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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 4 juillet 2023 26 min

Cagnotte en soutien à la famille du policier, rôle de la police, violences urbaines... Le "8h30 franceinfo" de Manuel Bompard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. La nuit a été calme, 72 interpellations sur l'ensemble du territoire. Est-ce que vous vous félicitez de ce retour au calme qui pour l'instant est relatif ?

0:10
Manuel Bompard

Bien évidemment, la question qui est posée maintenant c'est comment on crée les conditions pour que ce qui s'est passé il y a ces dernières nuits, ces derniers jours, ne se reproduise pas dans plusieurs mois ou dans plusieurs années. Et donc comment on fait en sorte d'apporter une réponse aux problèmes profonds et structurels qui ont été dévoilés, révélés par quand même ce qui est l'élément déclencheur des événements de ces derniers jours. C'est-à-dire il y a une semaine la mort de ce jeune homme, Naël, qui a été tué à bout portant. Tout le monde a vu les images et donc ce que nous disons... Tué par un tir de policier. Tué par un tir de policier, tout le monde a vu les images.

Et donc ce que nous disons depuis le premier jour, c'est que cet événement, malheureusement, ce n'est pas un événement isolé qui vient après une multiplication et une succession de personnes qui sont décédées suite à des refus d'obtempérer et que si on veut que ça ne se reproduise pas et on doit vouloir que ça ne se reproduise pas, alors il faut être en capacité d'apporter des réponses à cette question et à ce problème. Et on a mis sur la table un certain nombre de propositions pour cela. C'est l'abrogation de la disposition législative de 2017 qui a été introduite par Bernard Cazeneuve et qui a introduisait une forme de...

1:26
Invité

Qui a soupli l'usage du tir pour... Voilà.

1:31
Manuel Bompard

Et tout le monde sait, tout le monde sait, et tous les chiffres le démontrent, que depuis l'entrée en vigueur de cette disposition législative en 2017, le nombre de personnes qui sont décédées suite à des refus d'obtempérer est allé croissant. Il y avait 17 personnes...

1:45
Présentateur

Faites référence à une étude qui a été citée notamment par le Média Blast, selon laquelle il y a eu 5 fois plus de... Exactement, il y a eu 17... C'est une étude, il n'y a pas encore de chiffre officiel au niveau du ministère de l'Ontario.

1:55
Manuel Bompard

Pour l'instant, c'est celle que nous connaissons.

1:58
Présentateur

Le nombre d'usages d'armes à feu en tout cas est revenu au même niveau qu'avant...

2:03
Manuel Bompard

Mais il y a une chose qui est claire, et c'est une réalité humaine, avec des conséquences dramatiques pour un certain nombre de familles, c'est qu'il y a 17 personnes qui sont décédées suite à des refus d'obtempérer entre 2002 et 2017, donc sur une période de 15 ans, et qu'il y en a 30 entre 2017 et 2022, c'est-à-dire après la modification de la loi. Il y a eu une personne, plus d'une personne chaque mois, qui est décédée l'année dernière suite à un refus d'obtempérer par le tir d'un policier. Il y en a eu une personne en 10 ans en Allemagne.

Donc à un moment, il faut peut-être se poser la question de savoir si notre cadre légal n'a pas quand même une responsabilité écrasante dans cette situation. Et si on ne veut pas que ça se reproduise, il faut modifier la loi. C'est la première chose à faire de mon point de vue.

2:42
Invité

On va parler de vos propositions justement aussi pour sortir de la crise, mais l'urgence ces derniers jours, c'était le retour à l'ordre. Est-ce que c'était la bonne méthode d'utiliser par exemple 45 000 policiers et gendarmes de mobiliser autant de personnes ces derniers jours ?

2:55
Manuel Bompard

Mais moi, j'ai dit depuis le début avec mes amis de la France insoumise que si on voulait un retour au calme, un retour à l'apaisement, ce que bien évidemment tout le monde souhaitait, il fallait créer les conditions politiques pour que ce retour à l'apaisement soit un retour qui soit un retour durable. Et que donc la solution ne pouvait pas être que sécuritaire. Pourquoi vous n'avez pas appris au calme ? Mais précisément pour la raison que je suis en train de vous indiquer, c'est-à-dire que comme tout le monde, je souhaite qu'il n'y ait pas des dégradations de commerce. Comme tout le monde, je souhaite qu'il n'y ait pas des mères qui soient agressées.

