Barnier : le compte à rebours est lancé... - C dans l’air - 30.11.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:43OuverteRéponse directe
Est-ce le scénario le plus probable? Pourquoi M.Le Pen a-t-elle durci son jeu?
- 1:22OuverteRéponse directe
Décodez-moi la parole de J.Bardella.
- 2:07OuverteRéponse directe
Est-ce que M.Barnier peut passer un deal avec M.Le Pen?
- 3:33OuverteRéponse directe
A.Bouilhaguet, est-ce qu'on a l'impression que M.Barnier court derrière M.Le Pen?
- 4:17RelanceRéponse directe
Il l'a mal jugée?
- 5:43OuverteRéponse directe
Elle en rajoute sans arrêt. Elle veut des cadeaux qui soient financés.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:49C.MeeusFait
« Ca veut dire qu'il n'y aura pas de censure. »
- 3:33A.BouilhaguetFait
« Il est assez solitaire, orgueilleux et susceptible. »
- 4:58A.BouilhaguetFait
« Il n'a fait de cadeau à personne. »
- 5:43A.BouilhaguetFait
« Pour l'électricité, il s'écrase. Elle se dit qu'il y a un coup fourré, car il va augmenter le prix du gaz. »
- 6:27C.MeeusFait
« Ce n'est pas parce qu'on est dans une forme de climax que M.Le Pen ira jusqu'à la censure lundi. »
- 7:10M.EncaouaFait
« Ce qui est sûr, c'est qu'elle va attendre l'ultime moment. »
- 9:07M.EncaouaFait
« C'est le contre-budget du RN. »
- 10:35C.BertrandFait
« Il ne faut pas ignorer la situation judiciaire de M.Le Pen. »
- 11:19C.BertrandFait
« M.Barnier a fait mine de discuter avec M.Le Pen. Il a recadré son ministre de l'Economie. »
- 12:03C.BertrandFait
« Les électeurs du RN veulent du sang. »
- 12:43C.MeeusFait
« Soit elle mécontente son électorat, qu'elle a conquis depuis des années, et qui veut du sang, mais qui est anti-élite... Ne pas censurer, pour M.Le Pen, c'est intégrer cette élite détestée, faire partie du système. »
- 13:27C.MeeusFait
« Au 1er tour, on avait pu promettre au RN de prendre des régions. Au 2d tour, les gens n'avaient pas voté. »
- 14:09C.MeeusFait
« Si elle fait une motion de censure, la gauche ne la votera pas. »
- 17:01M.EncaouaFait
« Ce serait de ne pas soumettre le budget de la Sécurité sociale au 49-3. »
Temps de parole
- ?100 %
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... - A.de Tarlé: Bonsoir à toutes et à tous. J-4 avant la chute de M.Barnier. Lundi, le Premier ministre pourrait bien devoir déclencher le 49-3 pour faire adopter le budget de la Sécurité sociale. A la clé, une censure à même de faire tomber le gouvernement mercredi prochain. Question: est-ce le scénario le plus probable? Pourquoi M.Le Pen a-t-elle durci son jeu? Que cherche-t-elle? En cas de chute de M.Barnier, qui à Matignon? E.Macron pourrait nommer un nouveau Premier ministre dans la journée. C'est dire si cette nouvelle semaine politique s'annonce aussi cruciale qu'imprévisible. C'est le sujet de notre émission: "Barnier: le compte à rebours est lancé". Nous avons le plaisir d'accueillir C.Meeus. Vous êtes rédacteur en chef au "Figaro Magazine". A.Bouilhaguet, vous êtes journaliste politique
à France Télévisions. C.Bertrand, vous êtes journaliste politique pour le groupe "La Dépêche". Comment l'ex-président manoeuvre à gauche? C'est à retrouver sur le site de votre journal. Merci de participer à cette émission en direct. Est-ce la semaine de tous les dangers pour M.Barnier? On apprend que J.Bardella a déclaré que M.Barnier sera censuré. - C.Meeus: Ca veut dire qu'il n'y aura pas de censure. - A.de Tarlé: Décodez-moi la parole de J.Bardella. - C.Meeus: Il y a un an, quasiment jour pour jour, J.Bardella disait que les députés du RN ne voteraient pas
la loi immigration de G.Darmanin. L'après-midi même, M.Le Pen disait l'inverse. C'est une boutade. On fait monter la pression. C'est la semaine des questions auxquelles M.Barnier va devoir répondre. La plus importante, c'est: "Peut-il passer un deal avec M.Le Pen?" Est-ce que la candidate antisystème a la capacité de négocier avec quelqu'un qui représente le système, vis-à-vis de ses électeurs? La réponse à cette question va être apportée cette semaine. Il y a des échéances. Normalement, il y a le vote du PLFSS lundi,
avec peut-être un 49-3 et une motion de censure déposée. Pour l'instant, le RN n'est pas clair sur ce qu'il veut faire précisément. Soit il vote la motion de censure déposée par la gauche, soit il dépose lui-même une motion de censure. Ce n'est pas du tout les mêmes conséquences. Dans le 1er cas, a priori, le gouvernement Barnier tombe. La motion de censure recueillera une majorité de suffrages. Il faut que les oppositions démontrent qu'elles sont majoritaires. Il y a tout le NFP, si les socialistes votent la motion de censure, et le RN.
Mais si le RN dépose lui-même une motion de censure, en disant: "Je dépose ma motion de censure." On sait qu'elle ne passera pas. La question qu'il faut se poser, c'est est-ce qu'il faut amener M.Le Pen à dire à tous ses électeurs... - A.de Tarlé: En tout cas, elle a les clés. A.Bouilhaguet, est-ce qu'on a l'impression que M.Barnier court derrière M.Le Pen, en lui faisant des cadeaux de dernière minute? Il l'a mal jugée? - A.Bouilhaguet: Je ne sais pas s'il l'a sous-estimée. Il faut revenir à sa personnalité. Il est assez solitaire, orgueilleux et susceptible.
Il n'a fait de cadeau à personne. On ne peut pas dire qu'il soit en synchronicité avec tous les partenaires: G.Attal, L.Wauquiez ou M.Le Pen. C'est sa personnalité d'arriver de manière assez solitaire. Il a sous-estimé le climat et M.Le Pen, qui a fait une forme de volte-face. Depuis 2 mois, on dit qu'elle n'arrivera pas jusqu'au bout, qu'elle n'arrivera pas à la motion de censure, car ce n'est pas son intérêt et qu'elle veut se responsabiliser. Lui-même l'a crue. Il se retrouve dans une situation où elle fait monter les enchères très fort.
