Mort de Quentin : l'embrasement politique... - C dans l’air - 18.02.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:44OuverteÉludée
Le Premier ministre a demandé à LFI de faire le ménage dans ses rangs. Que répondez-vous ?
- 2:10OuverteRéponse directe
On commence avec cette alerte à la bombe ce matin qui traduit le climat dans lequel nous sommes. Que s'est-il passé au siège de LFI ?
- 3:38OuverteRéponse directe
Un mail a été envoyé à LFI avec des menaces de mort. Que savez-vous des interpellations en cours ?
- 5:02RelanceRéponse partielle
Les liens entre LFI et la Jeune Garde sont-ils rompus ?
- 5:46OuverteRéponse directe
Une alerte à la bombe, une Assemblée qui ressemble à un chaudron... Quel est votre analyse ?
- 8:24OuverteRéponse directe
LFI dénonce une indignation sélective. Qu'en pensez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 12:45J.-L.MélenchonFait
« Nous n'acceptons pas les leçons que nous donne le Premier ministre, qui a pété un câble cet après-midi aux questions d'actualité. »
- 12:45J.-L.MélenchonFait
« Le mouvement la Jeune Garde est d'abord le produit spontané par contamination de jeunes gens qui se sont accordés entre eux pour résister aux fascistes. »
- 12:45J.-L.MélenchonFait
« Nous approuvons leur résistance. Nous approuvons leur organisation. »
- 13:28J.-L.MélenchonFait
« Le mouvement la Jeune Garde est d'abord le produit spontané par contamination de jeunes gens qui se sont accordés entre eux pour résister aux fascistes. »
- 17:06J.-L.MélenchonFait
« Nous soutenons leur résistance face au fascisme. »
- 25:24J.-L.MélenchonFait
« Ceux que je soutiens, je les soutiens jusqu'au bout. »
- 26:08J.-L.MélenchonFait
« Ceux que je soutiens, je les soutiens jusqu'au bout. »
- 26:52S.CassiniFait
« La Jeune Garde, ce ne sont pas que des gens qui font des combats de rue. Dans le mouvement antifasciste, ce sont aussi des gens qui ont choisi une stratégie différente. »
- 28:14S.QuéménerFait
« G.Darmanin s'était attaqué à des groupes d'ultradroite et d'ultragauche. Il y avait la question controversée de la dissolution des Soulèvements de la Terre qui n'avait pas abouti. C'était un des groupes. »
- 28:54S.QuéménerFait
« Le motif, c'était la question de la violence. »
- 29:38S.CassiniChiffre
« 68 % des Français considèrent que LFI attise la violence. »
- 30:19J.BardellaFait
« L'extrême gauche représente un péril pour la démocratie française. »
- 30:19J.BardellaFait
« J'appelle à constituer un cordon sanitaire pour isoler LFI et la tenir à l'écart des institutions. »
- 36:55R.GlucksmannFait
« Depuis des mois et des mois... Vous ne pouvez pas en permanence utiliser des mots d'une violence extrême sans penser que ces mots se traduiront en actes. »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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et agissez dès aujourd'hui. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. Le paysage politique s'embrase depuis la mort de Q.Deranque à Lyon. Les 11 interpellations ont confirmé la présence de 2 collaborateurs d'un député LFI cofondateur d'un groupuscule d'extrême gauche, La Jeune Garde. Le Premier ministre a demandé à LFI de faire le ménage dans ses rangs. J.-L.Mélenchon a dit qu'il n'avait pas de leçon à recevoir et que son parti n'avait rien à voir de près ou de loin avec ce drame. Ce qui interroge, ce sont les liens entre la Jeune Garde et LFI. Certaines voix du PS dénoncent l'outrance et la conflictualisation érigées en stratégie par LFI. Le parti a dû évacuer son siège dans le 10e arrondissement après une alerte à la bombe ce matin. Il y a également ce sondage: 7 Français sur 10 estiment que les violences dans le débat politique encouragent les violences physiques. Avec nous, P.Perrineau, politologue et professeur des universités à Sciences Po
et auteur de "Inventaire des peurs françaises". S.Quéméner, vous êtes rédactrice en chef à "La Tribune Dimanche". S.Cassini, vous êtes journaliste en charge de la gauche à "Le Monde". Je cite votre article. B.Teinturier, vous êtes directeur général délégué de l'institut de sondages Ipsos, président du secteur société et coauteur de ce livre. Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à cette émission. On commence avec cette alerte à la bombe ce matin qui traduit le climat dans lequel nous sommes. Ca s'est passé au siège de LFI, qui a été évacué. - S.Quéméner: M.Bompard, coordinateur du LFI, s'est exprimé en disant qu'il fallait arrêter, "halte au feu". Toutes les accusations qui se portent sur LFI depuis la mort de Q.Deranque après avoir été frappé jeudi font que LFI est devenue une cible. C'est vrai qu'à l'Assemblée nationale, en écoutant ce qu'il s'est passé mardi
ou au Sénat aujourd'hui, on a changé de paysage politique. LFI reste l'accusée numéro 1 après la mort de ce jeune militant. Mais LFI va devoir répondre de ses liens avec la Jeune Garde. On sait maintenant qu'il y a 2 personnes qui ont été interpellées et qui sont en garde à vue, 2 assistants parlementaires de R.Arnault, député LFI et cofondateur de la Jeune Garde en 2018, mouvement lyonnais d'ultragauche en réponse à tous les mouvements nationalistes dont Lyon est le creuset. - C.Roux: Ce message d'alerte à la bombe...
Un mail a été envoyé à LFI avec ce message: "Je viens de poser des explosifs dans vos locaux. Vous allez tous mourir. Vous allez payer pour la mort de Quentin." Un mot sur les faits et les interpellations en cours. On dit qu'il y a 2 collaborateurs de R.Arnault, député LFI du Vaucluse, qui ont été interpellés. C'est compliqué à gérer naturellement pour R.Arnault? - S.Cassini: Evidemment. Le 2e, on ne sait pas encore. Le premier, J.-E.Favrot, s'est dépêché d'annoncer lundi qu'il se mettait en retrait et hier qu'il avait rompu son contrat.
Il y a cette volonté de sa part de couper les liens avec les mauvaises branches. Plus le nombre de collaborateurs augmente, plus le nombre d'interpellés qui pourraient être en rapport avec la Jeune Garde augmente et ça met de la pression sur R.Arnault. - C.Roux: Et sur LFI, naturellement. M.Bregeon demande l'exclusion temporaire du groupe parlementaire. Pour l'instant, ce n'est pas une décision prise par LFI. - S.Cassini: Depuis dimanche, tout le discours est de dire que R.Arnault n'est plus à la Jeune Garde et c'est vrai qu'il n'est plus dans l'organisation en tant que telle. Mais il a toujours des liens.