Comme tout le monde, je souhaite qu'il n'y ait pas des personnes qui soient agressées. Mais je pense qu'il faut créer les conditions pour que ça ne soit pas le cas. Et créer les conditions, c'est apporter des réponses politiques à la vague de colère et d'émotions qui s'est emparée du pays suite à la mort du jeune Naël.

3:39
Invité

Emmanuel Bompard, si je vous pose la question, c'est parce que l'attitude des insoumis fait polémique au sein même de la NUPES. Je vais vous citer Olivier Faure, mais pour ne citer que lui, il parle d'un profond désaccord avec vous. Il dit, nous n'avons pas à encourager les exactions sur les commerces et les biens publics. Est-ce que vous avez encouragé les exactions par votre silence ?

3:57
Manuel Bompard

Bien sûr que non, bien évidemment que non. Et je crois vous avoir répondu de manière très claire sur le sujet. Et je vais même vous dire, je suis d'accord, j'ai un profond désaccord avec Olivier Faure. Parce qu'Olivier Faure fait partie des députés qui ont voté en 2017 la modification de la loi qui a été proposée par Bernard Cazeneuve, qui était Premier ministre socialiste à l'époque. Et il a été voté par un certain nombre de députés socialistes, dont Olivier Faure. Donc oui, c'est vrai, sur ce sujet, je le reconnais. J'ai un profond désaccord avec Olivier Faure. Tous les socialistes ne l'avaient pas voté. D'ailleurs, d'autres socialistes avaient voté contre à l'époque.

4:31
Invité

Mais ce n'est pas le rôle d'un élu d'appeler au calme ?

4:33
Manuel Bompard

Mais le rôle d'un élu, c'est de créer des conditions. C'est de poser sur la table des propositions politiques pour faire en sorte que le calme puisse revenir. Sinon, il y a M. Mbappé qui a appelé au calme. Il y a la grand-mère du jeune Naël qui a appelé au calme. Et c'est très bien qu'il l'ait fait. Mais le responsable politique, sa responsabilité dans une situation comme celle-ci, c'est justement de mettre des propositions sur la table pour régler les problèmes.

4:55
Invité

Pour faire des propositions, il faut faire un diagnostic d'abord. Pour vous, qu'est-ce qu'on vit en ce moment ? Qu'est-ce que c'est ce qui se passe en ce moment dans ces quartiers ?

5:02
Manuel Bompard

C'est un mouvement de révolte, d'explosion. D'une cocotte minute qui est montée depuis des années et des années. Et sur lequel la mort du jeune Naël est venue, si vous voulez, son meurtre même, puisqu'il s'agit d'un meurtre, est venue jeter une sorte d'étincelle sur cette cocotte minute qui était en ébullition. Voilà, c'est un mouvement social, en quelque sorte. Je ne sais pas si c'est un mouvement social, c'est un mouvement de révolte. Et comme dans tout mouvement de révolte, il y a bien évidemment parfois des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord. C'est une évidence. Mais la question qui est posée, c'est est-ce qu'on s'attaque aux causes de cette explosion ? Ou est-ce qu'on dit...

Allez, regardez, depuis... C'était il y a une semaine, une semaine que ce jeune homme a été tué. C'était il y a une semaine, on n'en parle même plus. Le gouvernement, parce que je vois bien que pour le gouvernement, c'est toujours la faute des autres, jamais de sa faute. C'est-à-dire que c'est la faute de la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, des jeux vidéo, des parents dans les quartiers populaires. Mais lui, sa responsabilité, quelle est sa responsabilité au gouvernement ? Sa responsabilité, c'est de prendre la parole, c'est de dire cet acte qui a été commis nous émeut, et on va faire en sorte que ça ne puisse plus se reproduire. Quelle est la proposition ?

Juste une seule qui a été mise sur la table par le gouvernement depuis une semaine pour dire que ce qui s'est passé là ne peut pas se reproduire. Rien. Et vous savez pourquoi ? La vérité. C'est parce que les syndicats de police, et notamment le syndicat de police Alliance, qui représente plus de 50% aux dernières élections, tient le gouvernement, que le gouvernement ne veut pas s'affronter au syndicat de police Alliance. Vous me dites à moi, vous n'avez pas appelé au calme, etc.

