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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 14 février 2023 35 minContradictoireActualité / polémiqueOutre-merSantéInstitutions & électionsSolidarités & famille

Propos de Darmanin sur l'esclavage, chloredécone : l'indignation du député de la Martinique

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 9 %Attaque 66 %Défensif 19 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:56OuverteRéponse directe

    Alors avec vous, Monsieur le député, on va bien évidemment parler de l'ordonnance de non-lieu dans le scandale sanitaire du Chlordécone.

  • 7:35OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous estimez, comme votre confrère, que Gérald Darmanin est une honte pour les Outre-mer ?

  • 11:34OuverteRéponse partielle

    Est-ce que cette décision de justice se justifie juridiquement selon vous ?

  • 14:46OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes confiant au sujet de l'appel de cette ordonnance de non-lieu ?

  • 18:35OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous partagez l'avis de Maître Legavac selon lequel il s'agit d'un crime colonial ?

  • 20:47OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pensez que cette action en justice peut prospérer eu égard à l'ordonnance de non-lieu ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:19Invité politiqueFait
    « En disant, oui, la France a commis des actes odieux. »
  • 0:24Invité politiqueFait
    « Que la République, oui, a rétabli aussi l'esclavage. »
  • 1:02Invité politiqueFait
    « Des molécules de mort. »
  • 2:23Invité politiqueFait
    « une décision gouvernementale autorisant la prorogation de l'utilisation de cette molécule de la mort. »
  • 2:37Invité politiqueChiffre
    « Cessez donc de nous dire que 92 millions sur 7 ans suffisent et suffiront à pallier vos responsabilités. »
  • 12:11InvitéFait
    « Le chlordécone a toutefois été autorisé aux Antilles jusqu'en 1993 par deux dérogations successives signées par les ministres de l'Agriculture de l'époque. »
  • 12:30InvitéChiffre
    « une étude canarie de 2018 qui a été menée conjointement par Santé publique France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail et les observatoires de santé de Guadeloupe et de Martinique qui nous rappellent que le chlordécone a contaminé à des niveaux divers plus de 90% de la population de Guadeloupe et de Martinique. »
  • 27:12Invité politiqueChiffre
    « Au global, nos produits sont 34% plus chers. »
  • 27:40Invité politiqueChiffre
    « nous avons des taux de pauvreté qui sont doublés, voire triplés, si on parle de la Guyane notamment. »
  • 28:29InvitéChiffre
    « Les revenus moyens sont inférieurs de 38% à ceux des ménages en France hexagonale. »

Temps de parole

  • Jiovanny William50 %
  • Invité36 %
  • Invité 26 %
  • Présentateur5 %
  • Invité 33 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Et c'est vous qui n'êtes pas républicain, en le rappelant. Par deux fois, la République a aboli l'esclavage. En 1794, et pardon de faire des cours de Robespierre aux amis de M. Mélenchon.

0:12
Jiovanny William

Ce qui veut dire que nous avons un ministre qui persiste plutôt que d'aller au fond des choses. En disant, oui, la France a commis des actes odieux. Que la République, oui, a rétabli aussi l'esclavage. Que grâce au marronnage, grâce aux esclaves, cet esclavage a été aboli. Et c'est ce qui ferait la République, ce qu'a dit mon collègue Perceval. Bien non. On nous dit, puisque c'est 87 millions sur pas mal d'années, on nous dit, en gros, vous êtes contaminés, vos sols sont contaminés, ne mangez plus, ne buvez plus, mais ne vous inquiétez pas, vous serez toujours en bonne santé, alors que vous avez en vous, en vous, des molécules de mort. Des molécules de mort.

Imaginez que vous avez de l'arsenic dans votre corps. Et qu'on vous dise, mais écoutez, vous pouvez vivre avec. Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, quelle considération, nous, martiniquais, on peut se dire que les autres ont de nous. Que la France a de nous, que la République a de nous, s'il faut employer le terme consacré.

1:29
Invité

La République a aboli l'esclavage, a fait beaucoup pour la population des territoires ultramarins.

1:33
Jiovanny William

Et on va dire merci Boama.

1:36
Invité

Reconnaissance d'un scandale sanitaire, mais pas de poursuite. Dans l'affaire du chlordécone, 16 ans après le dépôt d'une première plainte, la justice a prononcé un non-lieu sur l'empoisonnement des Antilles au chlordécone, le 2 janvier dernier. Un non-lieu conforme aux réquisitions que le parquet de Paris avait formulé fin novembre. Une décision de justice qui a provoqué la colère du député de la première circonscription de Martinique, Giovanni William. C'était le 10 janvier dernier à l'Assemblée nationale. On écoute.