Il a peut-être enclenché le virage un peu trop tard. - A.de Tarlé: Elle en rajoute sans arrêt. Elle veut des cadeaux qui soient financés. - A.Bouilhaguet: Pour l'électricité, il s'écrase. Elle se dit qu'il y a un coup fourré, car il va augmenter le prix du gaz. Sur l'exonération des charges des entreprises, elle dit que ce n'est pas assez. Sur les retraites, elle veut une indexation complète dès le 1er janvier pour tout le monde. Pour l'AME, M.Barnier est prêt à revoir le panier de soins. Elle dit: "C'est cosmétique. Il faut y aller plus fort."
La proportionnelle, elle dit qu'il fait un coup fourré. Celle qui a l'un des projets les plus économiquement construits et réalistes se permet de faire la leçon à M.Barnier. Elle lui dit: "Vous dites oui à tout ce que je veux, mais c'est financé comment?" Elle se rachète, au passage. "Moi aussi, je suis responsable financièrement. Je demande aussi à M.Barnier de compenser." Au sein du RN, il y a 2 branches. J.Bardella est celui qui plaidait le plus fort pour qu'il n'y ait pas de censure, au nom de la stabilité, à l'inverse de J.-P.Tanguy et S.Chenu, qui étaient vraiment pour quelque chose de plus raide. A l'arrivée, c'est M.Le Pen qui décidera. Je suis d'accord avec C.Meeus. Ce n'est pas parce qu'on est dans une forme de climax que M.Le Pen ira jusqu'à la censure lundi. - A.de Tarlé: Est-ce qu'elle joue franc jeu, à votre avis? Est-ce qu'au fond d'elle-même, elle a déjà décidé de ce que serait sa décision, ou est-ce qu'elle attend de voir les offrandes que lui fera M.Barnier pour se décider? - M.Encaoua: Ce qui est sûr, c'est qu'elle va attendre l'ultime moment. C'est très clair depuis le départ.
C'est elle qui décide. Elle a réuni ses troupes pour cadrer la communication. Ca partait à tort et à travers. Vous avez des cadres du RN qui rajoutent des conditions, sans que ce soient les siennes. Il y avait un désordre sur jusqu'où doit lâcher le Premier ministre. Quand C.Meeus dit qu'il faut passer un deal avec M.Le Pen, ça vaut pour les électeurs du RN et pour M.Barnier. C'est un gouvernement qui a été nommé à l'issue de législatives post-dissolution,
avec un front républicain. Finalement, penser que le budget est écrit par M.Le Pen, pour le dire assez rapidement, c'est impossible. Il y a un fil. On est sur un chemin de crête, des deux côtés. Ils ont à gagner et à perdre des deux côtés. Ca va se décider à la toute dernière minute. L'habileté de M.Le Pen, c'est la 2e phase de communication dans cette pression maximale. Elle va attaquer le Premier ministre sur le financement de ses mesures. Chapeau l'artiste!
Je ne sais pas qui communique... - A.de Tarlé: "On nous annonce des annulations de hausse sans nous donner le financement." - M.Encaoua: D'ailleurs, on dit: "Attention, tous ceux qui voteraient la censure se disqualifieraient pour 2027." Il faut être crédible sur l'économie. Elle a un problème d'élargissement de son électorat. Un certain nombre d'électeurs en France lui résistent, dans les milieux économiques, chez les retraités... Il y a encore la question de la crédibilité. Elle ne va pas que sur les questions de financement. Elle apporte ses recettes.
C'est le contre-budget du RN. Dans "Le Parisien", elle explique ses propositions et a des points communs avec le programme du NFP. - A.de Tarlé: Elle peut dire: "Bruxelles, je ne paie pas ma cotisation"? - M.Encaoua: Non. Ca nous ferait rentrer dans une forme de rapport de forces inouï, voire sortir de l'Union. En revanche, quand elle demande une taxe sur les rachats d'actions... Elle montre qu'elle a des solutions. Ce sont les mêmes que le programme de la gauche. - A.de Tarlé: Pourquoi M.Le Pen a-t-elle décidé de durcir son jeu? Il y a une semaine, on n'envisageait pas que M.Barnier allait peut-être tomber mercredi soir. - C.Bertrand: Il ne faut pas ignorer la situation judiciaire de M.Le Pen. - A.de Tarlé: Ca l'a mise de mauvaise humeur? - C.Bertrand: Oui. Son avenir politique est en jeu. J'ai rencontré une ministre qui faisait la colonne des plus et des moins.
Quel intérêt M.Le Pen aurait-elle à censurer ou à ne pas censurer? Dans la colonne de la censure, il y a cette menace judiciaire. Elle dit qu'il faut qu'elle apparaisse comme la meilleure opposante. On pourrait vouloir l'éliminer, d'un point de vue judiciaire. Elle nourrit son narratif d'opposants politiques, en menaçant de censurer M.Barnier. - A.de Tarlé: Pour l'instant, c'est plutôt LFI qui apparaît vindicative contre le gouvernement Barnier. - C.Bertrand: Pour l'instant, M.Barnier a fait mine de discuter avec M.Le Pen. Il a recadré son ministre de l'Economie. M.Barnier montre qu'il a la main tendue. On dit même
qu'il discute beaucoup plus souvent avec M.Le Pen que ce qu'il veut bien dire. Ce fil n'a jamais été rompu. - A.de Tarlé: Les électeurs du RN pourraient en vouloir au RN d'être la béquille du gouvernement Barnier? - C.Bertrand: Ce que me disait cette ministre, c'est que les électeurs du RN veulent du sang. M.Le Pen est obligée de les entendre. Elle est partagée entre deux images, dont celle de la respectabilité. Si la note de la France était dégradée à cause d'une censure du gouvernement... - A.de Tarlé: C'est ce qu'ils ont dit. "Si le gouvernement tombe, il y aura de quoi s'inquiéter pour les finances de la France."
- C.Bertrand: Tout à fait. Elle pourrait être tenue comptable d'une situation dégradée de la France. De l'autre côté, elle entend des électeurs qui disent: "Ca ne fonctionne pas. On devrait être à Matignon." Il y a tout ce discours que M.Barnier ne correspond pas au résultat des urnes. - A.de Tarlé: Si M.Le Pen venait à censurer le gouvernement et à faire tomber M.Barnier, ne prendrait-elle pas le risque de s'aliéner? Pour aller dans votre sens, 62 % des sympathisants du RN souhaitent la chute de M.Barnier. Quand on regarde les sympathisants républicains, ils ne sont que 25 % à souhaiter du sang, comme vous dites, c'est-à-dire la chute de M.Barnier. - C.Meeus: Soit elle mécontente son électorat, qu'elle a conquis depuis des années, et qui veut du sang, mais qui est anti-élite... Ne pas censurer, pour M.Le Pen, c'est intégrer cette élite détestée, faire partie du système. C'est compliqué.
