"Ce sont des hypocrites" : Mal-logement, ce député répond à Dupond-Moretti et aux macronistes | Sébastien Delogu
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Je vais vous dire quelque chose de vrai. C'est des hypocrites. C'est vraiment des hypocrites. Et d'ailleurs, ça a été mon premier mot dans l'hémicycle. C'est des hypocrites. C'est des manipulateurs. Et ils manipulent même le débat public en faisant croire et en montrant à la télévision des petits propriétaires qui sont dans une situation de galère monumentale.
Ils se retrouvent tous chez Hanouna, d'ailleurs, ceux-là.
Mais c'est qui le problème ? C'est qui qui est au gouvernement ? C'est qui qui fait la loi et qui est en capacité de la changer ? C'est nous. Nous, on est des parlementaires. On émet des propositions de l'homme. Et le projet de loi, s'ils veulent faire avancer les choses, ils le font tout de suite. Et ils ne le font pas. Et du coup, après, maintenant, ils opposent soi-disant la gauche en disant « Ouais, vous n'êtes pas pour les petits propriétaires ». Non, on est pour les petits propriétaires et pour les aider à ne pas payer un loyer toute leur vie. Quand on est dans un HLM, il n'y a pas de problème. Mais on ne veut pas être mis, si vous voulez, face à face avec ces gens-là. On est pour eux.
Ils sont pour nous aussi. Donc qu'est-ce qu'ils nous racontent ? Mais le débat public, c'est eux qui le mènent et c'est eux qui font en sorte qu'il y ait ces problèmes-là. Et c'est complètement, je le redis, des hypocrites.
Depuis lundi 28 novembre, l'Assemblée nationale examine une proposition de loi contre l'occupation illicite des logements, dite loi anti-squat. Portée par les députés macronistes Guillaume Casbarian et Aurore Berger, le texte alourdit les peines de prison pour les squatteurs jusqu'à 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende. Il vise également à accélérer les procédures d'expulsion locative en cas d'impayé de loyer.
Alors malgré l'opposition de la gauche et les appels à retirer le texte émanant d'une quinzaine d'organisations, dont la Ligue des droits de l'homme, le syndicat de la magistrature et les principales associations de locataires, la proposition de loi pourrait être adoptée avec les voix des députés LR et RN et avec le soutien du gouvernement.
C'est qu'on a aujourd'hui des petits propriétaires qui se retrouvent dans des situations invraisemblables et qui nous interpellent parce qu'une procédure d'expulsion pour quelqu'un qui refuse de payer un loyer peut durer jusqu'à 3 ans. 3 ans. Et on a des cas dramatiques qui nous sont révélés tous les jours de personnes qui sont à la retraite, dont c'est quasiment le seul niveau de revenu qu'ils puissent avoir. Ils font comment ? Et en plus de ça, s'accumulent de la dette, s'accumulent des frais de justice, d'avocat, des frais d'huissier pour aller constater que la personne est toujours présente.
Donc je crois qu'il faut un équilibre entre le respect absolu du droit de propriété, qui est d'ailleurs inscrit dans notre constitution et qui doit absolument prévaloir. Mais comment on fait la différence ? Et ça n'est pas aux petits propriétaires de payer pour la difficulté à se loger d'une partie des Français. Ça c'est notre rôle. Comment c'est la différence ? C'est le rôle de l'État de continuer à avoir de l'hébergement d'urgence, c'est ce qu'on fait. C'est le rôle de l'État de reloger. C'est le rôle de l'État de continuer, et des collectivités locales, de continuer à construire notamment dans le parc social.
C'est une loi qui est équilibrée, dont la discussion au Parlement continue à contribuer à son équilibre. Il faut protéger les propriétaires. Et c'est vrai qu'on a vu un certain nombre de cas insupportables de squats, dans lesquels des gens rentraient de vacances et ne pouvaient plus retourner chez eux. Mais surtout, il faut d'abord ne pas confondre squatteurs et locataires en impayé de loyer. Ce n'est pas la même chose, bien évidemment. Et moi, mon travail, c'est d'abord de protéger à la fois les locataires et les propriétaires. Et donc je trouve que ce projet est équilibré.
Dans l'hémicycle, les députés de gauche s'enchurgent. On écoute la députée Danielle Simonnet.
