Budget : crise de nerfs... et crise économique ? - C dans l’air - 29.11.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %
Questions et réponses
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- 0:01OuverteRéponse directe
200 000 emplois menacés et la France affiche des taux d'intérêt au niveau de la Grèce : crise politique ou économique ?
- 2:06OuverteRéponse directe
Quelle image les députés qui en viennent aux mains renvoient-ils du débat politique en France ?
- 3:31OuverteRéponse directe
La France se dirige-t-elle vers une crise à la grecque selon le Financial Times ?
- 6:20OuverteRéponse directe
La France a été dépassée par le Portugal, l'Espagne et la Grèce en taux d'intérêts : est-ce grave ?
- 7:44OuverteRéponse directe
Peut-on sauver la France comme on a sauvé la Grèce ?
- 9:12OuverteRéponse directe
Cette crise politique inquiète-t-elle les milieux économiques et peut-elle métastaser en crise économique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:56G.MackeChiffre
« Le gouvernement a promis 60 milliards de redressement des comptes publics il y a un mois. Et, depuis, parce qu'on marchande avec le RN, avec LR, avec parfois les macronistes, on cède sur la taxe sur l'électricité, sur le durcissement des allégements de charges sur les bas salaires, sur le gel des retraites, etc. Au bout du compte, à chaque fois, on lâche quelques milliards. »
- 5:41G.MackeChiffre
« Les 60 milliards, on n'y sera vraiment pas. Les comptes sont en cours, mais on va peut-être être à la moitié de ça. Donc, les 5 % de déficit public qui sont promis pour la fin 2025, on voit difficilement comment on va y être. »
- 7:00M.PlaneFait
« La France avait quand même 2 atouts : elle a un déficit public depuis 1974, quasiment, et une dette qui représente plus de 110 % du PIB, mais elle avait 2 atouts : que les recettes rentrent et que la politique soit stable. »
- 9:55S.FayFait
« Les milieux économiques aiment la stabilité, en particulier les milieux industriels qui doivent faire des investissements importants et très longs dans le temps. »
- 12:04G.MackeFait
« Quand on regarde aujourd'hui les forces politiques en présence, peut-être en dehors de M.Barnier et de 2 ou 3 membres de son gouvernement à Bercy, personne n'a envie de redresser les comptes publics, d'avoir la potion amère, de promettre du sang et des larmes. »
- 13:58C.CornudetChiffre
« C'est vrai que ce que M.Barnier a cédé à M.Le Pen, notamment sur la taxation du prix de l'électricité, ça coûte 3 milliards d'euros. »
- 15:09M.PlaneFait
« Si la BCE vole au secours de la France, c'est la fin des haricots ! Ca veut dire qu'on a perdu notre souveraineté. »
- 19:18Chiffre
« Des pertes d'emplois qui ont des conséquences sur tout le tissu économique local. Mercredi, l'équipementier automobile Valeo a annoncé la suppression de 868 postes dans 8 de ses sites français. »
- 19:55Chiffre
« 8 % d'ici fin 2025, selon les projections de l'OFCE. »
- 26:09S.FayFait
« Quand on regarde les grands plans sociaux, on voit qu'il y a une transition très douloureuse dans l'automobile mais, globalement, ça affecte les industries qui utilisent beaucoup d'énergie. »
- 40:45C.JollyFait
« Dans le marché immobilier, il y a des bonnes nouvelles, la baisse des taux d'intérêt, avec des acheteurs qui reviennent dans l'ancien ou le neuf. »
- 42:55G.MackeChiffre
« La montée des taux d'intérêt depuis 3 ans a supprimé un tiers... Un tiers des Français ne peuvent plus avoir accès... Ils sont devenus insolvables pour accéder à l'achat d'un logement. »
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... - A.de Tarlé: Bonsoir. 200 000 emplois menacés avec la multiplication des plans sociaux, et la baisse du chômage, qui était l'un des acquis de la politique d'E.Macron serait-elle en train de se retourner? Autre fait marquant de la semaine: pour la 1re fois, la France a affiché des taux d'intérêt au niveau de ceux de la Grèce. De fait, l'image de stabilité politique de notre pays est aujourd'hui sérieusement écornée et les investisseurs étrangers s'en inquiètent. En témoigne cet article paru hier dans le "Financial Times". La crise politique serait-elle en train de se transformer en crise économique? C'est le sujet de cette émission. Pour répondre à vos questions, nous accueillons C.Cornudet, éditorialiste politique aux "Echos". Je renvoie à votre édito du jour. G.Macke, directrice déléguée de la rédaction du magazine "Challenges". A la une, le logement, la santé, le pouvoir d'achat, comment répondre aux colères.
S.Fay, journaliste au "Monde". Et M.Plane, économiste, directeur adjoint de l'OFCE. Merci de participer à cette émission. Je vous propose pour commencer de voir ou revoir cette scène, hier soir, à l'Assemblée, avec 2 députés qui ont failli en venir aux mains. - DEHORS! DEHORS! - A.de Tarlé: Quelle image ce genre de spectacle renvoie-t-il du débat politique en France? - C.Cornudet: C'est absolument désastreux. On est très loin des préoccupations des gens. Ce sont des politiques qui se tapent sur la figure, au sens propre du terme. On examinait l'abrogation de la réforme des retraites d'E.Macron, et celle de F.Hollande en 2014. S'il n'y avait pas eu une manoeuvre d'obstruction
du socle commun, en réalité, c'était adopté. Il y avait une majorité à l'Assemblée, en additionnant les voix de gauche et les voix du RN, pour effacer d'un trait la réforme des retraites. Donc c'est désastreux. Depuis juillet, depuis la dissolution, que personne n'a compris et qui crée plein de turbulences politiques et économiques, le regard des investisseurs étrangers est très sévère. On a vu que la dette a dérapé. Il y a une interrogation. Est-ce que ça vaut encore le coup d'investir en France? C'est ce qu'ils se demandent tous en ce moment. Choose France était le totem d'E.Macron. - A.de Tarlé: On va revoir cet article du Financial Times hier. "La France se dirige-t-elle vers une crise à la grecque?" Les marchés financiers et les grands patrons ne sont peut-être pas au fait des subtilités du fonctionnement de notre démocratie. - G.Macke: Justement, je pense qu'ils sont un peu au fait
des subtilités qui se passent en ce moment. La France avait quand même 2 atouts. Elle a un déficit public depuis 1974, quasiment, et une dette qui représente plus de 110 % du PIB, mais elle avait 2 atouts: que les recettes rentrent et que la politique soit stable. Là, la politique n'est pas du tout stable et la situation est bloquée. On voit des disputes à l'Assemblée nationale et des majorités qui se forment, se déforment, qui sont de circonstance.