Mais quand le syndicat de police Alliance publique ce communiqué, ce communiqué dans lequel il dit qu'un certain nombre de Français sont des nuisibles, qu'il est en guerre, qu'il menace le gouvernement, est-ce que vous avez demandé au ministre de l'Intérieur, au président de la République, pourquoi il ne les appelle pas au calme ? Pourquoi il ne les appelle pas au calme ?

6:59
Invité

Vous mettez sur le même plan, pardon, les violences de la police et les violences des héritiers ?

7:03
Manuel Bompard

Je ne mets rien sur le même plan. Je considère que ce communiqué est un communiqué dramatique, extrêmement grave. Et j'attendais du ministre de l'Intérieur, M. Darmanin, qui dise clairement que ça, ce n'était pas acceptable. Parce que la police, elle n'a pas à menacer le pouvoir politique. La police, elle n'a pas à être en guerre contre une partie de sa population. La police, elle est au service de la population et au service du pouvoir politique. Et quand un syndicat de police tient des propos comme celui-ci, le rôle du ministre de l'Intérieur, c'est de dire ça, ce n'est pas acceptable. Et ils ne le font pas.

Et ils ne font aucune proposition pour essayer de faire en sorte que ce qui s'est passé la semaine dernière ne se reproduise pas.

7:35
Présentateur

On va voir avec vous, justement, Manuel Bompard, comment on fait pour sortir maintenant de cette crise avec des concertations qui vont aussi s'ouvrir et qui ont commencé dès hier puisque les présidents de groupe étaient reçus par la première ministre à Matignon. Vous restez avec nous, Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, député des Bouches-du-Rhône. Une 9h moins 20, c'est le Filinfo, Sophie Echel.

7:53
Invité

Une semaine après la mort du jeune Naël, tué par la police à Nanterre, les violences urbaines continuent de diminuer. 72 interpellations dans tout le pays la nuit dernière, selon le dernier bilan. Les émeutes qui coûteront 1 milliard d'euros aux entreprises, selon le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, dans Le Parisien Aujourd'hui en France. Il précise que plus de 200 commerces ont été entièrement pillés, 300 agences bancaires détruites et 250 bureaux de tabac dégradés. En région parisienne, les dégâts dans les transports publics. Ce chiffre a au moins 20 millions d'euros, selon Île-de-France Mobilité, qui déplore une quarantaine de bus brûlés.

Aux Etats-Unis, une fusillade a fait 4 morts et 2 enfants blessés hier soir en pleine rue, à Philadelphie, sur la côte Est. Un homme a été arrêté par la police. Et puis elle devait faire son ultime vol ce soir, la fusée Ariane 5, après 27 ans de bons et loyaux services. Son lancement est une nouvelle fois repoussé à cause des mauvaises conditions météo. Ariane Space prévoit un nouveau lancement au plus tôt, possiblement mercredi. France Info. Le 8.30 France Info. Agathe Lambré. Lorrain Sénéchal. Toujours avec Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise. Manuel Bompard, on parlait des causes de cette révolte.

Quand on va dévaliser un Apple Store, on porte un message politique pour vous ?

9:07
Manuel Bompard

Sans doute pas. Mais comme dans tout mouvement de révolte, il peut y avoir une étincelle, il peut y avoir quelque chose qui porte une signification politique. Et puis d'autres actes, d'autres événements qui se greffent là-dessus. Et j'ai dit tout à l'heure que bien évidemment, je n'étais pas d'accord avec ce type d'action, comme nous l'avons toujours dit depuis le début. Mais si vous voulez faire comme si ce qui se passait depuis plusieurs jours n'avait rien à voir avec ce qui s'était passé la semaine dernière, c'est-à-dire le meurtre du jeune Naël, vous pouvez effectivement le faire.

Mais alors vous allez m'expliquer pourquoi les événements de ces dernières nuits ne sont pas produites il y a une semaine, il y a deux semaines, il y a trois semaines, mais précisément après le fait que ce jeune homme ait été tué par un policier dans sa voiture. Voilà, tout simplement.

Donc à partir de ce moment-là, si on veut être responsable, et si on veut, parce qu'on aime notre pays, si on veut apporter des réponses qui permettent de trouver des solutions, que ce soit des solutions durables, et pas juste une accalmie avant qu'il y ait une nouvelle explosion dans plusieurs semaines ou dans plusieurs mois ou dans plusieurs années, alors il faut essayer de comprendre les raisons de cette explosion et y apporter des réponses politiques. Et j'ai mis sur la table la question de la loi de 2017, mais je ne pense qu'il n'y a pas que ça.