2:04
Jiovanny William

Vous le savez, la justice a rendu une ordonnance de non-lieu dans l'affaire, ou plutôt du scandale de l'empoisonnement au chlordécone. Cette décision n'est évidemment pas comprise par la population qui a été empoisonnée à cause d'une décision gouvernementale autorisant la prorogation de l'utilisation de cette molécule de la mort. Vous êtes le premier maillon dans cette chaîne de responsabilité. Cessez donc de nous dire que 92 millions sur 7 ans suffisent et suffiront à pallier vos responsabilités. Cessez donc de couvrir vos erreurs par des plans qui ne feront qu'attiser l'incompréhension du peuple en souffrance déjà.

Il ne s'agit pas d'attendre une décision judiciaire, chers collègues, mesdames, messieurs. Il s'agit pour vous d'être au rendez-vous de l'histoire. Madame la Première Ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, Quand allez-vous prendre la mesure de vos responsabilités ? Quand allez-vous indemniser toute la population touchée dans sa chair et dans son âme par cet empoisonnement, par cette non-reconnaissance qui nous tue aussi un peu plus chaque jour ? Merci.

3:31
Invité

Harry Durimel, maire écologiste de Pointe-à-Pitre et avocat historique des victimes du Chlordécone a annoncé qu'ils allaient faire appel de cette ordonnance. Et si la Cour d'appel ne nous donne pas raison, nous ferons un pourvoi en cassation. Nous sommes déterminés à aller jusqu'à la Cour de justice et la Cour européenne de justice pour que la justice nous soit rendue, a-t-il également assurée ? Bonsoir Giovanni William. Bonsoir. Et bonsoir également à vous, je suis arrivée sur ce plateau de manière un peu sauvage. Donc voilà, je vous salue également, très contente de vous retrouver.

Alors avec vous, Monsieur le député, on va bien évidemment parler, revenir sur cette ordonnance de non-lieu dans ce qu'on a sanitaire du Chlordécone qui a provoqué une vive émotion dans les territoires ultra-marins. On va également parler avec vous de la vie chère dans les territoires ultra-marins qui suscite également la colère de la population en Martigny comme en Guadeloupe. Ce problème est bien connu et documenté. Pourtant, les disparités de pouvoir d'achat entre l'Hexagone et les territoires ultra-marins persistent et grandissent d'ailleurs face à la spirale inflationniste. D'ailleurs, l'Assemblée nationale lance une commission d'enquête sur le coût de la vie en Outre-mer.

On y reviendra. Et il y a également la question, la réintégration des soignants non-vaccinés qui est au cœur des tensions et préoccupations des Français des territoires ultra-marins. Avant de parler de ces dossiers, j'aimerais qu'on revienne sur une vive polémique provoquée par les propos du ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin. Il a déclaré que c'est la République française qui abolit l'esclavage. Des propos tenus lors du forum organisé par Le Point sur les Outre-mer. Aux avant-postes, c'était le 2 février à la Maison de l'Océan à Paris. Des propos qui n'en finissent pas de faire réagir.

17 députés des Antilles, de Guyane, de la Réunion et de Polynésie, issus pour l'essentiel de la NUPS, ont aussitôt critiqué dans une lettre ouverte au ministre une nouvelle forme de révisionnisme historique. On écoute la réponse de Perceval Gaillard, député de la Réunion. Monsieur le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, lors d'une récente interview parue dans Le Point, vous avez tenu des propos révisionnistes et paternalistes concernant l'esclavage que l'on aurait espéré ne plus jamais entendre au XXIe siècle. Je vous cite, c'est la République française qui a aboli l'esclavage, donc on leur demande d'aimer la République, pas toute l'histoire de France évidemment.

Non, ce n'est pas comme vous le dites, la République qui a libéré les esclaves, mais ce sont les esclaves eux-mêmes qui se sont libérés par leur lutte et leur combat. Non, vous ne pouvez pas exiger que l'on vous aime. D'ailleurs, peut-il exister une injonction à l'amour ? L'amour relève du consentement et du respect, exactement l'inverse de l'esclavage qui incarne les pires contraintes et violentes que l'humanité ait jamais créée. Monsieur le ministre, l'ignorance est une chose, le mépris en est une autre. Vous n'êtes pas le premier, et malheureusement pas le dernier, à ne rien connaître ni comprendre des Outre-mer.

