Invité : Alexis Corbière - Audition publique (04/11/2019)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse directe
Est-ce que vous reprendriez les mêmes termes qu'Edouard Philippe sur l'incendie du chapiteau de cirque et les policiers pris à partie?
- 1:00RelanceRéponse partielle
Ca n'excuse pas mais ça explique?
- 2:00OuverteRéponse directe
Est-ce que vous craignez un embrasement des banlieues?
- 3:00OuverteRéponse directe
Comment on rétablit l'ordre dans ces quartiers?
- 4:00OuverteRéponse directe
La police ne peut plus aller dans les banlieues. Est-ce qu'il faut remplacer la police par l'armée?
- 5:00OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est un beau projet pour la Seine-Saint-Denis, les travaux du village olympique?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Alexis CorbièreFait
« Il faut condamner cet acte. Il faut condamner le fait qu'on ait détruit ce cirque, c'est absurde. C'est un lieu de culture et d'échange. »
- 2:20Alexis CorbièreFait
« La Seine-Saint-Denis est un département hors normes. »
- 4:20Alexis CorbièreFait
« Les conditions sont réunies à nouveau pour que cela explose. Je ne le souhaite pas. »
- 9:20Alexis CorbièreFait
« Il y a des Français qui sont de confession musulmane, comme certains sont de confession juive, comme certains sont de confession catholique. »
- 12:20Alexis CorbièrePromesse
« Je pense que le droit à la retraite à 60 ans, il faut le conserver. »
- 15:20Alexis CorbièreChiffre
« Un chômeur sur deux ne perçoit pas d'indemnités chômage actuellement. »
- 17:20Alexis CorbièreFait
« Les policiers souffrent car ils sont souvent les victimes de cela. »
- 19:20Alexis CorbièreChiffre
« Il y a 80 milliards chaque année qui échappent aux recettes fiscales. »
- 21:20Alexis CorbièreFait
« Hugo Chavez n'a pas réglé tous les problèmes mais pendant quelque temps, l'argent du pétrole a servi à faire monter le niveau d'éducation, de santé. »
- 24:20Alexis CorbièreFait
« La laïcité n'est pas de demander à un homme dans la rue d'enlever sa kippa ou à une femme d'enlever son foulard. »
- 27:00Alexis CorbièreFait
« L'électorat de Jean-Luc Mélenchon résiste bien au Front National. »
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Générique. - Francis Letellier: Bonsoir et bienvenue dans "Audition publique". C'est notre rendez-vous LCP, Public Sénat et le Figaro.
C'est une heure de débat, pour s'expliquer et aller au fond des enjeux du moment. Notre invité de ce soir est Alexis Corbière. Vous êtes député de la Seine-Saint-Denis et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.
Vous allez être interrogé par nos consoeurs des chaînes parlementaires. Puis deux parlementaires vont vous interroger. Une députée et un sénateur.
Pour conclure, le regard d'Yves Thréard du Figaro. Sans oublier les questions que nos téléspectateurs peuvent vous faire parvenir par le biais de Figaro Live. Première question: l'incendie d'un chapiteau de cirque et des policiers pris à partie...
Edouard Philippe a fustigé aujourd'hui la petite bande d'imbéciles et d'irresponsables qui ont fait tout cela. Est-ce que vous reprendriez les mêmes termes? - Alexis Corbière: Il faut condamner cet acte.
Il faut condamner le fait qu'on ait détruit ce cirque, c'est absurde. C'est un lieu de culture et d'échange. Maintenant, il faut essayer d'aborder le sujet autrement.
Je ne connais pas très bien l'endroit. Il y a des quartiers en France où s'accumulent tellement d'inégalités...
Ca n'excuse rien, mais tout de même. Je connais bien la situation de la violence. La ville a particulièrement de difficultés, de gens au chômage. - Francis Letellier: Ca n'excuse pas mais ça explique? - Alexis Corbière: Comment on évite ça?
C'est la question. Je suis originaire de Béziers. J'ai grandi dans un quartier populaire, j'ai fait ma scolarité là-bas.
Tout le quartier a brûlé. Pour quelle raison on a une telle situation de crise dans ce quartier populaire? - Francis Letellier: Vous parlez d'abord de la précarité économique et sociale. - Alexis Corbière: Ce sont des causes multiples.
Mais observons quand même que cela se produit dans des endroits où il y a des gens qui ont des taux de chômage particulièrement importants, des situations de précarité particulièrement importante. Il ne faut pas excuser, mais si c'est pour ne pas apporter d'explications, avoir des ministres qui viennent mais qui ne règlent rien, ce n'est pas correct. La Seine-Saint-Denis est un département hors normes.
Si c'est seulement pour avoir des mots méprisants envers les gens qui ont fait cela, c'est inutile. - Francis Letellier: On va accueillir Tâm Tran Huy et Brigitte Boucher. Bonjour, mesdames. - Brigitte Boucher: Bonsoir.
Il y a eu d'autres problèmes, d'autres guet-apens tendus à la police. Il y a eu des problèmes à Brest, à Béziers, à Marseille. Est-ce que vous craignez un embrasement des banlieues? - Alexis Corbière: C'est difficile de dire des choses comme ça.
Il y a des quartiers où s'accumulent des inégalités sans précédent. J'ai trouvé les propositions du Premier ministre très en deçà. Mais il a reconnu que c'était hors normes. - Brigitte Boucher: On n'est pas comme en 2005.
Est-ce que les tensions entre la police et les habitants des banlieues... - Alexis Corbière: Les conditions sont réunies à nouveau pour que cela explose.
Je ne le souhaite pas. Rien n'a été réglé. - Francis Letellier: Depuis 2005? - Alexis Corbière: On pourrait même remonter aux années 80.
On voit des problèmes, on dit qu'on va en parler...
En tout cas, toutes les conditions sont réunies. Le service public est à la dérive. Les conditions de vie sont terribles.