Je pense qu'il y a le fait que depuis des années et des années, des situations de personnes qui meurent suite à des violences policières se sont multipliées, que à tort, l'IGPN en permanence ne fait pas correctement son travail. Donc il faut quoi, Manuel Bampard ?

10:32
Présentateur

Il faut refonder la police, il faut refonder d'abord l'IGPN,

10:35
Manuel Bompard

Il faut remplacer la loi de 2017, il faut décider, je crois, comme l'a proposé par exemple le syndicat de la magistrature, de dépayser de manière systématique toutes les enquêtes de violences policières pour qu'elles ne soient pas traitées par les juges de la même juridiction que là où travaillent les policiers qui sont mis en cause, parce que sinon, forcément, ils ont l'habitude de travailler au quotidien et ça peut poser des problèmes. Et il faut attacher l'IGPN à un autre ministère ? Et il faut une réforme en profondeur de la cave au grenier de la police nationale aujourd'hui. Moi, je veux bien qu'on me dise que ça veut dire quoi ?

Ça veut dire remplacer l'IGPN par une autorité de contrôle indépendante. Ça veut dire remettre en cause la formation des policiers pour avoir des policiers qui sont mieux formés. Ça veut dire trouver et en permanence chercher les formes d'une police qui soit une police de l'apaisement, donc davantage de police de proximité et moins de bacs, par exemple. Ça veut dire faire en sorte que la question du racisme structurel qui existe dans la police...

11:35
Invité

Il y a un racisme structurel.

11:36
Manuel Bompard

Mais bien sûr, et ce n'est pas seulement moi qui le dit, vous savez. L'ONU, vendredi, dit que la France doit se pencher sur les problèmes de racisme dans la police. et le défenseur des droits dans un rapport de 2017, je peux vous redonner les chiffres précis si vous voulez, disait qu'une personne qui est une personne noire ou arabe avait beaucoup plus de chances d'être contrôlée qu'une personne blanche. Ça, c'est des réalités. On peut faire comme si elles n'existaient pas si vous voulez. Mais si on veut apporter une réponse sérieuse au problème auquel on est confronté ces derniers jours, il va falloir s'attaquer à ces questions-là.

Et je suis stupéfait, je suis stupéfait du déni du gouvernement qui, quand il est interrogé sur la mise en cause de l'ONU, qui dit qu'il va falloir s'attaquer aux problèmes de racisme dans la police, dit non, non, ce n'est pas un problème. Ou quand j'entends des responsables politiques comme M. Nunez, le préfet de police, ancien ministre du gouvernement d'Emmanuel Macron, dire non, non, il n'y a pas de racisme dans la police. Ou Mme Braun-Pivet, après ce qui s'est passé la semaine dernière, nous dire que le travail de la police est merveilleux. Et ça, si vous croyez que ce sont des paroles d'apaisement et de calme, et bien franchement, on ne vit pas dans le même.

12:36
Invité

Vous diriez, comme Jean-Luc Mélenchon, la police tue ? Vous reprendriez ces mots ?

12:40
Manuel Bompard

C'est une réalité, malheureusement. Donc une généralité. Mais ce n'est pas une généralité, madame. Quand vous dites que l'école ne permet pas à l'ensemble de nos élèves de pouvoir réussir, vous ne dites pas que l'ensemble des enseignants font mal leur travail. Vous dites qu'il y a un problème structurel qui fait que, malheureusement, ça ne permet pas à chaque jeune d'avoir accès à une éducation de qualité, pour vous donner un exemple. Donc quand je mets en cause la police, je mets en cause la police comme système. Je ne mets pas en cause l'ensemble des individus qui y travaillent. Et oui, bien sûr, la police tue, malheureusement. Parce qu'elle a tué.

Elle a tué 14 personnes l'année dernière suite à des refus d'obtempérer. Pour certains, d'ailleurs, une jeune fille qui s'appelait Rayana, qui est morte il y a un an, qui était passagère du véhicule, qui ne conduisait pas, et sur laquelle, dans cette affaire-là, les policiers n'ont toujours pas été entendus. Alors que c'était il y a un an. Donc oui, la police tue. Et malheureusement, la police tue. Et parfois, la police ment aussi. Parce que c'est ce qui s'est passé la semaine dernière. Parce que la première version policière, c'était qu'il n'y avait pas de problème et que le policier était devant le véhicule. Et donc, c'était légitime qu'il utilise l'arme pour se défendre.

