Adrien Quatennens au sujet de Pétain : "L'itinérance de Macron est devenue une errance mémorielle"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:43OuverteÉludée
Avez-vous tout simplement compris cette déclaration dans ce contexte-là ?
- 2:35RelanceRéponse directe
Vous avez dit que c'était une dérive monarchique, mais les présidents de la République contribuent à réconcilier très souvent le pays avec son histoire. Est-ce que vous déniez au président cette fonction ?
- 4:48OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est un geste de compensation suffisant, d'après vous, Adrien Quatennens ?
- 6:18FerméeRéponse partielle
Est-ce que le sujet est clos ?
- 9:53OuverteRéponse directe
Sur la forme de cette mobilisation, quelle est votre analyse ?
- 10:57RelanceRéponse directe
Donc vous n'y voyez pas une forme de faiblesse des corps intermédiaires, habituels, partis politiques, syndicats ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06Invité politiqueFait
« Puisque ça participe finalement d'une nouvelle manifestation, ces dérives monarchiques auxquelles le président Emmanuel Macron semble habitué. »
- 1:11Invité politiqueFait
« Puisque il faut quand même rappeler que le maréchal Pétain a été frappé d'indignité nationale. »
- 1:13Invité politiqueFait
« Il a été complice de crimes. »
- 3:07Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron prend souvent quelques libertés avec l'histoire. »
- 3:31Invité politiqueFait
« C'est un véritable couac de communication au sein du gouvernement. »
- 5:20Invité politiqueFait
« Quelle cohérence y a-t-il à taxer unilatéralement celles et ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur bagnole ? »
- 6:02Invité politiqueChiffre
« Le bilan d'Emmanuel Macron pour l'instant en matière d'écologie dans ce pays, c'est qu'alors que la France avait pris l'engagement d'une diminution de 5% de ses émissions de gaz à effet de serre lors de la COP21, on est aujourd'hui à plus 3%. »
- 13:51Invité politiqueFait
« Au moment où ça se passe, nous sommes piqués à vif, attaqués sur l'un de nos fondements, l'exemplarité en politique. »
- 14:27Invité politiqueFait
« Quand on sait, par exemple, qu'au siège de La République En Marche, il y avait des armes, ce qui n'est pas le cas, je vous rassure, à la France insoumise. »
- 15:00Invité politiqueFait
« Chacun sait que la justice dans ce pays n'est pas un tout. »
- 15:27Invité politiqueFait
« Une quinzaine de perquisitions, toutes nos données, y compris des données privées, d'ailleurs, ont été aspirées par des instances qui dépendent directement du ministère de l'Intérieur et de la justice. »
- 17:10Invité politiqueFait
« Ces perquisitions, elles ont été le fait de deux dénonciations sans le moindre fait contre nous. »
- 22:14Invité politiqueFait
« Personne à la France insoumise ne se laisse aller dans quelque montée de nationalisme que ce soit. »
Temps de parole
- Adrien Quatennens64 %
- Présentateur15 %
- Invité10 %
- Auditeur5 %
- Auditeur 23 %
- ?3 %
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Et avec Léa Salamé ce matin, nous recevons dans le grand entretien du 7-9, le député La France Insoumise du Nord. Intervenez, participez au débat 01-45-24-7000, les réseaux sociaux, l'application France Inter. Adrien Quatennens, bonjour. Bonjour. Merci d'être au micro d'Inter ce matin. Le parcours imaginé par Emmanuel Macron pour célébrer le centenaire de l'armistice de la Grande Guerre a été marqué par des moments de recueillement, d'hommage aux poilus qui se sont battus, qui sont morts pour la France. Mais la mémoire a été rattrapée par la polémique hier, quand le président de la République a déclaré que le maréchal Pétain a été aussi, pendant la Première Guerre mondiale, un grand soldat.
Il y a eu des hauts faits de guerre, mais il y a eu une forfaiture dans la Seconde Guerre mondiale. Avant d'en venir à la suite des événements hier soir, avez-vous tout simplement compris cette déclaration dans ce contexte-là ?
Non, absolument pas. Il y a ce qui devait être une itinérance mémorielle qui semble être finalement une certaine errance mémorielle, si je puis dire. Puisque ça participe finalement d'une nouvelle manifestation, ces dérives monarchiques auxquelles le président Emmanuel Macron semble habitué. Puisque il faut quand même rappeler que le maréchal Pétain a été frappé d'indignité nationale. Il a été complice de crimes. Il a été celui qui a instauré le statut des juifs en France alors que l'occupant ne faisait même pas pression pour cela. Il a donc été complice de crimes.