Les logements sont insalubres. - Tâm Tran Huy: Comment on rétablit l'ordre dans ces quartiers? Dans le cas dont on parlait, ça a commencé par un guet-apens tendu aux équipes de police mais aussi aux pompiers.
Comment on fait revenir l'ordre? - Alexis Corbière: Il faut faire revenir un ordre social. Si c'est seulement le maintien de l'ordre, ça ne marchera pas.
Je suis élu de la Seine-Saint-Denis. Dans les Hauts-de-Seine, le nombre de commissariats au mètre carré est beaucoup plus réduit que dans la Seine-Saint-Denis. - Brigitte Boucher: La police ne peut plus aller dans les banlieues.
Est-ce qu'il faut remplacer la police par l'armée? - Alexis Corbière: J'imagine que vous-même, en posant la question, vous n'y croyez pas. Les gens ne sont pas des ennemis.
L'armée, ça sert à faire la guerre à un ennemi. On parle de gens qui ont été placés dans des situations d'inégalité. Si vous n'avez comme réponse que d'envoyer des policiers pour leur rentrer dans le tas, ça va être impossible et ça ne réglera rien.
Il faut des policiers, oui, mais aussi des enseignants, des services de santé. - Tâm Tran Huy: Il y a aussi des choses positives qui se passent en Seine-Saint-Denis. Edouard Philippe lance les travaux du village olympique.
Est-ce que c'est un beau projet pour la Seine-Saint-Denis? Est-ce que c'est une aubaine pour ce territoire qui a tant de difficultés? - Alexis Corbière: Ce que je vois des investissements en Seine-Saint-Denis, c'est que ça risque d'être assez réduit pour les habitants.
Ca va drainer beaucoup d'argent, mais qu'est-ce qui va en rester? - Francis Letellier: C'est une bonne chose? - Alexis Corbière: C'est quand même incroyable qu'on débloque des moyens quand il y a des Jeux Olympiques, mais qu'on ne les débloque pas quand il y a une situation d'inégalité. - Brigitte Boucher: Réjouissez-vous, au moins! - Francis Letellier: Vous n'êtes pas opposé aux Jeux Olympiques en Seine-Saint-Denis? - Alexis Corbière: Je m'oppose au fait que quand il y a des Jeux Olympiques, on trouve des fonds.
Il y aura peut-être des lignes de transport qui resteront, mais en termes d'équipements sportifs de proximité, il ne restera pas grand-chose. Je ne décrète pas l'état d'urgence uniquement pour les Jeux Olympiques, mais pour le quotidien des gens. Et là, les fonds sont moins nombreux à venir. - Brigitte Boucher: En Seine-Saint-Denis, il y a eu 23 mesures annoncées par le Premier ministre la semaine dernière pour ce département, le plus pauvre de France.
Vous trouvez qu'il y a enfin une prise de conscience de l'Etat? - Alexis Corbière: Je ne veux pas être le personnage grincheux. Je vais passer par l'aspect positif.
J'ai trouvé ça bien qu'il ne conteste pas le rapport de deux parlementaires, qui considérait il y avait une situation d'urgence. La Seine-Saint-Denis ne cherche pas à faire l'aumône. On veut juste avoir les mêmes moyens qu'à côté.
Dans ce rapport parlementaire, on dit que l'établissement scolaire le moins bien pourvu de Paris est plus riche que l'établissement scolaire le mieux pourvu de Seine-Saint-Denis. Ca en dit long. On ne nous propose pas assez de magistrats. - Francis Letellier: Il y a quand même une prise de conscience. - Alexis Corbière: En matière de logement, il n'y a rien, ou presque.
Les offices publics d'habitat sont pris à la gorge. - Brigitte Boucher: Il y a plus d'enseignants, le dédoublement des classes. - Alexis Corbière: Ce n'est pas dans le plan.
Ca n'a rien à voir. Il n'y a pas d'enseignants supplémentaires en Seine-Saint-Denis. L'école, avec le logement, est le grand absent, de mon point de vue.
Je trouve qu'il y a eu beaucoup d'effets d'annonce. Ce n'est pas à la hauteur des besoins. - Francis Letellier: Mais c'est une prise de conscience. - Alexis Corbière: Oui, le signal est envoyé.
C'est l'aspect positif du rapport de Jean-Louis Borloo. - Tâm Tran Huy: Que pensez-vous de la possible candidature Alexandre Benalla aux municipales en Seine-Saint-Denis? - Alexis Corbière: Je n'en pense rien. - Tâm Tran Huy: Vous avez toujours des échanges musclés avec lui sur les réseaux sociaux. - Alexis Corbière: C'est un monsieur qui s'est fait connaître pour avoir cassé la figure à deux manifestants.
Les électeurs jugeront. Ce n'est pas parce qu'il est "vu à la télé" que sa candidature est valable. J'inviterai sans doute à ne pas voter pour lui.
Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. - Francis Letellier: Il y a un élément qui va arriver bientôt, c'est la manif contre l'islamophobie et la stigmatisation des musulmans. - Brigitte Boucher: Jean-Luc Mélenchon va y participer.
Quel message peut-il envoyer et à qui? - Alexis Corbière: Aux Français. - Brigitte Boucher: Ca veut dire que les Français sont islamophobes? - Alexis Corbière: Vous ne voyez pas que dans le pays monte un discours de ceux qui ont tendance à dire que les musulmans causent tous les problèmes? - Brigitte Boucher: C'est une manif contre les Français?
C'est assez étrange. - Alexis Corbière: Il s'adresse aux Français, en leur disant qu'il faut se rassembler. Il y en a même qui font profession, à la télévision, de l'islamophobie.