Est-ce qu'il ne vaut mieux pas décevoir des gens qui n'ont pas encore voté pour vous, et dont vous n'êtes pas sûr qu'ils voteraient pour vous après, plutôt que de perdre son socle? Ca lui est déjà arrivé une fois. Une partie de ses électeurs ne s'était pas déplacée. Au 1er tour, on avait pu promettre au RN de prendre des régions. Au 2d tour, les gens n'avaient pas voté. Ils n'avaient gagné aucune région. C'était particulier. Certains pourraient lui reprocher d'avoir sauvé monsieur Barnier. Ce n'est pas forcément le choix entre une bonne et une mauvaise solution, c'est le choix entre deux solutions avec chacune leurs inconvénients. Je rajouterai un élément. D'abord, votre sujet sur B.Retailleau. Il y a un ministre qui peut faire du mal au RN. Il prépare un projet de loi avec des mesures qui ont été retoquées par le Conseil constitutionnel, le projet de loi Darmanin que M.Le Pen a voté avec ses députés. Ca va être compliqué d'expliquer, l'année prochaine...
- A.de Tarlé: Ce sera difficile en janvier prochain de faire tomber M.Barnier, C'est ça? - C.Meeus: Il a voté les mesures en décembre de l'année dernière. Si elle fait une motion de censure, la gauche ne la votera pas. C'est la dernière station avant le désert. Vous n'avez pas d'autres possibilités de vous associer avec la gauche. Sur l'immigration, vous avez zéro points communs. Sur la fin de vie, je ne vois pas ce qui mériterait une censure. - C.Bertrand: Les partis ne seront pas d'accord. - A.de Tarlé: Le budget de la Sécurité sociale ou de l'Etat, c'est idéal pour faire tomber un Premier ministre? - M.Encaoua: Oui, je suis d'accord. Si vous n'arrivez pas à expliquer pourquoi faire tomber un Premier ministre, vous avez perdu. Il faut être compréhensible des Français. E.Macron, avec sa dissolution, en a fait les frais. C'est maintenant ou jamais. Après, il y a toute une série de projets de loi qui, s'ils aboutissent, ne permettront pas l'alliance des voix de la gauche et du RN. On a l'air de dire que rien n'est fait, qu'elle ne va peut-être pas censurer... Elle s'est beaucoup avancée. Elle s'exprime dans la presse, dans les médias.
C'est difficile. Elle est allée très loin. Il reste une petite carte à M.Barnier s'il veut temporiser, s'il veut s'acheter un peu d'oxygène. La pression est maximale, les conditions ne font que changer. Ce serait de ne pas soumettre le budget de la Sécurité sociale au 49-3. - A.de Tarlé: Donc, de le faire voter? - M.Encaoua: Oui. C'est une évidence, il sera rejeté. Il a déjà été rejeté avant la commission mixte paritaire. La procédure parlementaire suivra son cours. Il y aura une nouvelle lecture au Sénat
et à l'Assemblée nationale, avec la contrainte d'un délai constitutionnel. Les budgets sont encadrés dans le temps par la Constitution. Il y a une date, celle du 5 décembre. On ne peut plus aller au-delà. - A.de Tarlé: C'est jeudi. - M.Encaoua: Ce serait une navette très rapide entre le Sénat et l'Assemblée nationale. Mais il s'offrirait quelques jours. Et là, on se retrouve avec le budget de la France, plus celui de la Sécurité sociale. Rebelote, le face-à-face, les canaux de discussion, les conditions... Je pense que M.Barnier a commis une grosse erreur en n'adressant pas la question de l'électricité, du renoncement sur les taxes à M.Le Pen.
- A.de Tarlé: Il a dit: "Tout le monde l'a demandé, je le donne." Il n'a pas dit: "C'est un cadeau à M.Le Pen." - M.Encaoua: C'est une maladresse. M.Le Pen essaie d'être plus respectable auprès des électeurs, de gagner en normalité, et d'être acceptée, d'une certaine façon, par le système. Dans l'interview du "Parisien" sortie ce matin, elle dit quelque chose de très drôle: "Ils ont cancelisé mes électeurs, invisibilisé." Elle va piocher dans le wokisme, la manière de penser à gauche. Il n'y a aucune raison que, dans des négociations, elle ne puisse pas reconnaître une forme d'acquis, voire de victoire. Il ne faut pas négliger cette dimension. - A.Bouilhaguet: Là, il a peut-être péché par orgueil. Dire: "Je n'ai pas fait de concessions au RN, je n'ai fait qu'écouter le Parlement. C'était des demandes faites par des présidents de groupes." On se demande pourquoi il fait un refus d'obstacle. Il pourrait dire que les exonérations de charges étaient pour G.Attal. Pourquoi ne pas dire que la taxe d'électricité, c'est pour M.Le Pen?
Ce sont des partenaires. Depuis une semaine, il essaie de trouver une nouvelle stratégie, de prendre à témoin l'opinion publique. Quand il est allé au 20h, c'était pour ça. Un homme lui a donné un conseil: E.Balladur. Il l'a vu récemment, et il lui a dit: "Comptez sur les gens, comptez sur le peuple." Depuis 3 ou 4 jours, on est inondés d'éléments de non langage de la part de Matignon, qui nous explique qui vont être les grands perdants de la censure: ce sera les agriculteurs. On voit que monsieur Rousseau, patron de la FNSEA, monte au créneau. L'impôt sur le revenu, ils n'ont pas fait le calcul. C'est 380 000 foyers nouveaux qui rentreraient dans l'impôt. On ne peut pas indexer avec l'inflation. Ca veut dire de nouveaux entrants... - A.de Tarlé: Des gens qui ont basculé dans l'impôt alors qu'ils n'auraient pas dû y tomber...
- A.Bouilhaguet: C'est aussi le recrutement des policiers, des magistrats, les fameux 2000 postes dans l'Education nationale, les encadrants pour les enfants en difficulté ou en situation de handicap. C'est aussi la démonstration assez efficace des intérêts de la dette. En 2024, c'était 51 milliards d'euros. En 2025, ce sera 60 milliards d'euros. Ce sera le 1er poste de dépense pour la France. C'est une tactique de dire que l'on va trinquer. A voir si ça peut retourner l'opinion publique. - C.Bertrand: On nous a expliqué les risques si M.Barnier était censuré avec une vision partiale, par exemple sur les AESH.