Il
a été frappé d'indignité nationale. On voit mal pourquoi aujourd'hui Emmanuel Macron pourrait décider seul de le réhabiliter. Si nous devons rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à la fin de la guerre en 1918, je ne
vois
pas pourquoi aujourd'hui on devrait réhabiliter de cette manière le maréchal Pétain.
En réalité,
ce
n
'est
pas une réhabilitation. On va parler du rétropédalage de la nuit de l'Elysée. Mais quand Emmanuel Macron dit « j'ai toujours regardé l'histoire de notre pays en face, je n'occulte aucune page de l'histoire ». Il y a les pages glorieuses et les pages honteuses, les lumières et les ombres de l'histoire. L'histoire est complexe. Est-ce une faute de le dire comme ça
?
L
'histoire
est complexe comme les hommes, mais la personne du maréchal Pétain, comme de tout responsable, n'est pas sécable. Et par conséquent, il y a des ignominies et des crimes commis qui annulent tout fait précédent. Et quand on s'est rendu complice des crimes de l'Allemagne nazie, il n
'y a
pas lieu d'être réhabilité ou en tout cas honoré, y compris pour des faits précédents
qui,
par ailleurs, peuvent être discutables. Parce que, vous savez, le rôle du maréchal Pétain dans la fin de la guerre notamment, on sait que Clémenceau l'avait remplacé par le maréchal Joffre à la fin de la guerre en 1910, parce que déjà, il était défaitiste. Donc bref, moi en tout cas, ce que
je
veux dire, c'est qu'il n
'y
a pas à tergiverser. Complice de crime, on n'honore pas ce type de
personnage.
Juste une question, vous avez dit que c'était une dérive monarchique, mais les présidents de la République contribuent à réconcilier très souvent le pays avec son histoire, à affronter, elle le disait, des pages noires. Il y a une politique de la mémoire, les présidents sont souvent très utiles, très importants dans ce sujet-là. Est-ce que vous déniez au président cette fonction ?
Qu'il y ait des controverses d'historiens, ça les regarde, mais le rôle du président de la République, y compris dans le contexte que l'on connaît, qui doit avoir une parole rassembleuse, n'est pas de mettre typiquement ce genre de fait à l'ordre du jour. Par ailleurs, Emmanuel Macron prend souvent quelques libertés avec l'histoire. Ce n
'est
pas exactement la même thématique, mais souvenez-vous que quand il va au couvent des Bernardins dire que le lien entre l'Église et l'État aurait été abîmé et qu'il conviendrait de le réparer, il prend aussi une liberté avec l'histoire. Parce que le lien entre l'Église et l'État n'a pas été abîmé, il a été rompu par le peuple, avec notamment l'instauration après des lois laïques. Donc c'est une liberté qu'il prend avec l'histoire, une interprétation.
Par ailleurs, ça masque une chose, c'est un véritable couac de communication au sein du gouvernement, puisque chez vos confrères, hier matin à 8h30, Mme Parly disait qu'il n'y aurait dommage rendu qu'aux maréchaux qui sont aux Invalides, ce qui n'est pas le cas du maréchal Pétain, ce qui n
'est
d'ailleurs pas le cas du maréchal Joffre lui-même. Et puis dans la journée,
il
y
a
eu cette provocation d'Emmanuel Macron. Je me demande par ailleurs s'il n
'y
a pas de sa part la volonté d'allumer un contre-feu ou un incident pour contourner les problèmes qu'il rencontre un peu partout où il se déplace, parce que visiblement, il fait face à une colère légitime sur le pouvoir d'achat, sur l'emploi.
Et donc son itinérance,
disons, ne se passe peut-être pas comme prévu de son point de
vue.
Dernière question, finalement, vous avez raison, Florence Parly avait raison, en disant qu'il n
'y
aura dommage que pour les 5 maréchaux enterrés aux Invalides, et donc pas Pétain, pas pour les 8. L'Élisa a clarifié dans la nuit en disant, finalement, ce sera comme ça et pas autrement. Est-ce que le sujet est clos
?
Le sujet est clos du point de vue protocolaire, j'ai envie de dire, mais il n'est pas clos du point de vue de l'émotion que ça suscite dans le pays. Encore une fois, vous avez vu les réactions, elles sont justifiées. Emmanuel Macron, là, s'est finalement laissé aller.