Certains commentateurs disent que le nazisme est moins pire que l'islam. Je ne suis pas croyant et je ne suis pas musulman, mais vous ne croyez pas que ça blesse des gens, ce qu'on entend? J'ai du respect pour monsieur Yves Thréard, tout à l'heure, on va débattre. - Francis Letellier: Vous lui en parlerez tout à l'heure. - Alexis Corbière: Quand un journaliste dit qu'il descend d'un bus quand il voit une femme voilée... - Francis Letellier: Il s'est excusé. - Alexis Corbière: A Bayonne, il y a eu un attentat d'un homme d'extrême droite, qui a voulu provoquer la situation, embraser le pays.
C'est grave. De la même façon, quand il y a des crimes antisémites dans le pays, il faut sortir dans la rue pour dire non à l'antisémitisme. - Tâm Tran Huy: Certains jugent que vous avez une démarche clientéliste voire communautariste.
C'est ce que dit Jordan Bardella, du Rassemblement National. - Alexis Corbière: C'est minable. Lui-même ne saurait pas définir ce que c'est.
Quand il dit qu'on est clientélistes, il dit qu'on fait ça pour les Arabes. Personnellement, je ne suis pas croyant. Mais je suis attaché à la laïcité, garantir la liberté de conscience et de culte.
Il y a des Français qui sont de confession musulmane, comme certains sont de confession juive, comme certains sont de confession catholique. Aujourd'hui, il est de bon ton de penser que la laïcité n'est remise en cause que par les musulmans. Madame la ministre m'invite à participer à une messe.
Une messe! Je pense qu'il faut défendre la laïcité dans tout ce qu'elle signifie. - Brigitte Boucher: Le 10 novembre, c'est une manifestation organisée par le CIF. - Alexis Corbière: Non, par nous.
J'ai déjà participé à des manifs contre l'antisémitisme. Il y a des fascistes qui nous ont agressés, qui nous ont adressé des propos homophobes. Ils ont été tolérés.
Il arrive parfois qu'on manifeste et que, dans une manif, il y a des gens qui n'ont pas de position. J'ai entendu dire que des gens ont des propos...
Je suis un laïc. Ca m'est arrivé, dans ma vie...
Ce qui m'intéresse, c'est l'appel à la fraternité et à la concorde. - Brigitte Boucher: Vous reconnaissez bien que c'est une dérive de l'islam, cette radicalisation? - Alexis Corbière: Oui, les attentats qui sont connus.
Mais la manifestation part de l'attentat de Bayonne. C'est grave. Si une synagogue avait été attaquée, tout le monde serait sorti dans la rue.
Là, c'est une mosquée. Il faut envoyer un message de solidarité à nos concitoyens musulmans. Vous ne m'avez pas répondu sur l'invitation à la messe.
Si on défend la laïcité, ce n'est pas à géométrie variable. La ministre n'a pas à inviter le député que je suis à participer à une messe. Si des musulmans ne respectent pas la laïcité, ils doivent être condamnés.
Mais la laïcité s'applique à tous. Les musulmans ne sont pas les seuls responsables. La plupart des musulmans que je connais veulent vivre dans la paix et la concorde. - Tâm Tran Huy: Autre sujet qui a créé la polémique, l'interview d'Emmanuel Macron à Valeurs actuelles.
Vous aussi, vous aviez donné un entretien à l'hebdomadaire. Est-ce que la démarche du président de la République vous choque? - Alexis Corbière: C'est une stratégie.
J'avais fait le choix de m'adresser à Valeurs actuelles au moment des gilets jaunes. J'en avais profité pour égratigner la rédaction de Valeurs actuelles, qui fait son miel en tapant sur les musulmans. Ce qu'on dit dans une interview...
Ce qu'il dit dans l'interview, c'est-à-dire la remise en cause de l'aide médicale d'Etat, pour moi, c'est flirter avec un électorat d'extrême droite. Je ne suis pas d'accord avec la rédaction de Valeurs actuelles, mais reste à voir ce qu'on y dit. Je ne suis pas d'accord avec le fait que le président de la République nous parle de sujets mélangés.
Il se fourvoie. - Francis Letellier: Il n'y a pas que les questions de laïcité dont on voulait vous parler. Il y a aussi les questions sociales.
On va parler de la grève qui s'annonce dans les transports le 5 décembre autour de la réforme des retraites. - Brigitte Boucher: Une grève notamment à la SNCF et à la RATP. Est-ce que vous souhaitez un blocage du pays? - Alexis Corbière: Je souhaite que la réforme soit retirée.
Vous allez me présenter comme une brute. Je dis seulement que la réforme...
Vous allez devoir travailler plus longtemps pour avoir une retraite qui va être moins importante. Si vous en avez les moyens, vous allez voir un business florissant des assurances privées pour compléter votre retraite. Pour les catégories populaires, on verra une augmentation du nombre de retraités pauvres.
Je ne veux pas ça pour le pays. Je suis un parlementaire minoritaire, mais j'ai une opinion. Parfois, il faut se faire entendre. - Francis Letellier: Le pouvoir de la rue est valable? - Tâm Tran Huy: Vous manifesterez? - Alexis Corbière: La République a aussi été fondée par une révolution.
On est un pays qui est né dans le mouvement populaire. Est-ce que vous partez en vacances? C'est grâce à des grèves et des manifestations.
Par moments, l'histoire du pays s'est écrite dans des grèves et des manifestations. Ecrire une histoire aujourd'hui, ça consiste à refuser de travailler jusqu'à 66 ans. - Tâm Tran Huy: Le début de la convergence des luttes... - Alexis Corbière: Il y a beaucoup de colère sociale.
Ce sont des pronostics. Je pense qu'il serait bon...
Quand je vois les policiers manifester pour dire qu'il n'y a pas assez de moyens, les pompiers qui manifestent, je me dis que tout ça, c'est une même idée. Il faut redonner des moyens au service public dans ce pays. Il faut augmenter les salaires, arrêter de faire des cadeaux, comme le CICE, qui ont plus profité aux grands groupes qu'à nos concitoyens.
