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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 novembre 2017 25 min

Nicolas Hulot "se fait le porte-voix des lobbies", juge Yannick Jadot, député européen EELV

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Et notre invité ce matin est Yannick Jadot, député européen Europe Écologie Les Verts, Jean-Michel Apathy. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour.

0:11
Invité

C'était un des engagements majeurs de François Hollande durant sa campagne présidentielle 2012 et il l'exposait notamment face à Nicolas Sarkozy lors du fameux débat de l'Entre-deux-Tours. C'était le 2 mai 2012, on écoute François Hollande.

0:24
Locuteur non identifié

J'ai donc considéré que nous devions avoir un objectif de long terme. 50% de production d'électricité de sources nucléaires à l'horizon 2025.

0:33
Invité

Engagement répété par Ségolène Royal qui était devenue ministre de l'Environnement, nous sommes en juin 2014.

0:39
Locuteur non identifié

L'objectif a été fixé, je l'ai rappelé tout à l'heure, de passer de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité.

0:47
Invité

Et Nicolas Hulot, nouveau ministre de l'Environnement, y croyait lui aussi, c'était au mois de juin. A partir du moment où déjà on a confirmé qu'effectivement la part du nucléaire sera dans la production d'électricité de 50%, chacun peut comprendre que pour tenir cet objectif, on va fermer un certain nombre de réacteurs. Vous avez bien entendu, ils y croyaient tous. Et puis hier, patatasse. Oui, il sera difficile de tenir ce calendrier 2025, sauf à relancer la production d'électricité à base d'énergie fossile. Si l'on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50%, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques.

Bon, on a fait ce montage parce que c'est quand même assez désolant de constater que la parole politique, finalement, on ne peut jamais y croire. Voilà, c'est pris, dit, répété, les engagements sont pris les yeux dans les yeux. Puis finalement, on aboutit à ce que Nicolas Hulot a fait hier sur le fond. Est-ce qu'il a quand même un peu raison, Nicolas Hulot, si on ferme les centrales nucléaires, on continuera à produire de l'électricité avec des centrales à charbon, notamment, et donc on ne luttera évidemment pas contre la pollution ?

1:56
Yannick Jadot

Non, non. Même sur le fond, il a tort ? Non, il a tort sur le fond. Vous savez, vous auriez pu rajouter Emmanuel Macron qui s'était aussi engagé à cet objectif de 50%. Il sort de où cet objectif ? Il est dans la loi aujourd'hui. Il y a eu une loi de transition énergétique qui a été votée il y a deux ans. Elle a fait suite à un débat public. Il y a eu des centaines de débats sur tous les territoires. Il y a eu un grand débat organisé sous la présidence de Ségolène Royal, avec les industriels, y compris les industriels de l'électricité et de l'énergie, avec les familles, avec les consommateurs, avec les collectivités locales, avec les associations, les syndicats, l'État.

Et le grand compromis, un compromis de mois de débat et d'expertise avec des scénarios extrêmement robustes, extrêmement solides, ça a été cette loi de transition énergétique qui inscrit dans le temps un changement enfin en France. La France est le pays le plus en retard sur ses objectifs en matière d'énergie.

2:53
Invité

Mais est-ce que c'est grave de reculer de dix ans les échéances ?

2:55
Yannick Jadot

Mais bien sûr, c'est dramatique. C'est dramatique parce que ça fait que... Vous savez, vous connaissez la formule de l'Heinecker sur le football. C'est un jeu qui se joue à 11 contre 11. Et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent. Et bien là, tous les débats sur l'énergie en France disent toujours, il faut économiser l'énergie, il faut faire des énergies renouvelables. Mais dans la réalité, c'est toujours le nucléaire qui gagne. C'est toujours le DF qui gagne. Dans ça, c'est qu'en reportant l'échéance, toutes nos centrales vont dépasser 40 ans. Donc on va avoir des dizaines de milliards d'euros d'investissement dans le nucléaire.