Vous êtes par contre l'un des rares à vous permettre une telle condescendance. Ainsi, je vous le dis comme je pense, vous nous faites honte. En tant que député de la Réunion, je vous le dis comme tel, aux côtés de mes camarades et collègues ultramarins, vous êtes disqualifiés après de tels propos. Lorsque vous parlez ainsi, vous ne représentez pas la République, mais son antithèse. La République, ce sont nos reines et nos rois marronnes, nos résistantes et nos résistants. La République, c'est Simandeff, Elie ou Eva, ce n'est pas vous. La République, c'est l'esclave romain en Martinique ou le marron pèdre en Guadeloupe, ce n'est pas vous.

La République, c'est le marron boni en Guyane ou l'engagé, Bacar, Kassoua, Mayotte, ce n'est pas vous. Alors, comme 16 de mes collègues ultramarins et moi-même, vous l'avons demandé dans un courrier, nous exigeons des excuses au nom de nos peuples, au nom de celles et ceux qui ont lutté dans des conditions extrêmement difficiles pour leur liberté et qui incarnent plus que vous ne le ferez jamais notre devise républicaine émancipatrice, liberté, égalité, fraternité. – Un discours très fort du député Perceval Gaillard. Giovanni William, vous êtes également l'un des signataires de ces lettres ouvertes qui a été adressées aux ministres.

Est-ce que vous estimez, comme votre confrère, que Gérald Darmanin est une honte, nous fait honte, pour être plus précise ?

7:43
Jiovanny William

– Écoutez, le ministre des Outre-mer, parce que M. Darmanin est également ministre des Outre-mer. Ce sont des propos honteux qui le disqualifient totalement. Réviser à ce point l'histoire en parlant comme ça de la République et comme ça de l'esclavage, des esclaves qui se sont battus, qui sont morts pour leur liberté, pour notre liberté, et dire tout simplement « c'est la République qui a aboli l'esclavage ». Et par deux fois, parce que le ministre persiste et signe.

8:20
Invité

– Oui, on va le voir dans quelques minutes.

8:21
Jiovanny William

– Parce que l'erreur peut être humaine, mais persévérer et diabolique. Et là, le ministre, diaboliquement, signifie sa disqualification.

8:35
Invité

– Effectivement, Gérald Darmanin a refusé de présenter des excuses et il persiste, il signe même « voici sa défense ». – L'histoire, et rappelons-la ici, et soyons fiers, et c'est vous qui n'êtes pas républicain en le rappelant, par deux fois la République a aboli l'esclavage. En 1794, et pardon de faire des cours de Robespierre aux amis de M. Mélenchon, mais c'est en 1794 que réunis en Assemblée du Peuple les parlementaires, Mme la députée, allez voir M. Mélenchon, ont suivi M. Robespierre qui a étendu ce que la République avait ici en 1792, déjà fait pour la France métropolitaine, et étendu la fin de l'esclavage en 1794.

Et en 1848, c'est la République qui, en Martinique, puis en Guadeloupe, a aboli l'esclavage. Ce qui ne retire évidemment en rien le combat de ceux qui, esclaves ou non-esclaves, ont voulu combattre ce crime contre l'humanité. Je n'ai rien dit d'autre, monsieur le député. Je pense qu'il faut réviser les livres d'histoire. Bon, alors visiblement, nous ignorons tout de l'histoire. Gérald Darmanin persiste, révise, et comme vous l'avez rappelé, il est également le ministre des Outre-mer. Quel est le message qu'il adresse comme ça, de cette façon, à la population des territoires ultramarins ?

9:57
Jiovanny William

Mais malheureusement pour lui, il annonce le message que d'autres ont passé concernant les Outre-mer, c'est-à-dire à la fois une méconnaissance de nos territoires, une méconnaissance de notre histoire, et une méconnaissance de nous-mêmes. Ce qui veut dire que nous avons un ministre qui persiste plutôt que d'aller au fond des choses, en disant, oui, la France a commis des actes odieux, que la République, oui, a rétabli aussi l'esclavage, que grâce au marronnage, grâce aux esclaves, eh bien cet esclavage a été aboli. Et c'est ce qui ferait la République, ce qu'a dit mon collègue Perceval. Eh bien non, il dit, je dis simplement que la France a fait ci, a fait ça, alors que ce n'est pas vrai.

La République n'a pas fait ça. C'est dommage, c'est honteux, et aujourd'hui, la perception que nous, ultramarins, nous pouvons avoir de ministre, d'un ministre d'État, d'un ministre des Outre-mer, eh bien aujourd'hui, elle est clairement atteinte, et il est disqualifié.