Mais sur le fond, ce que voient les investisseurs internationaux, c'est que le gouvernement a promis 60 milliards de redressement des comptes publics il y a un mois. Et, depuis, parce qu'on marchande avec le RN, avec LR, avec parfois les macronistes, on cède sur la taxe sur l'électricité, sur le durcissement des allégements de charges sur les bas salaires, sur le gel des retraites, etc. Au bout du compte, à chaque fois, on lâche quelques milliards.
Les 60 milliards, on n'y sera vraiment pas. Les comptes sont en cours, mais on va peut-être être à la moitié de ça. Donc, les 5 % de déficit public qui sont promis pour la fin 2025, on voit difficilement comment on va y être. Et je parle de ça sans penser à une censure du gouvernement et un nouveau budget, qui nous mèneraient complètement dans l'inconnu. Même aujourd'hui, dans la situation actuelle, si le gouvernement passait le budget après marchandage, on ne serait déjà plus du tout dans l'épure. Eternellement, la France ne respecterait pas les promesses faites auprès de la Commission et des institutions internationales.
- A.de Tarlé: Autre fait marquant de la semaine... La France a déjà été dépassée par le Portugal, par l'Espagne, et maintenant, c'est la Grèce qui est à 2 doigts de nous dépasser, en termes de taux d'intérêts. Elle est à 2,96 % et nous sommes à 2,93 %. - M.Plane: Effectivement, avant, on était plus proches de l'Allemagne en termes d'attractivité ou de valeur refuge. La France arrivait assez rapidement après l'Allemagne, sachant que l'Allemagne, c'est le refuge absolu. Là, on est au-dessus du Portugal ou de l'Espagne, qui étaient il y a 10 ans dans une situation assez catastrophique.
On se rapproche dangereusement de l'Italie. La Grèce, C'est une petite partie de la dette grecque qui est émise, qui est sans risque. On peut plus clairement se comparer à l'Espagne, et on se rapproche de l'Italie, qui est le mauvais élève de la zone euro. L'Italie a toujours été considérée, en dehors de la Grèce, comme le pays le plus risqué, avec une politique qui dysfonctionne. On entre dans une nouvelle ère, qu'on ne maîtrise pas, qui n'est pas liée qu'à la crise budgétaire mais aussi à la crise politique. On ne sait pas de quoi sera fait demain, après-demain,
ou dans 6 mois, dans 1 an. C'est difficile de se projeter. C'est ce que les investisseurs demandent, la prime de risque. On est très loin de la Grèce, mais la crise politique ouvre un champ des possibles inimaginable. La censure risque d'en rajouter une couche. J'ai tendance à dire qu'on ne sera pas la Grèce... Sinon, c'est la fin de la zone euro. - A.de Tarlé: On ne sauvera pas la France comme on a sauvé la Grèce? - M.Plane: Si on ne sauve pas la France, l'euro tombe.
Ce qui peut se produire, c'est une dérive qui nous amène à la situation italienne, avec des taux un point au-dessus de ce qu'on payait par rapport à l'Allemagne. Et ça nous coûte très cher, à l'économie, à l'Etat, aux ménages, aux entreprises. Un point de taux d'intérêts, la 1re année, c'est 3 milliards supplémentaires de coupes budgétaires. C'est ce qu'on est censés accorder à la transition écologique. - A.de Tarlé: Cette crise politique, avec des députés hier qui étaient à 2 doigts d'en venir aux mains, c'est en train d'inquiéter
les milieux économiques, S.Fay? C'est susceptible de métastaser en crise économique et financière? - S.Fay: Les milieux économiques aiment la stabilité, en particulier les milieux industriels qui doivent faire des investissements importants et très longs dans le temps. Quand on voit l'investissement nécessaire pour passer à la voiture électrique, ce sont des milliards et des milliards pendant des années. Donc ils veulent un cadre politique clair, savoir combien ils vont payer d'impôts, et quel sera le cadre. Or, là, ça bouge tout le temps.
C'est très gênant. On n'entend pas de chefs d'entreprise ou de patrons industriels dire qu'on est au bord de la crise grecque. Eux, ils regardent autre chose. Quand on regarde le taux de croissance et qu'on enlève le taux d'inflation, on a la somme qui compte et qui se compare aux taux d'intérêts. Tant que le taux d'intérêts réel moins l'inflation reste au même niveau que la croissance... C'est dangereux, c'est toujours plus cher, c'est embêtant d'être déclassé par rapport à l'Allemagne mais on n'aura pas une crise de la dette qui s'emballe.
On est encore un pays sérieux. D'ailleurs, les agences de notation ne nous ont pas massivement dégradés. On n'est pas du tout au niveau de la Grèce. Ca ne s'améliore pas, c'est du risque, mais ce n'est pas une situation grecque. - A.de Tarlé: A-t-on une classe politique qui ne serait pas au niveau, alors? S.Chenu disait ce matin que le budget, il n'y aurait pas de problème, que la BCE serait toujours là pour voler au secours de la France. Ca veut dire qu'on envisage un scénario de quasi-faillite, si on en est réduits à appeler la BCE pour financer notre dette? - G.Macke: Quand on regarde aujourd'hui les forces politiques en présence, peut-être en dehors de M.Barnier et de 2 ou 3 membres
de son gouvernement à Bercy, personne n'a envie de redresser les comptes publics, d'avoir la potion amère, de promettre du sang et des larmes. Le RN dit qu'il ne faut pas toucher au pouvoir d'achat des Français. Quand on baisse les dépenses publiques, quand on dérembourse les médicaments, quand on fait payer plus cher les consultations médicales... Quoi qu'on fasse, quand on a un effort de redressement des comptes publics, ça veut dire qu'on demande à des gens de payer plus et qu'on leur donne moins. Bien sûr qu'on affecte le pouvoir d'achat des Français! LFI, J.-L.Mélenchon... Ils ont toujours dit que la dette, les marchés financiers n'auraient
qu'à s'asseoir dessus, qu'il n'y avait pas de problème. Des forces politiques qui, auparavant, étaient un peu les gardiennes des comptes publics, comme la droite traditionnelle, républicaine, les LR... Depuis la réforme des retraites où, pour des raisons tactiques, pour s'opposer à E.Macron, ils ont été contre... Il faut se souvenir que pendant la campagne de F.Fillon en 2017, ils prévoyaient une réforme des retraites bien plus dure. Et aujourd'hui, ils se retrouvent à front renversé en train de ratiociner sur le moindre sujet, en disant qu'on n'a pas besoin de faire ces économies. Le mantra d'E.Macron, c'était de ne surtout pas augmenter les impôts. C'est ce qu'ils ont fait, mais ils n'ont pas réalisé en contrepartie les économies correspondantes. E.Macron était le pro du chéquier quand il y avait une crise, les "gilets jaunes", les agriculteurs, les pêcheurs...