Dans le budget, il est prévu de créer 2000 postes, mais ça passe sous silence les 4000 postes de professeur qui devaient être supprimés dans le budget. On sent en tous les cas une véritable inquiétude à Matignon, qui nous envoyait des messages ce matin. - A.de Tarlé: Le gouvernement Barnier est-il en train de vivre ses dernières heures? C'est la question que tout le monde se pose. A deux jours du vote de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale, M.Le Pen agite le spectre de la censure pour obtenir toujours
plus de concessions de la part du Premier ministre. - Ce déplacement hier sur le thème du travail et de l'industrie Barnier en tant que Premier ministre? A quelques jours d'une éventuelle motion de censure, le chef du gouvernement l'affirme, il n'y a pas d'ultimatum. - M.Barnier: Je ne suis pas dans cet état d'esprit. Nous sommes dans l'état d'esprit de respect. la censure: abandon de la surtaxation de l'électricité, baisse de l'aide médicale d'Etat et un projet sur la proportionnelle. Des cadeaux que M.Le Pen lui a renvoyés à la figure. Gourmand, le RN fait monter les enchères et réclame l'indexation de toutes les retraites
sur l'inflation dès janvier. Chantage, coup de bluff ou simple négociation? Le sort du gouvernement est entre les mains de l'opposition, dont le NFP, qui présentera et votera une motion de censure. - F.Hollande: S'il y a 49-3, il y aura motion de censure. Je la voterai. - M.Panot: A tout moment, le pays peut prendre un tout autre chemin. - Le gouvernement a créé les conditions de sa propre censure. - Le gouvernement pourra tomber. - Cette semaine, même le président de la République n'y croyait
plus vraiment. "Le gouvernement va tomber, M.Le Pen va le censurer à un moment donné et plus tôt qu'on ne le pense." Les troupes de l'exécutif ont pourtant multiplié les alertes non sans exagération pour échapper à la censure. - B.Retailleau: Si le gouvernement tombait, il y aurait une crise financière. - Au 1er janvier, la carte Vitale ne marcherait plus. Les retraites ne seraient plus versées. - C'est moins de créations d'entreprise, moins d'innovations. - Tous les coups sont permis.
Jeudi, les macronistes ont joué l'obstruction en déposant près d'un millier d'amendements sur la loi sur l'abrogation pour la réforme des retraites. Des députés ont même failli en venir aux mains lorsqu'un élu du MoDem s'en est pris à 2 membres du NFP. - A.Léaument: Heureusement que vous étiez là pour retenir le collègue de votre groupe et que les huissiers sont intervenus pour le faire reculer. Sinon, je ne suis pas sûr du fait qu'à la fin de la soirée,
je ne me serais pas pris une beigne. - La crise politique est telle que les élus sont de plus en plus nombreux à juger celui qu'ils jugent responsable, le président de la République. LFI, le RN, et des profils plus nouveaux, comme C.de Courson. - C.de Courson: Ca permettrait d'avoir une nouvelle élection présidentielle, de dissoudre et de donner une majorité de députés. - D'après un sondage, 63 % des Français seraient favorables à une démission d'E.Macron en cas de censure du gouvernement. - A.de Tarlé: Question. Je voudrais vous faire écouter ce que disait S.Chenu hier, le député RN du Nord.
Du RN à l'Elysée. - S.Chenu: Entre le moment où un président de la République démissionne et où des élections seraient convoquées, s'il y a 3 mois entre janvier et mars pour la présidentielle, on arrive sur le délai du mois de juin. - A.de Tarlé: D'abord, le calendrier évoqué par S.Chenu. Il envisage des élections présidentielles avant le 31 mars, avant la décision de justice qui concerne M.Le Pen. Est-ce que ça peut être ça? Des élections présidentielles anticipées avant une décision qui pourrait la rendre inéligible. - C.Meeus: On ne peut pas exclure cette hypothèse. Ce n'est pas forcément la seule explication. Le problème, c'est que ça ne dépend pas que d'elle. Ca dépend d'un monsieur qui a été élu en 2022. Je ne crois pas qu'il a l'intention de démissionner malgré les appels répétés de M.Le Pen et de J.-L.Mélenchon. On voit bien que les deux qui ont le plus intérêt à une présidentielle anticipée, c'est J.-L.Mélenchon et M.Le Pen. Elle, parce que si elle peut se faire élire avant la décision
du tribunal, ça lui permettrait d'entrer à l'Elysée avant. Et J.-L.Mélenchon, parce qu'il est le seul à gauche à être prêt. Il veut se dépêcher, peut-être aussi en raison de son âge, et pour empêcher la gauche social-démocrate de se reconstituer autour de F.Hollande, B.Cazeneuve ou R.Glucksmann. Il a demandé à ce qu'il y ait une candidature commune qui se mette en place. - A.de Tarlé: La petite musique de la démission d'E.Macron, on l'entend. Il y a même ce sondage qui a été publié. 63 % des Français interrogés estiment que le président devrait démissionner si le gouvernement était censuré.
Qu'il est tenu responsable de tout. J.-L.Mélenchon agite le spectre de la démission, c'est logique. M.Le Pen l'agitait de temps en temps, mais il y a des données personnelles qui ont changé. Mais voir J.-F.Copé, qui est dans le respect des institutions, monter au créneau, ça trouble le jeu. Là encore, il y a une sorte de perte de temps de la part des oppositions qui ont raison de jouer ce jeu-là. E.Macron, si je suis certaine d'une chose, c'est qu'il ne démissionnera jamais. Il avait expliqué les raisons d'une éventuelle démission en mars dernier. Il avait répondu à un enfant dans "Pif Gadget" qui demandait s'il pourrait démissionner un jour. Il avait expliqué qu'il faudrait une crise très grave
pour que le président lui-même démissionne. Un de ses conseillers m'a récemment expliqué que dans son esprit, cette crise très grave était une triple crise: politique, pas de Premier ministre, sociale, ça veut dire les "gilets jaunes", la France à feu et à sang, et financière également. Il faudrait qu'il y ait un espèce d'alignement des planètes, cette triple crise qui pourrait faire qu'E.Macron songe à la démission. Ce serait ternir le bilan de son quinquennat. Même s'il est empêché, je ne le vois pas un seul instant penser à cette hypothèse. - A.de Tarlé: Est-ce qu'il pourrait y avoir une pression avec de plus en plus de voix qui appellent à la démission du président? - C.Bertrand: C'est le pari de ses opposants. C'est la crainte de certains députés macronistes. J'ai rencontré M.Le Pen entre les 2 tours de l'élection législative.
Elle faisait ce pari. Elle disait Qu'à un moment, E.Macron allait décrocher et que personne ne lui répondrait. Il va donner un ordre et il ne sera pas entendu. Et au bout d'un moment, il va craquer car il ne supporte pas ça. Il n'est pas du tout dans la psychologie de démissionner, il pense toujours qu'il va pouvoir se glisser dans un trou de souris. En même temps, on sent son agacement dans certaines interviews quand il s'en prend aux journalistes, ou à ses ministres, comme il l'a fait récemment. Il a du mal à supporter de ne plus être aux commandes. M.Le Pen faisait ce pari-là. Elle le fait encore.