Monsieur le rapporteur Casbarian, votre loi, c'est une véritable fabrique à 100 domiciles fixes. N'avez-vous pas honte ? Face à la crise du logement, à la crise sociale qui s'accentue de jour en jour, vous n'avez rien trouvé de mieux. Facilitez les expulsions locatives pour impayer de loyer. Criminalisez plus encore les occupants sans droit ni titre. Que celles et ceux qui nous écoutent comprennent bien de quoi il s'agit. En aucun cas, cette loi ne s'occupe des résidences principales et secondaires qui pourraient se retrouver squatées. La loi prévoit déjà ces cas-là. L'Observatoire des squats n'a dénombré que 170 cas de squats de domicile en 2021. Et la majorité des cas ont été résolus.
Passer à trois ans de prison ne changera rien. Non. Cette loi permet d'abord d'expulser très rapidement des locataires pour impayer de loyer, en mettant fin notamment à l'autonomie du juge. Et tous les locataires du pacte privé comme social sont concernés.
Bonsoir Sébastien Delogu. Bonsoir. Alors je rappelle que tu es député LFI NUPS et tu as réagi à cette proposition de loi contre l'occupation illicite des logements. C'est une proposition qui t'a indigné. Et pour dénoncer ce que ton parti appelle la criminalisation de tous les mal logés, tu as raconté ta propre histoire au sein de l'hémicycle. Cette vidéo a été virale. Alors pour celles et ceux qui n'auraient pas vu ton intervention, est-ce que tu veux bien de nouveau partager ton récit, ton expérience avec nous ?
Oui, oui, oui. Écoutez, moi, j'ai été expulsé de mon logement. Donc ma mère avait un logement social. Elle souhaite partir du logement social pour aller ailleurs. Et moi, ma femme était enceinte. J'avais déjà un enfant et on vivait un peu tous à la maison. Donc j'ai dit non, j'aimerais bien récupérer quand même l'appartement. Il restait. Et puis au final, le bailleur social me dit non, non, mais attendez, nous, on doit, votre mère part, on veut augmenter le prix du loyer. Et ce qu'on aimerait, c'était, ça serait, ça serait que vous partiez. J'ai dit non, non, mais moi, je ne veux pas partir. Oui, oui, mais monsieur, vous n'êtes pas signataire du bail.
Et donc du coup, un jeudi, comme il s'en passe tous les jeudis à Marseille, à la caserne du Mouy, j'ai eu un jugement qui m'a demandé de partir. Il m'a signifié qu'il fallait que je parte. Donc du coup, je me suis retrouvé à la rue avec ma femme qui venait d'accoucher. Mon fils, Sandro, s'est retrouvé à la rue. Donc ma femme est partie chez sa famille. Moi, j'y suis allé aussi, mais on ne peut pas rester. Donc du coup, après, on est complètement déboussolé. Et puis on a honte. Et puis je ne savais plus quoi faire. Donc on ne peut plus aller travailler parce qu'on ne peut pas se laver, se changer. Donc du coup, on se retrouve dans une situation qui est extrêmement complexe.
Et c'est complètement viral. Après, tout ça est très compliqué. Il y a le monde qui tourne autour de vous. Et puis vous, vous regardez les gens travailler, rentrer chez eux, vivre avec leur famille. Et puis d'un coup, vous vous retrouvez SDF, en fait, tout simplement, rapidement. Alors qu'ils auraient très bien pu me laisser le logement. Je payais mon loyer. Je n'avais pas de problème.
Donc la loi en vigueur, finalement, n'a pas du tout été protectrice. Donc on peut se poser la question de savoir pourquoi, alors même si les arguments ont été exposés, mais pourquoi durcir davantage la loi ? Est-ce que je repasse au vouvoiement, du coup ? Parce que tu me vouvoies, donc je ne sais plus comment on fait. Tu vous...
Non, non, si vous vous voyez, pardon.
Non, il n'y a pas de souci, parce qu'on s'était mis d'accord avant le tuto à le vouvoiement. Du coup, Sébastien, qu'est-ce qui t'inquiète, en fait, dans cette loi ?