Je
le disais, la
semaine
dédiée à la mémoire de la Grande Guerre a également été marquée par d'autres polémiques, notamment celle sur le prix des carburants. Le président a décrit le mécanisme qu'il souhaitait mettre en place, celui qui fonctionne déjà dans la région Hauts-de-France, de Xavier Bertrand. Est-ce que c'est un geste de compensation suffisant, d'après vous, Adrien Quatennens ?
Nous avons besoin d'une politique écologiste conséquente et globale. Moi, j'en ai ras-le-bol de cette écologie de salon réservée à ceux qui ont les moyens. Face à la crise climatique qui concerne tout le monde, qui détermine d'ailleurs un intérêt général, il va falloir, et c'est notre rôle, que l'écologie soit populaire. La justice fiscale et sociale ne peut pas être scindée du combat climatique et écologique. Par conséquent, moi, j'interroge le président de la République. Quelle cohérence y a-t-il à taxer unilatéralement celles et ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur bagnole ? Ce qui ne
veut
pas dire que je défende, bien évidemment, le modèle de la voiture individuelle. Nous sommes pour la sortie du diesel. Mais en quoi la taxation unilatérale du diesel et des carburants va contribuer à ce qu'on sorte ?
La
vérité, c'est que vous pouvez faire fois deux sur le prix à la pompe. Si les gens n'ont pas d'autre choix que de prendre leur bagnole pour aller bosser, ils vont payer fois deux et ils feront des sacrifices par ailleurs. Quelle cohérence y a-t-il à mener une politique prétendument écologiste ? Ou d'un côté, on taxe unilatéralement les carburants. Quand par ailleurs, Emmanuel Macron poursuit le grand déménagement du monde avec le libre-échange, avec les accords CETA, JEPTA qu'il a signés.
Vous savez, le bilan d'Emmanuel Macron pour l'instant en matière d'écologie dans ce pays, c'est qu'alors que la France avait pris l'engagement d'une diminution de 5% de ses émissions de gaz à effet de serre lors de la COP21, on est aujourd'hui à plus 3%. Le bilan écologique de Macron et sa majorité, c'est simplement la loi sur les pailles en plastique et les touillettes. Il faut faire quelque chose de beaucoup plus ambitieux et global.
Vous interrogez la cohérence d'Emmanuel Macron, on pourrait interroger votre cohérence à la France insoumise sur
cette question-là.
L'écologie, c'est votre pilier. On peut discuter des modalités, mais la conviction écologique ne fait pas de doute chez vous, chez Jean-Luc Mélenchon et à la France
insoumise. Pourquoi
ne pas prendre vos responsabilités comme les Verts ont commencé à le faire quand Yannick Jadot dit « Fiscalité légitime, il faut être honnête, oui, il faut taxer le diesel. » Est-ce que vous n'êtes pas
incohérent là ?
Je vous redis qu'il n'y
a
pas d'incohérence, je vais m'expliquer à votre micro. D'abord redire « Oui, nous sommes pour la sortie du diesel. » Je conteste par contre le fait que la taxation augmentait sur les carburants, sans offrir par ailleurs d'alternatives aux gens qui n'ont pas le choix. Moi, à la rigueur, je veux bien qu'on reparle de l'augmentation des taxes, le jour où on investit véritablement dans des alternatives, le jour où on propose à nos concitoyens les transports en commun gratuits.
Savez-vous que pour le budget 2019, Léa Salamé, c'est plus près de 4 milliards de ponctions prétendument écologistes dans le budget, et en réalité, l'investissement dans le renouvelable et dans les politiques environnementales, c'est quelque chose comme
180 millions seulement.
Les transports en commun gratuits, ça ne changera rien pour
ceux qui habitent en zone rurale
et qui prennent leur voiture pour
aller travailler.
D'abord, ce qu'il faut dire, ce que je viens de vous dire, c'est qu'alors qu'Emmanuel Macron dit que ces taxations servent notamment à financer la transition écologique, il
n'y
a qu'une toute petite, une infime partie des recettes de ces taxations qui vont être allouées à cela. La vérité, c'est qu'en faisant leur plein d'essence et en payant ces taxes, les contribuables, nos concitoyens, payent la politique budgétaire d'Emmanuel Macron, qui, vous le savez comme moi, vise à redistribuer beaucoup plus d'argent aux plus riches, aux détenteurs de capital. Ça n'est pas une politique écologiste. Nous avons besoin d'une politique globale.