Il va craquer et va chercher une solution, selon elle. Les députés macronistes me disent: "A la 2e ou 3e motion de censure, quelle sera l'issue? Quand on aura changé 2 ou 3 fois de Premier ministre, y a-t-il une autre solution que la démission du président?" - A.de Tarlé: Sur les manifestations agricoles, on voit la tête d'E.Macron, comme si c'était encore lui qui était aux manettes et au gouvernement. - M.Encaoua: On peut s'interroger de ce qu'un président en cohabitation, comme F.Mitterrand, pourrait faire. E.Macron reste très bas dans les sondages. Il est le réceptacle de toutes les colères et de toutes les frustrations. Tout revient à ce 9 juin, le soir des élections européennes, qui n'a pas été compris. Quand vous n'êtes pas compris par vos proches, par les acteurs
politiques, vous ne pouvez pas être compris par les Français. J'ai vu un documentaire qui va passer sur France 2 sur la dissolution dans une petite semaine. F.Hollande dit: "Il faut une crise pour qu'une dissolution soit comprise." A l'époque, ce n'est pas une crise pour les Français. Toutes les dissolutions sans crise ont été un échec. Là, il y a une origine qui fait qu'en permanence, au-delà qu'on soit dans la Ve République avec un pouvoir vertical,
avec le fantasme de la monarchie républicaine, ce n'est pas nouveau qu'on s'en prenne au président quand tout va mal. Ce qui m'étonne, et j'ai été intéressée par la question de votre téléspectateur, c'est qu'un tabou est tombé. Des acteurs politiques demandent la démission. On est dans la fenêtre d'Overton. Ce qui est impensable devient envisageable. Ce qui est envisageable devient peut-être une réalité. A gauche, au sein du RN et au sein de la droite, on commence à le dire et à le redire.
Je ne dis pas que ce n'est pas légitime, mais on est vraiment dans une mécanique extraordinaire de rendre possible ce qui, pour le moment, dans la tête des Français, est impossible. Ce n'est pas la 1re fois que des présidents sont appelés à la démission. F.Mitterrand disait: "On ne va jamais contre la volonté d'un homme." L'article 7 prévoit la démission du président de la République. Je ne suis pas du tout certaine, et je rejoins mes camarades, qu'E.Macron soit prêt à cette démission.
- C.Meeus: Depuis 1958, il y a eu une seule démission, celle de C.de Gaulle. On est dans quelque chose de très exceptionnel, tellement exceptionnel que l'on considère que l'Elysée est le pôle de stabilité des institutions de la Ve République, quel que soit le locataire. S'en prendre à ce pôle de stabilité, c'est un coup de marteau dans un mur très fragile. J.-L.Mélenchon appelle à la démission. - A.de Tarlé: Il y croit. Il veut jouer sa carte. Il appelle à des élections anticipées et il appelle la gauche à le rejoindre. C'était hier devant des militants.
- J.-L.Mélenchon: Nous proposons à ceux qui le veulent de venir avec nous porter une candidature commune à l'élection présidentielle et de porter un programme ensemble. Nous proposons de faire tomber ce gouvernement, et nous allons y arriver. - C.Meeus: Qu'est-ce qui se passe? Quelle est l'étape d'après si E.Macron ne répond pas à l'appel de J.-L.Mélenchon? Il appelle à des manifestations vers l'Elysée pour contraindre? On rentre dans quelque chose qui est de l'ordre du chaos
et du n'importe quoi. Quand monsieur Chenu dit que l'on organise des élections puis, 3 mois après... Non, si le président démissionne, il faut organiser des élections sous 20 à 35 jours. Dans l'hypothèse espérée de J.-L.Mélenchon, si Macron démissionne en janvier, l'élection se ferait début février. - A.de Tarlé: C'est dire si E.Macron doit redouter le blocage des institutions. Dans sa tête, il faut qu'il se prépare à toutes les hypothèses. Si M.Barnier tombe, que fait E.Macron? - A.Bouilhaguet: C'est un pragmatique. Il fera peut-être le contre-pied de tout ce qu'il a toujours fait jusqu'à présent. On disait toujours qu'il prenait son temps sur les nominations. Il y a eu 2 mois avant d'avoir un Premier ministre. Ca n'avait pas l'air de le contrarier. C'est comme s'il jouait. On pense qu'il va être rapide, et il va être lent. Et là, peut-être qu'il va être rapide alors qu'on pense
qu'il va être lent. M.Barnier tombe, et le jour même, on nomme un Premier ministre pour éviter l'affolement des marchés, pour montrer la continuité. Il pense à certains profils. Il a déjà des noms en tête. Il y a le profil technique, comme on l'appelle. à un moment cet été. Et il y a un nom qui revient, en tout cas dans l'entourage du chef de l'Etat, celui de B.Retailleau, pour couper l'herbe sous le pied de M.Le Pen. - A.de Tarlé: Le Premier ministre est donc sur la sellette. Une liste de noms circule pour le remplacer à Matignon. B.Retailleau en fait partie, quelques mois seulement après sa nomination au ministère de l'Intérieur. Le 1er flic de France a su se faire connaître grâce à de nombreuses sorties très médiatisées.
- Il est partout. - Vous êtes ministre de l'Intérieur, ministre le plus connu du gouvernement. - Ministre le plus connu, le plus médiatique et le plus à droite du gouvernement. - B.Retailleau: Je veux que l'on change les lois pour sauver des vies. - Adepte des formules chocs, il imprime son message dès son arrivée en 3 priorités. - B.Retailleau: La première, rétablir l'ordre. La 2e, rétablir l'ordre. La 3e, rétablir l'ordre. - Son cheval de bataille, la lutte contre le trafic de drogue. - B.Retailleau: Le joint a le goût du sang, le goût des larmes. Il y a des réseaux, des mafieux, des gens qui profitent d'autres êtres humains, qui font des fortunes, qui commanditent des crimes, des assassinats de la pire des façons. - Son autre priorité, l'immigration, quitte à faire polémique, comme quand il assume que l'Etat de droit n'est pas intangible après le meurtre de Philippine.
- B.Retailleau: Cela ne doit pas servir d'excuse pour ne pas agir. - Visage d'une droite assumée, en 1997, il parle déjà de l'immigration comme d'une menace. - B.Retailleau: Je crois que c'est une menace. Créer une société multiculturelle avec la juxtaposition de blocs de populations, ce sera forcément une société multi-conflictuelle. - Conservateur catholique, le sénateur de Vendée participe à la Manif pour tous et n'hésite pas à prendre le micro.
- B.Retailleau: Vous êtes la voix des enfants sans voix qui ont droit à l'amour d'un père et d'une mère! - Le voici en 2002 au Puy-du-Fou, bras droit de P.de Villiers au conseil régional de Vendée. Les liens entre les 2 hommes se sont récemment renoués. Un ministre de l'Intérieur soutenu par ses collègues de droite. - On sent qu'il y a une vraie maîtrise intellectuelle des sujets. - Un ministre de l'Intérieur doit être comme la police. Il doit occuper le terrain. - La gauche l'étrille.