Ce sont des investissements qui n'iront pas vers les énergies renouvelables, qui coûtent aujourd'hui deux fois moins cher, et vers les économies d'énergie dont les Français ont tellement besoin pour baisser leur facture d'énergie. Et là, vous avez un ministre de l'écologie, un ministre de l'écologie, qui reprend les arguments éculés de l'industrie nucléaire depuis des décennies. Si vous n'avez pas des centrales nucléaires, vous avez des centrales charbon. Mais c'est vrai. Et qui est lui-même. Mais c'est vrai. Mais c'est faux, c'est totalement faux. Aujourd'hui, 90%, 90% des nouvelles capacités électriques installées en Europe, ce sont des énergies renouvelables.

Le monde est passé aux énergies renouvelables. Les investisseurs privés, les citoyens, les collectivités investissent sur les énergies renouvelables.

4:15
Présentateur

Et nous sommes en train de prendre un retard. Vous êtes d'accord pour dire que pour atteindre les 50%, il faut fermer au moins 20 réacteurs. C'est à peu près ça ? Une ou une vingtaine, oui. On n'a pas réussi à fermer Fessenheim. Et on va en fermer 20, on va en fermer 20 d'ici à 7 ans.

4:30
Yannick Jadot

Il n'y a pas de courage politique dans ce pays vis-à-vis du nucléaire. Vous avez l'ADEME, agence publique, qui fait un scénario pour nous dire que la France peut être 100% nucléaire. Je l'ai dit, ce grand débat que nous avons eu en France sur la loi de transition énergétique. Vous aviez des scénarios extrêmement solides qui disent qu'on peut faire ça. Et vous avez, d'un seul coup, un coup de pression du lobby nucléaire et Nicolas Hulot recule. Il reprend les arguments, encore une fois, éculés du lobby nucléaire. Mais pourquoi il le fait ? Pourquoi il le fait ? J'en sais rien. Excusez-moi. C'est totalement incompréhensible. Ah oui, c'est ça. Pour moi, c'est totalement incompréhensible.

On a, dans cette histoire-là, Macron fait un super coup. Il n'a pas été écolo dans sa campagne. Il n'a jamais été écolo. Son premier ministre n'est pas écolo. Son ministre de l'agriculture, on n'en parle même pas. Il prend Nicolas Hulot. Nicolas Hulot, c'est un symbole extraordinaire pour les Français. C'est le symbole de l'engagement écologique. C'est le symbole de notre conscience collective. C'est le symbole de la sincérité. Et vous avez, les mois passants, un ministre qui cède sur les perturbateurs endocriniens, sur le CETA, sur le glyphosate, maintenant sur la transition énergétique, qui n'avale plus des couleuvres, qui avale des bois constructeurs, et qui pire que ça aujourd'hui.

Et c'est là que c'est dramatique. Pire que ça, aujourd'hui se fait le porte-voix des lobbys qui veulent nous faire renoncer sur la santé, sur le climat, sur la sortie du nucléaire et sur le développement de systèmes alternatifs.

6:00
Invité

C'est très grand ce que vous dites. Qu'est-ce qui lui arrive à l'église ?

6:01
Yannick Jadot

Bien sûr que c'est une énorme faute politique ce qu'il vient de faire. C'est une énorme faute politique ce qu'il vient de faire. Qu'est-ce que c'est ? Je ne sais pas si c'est le syndrome de Stockholm, je n'en sais rien. Mais ce qui est sûr, c'est que la promesse Hulot, qui était une formidable promesse, c'était de dire, ce gouvernement et ce président ne sont pas écolos. Mais avec la présence de Nicolas Hulot, il va faire venir tout le monde sur la création d'emplois à l'échelle locale autour des énergies renouvelables, sur l'agriculture paysanne et la fin des pesticides. Et en fait, c'est l'inverse qui se passe.

Vous avez Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Stéphane Travers, qui eux sont droit dans leurs bottes. Ils ne s'en sont jamais battus pour l'environnement. Ils n'ont jamais porté les solutions écologues. Et vous avez Nicolas Hulot qui, de lui-même, vient annoncer les mauvaises nouvelles. C'est-à-dire qu'il n'est plus celui qui, courageusement, porte des solutions fortes de rupture, avec un président qui prétend porter la rupture. Ce n'est pas un ministre désavoué, courageux, qui va porter la rupture. C'est un ministre qui va lui-même, sur vos plateaux, à la télé, annoncer « Eh bien, écoutez, le lobby nucléaire m'a dit que ce n'était pas possible, donc ça n'est pas possible.