C'est notre réalité. La ligne insoumise était de dire qu'il n'avait plus de liens. En outre, la Jeune Garde est une organisation dissoute. Elle ne peut pas être tenue responsable. R.Arnault, on ne peut pas le tenir responsable, comme il n'a plus de liens. M.Bompard a répété qu'il était avec lui sur les bancs de l'Assemblée quand les événements ont eu lieu. - C.Roux: On va revenir sur les liens entre LFI et la Jeune Garde. Dans un communiqué publié, l'avocat de J.-E.Favrot précise qu'il dément formellement que son client soit responsable du décès du militant nationaliste. L'objet de l'enquête est de savoir qui sont ceux qui ont porté les coups mortels.
Une alerte à la bombe, une Assemblée qui ressemble à un chaudron et LFI qui se retrouve tenue de rendre des comptes. - P.Perrineau: Bien sûr, On assiste à une montée de la violence et surtout, on vivait jusqu'à maintenant essentiellement dans une atmosphère de violence des mots. Il faut bien reconnaître que depuis 2024, le ton, les arguments échangés et surtout du côté gauche de la gauche de l'Assemblée, on est monté en puissance. Les insultes sont sorties.
Les actes de violence symboliques sont nombreux. Souvenons-nous lorsque l'ancien ministre du Travail, O.Dussopt, avait vu un ballon avec sa tête et un député LFI qui jouait avec ce ballon en donnant des coups. On est sur le registre de la violence symbolique. On sait très bien que de la violence symbolique, de la violence des mots à la violence réelle, il n'y a qu'un pas. Ces militants d'extrême gauche, on va voir si, véritablement, ils appartiennent à la Jeune Garde ou non, qui est dissoute et qui continue à fonctionner... S'il y a une responsabilité directe... La responsabilité indirecte est évidente. LFI crie en disant qu'on menace leur siège. C'est l'incendiaire qui crie au feu.
Cette conflictualisation sur tous les sujets est une stratégie à la fois de J.-L.Mélenchon et peut-être pas de tous les députés de LFI mais nombre de députés de LFI. L'embrasement est inévitable dans ce contexte. L'issue sinistre de la mort de ce jeune homme, c'était presque écrit. C'est ça qui est terrifiant. Ce n'est pas la 1re fois que la venue de R.Hassan dans un lieu universitaire, à Sciences Po, déclenche des manifestations et des contre-manifestations. - C.Roux: C'est un reproche fait par LFI de dire: "On sait que ça suscite des réactions..."
LFI dit: "Il aurait fallu prendre des mesures de protection." - P.Perrineau: Dans le passé, lorsqu'à Lille, il y avait eu une interdiction... J.-L.Mélenchon s'est érigé en disant que c'était une atteinte à la liberté de penser. L'indignation est comme toujours sélective. J.-L.Mélenchon sait très bien pratiquer cette indignation sélective. Qu'on le veuille ou non, il y a une culture de la violence dans une partie de l'extrême droite. Il y a un culte de la force et du passage à la violence par la force virile.
On connaît le discours. A l'extrême gauche, ou à la gauche de la gauche, il y a une culture de la violence au plan presque esthétique, l'esthétique du geste révolutionnaire. Intellectuellement, la violence est considérée par tous ces gens frottés d'un marxisme primaire comme étant l'accoucheuse de l'histoire, celle qui fait avancer les sociétés. Il n'est pas étonnant de retrouver au coeur de ce maelstrom de la violence... - C.Roux: 7 Français sur 10 estiment que les tensions dans le débat politique ont débouché sur... Le phénomène s'aggrave et s'accentue. - B.Teinturier: Vous me faites découvrir ce sondage
dont les résultats ne me surprennent pas. Il y a une dissociation de plus en plus importante entre la société politique, ce qui se passe au Palais-Bourbon, et les aspirations des Français. Les aspirations des Français, c'est plus d'apaisement. Il y a des blocs radicalisés et des sympathisants dans l'idée de la conflictualité et de la radicalisation. La très grande majorité de nos concitoyens ne veulent pas ça. Ils sont inquiets. J'ai 90 % de Français qui nous disent
qu'on vit dans une société violente, 88 % qui disent que le phénomène s'aggrave et s'en inquiètent. Avec le passage à l'acte, les Français sont encore plus inquiets et dénoncent cet élément. - C.Roux: Nous allons nous rendre dans le chaudron politique avec ce reportage. 11 arrestations dont 4 fichés S. L'enquête se poursuit pour comprendre qui sont ceux qui ont porté le coup mortel qui a conduit au décès de Q.Deranque, peut-être 2 collaborateurs du député LFI R.Arnault, cofondateur de la Jeune Garde. J.-L.Mélenchon nie toute responsabilité dans ce drame. - 10h ce matin. Le siège de LFI à Paris est barricadé. La police vient de faire évacuer le bâtiment après une alerte à la bombe. Climat de tension extrême plusieurs jours après la mort de Q.Deranque. LFI désigne déjà les responsables. - M.Bompard: Une partie de l'extrême droite a pour projet politique de plonger notre pays dans la guerre civile. Ils n'y arriveront pas. Aucun d'entre nous ne cédera à aucune provocation. - LFI percutée par l'onde de choc politique causée par le drame de Lyon.
- En hommage au jeune Quentin, je vous demande d'observer une minute de silence. - A l'Assemblée nationale hier, le calme fut de courte durée. - M.Panot: Il vous aura fallu ce drame pour sortir enfin du silence. Nous ne vous avons pas entendus sur l'assassinat du rugbyman F.Aramburu à 2 km de l'Assemblée par des militants du GUD ni sur les 12 personnes tuées par l'extrême droite depuis 2022. - S.Lecornu: Ce que vous venez de faire est ignoble et abject. Pourquoi tout le monde doute de votre sincérité
et pourquoi personne ne veut vous croire? Tout simplement parce qu'il est temps que vous fassiez le ménage dans vos propos, dans vos idées et surtout dans vos rangs! - Au coeur des critiques, J.-L.Mélenchon et sa gestion du mouvement LFI. L'intéressé s'est défendu hier au cours d'une conférence de 2 heures. - J.-L.Mélenchon: Nous n'acceptons pas les leçons que nous donne le Premier ministre, qui a pété un câble cet après-midi aux questions d'actualité. - J.-L.Mélenchon assume et réaffirme son soutien à la Jeune Garde, la formation antifasciste accusée d'avoir participé au lynchage de Q.Deranque. - J.-L.Mélenchon: Le mouvement la Jeune Garde est d'abord le produit spontané par contamination de jeunes gens qui se sont accordés entre eux pour résister aux fascistes.