Nous
appelons par exemple à la planification écologiste. Ça veut dire qu'on investit véritablement dans un projet industriel qui ferait que la France respecterait la règle verte. On en est à ce niveau d'urgence. Si vous pensez qu
'on
va pouvoir se contenter d'une loi sur les touillettes en plastique ou ce que fait Emmanuel Macron face à la crise climatique, on se trompe. Il
faut bien
lancer à un moment la fiscalité
écologique. Les
Verts le disent. Bon,
voilà, c'est un levier. Ça ne veut pas dire
que ça invalide des plans industriels à plus long cours. Il faut bien commencer.
J'entends ce
raisonnement qui consiste à dire qu'il faut bien commencer. Mais dans ce cas-là, pourquoi ne pas commencer par exemple par taxer les plus gros industriels ? Pourquoi ne pas commencer par exemple par taxer le kérosène, les voyages en croisière ? Dites-vous bien une chose, c'est qu'en prenant ce type de mesures, qui en plus, je vous le répète, ne finance pas la transition écologique, ont fait en sorte, y compris que le combat climatique, soit antisocial finalement. C'est ce que fait Emmanuel Macron. Alors que nous avons besoin de lier intimement les deux. Parce qu'y compris les conséquences du changement climatique sont souvent les populations les plus modestes qu'en pâtissent.
Donc on a besoin, y compris, entendez cela, c'est une opportunité formidable. À ce micro, M. Hulot avait démissionné en disant bien que c'est un changement de modèle, de paradigme auquel il faut se consacrer. Ce n
'est
pas verdir un petit peu un programme par quelques coups de bento comme le fait Emmanuel Macron.
Il nous
faut passer à la planification écologique.
Adrien Quatnas, est-ce que vous serez dans la rue le 17 novembre, ce grand mouvement des Gilets jaunes pour bloquer la France
? Moi, j'attends de voir quelle forme prennent ces mobilisations. Mais je vous dis à titre personnel que si je suis disponible et qu'il
y a
une mobilisation près de chez moi, évidemment que j'irai. Pourquoi n'y irai-je pas ? Dès l'instant où je considère que cette colère est légitime, il y a toutes les raisons d'y aller. Et d'ailleurs, je pense que, justement, il ne faut pas regarder ses chaussures. Quand on mène comme nous, vous l'avez rappelé à Salamé, le combat écologiste, il faut faire cette démonstration que le combat écologiste se mènera nécessairement avec la majeure partie de nos concitoyens qui sont les plus modestes, notamment, et qui ont à subir de la politique d'Emmanuel Macron. Ce
mouvement
ne vient pas des partis, celui du 17 novembre. Il ne vient pas non plus des syndicats. C'est un mouvement spontané, né sur les réseaux sociaux, même s'il peut être récupéré, on verra. Sur la forme de cette mobilisation, quelle est votre analyse ? Est-ce que vous pensez que c'est là une prise de pouvoir des citoyens qui ne se sentent peut-être pas représentés par les partis, défendus par les syndicats ? Comment vous analysez ça ?
Cela m'intéresse beaucoup pour la raison que vous savez qu'à la France Insoumise, nous en appelons à l'auto-organisation du peuple, c'est-à-dire que les citoyennes et les citoyens prennent eux-mêmes des initiatives. D'ailleurs, quand il y
a
eu récemment les marches pour le climat, ce n'était pas non plus le fait d'un parti politique ou d'un mouvement, c'était bien le fait de citoyens et des mobilisations politiques les rejoignent. C'est bien, c'est vertueux. Mais absolument, et il faut le voir en plus, d'autant plus qu'il y a eu cette polémique autour de la récupération malsaine à laquelle s'adonne l'extrême droite. Vous avez vu que les initiatrices, initiateurs de ce mouvement du 17 novembre ont illico presto dénoncé cette récupération. Donc c'est positif.
Nous d'ailleurs, en tant que mouvement constitué, nous n'allons pas lancer d'appel en tant que tel pour ne pas contribuer à cette récupération politique, mais évidemment que non seulement nous sommes en accord avec les mots d'ordre, et puis nous faisons cette démonstration.