Qui veut vraiment redresser ce pays? Quand on voit le spectacle de ces dernières semaines à l'Assemblée nationale, pas grand monde! - A.de Tarlé: M.Le Pen dit que ça ne suffit pas, les annonces sur l'électricité, parce que cette baisse des recettes n'est pas financée. - C.Cornudet: C'est son nouvel argument... - A.de Tarlé: On a du mal à suivre. Vous parlez du coût d'un bras de fer... - C.Cornudet: C'est vrai que ce que M.Barnier a cédé à M.Le Pen, notamment sur la taxation
du prix de l'électricité, ça coûte 3 milliards d'euros. A chaque fois, toutes ces demandes renchérissent les problèmes de déficit de la France. Là, elle voit le piège et elle retourne aujourd'hui l'argument en disant: "Si on censure, c'est parce que le budget Barnier ne fait pas assez d'efforts." Je pense qu'elle prépare les esprits à une censure. Ils veulent dédramatiser une éventuelle censure. "C'était la faute de M.Barnier, il n'avait qu'à faire plus d'économies." Mais quand on voit la liste de courses de M.Le Pen, c'est beaucoup plus de dépenses: les retraites, le prix des médicaments... - M.Plane: Cette histoire de la BCE est importante. - A.de Tarlé: Ca a été réfléchi? Ce n'est pas lancé au hasard? - M.Plane: Si la BCE vole au secours de la France, c'est la fin des haricots!
Ca veut dire qu'on a perdu notre souveraineté. La BCE n'intervient pas pour refinancer des Etats, sauf circonstances exceptionnelles. - A.de Tarlé: Ca voudrait dire la troïka à Paris? - M.Plane: Si on en arrive là, c'est la catastrophe. Il y a un double débat. Va-t-on réussir à passer le 31 décembre avec le fonctionnement des services de l'Etat, le paiement des impôts? Oui. Il n'y aura pas de shutdown. En même temps, on risque une crise assez sévère. C'est arrivé à la Grèce, au Portugal, à des pays qui ont été en crise majeure. Ils ont été refinancés en urgence, dans des conditions particulières. En contrepartie, ils ont fait des plans d'austérité ultra sévères. La Grèce a perdu 30 % de son PIB. Heureusement, on n'en est pas là. Dire cela, je trouve ça très dangereux. C'est méconnaître le fonctionnement des institutions.
- G.Macke: C'est quand même une grande ironie que quelqu'un du RN s'en remette à la BCE, alors qu'ils sont censés être antieuropéens. - M.Plane: La BCE est la banque centrale la plus indépendante au monde. - C.Cornudet: C'est parce qu'ils ont décidé de censurer et qu'ils refusent de porter la crise économique qu'il va y avoir derrière. - A.de Tarlé: La crise économique semble s'installer durablement en France. Les annonces de défaillances d'entreprises, plans sociaux et autres restructurations se multiplient.
Plus de 160 000 emplois sont menacés, laissant craindre une remontée du chômage. - C'est un symbole de la crise industrielle traversée aujourd'hui par la France: Michelin. Il y a 3 semaines, l'entreprise annonce la fermeture de deux de ses usines, à Vannes et Cholet. Plus de 1200 emplois supprimés. Un choc et une terrible inquiétude pour les salariés. - Je faisais ma vie, j'étais content. Mon travail était à côté. Tout se passait bien. J'ai évolué dans ma carrière. J'étais vraiment heureux. Je vais aller où? Dans le bassin de Cholet, les emplois, il y en a encore, mais est-ce que ça va durer? Tout le monde se casse un peu la gueule. Où on va? - J'ai fait construire ma maison à 10 minutes de l'entreprise. J'étais bien! C'était parfait. J'ai un prêt pour ma voiture, forcément, parce que la vie est dure pour tout le monde. Là, on va se poser des questions. Déjà, comment on va payer tout ça, en n'ayant plus de travail? Ca va être très compliqué. - Michelin, mais aussi Auchan, ArcelorMittal, Bosch... Une vague de défaillances d'entreprises déferle sur la France.
Le nombre de procédures collectives ouvertes dans le pays est au plus haut depuis 15 ans. Des plans sociaux qui, au-delà des grandes entreprises, touchent aussi les PME dans le secteur de la construction, du commerce ou de l'hébergement-restauration. - Le plus grand plan social, ce n'est pas celui qui fait la une des journaux, c'est celui qui concerne les PME et les TPE. C'est un emploi qu'on ne va pas renouveler en cas de départ, des ruptures conventionnelles, des licenciements économiques... Tout cela fait énormément d'emplois qui disparaissent. - Des pertes d'emplois qui ont des conséquences sur tout le tissu économique local. Mercredi, l'équipementier automobile Valeo a annoncé la suppression de 868 postes
dans 8 de ses sites français. Les commerçants du centre-ville de La Suze-sur-Sarthe sont inquiets. - Ce sont des gens qui perdent les moyens de venir acheter du pain, de la pâtisserie... Ca va avoir un gros impact au niveau de la commune et aux alentours. La perte est énorme. - Des emplois menacés en cascade qui pourraient mécaniquement faire augmenter le taux de chômage. 8 % d'ici fin 2025, selon les projections de l'OFCE. Les craintes des Français sur l'emploi sont au plus haut depuis mai 2021. La ministre du Travail tente de rassurer.
... Un optimisme qui se heurte à la colère sociale qui monte. La CGT prévoit d'organiser des actions massives dans les prochaines semaines. - S.Binet: La CGT appelle les salariés à se mettre en grève et à occuper leurs usines, pour empêcher les licenciements. Le mois de décembre s'annonce rouge, et ce n'est pas le rouge du père Noël. - Un avertissement et déjà une journée de mobilisation fixée au 12 décembre dans tous les territoires concernés par les plans sociaux. - A.de Tarlé: Question. - M.Plane: Oui, mais c'était le but. C'était le "quoi qu'il en coûte". Il était là pour faire en sorte que la croissance ne s'affaisse pas. Ca a plutôt bien fonctionné. En situation post-covid, on a créé plus d'un million d'emplois. Entre 2020 et 2022, on n'a jamais eu aussi peu de faillites. Là, c'est un peu l'effet symétrique. On est en phase de sortie. On retire toutes les aides. C'est plutôt l'heure des comptes. On a des chocs économiques majeurs.