Le lobby de l'agro-business et de la FNSA me dit que le glyphosate, il faut le renouveler. Eh bien, on va le renouveler. Et on me dit que le CETA, ce n'est pas si grave. Et puis, on verra. Eh bien, on va accepter le CETA. » Donc, vous l'accusiez clairement de céder au lobby, pour que ce soit vraiment clair. Ah mais là, aujourd'hui, le renoncement sur la transition énergétique, c'est le coup de bluff de RTE, qui est le lobby. En plus, franchement, c'est drôle. RTE, aujourd'hui, est dirigé par François Brotte, ancien député socialiste ultra-nucléocrate. C'est lui qui a écrit la loi de transition énergétique à l'Assemblée,

7:43
Présentateur

et c'est lui qui la flingue aujourd'hui. Vous restez avec nous. 8h40, l'essentiel de l'info et de Vif Coupès.

7:47
Invité

Et cette autre réaction qui va dans le sens de ce que vous décriviez, Greenpeace dénonce sur France Info l'erreur extrêmement grave de Nicolas Hulot, qui reporte donc la baisse à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité. Au mieux, ce sera à 2030. Le ministre se justifie. Il dit qu'il faudrait rouvrir des centrales à charbon polluantes. Argument de l'industrie nucléaire. Les écologistes estiment qu'il se fait le porte-parole d'EDF. Jean-Jacques Hannault, évadé fiscal malgré lui.

C'est la ligne de défense de son avocat, le réalisateur de L'Ours et du Nom de la Rose, et visé à son tour par les Paradise Papers, accusé d'avoir caché au fisc pendant 20 ans une partie des recettes de ses films aux îles Caïmans. Des centaines de personnes sont attendues cet après-midi aux obsèques d'Alexia Daval, cette jeune femme de 29 ans tuée il y a 10 jours. Ses parents ont souhaité une cérémonie dans l'intimité. Les 550 places de la Basilique de Gré risquent de ne pas suffire. Des hauts-parleurs ont été installés à l'extérieur. 140 plus 140, ça fait 8 caractères. Et c'est le tweet du patron de Twitter la nuit dernière pour annoncer le doublement des messages.

Mini-révolution pour le réseau social. Et Donald Trump en a tout de suite profité depuis Séoul pour relayer son avertissement à Pyongyang de ne pas sous-estimer la détermination des Etats-Unis dans le dossier sur le nucléaire nord-coréen. Il risque toutefois de moins pouvoir tuiter en Chine où il est arrivé dans la matinée.

9:14
Présentateur

France Info. Yannick Jadot, député européen Europe Écologie-Les Verts. Il est invité de France Info. Jean-Michel Apathy.

9:19
Invité

Alors Nicolas Hulot est évidemment conscient de son travail d'explication nécessaire. Il est ce matin sur BFM. Il dit ceci. « Beaucoup savaient à l'époque que cet objectif de 50% de nucléaire en 2025 dans la part de production d'électricité, beaucoup savaient à l'époque que cet objectif n'était pas atteignable, sauf dans une brutalité excessive. »

9:38
Yannick Jadot

Oui, mais moi, je suis désolé, j'ai un ministre qui, encore une fois, devrait être l'avant-garde au sein. Il renonce. Il renonce. Pardonnez-moi. C'est un drôme de Stockholm. Depuis 10 ans, le prix du photovoltaïque a été divisé par 7. Il y a 5 ans, l'éolien offshore était deux fois plus cher que le nucléaire. Aujourd'hui, il est deux fois moins cher dans les appels d'offres qu'on a en mer du Nord. Vous avez une révolution qui crée des milliers d'emplois sur tous nos territoires.

10:09
Invité

Il le sait, Nicolas Hulot. Eh bien, justement.

10:10
Yannick Jadot

Qu'est-ce qui lui arrive, alors ?

10:11
Invité

Mais j'en sais rien ce qui lui arrive. Vous avez parlé du syndrome de Stockholm.