Donc oui, bien sûr qu'il y a des problèmes, mais il faut s'y attaquer.

13:43
Présentateur

Est-ce qu'il faut déterrer le plan Borloo ?

13:46
Manuel Bompard

Je ne sais pas si c'est le plan Borloo, la solution. Mais clairement, une fois qu'on a traité, et j'y insiste, d'abord la question du rapport entre la police et les citoyens, ça c'est la priorité. Il me semble que c'est ce qui permettra d'avoir un message d'apaisement

14:01
Présentateur

et que les gens se disent, enfin ce sujet va être traité. Je vous cite des mesures du plan Borloo qui ont finalement été enterrées à l'époque. La création d'un fonds de 5 milliards d'euros, dont 1 milliard pour le RER, notamment pour les transports. Des coachs d'insertion. Le lancement d'une académie de leaders qui était destinée aux talents de la jeunesse des quartiers populaires. Et puis une juridiction qui serait chargée de sanctionner l'inaction des administrations et qui avait été nommée par Jean-Louis Borloo, la Cour d'équité territoriale. Tout ça, ce sont des bonnes mesures. Il faut les reprendre. On peut en discuter certaines.

14:30
Manuel Bompard

Je ne vais pas vous dire ça c'est bien, ça c'est pas bien. Ce que je vais vous dire d'abord, c'est que la première chose à dire, c'est que ce plan a été enterré. Donc ça fait maintenant 6 ans qu'Emmanuel Macron est président de la République.

14:41
Présentateur

5 ans, 2018, quand il a été enterré.

14:43
Manuel Bompard

6 ans qu'Emmanuel Macron est président de la République. Rien n'a été fait. Aucune politique spécifique n'a été mise en place pour traiter le problème de la ségrégation sociale et de la ségrégation même parfois spatiale dans lequel vivent un certain nombre de quartiers populaires. D'abord, mais j'y insiste, excusez-moi, je vais y venir sur votre question. Le lien avec la police et la population, d'accord. Non mais c'est essentiel. La question du racisme, comprenez que pour une partie des citoyennes et des citoyens de ce pays, la question des brimades racistes, des violences policières sont le lot quotidien.

Et ensuite, oui, effectivement, il y a des questions structurelles auxquelles il faut répondre. Comment on fait ? On remet des services publics dans les quartiers populaires parce qu'ils sont sous-dotés en quartiers populaires. On remet un accès aux soins dans les quartiers populaires parce qu'on parle souvent des déserts médicaux avec les zones rurales. Et c'est vrai, il y a des zones rurales qui sont... Comment on fait, par exemple, pour faire revenir les médecins ? Ils ne veulent pas y aller dans les...

Eh bien, par exemple, je ne sais pas si vous savez, il y a 15 jours à l'Assemblée nationale, il y avait une proposition qui était de faire en sorte, qui était portée de manière transpartisane d'ailleurs, qui était de créer ce qu'on appelait le conventionnement, c'est-à-dire de dire que dans des zones qui étaient surdotées en médecins, on ne permettait pas de nouveaux médecins s'installer pour les pousser à aller s'installer dans d'autres zones. Et la réponse d'Elisabeth Borne, c'était qu'il n'y a pas de zones, en fait, surdotées. Mais c'est faux, il y en a. J'ai entendu ces arguments à l'Assemblée nationale, on m'a dit, il y a 80% des zones qui sont sous-dotées.

Très bien, donc il y en a bien 20% qui sont surdotées, donc peut-être dotées comme il faut. D'accord, mais peut-être qu'on peut commencer par faire en sorte de s'attaquer aux 80% qui sont sous-dotées. Donc, j'ai pris l'exemple de la santé, ce n'est pas le seul exemple, mais puisqu'on vient là-dessus, je vous répondais. Mais donc, remettre des services publics dans les quartiers populaires, c'est une nécessité. Et ensuite, bien sûr, c'est les questions de politique de l'emploi, c'est les questions d'accès à l'école publique. Le président de la République était à Marseille la semaine dernière. Il était dans les quartiers nord de Marseille.