On a eu très peu de faillites et elles ont été maîtrisées. On a une forme de rattrapage un peu attendu. Certaines entreprises, qui étaient déjà en difficulté, n'ont pas fait faillite par le passé et le font maintenant avec les nouvelles faillites qui arrivent... On a ce mur des faillites qui était déjà un peu inscrit. Les marges de manoeuvre sont plus que réduites. Que peut faire l'Etat pour inverser la tendance? Sachant que cela va s'intensifier dans les mois à venir, comme la croissance va s'affaiblir, que les faillites vont augmenter et qu'on a un projet de loi de finances qui va venir prélever sur l'activité et la croissance... Ce qui a été dit est juste. Les destructions d'emplois ou les plans de licenciements
dans les grandes enseignes, c'est un peu la partie émergée de l'iceberg. - A.de Tarlé: Le coût de l'énergie augmente. Je vous propose d'écouter hier M.Barnier, devant un parterre de chefs d'entreprise. Il leur a annoncé que le prix de l'électricité allait finalement être moins surtaxé. Ca concerne les ménages et les entreprises. Ecoutez la réaction des chefs d'entreprise à cette annonce. - M.Barnier: J'ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l'électricité... Applaudissements. - A.de Tarlé: C'est un applaudissement qui sort du coeur! Il a été interrompu. C'est un problème dont on ne se rend pas compte, cette facture d'électricité? - G.Macke: On s'en rend compte maintenant. Quand on regarde les grands plans sociaux,
on voit qu'il y a une transition très douloureuse dans l'automobile mais, globalement, ça affecte les industries qui utilisent beaucoup d'énergie. Il y a des plans sociaux chez Arcelor, dans la sidérurgie... - A.de Tarlé: Gros consommateurs d'énergie. - G.Macke: Très gros consommateurs d'énergie, comme la chimie, l'automobile. On continue d'avoir un problème, certes moins grave qu'il y a 1 ou 2 ans, mais l'énergie reste 2 fois plus chère qu'aux Etats-Unis. Quand on est un industriel et qu'une bonne partie de sa facture, en dehors des salaires, c'est l'énergie, et qu'on ne voit pas comment cette situation va changer... Ca pose question. Il y a aussi une question de marché européen
de l'électricité. En France, pour le moment, nous avons la chance d'avoir une électricité pas très chère grâce à nos centrales nucléaires, qui sont largement amorties. Elles ont 50 ans. Mais on est au sein du marché européen de l'électricité, où la France n'a pas cessé de porter une idée de réforme du prix de l'électricité, fixé de manière européenne, et qui ne nous avantage pas. - A.de Tarlé: On est obligés de vendre au prix du marché et non pas à notre prix nucléaire plus bas? - G.Macke: Voilà. Après, dans les années à venir, le prix du nucléaire
sera beaucoup plus cher. Mais pour l'instant, le prix de l'énergie est un facteur critique. - A.de Tarlé: Donc on se prive bêtement d'un avantage qu'on pourrait avoir pour le made in France? - G.Macke: Oui. Il y a un sujet autour de ça. Partout autour de nous, on a une croissance très molle, des prix de l'énergie bien plus élevés et des droits de douane assez faibles, notamment avec les produits chinois. En fait, on n'est pas dans une situation de compétitivité très favorable. - A.de Tarlé: M.Barnier vous a peut-être entendue. Il était en déplacement à Limoges
aujourd'hui chez un équipementier automobile. Il a appelé l'Europe à réagir face au dumping asiatique. Il a cité 3 secteurs en danger: l'automobile, l'acier et la chimie. Michelin, une entreprise mondiale rentable, fait ce constat. C'est ainsi qu'il justifie la fermeture de 2 usines. "Nous ne sommes plus en mesure d'exporter à partir de l'Europe." En fait, fabriquer en Europe, ce n'est plus rentable? - S.Fay: Il prend le coût de fabrication d'un pneu dans une usine en Amérique, en Europe et en Asie. Et il constate que depuis 2019, en Amérique et en Europe, ça a augmenté de 50 %.
Pendant ce temps, en Asie, ça a très peu augmenté. En plus, en Asie, ils ont réussi à faire plus d'efforts de productivité, avec des salariés toujours mieux formés et plus précis. Tandis qu'en Europe et aux Etats-Unis, on a plutôt de l'absentéisme, une augmentation des émissions qui fait que la productivité est moins bonne. Pendant ce temps, il y a des pneus chinois qui arrivent sur le marché européen, qui ont beaucoup plus de mal à rentrer sur le marché américain. Donc Michelin perd des parts de marché en Europe.
- A.de Tarlé: Même notre domaine d'excellence, Michelin, le champion mondial des pneus, qui équipe les avions de chasse, est challengé? - S.Fay: Il n'est pas forcément challengé sur les avions de chasse, mais sur tous les pneus, notamment ceux des poids lourds... Il a dû fermer 5 usines dans ce domaine. - G.Macke: Les Allemands de Continental, c'est pareil. Ils sont vraiment dans une nasse. Quand on regarde le tableau mondial, c'est un peu effrayant. - A.de Tarlé: Si on regarde à partir de quand ça s'est retourné, sur les taux d'intérêt, c'est très net. Les taux français se sont envolés par rapport aux taux allemands
le jour de la dissolution, le lendemain, comme si ce jour-là, la confiance des milieux économiques s'était rompue. - C.Cornudet: C'est ce qu'on se disait tout à l'heure. La confiance, c'est déterminant. Par exemple, la consommation des ménages patine, alors que l'inflation a beaucoup diminué, que le pouvoir d'achat s'est amélioré. Ca a créé un attentisme partout, cette instabilité politique. Il y a eu la dissolution. On n'a pas pris les mesures nécessaires pour éviter que la dette ne file. On s'est retrouvés en septembre avec des déficits
et une dette abyssale, non expliquée, qui nécessite maintenant ce virage. De l'extérieur, pour ceux qui nous regardent, je pense que c'est difficile à lire. Ca ne m'étonne pas que ce soit à partir de la dissolution... Il y a un avant et un après, dans la perception que la France a donnée de sa stabilité et de sa capacité à maîtriser ses déficits. - A.de Tarlé: De l'argent, il y en a, sauf qu'il n'est pas dépensé? Il est épargné? - S.Fay: Oui, le taux d'épargne dépasse 18 %. C'est un peu rassurant, quand même. Ca veut dire que le pouvoir d'achat a été en partie préservé.