Ce qui m'inquiète, c'est que ça va aggraver de toute façon le sort de toutes ces personnes-là. Voilà. Aujourd'hui, la loi, déjà, moi, elle ne m'a pas protégé. C'est-à-dire qu'on ne m'a pas dit ce qu'il fallait que je fasse, comment je pouvais aller m'en sortir, est-ce qu'on m'a redonné un logement ? Non. Donc le droit fondamental, c'est de mettre tout le monde au chaud et que tout le monde ait un logement. Donc ça n'a pas été le cas pour moi. Aujourd'hui, je suis parlementaire, je regarde ce qu'ils font.
Et puis d'un coup, je m'aperçois qu'en fait, ce n'est pas que le problème des petits propriétaires, parce qu'ils disent petits, ils disent encore le mot petits dans leur parole, mais ce n'est pas les petits propriétaires qui sont le problème réellement. C'est au-delà même de ça, c'est les personnes qui soient sans droit ni titre. Moi, j'étais considéré sans droit ni titre, puisque c'était le bail de ma maman, mais c'était mon foyer, j'y ai vécu pendant 20 ans. Donc du coup, on me prend, on m'a mis dehors et c'était fini. Donc même ces gens-là, il faut se dire qu'ils ne sont pas sécurisés.
Et au-delà du fait qu'ils ne sont pas sécurisés, nous, on demande simplement, si jamais il y a lieu à avoir une expulsion locative, redonnez-moi un autre logement, ils en ont plein, les bailleurs sociaux. Et d'ailleurs, je les ai rencontrés pour leur demander, avant de savoir que cette loi allait émerger au sein de l'hémicycle, je leur avais demandé, vous avez des logements d'urgence ? Ben oui, oui, bien sûr, oui, on en a. Ah d'accord, ok. Et donc du coup, moi, vous m'avez viré, mais pourquoi vous ne m'avez pas donné un logement ? Ah oui, mais monsieur Delogu, nous, on n'avait pas le temps de s'occuper de vous, quoi. C'était à peu près ça.
Et donc du coup, j'en garde, voilà, vraiment un choc, vraiment mental, parce que je ne vois plus mes enfants. Là, je recommence à les voir, parce qu'il y a beaucoup de gens qui s'inquiétaient par rapport à la vidéo. Non, je vois encore mes enfants, mais pendant 10 ans, ça a été le parcours du combattant pour s'en sortir. Et aujourd'hui, je peux vous le dire de façon très honnête, je suis encore un député qui est sans domicile fixe. Je n'ai pas d'appartement.
Et il n'y a pas très longtemps, j'ai fait une demande de logement, pas social, mais à AERA, une agence immobilière, qui m'a dit non, non, ça ne marche pas en fait avec l'assurance, parce que les indemnités, vous comprenez, si jamais il y a des solutions, vous ne pourrez plus payer votre loyer. J'étais là, j'étais consterné. Je me dis, non, mais alors, je ne suis pas député, je ne suis rien, quoi. Je suis un mec normal, pas un rien, mais un mec normal. Et du coup, je n'arrive pas à avoir de logement. Et maintenant, je suis député, je suis indemnisé à je ne sais pas combien. On me dit, non, non, en fait, vous n'avez pas le droit, parce que c'est une indemnité,
Alors, Aurore Berger disait que les procédures d'expulsion ont été trop longues. Ce n'est pas indiscret. Est-ce que ça va demander beaucoup de temps pour vous chasser de chez vous ?
Pas du tout. Non, mais le pire, ce n'est pas ça. C'est que, déjà, ça n'a pas mis très longtemps, puisque la procédure, elle a démarré en septembre. En avril, j'étais à la rue. Donc, en attendant, j'ai ouvert une association avec la Confédération nationale du logement. On a commencé à afficher sur les bâtiments de tous les immeubles que les logements étaient mal isolés, etc. Donc, du coup, je leur avais mis une pression de dingue. Ce qui a fait qu'ils ont voulu m'éjecter très rapidement de mon logement. Peut-être que si je n'aurais pas fait ça et que j'aurais accepté le fait qu'ils augmentent le loyer, ou je ne sais pas, peut-être qu'ils m'auraient gardé au sein de ce logement.
Mais à l'époque, j'étais un insoumis, comme je le suis encore. Donc, du coup, ce n'est pas passé comme prévu.