Nous approuvons leur résistance. Nous approuvons leur organisation. - Le déroulé des faits survenus jeudi dernier à Lyon se précise. Sur cette nouvelle vidéo enregistrée à 17h53, soit quelques minutes avant le drame, 2 groupes s'affrontent en bataille rangée. D'un côté, en couleur kaki, les antifas d'extrême gauche. De l'autre, en noir, les identitaires d'extrême droite. Barres de fer, gaz lacrymogènes, gants coqués... La violence est extrême, d'après ce témoin qui a filmé la scène.
- On a vraiment l'impression qu'ils s'étaient donné rendez-vous pour s'affronter. On voyait 2 groupes qui s'affrontaient, qui étaient tous visage dissimulé. - La police a interpellé 11 suspects au total. 2 d'entre eux seraient assistants parlementaires du député LFI R.Arnault et membres de la Jeune Garde. Une proximité entre LFI et le mouvement antifasciste qui pose question. - Si j'ose le mot un peu cruel, il y a peut-être un problème avec la Jeune Garde, mais surtout avec la vieille garde. J.-L.Mélenchon crée un problème. C'est lui qui devient le problème. L'électorat insoumis, les militants insoumis, même l'encadrement insoumis, ce n'est pas pour ça qu'ils ont signé. - En conférence de presse, J.Bardella a enfoncé le clou
et a appelé à un front commun contre LFI. - J.Bardella: L'extrême gauche représente un péril pour la démocratie française. J'appelle à constituer un cordon sanitaire pour isoler LFI et la tenir à l'écart des institutions, que ce soit à l'Assemblée nationale, où ses députés siègent dans de nombreuses instances, ou en vue des prochaines élections municipales. - Les autorités redoutent de nouvelles violences ce soir, à Nantes notamment, en marge de plusieurs rassemblements en hommage à Q.Deranque. - C.Roux: Peut-on craindre l'embrasement? - B.Teinturier: On a un enchaînement de faits et une montée en puissance
dans les mots et dans les pratiques qui font qu'on est dans une situation très instable, très insaisissable. Il peut y avoir d'autres éléments. - C.Roux: Avec des appels à manifester notamment samedi. - B.Teinturier: Ce qui me frappe dans ce qu'on vit, c'est que quand on a interrogé les Français sur une potentielle victoire du RN il y a quelques années, un des freins, c'était "il va y avoir un embrasement dans le pays. Ca sera tellement violent qu'il y aura des révoltes dans les banlieues, le pays va s'embraser." Le RN était une source de désordre. On a le sentiment que c'est passé du côté de LFI
et qu'on est dans la même problématique. Ce n'est bon pour personne, pour aucune de ces 2 formations. C'est surtout LFI qui est sous la pression. La stratégie du RN est payante de désextrémisation. Ca ravive l'idée que les extrêmes génèrent de la violence. Ca rejoint le sondage que vous disiez. Tout cela effraye nos concitoyens. Il y a une aspiration contraire à ce qu'on calme le jeu. - C.Roux: On peut revenir sur un élément sur la déclaration de J.-L.Mélenchon. Hier soir, alors qu'il y avait des doutes sur la proximité avec la Jeune Garde, un discours pas très bien calibré, il dit:
"Nous soutenons leur résistance face au fascisme." - S.Cassini: Il n'y avait pas de doute sur leurs liens. Ils étaient assumés. Hier soir, on a assisté à un virage dans la stratégie de LFI. Les cadres comme M.Bompard et autres, quand ils se sont exprimés à partir de dimanche, il y avait une mise à distance de la Jeune Garde. "Oui, nous les avons soutenus. C'est incontestable." En revanche, s'ils ont bien commis ce dont on les accuse, ils ne les soutiennent plus. Il y a toute cette rhétorique qui a été mise en place encore jusqu'à hier matin avec M.Bompard. Virage sur l'aile hier soir. J.-L.Mélenchon, plutôt que de reprendre cet élément de langage, "c'est dissous et ça n'existe plus", c'est "ce sont nos amis, je le revendique, nous les soutenons". - C.Roux: Qu'est-ce que ça raconte? - S.Cassini: Ca raconte J.-L.Mélenchon tel qu'il est. "On ne cède jamais rien face aux attaques, face à l'adversaire."
C'est le cas quand il soutient R.Hassan quand elle est sous le feu des critiques. C'est le cas avec R.Arnault. On soutient les siens parce qu'on pense que c'est le plus payant, jusqu'à ce qu'on nous pousse dans quelque chose d'autre. - C.Roux: Qu'est-ce qu'il en espère? Il est acculé? Les liens sont tellement évidents entre LFI et la Jeune Garde? Il en espère quelque chose de positif électoralement? Est-ce qu'il y a une stratégie derrière ce revirement?
- S.Cassini: C'est difficile de psychologiser J.-L.Mélenchon. La stratégie de la radicalité a un objectif, c'est de solidifier le bloc et de faire sortir les abstentionnistes de chez eux pour voter. C'est ça qui explique le bruit et la fureur, et le lien avec la Jeune Garde. C'est cette stratégie qui a été mise en place. "On ne cède rien à l'adversaire." - C.Roux: Avec une tentative de victimisation de la part de J.-L.Mélenchon. - S.Cassini: Toujours. - C.Roux: "Regardez ce que les médias disent de nous, les forces politiques contre nos..." - S.Cassini: L'outrance est aussi dans l'autre camp. Quand L.Wauquiez à l'Assemblée dit: "L'extrême gauche a du sang sur les mains." Il y a de l'outrance. - C.Roux: Quand il dit "l'extrême gauche",
il parle de LFI. - S.Quéméner: C'est le risque pour J.-L.Mélenchon de donner son agrément à ce qui s'est passé au ministère de l'Intérieur qui a décidé de classer LFI d'extrême gauche pour les élections municipales. S'il avait choisi hier soir de continuer sur cette petite musique qui s'était installée au sein de LFI, l'idée de dire que la Jeune Garde a été dissoute, qu'ils ont un député qui vient de chez eux mais qui a rompu... J.-L.Mélenchon continue dans sa stratégie. "Ca sera eux ou nous." Ce qui se passe à Lyon est le laboratoire de ce qu'il veut. Il veut avoir l'extrême droite face à la gauche radicale. L'idée est d'arriver au 2d tour de la présidentielle et de faire la révolution par les urnes.