Il y a eu des hausses de salaires face à l'inflation, mais pas par rapport à l'inflation alimentaire. Ca reste difficile pour les bas salaires. Mais il y a eu des efforts à ce niveau et cet argent est parti sur les comptes épargne plutôt que dans la consommation. Dans la consommation, il y a toujours une préférence pour les prix les plus bas. On pouvait espérer que la consommation devienne plus responsable, qu'on accepte de payer plus cher des produits fabriqués plus près de chez nous, qui dureraient plus longtemps. Mais ça ne prend pas car ce que le consommateur cherche, ce sont des prix bas, un accès facile. On est un peu coincés de ce point de vue-là. - A.de Tarlé: Le moral des ménages se dégrade et la crainte du chômage
augmente. Ca expliquerait que le taux d'épargne augmente. Jusqu'à présent, à l'actif d'E.Macron, on disait qu'il avait vaincu le chômage de masse. De fait, le taux de chômage était retombé à son plus bas niveau depuis une quarantaine d'années. Cet héritage aussi est en danger? - M.Plane: Bien sûr. Le retournement économique a commencé. On arrive à une prévision de 8 % pour la fin de l'année prochaine. On a fait ces prévisions au moment où on avait un projet de loi de finances dont on considérait qu'il allait être voté. C'était avant l'élection de D.Trump. Je vous laisse traduire tout ça... L'incertitude augmente.
Ce n'est jamais très bon, surtout quand les carnets de commandes se vident, pour les embauches. La fiscalité devrait augmenter. Tout cela n'est pas très bon pour le marché du travail. on a eu des créations d'emplois très dynamiques, plus de 4 millions depuis fin 2019. Dans la campagne présidentielle, ce n'était pas une préoccupation des Français. C'était surtout le pouvoir d'achat. Là, ça va revenir. Quelle peut être la réponse de la France à ces difficultés, sachant qu'on est devenus le plus mauvais élève de la classe européenne sur les déficits publics? Il y a aussi un peu cet appel à l'Europe. Face à Trump, aux Etats-Unis, à la Chine, la France est dans une situation difficile, mais l'Allemagne, c'est encore pire... Comment l'Europe, qui a des capacités financières, en réalité... Ce qu'on ne sait pas, c'est que les Etats-Unis
sont dans un endettement colossal. Globalement, selon le rapport Draghi, l'Europe a les moyens d'agir. Il faut qu'elle se mette d'accord face aux Etats-Unis, sur quelle stratégie adopter, quel plan de relance, comment le financer, etc. C'est primordial. La France doit juste essayer d'amortir les chocs. Mais clairement, la macroéconomie est contre nous. - A.de Tarlé: On va aller voir les Allemands et leur dire que pour s'en sortir, il faut faire comme nous, s'endetter et faire du déficit? - G.Macke: C'est déjà le débat actuel en Allemagne.
Leur situation économique est mauvaise. Ils sortent d'une année de récession. Ils vont faire une année de croissance nulle. Volkswagen, l'emblème de l'Allemagne, a les mêmes problèmes... Et ils ont les mêmes problèmes politiques, voire pire. Leur coalition a explosé. Ils vont avoir des élections anticipées. Le chancelier O.Scholz n'a plus aucune autorité. Il dit quelque chose, son ministre dit autre chose. Tout le monde regarde déjà celui dont on pense que, peut-être, il sera le prochain chancelier, F.Merz, le patron de la CDU. C'est quand même la 1re fois en Europe qu'on a ce moteur franco-allemand où, des 2 côtés, on a des gouvernements bloqués, des situations économiques compliquées. Le modèle va finir par être G.Meloni! - A.de Tarlé: C.Lagarde disait que l'Europe et la France étaient en train de décrocher.
- C.Cornudet: On entre un peu dans un cercle vicieux. Parce que l'Europe n'agit pas, la France essaye d'écluser ses déficits en prenant des mesures de taxation, sur les hauts revenus, sur les entreprises... Tout ça participe de la politique de l'offre et de l'attractivité mise en place par E.Macron. C'est ce qui attirait en France. Et parce qu'on doit régler nos problèmes financiers, on est obligés de la renier. - A.de Tarlé: Dans ce contexte morose, la question du logement est au coeur des préoccupations des Français.
Dans certaines agglomérations, il devient très difficile de trouver une maison ou un appartement. Certains jeunes salariés sont même contraints de retourner vivre chez leurs parents. Reportage près de Bordeaux. - Ca, c'est la maison de famille. J'ai grandi ici. - Retour aux sources. Un retour contraint et forcé pour ce jeune homme. - Ca fait un peu plus d'un mois que je suis revenu ici. J'ai quitté mon appartement bordelais. - A 27 ans, il est rentré chez sa mère en Dordogne, à 130 km de Bordeaux. Il a dû quitter son travail et sa vie car il n'arrivait pas à trouver un logement.
Après un an et demi de location, son propriétaire a repris son appartement, comme un retour en arrière. - Le retour ici, au début, c'est cool, parce qu'on retrouve sa famille, sa maison. Ensuite, on perd de son intimité, sa tranquillité, son indépendance. C'est un dur retour. On lâche les rencontres qu'on a faites à Bordeaux. - En France, le marché locatif a reculé de 30 % en 3 ans. Un appartement reçoit parfois des centaines de dossiers. Adrian travaille dans l'industrie. Il gagne en moyenne 1800 euros par mois. - Je regarde d'abord le prix du loyer, du mètre carré. La plupart des agences proposent des biens, mais avec mon statut, ce n'est pas possible.
- Car Adrian est intérimaire, un choix de carrière perçu comme instable pour les propriétaires et les assurances. Pourtant, il a plusieurs garants et des revenus réguliers. - Je préfère rester intérimaire parce que je gagne bien ma vie. Je trouve ça injuste. On fait autant de travail que quelqu'un qui est sous contrat à durée indéterminée. On peut payer notre loyer à la fin du mois. - Adrian a retrouvé un emploi en intérim à Bergerac, à 20 minutes en voiture. Même s'il ne paye plus le loyer, le retour à la maison entraîne de nouvelles dépenses. - Quand j'étais à Bordeaux, je devais faire un plein d'essence par mois. Là, c'est un plein par semaine. Je suis à 90 euros d'essence pour le plein. Ca fait un budget. - En quelques minutes de voiture ou à pied, la campagne
permet de souffler. Mais le temps peut aussi sembler long quand on est loin de ses habitudes. - Je veux retrouver la ville. J'ai besoin que ça bouge un peu. Ici, c'est un peu amorphe. Bordeaux, c'était bien, ça bougeait. - En France, 5 millions d'adultes vivent chez leurs parents, par choix ou par problème d'accès au logement. Chaque soir, après le travail, Valérie est contente de retrouver son fils et ses vieilles habitudes. - Je vais rentrer et retrouver des assiettes pas forcément rangées, le linge qui traîne comme avant... Mais il y a du mieux!
Je me dis que c'est temporaire. J'en suis sûre. De toute façon, tu ne vas pas rester Tanguy... - Non, je compte bien repartir! - A l'âge d'Adrian, Valérie était déjà propriétaire de la maison. Deux époques bien différentes. Pour elle et son fils, les politiques devraient davantage se mobiliser. - Il y a des aides qui devraient être plus communiquées, plus adaptées à son statut d'intérimaire, certainement. Tous ces jeunes, c'est l'avenir de notre pays. Il faut bien qu'ils commencent à travailler et à se loger. - Adrian a déposé un dossier pour un logement social.