On peut imaginer autre chose, une société plus écologique, plus sociale et de partage. - Brigitte Boucher: Vous pensez qu'on est dans le même contexte qu'en 1995? Est-ce que l'opinion sera de votre côté?
Elle a déjà contesté la grève surprise. - Alexis Corbière: La différence avec 1995, c'est qu'on est dans un processus de décomposition des forces politiques traditionnelles. On a un côté plus spontané et plus fort, parfois plus complexe à appréhender.
Ca peut être la marque d'une différence, un mouvement social, une forme de grève qui prendrait une forme de rejet des formes politiques traditionnelles. On l'a vu à la dernière élection. La grève ne respectera peut-être pas des consignes particulièrement données.
Il peut y avoir des débordements, des dérapages. - Francis Letellier: Vous le craignez? - Alexis Corbière: Je ne souhaite pas que les choses se passent de manière violente.
Notre force, c'est notre nombre. Mais il y a aussi des choses qui se mettent en place. - Tâm Tran Huy: Vous refusez donc la réforme des retraites.
Est-ce que vous n'êtes pas conservateur, d'une certaine façon? - Alexis Corbière: Il faut conserver certaines choses. Si la modernité, c'est de travailler jusqu'à 70 ans et toucher 1200 euros ou même moins de 1000 euros de pension, on ne va pas trouver ça très moderne.
Je pense que le droit à la retraite à 60 ans, il faut le conserver. Je suis pour conserver le droit de ne pas licencier une femme quand elle est enceinte. Il faut se méfier du vocabulaire des RH, qui disent qu'il faut de la souplesse.
Je suis un conservateur de nos acquis sociaux. - Francis Letellier: Ca concerne aussi le chômage. - Brigitte Boucher: Est-ce que le gouvernement doit revenir sur cette réforme et faire marche arrière? - Alexis Corbière: Oui.
C'est gratter une allumette au-dessus d'un baril de poudre. Dans un pays de grande tension, réduire encore plus les indemnités chômage...
Avant, pour bénéficier des indemnités chômage, il fallait avoir travaillé quatre mois sur les 28 derniers mois. Désormais, on passe à six mois sur les 24 derniers mois. On a un abaissement de l'indemnité chômage.
Un chômeur sur deux ne perçoit pas d'indemnités chômage actuellement. Qu'est-ce qu'on va gagner? Ceux qui sont au chômage vont toucher encore moins.
Ca va augmenter la pauvreté. C'est une réforme pour faire des économies, avec un habillage idéologique qui dit que les chômeurs ne se bougent pas assez les fesses pour chercher du boulot. Je pense que c'est une idée folle.
Les pauvres sont pauvres parce qu'ils le veulent bien. S'ils se bougeaient un peu plus, ils trouveraient du boulot. Je suis contre cette conception. - Tâm Tran Huy: La situation de l'emploi s'améliore.
Est-ce que ce n'est pas à mettre au crédit de l'action du gouvernement? - Alexis Corbière: Je demande à vérifier. Ce sont des chiffres souvent marqués par une grande précarité.
Beaucoup de gens sont rayés des chiffres du chômage. La situation de l'emploi ne s'améliore pas. - Tâm Tran Huy: Vous avez du mal à dire que le gouvernement a fait quelque chose de bien sur le chômage. - Alexis Corbière: Parce qu'il ne l'a pas fait.
Le nombre de contrats courts n'a jamais été aussi important. Les chiffres peuvent apparaître comme un recul du chômage, mais ce n'est pas le cas. Je préférerais que ça aille mieux.
Mais je constate que la précarité est extrêmement forte encore aujourd'hui. - Francis Letellier: Un téléspectateur nous pose des questions sur les grèves. Est-ce que vous soutiendrez l'idée d'une grève de la gratuité dans les transports?
Plutôt que faire grève, il faudrait rendre les transports gratuits pendant plusieurs jours. - Alexis Corbière: Je ne suis pas sûr que l'Etat l'accepte. Pendant la grève, il y a eu des mobilisations et on ne faisait pas payer les péages, par exemple.
Tous les modes d'action qui popularisent les choses sont les bienvenus. Je vois bien le côté un peu taquin dans la question. Mais ceux qui font grève ne le font pas par plaisir.
Ils le font pour l'intérêt général. Il faut les féliciter. Ce sont des héros, ils marchent devant.
Je regrette que le gouvernement montre les grévistes comme des gens qui n'ont pas le goût de l'intérêt général. - Francis Letellier: On remercie Brigitte Boucher et Tâm Tran Huy. Ca va très vite.
A lundi prochain. On accueille maintenant nos parlementaires. Voici Valérie Gomez-Bassac et Olivier Cadic. - Alexis Corbière: Je viendrai les interroger. - Francis Letellier: A La France Insoumise, vous vous êtes placé comme l'opposant principal au gouvernement au début du quinquennat.
Vous avez lancé le chantier sur le budget. - Valérie Gomez-Bassac: Vous proposiez un contre-budget: 100 milliards sur cinq ans, avec 137 milliards supplémentaires sur les cinq ans, fléchés de manière assez cohérente, sur l'accueil des migrants, les violences conjugales, un toit pour tous, les urgences, les axes que vous financiez, je partage votre avis. Comment les financer?
Prendre aux riches pour distribuer aux pauvres, ça ne me convient pas, on oppose encore des classes. Comment financer ces belles idées? Nous sommes d'accord sur les objectifs.
Nous avons choisi la prudence. Nous ne voulons pas aggraver la dette. Mais nous avons les mêmes priorités. - Alexis Corbière: Nous pensons que le CICE est une absurdité.
Il n'a rien apporté. 20 milliards sont donnés aux entreprises et notamment aux grands groupes. C'est du gaspillage.