11:20
Invité

On va passer à ce dossier, un autre dossier, c'est le dossier du chlordécone, on l'a vu. C'est une ordonnance de non-lieu qui a prononcé les juges d'instruction, une ordonnance de non-lieu qui vous a fait réagir. Alors pour rappel, ce scandale sanitaire du chlordécone, le chlordécone, c'est un pesticide ultra-toxique qui a été utilisé massivement dans les bananeraies en Guadeloupe et en Martinique pendant plus de 20 ans, à partir de 1972, pour lutter contre la charançon de la banane, un insecte qui détruisait les cultures. Il a été classé en 1979 comme cancérogène possible par le Centre international de la recherche, le cancer de l'OMS.

Il a contaminé durablement les sols et l'eau et impacte encore aujourd'hui les cultures et les productions animales. Alors la France a fini par l'intendir en 1990. Le chlordécone a toutefois été autorisé aux Antilles jusqu'en 1993 par deux dérogations successives signées par les ministres de l'Agriculture de l'époque. Il y a une étude canarie de 2018 qui a été menée conjointement par Santé publique France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail et les observatoires de santé de Guadeloupe et de Martinique qui nous rappellent que le chlordécone a contaminé à des niveaux divers plus de 90% de la population de Guadeloupe et de Martinique.

Pourtant, c'est un non-lieu. Est-ce que... Alors, je rappelle que vous êtes député, mais vous êtes également avocat. Est-ce que c'est une décision de justice qui se justifie du moins juridiquement, selon vous ?

12:52
Jiovanny William

Mais écoutez, j'ai une appréciation différente de ce qui a été indiqué par la Chambre de l'instruction concernant la prescription, parce qu'il est fait état d'une prescription. Nous sommes dans de l'écocide. Nous sommes dans de la pollution de nos propres corps. Et nous avons eu connaissance de tout cela avant les délais prescrits. Donc, ma perception sur le plan juridique, elle est différente. Et ce n'est pas que ma perception. Un bon nombre de confrères, un bon nombre de juristes et de magistrats pensent la même chose. Et je dois vous dire que... Bon, c'est une décision qui, de toutes les façons, est contestée, sera contestée, et nous irons jusqu'au bout.

13:38
Invité

Effectivement, selon des informations de Mediapart, les documents que des parlementaires leur ont fournis prouvent que des stocks de pesticides ont été exploités au moins jusqu'à la fin des années 90, voire au-delà. Donc, effectivement, ça interroge la prescription qui a été retenue par le parquet. Nous avions reçu Olivier Servat, décidément, le 9 décembre dernier. On lui avait demandé ce qu'il pensait, à l'époque de l'avis de la décision du procureur de la République de Paris, de demander un non-lieu, un réquisitoire qui a été suivi par les juges d'instruction. Voici ce qu'il disait.

14:14
Présentateur

Ce combat, visiblement, est compliqué de point de vue judiciaire. Mais comme l'État s'est reconnu responsable, il doit assumer ses responsabilités et il doit décliner des plans Chlordécone. Alors, il nous a présenté la dernière fois le plan Chlordécone 4. Il a nommé responsable Chlordécone. Tout ça va dans le bon sens, mais c'est, je l'ai dit la dernière fois, largement suffisant, nous demandant deux choses très clairement. Dépollution des terres et indemnisation de toutes les victimes. Très clairement, voilà ce que nous demandons. Et pour l'instant, le compte n'y est pas du tout.

14:43
Invité

Voilà. C'est ce que rappelle le député Olivier Servat. Sur le terrain juridique, c'est compliqué de reconnaître une responsabilité, mais pourtant, Emmanuel Macron l'avait déjà fait par le passé. Donc finalement, le dossier du Chlordécone, la résolution de ce dossier serait plutôt politique que juridique.

14:59
Jiovanny William

Ça doit passer par les deux, à mon avis. Il ne faut pas lâcher le combat juridique parce qu'au-delà de l'aspect pénal, il y a aussi un contentieux administratif, je le rappelle, devant la cour administrative d'appel, me semble-t-il, sauf erreur de ma part. Donc, il faut toujours garder à l'esprit ce combat judiciaire, mais sur le plan politique, évidemment. Évidemment, là aussi, il faut être vigilant. Il y a des plans Chlordécone. Le dernier est le plan Chlordécone 4. Qu'est-ce qui prévoit ce plan 4 ?