Donc vous
n'y voyez pas une forme de faiblesse des corps intermédiaires, habituels, partis politiques, syndicats, c
'est
autre chose ? Tout ça se complète et n
'est
pas concurrent. Moi je me souviens qu'au mois de septembre dernier, quand nous avions fait une manifestation, vous avez dit vous faites le travail des syndicats à leur place, c'est pas vrai. Aujourd'hui, face à une offensive globale et la nécessité urgente de changer de modèle, toutes les énergies sont bonnes à prendre. Et donc tout ça se complète finalement et n
'est
pas concurrent. Ne voyez pas entre les partis, les associations, les syndicats, Tout ça se complète et bienvenue.
Autre question, les violences scolaires. Emmanuel Macron en a parlé il
y
a deux jours, face aux violences scolaires, on se souvient de l'émotion de cette prof qui a été braquée par une arme factice. Emmanuel Macron n'exclut pas des policiers à l'école, si jamais la situation l'exige, si et seulement si le chef d'établissement en fait la demande. Est-ce qu'on peut le déplorer, mais est-ce que c'est pas parfois nécessaire ?
Je ne le crois pas. En tout cas, je pense qu'une fois de plus, sur ce thème-là, nous avons besoin d'une politique globale. On en arrive à ces situations aussi, parce qu'on le voit bien dans certains collèges, certains lycées, notamment à proximité des quartiers populaires, il y
a
eu souvent un sentiment d'ailleurs qui est présent d'abandon, des services publics qui reculent, des moyens qui reculent. Et tout ça participe finalement du délitement de nos anticorps républicains qui, derrière, font qu'il y a ce type de comportement déviant. Ce n'est pas en armant les policiers d'une part, ou en faisant en sorte qu'il
y
ait les policiers à l'école, qu'on va résoudre ce problème profond. La vérité, c'est que la République a démissionné à beaucoup d'endroits, et il est véritablement temps qu'elle y revienne, non pas pour faire une reconquête républicaine, comme le disait Gérard Collomb, mais simplement pour offrir à une population qui a envie en plus d
'en sortir. Elle a démissionné à l'école,
Adrien Quatennens, la République ? Non, non. Vous avez la République et les professeurs qui font tout ce qu'ils peuvent avec les moyens qu'ils peuvent, j'ai envie de dire, comme plein de services publics. Récemment,
vous
voyez dans la santé, par exemple, des services publics qui craquent de tous côtés, avec des fonctionnaires à leur tête, qui ont envie simplement de faire quoi ? De faire leur travail correctement. Ils ne demandent pas plus, les fonctionnaires de ce pays. Ils ne demandent pas des augmentations mirobolantes de salaire. Ils demandent qu'on leur donne les moyens de faire leur travail correctement, à tous les étages. C'est là dans l'éducation, c'est là dans la santé, tous les secteurs.
Alors,
on ne peut pas répondre à ce besoin de moyens avec une politique de rabot budgétaire qui vise simplement à rentrer dans les clous des traités budgétaires européens. C'est valable aussi, d'ailleurs, parce que tout est lié en politique avec la politique écologiste. Dans le cadre de ces traités qui imposent l'austérité budgétaire, on ne peut pas mener une politique écologiste ambitieuse.
Alors, avant de donner la parole aux auditeurs d'Inter, une question. Il y a trois semaines, des perquisitions ont été menées chez des membres dirigeants de la France Insoumise, Adrien Quatennens, et dans certains de vos locaux. Rétrospectivement, au calme, là, on est au calme. Est-ce que vous vous dites que la violence, les images, les mots, tout cela n'était peut-être pas une si bonne idée, une si bonne stratégie que cela
? Je veux dire, à ce moment précis, Nicolas Demorand, donc je parle d'il y a trois semaines, il n
'y a
pas de stratégie. Au moment où ça se passe, nous sommes piqués à vif, attaqués sur l'un de nos fondements, l'exemplarité en politique, dans une période où la coupure entre le citoyen et les politiques est importante, donc nous avons été piqués au vif. Est-ce que nous avons parlé fort ? Oui. Est-ce que nous étions en colère
? Nous
étions en colère, et ça s'est vu. Moi, j'aimerais, par contre, même si c'est votre travail de commenter cette colère, que vous commentiez aussi le fait générateur. Il y a un certain nombre de questions, depuis que justement nous sommes au calme, comme vous dites,
et
que la tension s'est apaisée, qui se posent. Y a-t-il eu une disproportion
?
On
les a
posées, M.