L'argent reversé aux actionnaires n'a jamais été aussi important. Carrefour a bénéficié de plusieurs milliards d'aides de réduction d'impôt. Cet argent aurait pu être consacré à autre chose, comme la création de postes de fonctionnaires, d'infirmières, de policiers.
Les policiers souffrent car ils sont souvent les victimes de cela. Sur la fraude et l'évasion fiscale, il y a 80 milliards chaque année qui échappent aux recettes fiscales. Il faut aller les chercher.
Le nombre de contrôleurs au niveau des services de Bercy est réduit. On ne peut pas déplorer la fraude fiscale et ne pas se donner les moyens. - Valérie Gomez-Bassac: Je ne partage pas ces analyses.
La souplesse accordée aux entreprises est aussi pour favoriser l'embauche. Vous parliez de la baisse du chômage. Je ne suis pas d'accord sur le fait que nous avons développé les contrats précaires.
Ce n'est pas le cas. Nous prenons toutes les mesures pour éviter que les CDD soient utilisés à tort et à travers, et au contraire privilégier des contrats plus pérennes. Sur la fraude fiscale, nous avons adopté des mesures. 5 milliards sont rentrés.
Laissons-nous du temps. Ce n'est pas assez, il faut aller plus loin. - Alexis Corbière: Ces mesures n'ont pas produit leurs effets. - Valérie Gomez-Bassac: Nous n'attendons pas.
La loi a été adoptée et tout est mis en oeuvre. Personne n'a de recette miracle. - Alexis Corbière: Vous pouvez justifier la suppression de l'ISF parmi vos premiers actes?
Une étude montre... - Valérie Gomez-Bassac: Ce n'est pas la suppression de l'ISF mais on va vers l'IFI. - Alexis Corbière: L'argent n'est pas allé dans l'économie comme c'était prévu. - Valérie Gomez-Bassac: Si ça se confirme, nous sommes prêts à revenir sur ces mesures. - Alexis Corbière: Nous vous l'avons dit pendant le débat. - Valérie Gomez-Bassac: Il faut développer l'économie.
Si nous considérons que la mesure n'est pas bonne, nous reviendrons dessus. Il nous reste encore deux ans. - Francis Letellier: A vos côtés, Olivier Cadic.
Il a fait adopter au Sénat une proposition de résolution pour un renforcement des sanctions contre les responsables des violations des droits de l'homme au Venezuela. Vous avez appelé la France à soutenir le dossier auprès de la Cour Pénale Internationale. - Alexis Corbière: Avec Jean-Luc Mélenchon, on va faire une petite boîte pour ça! - Francis Letellier: Votre question. - Olivier Cadic: Pour le Venezuela, on parle quand même d'un pays avec des milliers de morts.
Il y a un rapport de l'ONU sur les droits de l'homme qui montre que ce pays pratique la torture, le crime contre les opposants, les assassine. Résultat: aujourd'hui, on en est à 4,5 millions de réfugiés dans les pays environnants. D'ici la fin de l'année, on sera à peu près à 8 millions. 94% des Vénézuéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté. 80% ne peuvent pas se nourrir comme il faut.
C'est un vrai désastre. Là-bas, les forces armées, le régime Maduro protège tous les trafics. Des milliards d'euros ont été sortis du Venezuela.
Cette résolution est destinée à poursuivre les gens qui bénéficient de cet argent et à lutter contre le blanchiment. - Francis Letellier: Alexis Corbière? - Alexis Corbière: S'il y a des trafics au Venezuela, je suis pour lutter contre.
Mais vous voulez faire le lien avec le fait que, dans un pays marqué par la violence dans les années 80, sous un président social-démocrate qui a fait tirer sur la population, un pays de grande corruption, Hugo Chavez n'a pas réglé tous les problèmes mais pendant quelque temps, l'argent du pétrole a servi à faire monter le niveau d'éducation, de santé. Il n'a pas réglé tous les problèmes. Il reste une tension forte dans le pays.
Aujourd'hui, ce pays est cassé en deux. Je ne soutiens pas les violences du gouvernement Maduro. Il y a sans doute eu par moments une violence inadaptée.
Mais il y a une tension très forte. Il y a eu aussi des policiers abattus par des manifestants. D'un seul coup, Juan Guaido se déclare le seu nouveau président et d'un seul coup, on soutient un opposant.
Les Etats-Unis d'Amérique ont menacé d'intervenir militairement pour mettre à sa tête un homme qui n'a pas été élu. - Olivier Cadic: C'est la réélection de Nicolas Maduro qui est très contestée par tout le monde. - Alexis Corbière: Pas par tout le monde. - Olivier Cadic: Oui, par la Russie ou des pays comme ça. - Alexis Corbière: Qu'est-ce qu'il faut faire? - Olivier Cadic: Vous votez la résolution? - Alexis Corbière: Non, mais elle participe...
Au Venezuela, il y avait des compagnies privées qui étaient liées aux Etats-Unis d'Amérique qui avaient la main sur le pétrole. Les Etats-Unis veulent remettre la main sur le pétrole. Le discours de votre résolution consiste à dire qu'il faut dire que Nicolas Maduro n'a pas fait que des choses justes et qu'il faut mettre en place des hommes de paille pour servir la manne pétrolière.
Je suis contre cela. Au Chili, monsieur Pinera a fait intervenir l'armée. Vous le condamnez dans ses violences contre le peuple chilien? - Olivier Cadic: On ne peut pas mettre sur le même niveau ce qui se passe au Chili et ce qui se passe au Venezuela.
Je suis désolé. La question qui se pose, c'était la résolution: est-ce qu'on poursuit en France ceux qui bénéficient de l'argent du trafic au Venezuela? - Alexis Corbière: On va faire la liste de tous les pays... - Olivier Cadic: Vous ne répondez pas. - Alexis Corbière: Je suis contre le trafic.