- A.Léaument: Il essaie de se comporter comme le Premier ministre du pays. Il flirte avec l'extrême droite. Il cherche à faire le pont entre la Macronie et l'extrême droite. B.Retailleau comme le meilleur Premier ministre. - A.de Tarlé: Question. - C.Meeus: Bonne question. Ce n'est pas gagné quand même. Il parle de l'ordre, de la lutte contre les narcotrafiquants, mais, évidemment, les députés du RN ne le verraient pas d'un bon oeil, car c'est leur part de marché qui serait réduite. De l'autre côté de l'échiquier, sur l'extrême gauche, ça ne serait pas apprécié non plus. Il y a un risque de censure qui peut arriver. - A.de Tarlé: C.Bertrand, ce serait un caillou dans la chaussure de M.Le Pen si E.Macron
dégaine la carte B.Retailleau en cas de démission de M.Barnier? - C.Bertrand: C'est la candidature qui fâche tout le monde. C'est un épouvantail Pour dire: "Si vous censurez, vous aurez Retailleau." Ca fâche le RN. Il marche clairement sur les plates-bandes de M.Le Pen. C'est peut-être une des raisons pour laquelle M.Le Pen voudrait censurer, pour s'en débarrasser. Il y a des macronistes qui ne sont pas du tout sur la ligne de B.Retailleau, et à qui il pose problème. Ca pose un problème à la gauche. Avec B.Retailleau, la gauche a de quoi travailler et s'opposer. Pour moi, c'est la candidature compliquée. D'autre part, depuis qu'il est au ministère de l'Intérieur, on raconte qu'il ne discute pas avec les députés et les parlementaires. Il les reçoit peu, il les connaît très mal.
Il était sénateur. Il n'est pas très apprécié à l'Assemblée nationale. Je ne sais pas si ce serait un élément facilitant pour apaiser l'ambiance à l'Assemblée nationale. - A.de Tarlé: En tous les cas, c'est une personnalité sur laquelle il faut compter. C'est l'un des ministres les plus populaires de ce gouvernement. Il s'est révélé? - A.Bouilhaguet: C'est amusant de voir comme il a souvent été sous les radars. Ca a commencé avec P.de Villiers. C'est amusant, la façon dont il a repéré B.Retailleau. Il était cavalier bénévole au Puy du Fou. C'est comme ça que P.de Villiers rencontre B.Retailleau, qu'il le prend sous son aile et l'introduit au conseil général. Voilà comment il gravit les échelons. Les deux hommes vont se fâcher, et B.Retailleau, qui était au parti de P.de Villiers, va partir à l'UMP.
Il passe sous l'ombre d'un 2e homme, F.Fillon. Ils vont avoir une relation extrêmement forte. B.Retailleau sera dans les 3 derniers fidèles qui vont continuer de soutenir F.Fillon dans ses affaires, le Penelopegate et l'affaire des costumes. Il y aura J.Chartier et B.Retailleau. Finalement, il lâchera la barre aussi. Jusqu'à présent, il n'avait pas été sous la lumière. Quand F.Fillon était Premier ministre, il avait été question, en 2009, qu'il rentre au gouvernement. P.de Villiers s'y était très violemment opposé. - A.de Tarlé: On avait cru comprendre
qu'il courait pour L.Wauquiez. Est-ce que L.Wauquiez se dit: "Il est en train de me lâcher"? - A.Bouilhaguet: Pour l'instant, il court toujours pour L.Wauquiez. Mais les sondages font l'homme. Je n'ai pas l'impression que L.Wauquiez soit en train d'exploser médiatiquement parlant. Les sondages vont faire l'homme assez rapidement. - A.de Tarlé: Qui pour Matignon? On voit que B.Retailleau ne fait pas forcément l'unanimité. Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer la stratégie de l'essuie-glace pour E.Macron? "J'ai tenté la droite, je peux tenter un Premier ministre de gauche, comme B.Cazeneuve."
- M.Encaoua: Je ne vois pas B.Retailleau avoir la majorité à l'Assemblée, à moins d'une union des droites avec le RN. Ca casse complètement le groupe du socle commun. Il y a au moins la moitié, voire les 2/3 des macronistes, qui ne pourraient pas y aller. Des ministres macronistes, avec B.Retailleau à Matignon, c'est compliqué. Ca peut être une manière de mettre la pression sur M.Le Pen pour ne pas être censuré. Déjà, M.Barnier ne sera pas renommé. A peine renommé, déjà censuré. On peut censurer sans avoir de texte de loi à l'Assemblée nationale. Ca s'appelle une censure spontanée.
Si vous avez un Premier ministre qui tombe, immédiatement après, vous avez le RN et la gauche qui crient à la censure, et il retombe. On enlève l'hypothèse Barnier. Ils peuvent tenter de faire un socle commun. C'est la plus grande majorité relative. On change de tête. Pourquoi pas quelqu'un d'autre à droite, chez les macronistes. Le nom de S.Lecornu circule. F.Bayrou se dit que c'est peut-être son tour. On essaie de refaire marcher ce qui n'a pas marché, ce socle commun d'un peu plus de 200 députés entre la droite et le centre.
L'hypothèse de retourner à B.Cazeneuve, je n'y crois pas. Quand vous parlez aux socialistes, force est de constater qu'ils ne poussent pas cette hypothèse. - A.de Tarlé: Ils sont soutenus par J.-L.Mélenchon? - M.Encaoua: Je pense qu'ils soient divisés. Il y a une minorité qui dit: "C'est le temps des responsabilités, si on veut reconstruire une gauche social-démocrate. B.Cazeneuve, avec une partie des macronistes, ça peut peut-être marcher." D'autres disent: "Les retraites, c'est très important." C'est devenu un marqueur. - A.de Tarlé: Même au pouvoir, on dit que le PS est un parti de gouvernement. Il abrogerait la réforme des retraites d'E.Borne. - M.Encaoua: C'est une attente de l'électorat de gauche. Il y a eu une mobilisation, une unité syndicale. Je ne vois pas l'hypothèse B.Cazeneuve. L'hypothèse L.Castets, plus personne n'y croit. Les insoumis y croient. - A.de Tarlé: Cherche-t-il une présidentielle anticipée,
ou cherche-t-il... - M.Encaoua: Si vous regardez l'espace politique, je n'ai pas les informations de l'Elysée qui pousserait telle ou telle hypothèse. Je suis convaincue qu'il faut aller très vite. - A.de Tarlé: C'est vertigineux de se dire qu'on pourrait avoir un nouveau Premier ministre mercredi prochain. - M.Encaoua: Vous avez beaucoup de députés qui disent: "Puisque ça se passe à l'Assemblée nationale, trouvons un nouveau mode de fonctionnement." Ca nous dépolitise complètement de l'exécutif. - C.Meeus: Il y a un nouvel élément à l'Elysée.