Il attend toujours une réponse à sa demande. - A.de Tarlé: En Skype, on retrouve C.Jolly, présidente de PAP. Votre regard sur ce reportage et ces jeunes qui retournent chez papa et maman? Je crois qu'on appelle ça "la génération boomerang". Ce n'est pas forcément facile à vivre des 2 côtés. - C.Jolly: Oui. C'est un phénomène de plus en plus fréquent. Les jeunes ont des difficultés à trouver un logement, que ce soit en location avec des loyers chers et une offre rare, ou à l'achat, avec des prix très élevés. Il y a une évolution des modes de vie.
Ce jeune a parlé du fait qu'il était intérimaire, manifestement par choix. Devenir propriétaire... Cela demande une certaine stabilité. Les jeunes mettent beaucoup plus de temps qu'avant à se stabiliser, que ce soit en famille, ou dans l'emploi. Les formes d'emploi... Le CDI n'est plus forcément la norme. Le fait de ne pas avoir une situation stable pose un problème sur la question du logement. Toute la période de 20 à 35 ans est devenue très compliquée pour les jeunes au niveau du logement. Leurs options sont assez restreintes. Retourner chez ses parents est une option de plus en plus fréquente.
- A.de Tarlé: Votre regard sur le marché immobilier? Dans le neuf, beaucoup de promoteurs et de constructeurs déposent le bilan. On voit même des publicités, "un logement acheté, un logement offert". On a l'impression que les techniques des promoteurs sont aux abois. - C.Jolly: Dans le marché immobilier, il y a des bonnes nouvelles, la baisse des taux d'intérêt, avec des acheteurs qui reviennent dans l'ancien ou le neuf. On a aussi une hausse de la demande pour le neuf, mais le problème, c'est que le neuf a une certaine inertie. Les promoteurs, s'attendant à des années compliquées, on réduit la voilure. Certains n'ont pas déposé le bilan mais on fait des plans sociaux. Il y a des réductions d'effectifs. Ils s'attendent à durer pendant des années avec un niveau de construction assez bas. On a un volume de construction plus faible. C'est un vrai problème pour l'avenir. En France, on n'a pas assez de logements. Il faut construire. On est en train d'empiler des années de retard. Ces années de retard, ce sera très compliqué à rattraper. Ca va entraîner un manque d'offres.
Or, pour l'instant, on n'est pas près d'avoir moins de demandes. Les évolutions démographiques de la France font qu'on a besoin de ces logements. Si on ne les construit pas, ils vont manquer. S'ils manquent, ça entraînera une continuité de la situation de ces 20 dernières années. Les prix vont continuer d'augmenter. La situation des jeunes, de ceux qui ne sont pas encore propriétaires, va continuer de se dégrader. - A.de Tarlé: Merci beaucoup. G.Macke, C.Jolly disait que les enfants ne veulent pas de stabilité. C'est pour ça que les banquiers ne leur prêtent pas. On pourrait dire que c'est parce qu'ils n'ont pas de logement qu'ils ne s'installent pas
dans la stabilité. - G.Macke: Il y a un effet domino. C'est intéressant de voir que ce problème du logement, qui n'est pas uniquement français... C'est européen. C'est critique. Il est quand même muet. C'est une crise muette. Ce n'est pas un thème de campagne très porté par les politiques alors que c'est un problème structurel. La montée des taux d'intérêt depuis 3 ans a supprimé un tiers... Un tiers des Français ne peuvent plus avoir accès... Ils sont devenus insolvables pour accéder à l'achat d'un logement. On a enlevé un tiers des acheteurs potentiels.
Aujourd'hui, les taux d'intérêt vont rebaisser. Les salaires ont augmenté en 2023. Ca va mieux s'accorder, mais c'était considérable. Ca a des effets en domino. Ce garçon dans le reportage travaillait à Bordeaux. Il retourne chez ses parents en Dordogne. Il ne peut plus travailler. On hésite à déménager pour prendre une nouvelle opportunité professionnelle si on pense qu'on ne va pouvoir trouver de logement. Ca a un effet sur la natalité. Ca se voit en Espagne ou en Italie, qui ont des faibles taux de natalité. C'est très lié au logement.
Les enfants restent très tardivement chez les parents. Ils restent jusqu'à 25 ans ou 30 ans. Ils ne fondent pas de famille et ne font pas d'enfants. Ca a des effets plus généraux importants sur le reste de l'économie. Pourtant, on ne fait rien pour ça. Il y a un déficit de construction de logements en France, de logements sociaux ou des logements privés. - A.de Tarlé: On a vu ce jeune homme qui n'avait pas de logement alors que sa mère en avait un à son âge.
Il surveillait ses dépenses d'essence. On a l'impression d'une génération pour qui tout est cher et qui n'a pas accès à l'auto et la maison, ce qui était très démocratisé. - S.Fay: L'accès à la voiture électrique est complètement inaccessible pour lui. Il pourrait le faire seulement en leasing. A la fin, ça fait une facture assez chère. Il faut des revenus réguliers. - A.de Tarlé: Il ne peut pas se loger, pas se déplacer. Ca fait beaucoup. - S.Fay: Ce qui m'inquiète, c'est quand on discute avec les industriels, comme ils sont
dans cette période d'incertitude encore plus maintenant qu'avant la dissolution et que l'incertitude vient du fait de cette concurrence sur les marchés mondiaux, des changements de technologies qui traversent tous les secteurs... Ils ont de plus en plus recours à l'intérim. Ca ne fait qu'augmenter. Dans le secteur automobile, où on voit pas mal de réductions d'emplois... Adecco a envoyé un communiqué en disant qu'ils recherchaient 27 000 personnes pour travailler dans les usines automobiles. - A.de Tarlé: Il y a une baisse de qualité des emplois. - S.Fay: L'avantage de l'intérim, c'est qu'ils sont mieux payés.
Les sociétés d'intérim forment dans certains cas les salariés. Ils ont des agences sur les sites, comme chez Amazon. C'est un modèle de salariat qui change pour avoir la flexibilité. Le reste de la société ne change pas avec. On voit aussi que des jeunes ou des personnes en intérim acceptent bien ce système où on travaille pendant un an, on arrête pendant 2 mois, on retravaille pendant un certain temps et on arrête. Ca n'a pas l'air mal, chez maman. - G.Macke: Pour le logement, c'est une galère.