Vous venez ici pour me faire sauter à la corde sur le Venezuela alors que vous ne parlez pas de toutes les inégalités dans le monde. Vous ne pouvez même pas dire que vous condamnez monsieur Pinera quand il fait tirer l'armée sur le peuple dans la rue. J'assume que le gouvernement Chavez...
L'idéologie d'Hugo Chavez a fait du bien à son pays. Combien de Mexicains ont quitté leur pays? Et en Colombie?
Combien de Portugais et de Grecs? Ils parlent tous en même temps. Vous parlez d'un seul pays mais parlons de l'ensemble de l'Amérique latine et du mal qu'ont fait les Etats-Unis.
C'est encore le cas. - Olivier Cadic: Vous n'avez pas connu le service militaire obligatoire. - Alexis Corbière: C'était la fin.
J'ai travaillé pendant deux ans pour une association. Ca s'appelait L'école des parents. J'étais bibliothécaire. - Francis Letellier: Aujourd'hui, il y a quelque chose qui ressemble.
Le service national universel. Valérie Gomez-Bassac a remarqué votre position un peu entre deux chaises. - Valérie Gomez-Bassac: Dans le programme de La France Insoumise, vous proposiez un service national obligatoire sur neuf mois, avec un peu les mêmes objectifs.
Nous avons proposé le service national universel, sur la base du volontariat. Nous avons expérimenté. Ca fonctionne assez bien, désolée de vous le dire. 3000 volontaires ont joué le jeu.
Les jeunes en redemandent. On a fait des enquêtes auprès d'eux. Ils sont ravis d'apprendre les valeurs républicaines.
C'est un complément à l'école. Pourquoi avez-vous voté contre? Cette phase volontaire, si cela fonctionne, cela deviendra obligatoire. - Alexis Corbière: Parce que ça ne sert à rien. - Valérie Gomez-Bassac: Ca mélange les classes sociales.
Ca permet d'apprendre l'hymne national. - Alexis Corbière: C'est sur la base du volontariat. Ca ne mélange rien. - Valérie Gomez-Bassac: Il y a un fort taux de participation. - Alexis Corbière: Sur la base du volontariat, vous avez quelques milliers de jeunes et tant mieux.
Mais en 15 jours, on n'apprend rien et ça ne sert à rien. C'est une vision militariste presque caricaturale. On a mis des jeunes au garde-à-vous.
Un service civique public et militaire pour ceux qui le veulent permettant de retrouver un esprit de conscription...
Il y avait aussi la possibilité que ce service civique soit dans des associations. - Valérie Gomez-Bassac: C'est le cas. - Alexis Corbière: Nous proposions neuf mois rémunérés avec une vraie formation qui était accordée dans cette période. - Valérie Gomez-Bassac: Comment vous financez sur neuf mois?
C'est toujours pareil. Comment financer sans enlever à d'autres? On a mis pas mal d'argent sur l'école, l'enseignement supérieur, les urgences.
C'est un premier pas, sans le rendre obligatoire, c'est un signe fort. Les Français en ont ras-le-bol qu'on leur impose des choses. On laisse aux jeunes le choix de le faire ou non.
C'est plus intelligent que le service obligatoire. - Alexis Corbière: Je pense qu'on n'y apprend rien. Ensuite, sur les moyens, il y a 60 à 80 milliards d'euros chaque année qui partent dans l'évasion fiscale.
Il faut aller chercher cet argent. Il y a aussi les milliards du CICE. Ils auraient été plus utiles à relancer l'activité économique.
On hiérarchise les choses. Votre action gouvernementale a été de commencer par la suppression de l'ISF puis la remise en cause du code du travail, qui supprime des instances de représentation. On porte des coups au service public.
On supprime des postes. On voit l'état du pays aujourd'hui. - Francis Letellier: Justement.
Il y a eu cette polémique sur l'interdiction du voile pendant les sorties scolaires. Olivier Cadic a voté contre la proposition de loi des Républicains qui interdit le port du voile en sorties scolaires. Peut-être pas pour les mêmes raisons que vous. - Olivier Cadic: Je vis au Royaume-Uni.
On vit dans un environnement qui n'a rien à voir. Mais ce n'est pas le problème aujourd'hui le plus crucial dans le domaine. Je suis allé à Médine rencontrer les Français qui prennent des cours, ce ne sont pas les mêmes qui prennent des cours de salafisme.
Ce qui attaque la République, c'est l'argent qui finance certains cours coraniques. Aujourd'hui, le problème est profond. Il faut le traiter sans partir sur des choses accessoires.
C'est pourquoi je n'ai pas voté cette proposition. La tribune, cosignée par une partie des gens de votre parti, qui dit que la France devient un pays islamophobe, je pense que ça fait beaucoup de mal et que cela participe à l'hystérisation. - Francis Letellier: Qu'en pensez-vous? - Alexis Corbière: Je ne partage pas l'opinion d'Olivier Cadic.
Je n'aime pas le modèle anglo-saxon où les signes religieux sont partout. J'aime bien la France laïque. Je pense que les fonctionnaires ne doivent pas arborer des signes religieux.
Maintenant, j'aimerais qu'on se souvienne que lors de l'adoption de la loi de 1905, il y avait différents partis qui se sont exprimés. Il y avait Aristide Briand et il y avait aussi des opinions religieuses en face. Jean Jaurès, j'essaie de m'en réclamer, bascule du côté d'Aristide Briand.
Il dit que la laïcité, ce n'est pas l'anticléricalisme mais la liberté de croire ou non. Il dit que c'est que les fonctionnaires n'arborent pas de signes religieux. La laïcité n'est pas de demander à un homme dans la rue d'enlever sa kippa ou à une femme d'enlever son foulard.
Mais les décisions politiques ne doivent pas être inspirées par des sources religieuses. Il ne faut pas financer publiquement des choses religieuses. Il y a un débat sur la tribune.