En juillet, le sujet était que l'on ne pouvait pas proposer le nom d'un Premier ministre venant de la majorité, battue aux législatives. On ne peut pas proposer de macroniste pour Matignon. Ca a changé. Si M.Barnier tombe, à l'Elysée, on nous dit: "Maintenant, on remet les pendules à zéro." Dans les noms que Myriam a cités, on peut proposer monsieur Lecornu, monsieur Bayrou, qui n'ont pas été cités auparavant. - C.Meeus: On sait que G.Darmanin a très envie de revenir.
- C.Bertrand: B.Vallaud travaille à créer une espèce de majorité. Il l'a dit publiquement. On peut discuter avec certains macronistes, des gens du MoDem ou des ex-LR. Mais l'Elysée ne peut pas nommer à Matignon quelqu'un qui pourrait revenir sur la réforme des retraites. Ca exclut toute personnalité de gauche. C'est pour ça que le nom d'un macroniste revient. E.Macron n'envisage absolument pas de nommer à Matignon une personnalité issue du PS, ou plus à gauche. Ca limite un peu les choix. - A.de Tarlé: Les députés de l'opposition sont retournés en circonscriptions pour sonder la population sur la question de la censure du gouvernement.
Nous avons suivi des parlementaires du RN et de LFI. Vous allez le voir, la plupart des électeurs souhaitent déjà tourner la page du gouvernement Barnier. - Sur le marché de Gisors, hier matin, à peine 2 degrés au thermomètre. C'est une autre température que ce député RN est venu prendre. - Qu'est-ce que vous pensez de la situation actuelle? Vous voulez que le gouvernement reste ou qu'on en change rapidement? - Censurer ou pas? Le moment de vérité approche à l'Assemblée nationale.
Dans la dernière ligne droite, les troupes de M.Le Pen tentent d'arracher des dernières victoires. - Bien sûr. Ca marche. - Apparemment, vous avez déjà obtenu quelque chose. - On a obtenu l'annulation de la hausse des taxes sur l'électricité. Pour nous, ça reste toujours insuffisant. Aujourd'hui, on est dans une négociation entre le gouvernement et nous. Il évoque déjà qu'il pourrait faire des efforts sur l'AME. Il y a plutôt des choses positives. On cherche des pistes de recettes, que ce soit sur la taxation des superprofits ou de certains flux financiers. - Voilà pour les conditions, les fameuses lignes rouges. Mais tout le monde n'est pas d'accord. - Si on censure, on va partir dans une crise qu'on ne pourra pas maîtriser.
Ca va durer des mois. On a un Premier ministre qui n'est pas si mal que ça. - On pense que dans le budget de monsieur Barnier, il y a énormément de hausses de taxes et d'impôts. - La peur du chaos, de la crise financière. Au RN, on balaie ce scénario d'un revers de main. parce qu'elles ont entendu de fausses informations, comme le fait que la carte Vitale ne fonctionnerait plus, que les fonctionnaires ne seraient plus payés, qu'un certain nombre de budgets de l'Etat seraient bloqués.
Les gens qui craignent la censure, c'est surtout basé sur des fake news et de fausses conséquences en cas de censure. - A 80 km de là, un tout autre décor. La dernière usine automobile de Seine-Saint-Denis s'apprête à fermer ses portes. 280 salariés sur le carreau, que l'insoumise A.Trouvé est venue épauler. - Vous êtes licenciés, et sans aucune perspective de travail digne avec toutes les qualifications que vous avez. - Les plans sociaux que l'on enregistre aujourd'hui à la CGT, c'est toute la continuité des lois que Macron a mises en place depuis qu'il est arrivé en politique. - Une vague de plans sociaux que la gauche veut stopper. Sa solution: faire tomber le gouvernement Barnier.
- Si on veut la motion de censure, faire partir ce gouvernement et Macron... Une majorité de Français aujourd'hui veut que le président parte. Pourquoi? Regardez ce qu'il se passe. Il nous avait promis le travail. "Serrez-vous la ceinture. Vous aurez du travail." Mais non. Le taux de chômage repart. - Une fois l'hôtel de Matignon vacant, quelle option E.Macron aura-t-il? Pour A.Trouvé, qu'importe l'absence de majorité absolue de la gauche à l'Assemblée nationale. - A.Trouvé: Il n'a pas le choix. Il faut qu'il nomme un gouvernement que les Français souhaitent.
Les Français ont voté au mois de juillet. Qu'est-ce qu'ils ont voté? 193 députés du NFP, qui a un programme en commun. Soit il nomme la 1re force de l'Assemblée nationale, le NFP, et L.Castets en Première ministre, soit il sera poussé vers la sortie d'une façon ou d'une autre. - La démission du président de la République, voilà une piste qui ne déplairait pas au RN. - On a un programme tout à fait prêt. On a un leader politique tout à fait prêt. On a un contre-budget tout à fait prêt.
On est prêts à retourner au combat, s'il le faut. - Retourner au combat, si possible avant que M.Le Pen puisse être condamnée par la justice à une peine d'inéligibilité. - A.de Tarlé: Question. Est-ce que les Français comprennent ce qu'il se passe dans l'hémicycle? - A.Bouilhaguet: Je suis d'accord avec Daniel. On se demande ce qu'il va se passer dans les 3 prochaines années. Il n'y a pas de majorité alternative. Chacun a son agenda. On ne peut pas dire que G.Attal ait fait beaucoup de cadeaux à M.Barnier. Il y a peut-être eu un malentendu ou une mésentente entre les deux. G.Attal a été très raide au départ sur ces fameuses lignes rouges. L.Wauquiez joue sa carte personnelle pour 2027. E.Philippe est peut-être celui qui est le plus en retrait. Il ne faut pas oublier son interview au "Point", où il expliquait qu'il se préparait à une présidentielle anticipée. Ca peut engendrer une forme d'insécurité, de peur.