C'est sa stratégie depuis très longtemps. Il ne lâche rien. Il ne lâche rien sur le soutien de ses proches. Ca avait été spectaculaire lors de l'affaire Quatennens. Beaucoup de ceux qui ne sont plus à LFI... Ils ont été purgés, comme A.Corbière ou R.Garrido. Ceux qui ont la parole plus libre, ça raconte un moment de rupture avec J.-L.Mélenchon. Il choisit de ne pas lâcher R.Arnault pour l'instant. Les sorties de garde à vue, ça sera vendredi. - C.Roux: Pour faire un peu le profil de R.Arnault, il a quand même été condamné définitivement en mars 2025 pour des violences volontaires en réunion commis en 2021 et il a été fiché S. Ce n'est pas n'importe qui à LFI. Il n'est pas en cause dans ce sujet physiquement. Il n'était pas à Lyon. Ce sont ses 2 collaborateurs qui ont été interpellés par les enquêteurs. - S.Quéméner: On se souvient de la controverse
lors de l'investiture de R.Arnault pour les législatives en 2024. C'était le sentiment que J.-L.Mélenchon voulait adresser un signal aux groupes antifas. Ca avait suscité une grosse controverse. Il avait été élu, R.Arnault, mais surveillé. Il a aussi été mis en avant. On le retrouve sur les photos à côté de J.-L.Mélenchon, R.Hassan. Il n'était pas au ban de LFI. Il n'était pas présent à l'Assemblée mardi mais il n'a jamais été expliqué pourquoi il n'était pas présent. Qu'est-ce qui va se passer d'ici la fin de la semaine? - P.Perrineau: Ca demande un nouveau dispositif législatif. Si on voulait que ce député quittait l'Assemblée, il faudrait qu'il soit condamné par la justice. Quand il y a une telle tension, faisons confiance à l'Etat de droit, à la justice.
Quand vous écoutez le procureur qui dirige cette affaire à Lyon, il est à la hauteur de cette affaire. - C.Roux: Il a été très prudent dans sa 1re intervention. - P.Perrineau: Il faut revenir aux fondamentaux de l'Etat de droit pour essayer de tenter de calmer le jeu. Du côté de LFI, j'entends bien que la personnalité que l'on présente comme éruptive du leader de LFI puisse poser problème. Lorsqu'il y a eu tout ce débat lors des dernières législatives,
"attention, dans le Vaucluse, vous investissez quelqu'un fiché S qui a été condamné pour des faits de violence". LFI, et pas simplement J.-L.Mélenchon, a écarté ça du revers de la main. Quand l'ancien ministre de l'Intérieur B.Retailleau a dissous la Jeune Garde, qui est monté au créneau? Les députés LFI et J.-L.Mélenchon pour dire que c'était un scandale. Le soutien dans des moments-clés de LFI comme collectif et de J.-L.Mélenchon à la Jeune Garde est avéré. Ce n'est pas un soutien du bout des lèvres. - B.Teinturier: Le message de J.-L.Mélenchon est simple:
"Ceux que je soutiens, je les soutiens jusqu'au bout." N'oublions pas que nous sommes à quelques semaines des élections municipales suivies d'une présidentielle. Le message, quand on accuse LFI de colporter des propos antisémites, que c'est le déni, c'est le message parce qu'il cherche à mobiliser des quartiers populaires à forte concentration de Français musulmans. C'est un pari risqué. C'est un laboratoire. On verra si ça marche. "Si je vous défends, si je défends R.Hassan, je vous défendrai jusqu'au bout." C'est le pari d'avoir un segment qui va suivre, qui va parvenir à mobiliser et qui lui permettra d'être en tête par rapport à un candidat socialiste et d'accéder au 2d tour. - C.Roux: Il fait presque du zèle sur la Jeune Garde. Il dit: "Nous gardons une grande affection pour la Jeune Garde." Il avait été invité à un camp d'été de la Jeune Garde. Il a dit: "C'est un groupe qui éveille son niveau de conscience collective." - S.Cassini: La Jeune Garde, ce ne sont pas que des gens qui font des combats de rue.
Dans le mouvement antifasciste, ce sont aussi des gens qui ont choisi une stratégie différente. Ils se sont insérés dans le mouvement social, ils sont allés à des manifestations. - C.Roux: En assumant une part de violences. - S.Cassini: Mais aussi en assumant une part politique. Ils les ont sous leur aile. - P.Perrineau: Ce que vous dites, on pourrait le dire d'une partie des mouvements de la droite extrême. Quand vous regardez certains mouvements identitaires, ce ne sont pas que des gens qui font des bastons dans la rue.
Il le font, et particulièrement à Lyon. Ce sont aussi des gens qui réfléchissent, programmatiquement, qui cherchent à avoir une forme d'éducation, qui se sentent plus ou moins proches d'eux. Le gros problème dans ces mouvements, c'est la justification et la légitimation de la violence. - C.Roux: La Jeune Garde a été créée en 2018 à Lyon, autour de 200 militants. C'est un mouvement dissous en Conseil des ministres le 12 juin 2025. A partir de quelle motivation? - S.Quéméner: G.Darmanin s'était attaqué
à des groupes d'ultradroite et d'ultragauche. Il y avait la question controversée de la dissolution des Soulèvements de la Terre qui n'avait pas abouti. C'était un des groupes. Il y a eu les députés insoumis qui posent avec les t-shirts de la Jeune Garde pour aller contre l'interdiction. - C.Roux: On a une image d'une députée qui, à l'Assemblée nationale, arbore ce t-shirt. - S.Quéméner: Le motif, c'était la question de la violence. J.-L.Mélenchon, hier, dit que son mouvement a fréquenté la Jeune Garde. Est-ce qu'on peut approuver un mouvement dont on n'approuve pas la violence? - S.Cassini: C'était une stratégie d'autodéfense populaire. C'est ce que défendaient M.Bompard et J.-L.Mélenchon. - C.Roux: Au moment de cette interdiction, il y avait des tribunes signées par tout un tas de personnalités qui s'opposent à la dissolution de la Jeune Garde. On retrouve M.Tondelier, P.Poutou, etc.
Ce n'était pas juste l'affaire de LFI. - B.Teinturier: C'est bien la question-clé pour LFI, le rapport à la violence. 68 % des Français considèrent que LFI attise la violence. C'est bien plus que le RN. Pour les Français, il n'y a pas photo. M.Bompard le redisait hier sur France Inter: "Nous condamnons la violence et nous avons fait le choix d'arriver au pouvoir par les urnes." "Ne venez pas nous dire que nous sommes un mouvement." Il y a tout de même la justification d'autres formes de violence. "Nous condamnons la violence mais nous soutenons R.Hassan. Nous n'avons jamais dit que le Hamas était un mouvement terroriste." Vous avez un double discours qui est permanent sur la violence. - C.Roux: Il y a eu une conférence de presse de J.Bardella qui "déroule". Il a dit: "J.-L.Mélenchon a ouvert les portes de l'Assemblée nationale à des meurtriers présumés." On voit toute la stratégie opposée du RN qui en profite pour faire la leçon à LFI et se poser en parti de l'ordre. - S.Quéméner: C'est la revanche de 2024.