Et il vient nous dire qu'il faut le collège de 8h à 18h. Mais vous savez la réalité dans un certain nombre de collèges, c'est que ce n'est pas jusqu'à 18h, c'est jusqu'à 13h ou 14h. Parce qu'il y a des enseignants qui n'ont pas été remplacés, parce qu'il n'y a personne pour faire cours aux élèves. Dans les quartiers nord de Marseille, il y a 8 fermetures de classes dans l'école primaire qui sont annoncées pour la rentrée. Donc, si vous voulez vous attaquer à ces problèmes, il faut davantage de moyens, il faut arrêter ces fermetures de classes. Il faut effectivement de la rénovation urbaine, mais pas comme elle est faite aujourd'hui.

Pas pour expulser les habitantes et les habitants des quartiers populaires de leur quartier. Pour faire en sorte qu'ils puissent vivre dans un habitat de meilleure qualité. Bon, voilà toutes ces questions-là. Vous voulez qu'on parle d'une difficulté pour les quartiers populaires ? Moi, sur la circonscription qui est la mienne à Marseille et dans les quartiers nord de Marseille, vous avez des gens ces derniers mois qui ont vu leur charge locative liée à l'augmentation des prix de l'énergie bondir de 200 ou de 300%. Qu'est-ce qu'on fait sur ce sujet ? Le Président de la République nous dit j'ai fait un bouclier tarifaire, son bouclier tarifaire il est percé, il ne fonctionne pas.

Donc voilà, c'est un chantier, mais un chantier majeur qu'il faut engager pour répondre à ces problèmes.

17:38
Présentateur

Emmanuel Bompard, député de Marseille, donc des Bouches-du-Rhône, et coordinateur de la France Insoumise, invité du 8h30. 8h50, d'abord le fil d'info avec Sophie Echen.

17:45
Invité

Une semaine après la mort du jeune Naël à Nanterre, plus de 200 maires dont les communes ont été les plus touchées par les émeutes seront reçues à l'Elysée aujourd'hui par Emmanuel Macron, le chef de l'État qui s'est rendu dans une caserne de police parisienne hier soir pour apporter son soutien aux forces de l'ordre et les remercier de leur mobilisation ces derniers jours. La France a rapatrié ce matin 10 femmes et 25 enfants des camps de prisonniers djihadistes en Syrie. La plupart des mineurs ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance. Sur les 10 adultes, 7 femmes sont en garde à vue. Les 3 autres doivent être présentées à un juge d'instruction dans la journée.

Au Sénégal, le président Macky Sall crée la surprise. Il ne briguera pas de 3e mandat lors du prochain scrutin en février. C'est lui qui l'a annoncé hier soir. Et les résultats du bac commencent à tomber depuis un peu moins d'une heure. Maintenant, 85% d'admis environ, toutes séries confondues. Pour savoir si vous ou votre enfant a décroché le précieux sésame, rendez-vous sur notre site franceinfo.fr. Les résultats arrivent petit à petit. France Info. Le 8.30 France Info. Agathe Lambré. Laurin Sénéchal. Toujours avec Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise. Manuel Bompard, une cagnotte de soutien aux policiers mise en examen a récolté 1 300 000 euros.

Vous dites qu'il faut la fermer immédiatement ?

18:59
Manuel Bompard

Mais bien sûr. Écoutez, c'est une provocation. C'est scandaleux. Pourquoi c'est scandaleux si des gens veulent venir en aide à la famille de ce policier ? Je rappelle qu'il y a une famille qui a été endeuillée. Mais l'un n'empêche pas l'autre ? Si, l'un n'empêche l'autre, parfois. C'est-à-dire qu'il y a des signaux, il y a des symboles, il y a des messages qui envoient cette cagnotte que je trouve totalement inacceptable. Et je suis scandalisé par le fait qu'interrogés sur ce sujet, les ministres du gouvernement considèrent que ce n'est pas leur problème et que ce n'est pas le sujet.

Et notamment, quand je le mets en parallèle avec ce qui s'était passé pendant la mobilisation des Gilets jaunes, vous vous en rappelez peut-être, où une personne avait mis un coup de poing à un policier. Il avait été jugé, ce qui était tout à fait normal. Et des gens avaient fait une cagnotte pour appuyer, le soutenir, etc.

19:45
Présentateur

C'était pour payer ses frais de justice. Ce n'était pas juste un coup de poing, c'était un boxeur.

19:51
Manuel Bompard

J'ai dit à quel point cet acte avait frappé plusieurs fois la police.

