis d'empêcher cette normalisation et l'avait isolée et mise de côté avec un impact extraordinaire auquel il ne s'attendait absolument pas.
Il appartient aujourd'hui au Sénégal de décider quelle sera la voie qu'il souhaitera suivre en ce qui concerne cette question fondamentale de l'impunité et de la justice rendue, aux 60 martyres, aux milliers de blessés et d'emprisonnés qui auraient pu autrement voir leur sacrifice demeurer en vain. Il y a plusieurs options. Celle de la réparation qui a été annoncée par le président de la République m'apparaît minimale, nécessaire, mais minimale. Il apparaît essentiel de procéder, comme l'a annoncé le Premier ministre lors de cette journée dont parlait mon confrère, Mamba Sissé, d'opérer une purge et une purge massive qui évite des événements comme celui que l'on a connu aujourd'hui.
Il n'est pas acceptable que des personnes qui ont commis au détriment du droit des actes à l'encontre de citoyens sénégalais demeurent dans des positions de privilège, demeurent dans des positions de pouvoir dans ce pays. Nous le devons, à mon sens, aux nombreuses personnes qui se sont sacrifiées pour cette cause et qui ne se satisfont pas simplement de ce changement de pouvoir, mais qui nécessitent qu'il y ait un engagement réel pour changer les structures de ce pouvoir et éviter que ces violences ne se reproduisent. Alors, le Sénégal a le choix.
Il a le choix de la justice internationale et de la cour pénitentationale, ce chemin que nous avons ouvert, qui est parfaitement factible et que le Sénégal pourrait renforcer en saisissant de lui-même la cour pour qu'elle se saisisse à son tour de cette question. Mais la question que je me pose, c'est est-ce que les Sénégalais souhaitent mettre leur destin entre les mains d'une institution internationale dont on sait à quel point elle est sous influence et à quel point elle a été fécondée pour servir un projet qui n'est pas un projet souverainiste, qui n'est pas un projet sénégalais et qui n'est pas un projet africain.
Il est tout à fait possible au Sénégal de créer une cour spéciale ou des mécanismes spéciaux qui permettent de juger et de sanctionner les personnes qui ont commis ces méfaits. Il lui est parfaitement possible et probablement préférable de se saisir d'elle-même de cette question de la justice et de s'occuper d'elle-même de ceux qui ont souillé ses institutions et sa démocratie. Pour cela, il faudra du courage. Du courage car il s'agit d'adopter des dispositions légales et peut-être constitutionnelles qui soient en rupture avec ce à quoi les hommes politiques sont habitués, à savoir négocier, transiger et se protéger.
Je viens d'un pays, la France, qui sombre, qui sombre entre des mains oligarchiques et dont l'effondrement est en train de peser sur ses anciens partenaires et alliés, y compris le Sénégal. Aujourd'hui, la France est prédatrice et lourdement détestée dans de nombreux pays parce qu'elle manque de ressources pour elle-même et elle va donc les chercher à l'extérieur, tirer des profits pour essayer de se régénérer et de continuer à alimenter ses classes dominantes au détriment des peuples où elle agit.
Il y a longtemps qu'au Sénégal, des grandes entreprises françaises ne sont pas venues non pas pour investir, pour apporter des capitaux, pour permettre à ce pays de se développer, mais simplement pour capter des ressources et continuer à maintenir ses états d'asservissement. Cette situation, les Sénégalais en souffrent autant que le peuple français et il est fondamental que vous soyez conscients du fait que la même main qui a frappé les Sénégalais pour maintenir ce régime clientéliste qui était le régime de Macky Sall et celui qui frappe est celle qui frappe le peuple français.
Que ce soit lors des mobilisations des gilets jaunes, de manifestations contre la retraite ou plus récemment sur les questions palestiniennes, c'est cette même main avariée, putride qui cherche à dévorer les dernières cellules saines qui existent dans ce pays pour s'assurer que les ressources restent concentrées entre quelques mains au détriment du reste du peuple soumis, exploités et pillés. Ce sont les mêmes oligarques qui agissent ici et là-bas et qui ont tout fait pour s'assurer que Macky Sall puisse continuer soit directement soit à travers son candidat à agir. N'oubliez jamais comment M.
Bas fut reçu par la France après les événements de juin 2023 avec les honneurs par le Premier ministre pour l'introniser comme le candidat de ce pays ici au Sénégal. N'oubliez jamais que la France, le gouvernement français n'a jamais dit un mot comme l'a rappelé Ousmane Sonko pour condamner les violences qui étaient commises contre le peuple sénégalais. Le gouvernement français d'aujourd'hui était prêt à tout pour assurer la continuité qui lui préserve son influence sur ce territoire y compris comme on l'a vu avec l'affaire Karimouade en janvier intervenir et violer son propre droit pour essayer de favoriser des candidatures au détriment d'Ousmane Sonko et de Basiroud Yomaïfaï.
Et donc à partir de là l'idée que le droit serait autre chose qu'un instrument du politique me semble difficile à concevoir.
Celui qui est en adversité à l'égard du pouvoir et vous l'êtes encore aujourd'hui parce que si vous avez réussi à faire libérer Ousmane Sonko et Basiroud Yomaïfaï vous restez dans un système dominé par ceux qui hier vous réprimaient et aujourd'hui continuent encore de vous exploiter et ce système-là sénégalais reste inséré dans un système beaucoup plus large d'asservissement et d'exploitation contre lequel il faudra encore des années pour achever cette troisième phase de décolonisation qui s'annonce non seulement au Sénégal mais dans de nombreux pays d'Afrique et puis généralement du sud global. et si qui s'annonce
qui s'annonce
Juan Branco