Ce plan Chlordécone 4 prévoit un certain nombre d'études, prévoit de la communication concernant le Chlordécone, à savoir dire aux enfants et aux adultes aussi que l'on peut vivre avec tout ça et qu'on peut se décontaminer soi-même, qu'on peut faire attention à ce que l'on mange, qu'il faut faire surtout attention et ne pas consommer, par exemple, trop de poissons. Il faut faire attention et ne pas consommer les tubercules qui sont dans notre jardin, jardin qui n'a pas forcément été décontaminé. Bref. Un plan qui ne coûte pas cher.

On nous dit, puisque c'est 87 millions sur pas mal d'années, on nous dit, en gros, vous êtes contaminés, vos sols sont contaminés, ne mangez plus, ne buvez plus, mais ne vous inquiétez pas, vous serez toujours en bonne santé alors que vous avez en vous, en vous, des molécules de mort. Des molécules de mort. Imaginez que vous avez de l'arsenic dans votre corps et qu'on vous dise, mais écoutez, vous pouvez vivre avec. Et puis, le taux d'arsenic que vous avez dans votre corps ne va pas vous conduire à la mort parce que les études ne le disent pas. Mais il y a un petit problème, c'est que j'ai dans mon corps quelque chose qui ne devrait pas y être. Donc déjà, à ce niveau-là, il y a un problème.

Eh bien ça, la France a du mal à le reconnaître. Ça, la France a du mal à dire, bon, écoutez, vous avez tout de même un préjudice qui est au moins un préjudice d'anxiété parce qu'on se dit, mais tiens, il peut m'arriver quelque chose. Mais comme ça ne m'arrive pas forcément, eh bien, je ne vais pas être indemnisé, je ne vais pas être considéré comme étant une victime. Donc il y a ce jeu, ce petit jeu sémantique qui est en train de se passer, qui est en train de se dérouler. Et nous, députés, nous sommes contre ça. Nous sommes contre ça.

17:26
Invité

Effectivement, c'est tout le paradoxe parce que les juges d'instruction, dans leur conclusion, comprend des motifs du non-lieu. Ils nous expliquent quand même, ils reconnaissent une atteinte environnementale et des conséquences humaines, économiques et sociales qui affectent et affecteront pour de longues années la vie quotidienne des habitants de ces deux départements et leur cause a été entendue. On l'a vu que finalement, les faits ne sont pas tellement prescrits. Alors, est-ce que vous êtes plutôt confiant au sujet de l'appel de cette ordonnance

17:56
Jiovanny William

de non-lieu ? Je le reste. Je le reste. Il y a des avocats compétents sur le dossier. Il y a des associations également sur le dossier. La population veille aussi à ce que les choses se passent. Donc, oui, je reste confiant que ce soit sur le plan judiciaire ou le plan politique. Nous irons jusqu'au bout.

18:17
Invité

Maître Legavac, que vous connaissez certainement, qui est un avocat de plusieurs parties civiles et de trois associations de défense de l'environnement et du peuple entier a déclaré qu'il faut appeler un chat un chat. C'est un crime colonial qu'on essaie de dissimuler en effaçant les traces en affirmant que le temps a passé. Est-ce que vous pensez, vous partagez son avis ?

18:36
Jiovanny William

C'est un crime colonial ? Écoutez, la culture, les monopoles de culture, bananes et cannes, il y a un départ historique. Et ce départ historique vient de l'habitation coloniale. On nous a obligés à avoir ces cultures. Derrière, il y a eu des dérogations données par l'État alors qu'il savait pertinemment que la chlordécone est bien tuée. Ce qui veut dire que, en gros, c'est la Martinique, c'est la Guadeloupe. Allez, on va laisser faire. Mais pour nous, Français de France, on ne va pas l'utiliser. Et puis, effectivement, les États-Unis l'ont interdit depuis les années 70, fin des années 70.

Mais bon, en Martinique et en Guadeloupe, les Martiniquaises, les Martiniquais, Guadeloupéens, Guadeloupéennes, tant pis pour eux. Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, quelle considération, nous, Martiniquais, on peut se dire que les autres ont de nous, que la France a de nous, que la République a de nous, s'il faut employer le terme consacré.

19:56
Invité

La République a aboli l'esclavage, a fait beaucoup pour la population des territoires ultramarins.

20:00
Jiovanny William

Et on va dire merci Boama.

20:04
Invité

Alors, c'était bien envoyé. Nouvelle étape dans le dossier du chlordécone, pourquoi ça n'est pas près de terminer. Cinq citoyens ont décidé de saisir hier un mercredi 8 février le tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre contre les acteurs privés et publics chargés de la distribution de l'eau en Guadeloupe. C'est ce que France Info nous a rapporté hier auprès, c'est l'avocat de ces parties plaignantes. Les plaignants affirment que les difficultés d'accès à l'eau et d'assainissement sur l'île pénalisent et mettent en danger la population. Ils dénoncent notamment la vétusté du réseau, son entretien défaillant et la mauvaise qualité de l'eau.