10:15
Yannick Jadot

Oui, je ne comprends pas qu'à un moment, un ministre, alors qu'encore une fois, il devrait être celui qui, tous les matins, dit à quel point il faut avoir de l'ambition, à quel point cette rupture dans la transition énergétique, elle est nécessaire, elle est souhaitable. Ce n'est pas simplement le risque nucléaire, c'est EDF et REVA sont dans une situation de faillite, de quasi-faillite. 2016, 10 milliards d'argent public sur EDF et REVA. 10 milliards d'argent public qui n'ont pas été mis ailleurs dans le puits sans fond du nucléaire. Tous les matins, vous avez l'autorité de sûreté nucléaire qui nous dit, attention, telle centrale dangereuse, on la ferme. Ils doivent être réparés, tout ça.

Et alors qu'on pourrait avoir des PME sur tous nos territoires, alors qu'on pourrait avoir des investissements massifs dans les économies d'énergie, vous avez un ministre qui, encore une fois, prend un coup de pression du lobby nucléaire et, malheureusement, renonce.

11:10
Présentateur

Nicolas Hulot, toujours sur BFM, déclare, il faut sortir des énergies carbone. Les centrales à charbon seront fermées en 2022.

11:21
Yannick Jadot

Oui, c'était déjà une promesse de François Hollande, souvenez-vous, au moment de la COP21, ça devait être fermé en 2017. Donc moi, j'entends Nicolas Hulot nous dire que la promesse de François Hollande de 2017 est reportée en 2022. Je l'ai aussi entendu dire, mais ne vous inquiétez pas, on fermera Fessenheim avant 2022. Enfin, franchement, on se moque de qui dans cette affaire.

11:39
Invité

Est-ce que Nicolas Hulot a trahi la cause de l'écologie hier ?

11:43
Yannick Jadot

Moi, je prends acte que l'écologie n'est pas dans ce gouvernement. Et le message, je prends acte qu'il n'y a pas d'écologie dans ce gouvernement. Il a trahi sa cause. Et moi, ce que j'ai envie de dire aux Françaises et aux Français, c'est qu'il y a une écologie qui se bat, une écologie politique au Parlement européen sur le glyphosate, le CETA ou l'évasion fiscale. Au Sénat, dans les villes, pour réduire la pollution, améliorer la qualité de l'eau, pour favoriser une agriculture paysanne. Vous avez une écologie associative qui, encore une fois, est, comme l'écologie politique, proche des citoyens, qui entend protéger leur santé, qui agit.

Mais cette écologie-là, aujourd'hui, elle n'est plus au gouvernement.

12:21
Invité

Nicolas Hulot n'est plus écologiste.

12:23
Yannick Jadot

Mais Nicolas Hulot, moi, mon problème, ce n'est pas la personne de Nicolas Hulot.

12:27
Invité

Moi, c'est mon problème. Non, mais moi, c'est le symbole qu'il représente. C'est ce que j'ai dit tout à l'heure. Justement, il représentait quelque chose, il ne le représente plus.

12:36
Yannick Jadot

Ah bah, aujourd'hui, quand vous avez un ministre qui renonce sur les perturbateurs endocriniens, le Parlement européen, dans sa majorité absolue, a rejeté le compromis foireux qui avait été passé avec le soutien de la France. Sur le CETA, sur le glyphosate, où on nous explique qu'on va avoir un renouvellement d'autorisation. Donc, tout le bazar sur le glyphosate, on va l'avoir de nouveau dans 4, 5 ans. C'est un problème de santé majeur. 80% des Français veulent sortir du glyphosate. Et ce gouvernement nous explique que, parce que la FNSEA lui a dit qu'il ne fallait pas le faire, on va renouveler ça. Moi, j'ai un gouvernement...

13:11
Invité

Donc, vous aviez confiance dans Nicolas Hulot, vous n'avez plus confiance en Nicolas Hulot ?

13:15
Yannick Jadot

Je dis que Nicolas Hulot, aujourd'hui...

13:17
Invité

Une question simple, hein ? Vous n'avez plus confiance en lui ? Vous avez encore confiance en lui ?