Quatennens. Bien sûr, mais
y a-t-il eu une disproportion ? Y a-t-il eu un deux poids,
deux
mesures ? Quand on sait, par exemple, qu'au siège de La République En Marche, il y avait des armes, ce qui n'est pas le cas, je vous rassure,
à
la France
insoumise. J'ai posé la
question à François Mollins.
Bien sûr, quand on fait la perquisition, on a fait les deux. En
fonction de l'interview V, les questions sont forcément contradictoires. Donc, les questions ont été posées aussi dans l'autre sens. Et quand vous entendez François Mollins, par exemple, le procureur Mollins, ou Robert Badinter, à ces micros-là, dire, sur la question, et sur les mises en cause de Jean-Luc Mélenchon, dire non, la justice est indépendante en France.
Moi, je
veux bien qu'on ait ce genre de totem qu'on répète à tour de bras, la justice est indépendante. D'accord, une fois qu'on a dit ça, chacun sait que la justice dans ce pays n'est pas un tout.
Et
qu'un procureur, le parquet, est directement lié au pouvoir. Enfin, c'est quelques semaines auparavant, avant les perquisitions, il y avait cette polémique que vous aviez commentée vous-même, d'ailleurs, sur le fait qu'Emmanuel Macron intervienne dans la nomination des procureurs. Et je ne
crois
pas me tromper si je dis qu'Édouard Philippe avait parlé de droit de regard sur leur nomination.
C
'est-à-dire que, sans faire de complotisme, Léa Salamé, ce qu'il convient de dire, c'est qu'au moment des perquisitions, perquisitions inédites en politique, fait du parquet,
il
faut le dire, une quinzaine de perquisitions, toutes nos données, y compris des données privées, d'ailleurs, ont été aspirées par des instances qui dépendent directement du ministère
de l'Intérieur et de la justice. C'est en fait que de le dire.
En
tout cas,
on l'entend, vous ne regrettez rien sur le fond, ni même sur la forme, ce matin.
Non, mais
moi, je vous dis, encore une fois, je souhaiterais, si c'est possible, vous avez dit, oui, nous étions en colère, de fait. Une fois qu'on a dit ça, y compris dans votre rôle de journaliste, il y a véritablement des questions à se poser sur l'instrumentalisation de la justice en politique. Parce que c'est inédit, parce qu'il y a un deux poids, deux mesures, et nous ne nous demandons pas à être traités autrement, Nicolas Demorand, que comme tout
justiciable
devrait l
'être.
Comme le disait
Léa, ces questions aux différents invités de
France Inter.
Les sondages, c'est la météo, dit souvent Jean-Luc Mélenchon. Depuis, en tout cas, la météo n'est pas très bonne pour vous à la France Insoumise, c'est avis de gros temps. Jean-Luc Mélenchon chute dans les sondages. Est-ce que quelque chose, malgré tout, en dépit de la colère, de vos explications, est-ce que quelque chose ne s'est pas cassé ?
Mais il va nous falloir, non, pas cassé, il va nous falloir un moment pour inverser la vapeur, c'est vrai. Comment voulez-vous que ça produise un autre effet ? Quand vous avez des choix éditoriaux qui visent pendant 3, 4, 5 jours à ne focaliser que sur une séquence de 50 secondes où on voit la colère, dans le pays...
Non,
mais
attendez, ce que je vous dis en tout cas, c'est que c'est un fait ça aussi. Quand vous faites ce choix uniquement de commenter la colère, je ne
dis
pas vous spécifiquement, quand la plupart des grands médias décident de ça, ça provoque dans le pays quelque chose qui est clair. C'est que pour la majeure partie des braves gens qui regardent leur téléviseur, s'il y
a
une quinzaine de perquisitions dans un parti politique, c'est que ces gens-là sont suspects. Vous connaissez le fameux « il n
'y a
pas de fumée sans feu ». Donc maintenant, nous, on sort les rames pour faire en sorte, à chaque fois qu'on peut, de poser des arguments juridiques et politiques. Parce qu'il faut quand même rappeler que ces perquisitions, elles ont été le fait de deux dénonciations sans le moindre fait contre nous. Nos comptes de campagne ont été validés, on a demandé nous-mêmes à ce qu'ils soient réexaminés. Et dans l'affaire des prétendus emplois fictifs au Parlement européen, on avait déjà répondu à toutes les questions aussi. D'ailleurs, il y
en
a 17 autres qui sont concernés, toutes les qui étaient confondues.