Alors j'imagine monsieur le député que c'est une action que vous allez si ce n'est appuyé soutenir. Est-ce que vous pensez qu'elle peut prospérer eu égard à l'ordonnance de non-lieu qui a été rendue ?

20:57
Jiovanny William

Je pense. Oui, je pense parce qu'après toutes ces années, la chlordécone, elle persiste et elle persistera de très longues années. Et il faut savoir qu'en matière d'assainissement et d'eau, tout ce qui est relatif à la résorption de la chlordécone, ça n'a pas été fait immédiatement.

21:19
Invité

Il n'y a pas un risque qu'on nous oppose encore la prescription d'effet dans cette affaire ? En quoi elle est un peu différente ?

21:27
Jiovanny William

En quoi elle est différente ? Parce qu'on est après les années 90. On est au début des années 2000, quasiment. D'accord. Ce qui veut dire que la prescription à ce moment-là, elle n'est plus de mise. Donc, je partage la réflexion juridique. Bien que je ne connaisse pas tous les tenants et les aboutissants, néanmoins, je considère qu'il est en tout cas intéressant de suivre cette affaire de près. Et moi, j'y souscris parce qu'il y a aussi eu des dysfonctionnements en matière justement d'assainissement et d'eau concernant la chlordécone.

22:08
Invité

Alors, avec le député Olivier Servin, on a également parlé de la question épineuse de la réintégration des soignants non vaccinés. Il défendait une proposition de loi qui prévoyait la réintégration du personnel soignant non vacciné sous réserve de la présentation quotidienne d'un test de dépistage du Covid-19 négatif en cours de validité, une proposition de loi qui n'est plus à l'ordre du jour à cause de l'obstruction parlementaire orchestrée par la droite et le RN lors de leur niche parlementaire de novembre dernier. Et on écoute ce qu'il nous disait sur le plateau du Média.

22:38
Présentateur

Nos adversaires politiques de la minorité parce qu'ils sont minoritaires disent ah oui mais ces gens-là sont contre le vaccin. C'est faux, c'est de la mauvaise foi et ils sont hors sujet. On n'a jamais remis en cause de vaccins de pasteurs, on n'a jamais remis en cause de fait les bienfaits de la vaccination. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit de réintégrer des hommes et des femmes avec, article 2, un protocole sanitaire strict, test PCR ou antigénique toutes les 24 heures. Et donc, moi je pose la question à qui veut l'entendre.

Préférez-vous, vous qui allez à l'hôpital, être soigné par un vacciné qui n'est pas testé, donc qui est peut-être porteur du Covid ou un non-vacciné qui est testé et vous êtes sûr qu'il n'a pas le Covid ? La réponse sanitaire est évidente, il vaut mieux avoir quelqu'un qui est testé négatif. Et donc aujourd'hui, il feigne de se cacher mesquinement derrière la Haute Autorité de Santé alors même que la Haute Autorité de Santé a dit que ce protocole sanitaire visait à sécuriser les personnes et que ce n'est pas la Haute Autorité de Santé. Donc ce n'est pas une décision médicale la suspension des soignants, c'est une décision politique. Donc la réintégration doit être politique.

Et donc, on ne peut pas accepter ce déni de démocratie.

23:47
Invité

Alors, Giovanni et William, est-ce que vous aussi vous défendez la réintégration des soignants ? Je sais que c'est une question très clivante et qui divise même dans les territoires ultramarins.

23:56
Jiovanny William

Oui, c'est une question très clivante parce qu'elle a été posée dans des termes qui poussaient justement au clivage. Je pense qu'aujourd'hui, nous avons un personnel soignant et non-soignant qui ne peut plus travailler parce qu'il y a cette règle qui dit vaccinez-vous sinon vous ne travaillez pas. Je pense qu'aujourd'hui, on peut, comme l'a dit le collègue Olivier Servat, faire autrement. malheureusement, on se rend compte qu'il y a cette obstruction de la part du gouvernement parce que c'est une décision politique. Le président de la République a dû qu'il se rangerait derrière l'autorisation de la haute autorité.