13:19
Yannick Jadot

Ah ben, moi, j'ai un problème avec Nicolas Hulot, qui renonce sur tous les sujets majeurs, qui, au fond, nous explique, et c'est bien qu'il faut la rupture dans la transformation, mais nous explique que cette rupture qui avait été actée pour 2025, ça n'est plus possible, et qui nous annonce des ruptures pour 2040. Donc, il vous a un peu trahi, quand même ? La question... Je ne suis pas sur les enjeux de trahison. Je dis qu'aujourd'hui... Vous êtes en train de dire qu'il a capitulé sur tout ?

13:44
Invité

Je dis qu'aujourd'hui... Vous êtes en train de dire qu'il a capitulé sur tout, alors, donc, c'est quand même... Non, mais c'est pas... Moi, je ne suis pas sur les enjeux de... Vous avez mené beaucoup de combats avec lui.

13:52
Yannick Jadot

Ah, mais j'ai mené beaucoup de combats avec lui. Moi, je suis convaincu que c'est un...

13:54
Invité

Vous étiez son ami. Vous l'êtes toujours ?

13:55
Yannick Jadot

Mais je suis... Si vous voulez, encore une fois, la personne de Nicolas Hulot, je suis convaincu, mais... Mais à quoi ça sert qu'il reste au gouvernement ? Il est numéro 3 du gouvernement, monsieur Apatty.

14:03
Invité

À quoi ça sert ? À quoi ça sert ?

14:04
Yannick Jadot

Il est numéro 3 du gouvernement. Il est le ministre le plus populaire. Je suis convaincu que c'est une pièce indispensable dans le dispositif d'Emmanuel Macron. Expliquez-moi pourquoi il ne gagne pas un seul arbitrage. Je ne sais pas. Il est otage de quelque chose ? Je pense qu'il ne réussit pas à porter les combats qui sont les siens. Il ne réussit pas à se mettre en situation de rapport de force au sein de ce gouvernement. Et au fond, à la fin, qu'est-ce qu'on constate ? Qu'on recule sur tous les sujets essentiels. À quoi ça sert de rester ? Mais moi, je ne vais pas rappeler à la démission de Nicolas Hulot.

Puisque, en fait, la démission, c'est quand vous avez porté un combat et que vous avez perdu au sein du gouvernement. Mais là, c'est pire. Mais non, mais le problème, là, il n'est pas désavoué. Puisque c'est lui-même qui va annoncer les mauvaises nouvelles. C'est du renoncement. C'est même plus Emmanuel Macron qui a besoin de dire ma promesse de 50%, je ne l'applique pas. Moi, ce n'est même pas Édouard Philippe qui dit qu'on a un objectif dans la loi. Enfin, je suis désolé. Ce n'est pas un ministre qui peut dire je supprime la loi. À ce moment-là, Monsanto va dire, mais écoutez, moi, la loi sur les pesticides, je ne la respecte pas.

15:11
Présentateur

Si même lui, il n'y arrive pas, qu'est-ce qu'il vous reste ? Mais il reste... L'écologie politique aujourd'hui, bon. Non, mais pardonnez-moi. On voit où elle est, malheureusement. Nicolas Hulot, numéro 3 du gouvernement, vous dites vous-même qu'il capitule. Bon, moi, je dis que l'écologie politique, et je veux dire... Ce n'est pas seulement l'échec de Nicolas Hulot, c'est l'échec de l'écologie politique.

15:30
Yannick Jadot

Vous avez raison, vous avez raison. Les dernières années n'ont pas été brillantes. Vous savez, moi, je suis arrivé en politique avec Europe Écologie. On avait rendu l'écologie, j'allais dire presque sexy pour l'opinion publique. En 2009, il y avait eu ce mouvement. On a foiré les années qui ont suivi. Mais vous avez partout des écologistes qui agissent. Je l'ai dit au Parlement européen. Il y a des écologistes qui sont proches des préoccupations des Françaises et des Français, qui ne veulent pas céder sur la santé.

15:56
Invité

Vous êtes une troupe, vous avez perdu le général, là.

15:59
Yannick Jadot

Eh bien, oui, on a aujourd'hui, au sein de ce gouvernement...