Alors, les associations s'inquiètent tout particulièrement de l'adoption en commission des lois d'un amendement porté par des députés Les Républicains, qui a été jugé bienvenu par Guillaume Casbarian. Alors, je cite, je lis. « L'occupation sans droit ni titre de mauvaise foi d'un immeuble bâti à usage d'habitation appartenant à un tiers s'apparente à un vol. » C'est ce que prévoit le nouvel article 1er A. Cette formulation rendrait passible de peine de 3 à 15 ans de prison des gens qui squatteraient un logement vide.
On parle bien de logement vide depuis des années et que des locataires dont le bail a été résilié après des impayés, alors qu'actuellement, seule la violation de domicile expose à une peine d'un an de prison. C'est ce que rappelle le directeur des études de la Fondation, Abbé Pierre 1, Manuel Domergue, qui dénonce, je cite, « la perversion de cette proposition de loi ». En France, la propriété, elle est déjà protégée. Là où c'est assez pervers, cette proposition de loi de M. Casbarian, c'est qu'il étend la notion de domicile, qui est donc protégée, à des logements vacants. Un logement vacant n'est pas un domicile.
Quand il n'y a pas de meubles, vous n'habitez pas dans un logement où il n'y a pas de meubles. Et donc, là, il va expulser en 48 heures, avec des peines de prison allant jusqu'à 3 ans et même plus, jusqu'à 10 ans pour vol, des personnes qui ont le seul tort d'aller squatter un bâtiment vide. – Voilà, donc on va même criminaliser des personnes qui squattent des bâtiments vides. Est-ce que, selon vous, il y avait urgence à légiférer ?
– Non, pas du tout. Je ne vais pas rajouter par rapport à ce qu'a dit le monsieur, parce que c'est exactement ça. Mais en fait, le sujet, il est vraiment bizarre chez eux. Ils nous disent qu'on n'a pas, que nous, on n'a pas le culte du cœur et qu'eux s'occupent aussi des gens. Très bien. Donc, du coup, il y a 14 millions de personnes qui sont en situation de mal logement. Il y a 300 sans-abri. Il y en a 14 000 à Marseille. Il y a des enfants qui sont à la rue. Je crois que c'est 12 000, le chiffre d'enfants à la rue. Pourquoi ils ne font pas une loi juste pour s'en occuper ? Si jamais ils s'occupent des gens, il y a 3 000 logements qui sont vacants et qui sont vides.
Vous n'avez qu'à les saisir, mettre les gens à l'intérieur. Les bureaux, il y a des locaux partout à Marseille et peut-être de partout dans le pays qui sont vides. Si jamais ils prennent ces bureaux-là et qu'ils les mettent à usage d'habitation et qu'ils logent les personnes qui vivent à la rue. Donc, du coup, cette loi, elle n'aura pas lieu d'être. Et c'est ça l'aspect pervers de cette loi. Parce qu'ils sont en train de chercher une loi toujours pour taper sur les plus faibles. Donc, ces personnes-là, ils vont se retrouver où ? À la rue. Donc, il y a 280 000 dossiers, je crois, qui sont dans ce cas-là.
Donc, il va avoir lieu qu'il y ait 280 000 personnes qui vont encore aller à la rue, qui vont s'ajouter aux 300 000 qui sont actuellement à la rue. Et tout simplement, il faudrait juste faire une loi pour saisir les logements vides et sortir les gens de cette précarité de logements. Pour moi, c'est le primordial. Et c'est pour ça que j'ai ramené un peu d'humanité dans l'hémicycle. Parce que je me dis, en fait, vous faites une loi qui, en fait, si jamais cette loi-là n'avait pas lieu d'être à émerger, c'est justement parce que vous aurez juste saisi les immeubles qui sont vides, les logements vacants. Et puis, d'un coup, il n'y aurait plus de problème.
Le mot squatteur, il peut être rayé du dictionnaire. Il est rayé du dictionnaire si tout le monde a une toit. Pourquoi les gens vont aller squatter ? Les gens, ils ont juste envie de vivre tranquillement chez eux. Pour moi, c'est primordial.
Donc, il y a des moyens pour lutter contre la crise du logement.
Et ils ne le font pas, ça ne les arrange pas.