Néanmoins, c'est une décision politique et je pense qu'il faut faire quelque chose parce que derrière ces soignants, il y a des familles. Il y a des familles. Donc, il faut les réintégrer avec un système de dépistage. Oui, j'y crois. Les médecins sont d'accord avec cela. Maintenant, il faut assurer les choses. Il faut au moins, mais je dis au moins, discuter. Mais on a l'impression en fait qu'il n'y a aucune discussion possible. Et c'est ce qui est dommage. Il n'y a aucune discussion possible dans l'espace public. Il n'y a aucune discussion possible à l'Assemblée nationale parce qu'il y a eu une obstruction de la part de la majorité relative présidentielle.

Et donc, je pense qu'il faudra revenir à la charge sous le plan législatif pour que le débat ait lieu et qu'on puisse trouver une solution pour ces gens.

25:38
Invité

Alors, on va conclure, monsieur le député, avec la vie chère dans les territoires ultramarins. C'est un dossier que vous connaissez très bien également qui suscite la colère de la population en Martinique comme en Guadeloupe. Ça fait quand même beaucoup pour les populations des territoires ultramarins. Alors, ce problème de la vie chère est connu, documenté depuis longtemps. On se souvient que la députée LFINUPS, Matip Panot aussi, s'était rendue en Guadeloupe et en Martinique pour justement montrer au territoire, à la France hexagonale, les disparités qui existent en termes de pouvoir d'achat. Et pourtant, rien n'a été fait, quoique, jusqu'à aujourd'hui.

C'est ça, c'est l'Assemblée nationale qui lance une commission d'enquête sur le coût de la vie en Outre-mer. Les députés ont voté le texte porté par l'élu martiniquais Johnny Hajar. À l'unanimité, l'objectif de cette commission sera de diagnostiquer les mécanismes à l'origine de la disparité du pouvoir d'achat entre les territoires ultramarins et l'hexagone et de proposer des solutions pour y remédier. Des solutions, vous en avez proposé, ne serait-ce qu'encore en juillet dernier, 3 juillet 2022, vous avez demandé au gouvernement de gommer le différentiel entre le RSA perçu en Outre-mer et en France hexagonale et cette évolution permettrait de concrétiser l'égalité sociale.

C'est ce que vous avez dit. Alors peut-être avant de parler des solutions, est-ce que vous pouvez nous donner des chiffres pour qu'on puisse se faire une idée de ces disparités entre la France hexagonale et les territoires ultramarins ?

27:11
Jiovanny William

Au global, nos produits sont 34% plus chers. Voilà. Ça, c'est un chiffre qui parle. Au-delà de ce chiffre, il faut aussi avoir les considérations sur la vie globale chez nous, chez nous, aux Antilles. Il faut savoir que le taux de chômage est beaucoup plus important. Il faut savoir qu'aujourd'hui, nous avons des taux de pauvreté qui sont doublés, voire triplés. si on parle de la Guyane notamment. Ce qui veut dire que si vous combinez à la fois ces petits salaires ou cette pauvreté avec cette chèreté de la vie concernant des produits de consommation, eh bien, on voit tout de suite nos difficultés.

28:01
Invité

Et de l'inflation est venue d'ailleurs agravée. de l'inflation

28:03
Jiovanny William

parce que le gouvernement dit mais non, l'inflation, il y a eu de l'inflation effectivement dans vos territoires mais elle a été moins importante qu'en France hexagonale. D'accord ? Un point de différence. D'accord ? Mais il ne reste qu'il y a 34% de différence concernant nos produits de consommation et qu'il y a une plus grande pauvreté dans nos territoires.

28:27
Invité

Il y a un chiffre qui est avancé. Les revenus moyens sont inférieurs de 38% à ceux des ménages en France hexagonale.

28:34
Jiovanny William

Tout à fait. Tout à fait. Tout à fait. C'est inacceptable. Et il y a eu des choses qui ont été faites. On a parlé de bouclier qualité-prix. Le panier, cette fixation d'un panier réglementaire qui permettrait aux personnes de vivre. Mais on ne quémande pas. Nous ne sommes pas là pour quémander quoi que ce soit. Nous sommes là pour vivre. Acheter ce que nous avons envie d'acheter à des prix raisonnables et des produits de qualité. Nous avons envie de produire nous-mêmes pour pouvoir vivre décemment.

Mais aujourd'hui, on ne peut pas le faire parce qu'il y a des situations de monopole, il y a des situations économiques et sociales qui font qu'aujourd'hui, dans nos territoires, cela est impossible. la commission d'enquête qui a été demandée par mon collègue Johnny Aja et qui a été validée à l'unanimité, qui a été votée à l'unanimité tout de même, je l'espère, permettra de pointer le doigt sur toutes ces situations économiques qui, en fait, rendent désastreuse la vie de nos concitoyens.