J.Bardella était arrivé en tête aux élections européennes. Matignon semble lui tendre les bras, puis il y a ce front républicain au 2d tour. Certains députés LFI ont été élus grâce à ce front républicain. G.Attal avait dit qu'il ne fallait surtout pas voter pour le RN même s'il y avait un député LFI en face. J.Bardella fait cette forme de continuum en disant que si ce jeune homme est mort samedi soir après avoir été attaqué très violemment jeudi soir, c'est parce qu'ils ont laissé des députés LFI comme R.Arnault arriver à l'Assemblée. Pour lui, l'occasion... On est juste avant les municipales. J.Bardella a été accusé de ne pas faire suffisamment campagne pour les municipales. Cette conférence de presse sert à dire ça... - C.Roux: Il dit: "Tout sauf LFI." En écho à "tout sauf le RN". On l'avait entendu aux précédentes élections. - S.Cassini: Lui aussi installe ce duel.
Dans ce duel, il a une chance de gagner face à J.-L.Mélenchon. C'est peut-être moins vrai face à d'autres candidats. Il ne faut pas être dupe du jeu... - C.Roux: Ce qui est compliqué à suivre avec la stratégie de J.-L.Mélenchon, c'est qu'il y a eu la période "le bruit et la fureur" et la période où il s'était assagi, en rassembleur, mitterrandien. Il passe systématiquement d'une stratégie à l'autre. Ca dépend des moments. - S.Cassini: Tant qu'on est loin de l'élection, on est plutôt dans une stratégie du populisme de gauche, du "contre nous". L'idée est de solidifier un électorat fidèle qui suivra jusqu'au bout.
Ces gens-là, il va les puiser dans les quartiers populaires, chez les abstentionnistes, des gens très éloignés de la politique et qu'il est très difficile de ramener à soi. C'est pour atteindre des gens très éloignés. Plus on avance vers l'élection, une fois qu'on a passé un 1er tour et qu'on a fait un bon score, on élargit, on s'assagit, c'est l'instituteur qui ouvre les bras et on fait la Nupes. - B.Teinturier: On redonne un petit coup de radicalité juste avant le 1er tour. Il faut remobiliser. On n'accepte pas au 2d tour... A 3 reprises, J.-L.Mélenchon n'est pas parvenu à accéder
au 2d tour. Vous ne réconciliez pas en 15 jours. Vous n'êtes pas crédible. C'est la limite de la stratégie du bruit et de la fureur, même avec le chapeau de Mitterrand. Vous avez forgé une telle image de lui-même... Il est le plus impopulaire. Il est le J.-M.Le Pen des années 80. LFI a une image épouvantable sur quasiment tous les items que l'on peut tester. Son sujet est de dépasser le candidat du PS. S'installer au 2d tour dépendra de l'offre... On voit que certains élus Renaissance repostent sur les réseaux sociaux cette vidéo de M.Le Pen qui avait appelé les électeurs de J.-L.Mélenchon à faire barrage à E.Macron en 2017. Elle avait dit: "J.-L.Mélenchon a fait une campagne respectable." - P.Perrineau: On parle de la difficulté de J.-L.Mélenchon à arriver au 2d tour. Il faut parler de l'incapacité de M.Le Pen à dépasser la barre des 50 %, même lorsqu'elle s'invite au 2d tour.
Pour qu'elle dépasse cette barre, c'était sa stratégie en 2017 et 2022, il faut faire l'unité des populistes. Il y a les populistes de la droite extrême et ceux de la gauche extrême. - C.Roux: Ce qu'on commente aura peut-être une onde de choc sur l'ensemble de la gauche. F.Hollande a acté la fin de la relation avec LFI avec le parti de J.-L.Mélenchon. Une position loin d'être partagée par l'ensemble de la gauche, embarrassée à la veille des élections municipales.
- A un mois à peine des élections municipales, la mort tragique à Lyon du militant Q.Deranque expose au grand jour les fractures de la gauche. Si la droite fait mine de s'en étonner... - F.-X.Bellamy: La vraie question se pose à toute la gauche, au PS, aux Ecologistes, pourquoi on n'entend pas les socialistes dire... - Quelques-uns à gauche pointe du doigt la responsabilité de LFI et de la gauche radicale. Certains militants sont soupçonnés d'avoir participé à l'affrontement mortel de Lyon.
- R.Glucksmann: Depuis des mois et des mois... Vous ne pouvez pas en permanence utiliser des mots d'une violence extrême sans penser que ces mots se traduiront en actes. Il faut arrêter cela. - J.Guedj: Ce qui s'est passé ces dernières années, c'est que là où c'était plutôt du côté de l'extrême droite qu'il pouvait y avoir cette porosité avec la violence, on a vu ressurgir et revenir par la gauche une tentation du recours non pas organisé à la violence mais bienveillant. - Pour F.Hollande, qui ne cache pas ses désaccords
de longue date avec J.-L.Mélenchon, c'est à LFI de clarifier ses liens avec l'ultragauche. - F.Hollande: LFI doit faire la démonstration qu'elle se situe dans l'arc républicain. Qu'est-ce que ça veut dire? Ca veut dire accepter les règles de la démocratie et que les partis politiques ne doivent pas entretenir en leur sein des groupes qui ont une méthode qui consiste à faire des combats de rue. Les services d'ordre sont nécessaires, mais pas à faire des actions physiques.
Le lien entre LFI et ce qui a été la Jeune Garde, ce lien-là doit être rompu entièrement. - D'autres à gauche se font discrets, voire très discrets depuis le drame de jeudi comme le premier secrétaire du PS, O.Faure, ce qui n'a pas échappé aux observateurs politiques. - R.Dély: On est à deux doigts de lancer une alerte enlèvement pour O.Faure. *-M.Tondelier: Les faits divers sont instrumentalisés par les uns et par les autres. Les Ecologistes ont toujours dit non à la violence et personne ne devait mourir, encore moins aussi jeune, pour avoir fait une manifestation. - L'année dernière, la cheffe des Ecologistes avait signé une tribune de soutien à la Jeune Garde. Alors que les alliances pour le 2d tour des municipales sont encore en suspens, au sein de la gauche, le mouvement politique est critique - On verra si la Jeune Garde est condamnée. Je condamne tout acte de violence.
- Dernier scrutin avant les élections présidentielles, le drame de Lyon met LFI dans la tourmente et toute la gauche dans l'embarras. - C.Roux: Ca pourrait peser sur les municipales, ce qu'on commente depuis le début de l'émission? - B.Teinturier: Oui, ce que je ne pensais pas il y a encore une semaine. Je pensais que ce serait un scrutin avant tout local et que les enjeux seraient massivement locaux. sont d'une brutalité extrême. Ca va être un laboratoire de la stratégie de LFI. A Saint-Denis, par exemple, l'affrontement est terrible. Le maire qui avait gagné cette ville, qui appartenait avant à un bloc historiquement communiste et LFI...