Ils s'en prennent d'ailleurs aux victimes. C'est ce que dénonce d'ailleurs l'association droit au logement, qui dit qu'il faut lutter contre la crise du logement, mais pas contre ces victimes. Alors lui, bien évidemment, le rapporteur de cette loi, Guillaume Casbarian, s'en défend. S'il a déposé cette proposition de loi avec Orberger et de nombreux autres élus de la majorité présidentielle, c'est pour répondre à de vraies situations de détresse de petits propriétaires, c'est ce que vous rappeliez, victimes de squatteurs ou d'impayés de loyers pendant plusieurs années. Mais est-ce que vous comprometz quand même cette détresse de ces propriétaires qui sont lésés ?
Non, mais franchement, déjà, ils parlent de 170 cas. Dans l'hémicycle, ils nous ont donné 5-6 témoignages. Soit 170 cas de personnes qui sont squattées, et que donc du coup, ils sont en difficulté financière. Je le comprends. Moi, je ne suis pas pour que ces gens-là n'aurait pas leurs problèmes. Mais 95% des cas, c'est déjà réglé. Donc on parle de combien de personnes par rapport à l'opposé, qui est donc les 300 000 personnes qui sont en train de vivre à la rue, les 14 millions de personnes qui ont des problèmes liés à leur logement. Bon, après, il y a un système qui, dans le système où on est, il y a que l'inflation va amener à ce que tout va être cher demain.
Les prix de l'électricité, la nourriture, les vêtements, les sorties, etc. Les gens ne vont plus pouvoir payer leur loyer. Et donc du coup, cette loi, ce qui va se passer, c'est qu'en un mois, deux mois, ils vont être à la rue. Donc ils vont se retrouver à la rue. Donc il faut bien faire attention. Il faut que les gens soient bien alertés sur cette situation. C'est que les temps difficiles pour les Françaises et les Français arrivent. Dès le début de l'année. Et si jamais cette loi, elle passe, il va pouvoir se retrouver à la rue en toute impunité. Les gens, ils vont mourir. Parce qu'on ne tient pas plus de 42 ans dans la rue. Donc l'âge moyen d'une personne à la rue qui meurt à 42 ans.
Donc c'est dramatique. Moi, ça fait 10 ans que je pivote un peu à droite et à gauche. Un coup, chez la maman, un coup, chez la copine. Bon, ce n'est pas une vie. J'ai dormi dans une voiture, toujours avec le sourire, parce que je suis un homme, je me suis dit j'allais m'en sortir, tout ça. Mais il y a des destins qui sont tragiques. Et le mien, il est tragique. Mais moi, je le minimise. Et je fais bien de le minimiser. Parce que c'est quelque chose qui donne de la force. Mais là, les gens, ils vont se retrouver avec des factures d'électricité et d'énergie et d'alimentation extrêmement importantes. Ils ne vont pas pouvoir finir leur fin de mois.
Et ils vont du coup se retrouver très rapidement à la rue.
Alors, il y a un ministre qui n'entend visiblement pas la détresse des mal logés et des plus précaires, mais plutôt celle des propriétaires. Et il l'a fait savoir avec une certaine ironie. On l'écoute.
Maintenant, la grandeur d'âme, l'abbé Pierre qui devient votre référence. Moi, j'aimerais bien voir, moi, si on venait investir votre domicile, vous voyez, que vous rentriez chez vous, qu'avec votre clé, vous ne puissiez plus rentrer. On vous entendrait. Non, non, ça ne vaut pas pour les logements sociaux, madame la députée. Ça vaut pour tout le reste.
Une réaction, Sébastien ?
C'est un très grand orateur, mais extrêmement méprisant. Mais extrêmement méprisant. Et là, vous voyez bien, vous avez compris. C'est-à-dire que lui, il essaye de mettre 170 cas face à 14 millions de personnes qui sont en situation de mal logement. Et il dit, mais attendez, il faut s'occuper d'eux. Mais occupez-vous des 14 millions et vous verrez s'il y a 170 cas de problème. Non, mais ce mec est complètement dingue. C'est incroyable de réagir comme ça. Et moi, en tant que parlementaire, maintenant, j'arrive dans l'hémicycle, je vois tout ça, je me dis, mais c'est que des hypocrites. C'est incroyable.
Et c'est pour ça qu'on demande juste de saisir les logements vides, d'encadrer les prix des loyers. Mais tout ça, c'est quelque chose de normal pour nous. Et puis pour eux, ce n'est pas normal. Ils préfèrent taper toujours sur les plus faibles et faire des lois qui font semblant d'aider les petits propriétaires. Mais en fait, ils vont aider les gros et les grands bailleurs qui vont pouvoir gicler les gens plus rapidement de leur logement.