19:55
Invité

À l'époque, Jean-Luc Mélenchon avait condamné la fermeture de cette cagnotte.

19:59
Manuel Bompard

C'est pour ça que j'interroge.

20:01
Invité

Quand on est un Gilet jaune et qu'on va donner des coups de poing à un gendarme, on a le droit de recevoir des sous, c'est ça ?

20:07
Manuel Bompard

Non, ce n'est pas ça que je suis en train de dire. Ce que je suis en train de dire, c'est que le gouvernement, parce que si vous voulez, vous pouvez vous rappeler de la réaction de Jean-Luc Mélenchon à l'époque, mais est-ce que vous vous rappelez de la réaction du gouvernement à l'époque ? Mais elle avait fermé, cette cagnotte. Non, non, ce n'est pas seulement la cagnotte avait fermé. Madame Schiappa avait dit, je suis scandalisé par cette cagnotte, etc. Et là, par contre, il n'y a pas de problème, c'est ça ?

20:28
Invité

Et ce n'était pas de nature à apaiser, cette cagnotte, notamment parce qu'elle originelle, il y a une personnalité d'extrême.

20:32
Manuel Bompard

Oui, j'ai entendu aussi M. Darmanin dire, suite au communiqué du syndicat Allianz et Police, que ce n'était pas ses mots. Je trouve que c'est une condamnation extrêmement ferme et extrêmement vigoureuse. Écoutez, franchement, un peu de sérieux. Je rappelle quand même qu'il ne faut peut-être pas oublier qu'il y a une semaine de ça, il y a un jeune homme qui a été tué, il y a sa maman qui est endeuillée. Le président de la République aurait pu, par exemple, aller la voir, aller discuter avec elle, lui dire, je vous partage la peine et l'émotion de la nation tout entière. Pourquoi ne le fait-il pas ? Parce qu'il y a une enquête judiciaire en cours.

L'enquête judiciaire en cours n'enlève rien à la peine et à la douleur de cette famille. Le président de la République, sa responsabilité dans ce moment-là, c'est de représenter la nation tout entière et de dire à cette famille, c'est la nation tout entière qui partage votre peine et votre chagrin.

21:24
Invité

Vous trouvez que l'exécutif n'a pas trouvé les mots ces derniers jours ?

21:27
Manuel Bompard

J'ai retrouvé, par hasard, une déclaration de Jacques Chirac, président de la République, après les émeutes de 2005. Je le dis immédiatement, je ne suis pas Chiracien et il y a un certain nombre de choses qu'a dit Jacques Chirac ou d'actes qu'il a posés avec lesquels je suis en désaccord radical. Mais même Jacques Chirac, en 2005, avait dit des phrases comme « Une des conditions du respect de la République et de l'ordre, c'est la justice ». Exactement les termes que nous utilisons aujourd'hui. et qui nous ont valu depuis plusieurs jours de la part de nos adversaires politiques un procès qui est un procès totalement inacceptable et odieux.

22:05
Invité

Mais il avait mis 15 jours à réagir, Jacques Chirac, à l'époque. Peut-être que cette réaction d'Emmanuel Macron va venir.

22:09
Manuel Bompard

Il avait mis sans doute trop de temps à réagir. Mais en tout cas, il l'avait fait avec des mots où, au moins, même si malheureusement les actes n'ont pas suivi, il avait envoyé un message, il avait fait passer quelque chose, il avait montré que le pays n'était pas indifférent.

22:24
Présentateur

C'est ce que vous attendez d'Emmanuel Macron, par exemple, tout à l'heure, auprès des maires, puisque Emmanuel Macron reçoit 200 maires de communes qui ont été touchées par ces violences ? Je n'attends pas grand-chose d'Emmanuel Macron,

22:34
Manuel Bompard

parce que je pense qu'il a eu déjà, depuis une semaine, l'occasion à de nombreuses reprises de dire des choses. Ce que j'attends de lui, c'est qu'il réponde maintenant clairement à ces questions. Oui ou non, faut-il abroger la loi de 2017 qui a modifié l'usage de l'arme pour les policiers ? Oui ou non, faut-il dépayser les enquêtes de violences policières ? Oui ou non, faut-il s'attaquer au problème du racisme dans la police ? Oui ou non, faut-il apporter des réponses structurelles au problème des quartiers populaires ? Et oui ou non, faut-il protéger les maires ?