16:03
Invité

C'est pas bon signe, quand même.

16:03
Présentateur

Non, c'est pas bon signe. Je suis d'accord, je ne suis pas heureux de cette situation. Ça ne ferait pas avancer la cause qui démissionne et qui montre son désaccord, honnêtement. Ça, c'est déjà vu plusieurs fois. Vous ne croyez pas que pour votre cause, ça serait important de montrer ce désaccord aux Français ?

16:17
Yannick Jadot

Mais je suis d'accord avec vous, au sens où, à partir du moment où, j'ai dit, il occupe une place, à mon avis, capitale dans le dispositif de Macron. Macron, Macron, politiquement, tactiquement, ne peut pas se passer de Nicolas Hulot. Il est le ministre le plus populaire. Et 80% des Français ne veulent plus du guilfosate. C'est un cancérogène. Expliquez-moi pourquoi il ne gagne pas sur ce combat-là. Emmanuel Macron...

16:41
Présentateur

Nous, on a un peu de mal à comprendre pourquoi, ce matin, vous ne dites pas qu'il a... Que ça serait mieux qu'il parte. Mais il fait ce qu'il veut.

16:49
Yannick Jadot

Moi, ce que je constate, c'est que Nicolas Hulot, au gouvernement, ne gagne pas les arbitrages qu'il devrait gagner pour la santé des Français, pour l'emploi. Mais, enfin, franchement, Nicolas Hulot est un ami. Mais moi, ça fait 30 ans que je me bats pour la santé. Ça fait 30 ans que je me bats pour qu'on sorte d'une terre, qu'on crée des emplois dans les énergies de bloc. Et je ne me sens pas à l'aise du tout. À l'aise, ce n'est pas grave, à l'aise. Mais hier, enfin, honnêtement, hier, j'étais en négociation à Bruxelles pour intégrer le dumping social et environnemental dans la législation européenne. On m'alerte sur les déclarations de Nicolas Hulot. Je me suis pincé.

Je me dis, ce n'est pas vrai. Pas ça. Pas lui. Pas Nicolas Hulot, qui sait très bien ce que signifie le report de cet objectif de réduction du nucléaire. Comment ça va flinguer les filles ?

17:38
Invité

Vous avez pris votre téléphone et vous l'avez appelé ?

17:40
Yannick Jadot

Mais non, j'étais en réunion à ce moment-là. Je suis désolé, je suis en négociation. Vous l'avez eu hier soir ? Mais non, je ne l'ai pas eu hier soir. Mais si vous voulez, sa déclaration est claire. Donc, à partir du moment où lui-même renonce sur des sujets essentiels, il fait ce qu'il veut personnellement. Mais je le dis, je prends acte que l'écologie n'est plus dans ce gouvernement. Elle est en dehors de ce gouvernement. Et je voudrais dire aux Françaises et aux Français qu'il y a plein d'écolos qui agissent pour eux, proches d'eux, pour leur santé, pour l'avenir de la planète, pour créer des emplois au niveau local et qu'on continuera ce combat.

18:11
Présentateur

Vous restez avec nous, 8h51, l'essentiel de l'Info et de Viche Coupez.

18:14
Invité

Un trust aux îles Caïmans pour cacher une partie des recettes de ses films, comme C'est en Haut-Tibet ou bien Au Nom de la Rose. Le réalisateur Jean-Jacques Hannault est rattrapé à son tour par les Paradise Papers. Le cinéaste est accusé d'avoir soustrait au fisc une partie de son patrimoine. Prévenu des révélations à venir, il s'est signalé mi-octobre à la cellule de régularisation de Bercy. 30 centimes de plus en moyenne sur chaque paquet de cigarettes. Ce sera à partir de lundi prochain. C'est la conséquence de la hausse des taxes décidées par le gouvernement pour réduire la consommation de tabac. L'objectif, vous le savez, c'est un paquet à 10 euros d'ici la fin 2020.