- A.de Tarlé: Le gouvernement de M.Barnier a augmenté les frais de notaire. Ca ne va peut-être pas arranger le marché immobilier. - C.Cornudet: Seulement pour ceux qui ont déjà un logement. Pas pour les primoaccédants. C'est incroyable, la question du logement en matière politique. Or, ça fait un tiers du budget des ménages. C'est énorme. Ils en parlent assez peu. En revanche, ça a plein de conséquences politiques. J.Fourquet, que vous invitez souvent, a fait des études très intéressantes sur le vote Front national en fonction de la distance que vous parcourez
entre votre domicile et votre travail. Plus les gens sont obligés d'aller loin en périphérie, puis ils prennent leur voiture, plus ça leur coûte cher et plus ils votent RN. Plus ils sont loin du RER, plus ils votent RN. Ca exprime un malaise. - A.de Tarlé: La situation économique du pays est précaire et les choses ne devraient pas s'arranger avec l'arrivée de D.Trump à la Maison-Blanche. Le président américain a déjà promis une augmentation substantielle des droits de douane à ses voisins canadiens et mexicains, ainsi qu'à son grand rival chinois.
L'Europe et la France pourraient être les prochains sur la liste. - D.Trump: J'adore les droits de douane. Pour moi, le plus beau mot du dictionnaire est "droits de douane". Je peux faire n'importe quoi à n'importe qui grâce aux droits de douane. - Il l'a répété pendant toute la campagne. C'est sans surprise que cette semaine... - Le président D.Trump a annoncé qu'il imposerait des droits de douane de 25 % au Canada et au Mexique. - Il a déclaré que ces droits de douane resteraient en vigueur jusqu'à ce que le flux de drogues et de migrants s'arrête aux 2 frontières.
- La guerre commerciale bientôt de retour. Pas encore installé à la Maison-Blanche, D.Trump menace ses plus proches voisins d'imposer des taxes sur tous les produits dès le 20 janvier, jour de son investiture. Les négociations ont déjà commencé. - J.Trudeau: J'ai eu un bon appel avec D.Trump hier soir pour souligner à quel point ça fait des décennies que nous travaillons ensemble pour créer de la prospérité des 2 côtés de la frontière. C'est seulement en travaillant ensemble qu'on peut régler des défis auxquels on fait face ensemble et créer de la prospérité pour nous tous. - Des appels et une lettre solennelle
de la présidente mexicaine. - C.Sheinbaum: Président Trump, ce n'est pas avec des menaces sur les droits de douane qu'on règlera le phénomène migratoire ou la consommation de drogues aux Etats-Unis. Il faut de la coopération et de la compréhension mutuelle pour relever ces défis majeurs. - Une augmentation des droits de douane pour le Mexique, le Canada, mais aussi la Chine. Dans un message posté sur son propre réseau social, D.Trump se justifie avec un argument inattendu: la responsabilité de Pékin dans la crise des opiacés
aux Etats-Unis. Guerre des nerfs. Pékin prévient: personne ne gagnera une guerre commerciale. - La position de la Chine, qui s'oppose à l'imposition unilatérale de droits de douane, est cohérente. Imposer des taxes douanières sur des partenaires commerciaux ne résoudra pas les propres problèmes des Etats-Unis. - Mais D.Trump, qui a promis aux Américains plus de pouvoir d'achat, mettra-t-il ses menaces à exécution? Le directeur financier des supermarchés Walmart, géant de la grande distribution, alerte. ... Une politique protectionniste loin de faire l'unanimité. En mai, E.Musk, nouveau bras droit de D.Trump, n'a pas caché son mécontentement après l'augmentation des tarifs douaniers sur les voitures électriques chinoises. - E.Musk: J'ai été très surpris quand ils ont été annoncés. Tesla est très compétitif sur le marché chinois,
sans tarifs douaniers et sans soutiens différentiels. Donc, en général, je suis en faveur de l'absence de tarifs douaniers. - L'Europe observe, fébrile. Les Etats-Unis sont le premier partenaire économique de l'UE. Dans une interview, C.Lagarde, présidente de la BCE, conseille de faire affaire au lieu de se lancer dans un bras de fer. ... Sortir le carnet de chèques ou répliquer si D.Trump décide d'imposer des droits de douane à l'Europe? Les 27 vont devoir s'accorder sur la stratégie à adopter.
- A.de Tarlé: Question. - G.Macke: C'était la une de notre magazine. A quand? Le problème, c'est qu'on n'est pas un Etat... On est 27 Etats qui ont tous des cultures centenaires et qui ont été des ennemis par le passé. On est 27 à décider. On n'a pas d'union bancaire, pas d'union de capitaux, pas de politique fiscale commune. Tout ça nous empêche... Cette histoire de droits de douane... On a compris qu'on était en train de changer de monde. - A.de Tarlé: M.Barnier, cet après-midi, a appelé l'Europe à réagir face au dumping asiatique. - G.Macke: La Chine ferme ses frontières et veut exporter un maximum. Les Etats-Unis élèvent une forteresse et disent: "Venez produire chez nous, sinon, ce sera extrêmement cher et vous ne pourrez pas vendre." En Europe, on n'arrive pas à se mettre d'accord parce qu'on n'a pas du tout les mêmes modèles. Les Français, on a un modèle basé sur la consommation intérieure. Les Allemands ont un modèle d'exportation. Ils ont peur de monter les droits de douane. Ils pensent qu'il y aura des représailles
et que ça va amputer leur modèle d'exportation. Le temps qu'on se mette d'accord pour mettre en place des droits de douane, Trump les aura mis en place le 20 janvier. La Chine commence. Nous, on se mettra d'accord dans un an après une ratification des 27 parlements... Notre problème, en tant qu'Europe, c'est qu'on n'est pas assez intégrés et qu'on n'est pas tous d'accord sur la stratégie à suivre. - A.de Tarlé: Chinois et Américains jouent de nos divisions, de nos 27 opinions différentes?
- M.Plane: On a souvent dit qu'on était la zone naïve du monde. C'est aussi des Etats qui interviennent très vite, capables d'être très protectionnistes, de subventionner leur économie et leur industrie. L'Europe s'est fondée sur la concurrence et le libre-échange. C'est un renversement total de modèle avec 27 membres qui ne sont pas d'accord, qui ont des intérêts divergents. Meloni ou Orban n'ont pas les mêmes points de convergence que Macron avec les Etats-Unis ou O.Scholz. Comment régler un problème sur lequel on n'a pas eu l'habitude
de mettre des mesures de représailles? C.Lagarde a peur... - A.de Tarlé: Elle dit qu'il faut céder... - M.Plane: En achetant du gaz à Trump, il sera peut-être moins méchant avec nous. Le déficit commercial américain, c'est 1000 milliards. Les déficits commerciaux américains, c'est les excédents de la Chine et de l'Europe, en particulier de l'Allemagne. La France aussi. On n'a pas beaucoup d'excédents commerciaux mais on en a sur les Etats-Unis. Lui va mettre des barrières douanières. Il dit: "Vous allez payer plus cher.