Est-ce qu'il y a eu des perquisitions chez eux ? Mais par ailleurs, vous allez voir,
maintenant, on revient à une séquence qui est politique. Il y
a
les élections européennes qui arrivent. On a un tas de choses à dire. On est les seuls, sans doute, à parler d'Europe de façon conséquente. Donc moi, je ne gère pas une rente politique. Les sondages, vous savez, nous, quand on voit qu'on est à 11-12%, on ne
se
dit pas très bien, on va faire 11-12%. On se dit comment on fait pour aller récupérer les 6-7-8 points de plus qu'il faut pour gagner ces élections.
Georges est au standard. Georges qui nous appelle de la ville dorée. Bonjour et bienvenue. Bonjour à France Inter. Et
je voudrais dire merci au Prix Goncourt qui m'a beaucoup
ému
pour son côté humain. Et je voudrais qu'il y
en
ait plein comme ça parce que j'écris en plus. Et donc, ça fait vraiment plaisir. D'autre part, je suis à la France Insoumise. Et ce qui me choque un peu, c'est l'attitude de JLM quand on le critique. Parce que sur le fond, on peut être d'accord pour la perquisition, c'est injuste. Sur la forme, c'est complètement non productif. J'étais à Alternatiba il y a quelques semaines. Et c'est des gens qui sont, on va dire, de gauche parce que j'aime bien le mot de gauche. Et les gens, sur les 40-50 bénévoles qui sont de gauche, il
n
'y
en
a pas un seul qui a été capable de me dire oui, je comprends Jean-Luc Mélenchon. Ils étaient contre ça. Donc, je voudrais qu
'on
critique Jean-Luc Mélenchon sur la forme. Il faut qu'il arrête
de
déposer les gens parce que les gens de gauche ont besoin de quelqu'un qui les réunisse comme ferait Clémentine Autain. Vous
trouvez qu'il est difficile
de critiquer Jean-Luc Mélenchon, c'est ça ?
Adrien, et j'aimerais te le dire de vive voix. Je voudrais qu'on puisse critiquer sans qu'on se fasse incendier par ses amis quand on est sur les réseaux sociaux. On trouve ça inadmissible. On partage les mêmes choses, les mêmes combats. On voudrait que ça change, qu'il y
ait
du bonheur sur la France et qu'on arrête cette politique qui détruit les services français. bien
compris Georges. Adrien Quatennens va vous répondre. Donc la question sur JLM, c'est Jean-Luc Mélenchon, venu d'un adhérent LFI. Allez, Adrien Quatennens.
Bonjour.
Alors,
d'abord, dire que, comme je l
'ai
dit à
l
'instant à ce micro, le mardi matin, au moment des perquisitions, il y
a
une colère qui s'exprime. Et Jean-Luc Mélenchon, vous l'avez vu au début, quand c
'est
de la perquisition chez lui à son domicile, il prend une décision. Comme il sait que c'est une affaire politique et non pas judiciaire, il fait le choix de désencercler les choses en faisant le fameux live Facebook.
D'où
qu'à ce moment-là, les choses sont plutôt calmes, si je reprends y compris vos termes, Nicolas Demorand. Là où ça change, c'est quand
il
apprend qu'une quinzaine de ses proches, y compris des gens qui ne travaillaient plus avec lui, sont perquisitionnés à leur domicile privé, alors qu
'ils
n'étaient absolument au courant de rien puisqu'ils n
'ont
rien à se reprocher. Donc, encore une fois, les images, moi, je ne demande pas qu'on excuse cette colère. Je demande qu'on la comprenne et qu
'on
voit qu'elle est circonstanciée.
Mais
la critique de l'auditeur va plus loin. Il dit qu'on ne peut pas critiquer Jean-Luc Mélenchon
dans le parti. Bien sûr que
si, pourquoi ne pourrait-on pas ? Parce qu
'il dit qu'on se fait immédiatement pour rire sur les réseaux sociaux. Il faut
rappeler quelque chose. D'abord, c'est que nous ne faisons pas un parti politique, vous le savez. Nous faisons un grand mouvement populaire dans lequel il y a plus d
'un
demi-million de personnes. C'est des niveaux d'engagement qui sont très différents.
Vous
avez des gens qui sont simples signataires d'une newsletter, d'autres qui sont à l'action tous les jours, comme c'est le cas dans plein d'endroits. Donc, les niveaux d'engagement sont très différents.