23:03
Invité

Faut-il protéger les maires ?

23:04
Manuel Bompard

Mais bien sûr qu'il faut protéger les maires. Écoutez, franchement, moi, quand le maire de Leïla Rose a été attaqué, comme ça l'a été dans la nuit de samedi à dimanche, immédiatement, j'ai partagé sa douleur et j'ai dit à quel point ces actions étaient inacceptables. Mais je l'ai fait, mais je l'ai fait aussi quand le maire de Saint-Brévin a été menacé par l'extrême droite et qu'il a été condamné à la démission.

23:28
Présentateur

Et j'ai fait, et j'ai participé.

23:30
Manuel Bompard

Il n'a pas été condamné à la démission, disons. Il a été poussé à démissionner parce que son homicide a été poussé à démissionner. Mais quand il y a eu un rassemblement à Saint-Brévin, j'y étais. Il y a un certain nombre qui nous ont donné des leçons depuis plusieurs jours, je ne les ai pas vues ce jour-là. Et quand il y a eu la marche d'hommage au jeune Naël à Nanterre la semaine dernière, j'y étais. Et il y a un certain nombre qui nous ont donné des leçons depuis plusieurs jours que je n'ai pas vues là-bas non plus. Donc il ne faut pas avoir d'indignation à la géométrie variable.

Quand on refuse la violence contre les personnes, c'est mon cas, on la refuse tout le temps, on la refuse à chaque fois. On la refuse quelle que soit l'étiquette politique de la personne qui est ciblée. Et on ne fait pas comme le fait le gouvernement et comme l'ont fait un certain nombre de nos opposants politiques depuis plusieurs jours de la politique politicienne sur des drames. C'est inacceptable et c'est odieux.

24:11
Présentateur

Manuel Bompard, une dernière chose. 718 000 candidats au baccalauréat apprennent ce matin, peut-être même en direct, s'ils ont ou non le bac, en l'occurrence avec des résultats un peu en baisse par rapport aux années précédentes, moins de 85% de réussite. Ce bac aujourd'hui, il est un peu différent des années précédentes. Il n'y a plus cette attente, ce suspense au dernier jour parce que beaucoup ont déjà leurs résultats depuis le mois de juin, voire avril. Est-ce qu'il faut revenir sur cette réforme blanquer qui remplace le contrôle continu ?

24:36
Manuel Bompard

Je suis favorable, je pense qu'il faut revenir sur cette réforme. Pourquoi ? Parce que le fait de passer une partie du bac en contrôle continu, tout le monde sait qu'en fonction de l'établissement scolaire dans lequel vous êtes, vous n'avez pas en quelque sorte les mêmes chances. Il y a des établissements où ça va être un peu plus facile au cours de l'année. Il y a des établissements où si vous avez des difficultés parce que vous êtes en particulier par exemple dans un quartier ou dans une zone populaire, ça va être plus complexe.

24:58
Présentateur

Et si on revient au bac d'avant, il faudra aussi revenir sur Parcoursup parce que tout a été mis en place.

25:02
Manuel Bompard

Bien sûr, mais là c'est difficile en quelques minutes de parler de notre programme sur l'éducation. Mais oui, je suis pour l'abrogation de la réforme du lycée. Je suis pour l'abrogation de la réforme du bac. Je suis pour l'abrogation de Parcoursup. Et puis parce que c'est un jour quand même où un certain nombre de jeunes reçoivent leurs résultats, disons quand même bravo aux jeunes qui ont réussi et tout notre soutien à ceux qui n'ont pas réussi en leur disant qu'ils peuvent encore... Il y a encore le rattrapage.

25:26
Présentateur

Merci Manuel Bompard. Merci à vous. Député des Bouches-du-Rhône, coordinateur de la France Insoumise, invité du 8.30 ce matin. Bonne journée.

25:33
Invité

Cold Case, la science face au crime, le nouveau podcast original France Info. Le péridmi d'un dossier criminel, c'est le temps. Surtout si pendant ce laps de temps, rien n'est fait. Les avancées techniques et scientifiques sont devenues incontournables pour résoudre les dossiers non élucidés. David Di Giacomo. Avec le service police-justice de France Info, nous vous racontons les grandes affaires criminelles résolues grâce à la science. Moi j'ai craqué, c'est pas possible. comme moi je sais que la vérité viendra par la diane. Cold Case, la science face au crime, un podcast original France Info.

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