Bill de Blasio est réélu maire de New York et il a immédiatement défié Donald Trump en promettant de défendre le système de santé et les immigrés. Le camp démocrate vainqueur aussi de deux autres élections locales, dans le New Jersey et en Virginie. Et ce, alors que le président américain fête sa première année à la Maison Blanche, aujourd'hui. Inauguration ce soir du Louvre d'Abu Dhabi. Le musée imaginé par l'architecte Jean Nouvel se veut universel et ouvert sur la difficulté des cultures. La France a prêté 300 oeuvres, notamment un Léonard de Vinci et un autoportrait de Van Gogh.

19:23
Présentateur

Yannick Jadoux, député européen Europe Écologie-Les Verts et l'invité de France Info, Jean-Michel Apatis.

19:31
Invité

Je voudrais revenir sur l'une de vos formules, Yannick Jadoux. Vous avez parlé de syndrome de Stockholm à propos de Nicolas Hulot. Donc ce sont des personnes prises en otage qui épousent la cause de la ravisseur. Qu'est-ce que vous voulez dire exactement quand vous employez cette formule-là ?

19:44
Yannick Jadot

Quand j'entends Nicolas Hulot reprendre ce que j'ai dit, les arguments éculés du lobby nucléaire, qui est de dire que ce n'est pas des centrales nucléaires, c'est des centrales charbon, alors qu'aujourd'hui tout le monde investit dans les énergies renouvelables, je ne comprends pas pourquoi il reprend des arguments qui sont les arguments de nos adversaires. Quand on est sur le glyphosate...

20:03
Invité

Excusez-moi, je vais essayer d'éclaircir votre propos. Parce que finalement, on tourne autour du pot, puis on ne dit pas les choses.

20:09
Yannick Jadot

Je pense avoir dit pas mal de choses ce matin.

20:11
Invité

Nicolas Hulot a une fondation qui est financée par beaucoup d'entreprises, notamment l'EDF. Est-ce que vous pensez qu'il y a un lien ?

20:17
Yannick Jadot

Non.

20:18
Invité

Ah, donc il n'y a pas de Stockholm alors.

20:20
Yannick Jadot

Non, je parle du gouvernement. Pardonnez-moi, le lobby nucléaire, il est extrêmement présent au sein du gouvernement. Il ne vous a pas échappé que le Premier ministre...

20:28
Invité

C'est vous qui dites qu'il reprend les arguments éculés du lobby nucléaire. Le lobby nucléaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est EDF.

20:34
Yannick Jadot

Le lobby nucléaire, il est aussi dans le gouvernement. Vous avez quand même un Premier ministre qui a travaillé chez Areva. Vous avez quand même un Président de la République qui, contre le directeur financier d'EDF, les salariés, a soutenu le projet d'EPR à Inclay Point en Grande-Bouin-Tac, qui va être une catastrophe pour EDF. Vous avez Stéphane Travers...

20:52
Invité

On a longtemps pointé, pour s'en étonner ou pour s'en moquer, le fait que la fondation de Nicolas Hulot était notamment financée par EDF. On l'a dit, et puis est-ce que là, il y a quelque chose ? Il y a un lien ? Parce que la déclaration d'hier est un lien avec ça.

21:04
Yannick Jadot

Je ne fais pas ce lien-là. Je pense qu'il y a un problème, au fond, de construction d'un rapport de force politique. La promesse, Hulot, c'était que Nicolas Hulot fasse venir le gouvernement sur un nouveau modèle de développement. Et je constate que Nicolas Hulot annonce lui-même les renoncements écologiques. Et je ne comprends pas ça. Je pense qu'on a eu, y compris ces dernières années, pour parfois des choses très moyennes, parfois de très bonnes choses. On avait Ségolène Royal. Quand elle avait envie de dire quelque chose et qu'elle n'était pas d'accord avec Manuel Valls, elle le disait. Elle défendait le point de vue écologique. Vous ne comprenez pas ça, Yannick Jadot ?

21:42
Invité

Non, je ne comprends pas ça. Et vous n'avez pas l'occasion d'en parler avec Nicolas Hulot ?