Qu'est-ce qu'il peut se passer après? Il veut prendre à témoin cette opinion publique et dire que l'on va dans le mur. Il faut de la stabilité. "Ce n'est peut-être pas génial, il y a des imperfections, mais je suis mu par le désir de faire des choses. J'ai 73 ans." - A.de Tarlé: Est-ce qu'il n'y a pas un peu de légèreté de la part de nos dirigeants? Vendredi, c'est bien S.Chenu qui a dit: "S'il n'y a pas de budget, c'est la Banque centrale européenne qui va prendre le relais." - C.Meeus: Pour un parti qui voulait le Frexit... - A.de Tarlé: Ca, c'est la faillite. - C.Meeus: Bien sûr. On a une classe politique qui n'arrive pas à se hisser au niveau de l'enjeu. Ils sont aveuglés par une détestation d'E.Macron. Ils en oublient le pays. Les Français ne veulent pas de chaos. - A.de Tarlé: Un sondage affirme que l'appétence des Français
pour une censure et la chute du gouvernement Barnier aurait sérieusement reculé. - C.Meeus: Ce n'est pas illogique. Le Premier ministre est passé sur TF1. - A.de Tarlé: Pour résoudre ce mystère, vous disiez que les sondages ne sont pas publics. C'était probablement un de ces sondages? - C.Meeus: Peut-être. Les politiques font beaucoup de sondages. Il y a un organisme du gouvernement qui fait des sondages. Ce ne serait pas illogique que Matignon commande des sondages en disant:
"Quel a été l'impact de la parole de M.Barnier?" Et ce, pour montrer que l'on va droit vers la crise financière et le chaos. Visiblement, ça a porté ses fruits. M.Le Pen et LFI disent: "On fait la motion de censure, donc il n'y a plus de budget." Sans budget, il n'y a pas de revalorisation des retraites. Plus de 300 000 foyers vont se retrouver à payer l'impôt sur le revenu. Pour des députés qui défendent les petites gens, on a envie de dire "chapeau l'artiste". C'est vraiment la politique de gribouille.
"Il pleut? Enlevez le parapluie et tombez dans la flaque." - A.de Tarlé: Est-ce que c'est l'image de la France? Il y avait cet article: "La France se dirige-t-elle vers une crise de la dette à la grecque?" - M.Encaoua: Cette question est légitime. C'est ce qu'il s'est passé avec le FMI. La Grèce faisait défaut. Ce n'est pas du tout la situation économique de la France. On a déjà une crise économique. Elle pourrait être renforcée par une crise financière, qui serait la conséquence de cette censure. C'est normal de se poser la question. Il n'y a pas pire que l'incertitude, en économie. Beaucoup d'investisseurs ne prennent plus le risque d'aller en France pour investir davantage.
Il y a un certain nombre d'incertitudes fiscales. Tout ça, c'est très lourd. Donc non, pas de scénario à la grecque, en tout cas, pas aujourd'hui. Mais oui, il y aura des conséquences. Il y aura des conséquences sur la confiance de la signature française, la question des taux. Ce n'est pas qu'une spirale financière. Ca a des répercussions très réelles sur l'économie. La bataille de communication sur les conséquences d'une censure commence à se faire entendre. Là où M.Le Pen a très bien joué,
c'est qu'il y aurait pu y avoir un mois de communication alarmiste. Si elle n'avait pas pris de cours M.Barnier en lui disant: "Je vais censurer mercredi", tout le monde avait en tête la date du 20 décembre. - A.de Tarlé: C'est le budget de l'Etat. On n'avait pas vu venir avant le budget de la Sécurité sociale... - M.Encaoua: On peut imaginer dans la presse de demain qu'il y aura des sondages. On va les regarder de très près. Il y a une course contre la montre. L'opinion n'est pas comme nous, à regarder en permanence le feuilleton budgétaire à haut risque. Ca prend du temps. - A.de Tarlé: On revient à vos questions.
Question. Dans quel état d'esprit est-il, M.Barnier? C'est un homme qui a de l'orgueil. - C.Bertrand: C'est un négociateur très dur. On le disait à Bruxelles. C'est un bon négociateur, on le voit côté français. Les Britanniques le trouvent très dur et cassant. Sur le RN, il a déjà beaucoup cédé. S'il cède plus, il peut le faire pour ne pas tomber, mais il montre que nous sommes dans une cohabitation avec le RN. C'est Ce que Carl disait tout à l'heure.
Est-ce qu'il peut se permettre ça? Est-ce que ça ne compromet pas la suite de son mandat? Il prouverait à M.Le Pen qu'elle peut imposer ce qu'elle veut. Il y a tout ça qui est en jeu dans ces discussions, son positionnement et le positionnement des jours qui viennent. - A.de Tarlé: Question. - A.Bouilhaguet: Je pense qu'elle attend encore un autre geste. Elle a besoin de calmer ses troupes, de trophées qui soient exhibables. Les concessions, c'est aussi parce que le RN a insisté. D'ici à lundi, il pourrait ne pas se passer grand-chose. Quand on fait un 49-3, le gouvernement récupère la copie. Il y remet à nouveau ce qu'il veut. Certains députés Macronistes m'ont laissé entendre que c'est là qu'il pourrait y avoir un dernier coup vis-à-vis de M.Le Pen. Il y aura des tractations, des discussions... - A.de Tarlé: Un cadeau de plus. Question.
- A.Bouilhaguet: C'est ce que l'on disait. Ceux qui vont rentrer dans l'impôt, ce n'est pas négligeable. - A.de Tarlé: Si on reprend le budget 2024, les Français qui ne payaient pas l'impôt vont le payer, car les barèmes n'auront pas été réévalués avec le niveau de l'inflation? - A.Bouilhaguet: Exactement. 380 000 foyers fiscaux, ce n'est pas rien. - M.Encaoua: Les électeurs de M.Le Pen peuvent être directement impactés, comme les policiers, qui devaient être revalorisés. Il y a des lois de programmation, comme dans la justice ou le monde militaire. - A.de Tarlé: On a vu E.Borne dire: "La carte Vitale ne fonctionnera plus."
- A.Bouilhaguet: Ca, c'est faux. - C.Bertrand: C'est là où les Français commencent à avoir du mal à entendre les arguments du gouvernement. Il y a eu des fake news au milieu de tout ça. Ils entendent d'autres partis politiques leur dire: "Avec ce budget, ce sera pire qu'avant." Je ressens surtout des électeurs qui s'en désintéressent, qui se disent: "Ils feront ça sans nous. Ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale ne compte pas. Tout sera réécrit par le Sénat." Je sens des gens complètement désintéressés. Question. - A.Bouilhaguet: C'est compliqué. E.Macron va souvent se poser cette question dans les deux prochaines années. - M.Encaoua: Pas très enviable, ce job. - A.de Tarlé: Il y a toujours des candidats.
- C.Meeus: C'est ce qui est étonnant. - A.de Tarlé: Merci d'avoir participé à cette émission. A suivre, "C l'hebdo", avec A.Casse. - A.Casse: Bonsoir, Axel. Dans un instant, les enquêteurs sont-ils sur le point de porter un coup fatal à la DZ Mafia, qui ambitionne de devenir le plus grand groupe criminel de France? Leur supposé chef, qui tire les ficelles depuis sa cellule de prison, a été entendu par les enquêteurs. Vous entendrez Lio, qui réagit au procès des viols de Mazan,
Jean-Luc Mélenchon