Là, LFI revient à l'offensive de manière extrêmement violente. C'est vrai dans des tas d'autres villes. Dans ce contexte, ça ne peut pas être anodin. - C.Roux: Question. - P.Perrineau: C'est une bonne question. - C.Roux: On l'a déjà entendue. - P.Perrineau: A l'époque, F.Hollande, député de Corrèze, avait admis que toutes les voix du Nouveau Front populaire avaient participé à sa réélection. Simplement, face au durcissement auquel on assiste avec LFI,
le fait que LFI soit devenue maintenant un parti sur tous les terrains antisocialistes... Souvent, l'objectif... Certes, ils se disent qu'ils vont battre la droite, mais leur objet principal, c'est de "planter" le PS jusque dans les communes qu'il contrôle aujourd'hui. On le voit à Rennes, à Nantes et dans bien d'autres villes. L'ancien premier responsable du PS, F.Hollande, en tire les conséquences. Sachant que lui, dans son positionnement pour une éventuelle candidature dans le cadre de la présidentielle
de 2027, c'est maintenant clairement le créneau social-démocrate en mettant à longueur de gaffe La France insoumise. - C.Roux: Pourquoi est-il dans une situation inconfortable? Je parle d'O.Faure... - S.Cassini: C'est le premier secrétaire du PS. A mon avis, il y a plusieurs raisons. Tout le monde se demande où est O.Faure... Nous-mêmes, on a essayé de l'appeler. On nous répond que c'est compliqué. Les socialistes disent qu'ils attendent les résultats de l'enquête.
Ca peut s'entendre. Mais il peut y avoir plusieurs types de gênes. La première, c'est qu'il ne veut pas trop taper sur Mélenchon car il aimerait bien récupérer l'électorat insoumis. C'est un rêve depuis longtemps. Ensuite, il est engagé dans cette primaire de la gauche, hors Mélenchon, qui va de R.Glucksmann à F.Ruffin, même si ce dernier ne veut pas y participer... Au sein de cet arc, il y a des gens qui sont pour ne pas fermer la porte aux insoumis. Donc il est obligé de manoeuvrer pour tenir tous les bouts de ses contradictions.
Du coup, il attend un peu de voir, visiblement... Il a un peu réagi, auprès de 3 journalistes hier, mais tout ça est passé largement inaperçu, pour dire que ce n'était pas acceptable... - C.Roux: Il a dit: "LFI ne peut conserver aucune ambiguïté face à tout mouvement violent." Pendant que nous parlions, il a aussi communiqué sur son blog. C'est la façon la plus distancée, par rapport à l'embrasement général, de donner son avis. - S.Quéméner: Comme J.-L.Mélenchon, qui utilise souvent son blog.
Il dit que LFI ne peut s'abstenir d'un examen de conscience. Ce serait une interview face caméra, ce seraient des propos assez puissants, mais comme c'est par écrit, par un blog qui a été tweeté sur son compte personnel X... Ca donne l'impression qu'il n'a pas envie de mettre un pied dans l'eau froide, qu'il reste à distance. Les gardes à vue vont s'arrêter. A un moment, il va y avoir des mots posés par la justice sur ce qui s'est passé. Pour l'instant, ça donne l'impression d'une grande gêne. Ca donne aussi l'impression qu'il est absent du débat et qu'il ne veut pas contrarier les électeurs de LFI. Ce n'est pas très présidentiable. - C.Roux: En tout cas, on voit que le RN fait feu de tout bois et met le doigt là où ça fait mal, notamment quand on parle de G.Attal. Voyez ce visuel qu'ils ont publié... Là, c'est une référence aux législatives.
Le RN rappelle à G.Attal qu'à un moment donné, il était plutôt enclin à choisir le bulletin de LFI. - B.Teinturier: Tout à fait. Contrairement à d'autres stratégies adoptées, par exemple, par E.Philippe. La position de G.Attal, c'était non pas d'approuver LFI mais de hiérarchiser le danger. - C.Roux: Face au RN? - B.Teinturier: Exactement. A l'issue du 1er tour, le danger, c'était le RN. Maintenant, on récupère et on ressort ça. Ca fait partie de la joute politique. C'est un peu plus difficile pour G.Attal. Malgré tout, ce n'est pas au même niveau que l'ambiguïté
manoeuvrière d'O.Faure. Ce n'est pas le même moment. Là, c'était un moment où le Nouveau Front populaire était aussi une coalition... Ce n'était pas aller voter pour LFI. C'était une coalition dans laquelle il pouvait y avoir LFI. Là, il y a des circonstances politiques, me semble-t-il. Vous "prenez votre risque", comme on dit maintenant. Bien sûr que c'est compliqué, mais on ne peut pas se contenter de dire ça. O.Faure doit, me semble-t-il, sortir de cette ambiguïté
qui lui colle un peu en termes d'image. - C.Roux: Quand on pense au rapport de force au sein du PS, entre ceux qui disent oui à une alliance avec LFI, en tout cas au cas par cas pour les municipales et la suite, et ceux qui ont vraiment rompu, comme F.Hollande, J.Guedj, R.Glucksmann... - S.Cassini: C'est plus ambigu que ça. Hier, le PS a quand même pris position pour dire... Le PS sort de la question de la Jeune Garde. Il dit que la contextualisation politique de J.-L.Mélenchon a des répercussions dans la rue. C'est un peu nouveau. C'est plutôt l'aile droite du PS. Après, pour les municipales, on va voir. A Marseille, qu'est-ce qu'on fait? On laisse gagner le RN? On ne fait pas d'alliance avec Delogu? Comment ça va se passer?
- C.Roux: Question. - P.Perrineau: Non, parce qu'ils se sont vécus comme étant la cheville ouvrière d'éventuelles réconciliations. C'est un tout petit parti, mais là, ils ont trouvé une fonction. Ils restent attachés. Mais sur cette question de la violence et du malaise des écologistes et des socialistes... Je crois qu'il y a une question plus fondamentale. La gauche considère dans son ensemble que la violence, c'est caractéristique de la droite extrême, mais au fond, la violence de leur aile d'extrême gauche, il faut la comprendre, parce qu'elle a des racines et qu'elle peut être justifiée. Regardez le malaise de F.Mitterrand quand il s'agissait d'extrader les terroristes italiens d'extrême gauche qui, eux, avaient tué. Là, il y avait des prudences de la gauche. On disait: "Oui, c'est horrible, ils ont tué, mais enfin, il y avait la volonté de lutter contre une dérive du système italien..." La gauche était très mal à l'aise. Elle considère qu'il n'y a qu'une seule violence.