Donc on a clairement des élus de la majorité présidentielle et des gouvernements qui soutiennent visiblement plus le droit de la propriété, qui est un droit à valeur constitutionnelle, et qu'on oppose au droit au logement, qui est également à valeur constitutionnelle. Comment on arbitre ces deux droits, ces deux garanties ?
Je ne sais pas après, c'est à quel niveau. Moi, je vais pouvoir juger si... Vous voyez, c'est tellement complexe. Le droit à la propriété, moi, je ne m'y oppose pas. Si quelqu'un va acheter son appartement et puis vivre ou le louer, c'est son problème. Mais derrière, on a quand même un brin d'humanité en nous. Quand on se retourne et qu'on voit le nombre de sans-abri qu'il y a dans Paris, je ne sais pas si les gens viennent à Paris, mais ils venaient à Paris, il y a des sans-abri partout. On n'a pas envie que ces gens-là... On n'a pas envie de les voir dans la rue et regarder la misère du monde pendant qu'on travaille. Après, il y a les logements Airbnb, par exemple.
Le fait que les gens achètent un logement, ils le mettent sur Airbnb, et quoi ? Et après, quoi ? Et les gens, du coup, qui demandent des logements sociaux ou des logements tout courts comme moi, on n'en a pas. Et pourtant, moi, je suis un parlementaire. Normalement, je devrais claquer du doigt, je devrais avoir quelque chose. Même moi, je n'en ai pas. Donc, les gens qui se sentent lésés dans cette situation, qui attendent des années, qui font des demandes de loi d'alô, qui, soi-disant, parce que lui, il l'a bien dit, la loi d'alô, on a mis ça en place, ça marche très bien. Mais c'est faux. C'est faux. À Marseille, les gens, ils demandent.
Ils font des demandes de loi d'alô, ça fait sept ans qu'ils attendent. Sept ans qu'ils attendent. La construction de logements sociaux, on demande un million de logements qui soient construits, 200 000 par an, je crois. Mais ça, il faut le mettre en place. S'ils mettent ça en place, il n'y aura plus de problème. Pour moi, c'est très clair.
C'est tout le paradoxe, parce qu'on a entendu d'ailleurs Aurore Berger qui disait que ce n'est pas aux petits propriétaires de payer, c'est à nous, aux collectivités territoriales, aux législateurs, au gouvernement, de mettre les moyens, justement, pour mettre à l'abri et pour protéger les mal logés. On est tenté d'être d'accord avec elle, mais dans le même temps, elle ne semble pas œuvrer, justement, pour les protéger.
Mais je vais vous dire quelque chose. Je vais vous dire quelque chose de vrai. C'est des hypocrites. C'est vraiment des hypocrites. Et d'ailleurs, ça a été mon premier mot dans l'hémicycle. C'est des hypocrites. C'est des manipulateurs. Et ils manipulent même le débat public en faisant croire et en montrant à la télévision des petits propriétaires qui sont dans une situation de galère monumentale.
Ils se retrouvent tous chez Hanouna, d'ailleurs, ceux-là.
Mais c'est qui le problème ? C'est qui qui est au gouvernement ? C'est qui qui fait la loi et qui est en capacité de la changer ? C'est nous. Nous, on est des parlementaires. On émet des propositions de l'homme. Et le projet de loi, s'ils veulent faire avancer les choses, ils le font tout de suite. Et ils ne le font pas. Et du coup, après, maintenant, ils opposent soi-disant la gauche en disant « Ouais, vous n'êtes pas pour les petits propriétaires. » Non, on est pour les petits propriétaires et pour les aider à ne pas payer un loyer toute leur vie quand on est dans un HLM. Il n'y a pas de problème. Mais on ne veut pas être mis, si vous voulez, face à face avec ces gens-là. On est pour eux.
Ils sont pour nous aussi. Donc, qu'est-ce qu'ils nous racontent ? Mais le débat public, c'est eux qui le mènent et c'est eux qui font en sorte qu'il y ait ces problèmes-là. Et c'est complètement, je le redis, des hypocrites.