21:45
Yannick Jadot

On s'est vu, il y a encore une semaine, avec Nicolas Hulot, on s'est vu, c'était les 10 ans du Grenelle de l'environnement, avec Jean-Louis Borloo, avec les responsables associatifs. Qu'est-ce qu'on a fait dans ce Grenelle de l'environnement ? C'était déjà de mettre tous les acteurs. Et au fond, de lancer une dynamique de rupture dans la société. Malheureusement, le Grenelle n'a pas été mis en oeuvre parce qu'on a été rattrapé par tous les lobbies. Et là, on a une loi de transition énergétique qui a été l'aboutissement d'un processus identique, des débats, tous les acteurs autour de la table, un compromis, 50% d'électricité nucléaire en 2025, c'est un compromis, c'est dans la loi.

Et vous avez un ministre qui, comme ça, arrive en disant « Cette loi, cet objectif n'a plus vraiment de sens, on va le reporter de 5 ans, de 10 ans. » Mais quelle est la crédibilité des objectifs qui ont été fixés à 2040 par Nicolas Hulot aujourd'hui ?

22:36
Invité

On peut se poser la question. Les 50%, ce n'était pas un compromis puisque c'était déjà annoncé dans la campagne de 2012 par François Hollande. Donc, toutes les discussions ont abouti à reprendre une opposition extrémaire.

22:47
Yannick Jadot

Il vous a préchauffé que François Hollande n'était pas un antinucléaire, n'est pas un antinucléaire, qu'il avait autour de lui, déjà dans sa campagne en 2012, Bernard Cazeneuve, député maire de Charbonneau, qui est un pronucléaire.

22:58
Présentateur

Ça veut peut-être dire qu'on était dans une grande illusion, au fond, avec cette promesse de 50%, dans un grand mensonge. C'est ce qu'il dit d'ailleurs, ce matin, Nicolas Hulot. On vous l'a dit tout à l'heure. Beaucoup savaient que cet objectif... Oui, beaucoup savaient. On nous a raconté des histoires.

23:11
Yannick Jadot

Beaucoup savaient. Écoutez, quand cet engagement de campagne était porté par un candidat qui, franchement, ne voulait pas rompre avec le nucléaire, quand il a été validé par tous les scénarios qui ont été construits autour de la loi de transition énergétique... Pour faire de la politique, pour avoir des voix... Non, non, non, non, excusez-moi, je ne parle pas de la promesse de Hollande en 2012.

Quant autour de la loi de transition énergétique, vous avez tous les acteurs, les collectivités, les industriels de l'énergie, l'État, les associations, les consommateurs, les salariés, et que tout le monde se met d'accord sur ce scénario-là, parce qu'il est fondé, parce qu'il crée de l'emploi, parce qu'il crée de l'économie locale, parce qu'il nous sort du risque nucléaire, et que ce n'est pas simplement de la promesse, pardonnez-moi, c'est la loi issue d'un processus que les écologistes revendiquent en permanence, le débat public, le compromis entre les acteurs. Et on ne peut pas, d'un seul coup comme ça, autour d'une déclaration, casser tout ça.

24:08
Invité

On conviendra ce matin, Yannick Jadot, que l'écologie n'a plus de leader en France ?

24:13
Yannick Jadot

Ça, c'est votre interprétation. Il y a des écologistes partout qui se battent.

24:18
Invité

Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas d'écologistes. J'ai dit, il n'y a plus de leader, il n'y a plus de personnes repérées dans la société française, selon vous, qui portent ce nom.

24:25
Yannick Jadot

Eh bien, il faut probablement qu'il en émerge de nouvelles. Mais je veux redire ce message aux Françaises et aux Français qui nous écoutent. Il y a des écologistes partout, dans les collectivités, qui se battent pour vous, pour votre santé. Malheureusement, cette écologie-là n'est plus présente au gouvernement.

24:40
Présentateur

Quatre secondes, il reste ministre, il vient de le déclarer. J'ai découvert la complexité, dit-il.

24:47
Yannick Jadot

Personne ne dit que c'est simple, la politique. Personne ne dit que c'est simple. Mais à un moment donné, je crois qu'il faut aller au bout de ses convictions. Et il faut construire le rapport de force. Quand vous êtes le ministre le plus populaire, quand vous êtes indispensable à Emmanuel Macron, vous ne pouvez pas perdre sur tous ces sujets-là. Merci beaucoup, Yannick Jadot. Bonne journée à vous. Merci. Merci.