Il y a sans doute des gens qui manifesteront dimanche dont je ne partage pas l'opinion. Si une synagogue avait été attaquée, il est bon qu'on se retrouve tous dans la rue. Ce sont les premiers qui ont lancé l'initiative.
Le texte de la tribune ne me choque pas. - Valérie Gomez-Bassac: On vous voit moins dans la rue quand il y a des profanations de tombes. - Alexis Corbière: Ou est-ce que vous ne m'avez pas vu? - Valérie Gomez-Bassac: On a la liberté de croire et ne pas croire.
Maintenant, il ne faut pas trop monter ça en épingle. Le voile ne me dérange pas. Je suis prof.
Mes étudiants ont le voile. Ca ne me dérange pas. - Francis Letellier: Vous êtes prof d'université. - Valérie Gomez-Bassac: Il faut faire attention aussi.
Quand les catholiques se font agresser indirectement, il faut que nous ayons aussi tous ce regard bienveillant à leur égard. - Francis Letellier: Vous dites que cette tribune, il peut y avoir des choses qui vous gênent dedans même si vous l'avez signée. - Alexis Corbière: Je suis pour que l'on garantisse le droit de pratiquer sa foi.
Mais aussi de critiquer les religions. C'est la laïcité. On s'est battus pour cela.
La tribune dit les choses clairement. Mais je sais que dimanche, il y a des gens qui n'acceptent pas les critiques envers les religions. En attendant, la manifestation ne dit pas ça.
C'est un débat sur le contenu qu'on met derrière le mot "islamophobie". En attendant, les musulmans ont peur. Ils en ont assez d'être pris pour cibles dans les discours qui vont trop loin.
D'un point de vue républicain... - Valérie Gomez-Bassac: Je n'irai pas manifester pour ne pas mettre en avant une religion plus qu'une autre, mais je partage votre avis. - Alexis Corbière: Je répète que cela m'est arrivé.
J'ai manifesté contre l'antisémitisme aux côtés de gens qui avaient un drapeau israélien alors que ça n'avait rien à voir. Il y aura sûrement dans cette manifestation des gens qui ne correspondent pas à mes opinions. Mais je pense qu'il faut se rassembler derrière la paix et la fraternité.
Si on déchire ce pays sur des questions religieuses, ça peut mal finir. - Olivier Cadic: Pour le côté entrepreneur? J'ai découvert que vous avez aussi été un entrepreneur.
Je le suis depuis 37 ans. - Alexis Corbière: Pendant les neuf mois de la campagne électorale, sur un statut particulier. - Olivier Cadic: Justement.
Vous avez été auto-entrepreneur. Vous avez facturé la campagne, l'équipe de campagne, une société qui travaillait pour l'équipe de campagne. Vous avez étagé votre facturation sur deux structures au lieu d'être employé par la campagne comme le faisaient d'autres candidats.
C'est de l'optimisation fiscale, car cela évite de payer des charges patronales. - Alexis Corbière: J'ai payé 30% comme auto-entrepreneur à l'URSSAF. Pendant la campagne présidentielle, les sondages étaient assez bas.
Les banques ne voulaient pas nous prêter d'argent. Je suis fonctionnaire. Je me suis mis à disposition.
J'ai choisi un statut précaire que je ne voulais pour personne. Mais je suis fonctionnaire. Je ne suis pas livreur de pizza en train de de risquer ma vie sur un vélo.
Dès lors qu'on est sûr d'être remboursé, on n'a pas de soucis avec ça. J'ai accepté cette précarité car je suis fonctionnaire. Ceux qui se mettaient à disposition pour la campagne étaient ceux qui pouvaient à tout moment revenir à leur boulot.
On a fait une belle campagne. - Francis Letellier: Merci. On arrête là-dessus.
Merci à vous, Olivier Cadic et Valérie Gomez-Bassac, d'être venus. On accueille Yves Thréard. Vous l'avez cité tout à l'heure. - Alexis Corbière: Vous m'avez demandé des noms. - Francis Letellier: Bonsoir. - Yves Thréard: Bonsoir.
J'ai l'habitude de faire quelques minutes de commentaires autour de trois mots. On a parlé de la violence dans les banlieues. Il y a un mot que vous n'avez pas prononcé alors qu'il est peut-être le motif de la colère et des violences: "drogue".
C'est un vrai fléau dans notre pays, comme ailleurs. Chacun s'accorde à dire, même à gauche, que la drogue explique le malaise des banlieues aujourd'hui. Un deuxième mot: "laïcité".
Vous avez l'expression pas aussi claire que vous le prétendez, peut-être. Mais les gens avec qui vous allez manifester samedi, il y en a beaucoup qui sont considérés, à tort ou à raison, qui sont des "indigènistes" infréquentables qui détestent la France. Vous employez un mot étonnant.
Vous parlez d'anticléricalisme. On peut être anticlérical envers un curé, un imam ou un membre du clergé. Mais une femme qui porte le voile ou un homme avec un costume religieux, celui-là est civil.
Ca n'a rien à voir avec l'anticléricalisme. Vous avez dit: "Notre force, c'est le nombre." C'est peut-être là votre faiblesse.
Jean-Luc Mélenchon, comme vous, vous avez appelé à manifester. Ca n'a jamais marché. Il a fallu attendre les gilets jaunes pour qu'une partie des Français se soulève.
On se demande aujourd'hui quelle est la ligne de La France Insoumise. Il y a une réflexion dans votre parti. Il y a une phrase de François Ruffin: "Il n'y aura rien sans débordement populaire." Chez François Ruffin, on sent qu'il n'y a pas la même ligne que chez Jean-Luc Mélenchon.
Vrai ou faux? - Alexis Corbière: Je ne pense pas. Je l'ai lu dans Le Monde ce week-end et j'ai lu son livre.
C'est un ami. François dit qu'il faut tous se rassembler dans un grand Front populaire écologique. Mais comment créer cette dynamique?