– Alors, pour le président de l'Union nationale des propriétaires immobiliers, Christophe Demerson, le texte va dans le bon sens. Les propriétaires hésiteront moins à mettre leurs biens en location. Et il estime qu'en cas de difficulté d'un locataire de bonne foi, le bailleur accordera un délai plutôt que de s'embêter à déclencher des procédures. Est-ce que c'est un argument qui vous convainc ?
– Non, pas du tout. Non. Mais en fait, c'est dommage de parler de ça parce que ça, c'est l'aspect technique des choses. Mais je re-ramène encore le débat ailleurs, du côté humain. C'est-à-dire que pourquoi je vais devoir débattre d'une loi qui ne sert strictement à rien si on s'occupe à la base de construire des logements sociaux, à la base de saisir les logements vides, les bureaux commerciaux qui sont vides et qui construisent des tours et des tours entières. Les gens, s'ils ont un logement, qu'est-ce qu'ils vont s'embêter à aller squatter un appartement que ça pourra impacter un pauvre propriétaire, un propriétaire pauvre, malgré que ça ne représente que 170 cas.
Je suis un parlementaire, je dois me mêler de ces 170 cas. Il n'y a pas de souci. Et derrière, il y a quand même 14 millions de personnes qui sont en situation de précarité dans leur logement.
– C'est presque une loi d'exception qu'on sera en train de voter ?
– Mais ça ne sert à rien. C'est toujours pareil. C'est toujours pareil. Ça ne sert à rien. Ils se font mousser pour dire qu'on s'occupe des propriétaires, etc. Mais en fait, se cache derrière tout ça le fait qu'ils vont aider les gros bailleurs à pouvoir mettre dehors les gens de façon plus rapide. Il y a aussi le fait qu'ils vont alléger cette loi-là. C'est pour ça que le ministre est là. La loi, justement, quand on dit sans droit ni titre, c'est justement pour ça. C'est pour dire, OK, vous êtes dans votre logement, mais il ne vous appartient pas parce que c'était à votre merde. Donc du coup, il faut vite que vous partiez. Et vous partez vite. Et vous allez partir de plus en plus vite.
Et les gens vont se retrouver à la rue avec des enfants comme moi.
Et d'ailleurs, même dans le cas des squatteurs, je le rappelle qu'il y aura la possibilité de les expulser en 48 heures sans jugement. Sans jugement. Et c'est ce qui inquiète beaucoup les associations des droits humains et également, notamment, les députés de gauche. Le gouvernement, lui, promet un texte d'équilibre. On en a entendu les mêmes éléments de langage de la Macronie, équilibre, équilibre. Un texte d'équilibre avec des amendements qui doivent être déposés en séance pour faire une distinction entre locataires réellement en difficulté et les locataires de mauvaise foi. Donc finalement, ils vont réussir à apprécier l'intention de la personne.
Je suis ironique quand je vous pose cette question. Est-ce que c'est une garantie suffisante, cette distinction entre locataires réellement en difficulté et locataires de mauvaise foi ?
Oui, c'est magnifique. Donc du coup, quand ils vont aller faire leur course, au lieu de payer un caddie 100 euros, ils vont le payer 200. Quand ils vont avoir la facture d'énergie, au lieu de la payer 300 euros par an, ils vont payer 6200 euros par an. Quand les gens vont être pris là et qu'ils vont être, ah, mais tu as des difficultés, on va vous mettre dans des hébergements d'urgence. Ne vous inquiétez pas. Mettez-vous sur le côté, bon, c'est qui qui... Non, mais où on va ? Ça ne sert à rien de débattre sur cette loi. Cette loi, elle est à prendre, elle est à jeter à la poubelle.
Par contre, ce qu'il va falloir faire, c'est faire un projet de loi, justement, qui construit des logements sociaux, qui saisit les logements vides et qui apporte une solution à ces 14 millions de personnes qui sont en attente de logement.
Et cette proposition de loi, de grande chance d'être adoptée, notamment par les Républicains, RL...
Ils sont les mains dans la main. Quand on dit les droites, moi, je ne dis même plus, je dis à nous, la NUPES, et à les droites, la République en marche, LR et le Front National, qui sont les mains dans la main sur tous les textes qui méprisent le peuple. Et ils font semblant. Le SMIG, on a demandé l'augmentation du SMIG, ils ont dit non. On a demandé la taxation sur les super profits, ils ont dit non. Voilà. Il n'y a rien. En fait, ils ne font rien. Ils ne font rien pour le peuple. Et c'est que du faux semblant. Par contre, quand vous regardez le débat, vous dites, c'est le petit propriétaire qui a sa pauvre petite maison qui a été squattée.