Ca va favoriser le made in America." Dans une guerre commerciale, les adversaires sont un peu en position de négocier, normalement. "Si tu fais ça, je fais pareil et on verra qui va gagner." Les Chinois le font, mais on n'est pas trop capables de le faire. Il y a la question de l'Otan derrière et la protection américaine. L'Europe, pour toutes ces raisons, doit agir, y compris sur les questions climatiques et fiscales. Trump met un coup de pied dans la géopolitique mondiale et l'Europe doit agir sur ça. - A.de Tarlé: Il n'y a pas que Trump.
La Chine s'en prend à notre cognac. Annecy a proposé d'envoyer le cognac en Chine ...Hennessy a proposé d'envoyer le cognac en Chine pour le mettre en bouteille là-bas en espérant que ce soit du cognac made in China qui pourra échapper aux droits de douane. - S.Fay: On a 2 problèmes. Il faut attendre les actes avant les paroles. Il parle beaucoup. Les entreprises aux Etats-Unis ont organisé leur chaîne de valeur avec le Canada et le Mexique. On va voir ce qu'il fait avant de s'affoler complètement. Ces chaînes de valeur mondiales nous ont permis d'en profiter et de faire baisser les prix pendant des décennies. Y renoncer, ce n'est pas si facile.
C'est déjà ce qui s'est passé dans l'Amérique de Biden. Lui aussi avait mis des droits de douane. Les droits de douane de Biden plus les droits de douane de Trump ont fait qu'on a une inflation très importante aux Etats-Unis. Est-ce qu'on est prêts à l'accepter en Europe? Est-ce qu'en Europe, si on commence à s'enfermer à l'intérieur de l'Europe, on ne risque pas de se retrouver avec des guerres commerciales entre pays européens? Si les Allemands ne vendent plus leurs voitures en Chine ni aux Etats-Unis, à qui vont-ils les vendre? Vous avez aussi des pays d'Europe comme la Hongrie,
qui ont des pouvoirs d'achat moins élevés qu'en Allemagne ou en Scandinavie. Ils sont bien contents d'avoir des produits à des prix intéressants. - A.de Tarlé: On revient à vos questions. Question. Ces problèmes dont on parlait, on n'en parle pas. - C.Cornudet: Ce décalage est terrible. On n'entend pas d'hommes politiques qui disent: "On va rentrer dans une guerre commerciale qu'on n'a pas connue. Qu'est-ce qu'on fait?" Il y a un sentiment d'irresponsabilité de la classe politique qui se conjugue à une faiblesse de la France sur la scène européenne et internationale, qu'on n'avait pas connue... - A.de Tarlé: On a perdu en influence. - C.Cornudet: Très probablement.
L'addition des deux... On va déprimer les gens aujourd'hui, mais ce n'est pas très réjouissant. - A.de Tarlé: Question. On a parlé d'entreprises zombies. - G.Macke: Il y a eu des entreprises zombies. Les mesures de "quoi qu'il en coûte", le chômage partiel, les PGE, les emprunts garantis par l'Etat... Ca a maintenu en vie de manière artificielle certaines entreprises. Ca a interrompu des faillites. Il y a une reprise de ça. On fait une émission un peu sombre, ce soir.
Il y a certainement une lumière au bout du tunnel. Pour l'instant, l'emploi résiste. Les faillites n'explosent pas. Il y a un effet de rattrapage. - A.de Tarlé: S.Binet annonce un décembre rouge. - G.Macke: Elle a compté qu'il y avait 2500 plans sociaux en préparation. 250, pardon. Elle n'en comptait encore que 130 en mai. En ce moment, il y a une tempête parfaite. Dans l'automobile, etc. Ce n'est pas pour autant... On n'est pas en train de s'écrouler du jour au lendemain. D'ailleurs, la croissance française ne s'est pas effondrée. On prévoyait 1 %. On va rester à 1 %. Ce n'est pas grandiose, mais ce n'est pas non plus complètement déprimant et beaucoup moins que d'autres pays européens. Mais c'est vrai qu'en ce moment, on aurait besoin
que la classe politique se ressaisisse grandement pour faire face aux enjeux économiques importants que l'on a devant nous pour les quelques années qui viennent, notamment déjà pour l'an prochain. Ce qu'on entend en ce moment, les petits chantages à la censure, LFI qui veut faire son projet sur l'abrogation du délit d'apologie du terrorisme... - A.de Tarlé: Que vous disent les chefs d'entreprise? - C.Cornudet: Ils ne regardent plus la politique. - G.Macke: S'il y a quelque chose que détestent les investisseurs internationaux, c'est l'incertitude totale, le brouillard. On peut leur donner n'importe quel cadre... - A.de Tarlé: "Challenges" a organisé un débat. - G.Macke: Le Sommet de l'économie, jeudi. Il y avait A.Armand, qui était en face du patron de Standard and Poor's pour l'Europe, qui va donner sa note ce soir. Il n'y a pas énormément de suspense. Ils ont déjà dégradé la France en mai. Je ne pense pas qu'ils vont la dégrader à nouveau, mais dire que les perspectives sont négatives. C'est bien ce que disait l'agence de notation, son patron:
"On ne sait plus..." Le ministre du Budget lui-même, A.Armand, critique des mesures de son budget qui lui ont été manifestement imposées par Matignon. Il dit: "Ce revirement des allégements de charges, ce n'est pas ce qu'il faudrait faire." Il y a un sous-ministre du Budget, L.Saint-Martin. - C.Cornudet: Pas sous-ministre. - G.Macke: Lui aussi critique en disant: "Je ne sais pas si l'augmentation des frais de notaire est une bonne idée." Où est-on? Le spectacle que nous offre la classe politique,
on n'a pas l'impression qu'ils ont conscience du problème. Les Français, qui se sont quand même rendus massivement aux urnes... Il y a eu un taux d'abstention vraiment bas lors des dernières législatives. Ils ont voulu faire valoir leur sujet, le pouvoir d'achat, etc. Ils doivent se demander ce qui se passe. - A.de Tarlé: Merci. Restez avec nous. Bonsoir, A.-E.Lemoine. Au programme? - A.-E.Lemoine: Un choc, celui des 1res images éblouissantes de Notre-Dame entièrement restaurée 5 ans après l'incendie qui l'avait ravagée. Ce matin, pendant 2 heures, E.Macron a réalisé une dernière visite de chantier de l'édifice. Ce chantier a mobilisé 2000 artisans. Cela donne lieu à un documentaire aussi passionnant qu'émouvant.
Emmanuel Macron