Nous sommes face à une difficulté. On essaie d'opposer les uns et les autres. - Yves Thréard: On voit des exemples.
Il y a Montpellier. Il y a François Ruffin. Clémentine Autain souhaitait aussi une alliance avec les écologistes.
Il y a le comité national de La France Insoumise qui a dit qu'il n'en était pas question. Jean-Luc Mélenchon a plaidé pour que vous soyez seuls, sans alliés peut-être dérangeants, alors que François Ruffin... - Alexis Corbière: Non, à Marseille, alors que Jean-Luc Mélenchon a eu son mot, il a regretté ce qui s'est passé.
Dès lors que les forces politiques s'engueulent... - Francis Letellier: Il y a bien deux stratégies, là. - Alexis Corbière: Il vaudrait mieux qu'il n'y en ait qu'une et que tout le monde se mette d'accord. - Yves Thréard: Laquelle vous plaidez? - Alexis Corbière: J'ai du mal à voir exactement.
Il y a un collectif que nous soutenons. Il faut voir si c'est vraiment citoyen et dynamique. Je ne suis pas assez sur place pour en juger.
Je ne veux pas qu'on ait des formulations pour des choses qui ne soient pas des réalités. C'est du cas par cas. Je voudrais reprendre le fil.
Vous m'avez posé vos questions. - Yves Thréard: Non, c'était un commentaire. C'était un débriefing. - Alexis Corbière: C'est dommage.
Sur l'anticléricalisme, on aurait pu... - Yves Thréard: On va y revenir.
Raquel Garrido, votre compagne, sera-t-elle candidate à Bagnolet? - Alexis Corbière: Je ne sais pas. C'est un débat sur les municipales.
Ce qui m'intéresse, c'est une démarche qui passe par une charte éthique qui pourrait être proposée à l'ensemble des candidats. Il faut des possibilités de révoquer des élus. Elle est dans tout cela.
Il y a de la passion. Raquel entraîne une certaine passion. - Yves Thréard: Elle peut être élue et garder sa casquette médiatique? - Alexis Corbière: Je ne sais pas.
Elle fera des choix. - Yves Thréard: Une question importante. Vous ne l'aimez pas.
On dit souvent qu'entre le Rassemblement National et La France Insoumise, il y a une porosité électorale. - Alexis Corbière: Les sondages montrent que c'est à tort. - Yves Thréard: Le Journal du Dimanche montre qu'au deuxième tour de la présidentielle, madame Le Pen face à Emmanuel Macron, on a 62% de l'électorat qui a voté pour La France Insoumise aux européennes qui voterait pour madame Le Pen. - Alexis Corbière: Je n'y crois pas.
Je ne pense pas que des gens qui ont voté pour Marine Le Pen vont voter pour Jean-Luc. - Yves Thréard: Quand on regarde le profil des gens qui votent pour Marine Le Pen, ce sont les gens les plus éloignés des centres-villes. Vous n'arrivez pas à les capter. - Alexis Corbière: On en a capté mais c'est vrai qu'on peut toujours faire mieux.
Mais je n'ai pas de mépris pour l'électorat du Front National. Je veux lui parler. - Yves Thréard: Pourquoi vous n'arrivez pas à lui parler? - Alexis Corbière: On est arrivés à faire des choses.
Il y a des gens qui voulaient exprimer une colère avec un vote que je qualifierais d'extrême droite et de raciste, et à qui on a réussi à montrer que l c'était plutôt les actionnaires et les patrons. J'observe toujours les vrais résultats de sortie des urnes. Jusqu'à preuve du contraire, mais ça peut peut-être changer, l'électorat de Jean-Luc Mélenchon résiste bien au Front National.
Méfions-nous des idées reçues. - Yves Thréard: Jean-Luc Mélenchon a dit qu'il n'était pas sûr d'y aller. Qui pour y aller?
Adrien Quatennens? Vous souhaitez que ce soit lui? - Alexis Corbière: Jean-Luc Mélenchon a coagulé des choses qui peuvent demain exploser en 1000 morceaux.
Je suis contre le fait que ce parti se transforme en confettis. On ne déconstruit pas tout pour se retrouver comme des confettis, c'est-à-dire des petites candidatures qui n'apporteront rien. En 2019, avec toute mon affection pour Jean-Luc Mélenchon, j'observe qu'il est le mieux placé pour rassembler tout ça.
Si demain, ce n'était pas le cas, on verra. - Yves Thréard: Ce serait la guerre chez vous, non? - Alexis Corbière: Pas du tout, on discuterait.
Si cela aide...
Je ne me conçois pas comme tel. Vous avez cité Adrien et d'autres. C'est d'abord une question d'orientation stratégique.
A gauche, on s'engueule souvent. C'est notre histoire. Depuis des décennies.
Jean-Luc avait quand même réussi à avoir une parole qui embrasse les écolos, les révolutionnaires, les républicains sociaux. Je continue à penser que c'est lui le meilleur pour le faire. Je soutiens donc toujours Jean-Luc. - Yves Thréard: Dernière question.
Admettons qu'il y ait un deuxième tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, vous appelez à voter pour qui? - Alexis Corbière: On fera comme la dernière fois. On consultera les avis de nos amis.
Je ne suis pas pour voter pour l'extrême droite. - Yves Thréard: Donc vous appelez à voter Emmanuel Macron. - Alexis Corbière: Non.
Je sais qu'il y a des gens dans notre famille politique qui n'iront pas voter pour Emmanuel Macron, qui leur aura cassé leur chômage et leur retraite. Il faut éviter ce duo. Il faut donc Mélenchon au second tour. - Francis Letellier: C'est la fin de "Audition publique".
Beaucoup de choses ont été dites. Vous pouvez retrouver cette émission en ligne. Bonne semaine.
Rendez-vous le 18 novembre.
Alexis Corbière