Elle a des difficultés à penser que jusqu'au sein d'elle-même, il y a aussi ce problème de la violence. - C.Roux: Qui serait justifiée parce qu'elle existe contre l'extrême droite? - P.Perrineau: L'antifascisme deviendrait accueillant! Tout le monde devient fasciste à la gauche du PS... - B.Teinturier: Vous parlez de l'Italie, mais en France, le PDG de Renault a été assassiné par des mouvements d'extrême gauche français. On avait déjà les prémices de ce débat. - C.Roux: En tout cas, aujourd'hui, chacun appelle plutôt au calme
et à la mesure. Mais la violence s'est installée dans le débat politique. Invectives, dénonciations, intimidations sur les réseaux sociaux sont devenues presque la norme et les victimes sont les élus eux-mêmes, avec un regain de violences entre eux qui a de quoi inquiéter. - Une permanence de députés vandalisée, E.Zemmour pris pour cible sur un marché, R.Glucksmann victime de jet de peinture dans un cortège... Des images devenues presque courantes dans la vie politique française, où la violence n'est plus exceptionnelle. Les menaces de mort sont devenues fréquentes, y compris
contre des élus locaux. En 2023, le maire de Saint-Brevin-les-Pins voyait sa voiture et son domicile incendiés après des manifestations contre l'implantation d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile sur sa commune. - ON EST CHEZ NOUS! - Il démissionne et finit par quitter sa ville. - Mes enfants me disent de tout arrêter. Ma femme ne veut plus rester sur Saint-Brevin. La personne n'est toujours pas arrêtée... Donc je ne reviendrai pas en arrière. - Tout sujet de discorde politique semble désormais pouvoir mener au pire. La députée M.Lebec peut en témoigner. Son soutien à la réforme des retraites il y a 3 ans
lui avait valu cette lettre. - Elle était joliment décorée d'un petit cercueil, avec des menaces de mort envers moi-même et ma famille. Ca traduit une forme de très grande violence dans la vie politique, à laquelle on doit s'opposer. Bien sûr, la situation dramatique du contexte de jeudi dernier, avec la mort de ce jeune, c'est l'exacerbation la plus totale de cette violence, mais ça veut dire aussi, sans même parler des mouvements ultras, qu'elle se traduit à l'encontre d'élus qui défendent leurs points de vue, leurs opinions. J'accepterai toujours que quelqu'un vienne me dire que je fais n'importe quoi, qu'il est en désaccord avec moi... Mais à quel moment le dialogue est à ce point rompu qu'on en vient
à menacer vos enfants pour vous demander d'arrêter de voter? - Plusieurs hommes et femmes politiques de tous bords ont récemment dû être placés sous protection: l'insoumis M.Bompard après la découverte d'un colis piégé, son collègue T.Portes après ses prises de position à l'égard d'Israël ou encore A.Bergé pour des menaces reçues à son domicile. C'est alors le service de protection qui entre en scène, 600 agents de la police nationale qui veillent, notamment, sur une cinquantaine de personnalités politiques, comme l'ancienne Première ministre E.Borne. - E.Borne: J'ai porté des réformes qui n'étaient pas toutes populaires.
Une protection et une sécurité, ça me paraît adapté. - Comment endiguer ces menaces et cette violence? En 2019, des "gilets jaunes" étaient allés jusqu'à forcer la porte d'un ministère. Lors des émeutes de 2023, la demeure du maire de L'Hay-les-Roses était attaquée à la voiture-bélier pour tenter de l'incendier. - Ils ont voulu assassiner ma femme et nos 2 jeunes enfants dans leur sommeil, les brûler vifs. Nous faisons face sans détourner le regard. Nous reprenons la parole pour que la majorité, jusqu'ici silencieuse, puisse se faire entendre
et dire "stop, ça suffit"! - Pour le sénateur C.Malhuret, qui cumule 40 ans de vie politique, la période actuelle n'est pas plus violente que le poujadisme des années 50 ou les actions des ligues des années 30. Les parlementaires eux-mêmes ne donnent pas toujours l'exemple. - C.Malhuret: A partir du moment où ce sont des élus qui attaquent les autres élus ou le gouvernement... Pourquoi les électeurs et les citoyens ne les imiteraient pas? Si c'est permis à l'Assemblée, pour eux, c'est permis ailleurs. -2500 élus ont été agressés ou menacés pour l'année 2024, soit une moyenne de 50 faits par semaine.
- C.Roux: C'est comme ça que ça se termine? - P.Perrineau: Oui, et même des figures populaires comme les maires, aujourd'hui, sont soumises à de véritables violences. Pourquoi? Parce qu'au-delà de la violence politique, quand vous regardez les indicateurs de la violence dans la société, notamment les violences graves, homicides et tentatives d'homicides... Quand vous regardez sur le long terme, la France a été un pays très calme des années d'après-guerre jusqu'au début des années 70. Après, il y a eu une véritable flambée. Ca a été multiplié par 6 en 10 ans. C'est des mouvements impressionnants. La violence s'est installée depuis les années 90 à un très haut niveau.
Il y a des évolutions saisonnières, mais ça n'est jamais redescendu. C'est-à-dire qu'il y a une brutalisation de la société. Le président en a parlé. Elle est réelle. Le politique n'est bien sûr pas à l'abri. Quand vous avez des professionnels de l'incendie qui sont jusqu'au coeur des assemblées, en particulier de l'Assemblée nationale... C'est ce que vient de dire C.Malhuret. Ca autorise des passages à l'acte chez des gens qui, jusqu'alors, ne se l'autorisaient pas.
C'était des choses qui ne se faisaient pas, même si on avait des pulsions de violence en soi. On ne passait pas à l'acte. Mais maintenant, pourquoi pas, puisqu'on voit des députés fichés S qui sont élus, des condamnés qui sont élus... Ca autorise un passage à l'acte qui, hélas, se traduit par mort d'homme. - B.Teinturier: Parfois, les responsables politiques eux-mêmes autorisent cela à travers leur sémantique. Je suis frappé par l'expression "il faut que nous soyons à portée de baffe". Pardon, mais non! - C.Roux: C'est ce que disent parfois les élus, quand ils vont sur le terrain. Avant, ils disaient "à portée d'engueulade"...