Le mec, il va dire, putain, eux, ils s'occupent de moi. Mais en fait, c'est faux. Ce n'est pas vrai. Parce que lui, il est là. Il est en galère. Qu'est-ce que fait l'État pour lui ? Est-ce que l'État va directement voir la personne qui est dans le logement et lui dire, monsieur, vous avez besoin de logements ? Allez, regardez, venez. Dans telle ville, vous avez des logements. Vous voulez venir ?
Il est possible de les réquisitionner en plus.
Mais bien sûr. Mais bien sûr. En fait, c'est de l'hypocrisie dans toute sa splendeur. Et il manipule, de toute façon, l'opinion publique avec ça et avec les médias. Pas par vous, mais par les autres.
Justement, on lutte contre ça.
Très bien. J'espère que vous allez y arriver, d'ailleurs.
Oui, merci. Oui. Il faut nous soutenir. 200 000 euros de dons défiscalisables d'ici fin décembre. Et tout, encore une autre incohérence, mais bon, on est quand même habitué avec les élus de la majorité, c'est de prévoir des peines d'emprisonnement alors qu'aujourd'hui, on devrait plutôt tendre à désengorger ces prisons. C'est clair. On n'est plus à une contradiction près. Alors du coup, on va revenir à ces propositions pour faire... On va terminer sur ça, sur des solutions. Vous l'avez déjà dit au cours de cet entretien, mais on peut peut-être conclure sur ça. Quelles sont les solutions, en fait, finalement, pour faire face à la crise du logement plutôt que s'en prendre aux victimes ?
Quels sont les moyens du gouvernement et des pouvoirs publics ?
Écoutez, pour moi, c'est très simple. Je n'ai pas cessé, je n'ai pas arrêté de cesser de le dire depuis tout à l'heure. On demande la construction d'un million de logements sociaux. On demande le fait qu'ils saisissent les logements vides. On demande de réguler aussi cette plateforme d'Uber avec Airbnb aussi. Je ne sais pas si c'est Uber, mais Airbnb, qui, du coup, dérègle complètement les logements et les attributions de logements dans notre pays puisque il y a des gens qui mettent leur appartement, même si ça peut les sortir d'une petite galère, mais en tout cas, ça dérègle l'aspect du logement en France. Et on demande surtout à ce que le droit du logement soit respecté.
Moi, j'aurais adoré et j'aurais vraiment été fier d'être français si jamais mon pays m'aurait dit « Attends, tu es dans la rue ? » « Mais attends, mais viens, on va te trouver un logement, on va t'aider. Tu peux faire tel papier, tu peux faire ci, tu peux faire là. » Je me suis retrouvé dans ma voiture. Personne n'est venu m'aider. Les seuls qui m'ont aidé, c'est mes amis, les Insoumis. Et c'est pour ça que je suis encore à leur côté dans l'Assemblée nationale.
Et justement, qu'est-ce que les Insoumis, la NUPS plus globalement, comptent contre-attaquer ? Comment ils peuvent, est-ce qu'ils peuvent vraiment résister finalement à l'adoption de cette loi ? Et comment ?
Alors là, pour le moment, mis à part des négociations avec d'autres partis politiques qui, de toute façon, sont points et mains liées avec la République en marche. Donc du coup, non, on ne va pas pouvoir faire quelque chose. Mais on est au combat. On représente le peuple, quoi qu'il en soit, dans l'hémicycle. Mais il y a d'autres élections qui vont arriver. Et puis on espère que ça va bouger. Et puis on détricotera leurs lois. Et puis on essaiera de faire un monde un peu meilleur par rapport à celui qui sont en train de nous proposer. Et qui sont en train, de façon très hypocrite, des ressemblants de s'occuper.
Merci beaucoup, Sébastien Delogu, député LFI NUPS. Donc je rappelle que vous avez vraiment, vous êtes opposé avec beaucoup de vigueur contre cette proposition qui s'appelle l'occupation, qui vise à lutter contre l'occupation illicite des logements, la loi dite squat.
Sébastien Delogu