29:54
Invité

Et vous avez donc, je le disais, demandé une réévaluation du RSA pour les populations des territoires ultramarins,

29:59
Jiovanny William

qu'est-ce qu'il en est ? Sous le plan technique, il y aura des corrections à faire à ce niveau-là. On va relancer les choses parce qu'il faut, c'est assez technique, mais en tout cas, on va rétablir, on va encore analyser tout ça et rétablir tout ça dans les prochains mois par rapport à cette situation.

30:20
Invité

Bon, pour vous, j'imagine, le diagnostic, vous le connaissez, le diagnostic des mécanismes à l'origine de la disparité du pouvoir d'achat, vous avez parlé de ces monopoles, enfin bref, c'est quand même une situation que le gouvernement n'est pas censé ignorer, ils veulent proposer des solutions, les solutions, vous les avez, les élus des territoires ultramarins s'épanchent dessus depuis des décennies. Est-ce que vous pouvez peut-être en faire là, ici, nous dire quelles sont les pistes de solutions possibles ?

30:48
Jiovanny William

Il y a des solutions, il faut savoir qu'aujourd'hui, nous n'avons pas la possibilité de commercer librement avec les pays de la Caribe. Par exemple, nous sommes en Martinique et nous sommes très proches, plus proches de l'Amérique latine, nous sommes plus proches de l'Amérique centrale et pourtant, nous devons consommer certains produits, la plupart de nos produits sont importés d'Europe. C'est une aberration. Il faut savoir que nos normes de construction sont des normes dites européennes alors que nous sommes dans une Caraïbe qui nécessitent des normes, je vais dire, plus adaptées. Nous avons la possibilité d'utiliser des biocarburants et pourtant, nous ne le faisons pas.

Nous utilisons du gasoil ou du simplon. Et le biocarburant, je pense qu'on peut le produire aussi. Et pourtant, ce n'est pas le cas.

31:48
Invité

C'est le gouvernement central qui refuse.

31:49
Jiovanny William

Donc, vous voyez les aberrations qu'on souhaite gommer. Il y a eu une écoute partielle du gouvernement en ce sens. Nous avons interpellé le gouvernement en ce sens qui nous a dit oui pour le biocarburant. Nous attendons. Nous avons attendu très longtemps. Mais aujourd'hui, nos revendications, nous irons jusqu'au bout. Ça, c'est certain.

32:15
Invité

Merci beaucoup, monsieur le député. Il y a également une cause que vous défendez. Vous luttez effectivement contre les inégalités sociales et économiques et dont je fais allusion à notre confrère, journaliste Olivier Dubois.

32:29
Jiovanny William

Tout à fait. Tout à fait. Olivier Dubois est un journaliste français. Ses parents sont d'origine de la ville du François, dans Massé aux Conscriptions, en Martinique. C'est un journaliste qui est détenu au Mali depuis plus de 22 mois. Aujourd'hui, c'est le détenu français qui est en captivité depuis plus longtemps. 22 mois. 22 mois. Ce petit bracelet, c'est pour qu'on ne l'oublie pas. Parce qu'on ne parle pas assez de lui. Parce que nous pensons à lui. Parce que ses parents se battent pour qu'il revienne. et nous demandons à tout un chacun, toutes celles et ceux qui nous regardent, d'avoir une pensée pour lui.

Parce que c'est un journaliste qui fait son travail, qui donne l'information partout dans le monde et qui, malheureusement, est détenu. Et donc, il ne faut pas l'oublier et il faut que la France agisse pour qu'il puisse rentrer chez lui.

33:33
Invité

Merci beaucoup, Giovanni William, député de la première circonscription de Martinique. Merci pour cette pensée à laquelle on se joint, bien évidemment, pour la libération de notre confrère Olivier Dubois.

33:46
Auditeur

Merci à vous.

33:46
Invité

Merci. Merci également à vous derrière vos écrans de nous avoir suivis. Si on peut vous proposer chaque jour de cette qualité d'information et des intervenants de qualité, c'est uniquement grâce à nos abonnés et nos sociétaires qui financent notre antenne. Cela fait déjà plus de quatre mois que nous tenons le défi d'être diffusés en 24-7 sur YouTube et Dailymotion, uniquement grâce au soutien populaire et citoyen de près de 9 500 abonnés, dont 4 100 sociétaires. C'est énorme. Mais soyons honnêtes, notre modèle est fragile. Ce n'est pas assez. Continuez à vous abonner et à faire abonner vos proches. Offrez-vous un média véritablement libre des 5 euros par mois.

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