Ne
faisons pas un parti. Bien sûr que la critique est possible. Mais moi, je voudrais qu'on arrête simplement de charger la mule. Ce moment-là, Jean-Luc Mélenchon a choisi de prendre la foudre sur lui. Voilà. Et c'est ce qu'il a fait. Et il s'est conduit de ce point de vue en responsable politique. Il faut dire les choses, honnêtement. Et moi,
j
'ai y compris plein de témoignages. On en a reçu plein qui sont différents de cet auditeur, même si je le comprends et je l'entends qui sont des témoignages de soutien. Il y
a
des gens qui disent mais la colère qui s'est exprimée, on la ressent. Donc, encore une fois, maintenant, passons à autre chose que simplement le commentaire de la colère. Rediscutons politique, y compris sur cette affaire.
La Rochelle est en ligne. Bonjour Gérard.
Bonjour. Voilà. Moi, je suis pareil, insoumis depuis la première heure. Et je viens d'apprendre à part libération que nous avons une insoumise qui n'est plus insoumise, qui vient de partir à Génération S qui s'appelle Sarah Soali. Et je voulais savoir ce qu'Adrien en pensait. parce que c'est encore un signe négatif et que c'est un peu... Voilà.
Bien reçu. Bien reçu, Gérard.
Ça ne met pas du tout en question mon engagement. Mais je trouve que ces arguments, par exemple, le fait de trouver qu'il y avait des magouilles au niveau de notre liste de candidats européennes ou que la présidence de l'Europe est plutôt celle de Génération S. Voilà. Bien reçu. Bien
reçu. Ce qu
'elle dit, pour qu'on situe, Sarah Soali, effectivement, donne une interview dans Libération ce matin. C'est une des porte-parole de la France insoumise dans la région de Marseille. Elle dénonce, elle quitte le mouvement dénonçant des accords stratégiques. Les excès dans la communication ont fini par brouiller la ligne politique sur l'Europe, sur les migrants, sur l'écologie. La gauche doit être elle-même, pas se laisser emmener dans la montée des nationalismes.
Adrien Quatennens. D'abord, personne à la France insoumise ne se laisse aller dans quelque montée de nationalisme que ce soit. Nous sommes conséquents, y compris sur le fond, sur toutes ces questions. Non, ce que je dois dire, y compris à l'auditeur insoumis que je salue, c'est que les problèmes que nous rencontrons internes, finalement, sont à la hauteur de la dimension qu'a prise la France insoumise, si vous voulez. Évidemment que quand on a fait 7 millions de voix à l'élection présidentielle, quand on a un mouvement de plus d
'un
demi-million de personnes, ce n
'est
pas la même chose quand on fait un parti politique de quelques milliers. Donc,
il
y a des arrivées, il
y
a des départs. Si ça peut vous rassurer, sachez que nous, on surveille de près, y compris l'activité du mouvement, c'est à peu près 1000 signatures de plus à la France insoumise par mois, c'est 300 événements par semaine qui sont inscrits sur la plateforme, donc il
y a
une activité militante qui va plutôt crescendo. Alors après, c'est sûr que dans la période, moi je le vois bien, en ce moment, il suffit de s'inscrire à la France insoumise puis d'écrire aux journalistes pour dire je suis une insoumise ou un insoumis déçu pour que tout de suite vous ayez votre heure de gloire sur
les plateaux. Encore la faute des journalistes !
Léa Salamé, pendant les perquisitions, vous savez, il y a une personne dont je retiendrai de citer le nom qui a fait tous les plateaux télé. Il n'y
a
quasiment pas un insoumis qui connaissait cette personne. Par contre, elle avait dit moi je suis déçu de Jean-Luc Mélenchon, j'étais à la France insoumise. Donc vous voyez, c
'est une importante
importante. Nous partons d'un socle qui sont les 7 millions de voix à l'élection présidentielle.
Il
s'agit maintenant de construire. La vraie question qui se pose et j'aurais voulu qu'on passe plus de temps à cela ce matin, est-ce que les diagnostics que nous posons quand nous parlons de partage des richesses, de planification écologique, de sortie des traités européens, est-ce que ce diagnostic est adapté à la situation et est-ce qu'il faut, oui ou pas, en passer par nos solutions ? La réponse, évidemment, est oui.
Pour vous, merci Adrien Quatennens, député LFI, comme disait l'un de nos auditeurs, La France Insoumise du Nord. Merci d'avoir été
au micro
d'Inter.
Adrien Quatennens