- B.Teinturier: Ils veulent montrer qu'ils sont prêts à tout entendre, qu'ils ne sont pas déconnectés des citoyens. Je comprends l'intention, mais la sémantique est épouvantable. On n'a pas à mettre des baffes à un élu ni à quiconque, d'ailleurs! - C.Roux: Est-ce que ça vous inquiète pour la suite, pour le climat de la prochaine présidentielle? Doit-on exclure totalement que tout le monde se dise qu'il faut calmer le jeu? Est-on lancés dans une machine infernale? - B.Teinturier: Du côté de l'offre politique, il y a une machine infernale. Il y a de quoi être inquiet sur le déroulement de la présidentielle. Du côté de la société et des Français, il peut y avoir une pression pour calmer le jeu. Il faudrait idéalement que ceux qui attisent la violence baissent
dans les sondages. Ils pourraient alors réviser leur stratégie. - C.Roux: A Lyon, il y a une ultra droite et une extrême droite très mobilisées. On ne parle pas non plus des milliers de jeunes embrigadés dans ces groupuscules. C'est quand même une minorité? - P.Perrineau: Oui, c'est une centaine d'individus. Mais une centaine d'individus déterminés, ça déménage. On l'a vu lors des affrontements dans la rue près de Sciences Po Lyon, après le passage de R.Hassan. Ca concernait au maximum 80 personnes. - C.Roux: Nous en venons à vos questions. Question. - S.Cassini: Je dirais "au RN".
Je pense que ça va permettre... Déjà, ils étaient rentrés dans cette stratégie de dédiabolisation. Là, ils se posent en parti de l'ordre, dans l'arc républicain. Ils vont être possiblement les gagnants de cette séquence. - B.Teinturier: Mais pas exclusivement... Le RN est quand même perçu, par 1 Français sur 2, comme une formation qui n'est pas comme les autres et qui comporte aussi des risques pour la démocratie. Malgré tout, il peut y avoir un effet pour les forces plus traditionnelles, du Parti social-démocrate jusqu'à la droite classique, qui non seulement condamnent la violence mais qui ont lutté contre la concrétisation de cette violence. - C.Roux: Question. - S.Quéméner: Il n'était pas définitivement condamné au moment où il a été élu. C'était d'ailleurs l'argument utilisé aujourd'hui par LFI. Mais il y avait un risque, une question.
On connaissait son pedigree. Il est tout jeune. Il a une trentaine d'années, R.Arnault. Mais dès la création de la Jeune Garde en 2018, on sait qui c'est. Il y a eu des alertes émises par les différents hommes politiques dès le début, quand on a su qu'il serait investi. Néanmoins, le risque est pris car il est calculé. L'idée est de tendre la main à tous ceux qui combattent l'ultradroite, puisque la Jeune Garde est née à Lyon, au coeur de là où ça s'est passé.
- C.Roux: Ils se sont installés aujourd'hui dans un face-à-face? Ils se sont choisis pour la prochaine présidentielle, d'un côté le RN et de l'autre LFI? - S.Cassini: Oui. - C.Roux: Question. - P.Perrineau: Quand vous regardez la culture politique, d'où il vient, la radicalité dans laquelle il a été élu... Ce sont des hommes qui sont persuadés que la justice et le bien sont de leur côté, que la révolution se fera dans quelques semaines... Ce sont des doctrinaires, dans tous les sens du terme.
Ils n'ont pas cette culture libérale, pluraliste, d'introspection, où on se dit: "Là, j'ai peut-être dépassé les bornes et l'heure est venue de m'écarter." - S.Cassini: Après, c'est quand même pas lui qui a commis les actes... - P.Perrineau: Ce sont quand même deux de ses collaborateurs, et c'est lui qui les a choisis. - S.Cassini: C'est moins clair que pour A.Quatennens, qui avait été condamné directement. - B.Teinturier: C'est toujours la culture du "on ne concède rien". - S.Cassini: Après, L'histoire n'est pas dite. Ca peut encore changer. - C.Roux: Ca vient de tomber: G.Meloni se dit choquée
par la mort de Quentin. On voit bien comment cette partie de l'ultradroite, de la droite nationale, des "patriotes" comme ils s'appellent eux-mêmes, ont l'impression qu'ils peuvent tirer parti de ce drame. - B.Teinturier: A condition de condamner comme ça et d'avoir nettoyé l'image qu'ils avaient, d'être aussi potentiellement des gens radicalisés porteurs d'une certaine violence. Le FN, puis le RN, pendant longtemps, était porteur de cette image. C'est la stratégie inaugurée par M.Le Pen qui a progressivement changé cela. - C.Roux: Question. - S.Quéméner: Soutenir la Jeune Garde, c'est montrer qu'il ne lâche pas les siens, qu'il a derrière lui des forces vives. Il a été candidat 3 fois à la présidentielle. C'est l'idée de dire par extension qu'une partie de la jeunesse est avec lui, même s'il s'agit de quelques centaines de personnes... C'est l'idée de dire: "Nous, on sera contre l'extrême droite jusqu'au bout." La stratégie de LFI, c'est de dire que tout ce qui n'est pas LFI est ramené à l'extrême droite. Quand on voit les débats à l'Assemblée...
"Il y a nous et tous les autres", qui sont confondus dans une sorte de maelstrom d'extrême droite, d'extrémistes... - P.Perrineau: Il y a quelque chose qui me frappe, depuis qu'on entend J.-L.Mélenchon au 1er plan, en particulier depuis la présidentielle de 2017. Je me souviens d'un discours place de la Bastille où il disait: "C'est la rue qui a abattu les rois. C'est la rue qui a abattu les nazis." Il veut avoir deux fers au feu. Il veut la censure politique par les urnes, mais il dit qu'il y a aussi une censure populaire par la rue.
Il veut avoir les deux. - S.Cassini: Il pense qu'on est dans un climat un peu prérévolutionnaire. Il faut entretenir aussi ce climat pour que, de ce chaos, eux ressortent... - B.Teinturier: C'est peut-être là qu'il se trompe. Quand on prend les enquêtes d'opinion, bien sûr qu'il y a des blocs radicalisés, que le pays est très mécontent et qu'une partie va même au-delà du mécontentement... Mais l'aspiration majoritaire n'est pas une aspiration révolutionnaire. Il y a un petit segment qui veut revenir en arrière et préserver la société sans rien changer.
Mais il y a 16 % de Français qui disent qu'il faut changer radicalement la société. Ce n'est que 16 %. - C.Roux: Question. C'est la stratégie de ces dernières heures... - P.Perrineau: A droite, Le Pen nous avait beaucoup habitués à ça: retourner les stigmates... LFI fait la même chose. - S.Cassini: Et après, ils sont aussi eux-mêmes attaqués très fortement. Ils ont subi des dégradations. Il y a eu des permanences parlementaires dégradées... - C.Roux: Et une alerte à la bombe ce matin. On en parlait tout à l'heure. Question.
- B.Teinturier: Je pense que ça joue, incontestablement. Il y a une différence entre le degré de radicalité qu'on voit à l'Assemblée et chez les politiques, et les aspirations des Français.
Jean-Luc Mélenchon